La grotte de Jeïta. Fierté des Libanais
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Nº 2893 du vendredi 19 avril 2013

La grotte de Jeïta. Fierté des Libanais

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Si le vote international a privé la grotte de Jeïta d’une place parmi les sept nouvelles merveilles du monde, elle n’en demeure pas moins l’une des premières merveilles naturelles, depuis qu’elle a été éclairée et inaugurée, le 27 novembre 1958. Le Premier ministre de l’époque, Rachid Karamé, et d’autres responsables avaient alors effectué une tournée en barque dans la grotte, désormais ouverte au public.

 

Située au cœur du flanc ouest de la montagne du Liban, dans la vallée de Nahr el-Kalb, la grotte compte plusieurs reliefs karstiques interconnectés, formés durant des millions d’années en raison de la dissolution du calcaire. Son accès naturel est à environ 100 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle se trouve à 5 km à l’est de la côte méditerranéenne et à 18 kilomètres au nord de Beyrouth. Son système d’éclairage, qui permet de préserver les conditions de la grotte, a reçu plusieurs prix internationaux.

Jeïta fournit de l’eau potable à près de 800000 résidants de Beyrouth. Avec 9 km de longueur, elle attire plus de 400000 visiteurs chaque année. Elle comprend deux niveaux. La grotte inférieure a été habitée à l’époque préhistorique. D’anciens vestiges d’une fonderie ont été retrouvés dans une petite grotte à proximité de la rivière de Nahr el-Kalb donnant à penser qu’elle a été utilisée pour produire des armes à l’époque de la préhistoire.

Cette partie a été redécouverte en 1836 par le missionnaire américain William Thomson. Ce dernier s’est aventuré jusqu’à près de cinquante mètres en profondeur. En atteignant la rivière souterraine, il a tiré un coup de feu de son pistolet et l’écho qu’il a entendu l’a convaincu qu’il avait trouvé une caverne d’une importance majeure. On visite la grotte inférieure, sur une longueur de 6200 mètres dans de petites embarcations à propulsion électrique.

Dans deux expéditions menées en 1873 et 1874, les explorateurs ont pénétré jusqu’à 1060 mètres dans la grotte, avant d’être bloqués par la force des torrents. Ils ont enregistré leurs noms et l’année au cours de laquelle l’exploration a eu lieu sur un grand pilier de pierre calcaire à quelque 625 mètres de l’entrée.

Entre 1892 et 1940, d’autres expéditions ont été effectuées par des explorateurs anglais, américains et français qui ont pénétré à une profondeur de 1750 mètres.

Depuis les années quarante, les spéléologues libanais ont poussé encore plus en profondeur dans la grotte de Jeïta. La partie supérieure de la grotte a été découverte par eux en 1958. Elle est située à 60 mètres au-dessus de la grotte inférieure. D’une longueur totale de 2130 mètres, dont seuls 750 mètres sont accessibles aux visiteurs, elle est équipée d’une série de passerelles pour sécuriser les touristes. La caverne supérieure abrite la plus grande stalactite. Elle comprend une série de chambres, de hauteurs différentes, dont la plus grande à 120 mètres de hauteur. En 1962, le Spéléo Club a contribué à une étude des galeries supérieures dans le but de bâtir un tunnel dont les travaux ont commencé en 1968.

En 1978, la guerre civile libanaise a interdit l’accès des deux grottes au public. Les deux tunnels menant à la partie inférieure et supérieure de galeries ont servi à stocker des munitions et l’extérieur des bâtiments était utilisé à des fins militaires.

En 1995, les deux niveaux de la grotte ont été rouverts. La grotte de Jeïta est gérée par la compagnie privée Mapas. C’est la plus longue grotte explorée au Liban. Et la plus longue stalactite au monde se trouve dans la chambre blanche de la grotte, elle mesure 8,2 mètres de long. La grotte de Jeïta fait toujours la fierté des Libanais.

Arlette Kassas

 

Activités dans la grotte
En 1969, un concert de musique électronique du compositeur français François Bayle a été donné dans la grotte pour l’inauguration de la galerie supérieure. D’autres manifestations culturelles, concerts et autres ont eu lieu dans l’ambiance magique de la grotte.

