Talal Salman. Un self made man
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Nº 2878 du vendredi 4 janvier 2013

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Son histoire est une success story digne des plus beaux romans. Celle d’un self-made-man qui, avec sa plume et son intelligence, a réussi à devenir un grand patron de presse et l’une des figures emblématiques du journalisme dans le monde arabe. Portrait de Talal Salman.

 

On ne peut pas dissocier Talal Salman de Chmestar, son village natal, un de ces hameaux de la Békaa, où règne la misère, qui fut le témoin de ses premiers balbutiements. C’est à cette époque que remontent ses premiers souvenirs, ceux d’une vie si riche en expériences, avec son lot de déceptions mais aussi de victoires. «La misère et l’indigence faisaient partie de notre quotidien. Chmestar était un village agricole où il n’y avait qu’une seule fontaine autour de laquelle les femmes se réunissaient, se disputaient et se crêpaient le chignon», se souvient Talal Salman. Nostalgique, il évoque les histoires que son père lui racontait, ces nuits où celui-ci grimpait sur les toits pour chanter de sa belle voix, des vers destinés à celle qui sera son épouse. «Chmestar est un village typique où les histoires d’amour n’étaient pas tolérées mais tout le monde savait que mon père chantait pour la femme qu’il aimait, des airs que le vent de la nuit lui portait», dit-il. Le jour où son père entre aux Forces de sécurité intérieure (FSI) fut un jour de gloire. «Pour des gens de Chmestar, c’était un exploit! On était assuré d’avoir des rentrées fixes à la fin du mois», confie Talal Salman. Commence alors le périple du jeune garçon dans les villages libanais où son père était en service: Ras Baalbeck, Aïn Zhalta, Rechmaya, Baakline, Deir el-Qamar et il fait ses études chez les Frères maristes à Moukhtara. «Ces régions nous parlent de l’Histoire, celle de 1860, des guerres de religion. Chacun y va de sa propre version. Je suis entré dans une société chrétienne et druze, ce qui m’a aidé à comprendre la combinaison libanaise, moi le chiite de Chmestar», confie le journaliste. Avec humour, il raconte comment en inscrivant sa confession chiite sur la fiche d’inscription chez les Frères maristes, l’un des prêtres français lui demanda: «C’est quoi chiite?». «Ceci m’a fait prendre conscience que le confessionnalisme est le plus grand fléau et le pire ennemi. J’étais choqué car mes lectures ne m’apprenaient pas cela», indique Salman.

 

Un lecteur assidu  

C’est durant cette période que son goût pour la lecture grandit. Il dévorait les livres que son père ramenait à la maison. «Mon père aimait la lecture et passait ses soirées avec les professeurs. Pour l’encourager, ceux-ci lui offraient des livres. J’ai commencé à lire dès ma plus jeune enfance et c’est ainsi que je suis devenu fort en langue arabe», explique Talal Salman. Tous les trois ans, la famille changeait de village et, chaque fois, c’était un environnement différent. Lorsque son père est nommé président du commissariat de Mtein, Talal Salman travaille comme ouvreur dans la salle de cinéma de l’hôtel du Bois de Boulogne. «Je ne voyais que la deuxième moitié du film. Je prenais toujours plaisir à imaginer le début», raconte-t-il. Faute de moyens, il n’a pas pu poursuivre ses études mais il fut admis à la Amiliyyé, où il apprit le français avec Salah Steitié. «Des années plus tard, devenu journaliste, je sortais de chez le président Salim Hoss, j’ai croisé Salah Steitié qui dit à son hôte qu’il m’avait lui-même appris le français. A quoi Hoss rétorqua, ironique: «C’est pour cela qu’il est fort en arabe», raconte amusé Talal Salman. Puis un jour, son père le prit à part, lui remit quarante livres libanaises et lui dit: «J’ai six autres enfants que toi. Je ne peux plus continuer, débrouille-toi seul pour achever tes études et travailler».

