Entre développement et dépendance. Les émigrés libanais et leur apport financier
Logo

Nº 2974 du vendredi 7 novembre 2014

Entre développement et dépendance. Les émigrés libanais et leur apport financier

  • taille de la police diminution de la taille de police diminution de la taille de police augmentation de la taille de police increase font size
  • A
    De
    Message
    Entre développement et dépendance. Les émigrés libanais et leur apport financier
    Dans le cadre d’une enquête réalisée par l’Observatoire universitaire de la réalité socioéconomique (Ourse) de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ), le professeur Choghig Kasparian a présenté son ouvrage édité par...
  •  
Notez cet article
(1 Vote)
A- A+

Dans le cadre d’une enquête réalisée par l’Observatoire universitaire de la réalité socioéconomique (Ourse) de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ), le professeur Choghig Kasparian a présenté son ouvrage édité par les Presses de l’USJ et intitulé L’apport financier des émigrés et son impact sur les conditions de vie des Libanais, à la faculté des lettres et des sciences humaines de l’USJ.

 

Non, un ménage qui reçoit des transferts de l’étranger ne vit pas nécessairement mieux qu’un autre qui vit sans transferts. Les chiffres de l’enquête, exposée par Choghig Kasparian, en disent long. Commençons d’abord par comprendre les différents flux migratoires tels que détaillés par le professeur Kasparian. L’expert distingue trois périodes. La première «vague» migratoire est celle qui s’effectue dans la moitié du XIXe siècle. Il s’agit alors d’un flux migratoire massif, d’origine rurale, les émigrés, majoritairement chrétiens, ayant un faible niveau d’instruction. Les destinations se font multiples et diversifiées (Union européenne, Amérique du Sud, Afrique, Egypte, Australie, etc.). La deuxième vague est celle allant de 1926 à 1960. Ce nouveau courant, moins massif que le premier, d’origine rurale également, avec des émigrés majoritairement chiites à faible niveau d’instruction, se fait pour destination principale l’Afrique de l’Ouest. Entre 1960 et 1974, le Liban assiste à la troisième vague avec une accélération de l’émigration. Les émigrés de cette vague, toutes communautés confondues, sont d’origine urbaine, semi-qualifiés et/ou professionnels, avec pour principale destination les pays pétroliers du Golfe. Depuis 1975, une continuité et une accélération de l’émigration des Libanais se font constater. Hautement qualifiés et d’origine urbaine et rurale, les émigrés appartenant à des communautés différentes se rendent surtout en Europe.

 

Des chiffres surprenants
Sur un échantillon de 2000 ménages, l’enquête a réussi à montrer qu’environ un ménage sur deux a au moins un proche parent émigré entre 1992 et 2007 et que 20% de ces ménages reçoivent des transferts de l’étranger. Après études, il s’est avéré que les ménages avec transferts ont un nombre moyen d’enfants (1,5) inférieur à celui des ménages sans transferts (2,1), que la moyenne d’âge des émigrés des ménages avec transferts est de 41 ans, alors que celle des émigrés des ménages sans transferts tourne autour de 35 ans, que le poids des personnes âgées de plus de 60 ans est de 25% pour les ménages avec transferts, alors que ce taux fait 15% pour les ménages sans transferts, et finalement, que le poids des jeunes de moins de 24 ans est de 31% pour les ménages avec transferts, tandis qu’il est de 40% pour les ménages sans transferts. Choghig Kasparian tire de ces statistiques l’idée selon laquelle la taille moyenne des ménages avec transferts est légèrement plus réduite, et que le poids des personnes âgées est relativement plus important que celui des jeunes. Quant au degré de scolarisation, il a été démontré que le nombre moyen de scolarisés des ménages avec transferts (0,8) est inférieur à celui des ménages sans transferts (1,2) mais que l’abandon scolaire est plus important dans les ménages sans transferts (à partir de 15 ans pour les garçons et de 19 ans pour les filles).

