Les députés se payent une rallonge de leur mandat. Grand bazar au Parlement
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Nº 2899 du vendredi 31 mai 2013

Les députés se payent une rallonge de leur mandat. Grand bazar au Parlement

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    Les députés se payent une rallonge de leur mandat. Grand bazar au Parlement
    Après des mois de débats acharnés, mais relativement stériles, les députés devaient proroger le mandat du Parlement pour une durée d’au moins un an, le temps pour eux d’élaborer une...
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Après des mois de débats acharnés, mais relativement stériles, les députés devaient proroger le mandat du Parlement pour une durée d’au moins un an, le temps pour eux d’élaborer une nouvelle loi électorale. Une décision qui ne satisfait pas tout le monde, mais qui semble actée.

Votera, votera pas? C’est sans doute ce que se sont demandé les Libanais ces derniers jours, en assistant aux éternelles tergiversations sur la tenue des élections législatives. Après la mise à l’écart des différents projets de loi, censés remplacer la loi de 1960, par l’une ou l’autre des parties en présence, la solution intermédiaire de la prorogation a effectué son grand retour, au grand dam de certains.
Pourtant, lundi, le Premier ministre démissionnaire Najib Mikati et son Conseil des ministres, réunis brièvement à Baabda, se sont décidés à former la Commission de supervision des élections législatives. Ils ont même approuvé un budget de 22 milliards de livres libanaises, destiné à la gestion des élections le 16 juin prochain, en vertu de la loi électorale en vigueur. Dans une quinzaine de jours donc. «Nous souhaitons une loi électorale plus juste pour les Libanais, mais nous sommes obligés de remplir nos devoirs conformément à la loi», a déclaré Najib Mikati, à l’issue de la réunion. Surprise donc pour les Libanais, appelés théoriquement à se rendre dans les isoloirs le 16 juin, sans avoir pris connaissance des programmes - si programme il y a - des candidats à la députation. Toutefois, qu’ils se rassurent, cette annonce n’est au final qu’un coup d’épée dans l’eau, purement pour la forme, puisque la prorogation du mandat du Parlement semble bel et bien actée. Sur ce sujet, le Premier ministre démissionnaire a estimé que «le gouvernement ne se prononce pas sur cette affaire, c’est la Chambre qui doit décider. Si la décision est prise de proroger le mandat du Parlement, nous l’examinerons et chacun donnera son avis sur cette demande». En préalable à cette annonce de la date des élections, quasiment tous les partis, à l’exception des Kataëb qui ont attendu lundi pour le faire, ont présenté leurs candidats à la législature (voir encadré), qu’ils soient opposés ou non à la loi de 1960.

