Aoun et Geagea unis dans l’urgence. Malheurs et intérêts
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Nº 2896 du vendredi 10 mai 2013

Aoun et Geagea unis dans l’urgence. Malheurs et intérêts

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    Aoun et Geagea unis dans l’urgence. Malheurs et intérêts
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La prise de contact entre Michel Aoun et Samir Geagea pave la voie à la formation historique d’un front commun à l’ensemble des partis chrétiens, ce qui renforce considérablement les chances de la proposition orthodoxe. Mais, à quelques jours de la séance décisive du 15 mai prochain, ceux qui s’y opposent étudient la riposte.

La semaine dernière, le leader du Courant patriotique libre (CPL) a prévenu: «Le flou entretenu ces dernières semaines par l’ensemble des forces politiques n’a que trop duré. Fini les paroles, place aux actes». Place à la politique. Principal opposant à une prorogation du mandat du Parlement, qui ouvrirait la porte à une reconduction du président Michel Sleiman, Michel Aoun avait tout intérêt à bouger et à être le premier à lancer la machine des concertations. Conformément à sa doctrine sur le sujet - «les chrétiens doivent recouvrir le droit de désigner par leurs seules voix leurs représentants» - le maître de Rabié a repris langue avec le seigneur de Mehrab, Samir Geagea. Le dernier contact remontait à deux ans: symbole de l’importance que constitue pour Aoun le dossier de la loi électorale. Il n’en démord pas. Malgré les messages distillés dans la presse faisant état de la gêne et des réticences des partis chrétiens du 14 mars, ces derniers se sont prononcés en faveur de la proposition orthodoxe au sein de la sous-Commission. Plus profondément, le général est animé par l’opportunité historique que constituerait une loi électorale édictée par les chrétiens.

Ferzli, au secours de sa proposition
Le contact téléphonique a été qualifié par les deux parties d’extrêmement positif. Leurs leaders se sont accordés sur la nécessité de trouver une solution avant la date fatidique du 15 mai. Le contact est noué, la volonté d’une entente est entérinée. Reste à désigner la loi qui sera brandie par les partis chrétiens au Parlement. Au cours de leur entretien, alors que Aoun a réaffirmé son soutien à la proposition orthodoxe, Samir Geagea a expliqué que son parti travaillait avec le Courant du futur à l’élaboration d’une loi mixte, inspirée de celle proposée par Nabih Berry. Une façon pour le leader des FL d’assurer le minimum syndical. Après tout, il existe une alliance politique. Mais Michel Aoun a senti l’ouverture. Alors, pour transformer l’essai, il a proposé d’envoyer à Mehrab l’ancien vice-président du Parlement Elie Ferzli, le promoteur de la proposition orthodoxe en personne. Une façon de conduire le leader des Forces libanaises à exprimer sa position finale sur la question. Geagea accepte l’idée sans broncher.

Les deux hommes se rencontrent le lendemain. «Une rencontre positive», décrit Elie Ferzli qui a exposé point par point à son interlocuteur les arguments étayant les avantages de sa proposition. La liberté, la souveraineté et l’indépendance du choix chrétien. Un discours qui parle à Samir Geagea. Mais le leader des Forces libanaises lui répond que c’est en gardant à l’esprit tous ses principes qu’il étudie avec le grand parti sunnite une mouture hybride et consensuelle. A Rabié, Michel Aoun s’impatiente. Il refuse de laisser filer l’opportunité pour des calculs d’épicier, mais il est conscient du dilemme du leader des FL. Toute la stratégie est tributaire de son accord. Pour lui montrer qu’il est prêt à de grandes concessions, Aoun dépêche deux jours plus tard Gebran Bassil. Le symbole du rapprochement entre les ennemis de la guerre rayonne. Le ministre de l’Energie est accompagné d’Elie Ferzli, Samir Geagea de Georges Adwan et d’Elie Keyrouz. Samir Geagea a fait son choix: si la proposition orthodoxe venait à être soumise au vote, son bloc parlementaire s’exprimerait en sa faveur.
Certaines sources expliquent même que la rencontre a ouvert la voie à des accords électoraux, qui pourraient prendre la forme de désistement dans certaines circonscriptions. Puisque l’on organise des élections, autant les préparer (encadré).


Consensus, temps écoulé
Il s’est très clairement dessiné une volonté chrétienne de faire entendre sa voix au-delà des divergences politiques et du jeu des alliances. Tout ceci s’est déroulé comme si Béchara Raï était au Liban. D’Amérique du Sud, actant l’absence d’accord sur une loi consensuelle, le patriarche a pris le taureau par les cornes, orchestrant de main de maître le rapprochement interchrétien. Deux évêques ont été dépêchés. Le vicaire patriarcal Mgr Samir Mazloum a rencontré l’ensemble des leaders chrétiens en l’espace de quelques jours. Sa mission? Les pousser à réactiver les contacts entre eux et à s’entendre. Mission visiblement accomplie. Le chef de l’Eglise maronite lui a même demandé de présider une réunion des leaders au siège patriarcal si cela était nécessaire.
Deuxième prélat mobilisé, l’archevêque de Beyrouth Boulos Matar, dépêché auprès des cadres du Courant du futur et de Walid Joumblatt pour évaluer l’avancement des travaux sur la proposition hybride. Bkerké a, jusqu’au bout, multiplié les contacts pour arriver à une loi acceptable par tous.
Les deux plus farouches opposants à la proposition orthodoxe n’ont pas digéré le rapprochement entre Aoun et Geagea. Une rencontre a réuni le prélat beyrouthin et le chef du bloc parlementaire Fouad Siniora, accompagné de Mohammad Chatah, Daoud Sayegh et Ahmad Fatfat. D’après le député, «Matar a expliqué que la loi de 1960 et la proposition orthodoxe étaient contestables». Mieux, il déclare même que l’évêque s’est prononcé en faveur d’un découpage électoral qui réserverait 26 circonscriptions au scrutin majoritaire et entre six et onze circonscriptions à la proportionnelle. Des déclarations réfutées par Boulos Matar qui nie avoir tenu de tels propos.
L’archevêque de Beyrouth a également rencontré le président Sleiman puis le leader du Parti socialiste progressiste (PSP) Walid Joumblatt et ses représentants qui ont réitéré leurs prises de position sur le dossier. Selon des sources proches de Baabda, le chef de l’Etat aurait très nettement infléchi son opinion sur
l’anticonstitutionnalité de la proposition orthodoxe après consultation d’experts légaux.  


Les scénarios possibles
Ajoutons le fait que Saad Hariri ait récemment expliqué qu’il participerait à des élections «même sous l’égide de la loi orthodoxe». Nabih Berry a, lui aussi, défini ses positions. Après avoir notamment reçu Elie Ferzli et Boulos Matar, le président du Parlement a fixé à 11 heures tapantes le début de la séance du 15 mai. Dans la presse quotidienne, Berry est explicite: «Du 15 au 18 mai, et en l’absence d’une loi consensuelle, le Parlement sera convié à choisir entre les lois qui sont à sa disposition, à savoir la proposition orthodoxe et la loi de 1960». Et il ajoute: «Entre les deux, je préfère la première car elle préconise un scrutin à la proportionnelle».
Les opposants à la loi orthodoxe n’ont plus le destin de la loi électorale entre leurs mains. Ils ont espéré que Berry refuserait de convier le Parlement à une session parlementaire qui proposerait la loi orthodoxe au vote. Ils peuvent également croire qu’en se retirant des bancs de l’Assemblée au moment du vote, les députés sunnites et druzes le conduisent à suspendre la séance. Les élus du Courant du futur et du PSP peuvent espérer que les chrétiens proches du 14 mars ou des députés en froid avec leur camp d’origine finissent au dernier moment par voter contre la proposition orthodoxe qui n’obtiendrait pas la majorité des voix.
Dans l’hypothèse où la proposition sautait, Nabih Berry serait contraint de passer au vote la loi de 1960. Là, les opposants à «l’orthodoxe» sauvent l’essentiel. Si ceux qui veulent que les élections aient lieu, comme le CPL, la votent, la loi peut passer. Si l’inverse devait se produire, alors les députés de l’Assemblée se verraient obligés de proposer la prorogation de leur mandat. Et là, une tout autre dynamique politique s’enclencherait. Mais Elie Ferzli a prévenu: «Si prorogation il devait y avoir, elle ne saurait être que d’ordre technique».
Le travail de fond du patriarche Raï et la main tendue de Michel Aoun ont rendu inconcevable une issue qui serait défavorable à l’ensemble des grands partis chrétiens.

Julien Abi Ramia 
 

Batroun, au cœur de la bataille
Il n’y a pas de hasard en politique. Si l’élection devait avoir lieu, Batroun serait sans doute l’une des circonscriptions les plus disputées. S’y affronteraient deux mastodontes, Boutros Harb et Gebran Bassil, avec, en deuxième rideau, les machines électorales des Forces libanaises et des Marada. A la faveur des contacts interchrétiens de la semaine, les deux hommes étaient au cœur de l’actualité. En pleine lumière, le ministre de l’Energie, auréolé de sa rencontre historique avec Samir Geagea, le rival de toujours, venu discuter de la grande cause chrétienne. En contre-champ, le député indépendant du 14 mars qui, depuis la première réunion du Rassemblement des «chrétiens indépendants» et le vote des FL et des Kataëb en sous-Commission, n’arrive pas à obtenir de rendez-vous à Mehrab.
Dans la même veine, la rencontre à Bickfaya entre Sleiman Frangié et le député Sami Gemayel. Le leader des Marada, membre du bloc parlementaire du Changement et de la Réforme, reproche depuis plusieurs semaines aux grands pontes du 8 mars, et plus particulièrement à Gebran Bassil, d’être écarté des prises de décision.
Ces petites piques préfigurent-elles un renversement d’alliances à Batroun et dans le Nord chrétien en général?

