Chrétiens d’Orient: même destin
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Nº 2884 du vendredi 15 février 2013

Chrétiens d’Orient: même destin

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    Chrétiens d’Orient: même destin
    La visite du patriarche Béchara Raï à Damas, effectuée avec la bénédiction du Vatican, s’inscrit dans le cadre des nouvelles orientations de l’Eglise apparues au lendemain du Printemps arabe. Ce...
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La visite du patriarche Béchara Raï à Damas, effectuée avec la bénédiction du Vatican, s’inscrit dans le cadre des nouvelles orientations de l’Eglise apparues au lendemain du Printemps arabe. Ce déplacement sert deux objectifs: œuvrer en vue d’un rapprochement entre toutes les Eglises d’Orient et braquer les projecteurs sur les chrétiens du monde arabe, menacés dans leur existence.  

Placée par l’Eglise dans un cadre strictement œcuménique et pastoral, la visite à Damas, du patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, Mgr Béchara Raï, n’en demeure pas moins un geste à forte consonance politique. Elle est le prolongement direct et logique des nouvelles orientations de l’Eglise maronite, apparues au lendemain de l’élection de Mgr Raï, en mars 2011, et elle correspond parfaitement aux priorités du Vatican.
Ce changement de cap s’est exprimé dans les positions du patriarche au sujet de la crise syrienne et des armes du Hezbollah en particulier, et du Printemps arabe plus généralement. Le régime syrien et l’arsenal de la Résistance au Liban ne sont plus perçus comme un danger immédiat et existentiel, comme cela avait été le cas ces deux dernières décennies. Un autre péril, encore plus pernicieux, a surgi. Il s’agit de l’extrémisme musulman, qui frappe aux portes de pays qui pensaient en être à l’abri, et qui menace l’existence deux fois millénaire des chrétiens en Orient. Ces deux dernières années, le patriarche Raï n’a eu de cesse de mettre en garde contre la montée du fondamentalisme, synonyme, selon lui, d’intolérance et vecteur de violences et de persécutions. L’évolution de la situation en Tunisie, en Libye, en Egypte et en Syrie lui a, malheureusement, donné raison.
Si elles veulent être comprises, toutes les prises de position et les actions de l’Eglise maronite, et avec elles celles du Vatican, doivent être décodées à travers ce prisme de lecture.

 

Les racines du christianisme
On pourrait se demander pourquoi le sort de 15 millions d’âmes mobilise-t-il autant d’énergie, de la part du premier groupe religieux au monde, fort de 2,2 milliards de personnes (selon une étude du centre de recherche américain Pew sur la religion). «La chrétienté ne peut pas s’imaginer sans les chrétiens d’Orient, présents sur la terre qui a vu naître, crucifier et ressusciter le Rédempteur», explique une source proche de Bkerké. L’Orient est tout simplement le berceau du christianisme, la terre où plongent profondément les racines de l’Eglise universelle. «Sans racines, l’arbre est emporté par les vents», ajoute, laconiquement, la source ecclésiastique.
Les chrétiens d’Orient, et avec eux le Vatican, sont donc inquiets pour leur existence. Ils ne l’ont sans doute jamais été autant depuis le Moyen Age. Et ils ne cessent de le répéter, tous les jours, à ceux qui veulent bien l’entendre. Dans son message du carême, le patriarche grec-catholique, Grégoire III Laham, l’a dit sans détour: « To be or not to be... Etre ou ne pas être! L’avenir des chrétiens en Orient est en jeu».

Le nouveau patriarche de l’Eglise chaldéenne, la plus importante communauté chrétienne d’Irak, Mgr Louis Raphaël Ier Sako, soulève les mêmes craintes. Elu le 1er février, le prélat a estimé, samedi dernier, que le Printemps arabe avait été détourné au profit d’intérêts particuliers et avait ouvert la voie aux tensions et à l’effusion de sang. «Où est le Printemps arabe? Il y a des affrontements, des tensions, il y a du sang, de la corruption et un discours radical», a-t-il lancé.

Raï mis en avant
Le Saint-Siège a très vite traduit par des actes l’intérêt particulier qu’il porte aux chrétiens d’Orient en ces moments exceptionnels. La visite de Benoît XVI au Liban, en septembre dernier, en dépit des conseils de certains pays européens invoquant les risques sécuritaires, constitue le message le plus fort. Il a été suivi par une série de mesures et de décisions qui constituent autant de signaux allant dans le même sens. Ainsi, en novembre 2012, le patriarche Raï est créé cardinal lors d’une imposante cérémonie à Rome. C’est la première fois dans l’Histoire que l’Eglise maronite dispose, en même temps, de deux cardinaux (Béchara Raï et Nasrallah Sfeir).
Dans une messe co-célébrée avec le cardinal-patriarche maronite, le 26 novembre à Rome, Benoît XVI déclare: «Par le cardinalat du patriarche Raï, je désire accompagner particulièrement la vie et la présence des chrétiens au Moyen-Orient où ils doivent pouvoir vivre librement leur foi».
Quelques semaines plus tard, en janvier dernier, le pape a nommé le patriarche maronite dans quatre commissions au Saint-Siège. Le cardinal a ainsi été désigné à la fois membre de la Congrégation pour les Eglises orientales, membre du Tribunal suprême de la signature apostolique, membre du Conseil pontifical pour la pastorale des migrations et membre du Conseil pontifical pour les communications sociales.
Quelques jours plus tôt, Mgr Raï avait été choisi comme une des dix personnalités les plus influentes au Moyen-Orient par un journal du Vatican.
Et ce n’est pas tout. Début février, Benoît XVI a demandé au cardinal Raï de rédiger les méditations du chemin de Croix au Colisée, avec la collaboration de deux jeunes Libanais. «Le Saint-Père, en mémoire de son récent voyage au Liban et pour inviter toute l’Eglise à inclure dans sa prière le Moyen-Orient, ses problèmes et les communautés chrétiennes vivant sur ses terres, a invité, par le biais du cardinal secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone, le patriarche Béchara Boutros Raï à rédiger les textes pour la Via Crucis du Vendredi saint au Colisée», indique le Vatican dans un communiqué.
Les textes des 14 stations seront préparés, sous l’égide du patriarche, par deux jeunes Libanais. Le chemin de Croix, suivi dans la nuit par des dizaines de milliers de personnes dans ce lieu symbolique de Rome où les premiers chrétiens avaient été martyrisés, a lieu chaque année deux jours avant Pâques, pour marquer la crucifixion de Jésus.
Il y a donc une volonté du souverain pontife, clairement exprimée par des actes, d’entourer Mgr Raï d’une attention particulière, de le soutenir, de le mettre en avant, car en ce faisant, ce sont les chrétiens d’Orient qui sont placés sur le devant de la scène. Les projecteurs sont braqués sur eux, leur tragédie est connue de tous et leur devenir devient une préoccupation universelle.    

L’unité des Eglises
Dans le même esprit, le Vatican encourage les patriarches catholiques d’Orient à renforcer les liens avec les Eglises orthodoxes orientales et à adopter un discours œcuménique, car tous les chrétiens, quels que soient leurs rites, partagent le même sort. «Une communion dans la souffrance et le martyre», commente la source ecclésiastique, qui souligne que 1000 chrétiens de Syrie, dont 100 catholiques, ont été tués depuis le début des troubles dans ce pays et 200000 ont été déplacés.
La solidarité œcuménique est l’une des dimensions qui ont poussé Mgr Raï à participer à la cérémonie d’intronisation de Youhanna X Yazigi, en dépit des critiques qu’il pouvait s’attirer. Selon des sources bien informées, le patriarche Raï a demandé conseil au Vatican, fin janvier, sur l’opportunité de sa visite à Damas dans les circonstances actuelles. La réponse est arrivée le 1er février. Le Saint-Siège encourage vivement une telle démarche et est disposé à l’accompagner via le nonce apostolique en Syrie, Mgr Mario Zenari. Le patriarcat maronite est alors entré en contact avec l’ambassadeur de Syrie au Liban, Ali Abdel Karim Ali, pour préparer les aspects logistiques du voyage qui intervient dans des conditions sécuritaires difficiles. Ce sont les services de la présidence de la République syrienne qui étaient chargés d’assurer la sécurité du patriarche Raï.
Et ainsi fut-il...

Paul Khalifeh



Cinq patriarches depuis 2011
Certains y voient une coïncidence, d’autres une planification. Les croyants parlent de providence. Il n’en demeure pas moins que le Printemps arabe a coïncidé avec l’avènement d’une nouvelle génération de patriarches d’Orient, qui sont confrontés à des défis de nature existentielle.
Depuis 2011, quatre des plus importantes communautés chrétiennes du Moyen-Orient ont vu leurs primats renouvelés: Béchara Raï, élu le 15 mars 2011 patriarche maronite d’Antioche; Tawadros II, élu le 4 novembre 2012 pape Copte-orthodoxe; Jean X Yazigi, élu le 17 décembre 2012 patriarche grec-orthodoxe d’Antioche; Louis Raphaël Ier Sako, élu patriarche de Babylone des Chaldéens le 28 janvier et confirmé le 1er février; et, enfin, Ibrahim Isaac Sidrak, élu patriarche d’Alexandrie des Coptes catholiques, le 15 janvier dernier.


Les chrétiens persécutés
Le christianisme est la religion dont les membres souffrent le plus de persécutions à travers le monde, estime l’association d’obédience protestante Portes ouvertes dans son rapport annuel. Cette situation découle principalement, selon elle, de la montée en puissance dans de nombreux pays de l’islamisme radical.
Cinq nouveaux venus font cette année leur apparition parmi les cinquante pays recensés: le Mali, la Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda et le Niger. «Tous sont des pays d’Afrique subsaharienne», a souligné Claire Lacroix, coordinatrice de l’Index, en attribuant cette entrée à l’action des groupes musulmans jihadistes, dont certains liés à al-Qaïda. «Un islamisme de plus en plus radical et violent se développe en Afrique subsaharienne», a insisté Mme Lacroix. Huit des dix pays où la situation des chrétiens est la plus problématique sont des pays à majorité musulmane. L’Arabie saoudite, l’Afghanistan et l’Irak se classent ainsi aux 2e, 3e et 4e rangs. Le conflit syrien a fait passer le pays de la 36e à la 11e place, tandis que la Libye monte de la 26e à la 17e place. «Le Printemps arabe s’est transformé en hiver arabe pour les chrétiens», note ainsi le rapport.

Hémorragie en Syrie et en Irak
Les derniers recensements portent le nombre de chrétiens résidant en Syrie à deux millions d’habitants, l’équivalent de 9% de la population syrienne. Damas est, avec Constantinople et Jérusalem, l’une des capitales ecclésiastiques du Moyen-Orient.
La population chrétienne du pays comporte quatre composantes principales. La communauté grecque-orthodoxe est la plus grande avec 800000 membres. Elle est répartie sur l’ensemble des zones chrétiennes du pays: la Vallée des chrétiens dans la région de Homs, la ligne Hama-Tartous, Damas et son Rif. Viennent ensuite la communauté arménienne, principalement basée à Alep et dans les faubourgs de la capitale, la communauté melkite, disséminée comme sa consœur grecque- orthodoxe sur l’ensemble du territoire et la communauté syriaque, principalement présente dans le nord-est du pays.
En Irak, l’Eglise chaldéenne, qui compte près de 700 000 fidèles et dont la langue liturgique est l’araméen -que parlait Jésus-Christ- est l’une des plus anciennes au monde. Comme plusieurs communautés chrétiennes d’Irak, elle a été victime de persécutions, d’exils forcés et d’assassinats après l’invasion américaine du pays en 2003.
Le nombre de chrétiens d’Irak, qui était de 800000 à un million avant 2003, est estimé aujourd’hui entre 450000 et 500000, parmi lesquels environ 300000 catholiques, dont 80% sont des Chaldéens.
Selon le Haut commissariat de l’Onu pour les réfugiés (HCR), des milliers de chrétiens ont fui après un attentat à la Toussaint 2010, revendiqué par al-Qaïda, contre la cathédrale syriaque-catholique de Bagdad dans lequel 44 fidèles et deux prêtres avaient péri.

 

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Éditorial
L’utopie du changement

Parler de déconfessionnalisation au Liban tient de l’utopie. Preuve en est l’affaire du mariage civil optionnel qui, pour la deuxième fois, est mise sur le tapis et toujours rejetée des autorités religieuses, mais pas seulement. Une affaire ridicule s’il en est. Ce n’est, certes pas la première du genre, mais c’est, sans doute, la plus incompréhensible pour les esprits même les plus éclairés. Les couples libanais mariés à l’étranger devant M. le maire ou un notaire, sont inscrits aux registres de l’Etat-civil de leur pays et sont soumis à ses lois. Ils en sont privés s’ils se marient devant une autorité civile de leur propre patrie. Une mascarade qui remonte loin dans notre Histoire. Ceci fait sans doute l’affaire des pays qui accueillent les candidats au mariage civil. Mais quelle hypocrisie! Une de plus. Partant de là, comment ne pas comprendre la difficulté de s’entendre sur une loi électorale? Chaque communauté ne chercherait-elle pas à garantir ses propres intérêts à travers les urnes? Ne rêvons pas. Nous ne sommes pas près de pouvoir vivre en commun au sein d’une administration laïque tout en respectant les croyances religieuses de chacun. Les exemples qui étayent cette conviction ne manquent pas. Mais la terre s’est arrêtée de tourner au Liban. Les citoyens retiennent leur souffle. Et ce n’est certainement pas dans l’attente d’un projet de loi électorale. Car tout laisse croire que l’on reviendra, sauf surprise ou même miracle de dernière minute, aux formules du passé, amendées «exceptionnellement et pour une fois». Rares sont ceux qui, au Pays du Cèdre, croient encore au changement. On en est arrivé même à souhaiter un retour en arrière lorsque les nationaux ne rêvaient que d’une chose: aller de l’avant et moderniser les institutions. Autre utopie. Les grèves et les manifestations continuent de menacer les gouvernants qui croient pouvoir faire diversion en mettant des problèmes sur le tapis, les uns chassant les autres, dans l’espoir de fatiguer et de lasser les citoyens. La crise économique et sociale touche de plus en plus toutes les couches de la société et non uniquement les moins nantis. A la veille de chaque Conseil de ministres, les sujets inscrits à l’ordre du jour impressionnent par le nombre. Ils portent en général sur des questions d’ordre secondaire qui ne sont pas pour autant facilement réglées. Optimistes, malgré tout, les Libanais attendent toujours des décisions susceptibles d’améliorer leur quotidien. Mais en vain. Les rumeurs vraies ou fausses sur des faillites de tous genres, le chômage sans cesse en hausse, l’insécurité physique et morale qui plane sur l’ensemble du territoire, autant de facteurs d’angoisse pour les chefs de familles qui craignent pour le présent de leurs enfants avant de s’inquiéter de leur avenir. Tout semble se figer dans l’attente de cette loi magique qui fera parvenir sur les bancs de l’hémicycle les élus. Ils seront, hélas à peu d’exceptions près, comme tout semble l’annoncer, en 2013 les mêmes qu’en 2009 et, peut-être qui sait, en 2017. Le Liban, qui peut se vanter des qualités incontestables de ses citoyens, dont les talents et les compétences sont reconnus dans le monde, perd d’année en année cette richesse humaine. Les multiples alertes n’ont pas empêché le pays de vieillir. Plutôt que de bénéficier des galons prestigieux que lui offrent quatre grandes universités, jadis enviées de tous ses voisins, il se transforme au fil des ans en «pays de retraite». De plus en plus, ne restent dans le pays que ceux qui n’ont pas d’autre choix. Ou ceux qui ont fait la richesse des pays d’accueil et qui, nostalgiques, rentrent au bercail pour retrouver la douceur de vie qu’ils y avaient jadis connue. On ne fera jamais assez appel à la jeunesse d’aujourd’hui. Il serait temps qu’elle se soulève contre ce qui lui est imposé. Elle seule peut faire bouger les choses et dynamiser les structures vieillissantes et croulantes. Face à cette situation qui s’enlise, de jour en jour, dans une routine dont se contentent ceux qui restent dans le pays, les coups de gueule, expressions des déceptions mais aussi des ambitions, ne varient pas non plus.


 Mouna Béchara
   

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Journée mondiale contre le cancer. Combattre les idées reçues
Dissiper les mythes et les idées fausses qui circulent à propos du cancer. Tel est l’objectif d’une conférence organisée conjointement…

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