Gebran Bassil. Un dynamisme à toute épreuve
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Nº 2900 du vendredi 7 juin 2013

Gebran Bassil. Un dynamisme à toute épreuve

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    Gebran Bassil. Un dynamisme à toute épreuve
    Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Gebran Bassil ne laisse personne indifférent. On l’accuse d’être arrogant, imbu de lui-même. Pourtant, en privé, c’est un homme d’une grande simplicité, spontané, qui...
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Qu’on l’aime ou qu’on le déteste, Gebran Bassil ne laisse personne indifférent. On l’accuse d’être arrogant, imbu de lui-même. Pourtant, en privé, c’est un homme d’une grande simplicité, spontané, qui possède un solide sens de l’humour. Il tient les dossiers les plus importants et il est la cible de rumeurs et d’attaques les plus virulentes, notamment en raison de sa parenté avec le général Michel Aoun. Avec son franc-parler, il n’hésite pas à répondre à toutes nos questions, même les plus embarrassantes. Portrait du ministre de l’Energie et de l’Eau.
 

Enfant, il voulait devenir évêque, jusqu’au jour où quelqu’un lui a expliqué qu’il fallait être prêtre d’abord. Il a vécu toutes les contradictions et se revoit comme un élève appliqué, premier de sa classe mais, en même temps, étourdi et agité. Alors qu’il fait des études en génie civil à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), il est volontaire dans l’armée et prend part à la guerre de libération en 1989. «Un jour où je suis venu assister aux cours, tout le monde m’a applaudi en classe, car je ne venais pratiquement jamais. Je réussissais à la limite. J’ai passé toute ma vie ainsi», se souvient Gebran Bassil. Très jeune, il sait déjà ce qu’il ne veut pas. «J’aurais pu devenir avocat. J’étais bon en littérature et j’aime argumenter et plaider. La médecine ne me tentait pas, car je ne voulais pas passer dix ans de ma vie à étudier». Il débute par le génie électrique pour virer ensuite vers le génie civil. «J’ai un esprit cartésien. Plus je grandissais et plus les choses devenaient claires pour moi», confie le ministre. Extrémiste de nature, il estime toutefois être capable de modération.  
En 1989, comme une majorité de Libanais, il est saisi par la passion suscitée par le général Michel Aoun et se porte volontaire dans l’armée. Il ne connaît pas le général personnellement, mais il a pour lui une grande admiration. «Je lui ai adressé, une fois, une lettre et je suis allé à l’école Champville pour la remettre en main propre à ses filles», raconte Gebran Bassil. Il possède une photo du général Aoun que celui-ci lui a dédicacée après le fameux 13 octobre alors qu’il était à l’ambassade de France. «J’ai accroché cette photo sur le mur de ma chambre et je me suis juré que je ne la retirerai que le jour où il reviendra. Cette photo a jauni et s’est effritée avec le temps mais je la garde toujours».

 

