Dans les recoins de Beyrouth
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Nº 2891 du vendredi 5 avril 2013

Dans les recoins de Beyrouth

 
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    Des mots et bien encore… Un «bœuf» en poésie Soirée poétique au Métro al-Madina. Oui, j’ai bien lu. C’est annoncé en français sur la page Facebook du cabaret-pub. Ni poetic license, ni...
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Des mots et bien encore…
Un «bœuf» en poésie

Soirée poétique au Métro al-Madina. Oui, j’ai bien lu. C’est annoncé en français sur la page Facebook du cabaret-pub. Ni poetic license, ni poetry reading, ni «Poeticians». Il s’agit bel et bien d’une «soirée poétique», organisée dans le cadre du mois de la Francophonie. Pour la première fois que la langue de Baudelaire est mise à l’honneur, impossible de rater cette soirée, depuis le temps où j’entends les vers s’égrener en arabe et en anglais.
Alors rendez-vous au Metro, pour Des mots et bien encore... On s’active en coulisse entre les tabourets du pub, on fait connaissance, on se prépare, on se relit, on discute. Et nous voilà plongés dans la pénombre face à la scène éclairée. Place au silence, place aux mots des poètes. Essentiellement des femmes. L’une après l’autre, elles enjambent la scène, chacune sa routine, sa position face au micro, ou sans micro, debout, assise sur une chaise ou à même les planches, de face ou de profil. La poésie est également une question d’interprétation, de mise en situation, pour rendre l’impact du mot plus tonnant. Sarah Sanouh, Maya Sourati alias Mayache de Sor, Diala Gemayel et Mireille Chamma. Elles parlent d’érotisme, d’amour, d’attente, de solitude, de choses de la vie. Une poésie qui souvent ose dire ce que dans la vie on ne dit pas. Une belle virée dans un monde assoiffé de sensibilité, d’audace et de liberté, à valeur inégale bien-sûr. Et en finale, place à la musique, avec l’artiste française Pauline Drand. Munie de sa guitare sèche, elle diffuse dans la salle, de sa voix cristalline, en français et en anglais, son univers extrêmement sensible de folk ténébreux et poétique. En espérant que cette soirée poétique francophone se renouvelle. Bientôt. Gardons les doigts croisés!

 

Comme au cinéma
Wadjda de Haïfaa el-Mansour
Le cinéma comme espoir

La 7e édition d’Ayam Beirut al Cinema’iya, qui a eu lieu du 15 au 24 mars au Cinéma Métropolis, a été inaugurée par la projection du film Wadjda de la réalisatrice saoudienne Haïfaa el Mansour. Wadjda est une révolution en soi, parce qu’il est l’un des rares films, si ce n’est le premier, à être tourné en Arabie saoudite et surtout le premier film réalisé par une femme, la première réalisatrice saoudienne, Haïfaa el Mansour.
Wadjda (Waad Mohammad), adolescente de 12 ans, habite une banlieue de Riyad. Exubérante, pleine de vie, malgré le milieu conservateur dans lequel elle grandit, elle porte jeans et baskets sous sa djellaba, écoute du rock, confectionne des bracelets qu’elle vend à ses camarades de classe pour se faire un petit pécule. En marchant à l’école des filles, elle croise souvent son ami Abdallah qui la devance toujours sur sa bicyclette. Jusqu’au jour où, décidée à remporter la course, elle se met en tête de s’acheter son propre vélo, un vélo vert qu’elle demande au marchand de lui réserver. Pourtant en Arabie saoudite, il est interdit aux femmes, entre autres, de monter à vélo, car cela constitue une menace pour la vertu des jeunes filles. Sa mère refuse donc de lui accorder la somme nécessaire à cet achat. Mais Wadjda est déterminée à trouver l’argent par ses propres moyens...
Rondement bien mené, Wadjda est un film tissé de finesse et de subtilité, dans chaque détail qu’il met en scène, dans chaque situation qu’il décortique, dans chaque personnage qu’il développe. A aucun moment, il ne tombe dans le pathos ou l’apitoiement. C’est même le contraire. Wadjda insuffle courage, persévérance, détermination et surtout beaucoup d’espoir. Parce que l’espoir dans le film est le film en soi: une Saoudienne qui a réalisé une œuvre cinématographique à propos de la femme. Une porte qui s’ouvre en Arabie saoudite. L’espoir est de mise!


Helm majnoun de Maya Waked
Entre passé et présent
On l’avait connue auteure, dès 2006, avec la publication de son premier roman, Fermée pour inventaire, suivi en 2008 d’un deuxième roman, MoneyLand. Et voilà qu’on la découvre interprète avec la sortie d’un premier album Helm Majnoun. Maya Waked a décidé de revisiter le répertoire populaire libanais, avec la collaboration de deux grands noms de la scène locale: Abboud Saadi et Arthur Satyan qui se chargent de la production et des arrangements. Dès les premières notes, entrée de plain-pied dans un rythme moderne, électro, pourtant familier, avant que ne jaillisse la voix de Maya Waked interprétant la chanson de Romeo Lahoud, Aanood el Helo. L’album comprend également deux titres composés par Abboud Saadi, l’un instrumental et l’autre, Helm Majnoun, sur des paroles de Nadim Mohsen. Et les titres se succèdent, Khalli el hawa maktoum de Zaki Nassif, Bezaal mennak de Georges Yammine et Roger Bandaly… amplifiant cette même ambiance à cheval entre passé et présent, ancien et contemporain, jusqu’à l’explosion finale d’un Club Mix très dansant de Khidni maak.


Sur les planches
J’ai un poisson rouge
Cette «inquiétante étrangeté»

Ecrite, mise en scène et merveilleusement interprétée par Yara Bou Nassar et Elie Youssef, J’ai un poisson rouge a été présentée sur les planches du théâtre Monnot, du 28 février au 17 mars. Dès les premières minutes, la pièce vous interpelle, par la déconstruction, le démembrement, la désarticulation, le démantèlement des images auxquelles elle renvoie; celles d’un pays, d’une mémoire, d’une identité.
Un décor qui ressemble fortement à un chantier de construction avec une grande bâche verte. Une femme. Un homme. Ils s’étaient rencontrés avant, puis vint l’émigration. Et voilà qu’ils se retrouvent. Est-ce une réalité? Ou un rêve imaginé par la femme, cette femme qui porte, dans son corps et son esprit, les séquelles de la guerre? Ils partagent leurs histoires dans leur pays d’émigration, leurs anciennes histoires dans leur pays, et leurs tentatives d’appartenir à nouveau à leur pays d’origine. Mais est-il possible encore de le faire, quand ce sentiment d’étrangeté ne cesse de vous entourer?
Et ce poisson rouge, le plus commun et le plus répandu de l’espèce maritime, celui qu’on achète souvent, sans vraiment trop y penser et qui, rapidement, se meurt dans son petit bocal transparent. Sans qu’on sache vraiment trop pourquoi. Par manque d’attention, de soins, par habitude, par sa nature même… Et le voilà tout aussi rapidement évacué, jeté, oublié par une simple chasse d’eau tirée. Peut-être qu’on en rachètera un autre, dans quelques jours, et qui subira le même sort… parce qu’on a rapidement oublié qu’on l’a laissé mourir une première fois. Un poisson rouge à qui on fait tout gober et qui ne s’interroge nullement à propos de ce qu’on lui met à manger dans le bocal… Un poisson rouge et autant de symboles et de symboliques, de rapprochement et d’images renvoyées, de questions et de questionnements soulevés par la pièce de Yara Bou Nassar et Elie Youssef. Des pensées qui ne cesseront de vous tarauder l’esprit, à l’instar de la discussion qu’ils établissent avec le public quand, pour quelques moments, ils brisent les frontières du théâtre et se débarrassent de leurs personnages pour poser cette question à quelques spectateurs: «Quelle est votre relation avec votre pays?»…


It’s time to scream
Le courage d’une vie

Un couple, un homme, une femme. L’harmonie n’est pas toujours de mise. Le mariage peut être signe de violence. Et la violence n’est pas toujours physique. Elle peut être morale aussi, elle l’est souvent au Liban où la femme est encore très loin d’acquérir tous ses droits, à défaut notamment d’une loi qui régit le statut social. Et c’est ce qu’elles ont toutes réclamé sur la scène du théâtre Tournesol, le vendredi 15 mars.
Elles, ce sont les comédiennes qui ont pris part à la pièce It’s time to scream, Sar bedda sarkha. Mais elles ne sont pas comédiennes. Elles sont avant tout des femmes libanaises associées à l’ONG Kafa (Enough violence and exploitation) militant contre les violences domestiques. Durant six mois, elles ont pris part à un atelier de travail, comprenant dix-huit séances de «drama therapy», dirigé par Lamia Abi Azar et Maya Zbib de la Compagnie de théâtre Zoukak. Au cours de ces dix-huit séances de «drama therapy», où une grande importance était accordée à l’expression personnelle et à l’improvisation collective, les participantes ont écrit leurs propres textes et monté des histoires inspirées de leur vie quotidienne pour créer la pièce It’s time to scream.
A peine entré dans la salle, le public découvre sur scène neuf femmes de dos faisant face chacune à un miroir accroché au mur. Et la pièce commence en force: déplacement rapide sur scène, des talons qui claquent fort, des mots grommelés, criés… Et les saynètes se succèdent, chacune mettant en scène une situation relative à la violence domestique et ses conséquences sociales; que le mari manque totalement de respect à sa femme qu’il traite presque comme une boniche, qu’il la prive de voir ses enfants, qu’il lui fasse subir une belle-mère acariâtre à l’intérieur même de son foyer… Les neuf comédiennes en herbe se sont entièrement données, entièrement investies dans cette pièce, où la colère se marie à l’humour et l’émotion au rire. It’s time to scream: un courage remarquable et une belle leçon de vie!