 

Avocat ou journaliste

On lui avait prédit un jour qu’en persévérant, il deviendrait grand journaliste ou grand avocat. «Pour être avocat, il fallait avoir les moyens de faire de longues études et je ne les avais pas. J’ai décidé alors de devenir journaliste», confie Talal Salman. Il se met alors en quête d’un emploi et fut accueilli chez des parents à Jdeidé. «Je ne payais pas de mine. Je ressemblais à ce que j’étais, un pauvre villageois, mal habillé», dit-il. Il débute en correcteur. Il se rendait à pied de Jdeidé à Gemmayzé et il lui arrivait souvent de s’accrocher à la marche du tramway pour ne pas payer le tarif. En face du journal où il travaillait, sévissait un traditionnel vendeur de «foul», chez lequel il voyait ses collègues attablés. «Les premières dix livres que j’ai encaissées pour ma semaine de travail, je les ai dépensées en invitant tout le monde à un plat de «foul». Cette histoire m’a beaucoup marqué», raconte le journaliste. Il travaille dans la plupart des quotidiens de l’époque, al-Chareq, al-Hawadiss, al-Ahad… En 1961, il est arrêté, avec un groupe de journalistes, accusés tous de fomenter des coups d’Etat dans les pays arabes, de fabriquer de faux papiers et d’être mêlés à des trafics d’armes. Après un mois de détention, il bénéficie d’un non-lieu et libéré. «Je suis sorti de prison innocent mais vaincu et brisé. Je me suis aussi retrouvé sans emploi», raconte Talal Salman. On lui propose alors un poste au Koweït où il s’occupe de la publication de Dounia al-Ourouba. Ce fut un grand succès mais son séjour au Koweït ne dure pas longtemps. Il rentre à Beyrouth où il est contacté par Saïd Freiha pour devenir secrétaire de rédaction du Sayyad. De 1963 à 1973, il collabore avec le Sayyad, al-Ahad et al-Hourriya. Ce fut l’âge d’or de sa vie professionnelle. «J’ai beaucoup voyagé et fait des reportages sur le monde arabe. J’ai été en Jordanie, en Egypte où se trouvait le monde entier à l’époque d’Abdel-Nasser. Je me suis fait un grand nombre d’amis. J’ai connu les plus grands intellectuels, auteurs, caricaturistes… Ceci m’a ouvert de larges horizons. J’ai rencontré les dirigeants arabes dont Abou Ammar et je fus le premier journaliste à faire le portrait de Saddam Hussein. J’ai été également en Libye, où j’ai rencontré à plusieurs reprises le colonel Kadhafi», se souvient Talal Salman.

 

Sa plus grande réalisation

Comme chaque journaliste, il rêvait d’avoir son propre journal, un organe qui lui permettrait d’exprimer sa pensée et sa vision des choses. Le rêve devient réalité et le 26 mars 1974 sort le premier numéro du quotidien as-Safir, aujourd’hui l’un des plus grands organes de presse au Liban et dans le monde arabe. Pourtant, les défis ne manquent pas et c’est une lutte au quotidien. Seize procès sont intentés contre le journal durant la première année de sa publication. En 1980, les imprimeries sont la cible d’un attentat et sont détruites. Talal Salman échappe à plusieurs tentatives d’assassinat. Il est grièvement blessé dans un attentat perpétré devant son domicile à Hamra, en 1984. Cela ne fait que le rendre plus combatif. Il fait partie de ceux qui croient en leur mission. «Je suis fier d’appartenir à cette profession mais je suis très triste car le rôle du journaliste se perd de plus en plus. Il y a un monstre confessionnel qui dévore le pays et la presse. On ne peut pas avoir une opinion et être confessionnel. Les Libanais s’identifient à leurs communautés et la notion de citoyenneté n’existe pas. Nous allons finir par nous retrouver étrangers sur notre propre sol». Talal Salman n’a aucune ambition politique. «J’ai vu deux expériences malheureuses dans ce domaine, celles de Saïd Freiha et de Riad Taha. Il faut savoir ce que l’on veut. Je suis heureux lorsque le nombre des lecteurs du Safir augmente, lorsqu’on me félicite pour un papier que j’ai écrit. J’aime cette profession. C’est un lien direct avec les gens», dit-il. Pour cet homme d’ouverture, qui croit profondément à la liberté d’expression, le journaliste est un témoin. «Nous ne pouvons pas être de faux témoins. Ce serait contraire au code d’honneur de la profession». Des paroles qui devraient pousser à la réflexion… Joëlle Seif

