Georges Corm. La mainmise du FMI et de la Banque mondiale se rapproche
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Nº 3107 du vendredi 1er novembre 2019

Georges Corm. La mainmise du FMI et de la Banque mondiale se rapproche

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    Georges Corm. La mainmise du FMI et de la Banque mondiale se rapproche
    L’ancien ministre des Finances, Georges Corm, porte un regard très sévère à la fois sur le plan de sauvetage de l’économie proposé par Saad Hariri, ainsi que sur la gestion...
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L’ancien ministre des Finances, Georges Corm, porte un regard très sévère à la fois sur le plan de sauvetage de l’économie proposé par Saad Hariri, ainsi que sur la gestion désastreuse, selon lui, de la Banque du Liban.

Comment évaluez-vous le plan de sauvetage de Saad Hariri, sa sortie de crise ?
On continue dans les mêmes errements et dans les mêmes politiques économiques absolument absurdes, avec cette future source de gaspillage et d’endettement qui s’appelle CEDRE et qui ne va qu’aggraver la mainmise de certains pays occidentaux qui prétendent nous aider sur le plan économique. Ça suffit de faire des investissements, il faut d’abord améliorer les investissements existants, et non pas chercher à gaspiller de l’argent dans des projets où les entrepreneurs de travaux publics s’en mettront plein les poches. CEDRE, ce ne sont que des emprunts.

CEDRE n’est que l’un des points du plan. Ne pensez-vous pas que 0,63% de déficit et un budget sans taxes ni impôts sont de bonnes mesures?
Je peux vous faire un budget dans lequel j’ai du surplus budgétaire alors qu’en réalité je sais très bien que je vais faire du déficit. On peut toujours réduire le déficit artificiellement dans le projet de budget. Nous avons un ministre des Finances très fantaisiste qui est dictateur dans son ministère. C’est un très grave problème d’affermer le ministère des Finances à un des principaux partis connus pour ses gaspillages et sa mauvaise gestion.

Que pensez-vous du volet privatisations du plan?
C’est appauvrir l’Etat complètement, alors que la seconde source de revenus de l’Etat provient des télécoms. Si on veut encore plus affaiblir l’Etat, on les privatise.

Vous ne croyez pas à ce plan donc ?
Ce n’est même pas un plan. Un plan doit être réfléchi, avec une bonne connaissance de l’économie, de ce qu’il faut réformer à l’intérieur de l’économie. C’est la domination du néo-libéralisme avec des gens qui ont plein de prétextes pour s’en mettre plein les poches. On a un gouvernement autiste qui n’a rien changé à sa politique économique, comme un train aveugle.

Comment expliquez-vous la fermeture prolongée des banques?
Je crois que malheureusement notre Banque centrale a joué avec le système bancaire. Les banquiers se sont laissé faire car on leur assurait de tels taux de profit… Aujourd’hui, on a un système bancaire très fatigué. La moitié du bilan des banques est entre les mains de la Banque centrale, elle ne peut pas s’en passer. C’est une situation aberrante et malsaine.

Les chiffres déclarés avec les actifs des banques s’élevant à 250 milliards $ et les dépôts à 170 milliards $. Ces sommes n’existent plus ?
Il y a confusion complète aujourd’hui entre le bilan de la Banque centrale et celui des banques. C’est une seule et même chose.

Si les banques rouvrent dans le contexte actuel, que peut-il se passer ? On parle d’une flambée de la livre.
Il ne devrait rien se passer. Ce sont les banques, en restant fermées comme ça, qui aggravent l’inquiétude, voire la panique. En réalité, on a fait ce que seuls des pays extrêmement dirigistes font, c’est-à-dire limiter les retraits et vous obliger à retirer avec la carte bancaire. C’est complètement surréaliste, ce pays qui était le modèle du libéralisme bancaire, financier, économique devient un pays ultra dirigiste et ultra contrôlé par un dictateur unique qui s’appelle la Banque centrale. La santé de la livre pourrait être vite rétablie, sitôt qu’il y a, mais je ne vois pas comment, un gouvernement hors des cercles actuels du pouvoir qui pourrait rétablir de la santé mentale en matière économique.

Dans une interview donnée à CNN le 28 octobre, Riad Salamé a déclaré que le Liban est à quelques jours de l’effondrement, avant de préciser ses propos à Reuters en affirmant que le Liban avait besoin d’une solution urgente. Qu’en pensez-vous ?
Bravo ! Je n’ai jamais vu un gouverneur de banque centrale porter autant atteinte à son pays en faisant de telles déclarations. C’est le moment de juger de cette gestion invraisemblable de la Banque du Liban dans ce pays. Elle détient une compagnie d’aviation, contrairement à ses statuts. Elle s’est occupée de tous les secteurs de l’économie, elle est entrée partout, c’est inimaginable. Il y a au Liban dans le Code de la monnaie et du crédit un organisme au ministère des Finances qui s’appelle le Commissariat du gouvernement auprès de la Banque centrale qui est censé contrôler et surveiller la BDL et s’assurer qu’elle accomplit sa mission comme il faut. Cette instance ne rédige plus de rapports depuis des années.

Tous les maux du Liban viennent de la BDL selon vous ?
La BDL est responsable de la crise actuelle. Le système est mauvais, corrompu, mais s’il y avait eu une gestion plus normale et plus prudente de l’économie, on n’en serait pas là. On a d’ailleurs vu les aberrations de cette gestion puisque même un homme ultra riche comme Nagib Mikati a pu obtenir des prêts subventionnés par la Banque centrale pour acheter des appartements.

Quelles seront les conséquences concrètes pour les Libanais d’un effondrement de l’économie ?
Beaucoup ont sans doute constitué chez eux, avant les événements actuels, des réserves. On parle de 2 à 3 milliards de $ qui auraient été thésaurisés. L’une des erreurs majeures de la BDL aura été de faire la compensation des chèques en dollars à partir de 1992. Si cela n’avait pas été fait, les Libanais auraient continué à payer en livres libanaises et on aurait eu un taux réduit de dollarisation de l’économie tel qu’il existait dans les années 70 (soit 30%).  

Au regard de tous ces éléments, quelle sortie de crise entrevoyez-vous ?
La sortie de crise qui se rapproche c’est la mainmise du FMI et de la Banque mondiale et encore plus de politique d’austérité, ce qui réduit d’autant plus les recettes de l’Etat. Les conférences de Paris I, Paris II, Paris III, Paris IV ont contribué à engager l’économie libanaise dans la mauvaise voie

Les manifestants réclament la démission du gouvernement et la constitution d’un gouvernement de technocrates susceptibles de sauver l’économie. Qu’en pensez-vous ?
Un gouvernement technocrate est un mythe, pas une solution. Derrière les technocrates, il y a toujours un politique.

Jenny Saleh

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Éditorial
La bête blessée reste dangereuse

Les pontes du système doivent trembler dans leurs fauteuils. Excédés par des décennies d’humiliation, qui a culminé avec une crise économique et financière sans précédent, les Libanais ont poussé un tonitruant cri de colère. Ça suffit!Le peuple libanais mérite mieux que cette classe parasitaire qui s’est enrichie d’une manière éhontée en pillant les biens de l’Etat et les ressources du pays. Une caste d’irresponsables et d’incapables qui ont mené le pays à sa ruine; une clique de corrompus qui éprouvent un tel mépris pour le peuple qu’ils étaient persuadés qu’ils pouvaient impunément continuer leurs pires excès sans que personne ne leur demande jamais de comptes; une bande de mafieux, qui ont détourné des dizaines de milliards de dollars empruntés à des taux improbables pour financer leurs palais, les mariages somptueux de leurs enfants, et autres indécences, au lieu de reconstruire une infrastructure détruite par leur interminable guerre, lorsque certains étaient miliciens et d’autres financiers de milices.En redistribuant une infime partie de ce qu’ils pillaient pour entretenir une clientèle plus ou moins importante, ils ont réussi à se régénérer, d’une campagne électorale à l’autre, en pensant pouvoir se reproduire à l’infini, rassurés que les murs du confessionnalisme qu’ils se gardaient bien d’abattre, empêcheront les Libanais de s’entendre, un jour, sur une cause unique. Mais ce système bien verrouillé a fini par rendre l’âme parce qu’il n’y avait plus rien à piller. Cupides, avares et mesquins, ils n’ont pas eu assez de courage ni d’intelligence pour puiser quelques miettes dans les fortunes colossales qu’ils ont amassées pour continuer à entretenir leur clientèle, si bien qu’une bonne partie de leur base, qui a sombré dans une grande pauvreté ou un désespoir extrême, s’est retournée contre eux.La révolte des Libanais est spontanée et authentique. Mais pour réussir à arracher au pouvoir des concessions durables et sérieuses, ils doivent rester focalisés sur la question sociale et économique qui transcende les communautés. Ceux qui essaient de les entraîner sur le terrain politique espèrent dissiper leur énergie et diviser leurs rangs. Chacun souhaite pour lui-même, pour ses enfants et pour ceux qu’il aime une meilleure justice sociale, davantage d’opportunités d’emploi, un avenir plus sûr. Mais lorsque des questions d’ordre politique sont abordées, il y aura autant d’avis qu’il y a de manifestants dans la rue. C’est là un piège dans lequel la classe politique veut précipiter le mouvement de contestation dans l’espoir de le torpiller.   Même blessée, surtout blessée, la classe politique reste très dangereuse. Comme elle a pillé l’Etat, elle n’hésitera pas à précipiter le pays dans les pires abîmes pour conserver ses privilèges. Il faut rester vigilant.


 Paul Khalifeh
   

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