La situation très instable du Liban, du fait des événements en Syrie et leurs répercussions dans plusieurs points névralgiques comme Tripoli, Saïda, Ersal ou encore les roquettes tombées sur Chiyah ces derniers jours, apparaît comme la raison première de la prorogation. Pour autant, tous les partis ne sont pas d’accord sur la durée de cette prorogation.
Dans le camp du 8 mars, si le Hezbollah et Amal n’étaient pas hostiles à cette option, pour des raisons stratégiques - le premier étant occupé sur le front syrien -, on a vite écarté l’éventualité d’une prorogation de six mois. Une échéance trop brève pour se mettre d’accord. Le tandem chiite penchait plutôt pour un report de deux ans des élections. Mais c’était sans compter sur le président du Courant patriotique libre (CPL), Michel Aoun, qui a refusé en bloc une quelconque prorogation, après avoir accepté du bout des lèvres, la tenue des législatives en temps et en heure, selon la loi de 1960, qu’il a pourtant décrié depuis de longs mois. Le leader du CPL préférait en effet une élection dans les délais, plutôt que de voir une prorogation du mandat du président Michel Sleiman - mandat qui doit s’achever le 25 mai 2014 - qui découlera naturellement d’un report des législatives. Sans oublier qu’une autre prorogation se profile à l’horizon, en septembre prochain, celle du commandant en chef de l’armée. Michel Aoun verrait d’un très bon œil, comme successeur potentiel à Jean Kahwagi, la nomination du chef des forces spéciales, Chamel Roukoz. Fidèle parmi les fidèles. Par ailleurs, le chef du CPL reste convaincu de sa popularité croissante au sein de l’électorat chrétien, qui pourrait faire gagner à son camp de nombreux sièges.
Mardi, lors de son point presse hebdomadaire, Michel Aoun l’a martelé et répété, il refuse la prorogation. «Je ne peux pas participer à une séance parlementaire destinée à proroger le mandat d’une majorité qui renie mes droits. Ce que j’ai vécu au cours des quatre dernières années m’interdit (de le faire). Si la loi de 1960 est mauvaise, la prorogation du mandat du Parlement est pire, mais la véritable catastrophe, c’est le vide», a-t-il déclaré. Il devait donc s’abstenir ce vendredi, tout en assistant à la séance, histoire de ne pas provoquer de défaut de quorum. La position de ses alliés chrétiens, le Tachnag et les Maradas, également composantes du 8 mars, restait en revanche floue.
Dans l’autre camp, celui du 14 mars, le Courant du futur n’était pas non plus hostile à une prorogation du mandat du Parlement et aurait reçu l’aval de ses alliés, à savoir les Kataëb, opposés à la loi de 1960, tout comme les Forces libanaises. Le leader des FL, Samir Geagea, n’a pas manqué de critiquer son ennemi de toujours, Michel Aoun, au sujet de son souhait de maintenir les élections à la date prévue. «Un retour à la loi de 1960 serait la trahison suprême».
A cela, plusieurs raisons. La principale est que les votes chrétiens lui semblent moins acquis qu’en 2009, avec la crainte donc de ne pas obtenir autant de sièges que désirés. Le 14 mars craindrait également une réaction du camp opposé, voire une confrontation frontale, en cas de prorogation de six mois, dont il n’est pas certain de sortir vainqueur. Le Courant du futur, comme le Hezbollah et Amal, veulent à tout prix éviter une confrontation sunnite-chiite au Liban, du type fitna.
Une solution intermédiaire a donc été évoquée, tablant sur une prolongation du mandat du Parlement de 15 à 18 mois, à mi-chemin entre les autres éventualités. Saad Hariri aurait même donné son blanc-seing à cette proposition via des contacts par personnes interposées avec Nabih Berry, le président de la Chambre. A la condition express que la prorogation soit soutenue par l’ensemble de la classe politique. En échange, car c’est bien de cela qu’il s’agit, le 8 mars œuvrerait à faciliter la formation du gouvernement par Tammam Salam, ou, pourquoi pas, accepter le retour du leader du Moustaqbal aux affaires.
Après une rencontre de Fouad Siniora, qui préside le groupe des députés du Futur à la Chambre, avec Nabih Berry, mardi soir, durant deux heures, la prorogation semble entérinée. «Nous sommes à deux doigts de parvenir à un accord», affirmait-il à la sortie, laissant entrevoir une prorogation de «6 à 18 mois (…)», qui «aura des répercussions positives au Liban». L’ancien Premier ministre l’a justifié en déclarant qu’il s’agit «du meilleur accord possible dans la situation actuelle» et que «la modération et l’unité des musulmans doivent prévaloir».
Au centre du jeu, Walid Joumblatt s’est aussi prononcé en faveur d’une prolongation de 18 mois du mandat du Parlement, justifiée par la détérioration du climat sécuritaire dans le pays. Une position qui diffère de celle du président Michel Sleiman, qui s’est à plusieurs reprises dit prêt à déposer un recours en invalidation si la prorogation excédait six mois. Bkerké y est également opposé comme l’a rappelé le patriarche Béchara Raï, avant de s’envoler pour la Pologne, en déclarant qu’une «prorogation sans accord serait une atteinte à la dignité du peuple libanais. La honte rejaillirait sur tout le peuple libanais et non sur le seul Parlement».

Jenny Saleh
 

706 candidats et 22 milliards de L.L.
Malgré les divergences manifestes des différents partis politiques, tous ont pris soin de présenter leurs candidats auprès du ministère de l’Intérieur, avant l’expiration du délai lundi soir à minuit.
Au total, 706 personnalités se sont portées candidates à la députation sur l’ensemble du territoire, dont 153 dans la Békaa, 71 au Liban-Sud, 185 au Liban-Nord, 90 à Beyrouth et 207 au Mont-Liban.
Parmi les personnalités connues, figurent le Premier ministre démissionnaire, Najib Mikati, le chef du Parti démocratique libanais, Talal Arslan, le chef du PNL, Dory Chamoun, l’ancien vice-président de la Chambre, Elie Ferzli. Pour le CPL, les candidats Mario Aoun, Edgar Paul Maalouf et Gaby Layoun seront en lice. La fille de Dany Chamoun, Tracy, se présentera finalement à Baabda, et non au Metn.
Pour le Tachnag, Hagop Pakradounian et Panos Manjian se présentent. Pour les FL, Fady Kram et Tony Abou Khater sont inscrits, tandis que Joseph Maalouf renonce. A noter, dans les rangs chrétiens, que Charbel Nahas affrontera le CPL dans le Metn. May Chidiac affrontera elle aussi le verdict des urnes dans le Kesrouan.
La Jamaa ilamiya présente six candidats et le PSNS cinq.
Les Kataëb, pourtant hostiles à la loi de 1960, ont finalement présenté 19 candidats avant l’expiration du délai. Y figurent notamment Sami Gemayel et Elie Marouni.
Grands absents de ces élections potentielles, Mohammad Safadi, qui laisse son neveu, Ahmad se présenter, ou encore Ziad Baroud, qui renonce pour «rester conforme à ses principes», et Nehmat Frem.

 

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Éditorial
L’ambiguïté assassine

Il n’y a pires hypocrites que ceux qui font semblant de s’indigner de l’assassinat des trois soldats libanais à Ersal, alors qu’ils assument eux-mêmes une part de responsabilité dans cette odieuse agression et dans les attaques en règle contre l’armée à Tripoli, ces derniers jours. Car avant de passer à l’acte, les assaillants ont reçu un précieux soutien à travers la préparation du terrain sur les plans politique, médiatique et psychologique. Leurs complices, c’est dans la classe politique libanaise qu’il faut aller les chercher, surtout parmi les têtes brûlées qui ont crevé tous les plafonds avec leurs discours extrémistes, et pulvérisé toutes les lignes rouges, que même les chefs de milices n’osaient pas franchir pendant la guerre civile. Ces sous-hommes politiques, parfois enturbannés, ont lancé une campagne systématique de dénigrement contre l’Armée libanaise. Ils mettent en doute son patriotisme, la chargent de tous les maux, l’accusent de parti pris, de suivisme, d’inefficacité, de fainéantise. Ils affirment qu’elle est manipulée par des puissances régionales, qu’elle met en œuvre des agendas partisans, qu’elle manque à son devoir. Après avoir banalisé ce discours destructeur, ils ont passé à un stade supérieur, s’en prenant nommément au commandant en chef, à des officiers supérieurs, à des responsables des services de sécurité. Poursuivant leurs basses œuvres, ils se sont ensuite employés à discréditer certaines unités et brigades, leur accolant les pires épithètes, parfois à partir des tribunes des mosquées lors des prêches du vendredi. L’effronterie a atteint des limites inimaginables. Non seulement ces asociaux s’autorisent des campagnes d’injures et de diffamation qui ont ouvert la voie à des agressions physiques contre l’armée, mais les voilà qu’ils se mobilisent pour protéger les présumés agresseurs. Il y a quelques mois à Ersal, hier à Tripoli et aujourd’hui à Jeb Jennine, où une foule de Syriens et de comparses libanais a tenté d’empêcher l’armée de placer sous surveillance judiciaire un blessé transporté en douce dans cet établissement, et qui serait l’un des attaquants du barrage de l’armée. Ce matraquage incessant n’est pas innocent. En accablant l’institution militaire, c’est son rôle que l’ont veut neutraliser, celui du dernier dénominateur commun entre toutes les forces politiques et toutes les communautés, à l’ère du repli confessionnel et des identités invisibles. A une époque où les vents de la partition et du démembrement des Etats soufflent sur les pays du Levant. Leur objectif est d’éloigner les yeux, les oreilles et les bras de l’armée des régions où ils sévissent, pour les transformer en zones de non-droit, où sont exécutés des complots ourdis à l’étranger. Ces sous-hommes sont d’autant plus coupables que leur crime est impardonnable, parce que prémédité et réfléchi. L’incurie des pouvoirs politiques a encouragé ces provocateurs à aller de l’avant, à faire preuve d’une insolence toujours plus grande. Les dirigeants se complaisent dans la politique de distanciation, qu’ils appliquent sélectivement quand il s’agit de la crise syrienne, mais qu’ils respectent scrupuleusement vis-à-vis de leurs responsabilités. Toutefois, les plus pernicieux restent ces personnalités qualifiées de «respectables», «sympathiques», ces chouchous des médias, qui tiennent un discours ambigu. Après avoir couvert l’institution militaire d’éloges et de louanges, ils glissent dans leurs discours de petites phrases assassines, sur la nécessité de muter cet officier jugé «partial», ou de retirer telle unité et la remplacer par une autre. Ces gens-là souhaitent une armée à la carte, prête à se conformer à leur agenda. Dans un Etat qui se respecte, ces têtes brûlées, ces pourfendeurs de l’armée, ne doivent pas siéger sur les strapontins du Parlement mais croupir dans les cellules des prisons après avoir été jugés pour haute trahison.


 Paul Khalifeh
   

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