Infatigable travailleur
Le départ en France du général n’affaiblit pas l’enthousiasme du jeune homme pour la cause. En 1993, il le rencontre une première fois en France. A Batroun, sa ville natale, il colle des affiches et des photos sur les murs et lance des tracts. «Ma mère a saisi, une fois, des tracts et des photos et les a brûlés». Ce n’est que bien plus tard, alors qu’il est déjà responsable au sein du Courant patriotique libre à
Batroun, qu’il rencontre Chantal Aoun au cours d’un congrès organisé en France, en 1996. Entre les deux jeunes gens c’est le coup de foudre. Parti pour trois jours, ne pouvant s’absenter plus longtemps à cause de son travail, il reste 17 jours pour voir la jeune fille.
A 21 ans, il termine ses études de génie et commence son master. A 24 ans, son père lui donne un terrain sur lequel il construit un immeuble et vend des appartements. Depuis, c’est ce qu’il fait, en plus de la restauration des vieilles demeures, qu’il achète, restaure et revend. A 29 ans, lorsqu’il épouse Chantal Aoun, il est déjà bien installé dans sa carrière. «Je m’étais promis de me marier à 33 ans. Je dis toujours à Chantal: tu es arrivée trop tôt», confie le ministre. Ils ont trois enfants, une fille et deux garçons: Yara (née en 2002), Gabriel (né en 2006) et Georges (né en 2007). Son seul regret est de ne pas les voir suffisamment et de ne pas s’occuper d’eux. «Ma femme m’accuse de vivre dans un hôtel. Je n’ai jamais le temps d’aller déjeuner à la maison, je ne fais qu’y dormir». Inlassable travailleur, son esprit fonctionne même la nuit et ses proches collaborateurs disent n’être jamais surpris de recevoir de lui un message à 3h du matin.
Des rumeurs farfelues courent à propos de sa fortune. Certains vont jusqu’à prétendre qu’il possède un avion privé. «Un jour, j’ai signé une lettre auprès de ma banque, lui demandant de lever le secret bancaire sur mon compte et de permettre à un propriétaire de journal d’y avoir accès. J’ai envoyé une copie de cette lettre au journaliste et je lui ai donné l’autorisation de publier les informations dans son journal. Il ne l’a jamais fait». Son père et son grand-père possédaient des terrains dont il a vendu la plupart, ainsi que des maisons anciennes. «Je n’ai pas d’avion et je n’ai pas du tout la fortune que l’on m’attribue. D’ailleurs, je n’ai pas de fortune», dit Bassil en souriant.
Au début de son mariage, Gebran Bassil dissocie dans son esprit le général Michel Aoun le beau-père de l’homme politique. «J’allais le
voir seul sans Chantal. Mais avec le temps, ce sentiment a disparu et je me suis attaché à lui de plus en plus». Lorsque le général rentre au Liban en 2005, Gebran Bassil n’a aucune intention de se présenter aux élections législatives. «Je n’étais pas prêt à ce moment-là, mais c’était une obligation pour moi. Je n’avais ni le désir ni la volonté de le faire. En revanche, en 2009, c’était mon choix». Il a bien l’intention de se présenter de nouveau, mais si on lui laisse le choix entre député et ministre, il se sent plus utile en tant que ministre.
 

«Plus on me critique, plus j’en fais»
La confiance que lui manifeste le général Michel Aoun est dûment méritée. Elle est le fruit d’un dur labeur et d’un profond dévouement. Bassil travaille au ministère jusqu’à une heure du matin. «Cette confiance je la mérite. Elle s’est construite au fil du temps. Personne ne me demande de travailler autant, je le fais par conviction. Le temps et les résultats confortent le général dans sa confiance. Mais je ne suis pas le seul, beaucoup de gens travaillent sérieusement dans son entourage. Chacun s’occupe de dossiers déterminés», dit-il. De tous les ministres, Gebran Bassil est la cible de toutes les attaques et toutes les critiques. «Je paie tout simplement le prix d’être proche du général Aoun. Des fois, il m’arrive de faire exprès pour attirer leurs critiques sur moi. Il y a une telle quantité de complexes, de haine, d’échec et d’ignorance! Notre travail les révèle sous leur vrai jour. Mais cette attitude me donne de la force et me renforce dans mon action. Plus on me critique et plus j’en fais». Avec un sourire espiègle, il reconnaît être doté d’un tempérament provocateur. Pourtant, ce qui chagrine Gebran Bassil, ce sont les accusations injustes portées contre lui et les rumeurs colportées, telle que sa possession d’un jet privé. «Ce que j’ai de plus précieux c’est mon honnêteté, ma franchise et ma sincérité. Et ce sont ces choses-là qu’on attaque précisément». On le taxe très souvent d’être arrogant. «Moi je me considère comme quelqu’un qui a bon cœur. C’est possible que je sois arrogant, car je n’ai pas de respect envers beaucoup de politiciens», dit-il avec simplicité. Il faut dire que le poids de ses fonctions et le stress l’empêchent d’être disponible et accessible. «Avant, j’écoutais plus. Maintenant, j’écoute moins du fait de la pression».
C’est à Gebran Bassil que le général Michel Aoun confie les dossiers les plus épineux. Le fameux accord avec le Hezbollah, il en est le principal artisan. C’est lui aussi qui fut chargé de négocier avec Samir Geagea le dossier de la loi électorale. «Nous avons expliqué à docteur Geagea que c’était une chance unique pour les chrétiens et qu’il fallait la saisir. On espérait réussir et nous avons fait tout ce qui était possible pour rassurer le docteur Geagea», déclare le ministre. Pour Bassil, le plus important c’est d’agir, de faire quelque chose. Il estime que les gens sont trop habitués à ceux qui parlent. «Ils jugent sur les paroles et non sur les actes». Quand on lui demande comment il se voit, il se décrit comme un homme d’action. Il est convaincu du fait que s’il distribuait de belles paroles, il ne serait pas la cible de toutes ces attaques. «Je suis quelqu’un qui agit. Le jour où je ne pourrai plus rien faire, je me mettrai à parler».