Nayla Rached








 

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Éditorial
Diagnostic et remède

Les Libanais sont comme les maris trompés, les derniers à savoir. Avant eux, une bonne moitié de la planète connaît déjà le nom de leur prochain Premier ministre. Ce n’est plus du suspense mais une devinette de mauvais goût; une preuve on ne peut plus éclatante de la décadence de la classe politique, de la déliquescence des institutions et des déficiences du système, que toutes les feuilles de vignes du monde ne peuvent plus dissimuler. On connaît la comptine. A l’ère de la mondialisation, l’indépendance absolue n’existe plus, les relations entre les pouvoirs nationaux et supranationaux sont complexes et les influences sont profondes et réciproques. Sur un plan strictement libanais, la Constitution ne prévoit pas de candidature pour le poste de Premier ministre et le choix des députés est secret, seul le président de la République en est informé lors des consultations parlementaires contraignantes. Certes, tout cela est vrai, mais ne justifie pas pour autant que le Premier ministre soit choisi par des capitales étrangères. Hier Le Caire et Damas, aujourd’hui Riyad et Téhéran, et toujours Washington et Paris. La tutelle exercée avec brutalité et sans ménagement à l’époque syrienne - avec la bénédiction de l’Occident et des Arabes, il ne faut jamais l’oublier -, se poursuit aujourd’hui sous d’autres formes. Moins voyante, plus raffinée, elle n’en reste pas moins tout aussi pesante et décisive. Sans vouloir donner l’impression de se mêler de ce qui ne les regarde pas (!), les Libanais souhaiteraient savoir pourquoi, huit ans après le retrait des troupes syriennes, la désignation d’un Premier ministre doit-elle encore répondre à des équilibres régionaux et internationaux. Pourquoi les considérations externes priment-elles sur les intérêts nationaux? Sur quelles bases décide-t-on, dans les capitales étrangères, que le profil de tel homme politique, plutôt que tel autre, correspond mieux aux impératifs de la période actuelle? Et puis quels sont ces impératifs? S’agit-il d’éponger la dette publique, de réduire le déficit, d’accélérer l’exploitation des ressources en hydrocarbures pour assurer un avenir meilleur à nos enfants, de rétablir l’autorité de l’Etat? Si le choix du prochain Premier ministre, quel qu’il soit, était dicté par ces préoccupations, le mal aurait été moindre. Mais nous savons tous que les critères qui font pencher la balance en faveur de telle ou telle personnalité n’ont rien à faire avec le bien-être des Libanais. En toute modestie, les Libanais ont contribué à la fondation, au développement et à la prospérité de secteurs entiers dans les sociétés arabes. Hôtellerie, restauration, santé, construction, publicité, médias, éducation, ils sont présents partout. Médecins, ingénieurs, journalistes, publicistes, hommes d’affaires, académiciens (…), ils ont partagé leur savoir-faire avec leurs frères arabes. Le phénomène tout récent des cadres supérieurs libanais qui, après être passés à la retraite, sont recrutés pour restructurer des ministères ou moderniser des institutions étatiques ou privées dans les pays du Golfe, prouve que les compétences libanaises restent appréciées. Pourquoi alors tous ces pays s’arrogent-ils le droit de coacher les Libanais dans le domaine de la politique? Et pourquoi ces derniers se sentent-ils obligés d’obtenir la bénédiction de tel roi ou émir arabe, ou un certificat de bonne conduite de tel dirigeant occidental? Le mal qui ronge le Liban de l’intérieur s’appelle confessionnalisme. Le système est construit d’une telle façon que chaque communauté sent la nécessité, voire le besoin vital, de se trouver des soutiens et des protecteurs étrangers pour s’imposer face aux autres confessions. Le diagnostic établi, reste le remède. Pour se débarrasser des influences extérieures, il faut changer le système. On ne le dira jamais assez.


 Paul Khalifeh
   

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Moins enrobées avec les années
Les femmes se retrouvent moins grosses lorsqu’elles prennent de l’âge, mais tendent, en revanche, à se trouver plus vieilles. Sondées…

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