Attentat meurtrier blocage politique. Dans le couloir de la mort
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Nº 2911 du vendredi 23 août 2013

Attentat meurtrier blocage politique. Dans le couloir de la mort

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    Attentat meurtrier blocage politique. Dans le couloir de la mort
    Pour espérer sortir la tête de l’eau, le Liban, 
plongé dans la tourmente sécuritaire et le vide politique, attend impuissamment une très hypothétique détente entre Riyad et Téhéran. Improbable, car...
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Pour espérer sortir la tête de l’eau, le Liban, 
plongé dans la tourmente sécuritaire et le vide politique, attend impuissamment une très hypothétique détente entre Riyad et Téhéran. Improbable, car embarqués dans une guerre sans merci en Syrie, où le conflit passe par une nouvelle phase.
 

«Soyez sûrs que vous êtes incapables de trancher la guerre avec nous. Nous trancherons la guerre. Cette guerre sera coûteuse, oui, mais elle sera moins coûteuse que d’attendre les takfiristes arriver à nos portes pour tuer nos familles et nous égorger comme des moutons». Hassan Nasrallah face à Bandar Ben Sultan. Le secrétaire général du Hezbollah contre le chef des services de renseignements saoudiens, voilà l’affiche du moment. Après avoir tombé le masque, en annonçant la participation de son organisation à la bataille de Qoussair en Syrie, le leader du Parti de Dieu a fini, dans son dernier discours, par désigner ses ennemis. Sous le parapluie israélien, «la nébuleuse takfiriste», télécommandée, selon ses dires, par certains services secrets, régionaux ou occidentaux. Les roquettes tombées dans la banlieue sud de Beyrouth étaient un avertissement, les attentats de Bir el-Abed et de Roueiss un message. Depuis plusieurs semaines, et avec un systématisme inquiétant, le Hezbollah est attaqué en plein cœur. Rien de tel pour revigorer un animal blessé. Retour aux fondamentaux, le parti est entré en résistance active. «Aux meurtriers je dis: sachez que les attentats contre nous ne nous feront jamais fléchir. Espèce d’imbéciles, revoyez notre expérience pendant 30 ans avec les Israéliens. Si nous déployons actuellement 1 000 combattants en Syrie, ils seront 2 000 en riposte à vos attentats. Si nous avons 5 000 combattants en Syrie, ils seront 10 000». Une nouvelle phase de déstabilisation à plus grande échelle s’ouvre, prélude à la décisive bataille d’Alep, qui déterminera le sort du régime syrien, de ses défenseurs et de ses opposants. Le Liban passe par pertes et profits.
«Nous vous connaissons très bien, nos mains vous rattraperont certainement. Certes, il revient à l’Etat de le faire mais là où l’Etat échoue, nous allons assumer nos responsabilités». Un discours prononcé avec le regard noir qui appelle chacun à «la responsabilité collective, d’abord celle de l’Etat, mais aussi celle de tous les citoyens et groupes politiques, qui doivent éviter le langage incitateur à la discorde confessionnelle». Est évidemment visé le leader du Courant du futur, Saad Hariri, qui n’a pas tardé à répondre. «Je ne comprends pas comment un homme responsable pourrait se contredire de cette façon, en appelant ses partisans à la retenue avant d’annoncer qu’il est prêt à aller combattre en personne en Syrie, en même temps que tous les partisans de son parti». S’il estime que l’attentat de Roueiss est un crime horrible, Hariri ajoute que «la guerre du Hezbollah en Syrie est un crime aussi». «Si le Hezbollah veut combattre les takfiristes, il devrait consulter tous les Libanais et non s’engager seul dans une guerre au profit du président syrien Bachar el-Assad».
La situation du moment laisse peu de place à la nuance, encore moins aux corps intermédiaires. Au-dessus des services de sécurité du pays, qui travaillent d’arrache-pied et de manière efficace ces derniers jours (voir page 22), la vacance du pouvoir politique est criante. L’appel au dialogue du président Michel Sleiman a fait pschitt, le Premier ministre désigné, Tammam Salam, est littéralement baladé, Najib Mikati songe même à réunir son gouvernement démissionnaire et Nabih Berry est le président d’un Parlement fantôme. Les institutions du pays sont otages d’une seule et même question: quelle place pour le Hezbollah?
A la tête de l’Etat, on s’est spécialisé dans les vœux pieux. «La crise politique et la polarisation, ainsi que la paralysie des institutions constitutionnelles, ont atteint une très dangereuse limite qui appelle les leaders politiques du pays à revenir à la table du dialogue, indispensable pour surmonter la phase difficile que traverse la région»: extrait d’un communiqué rédigé par Mikati. «Il est inutile d’échanger des accusations. Mon opinion est que le début d’une solution passe par la formation d’un gouvernement représentatif et la réactivation du dialogue national sans conditions préalables». Belle déclaration d’intention, noyée dans le tumulte du moment. Le président Sleiman et le 14 mars l’ont expliqué, il y a plusieurs jours déjà. Pas de dialogue sans évoquer la stratégie de la défense nationale, telle qu’on la décrit à Baabda, et celle des armes du Hezbollah. Les déclarations du patriarche Béchara Raï sont plus musclées. «Vous n’avez pas le droit de laisser le Liban en salle d’attente, ni d’en faire l’otage de vos calculs politiques et communautaires en attendant l’évolution de la situation en Syrie», a expliqué le chef de l’Eglise en s’adressant aux leaders politiques du pays.