 

Origines modestes

C’est avec beaucoup de tendresse que Talal Salman parle de ses origines modestes, de son grand-père paysan et de son père qui travaillait dans l’agriculture avant de s’enrôler dans les Forces de sécurité intérieure.

«C’est quoi chiite?»

Avec humour, il raconte comment en inscrivant sa confession chiite sur la fiche d’inscription chez les Frères maristes, l’un des prêtres français lui demanda «c’est quoi chiite»?

Ce qu’il en pense

-Le Printemps arabe: «L’appellation est fausse. C’est un large mouvement de rébellion contre les dictatures éternelles du monde arabe. C’est l’éveil des peuples mais malheureusement cette action prend un caractère islamiste. Je pense que les islamistes ne survivront pas longtemps car ils n’ont aucun projet. Ils sont voués à l’échec. En 2013, les slogans religieux ne sont pas ce qu’il y a de mieux comme programme de gouvernement. Je suis contre tout gouvernement à caractère confessionnel».

-L’information sur le Net: «Je vois la fin de la presse écrite. Les rentrées publicitaires sont en baisse et nous faisons face à de graves problèmes. L’Internet est une menace pour la presse écrite». 

-Les élections de 2013: «Je suis désespéré de ce pays. Nous avons un système anti-humanitaire car il privilégie le confessionnalisme sur l’humanisme. Tout se fait aux dépens de l’Etat. C’est lui l’élément le plus faible. A quoi serviraient des élections dans ce contexte? A creuser encore plus le fossé entre les gens? C’est tout le système qui doit être repensé».

Salman et les dirigeants arabes

Talal Salman estime que la mort de Jamal Abdel-Nasser a donné de l’envergure aux dirigeants arabes qu’il éclipsait. Il raconte que sa première rencontre avec le colonel Mouammar Kadhafi a lieu alors que ce dernier faisait la cueillette des olives. Elle dure six heures. A peine rentré à son hôtel, il est rappelé par le colonel. «Au début, Kadhafi était différent. C’était un homme naturel qui aimait écouter et apprendre. Ensuite, il s’est transformé. Avec la mort d’Abdel-Nasser, il s’est senti investi d’une mission sacrée mais il n’y avait pas de comparaison entre l’Egypte et la Libye», dit Salman. Quant à Saddam Hussein, c’était une très forte personnalité, quelque peu effrayante. «C’était un homme dur, égocentrique. Ses proches collaborateurs le considéraient comme Dieu», confie le journaliste. Il décrit également Hafez el-Assad comme un très grand stratège. «C’était une personnalité exceptionnelle, dit-il. Tout était étudié chez lui. Il savait exactement ce qui se passait et il a compris l’importance de la Syrie pour l’Occident et pour les Arabes».

Joëlle Seif

 

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Éditorial
L’islam, une affaire chrétienne

Quand le prophète se réfugie à Médine, chassé par les Mecquois, il est favorablement accueilli par les juifs et les chrétiens moins nombreux. Ceux-là, contrairement aux juifs, ne se sont pas retournés contre lui lors des batailles de Badr et Ohod. Sous le règne des Abbassides, quand l’islam développa son système philosophique et sa science, ce fut grâce à l’héritage grec, qu’il traduit et développe. L’islam participait ainsi à la marche du monde. Ses idées et découvertes furent reprises par l’Occident. Les principaux traducteurs des Abbassides étaient chrétiens. La renaissance arabe, timide avant la chute de l’Empire ottoman qui avait plongé le monde arabo-musulman dans les abysses de l’ignorance, explosa littéralement après la reddition d’Istanbul. Les nombreux et plus brillants meneurs de cette renaissance étaient chrétiens. La fondation d’Israël, en 1948, donna naissance à la cause palestinienne, qui allait pendant soixante ans être sans concurrence dans le monde arabe. Des chrétiens palestiniens, syriens et libanais furent en première ligne du combat. Georges Habache, Wadih Haddad, Georges Haoui, Michel Aflak, Raymond Eddé, Nakhlé Moutran, Ziad el-Rahbani, Marcel Khalifé, les évêques Hilarion Capucci, Grégoire Haddad, Youakim Moubarak et Georges Khodr, pour ne citer qu’eux. Voilà quatre moments-clés de l’Histoire du monde arabo-musulman où les chrétiens étaient clairement présents en actes et en idées. Aujourd’hui, aux divers fléaux qui s’abattent sur le Moyen-Orient, se réveille, vivace, le virus du conflit confessionnel musulman. Jamais éradiqué, ayant connu des poussées de fièvre et de rémissions en quatorze siècles, à l’âge de la modernité et de ses armes, il est dévastateur. En Irak, au Yémen et en Syrie, il s’exprime par des massacres. Entre l’Arabie saoudite et l’Iran, les coups sont portés ailleurs, dans les trois pays cités plus haut et au Liban, tant l’affrontement direct entre les protagonistes sera catastrophique pour la planète. Certes, il faut avoir toujours à l’esprit les manipulations des grandes puissances dans l’alimentation de ce conflit, mais il ne faut pas rejeter la responsabilité sur les autres, quand le problème est bien enraciné chez nous. Au Liban, l’affrontement généralisé n’a pas eu lieu, mais ses ingrédients n’ont plus qu’à être mixés. Les discours des têtes brûlées ressassent les mêmes points de litige depuis des siècles: l’imam Ali et ses descendants devaient-ils succéder au prophète? Le guide de l’oumma, doit-il être de Koreiche, la tribu de Mohammad? Aïcha est-elle la mère des croyants ou une traîtresse? Abou Bakr et Omar sont-ils de grands califes ou des usurpateurs? Des questions auxquelles la majorité des musulmans, sondés lors des révolutions arabes et des émeutes en Iran après les élections de 2009, ne se sont jamais préoccupés. Ce qui mène à la constatation suivante: le problème est éminemment politique, habilement enveloppé d’oripeaux religieux dans une région où les affaires de Dieu peuvent encore rendre fous. Un nombre suffisant d’illuminés peut enflammer toute la maison. Le Liban pourrait être encore une fois le laboratoire d’une expérience d’apaisement réussie entre les deux communautés musulmanes. Cette fonction peut être dévolue aux chrétiens. Désormais minoritaires au Liban, leurs choix ne sont pas nombreux. Ils peuvent tenter l’expérience alaouite en Syrie ou sunnite en Irak et prendre le pouvoir en s’alliant à une autre minorité. Je doute qu’ils en aient la moindre capacité ou l’envie. Ils peuvent aussi se replier sur eux-mêmes, accepter la dhimmitude ou rêver encore d’un foyer chrétien. Le premier est anachronique, le second est suicidaire. Or, malheureusement, la politique des dirigeants chrétiens au Liban est un mélange inégal et inconsistant de toutes ces options. C’est bien pour cela que la déprime des chrétiens est profonde. Leur rôle, l’Histoire l’a suffisamment montré, est d’être à la pointe de tous les combats de l’islam. C’est ainsi que celui-ci a souvent trouvé sa voie, c’est ainsi que les chrétiens peuvent exister durablement et vivre leur réelle vocation. Alimenter en sous-main la tension entre chiites et sunnites est un pari perdant. Se prévaloir de l’amitié de l’une contre l’autre ne promet que l’enfer pour tous. L’ancienneté des chrétiens dans cette région, leur capacité d’innovation, leur compréhension d’un monde en mutation, leur pratique de la raison, leur mission évangélique qui, dans la société civile est éclatante, devraient en politique prendre le pas sur les pratiques de flibustiers.


 Amine Issa
   

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