 

 

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Éditorial
Ces vents qui soufflent d’ailleurs

D’une tutelle à l’autre… ainsi va le Liban. Pliant jadis sous la dictature ottomane, dominé sous le mandat français, le pays gagne son indépendance, par la grâce d’une politique étrangère, avant de retomber sous la coupe des réfugiés palestiniens et, enfin, sous le poids syrien. Où sont donc nos «Hommes» politiques qui méritent qu’on dérange la majuscule pour eux? Ceux qui briguent une place dans l’hémicycle ou au Sérail quitte à la quémander auprès d’une chancellerie? Ceux qui retournent leurs vestes au gré des vents du Levant ou de l’Orient? Ceux dont le but suprême n’est, certes pas, d’apporter des solutions sociales et économiques à des citoyens noyés sous le coût de la vie? Ceux qui n’ont jamais compris que la politique, c’était l’art  d’assurer le «bien-être du citoyen»?Loin de nous toute idée de surenchère, mais un souci égoïste de retrouver un pays qui récupère ses atouts et la joie de vivre que lui reconnaissent les visiteurs étrangers, hélas de plus en plus rares.Dans les années soixante-dix, un haut responsable, répondant aux questions des journalistes qui, déjà à l’époque, reprochaient à l’Etat son inertie, avait justifié ce dernier du fait qu’il n’avait qu’une trentaine d’années d’indépendance et qu’il n’avait pas encore la maturité suffisante pour se prendre en main. Quatre décennies plus tard, le Liban en est toujours là. Aucune crise n’est résolue sans le parrainage d’un «frère arabe» ou d’un ami plus lointain. Nous nous divisons au gré des affinités et des intérêts des uns et des autres. Le Liban est devenu l’Etat tampon entre toutes les forces qui s’affrontent dans la région et un déversoir de tous les conflits régionaux. Washington, qui fait feu de tout bois pour soutenir son allié israélien, en profite. Devant leur impuissance à régler nos problèmes, les leaders de tous bords, de droite comme de gauche, se cherchent des appuis hors frontières. On eut ainsi recours, dans les années de la guerre, dite civile, à une force arabe de dissuasion qui, aussitôt mise en place, dégage le terrain pour céder la place à Damas. Ce furent les dissensions internes: pour ou contre la présence syrienne. Celle-ci s’est incrustée au point que le spectacle de ses troupes quittant le Liban, au lendemain du 14 mars 2005 et la révolution du Cèdre, a provoqué un enthousiasme populaire incroyable. Hélas, de courte durée. La Syrie continuait à mener sa politique au Liban, approfondissant encore plus les clivages. En 1989, la guerre ayant atteint son paroxysme, les parlementaires, réunis, comme de juste, en dehors d’un Liban privé de toutes ses institutions, se retrouvaient à Taëf, sous l’égide de Riyad et de Damas pour élire un chef d’Etat. Ce fut René Moawad, assassiné quelques jours plus tard, le jour même où était célébrée l’Indépendance du pays. Son successeur, Elias Hraoui, ne réussit à rejoindre le siège de la présidence que bien plus tard, une présidence vidée de tout pouvoir. En 2006 puis 2008, le Hezbollah imposa sa politique répressive fracturant la société politique et civile du Liban. C’est alors vers Doha que les «seigneurs de la guerre» se tournèrent. Ce fut l’élection du général Michel Sleiman à la tête de la République. Cinq ans plus tard, un Premier ministre désigné à l’unanimité parlementaire, peine à former une équipe ministérielle homogène. Le point culminant du désaccord réside dans la loi électorale. Des calculs pointus d’apothicaires sont faits par les uns et les autres sur leurs chances d’obtenir la plus large présence dans l’hémicycle. Les dossiers en suspens, l’insécurité régnante et l’économie en berne… passent au second plan des préoccupations de nos représentants de l’heure. Jusqu’où nous mèneront donc ceux qui ont le pouvoir, supposé démocratique, avant d’avoir le sursaut qui peut sauver le Liban du désastre qui se profile à l’horizon et rendre enfin à ce pays, qualifié de «message» par le souverain pontife et glorifié par tant de chantres à travers le monde, la dignité de son peuple?


 Mouna Béchara
   

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