Dans l’attente de Riyad
A Mousseïtbé, Tammam Salam n’en pense pas moins. Plus de quatre mois après sa désignation, le député de Beyrouth ne sait plus sur quel pied danser. A vrai dire, personne ne serait capable aujourd’hui de former un gouvernement. Toutes les options qui lui ont été offertes au cours de ces 18 dernières semaines ont été brouillées. Il y a d’abord eu le gouvernement d’union nationale, mais le Courant du futur refuse obstinément de siéger avec le Hezbollah engagé en Syrie. De par ses accointances avec le parti de Hariri, la possibilité d’un gouvernement de fait accompli a fait son chemin, mais Walid Joumblatt ne veut pas cautionner un tel choix. La semaine dernière, Salam et le président Sleiman, qui se rencontrent régulièrement, ont étudié l’option d’un gouvernement neutre, formé de technocrates; les politiques n’en veulent pas. Le Premier ministre désigné est même prêt à former un «super-gouvernement» composé des grands leaders. Irréaliste.
Le leader druze, instigateur de la nomination de Salam, tente au mieux d’accompagner son poulain dans sa réflexion. Pour faciliter sa tâche, Joumblatt et ses chargés d’affaires ont multiplié les visites en Arabie saoudite qui, comme l’a noté le leader du Courant patriotique libre (CPL), Michel Aoun, a renvoyé le Qatar et la Turquie à leurs chères études. C’est Riyad qui est désormais à la manœuvre. Ce week-end, Waël Abou Faour et Teymour Joumblatt s’y sont rendus pour y rencontrer le puissant Bandar Ben Sultan qui a pris en personne la direction des opérations. Quelques heures auparavant, par l’entremise de l’ancien secrétaire général du PSP, Charif Fayad, le maître de Moukhtara a appelé à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale, mettant en garde l’opinion publique contre les tentatives de «confessionnalisation» des services de sécurité, pour qu’ils protègent telle ou telle communauté. Retour à Riyad et à son dialogue de sourds. Le royaume, juge et partie, persiste à rejeter la présence du Hezbollah dans le futur gouvernement. Le parti est très clairement en ligne de mire, et Riyad n’a absolument aucun intérêt à lui offrir sur un plateau d’argent quelque marchepied que ce soit. Les deux camps aiguisent leurs armes. Cela risque de faire très mal, car le Liban politique et institutionnel est incapable d’enrayer l’escalade déjà scénarisé.