 

L’impact des transferts
Les quatre formes de transfert des émigrés libanais sont les suivantes selon le degré de fréquence: l’aide financière aux ménages dont les émigrés font partie, le placement de leurs épargnes dans les banques libanaises, le rapatriement de capitaux pour des investissements directs et, finalement, le transfert de fonds au profit d’ONG ou de collectivités locales. Selon Kasparian, 80% des ménages sont propriétaires, 2,3% ont acheté leur logement grâce aux transferts et le financement de certains équipements ménagers et appareils électroniques se fait grâce aux transferts. De même, la contribution de l’étranger constitue un apport très important pour la poursuite des études des jeunes scolarisés. Les transferts contribuent partiellement ou intégralement dans 41,4% des cas de scolarisation. L’importance de ces transferts se fait encore plus pertinente pour les jeunes universitaires (46%). D’autre part, l’enquête montre que parmi les émigrés, 45% n’effectuent pas de transferts: 41% n’ont, en effet, pas les moyens financiers suffisants, et 23% sont ceux dont la famille n’a pas besoin de support financier. A noter aussi que plus de la moitié des émigrés est partie du Liban définitivement, que 22% ont l’intention de revenir et ce sont eux les plus nombreux à effectuer des transferts.

 

Composante essentielle de l’économie?
L’impact financier des transferts de fonds des émigrés libanais joue incontestablement un rôle important quant aux conditions de vie des Libanais. Toutefois, un tel transfert ne veut pas nécessairement renvoyer à un meilleur développement au niveau national et individuel. En effet, pour comprendre ce lien entre migration et développement d’une part et migration et impact financier d’autre part, il est impératif de comparer la situation observée en présence de transferts à celle qui résulterait d’une absence de transferts. Comme l’enquête le prouve, et comme il a été dit précédemment, les transferts de fonds sont relativement essentiels selon les cas. Mais du côté du développement (que ce soit sur un stade national ou sur un stade individuel – du point de vue productivité), un tel phénomène pourrait présenter un risque d’accroissement des inégalités entre ceux qui reçoivent de l’argent de l’étranger et ceux qui n’en reçoivent pas. D’autre part, ces transferts de fonds sont susceptibles d’engendrer une dépendance économique quant aux personnes des ménages qui en reçoivent, réduisant ainsi l’activité professionnelle et donc la productivité dans le ménage des bénéficiaires d’un tel transfert. Ces derniers auraient donc moins d’intérêt à travailler pour de faibles salaires, quand l’argent parvenu de l’étranger leur permet de vivre aisément. Ce risque devient aussi de plus en plus dangereux lorsque les bénéficiaires s’endorment sur les fonds reçus, ne s’investissant dans aucune activité. D’où un appauvrissement qualitatif lié à la perte de compétences, à ce qu’on appelle la «fuite des cerveaux». Les chiffres de l’enquête le prouvent d’ailleurs: le nombre moyen des travailleurs des ménages avec transferts est inférieur (1,1) au nombre moyen des travailleurs des ménages sans transferts (1,6) avec une fréquence légèrement plus faible de travailleurs dans le secteur public dans les ménages avec transferts. L’impact des transferts sur le développement dépend donc de l’usage qui en est fait. Une possibilité de modifier l’utilisation qui est faite de ces flux financiers doit être exposée dans le but de tirer de ces transferts un potentiel économique maximal.

 

Natasha Metni

 

Les jeunes et l’émigration
Un peu plus du quart des jeunes âgés de 18 à 35 ans déclarent avoir l’intention d’émigrer ou de quitter provisoirement le pays, les garçons beaucoup plus que les filles. Globalement, les jeunes sont partagés entre ceux qui considèrent l’émigration comme bénéfique et ceux qui la considèrent comme néfaste. Cependant, des écarts apparaissent entre les régions. L’amélioration de la situation financière et la disponibilité des emplois sont les avantages les plus fréquemment cités. S’éloigner de la famille et s’éloigner du pays pour vivre à l’étranger sont, pour les jeunes Libanais, de tous niveaux d’instruction, et quelle que soit leur activité économique, les principaux inconvénients de l’émigration.

 

Ecrivez un commentaire

Assurez-vous d’avoir inscrit les informations requises, là où c’est indiqué.