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub-DR

Ce qu’il en pense
Ses loisirs: «Le sport que je pratique 
occasionnellement faute de temps. Je skie une fois la saison, windsurf, plongée 
sous-marine, football et tennis. Mais 
actuellement, je ne fais rien de tout cela à part du foot de temps en temps».
Sa devise: «Do what you believe in. Believe in what you do. Life is all about believing and doing» (Faites ce en quoi vous croyez. Croyez en ce que vous faites. La vie est dans ce que l’on croit et ce que l’on fait).

Batroun, la très chère
C’est à Batroun, sa ville natale, que Gebran Bassil passe tous les week-ends. Pourtant, au lieu de se reposer, il s’y fatigue encore plus. «Je ne reçois jamais au ministère les députés, présidents de municipalités et les gens de Batroun. C’est la raison peut-être pour laquelle on dit que je suis arrogant. Si je devais le faire, je n’aurais plus le temps pour rien d’autre. Comment faire des réformes nationales si je dois m’occuper de leurs réclamations, d’ailleurs tout à fait justifiées».  

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Éditorial
Requiem pour une démocratie

Il fut un temps, hélas court, où sur les 10452 km2, le plus petit territoire national de la région était un modèle de démocratie et un abri pour les exilés et les opprimés des pays arabes et un lieu où les vacanciers venaient respirer un air de liberté. Liberté d’expression, des écrits, des convictions et de la foi. Mais, objet de toutes les convoitises de ses voisins ployés sous les dictatures, le Liban fragilisé par ses divisions pouvait-il résister longtemps à la turbulence de ses voisins jaloux et effrayés de l’exemple qu’offrait à leurs peuples l’image de ce «frère» qui ne connaît pas l’oppression? La réalité est, aujourd’hui, tout autre et la contagion a franchi les frontières libanaises, telle une épidémie virale galopante. Affaibli par la corruption ambiante polluée, par l’incompétence ou même l’incurie de ses responsables, le Liban a perdu son immunité. Jadis refuge favori et destination privilégiée des touristes, le pays riche de son Histoire et de sa civilisation millénaire, est quasiment effacé de la carte planétaire. Son nom y est, très souvent, noyé dans les eaux de la Méditerranée. Pour le repérer, il faut rechercher un point quasi invisible entre la Syrie et Israël. Libérés pour la énième fois d’une occupation étrangère, nous n’avons pas su gérer notre indépendance qui, peut-être, à soixante ans, a perdu sa vigueur. Notre jeunesse a, progressivement, abandonné son identité profonde non sans souffrance. L’hommage rendu à Edouard Honein, un vétéran du combat pour la démocratie et la vérité a, sans doute par-delà la nostalgie, ramené l’espoir dont les Libanais tirent leur force, envers et contre tous et tout. Nous ne pouvons pas vivre sans cesse dans le passé glorieux que seule l’ancienne génération a connu. Nous avons occulté le sens de la démocratie dans laquelle nous avions baigné. Abraham Lincoln disait «un bulletin de vote est plus fort qu’une balle de fusil». Mais est-il plus efficace que les armes sophistiquées et lourdes de menaces de 2013? Rien n’est moins sûr. Preuve en est, l’enterrement à la va-vite, justifié par l’insécurité, de l’échéance constitutionnelle. Après des mois perdus à discuter du sexe des anges, ceux que nous avions élus, il y a quatre ans, ont choisi sans ciller de renouveler, en quelques minutes, de leur seul et propre gré, le mandat que nous leur avions accordé, visiblement à tort, nous privant de notre droit le plus sacré. Après des décennies stériles, les députés ne se sont départis de leur inertie que pour s’entendre à maintenir leurs sièges et leurs privilèges quelques mois de plus, alors que les fonctionnaires et les salariés attendent de connaître leur sort, et celui de leurs familles qui dépend de leur bonne volonté. Malgré la proposition de cheikh Sami Gemayel à ses collègues de renoncer, jusqu’aux prochaines législatives, à leurs émoluments, ceux-ci continueront à en bénéficier aux frais du contribuable. Un sursaut de dignité retrouvée leur fera-t-il saisir la perche qui leur est tendue après avoir suivi le corbillard qui emporte la démocratie dont la mort fait tant mal?


 Mouna Béchara
   

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