Julien Abi Ramia

Séance encore reportée
Sans surprise. Faute de quorum et d’un accord sur l’agenda de la séance, le Parlement n’a pas pu se réunir mardi et le président de la Chambre, Nabih Berry, a reporté pour la quatrième fois consécutive la séance plénière. Prochaine date fixée: celle du 23 septembre. Comme lors des deux précédentes 
convocations, les députés du 8 mars et ceux du bloc de Joumblatt étaient présents Place de l’Etoile. Le 14 mars a boycotté la réunion, tout comme les députés du Bloc du Changement et de la Réforme, à l’exception notable d’Emile Rahmé, député de Baalbeck.
Le député du Hezbollah, Ali Ammar, a expliqué que «le boycott est devenu une nouvelle arme employée par la partie adverse afin d’ôter à l’Etat et à ses institutions les responsabilités constitutionnelles qu’ils assument». Un avis qui ne se rapporte pas totalement au CPL «dont les motifs du boycott sont totalement différents de ceux de la partie adverse puisqu’il proteste seulement contre la prorogation du mandat 
de la Chambre».

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Éditorial
La chute fut violente

Ce 15 août 2013, marqué d’une pierre noire, a semblé pourtant devoir provoquer un choc positif sur la scène nationale. Mais le miracle n’a pas eu lieu et l’émotion qui a gagné les différents antagonistes n’aura duré que quelques heures. L’odieux, l’indescriptible crime perpétré à Roueiss, quartier populaire et surtout populeux de la banlieue sud de la capitale, l’intolérable spectacle des membres déchiquetés, des corps d’enfants méconnaissables, des survivants en quête de leurs proches et, enfin, le désastre de ceux qui ont tout perdu, leurs maisons comme leurs biens, avaient secoué les Libanais toutes tendances confondues. Nous avons tous écouté les leaders des différents bords et confessions dénoncer avec virulence l’attentat perpétré contre des innocents. Certains même sont venus de loin partager sur les lieux les souffrances des innocentes victimes de ce désastre difficile à vivre. Nous avons pu croire, l’espace d’un moment, à de possibles retrouvailles libanaises. Nous avons même eu l’illusion tellement éphémère d’un possible dialogue. Mais, avant même que les morts ne soient reconnus et recensés, que les blessés ne soient transportés vers les hôpitaux, que les rues ne soient déblayées, les traditionnels échanges d’accusations et des mots d’oiseaux refaisaient surface. Au milieu des ruines et des désastres, les meurtriers et leurs commanditaires étaient déjà pointés du doigt avec une conviction désolante en l’absence encore de tout indice et avant tout début d’enquête sérieuse. Mais alors que l’on entendait, sans beaucoup y croire, mais avec une lueur d’espoir, sayyed Hassan Nasrallah, appeler d’une voix calme les forces du pays à dépasser leurs sensibilités communautaires pour resserrer les rangs, la désillusion ne tarda pas. Elle fut brutale. En quelques phrases, et sur le ton provocateur et agressif qu’il manipule à volonté, le secrétaire général du Hezbollah annonçait sans ambages, et en termes virulents, à ceux qui rejetaient la faute de l’horrible drame à son implication en Syrie, sa détermination à poursuivre sa croisade auprès du régime syrien. La douche froide fut difficile à supporter. Son discours n’avait plus rien d’apaisant, bien au contraire. Ainsi, en quelques mots, il a balayé toutes les illusions de ceux qui, naïvement, avaient espéré, faute de pouvoir y croire, que l’explosion l’aurait amené à plus de sagesse nationale et lui ferait renoncer à une guerre qui ne concerne pas son pays et qui attirait autant les peurs de ses compatriotes que les menaces à peine voilées des pays arabes avant même celles des Occidentaux. Accusé de défendre l’intérêt du régime Assad et celui de l’Iran avant celui de son propre pays, il rétorque avec force être prêt à renforcer son intervention quelles qu’en soient les répercussions sur le double plan sécuritaire et économique de son propre pays. Partant de là, de quel dialogue peut-on encore parler? A quelle combinaison gouvernementale parviendra-t-on? La brèche ouverte par le général Michel Aoun sur le chef du Courant du futur suffira-t-elle à redonner aux institutions de l’Etat leur prestige? Les découvertes de voitures piégées avant leur explosion sont-elles de nature à rassurer les Libanais? Ces derniers voient, par ailleurs, percer à l’horizon l’auto-sécurité, confiée aux miliciens, auxquels le Hezbollah a ouvert la voie dans la banlieue sud? En verra-t-on surgir un peu partout? Certes, les Libanais n’ont pas oublié ce que cela leur a coûté pendant les quinze années de la guerre. Sont-ils prêts à revenir à la guérilla civile?


 Mouna Béchara
   

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