Soumaya Merhi. L’énergique créatrice des produits Taqa
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Nº 3107 du vendredi 1er novembre 2019

Soumaya Merhi. L’énergique créatrice des produits Taqa

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    Soumaya Merhi. L’énergique créatrice des produits Taqa
    Passionnée par l’idée d’une alimentation saine, Soumaya Merhi est la fondatrice de Taqa Bakery, leader sur le marché des produits et collations santé, distribués au Liban et au Moyen-Orient.   De père...
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Passionnée par l’idée d’une alimentation saine, Soumaya Merhi est la fondatrice de Taqa Bakery, leader sur le marché des produits et collations santé, distribués au Liban et au Moyen-Orient.
 

De père libanais et de mère allemande, à 31 ans, Soumaya Merhi est une jeune femme qui croque la vie à pleines dents. Les cheveux blonds, le regard vert limpide, elle dément par son parcours le fameux adage «Sois belle et tais-toi». Née à Montréal au Canada, elle rentre au Liban en 1993, où elle grandit entre Tripoli et Koura. A 16 ans, elle obtient une bourse d’études de deux ans du United World Colleges. «Je me suis rendue en Allemagne où j’ai travaillé dans des hôpitaux auprès d’enfants souffrant de maladies chroniques. C’est là que j’ai réalisé l’importance d’une alimentation saine». C’est ensuite à Montréal qu’elle entame des études en Anthropologie et Sociologie avec un intérêt marqué pour l’économie circulaire, l’alimentation en chaîne, la micro et macro économie. «A 25 ans, je me sentais un peu perdue, je n’arrivais pas à trouver ma voie. J’ai alors décidé de rentrer au Liban».
Le choc culturel est grand mais Soumaya Merhi essaie de s’adapter. Lorsque son père et quelques amis ouvrent une usine pour fabriquer du pain libanais, elle décide de les aider et s’investit totalement dans ce projet. «Je me rendais régulièrement à Souk el-Tayyeb pour vendre du pain à l’avoine et au seigle produits par l’usine de mon père. J’aimais la vente et j’ai été initiée au commerce. J’adorais le contact avec les gens. C’est à ce moment que je me suis impliquée dans ce business. Les débuts de Taqa trouvent leurs racines dans cette usine. Les trois premières années étaient les plus difficiles. Je ne connaissais pas bien le Liban. C’était pour moi un apprentissage de mon propre pays. Ces années m’ont formée et ont fait de moi ce que je suis aujourd’hui. J’étais constamment dans les supermarchés, les salles de gym, les concept-stores, les health shops. Pour moi, c’était un coup de cœur».

Automatiser la production
Soumaya Merhi ne s’arrête pas là. Poussée par le succès remporté par le pain, elle décide d’initier une gamme de produits composés de biscuits, de maamouls, de barres énergétiques et de snacks naturels. «J’ai débuté avec des barres adressées aux cyclistes. Un jour, je les ai fait goûter à ma grand-mère, lui expliquant que ces produits donnent de l’énergie. Elle m’a répondu en arabe: ils donnent de la taqa tu veux dire? C’est ainsi que le nom était né». La jeune femme fait tous les jours le trajet entre Tripoli et Beyrouth pour vendre et livrer ses produits. «Au bout d’un certain temps, j’ai eu un breakdown. Je ne pouvais plus continuer ainsi. J’avais besoin d’un véritable réseau de distribution. Un ami m’a alors conseillé d’établir un business plan et de chercher des fonds. J’ai toujours su ce que je voulais mais je n’avais pas les moyens financiers de le faire». Elle frappe à toutes les portes. Ses efforts sont récompensés et elle finit par trouver deux investisseurs, IM Capital et Viridis. «Lever des fonds et chercher des distributeurs est extrêmement difficile. On espère toujours et on est très souvent déçu. J’ai appris à accepter les refus et à ne pas me laisser abattre. A toujours aller de l’avant quelque soit le résultat».
Avec ces fonds, Soumaya Merhi automatise sa ligne de production de biscuits et de maamouls. Elle obtient la certification ISO22000 et commence à recruter une équipe. «Ma plus grande satisfaction est d’avoir enfin signé un contrat avec un distributeur. J’ai trouvé un distributeur qui croit en moi et en Taqa. Depuis ce jour-là, j’ai vendu ma voiture et j’ai arrêté de conduire. Aujourd’hui, je prends le bus, je fais du covoiturage, j’utilise des taxis et surtout j’essaie de marcher quand je peux. C’est une activité qui me manque beaucoup. A Montréal, je faisais tout à pied ou en vélo, cela me manque beaucoup au Liban. Conduire me prenait toute mon énergie».
A ses débuts, Soumaya Merhi utilise pour sa production de biscuits 25 kg de farine d’avoine par mois. Une quantité qui est désormais passée à 2 ou 3 tonnes mensuellement. Pour la jeune entrepreneure, l’équipe est l’une des clés du succès d’une entreprise. «Ce que je recherche dans une équipe, c’est la volonté d’apprendre, l’adaptation à toutes les situations et la curiosité. Le secteur de l’alimentation saine constitue une niche restreinte qui est souvent instable et qui nécessite une grande flexibilité et une rapide faculté d’adaptation. Il faut avoir l’ambition de grandir. Aujourd’hui, mon équipe compte 8 personnes».

Elargir la gamme
Avec plus de 400 points de vente partout au Liban actuellement, Taqa ne cesse de grandir. «Nous sommes également présents au Qatar, aux Emirats arabes unis et je viens tout juste de signer avec un distributeur en Arabie saoudite. Je suis aussi en train de tester le marché dans l’Union européenne et en Grande-Bretagne». Depuis octobre, son usine de Tripoli a été relocalisée à Enfé pour absorber la production. «Je vais également introduire une nouvelle ligne composée de 6 produits salés». Taqa s’implique auprès de nombreuses disciplines sportives et activités de plein air. «C’est une marque qui se veut proche du consommateur. Nous sommes engagés auprès d’eux, nous faisons aussi du sponsoring».
Son principal challenge? « Etre jeune et remplie d’ambition. J’étais continuellement frustrée. Il fallait absolument démontrer ma crédibilité, créer de bonnes relations. Lorsqu’on n’a pas beaucoup à perdre, on a tout à gagner. On ne connaît pas la peur, on ne voit pas les risques. Par contre, lorsqu’on commence à être productif, on prend clairement conscience des risques et on les craint».
Etre une femme n’a jamais représenté un handicap pour elle. «Bien au contraire, cela a joué en ma faveur. Le plus important, c’est la crédibilité et pour cela il faut avoir de la consistance». Elle a appris à écouter les autres et les laisser parler. «Le business m’a enseigné la patience. On a aussi besoin de partenaires».  Sur le plan émotif, il faut, selon Soumaya Merhi, démystifier le «glamour» du business. «Il faut être réaliste. Les temps sont durs et cela devient de plus en plus difficile».    
Dans sa gamme de produits et collations santé, communément baptisés «healthy snacks», Taqa n’utilise pas de céréales modifiées génétiquement. «Nos produits me contiennent pas de blé, de soja ou de maïs et sont dénués de beurre, de lait et de produits d’origine animale. Additifs, préservatifs et colorants sont totalement bannis dans la fabrication des produits». Pour la jeune entrepreneure, il est important d’avoir une belle équipe et de bons amis. «Les affaires étaient devenues ma vie. Aujourd’hui je me sens mieux. Je commence à dissocier ma vie personnelle du travail. Mon plus grand bonheur est de voir les gens apprécier mes produits et manger Taqa ». Elle voudrait ouvrir une nouvelle usine pour satisfaire la demande croissante, obtenir de nouvelles certifications et se spécialiser davantage». 

Joëlle Seif

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Éditorial
La bête blessée reste dangereuse

Les pontes du système doivent trembler dans leurs fauteuils. Excédés par des décennies d’humiliation, qui a culminé avec une crise économique et financière sans précédent, les Libanais ont poussé un tonitruant cri de colère. Ça suffit!Le peuple libanais mérite mieux que cette classe parasitaire qui s’est enrichie d’une manière éhontée en pillant les biens de l’Etat et les ressources du pays. Une caste d’irresponsables et d’incapables qui ont mené le pays à sa ruine; une clique de corrompus qui éprouvent un tel mépris pour le peuple qu’ils étaient persuadés qu’ils pouvaient impunément continuer leurs pires excès sans que personne ne leur demande jamais de comptes; une bande de mafieux, qui ont détourné des dizaines de milliards de dollars empruntés à des taux improbables pour financer leurs palais, les mariages somptueux de leurs enfants, et autres indécences, au lieu de reconstruire une infrastructure détruite par leur interminable guerre, lorsque certains étaient miliciens et d’autres financiers de milices.En redistribuant une infime partie de ce qu’ils pillaient pour entretenir une clientèle plus ou moins importante, ils ont réussi à se régénérer, d’une campagne électorale à l’autre, en pensant pouvoir se reproduire à l’infini, rassurés que les murs du confessionnalisme qu’ils se gardaient bien d’abattre, empêcheront les Libanais de s’entendre, un jour, sur une cause unique. Mais ce système bien verrouillé a fini par rendre l’âme parce qu’il n’y avait plus rien à piller. Cupides, avares et mesquins, ils n’ont pas eu assez de courage ni d’intelligence pour puiser quelques miettes dans les fortunes colossales qu’ils ont amassées pour continuer à entretenir leur clientèle, si bien qu’une bonne partie de leur base, qui a sombré dans une grande pauvreté ou un désespoir extrême, s’est retournée contre eux.La révolte des Libanais est spontanée et authentique. Mais pour réussir à arracher au pouvoir des concessions durables et sérieuses, ils doivent rester focalisés sur la question sociale et économique qui transcende les communautés. Ceux qui essaient de les entraîner sur le terrain politique espèrent dissiper leur énergie et diviser leurs rangs. Chacun souhaite pour lui-même, pour ses enfants et pour ceux qu’il aime une meilleure justice sociale, davantage d’opportunités d’emploi, un avenir plus sûr. Mais lorsque des questions d’ordre politique sont abordées, il y aura autant d’avis qu’il y a de manifestants dans la rue. C’est là un piège dans lequel la classe politique veut précipiter le mouvement de contestation dans l’espoir de le torpiller.   Même blessée, surtout blessée, la classe politique reste très dangereuse. Comme elle a pillé l’Etat, elle n’hésitera pas à précipiter le pays dans les pires abîmes pour conserver ses privilèges. Il faut rester vigilant.


 Paul Khalifeh
   

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