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Éditorial
Il ne reste que le rêve… et encore!

Alors que les magouilles gangrènent les institutions du pays, que le chômage bat son plein et que les citoyens, livrés à la loi de la jungle, souffrent d’une absence totale de protection, le Liban perd au fil des ans l’énergie de sa jeunesse. Jamais mieux qu’aujourd’hui, ne s’est appliquée au Liban, la célèbre formule de Georges Clemenceau: «Le pouvoir est tombé si bas qu’il faut se baisser pour le ramasser». Il fut une époque, très courte aux yeux de l’Histoire, où la jeunesse du pays, formée dans les grandes universités, que tous nos voisins nous envient, ne rêvait que de servir et de promouvoir le Liban, modèle de modernité, de démocratie et de liberté, pas seulement dans la région. Qu’en reste-t-il? Un pays qui s’apprête, quelque trente ans après la fin de la guerre civile pour les uns, et la guerre des autres pour certains, à rééditer la dramatique expérience. S’impliquer dans la crise syrienne, et encore plus dans son conflit probable avec Israël, est-ce dans nos cordes? En a-t-on les moyens? Au milieu de ce sombre tableau, nos universitaires, quelle que soit leur formation, privent, à leur corps défendant, le pays de leur savoir-faire et s’exilent vers des horizons plus cléments. Pendant que le Liban se vide de son sang jeune et de ses forces vives, ses dirigeants se disputent un siège place de l’Etoile ou un fauteuil confortable au Sérail. La question que les citoyens, ignorés par leurs représentants tant que les élections ne se dessinent pas à l’horizon, est celle de savoir à quoi sert un gouvernement dont l’inexistence passe pratiquement inaperçue ou ce Parlement, dont les réunions se font extrêmement rares, alors que ses tiroirs craquent sous les liasses de documents, jaunis à force d’attendre et très probablement devenus caducs. Dans cet abîme constitutionnel, où seuls les échos sifflent, les affaires aventureuses se multiplient. La dernière en date est celle du bateau promis à grands coups de déclarations outrageusement optimistes, après quelques décennies de rationnement électrique et même d’obscurité totale dans certaines régions oubliées. Lancée officiellement, par une publicité tapageuse et des panneaux prometteurs, la «barque turque», Fatmagül Sultan, nous promettait, «immense performance», deux heures de courant de plus dans tout le pays. Mais elle vécut ce que vivent les roses laissant derrière elle des relents sulfureux de négligence ou de scandale… l’avenir le dira peut-être. Plus de vingt ans se sont écoulés depuis que les armes se sont tues dans le pays, mais la lumière des bougies, qui n’ont rien des romantiques chandelles, n’a toujours pas disparu dans de très nombreux foyers. En parallèle, les tours luxueuses jalonnent les rues et montent toujours plus haut, les boutiques offrant les collections les plus huppées remplissent les quartiers et les restaurants aux menus gastronomiques par excellence, pullulent pour le plaisir d’une minorité nantie. Mais tout cela paraît factice et, pour une affaire qui connaît le succès, combien ne sont-elles pas forcées de baisser leur rideau aussitôt levé. Le chaos que connaît le Liban, depuis si longtemps, fait la richesse d’autres pays de la région. La Syrie, elle, avait connu ses beaux jours et son développement dès les premières années de notre guerre. Elle n’a pas su, elle non plus, sauvegarder ses acquis. Il n’en reste pas moins que le Libanais, optimiste invétéré, retrouve son rêve au moindre signe de détente. Ainsi, nous avons assisté aux retrouvailles des «cousins ennemis»: Sleiman Frangié à Bikfaya à l’invitation de Sami Gemayel, le Courant patriotique libre, représenté par le ministre démissionnaire Gebran Bassil, prendre la route de Maarab et les émissaires de Walid Joumblatt chez Nabih Berry, comme l’ancien vice-président de la Chambre à Aïn el Tiné. Le tout ponctué de quelques informations, diffusées sans, peut-être, beaucoup de conviction, annonçant un gouvernement dans les prochains jours… Et voilà que l’espoir renaît, que la vie s’annonce plus belle, à la lueur de la détermination affirmée du Premier ministre désigné et du président de la République. Il n’en reste pas moins que les jeunes exilés, partis vers d’autres horizons donner la preuve de leurs capacités et de leurs compétences, ne sont pas encore près de rentrer au bercail.


 Mouna Béchara
   

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