Éditorial
Tous coupables.Tous récidivistes

Tandis que l’Armée libanaise poursuit son combat contre vents et marées, avec des équipements de fortune, en attendant que se concrétisent les promesses franco-saoudiennes en cours. Que les soldats sont toujours otages et que certains ont été décapités et d’autres toujours menacés d’exécution. Que les hommages aux martyrs décorés à titre posthume se multiplient dans les régions. Une classe politique vieillissante offre à l’opinion publique toutes les raisons d’une déprime. Mais les Libanais oublient au passage leur propre responsabilité dans ce climat délétère qui règne dans le pays. Pouvons-nous occulter notre propre culpabilité dans le choix inconsidéré de ceux que nous portons, depuis des décennies avec souvent désinvolture et parfois intérêt aveugle, sous la coupole de la Place de l’Etoile, haut lieu sacré où sont censés se dessiner nos destins? Où des projets de loi annoncés à grand fracas, par ceux qui cherchent à justifier uniquement leurs fabuleux émoluments, ne sont que des sujets de communication distillés à l’information et, qui de toute façon, ignorent sans vergogne les intérêts des citoyens, des contribuables et, surtout, des moins nantis de la République. Le patriarche maronite, en tournée pastorale, exprime sa colère à chacune des étapes de son périple. Il accuse sans distinction toute la caste politique et lance des anathèmes contre tous. Généralisant les cibles de ses critiques, et ne ménageant personne, Mgr Béchara Raï ne manque pas d’irriter ceux qui sont visés sans être concernés. Chaque semaine, et même chaque jour, apporte son lot d’événements et, comme le dit un éditorialiste français chevronné, une pitance aux journalistes en quête de nouveaux sujets. Notre pitance nationale est, hélas, pourrie au point qu’elle nourrit en nous le sentiment que plus rien ne peut nous révolter, que nous avons subi tous les avatars et que rien ne nous surprend plus. Pendant que l’Ukraine, soumise à de violentes agressions russes, élit ses nouveaux dirigeants, que l’Egypte encore en pleine crise a élu son président, que la Tunisie s’apprête à en faire de même et que les Syriens bombardés sans merci ont «plébiscité», envers et contre tout et tous, leur chef d’Etat, les couloirs et les bureaux du palais de Baabda continuent à laisser souffler le vent dans les couloirs et les bureaux vides, que les législatives ne sont plus qu’un sujet de conflit de plus et que toutes les institutions de l’Etat vont à vau-l’eau. Entre-temps, des épées de Damoclès sont brandies au-dessus de la classe la plus faible de la société. Ainsi va le Liban, «pays de la démocratie, berceau de la première université de droit et celui de la liberté, jadis vanté pour la joie de vivre de ses nationaux et de ses visiteurs». Véritables patrons des parlementaires, auxquels ils ont confié les rênes du pays, les Libanais contestent dans la rue la reconduction du mandat qu’ils leur ont donné, il y a quatre ans, et qui leur coûte si cher. Que pourraient-ils y gagner? L’exemple est venu de la jeunesse universitaire, celle de l’USJ, qui s’est rebellée contre la décision de la direction d’annuler cette année des élections pour cause d’insécurité. Ils ont réagi, toutes appartenances politiques et communautaires confondues, pour réclamer leur droit à pratiquer la démocratie que rien, disent-ils haut et fort, ne pourrait ébranler. Enfin, le paradoxe d’un pays menacé par les nouveaux terroristes où al-Qaïda a cédé la place à Daech et al-Nosra, qui font aujourd’hui trembler l’Orient mais aussi l’Occident, a réussi à organiser avec succès l’événement culturel le plus attendu de l’année: le Salon du livre qui a reçu des visiteurs français et francophones libanais et étrangers. Tel est, encore une fois, le miracle d’un petit pays aux multiples facettes et, surtout, à l’étrange force de résilience permanente d’un peuple auquel aucune facilité de vie n’est offerte, mais où les difficultés sont atténuées par l’ambiance que crée, en dépit de tout, la bienveillance des individus.


 Mouna Béchara
   

Santé

L’arthrose au Liban. 80% des personnes âgées sont concernées
L’arthrose se manifeste par des douleurs aux articulations. Cette maladie chronique et fréquente touche 80% des Libanais à partir de…

Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved