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Nº 3082 du vendredi 6 octobre 2017

Aéroport de Beyrouth
100 millions $ pour la modernisation

La modernisation et l’installation de nouveaux équipements à l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri nécessiterait un financement de plus de 100 millions $. L’aéroport est arrivé à saturation en accueillant plus de 8 millions de passagers. Dans la région, il existe, rappelle-t-on, des aéroports d’une capacité de 150 millions de personnes comme ceux de Jeddah, Jabal Ali et Istanbul. L’amendement de la loi 481 datant de 2002 devient une nécessité pour la création d’une direction de l’aviation civile et d’une société pour la gestion de l’aéroport.


Médicaments   
Le Liban veut exporter en Egypte

Des pourparlers sont en cours entre le Liban et l’Egypte en vue d’ouvrir le marché égyptien aux médicaments fabriqués au pays du Cèdre et de faciliter leurs enregistrements. Des négociations sont menées avec l’Union européenne dans les mêmes objectifs. Par ailleurs, les contacts que conduit la Commission économique avec la Russie se concentrent, entre autres, sur l’intégration du dossier des médicaments aux accords économiques en perspective. Ces démarches font partie du programme-plan de travail 2025, établi par le ministre de la Santé, Ghassan Hasbani.   

Générateurs
3 200 unités
Il existerait près de 3 200 générateurs au Liban qui alimentent en électricité les espaces résidentiels et commerciaux. L’information est donnée par l’agence de sondage al-Dawliya lil maaloumat.  

Barrages
40% de gaspillage

Plus de 40% de l’eau collectée grâce aux barrages de Chabrouh et du Qaraoun sont gaspillés. Ce volume d’eau se perd dans les sous-sols ou dans les infrastructures défaillantes.

Dollar
En chute

Le dollar américain perd de sa valeur de change face à un panier de devises, depuis le début de l’année. Les avantages de ce phénomène résident, pour le Liban, dans une croissance économique soutenue par une politique de change fixe.


250 000
La densité de la circulation contribue au gaspillage de deux heures de temps pour 1,3 million de personnes qui se rendent soit à leur bureau, soit à l’école. Si l’on prend en compte seulement la part de la force active dans ce nombre, le gaspillage en termes de temps de travail équivaut à deux millions d’heures de travail et 250 000 bidons (20 litres) d’essence par jour


5ème gouverneur de la BDL
Riad Salamé est le 5ème gouverneur de la Banque du Liban (BDL), depuis sa fondation en 1964. Nommé pour un premier mandat de six ans en 1993, il a été reconduit dans ses fonctions quatre fois en 1999, 2005, 2011 et 2017. Riad Salamé a entamé son cinquième mandat le 1er août dernier.  En 1985, il avait été nommé vice-président et consultant financier de Merril Lynch.

Allocations scolaires
Contradiction flagrante

Le ministre de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur, Marwan Hamadé, a relevé une contradiction flagrante au niveau des allocations sociales dédiées aux fonctionnaires. Les commis de l’Etat bénéficient de primes de scolarité au profit de leurs enfants alors que les écoles publiques sont gratuites. Un gaspillage injustifié des deniers publics. Quelque 150 000 fonctionnaires bénéficieraient d’allocations scolaires pour leurs enfants.

 


Brèves

Déficit
Le déficit de la balance commerciale a augmenté de 1,39%, passant de 9,22 milliards$ de janvier à juillet 2016, à 9,34 milliards sur la même période de 2017. Ce creusement du déficit serait le résultat d’une hausse des importations de 1,42%, à 11 milliards $, et d’une progression des exportations de 1,62%, à 1,65 milliard $.
     
Exportations
Les premières destinations des produits libanais à l’exportation de janvier à août 2017 ont été la Chine, la Grèce, les Etats-Unis et l’Allemagne. Les parts de marché à l’exportation ont été pour la Chine 10%, pour la Grèce 7%, et, enfin, pour les Etats-Unis et l’Allemagne de 6% chacun.  

Produits
Les produits à l’exportation qui ont accaparé les plus grandes parts de marché sont les perles, les pierres précieuses et les métaux. Néanmoins, leur valeur totale a accusé une baisse de 11,72%, atteignant 360,98 millions $ au cours des sept premiers mois de 2017.

Liliane Mokbel

Maux de tête, frissons, toux, écoulement nasal... La grippe n’épargne pas le système respiratoire. Considérée comme bénigne, elle peut toutefois entraîner des complications graves et des décès chez les personnes les plus fragiles.

Le virus de la grippe change d’aspect et de caractéristiques chaque année. Dans le cas d’une variation légère, nous parlons de «drift». En revanche, lorsqu’il s’agit d’une mutation radicale (survenant toutes les 10 ou 15 ans), la «métamorphose» se nomme le «shift». Interrogé par Magazine, le Dr Jacques Mokhbat, infectiologue, explique que, dans le premier cas, le nouveau virus est très voisin de celui de l’année précédente. Par conséquent, l’immunité acquise lors de l’épidémie de l’an révolu protège inéluctablement contre toute attaque sévère. Toutefois, lors d’un «shift», le nouveau virus apparaît sur un terrain non protégé. Il entraîne, dans ce sens, une symptomatologie plus rude et des complications plus sérieuses, avec un taux de morbidité et de mortalité importants. Pour éviter de telles retombées, il est impératif de recourir au vaccin. Cette année, l’injection comporte les 4 virus inactifs suivants (2 virus A et 2 virus B): A/Michigan/45/2015 (H1N1) pdm09; A/Hong Kong/4801/2014 (H3N2); B/Brisbane/60/2008; B/Phuket/3073/2013
Cet hiver, quelles seront les caractéristiques du virus grippal? Pour le Dr Mokhbat,  «les souches prévues pour la vaccination sont des souches isolées lors de la fin de l’épidémie de l’an dernier et sont supposées être responsables de l’épidémie de cette année ou du moins seraient très proches génétiquement du virus de l’année en cours». Aujourd’hui, les services épidémiologiques du ministère de la Santé surveillent l’apparition de cas de pneumopathies sévères nécessitant l’hospitalisation en unités de soins intensifs. Les manifestations graves et les complications de la grippe touchent la plupart du temps les nourrissons et enfants de moins de 2 ans, les femmes enceintes, les personnes âgées, les personnes atteintes de maladies respiratoires et cardiaques, les diabétiques, les individus souffrant de déficit immunitaire ou encore les malades du cancer ou sous traitement immunosuppresseur.

Prévention et traitement
La grippe se transmet par voie respiratoire et par voie de contact avec les secrétions respiratoires sous formes de gouttelettes. Aussi, la transmission se produit-elle à distance réduite (1m). Le virus peut se propager par la présence de gouttelettes sur les mains, sur les mouchoirs, sur les poignées de portes, etc.
Pour une grippe sans complication, une bonne hydratation et une alimentation saine sont souvent garants de guérison. Contrôler la fièvre en cas de besoin par le biais d’antipyrétiques est aussi indispensable. «Les antibiotiques ne sont pas du tout indiqués sauf en cas de complication par surinfection bactérienne avec pneumonie bactérienne surajoutée», précise le Dr Mokhbat. Pour les potentielles victimes de complications, des antiviraux spécifiques comme l’oseltamivir ou le zanamivir ou, plus rarement, l’amantadine sont prescrits. Il n’en demeure pas moins que le vaccin est fortement recommandé pour toutes les personnes à risque mais aussi pour leur entourage.

Natasha Metni

A la base de toute création d’entreprise, un montant bien spécifique est nécessairement requis. D’après Antoine Bitar, directeur de Smart ESA, un Business plan «n’est finalement que le plan pour réussir son business. Les étapes à suivre pour l’élaboration d’une telle feuille de route sont toujours les mêmes: quel objectif cherche-t-on à atteindre? Quelle stratégie adopter pour y parvenir? Quels procédés d’exécution pour réussir?». M. Bitar assure qu’«il n’y a pas de règle générale ou de solution-miracle». Pour réussir son marketing, il faut bien connaître ses utilisateurs ainsi que leurs motivations.
 
Frais et budgets. «Fonder une société au Liban à moins de 5 000 $ serait une illusion», indique M. Bitar. L’essentiel repose davantage sur le capital requis que sur l’aspect légal qui, lui aussi, nécessite une part des frais. Il est, impératif d’avoir à sa disposition une somme suffisante d’argent pour tenir jusqu’à l’«arrivée» d’investisseurs intéressés par le projet. Nombre de jeunes entrepreneurs peinent à démarrer sans au moins 20 000 $, même s’ils font preuve de beaucoup de créativité et obtiennent des services gratuitement. Les dépenses varient surtout selon la «spécialisation» de la start-up. Un marketplace qui a peu misé sur le R&D (Recherche et Développement) aura surtout besoin d’un bon plan marketing.
Dans le cas contraire, une start-up spécialisée dans l’innovation technologique devra entreprendre un énorme travail de recherche. Toutefois, dans presque tous les cas, la première ligne de dépenses consiste dans le recrutement de talents.
Toute création d’entreprise ou de société nécessite d’abord l’accomplissement de diverses formalités administratives. Le coût des démarches légales n’étant pas important pour le lancement de toute start-up, il n’en demeure pas moins qu’un dépôt des statuts de la société et l’enregistrement aux registres concernés pour l’activité en question sont cruciaux. Une fois l’idée développée, il faudra bien installer les locaux quelque part. Les jeunes entrepreneurs optent souvent pour leur domicile. D’autres préfèrent louer un bureau. Il faudra donc compter entre 300 et 500$ par mois selon l’espace nécessaire. A ne pas négliger aussi, l’acquisition d’un matériel de bureaux et d’un budget dédié à la promotion de l’entreprise. Ainsi, cartes de visites, flyers et autres objets promotionnels destinés à accroître la notoriété de la jeune entreprise peuvent avoisiner les 500$. Quant au salaire des premiers embauchés, il devrait tourner autour des 1 000$ selon la spécialisation.

Les démarches
D’après des études américaines, 85% des startups échouent au bout de 5 ans. Autant dire qu’il faut vraiment y croire et accepter le risque de «perdre». Pour réussir, au-delà d’une bonne idée, il faut pouvoir compter sur une bonne équipe pour exécuter le projet, de l’argent pour durer et un bon timing. Il faut au moins 3 ans pour qu’une start-up commence à gagner de l’argent. L’USJ avait soutenu, il y a quelques années, la création de Berytech, même si celle-ci fonctionne indépendamment de l’université. Avec Smart ESA, l’ESA a été la première université à lancer son incubateur intégré. L’AUB vient d’annoncer le sien. Des incubateurs privés existent aussi comme Speed, UK Tech Hub ou Alt City. Tous sont complémentaires et sont soutenus par la Banque centrale du Liban, qui a créé une véritable dynamique grâce à sa circulaire 331.

Natasha Metni

Michel Eléftériadès a réussi à conjuguer à la perfection son amour de l’art et son génie des affaires. Créateur du célèbre MusicHall, tous ses projets, anciens et nouveaux, sont de véritables succès.

 

C’est dans le cadre merveilleux de son dernier né, le B, qui a pris ses quartiers sur le rooftop de Aïshti by the sea, que Michel Eléftériadès nous reçoit. Pourquoi B? «B comme Beautiful people, comme Beyrouth, Byzance, Belgrade, ou BB, ou encore Batikh, Bouza, Biscine, Bolice et la liste est encore longue», confie ironiquement l’empereur du Nowheristan. Mais tout simplement, c’est aussi B by Eléftériadès, une signature qui garantit à elle seule le succès de cette nouvelle entreprise.
Dans ce décor où les reflets des statues de bronze et d’acier façonnées par Michel Eléftériadès s’allient aux lueurs du soleil couchant, aucune œuvre n’a été achetée. «J’ai créé moi-même ces statues. Quand on dort peu, on a le temps de faire beaucoup de choses». Brillant homme d’affaires, il parle de ses débuts et de ses années d’exil pour des raisons purement politiques. «Je n’ai jamais été intéressé par l’argent et celui-ci n’a rien changé dans mon mode de vie. Je ne porte jamais d’habits de marque et je ne fréquente pas les endroits à la mode. Ce qui m’intéresse, c’est de réaliser des projets que j’aime et j’ai le privilège d’avoir fait des choses que j’apprécie moi-même». Le secret de son succès?
«Mon courage ou ma témérité. Je n’ai jamais peur de perdre de l’argent et l’opinion des gens m’importe peu». Pour lui, la vie est un casino. «Certains jouent de l’argent, moi des projets».
Artiste et homme d’affaires, Michel Eléftériadès est diplômé de l’ALBA et de l’Ecole des Beaux Arts de Nantes, où il a suivi une formation en peinture, sculpture et arts plastiques. Un grand talent et une capacité énorme de travail figurent aussi parmi les clés de sa réussite. «J’ai une grande endurance au travail. Par exemple, je viens de sortir d’une période de travail de sept mois d’affilée, de 17 à 20 heures par jour, sans prendre un seul jour de congé».

Des années difficiles
Pourtant, les choses n’ont pas toujours été faciles pour Michel Eléftériadès. Après des débuts tumultueux et des années d’exil pour des raisons politiques, entre la France, Cuba et les pays de l’Est, ce n’est qu’en 1998 qu’il rentre au Liban, où il crée son premier club, Amor y libertad (Amore pour les habitués), dédié à la culture cubaine. En 1999, il relance le Festival de Byblos, lui donnant une carrure internationale, et décide de le déplacer sur la mer, contrairement à l’avis de la municipalité et des habitants de Jbeil, qui estimaient que le festival devait se tenir dans la citadelle.
Il se lance dans la production et réalise les fameux duos de Wadih el-Safi et José Fernandez ainsi que des chansons pour Demis Roussos et l’orchestre oriental, Hanin y son cubano, Nahawand et bien d’autres. Il devient l’unique label d’une majeure compagnie discographique, Warner, en dehors de l’Europe et des Etats-Unis. Eléftériadès produit des vidéo-clips pour Demis Roussos, José Calvez, grande star du flamenco, ainsi que pour Tony Hanna, les Frères Chéhadé et Nahawand.

Un hôtel à Florence
Mais l’empereur fait partie de ces gens qui s’ennuient très vite et passent directement à autre chose. En 2003, il fonde le fameux MusicHall, qui depuis 15 ans reste un incontournable de la night-life libanaise. Son but est de présenter sur scène 12 groupes, dont la performance ne dépasserait pas les 10 à 15 minutes. Pour les professionnels, cela relevait d’une pure folie à cause des coûts faramineux. Faisant fi des avis et des études de faisabilité peu favorables, Michel Eléftériadès se lance dans son projet. Résultat: un immense succès qui se poursuit jusqu’aujourd’hui. Les imitations sont nombreuses mais il est le seul à détenir légalement l’exclusivité du concept, qui est une marque déposée.
Dix ans après son lancement à Beyrouth, le MusicHall ouvre ses portes à Dubaï, en 2013, et déménage pour la saison d’été sur le waterfront de Beyrouth. «En 2010, je préparais l’ouverture du MusicHall au Qatar, sur le projet The Pearl, mais j’ai flairé les problèmes qui s’annonçaient pour Doha et j’ai renoncé à ce projet».
En 2015, Michel Eléftériadès se porte acquéreur du Palazzo Magnani, un palais florentin du XVIème siècle dans le style Renaissance le plus pur. Il l’ouvre au public et comme chaque projet auquel il se consacre, cet endroit devient un véritable succès. Il est élu parmi les 10 meilleurs hôtels d’Italie. Selon ses conseils, le quartier où se situe l’hôtel, le Borgo San Frediano, est réaménagé et il devient The coolest place on Earth, selon le fameux guide touristique Lonely Planet, devant Dubaï et New York. «Toute l’année, mon hôtel affiche complet».
Si le Liban ne peut être compétitif ni sur le plan de l’industrie ni celui de l’agriculture, c’est bien le secteur du tourisme qui est son véritable cheval de bataille. «Nous sommes faits pour le tourisme et ce pays possède un potentiel énorme. Nous ne demandons pas l’aide de l’Etat mais au moins que celui-ci ne nous mette pas des bâtons dans les roues. Avant, les gens avaient peur de venir au Liban, aujourd’hui le terrorisme a frappé Londres, Nice, Paris, Barcelone. Beyrouth, elle, est devenue une ville sûre. Tout est relatif», conclut-il.

Joëlle Seif

Semaan Bassil, Pdg de Byblos Bank, répond aux questions de Magazine concernant les grandes lignes de la stratégie de la banque. Les idées-clés tournent autour de l’excellence des services à la clientèle, d’une prudence dans la prise de risque, du soutien à la politique de la BDL et, surtout, du renforcement continu de l’organisation et des ressources humaines de la banque pour qu’elle soit mieux préparée aux futurs défis.

Quelle est la vision stratégique de Byblos Bank portant sur la concurrence serrée des banques commerciales libanaises, vu la saturation du marché et la forte bancarisation dans le pays? Sachant que ces facteurs provoquent des soucis même au niveau des banques de la catégorie Alpha, dont fait partie Byblos Bank?
Les banques libanaises disposent, plus ou moins, de produits et de services bancaires similaires. La Byblos Bank continue à investir dans ses efforts pour assurer un service de haute qualité à ses différents clients, tout en étant à l’écoute de leurs demandes pour mieux satisfaire leurs besoins.
De plus, la banque poursuit ses projets visant à simplifier et informatiser ses activités en optant pour les outils les plus avancés des nouvelles technologies bancaires, afin de mieux servir sa clientèle. En effet, Byblos Bank s’est positionnée à la pointe de l’innovation en obtenant récemment un prix d’excellence dans ce domaine pour le lancement de la première application de paiement mobile dans la région, ByblosPay, et la mise sur le marché du service d’émission instantanée de cartes bancaires, disponible dans nos agences à travers le Liban.

Vous avez opté pour une déconsolidation de votre entité libanaise par rapport aux autres qui se trouvent à l’étranger et une politique très conservative qui s’est reflétée par une baisse du niveau de vos profits au 1er semestre de 2017. Pourquoi?
Les résultats financiers de Byblos Bank pour l’année 2016 et pour les six premiers mois de 2017 sont conformes au niveau de l’appétit de risques que la banque s’est assignée à respecter. Depuis plusieurs années déjà, la direction de Byblos Bank, soutenue par son conseil d’administration, mène une politique prudente dans la prise de risques. L’objectif étant de renforcer ses actifs liquides, de maintenir un portefeuille de crédit sain et d’assurer continuellement des fonds propres solides, afin d’amortir des chocs potentiels pouvant provenir de l’instabilité locale et régionale sur le plan économique, financier et sociopolitique.
Nous opérons déjà, depuis plusieurs années, dans certains pays émergents à fort potentiel économique (exemple: Afrique, Proche-Orient) ainsi qu’en Europe (Paris, Londres, Bruxelles). Certains de ces marchés émergents ont été affectés soit par des sanctions économiques, soit par des conflits militaires, soit par la baisse de leurs revenus, à la suite de la chute des prix du pétrole. Nous avons donc décidé de déconsolider nos investissements dans nos filiales dans deux de ces pays afin de préserver et d’optimiser la performance et la solidité financière de la banque à long terme. Cependant, nous nous préparons activement, en interne, à assurer les outils, les hommes et les femmes adéquats, afin d’être prêts pour profiter des retournements positifs dans les pays où nous opérons. Par ailleurs, nous continuons à étudier de nouvelles opportunités qui peuvent se présenter à notre groupe, que ce soit au niveau local ou international.

Il est clair que la Banque du Liban joue un rôle important pour doper la croissance économique. Elle s’occupe de la politique monétaire et du contrôle des institutions financières mais elle assume également un rôle essentiel au niveau de la politique économique, à savoir celui du financement en partie des déficits du budget et de la stérilisation ensuite des liquidités qui en découlent, pour maintenir sa masse à un niveau acceptable. Que proposez-vous pour mettre fin à ce phénomène anormal au sein des compétences de la banque centrale?
Et que pensez-vous de l’ingénierie financière de la BDL?
Il est impératif que le gouvernement s’attelle rapidement à mener des réformes sérieuses et en profondeur dans le secteur public afin de mettre un terme au gaspillage, d’améliorer l’efficacité de l’administration publique pour mieux servir le citoyen contribuable et rétablir sa confiance, ainsi que de stimuler des flux d’investissements nécessaires en provenance de l’étranger.
La Banque du Liban est une institution publique qui travaille de manière très efficace dans l’intérêt de l’économie libanaise et de la société libanaise, tout en adhérant aux règlements de prudence internationaux du secteur bancaire. Cela a largement contribué à la stabilisation monétaire et financière du Liban. En tant que citoyens libanais, nous devons faire de notre mieux pour protéger cette institution, afin qu’elle puisse continuer à nous protéger et jouer son rôle.
L’ingénierie financière de la banque centrale a permis, en gros, de renforcer ses réserves en devises étrangères à court terme, un indicateur important pour les agences internationales de notations qui peuvent influencer fortement le coût que l’Etat et le secteur privé pourraient payer pour emprunter sur le marché international. Des réserves en devises très basses peuvent faire chuter la notation du Liban et du coup augmenter le coût du crédit pour les entreprises au Liban. D’autre part, cette ingénierie financière permet aux banques de dégager un profit non-récurrent qui les oblige à les mettre en réserve pour satisfaire les nouvelles réglementations internationales de prudence ainsi que pour couvrir d’autres types de risques. Cela n’est pas nouveau, même à l’étranger, différentes banques centrales (comme en Europe ou aux États-Unis) entreprennent certaines ingénieries financières pour améliorer leurs économies et renforcer leur secteur bancaire.

Quelles sont vos prévisions économiques pour le Liban à court et moyen termes?
Nous nous attendons à une amélioration des conditions économiques et politiques au Liban dans les années à venir, suite à un début de prise de conscience de la part de certains politiciens sur la nécessité de prendre
des décisions difficiles. Nous travaillons à différents niveaux pour être bien préparés à réagir activement lors de la reprise de l’économie, grâce au financement par les banques d’une partie importante des infrastructures du pays.

Liliane Mokbel

Présidente et co-fondatrice de Cedrar, Sandra Abou Nader explique à Magazine en quoi consistera ce nouveau concept immobilier de luxe, à la pointe de la domotique contemporaine, qui sera niché dans la région des Cèdres.

Par votre parcours, vous êtes très attachée à la préservation du patrimoine libanais. Dans quelle mesure le projet Cedrar va-t-il s’intégrer dans la région des Cèdres?
Nous avons un héritage dont nous sommes si fiers et nous nous devons de préserver notre patrimoine pour les générations futures. La région des Cèdres représente l’un des plus beaux sites du pays. Dans le souci de préserver l’environnement, le projet sera construit suivant les normes d’une autosuffisance énergétique propre et renouvelable. Le concept de ce développement est basé sur une architecture libanaise minimaliste à laquelle le bois ajoutera une touche moderne. L’aménagement paysager s’engage à sauvegarder la biodiversité du terrain et à restaurer les écosystèmes en employant des plantes originaires de la région.

Combien d’emplois espérez-vous générer avec ce projet?
Nous prévoyons autour de 200 emplois fixes sans compter les emplois indirects et les répercussions sur l’industrie commerciale et touristique.

Un partenariat a été établi avec l’ONG Jouzour Loubnan, en quoi consiste-t-il? Quelle va être votre stratégie de responsabilité sociale, eu égard de cela?
En partenariat avec Jouzour Loubnan, Cedrar finance un projet de reboisement qui vise à augmenter la superficie de la réserve des Cèdres de 130 000 m2. Ce sera la première étape d’une collaboration pour d’autres missions à venir. D’autre part, nous portons une attention particulière à l’Iris Cedreti, une fleur endémique présente sur le site du projet. Avec le soutien de la faculté des Sciences de l’université Saint-Joseph et des spécialistes de la région, nous nous engageons à la préserver dans une réserve et à soutenir la recherche pour la multiplication et la conservation de cette espèce.
 
Le concept du projet Cedrar se destine à devenir un lieu de rencontre pour la diaspora libanaise répartie de par le monde. Espérez-vous que ces Libanais de l’extérieur seront les principaux acquéreurs des unités du projet?
C’est un projet ouvert à tous. A tous les Libanais du monde qui sont à la recherche d’authenticité et de retour aux sources. Ce projet est destiné à tous ceux qui souhaitent vivre en connexion avec la nature et notre histoire. C’est un lieu d’échanges et de rencontre, une invitation à redonner vie à cette région qui a animé les années d’or du pays. Ce projet va bien au-delà de sa valeur commerciale, c’est un message d’attachement au pays et de foi en sa pérennité.

Jenny Saleh

La place Sassine d’Achrafié connaît depuis quelques années un net ralentissement de son activité commerciale. L’annonce par la municipalité de Beyrouth d’un grand chantier début 2018 pourrait-elle redonner à cette place si emblématique son attractivité d’antan? En quoi consiste ce grand chantier? A quoi ressemblera la nouvelle place? Enquête.

«Depuis 2011, notre activité a plongé d’au moins 70%, explique Yves Azar, responsable du restaurant Chase. Les loyers eux, n’ont pourtant pas baissé». A Sassine, ces dernières années, les commerces ferment à vue d’œil, sur un lieu pourtant stratégique de la capitale libanaise. Ils sont victimes comme le reste de la capitale et du pays de la situation économique morose.
Mona Rizk, architecte en charge du projet de rénovation de la place Sassine par la municipalité de Beyrouth constate un déséquilibre entre la valeur foncière des biens à Sassine, qui sont parmi les plus chers de la ville après Solidere, et les locations commerciales. «Aujourd’hui, tous ces commerces ferment alors qu’ils bénéficient d’un excellent emplacement d’un point de vue immobilier, c’est donc qu’il existe un vrai problème.»
La mission de Mona et de la municipalité est donc de rendre à Sassine toute son attractivité d’antan, à la fois pour attirer des piétons, de nouveaux investissements, des restaurants et des cafés.

La rénovation
«Nous voulions rénover Sassine car la place constitue un lieu chargé d’histoire et un point névralgique pour toute la capitale, explique Jamal Itani, président de la municipalité de Beyrouth. L’objectif est de mettre le citoyen au cœur du projet pour que le Libanais puisse se réapproprier l’espace public».
L’idée est de rétablir l’équilibre entre piétons et voitures. «Dans toutes les villes du monde, la priorité a été donnée aux automobiles durant les années 1960-1970 puis la tendance s’est inversée dans les années 1990, note Mona Rizk. Aujourd’hui, nous voulons rendre à Sassine sa fonction de place qui est, pour l’instant, plutôt un grand carrefour».
Six-mille mètres carrés d’espaces publics seront ainsi créés ainsi que de larges trottoirs pour faciliter l’implantation de terrasses pour les restaurants. Pour éviter la congestion du trafic et les embouteillages, des dépose-minutes vont voir le jour pour permettre aux taxis de s’arrêter sans gêner la circulation. L’objectif est aussi de recréer le tissu urbain qui existait avant que le tunnel Mar Mitr/Hôtel Dieu et le pont de l’ABC ne soient construits.
«Nous voulons également redonner vie à cette dynamique sociale si propre au quartier: recréer des lieux de rencontres, tout ce qui fait le charme et la touche libanaise, insiste de son côté Carole Babikian, présidente de l’association Achrafié 2020. Il y aura des espaces où les piétons pourront se promener sans voitures, des jeux pour enfants, des gradins pour permettre l’organisation d’événements en plein air mais aussi des kiosques et un mur dédié aux martyrs pour se souvenir des personnes disparues ici, anonymes comme célèbres.»

8 à 10 millions $
Les travaux débuteront au début de l’année pour un projet qui coûtera entre 8 et 10 millions de dollars et sera financé par la municipalité de Beyrouth. Pour les commerçants, si ce projet sera sans doute très bénéfique pour l’activité, «le manque d’infrastructures et la congestion du trafic ne suffisent pas à expliquer la plongée de l’activité économique», comme le souligne le propriétaire du Chase. «Le plus grand problème, c’est l’économie libanaise, considère Yves Azar. Le quartier compte des milliers d’employés de banques mais avec des salaires de 900 dollars, ils ne peuvent pas manger à plus de dix dollars. Bien sûr, la rénovation de la place rendra de l’attractivité à l’endroit, mais ça ne suffira pas à faire repartir nos affaires». Le propriétaire du Chase se lance alors lui-même dans une rénovation de son restaurant et de sa carte. «Nous allons revoir le menu et les prix pour permettre à plus de Libanais de venir chez nous».
C’est également la conclusion de Tony Eid, le président de l’Association des commerçants de Beyrouth: «Bien sûr, tout nouveau projet de développement à Achrafié est le bienvenu pour redynamiser le quartier mais cela ne suffira pas. C’est un problème structurel auquel font face les commerçants de Sassine comme du pays. Le pouvoir d’achat des Libanais est en chute alors que les taxes ne le sont pas. C’est d’un allègement des charges dont les commerçants ont besoin et d’un plan de restructuration économique global.»
La restructuration de la place Sassine n’est qu’un début. Le président de la municipalité, Jamal Itani, s’est fixé pour objectif de créer plus d’espaces publics pour les Beyrouthins. Son prochain chantier: la réhabilitation de la rue de Damas où, là encore, son objectif est de rendre plus de place aux piétons et aux espaces verts, la place des Martyrs et même la Corniche et la plage de Ramlet el-Bayda qui continuera à rester publique.

Soraya Hamdan

Entretien avec Vera el-Khoury Lacoeuilhe, officiellement candidate pour le Liban au poste de Directrice générale de l’Unesco, dont l’élection doit se tenir début octobre. Elle revient pour Magazine, sur sa vision de l’institution internationale et du Liban.

Quelles sont vos motivations pour accéder à la direction générale de l’Unesco?
Tout d’abord, je suis fière d’être la candidate du Liban au poste de directeur général de l’Unesco. Le Liban porte haut les valeurs de la diversité, de la liberté religieuse, de la liberté d’expression, de l’ouverture, de la générosité, et incarne à lui seul l’humanisme universel dont l’Unesco se doit d’être le garant le plus fervent.
Si j’ai décidé d’engager toute mon énergie pour remporter ces élections, c’est parce que l’Unesco est à un moment clef de son existence, comme le monde en général. Après 22 ans passés au sein de cette organisation, je ne pouvais pas rester passive.
Depuis sa fondation, l’Unesco a pour objectif de contribuer à la paix, à la dignité, à l’égalité, au respect mutuel, à la protection des libertés fondamentales, notamment en ce qui concerne la liberté d’expression, la libre circulation des idées et l’accès au savoir. Pour rester crédible et atteindre ses objectifs, l’Unesco doit, avec la bonne volonté de ses États membres, réduire la politisation excessive de ses travaux, qui l’a parfois transformée en «poudrière», au point de l’empêcher d’atteindre ses objectifs.
Est-ce une demande excessive que de vouloir un avenir pacifique pour les générations futures? Ce sont des leçons de vie que ma génération – «la génération de la guerre» – au Liban, a apprises au détriment d’elle-même, alors que mon pays sortait lentement et douloureusement de dix-sept ans de folie, de violence, de haine et de destruction.
Engager le débat sur les sujets les plus sensibles et les plus clivants ne doit pas nous empêcher de nous concentrer sur ce qui nous unit.

Quelle est votre vision pour l’Unesco?
L’Unesco est l’agence des Nations Unies qui offre ce havre de dialogue et d’action, l’expertise et la connaissance pour améliorer à travers ses programmes, la vie des gens et des sociétés. L’institution est dotée des outils nécessaires pour ce faire mais il faut savoir diriger, gérer et guider pour réussir.
Ma vision s’adresse à nos enfants et aux générations futures. Nous vivons dans l’ère de la connectivité et les emplois d’aujourd’hui ne seront plus les emplois de demain. Pour cela, nous devons adopter une attitude positive à l’égard du progrès technologique en l’exploitant de manière responsable afin qu’il serve le progrès de l’humanité et améliore le niveau de vie dans des sociétés inclusives.
Par ailleurs, nous devons investir dans un enseignement de qualité à tous les niveaux. L’éducation doit favoriser la créativité, la résolution de problèmes, la résilience et l’esprit d’entreprise. Il faut investir dans le développement de l’intelligence culturelle,  la capacité à communiquer et à travailler efficacement entre les cultures.

Et votre vision du Liban?
Le Liban est considéré comme un pays en crise ce qui veut dire qu’il est doit être considéré comme prioritaire pour toutes les entités des Nations Unies. Pour moi, le Liban est un exemple de courage et d’énergie, un modèle de diversité et de vivre ensemble malgré toutes les difficultés qu’il confronte. Le Liban est reconnu par son accueil des réfugiés et par sa mobilisation pour assurer l’éducation aux enfants déplacés en travaillant aussi avec les entités internationales.
Le Liban est le seul pays dans la région à lutter avec l’aide de nos experts, de notre police et des services de douane contre le trafic illicite des objets culturels. Le Liban n’est pas le seul pays à avoir des problèmes et il peut aussi apporter des solutions dans les meilleures pratiques, le renforcement des capacités et la créativité.
Donc on doit toujours travailler ensemble autour de ce qui nous unit et de ce qui nous rend plus forts. Vous savez, la compassion et l’empathie existent mais elles ont tellement disparu de notre dictionnaire. Dans ma vision, j’insiste là-dessus et c’est ça le message que nous devons transmettre à nos enfants.
Le Liban regorge de talents, de valeurs et de compétences. Il n’y a pas que des conflits chez nous. Nous pouvons beaucoup apporter à la communauté internationale: la connaissance, la culture, la recherche scientifique, l’éducation… Ce que je sais, c’est qu’il y a beaucoup d’opportunités actuelles à exploiter et d’autres à explorer.

Soraya Hamdan

Entre le journalisme et le media training, le cœur de Paula Yacoubian balance mais sa grande passion reste incontestablement l’association Dafa, qu’elle a fondée il y a trois ans. Journaliste, media trainer, depuis dix ans, elle anime le talk-show politique de la Future TV, Inter-views.   

C’est par pur hasard que Paula Yacoubian est devenue journa-liste. Au cours d’une visite à la chaîne ICN, qui cherchait une speakerine pour son journal télévisé, on lui demande de faire un «screen test», qui s’avère concluant. Elle n’a que 17 ans. Qu’à cela ne tienne. Avec aplomb, elle ment sur son âge et affirme avoir 21 ans. «Ils ont aimé ma voix et je faisais plus que 17 ans», confie Paula Yacoubian. C'est un défi qu’elle relève brillamment. Elle commence des études en Sciences politiques et perfectionne son arabe auprès du grand maître, Omar el-Zein. Pendant trois ans, elle travaille à la ICN jusqu’à la fermeture de la chaîne. Une nouvelle page s’ouvre alors pour elle à la LBCI, où elle devient responsable du service régional et international. Elle anime l’émission Nharkom said ainsi que le journal télévisé sur la chaîne satellite de la LBCI. Elle travaille également avec Simon Asmar et présente les grandes soirées. Elle y reste deux ans et rejoint la chaîne Art/Mtv. Elle n’a que 23 ans, ce qui ne l’empêche pas de faire une première interview du colonel Mouammar Kadhafi. Après un bref passage à la station al-Horra, elle présente depuis 10 ans, l’émission politique de la Future TV, Inter-views.

Naturelle à l’écran
Toujours courtoise et polie dans ses questions, Paula Yacoubian est aussi pleine d’audace. Elle n’hésite pas à se faire l’avocat du diable pour offrir au téléspectateur la meilleure version de la vérité. «J’essaie de jouer à l’avocat du diable, tout en sachant que ce pays c’est l’enfer», dit-elle ironiquement. Son principal souci, c’est le téléspectateur. C’est à lui qu’elle s’adresse. «Ce que je ne perds jamais de vue dans mes émissions, c’est de rester la complice du téléspectateur. Je rejette la logique de certains présentateurs de talk-shows qui se font les complices de l’invité aux dépens de ceux qui les regardent. Beaucoup de journalistes sont de connivence avec les personnalités reçues. Ces dernières savent exactement à quoi s’attendre et c’est la raison pour laquelle certains politiques n’acceptent d'être interviewés qu’avec un journaliste spécifique. J’essaie autant que possible de faire comprendre à ceux qui m’écoutent quand l’invité ment, là où il déforme la réalité ou fait tout simplement de la propagande. Je ne laisse rien passer. C’est un droit qu’ont les gens et mon devoir est de les respecter». Pour elle, la relation entre l’invité et l'animateur doit être basée sur un manque de confiance mutuelle. «Lui doit craindre des questions du journaliste et le journaliste doit être aux aguets».

Anti-confessionnelle
Très naturelle à l’écran comme dans son quotidien, Paula Yacoubian rejette l’idée du journaliste-star. «Je ne fais pas partie de ce système. Même les photos que je poste sur les réseaux sociaux sont naturelles. Je m’affiche sans maquillage, en train de me faire coiffer les cheveux, en tenue de sport. Je n’aime pas cette perfection que tout le monde exhibe dans les photos. Un journaliste doit ressembler aux gens ordinaires, garder le contact avec la réalité. Notre métier est en relation directe avec les gens. Il faut leur ressembler afin qu’ils puissent continuer à s’identifier à nous».
Ce qui la met hors d’elle, c’est lorsque l’invité se met à jouer sur la fibre confessionnelle, alors que ce sujet a suffisamment porté préjudice au pays. «Les véritables démons de la politique sont ces personnes qui caressent les instincts, élargissant encore plus le fossé qui existe entre les citoyens. Cette attitude me révolte parce qu’elle jette les bases d’une nouvelle guerre et malheureusement cette attitude est le dénominateur commun de toute la classe politique».
Totalement consciente que le journalisme est «un métier ingrat, qui donne beaucoup mais prend aussi beaucoup en contrepartie», sa recherche de la sécurité la pousse à fonder il y a dix ans, sa société de coaching baptisée Integrated Communication. «Je suis ambitieuse. J’aime bien vivre et aider les gens autour de moi. Le métier de journaliste est très précaire. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu avoir ma propre boîte».
Pour Paula Yacoubian, c’est une grande satisfaction de voir quelqu’un ne sachant pas s’exprimer, repartir en bon orateur, capable de formuler clairement sa pensée.
Paula Yacoubian consacre son énergie débordante à sa passion, son action dans l’association Dafa qu’elle a fondée. «L’an dernier, nous avons aidé à peu près 50 000 familles. Nous soutenons les communautés qui accueillent les réfugiés car elles sont les plus démunies.
A leur tour, elles aident les réfugiés syriens. Nous évitons les conflits». Les aides fournies sont composées de couvertures, matelas, vêtements, lait, farine, etc. «Nous ne prenons pas d’argent. Nous n’acceptons que des donations en nature». Cette année, le but est d'aider 100 000 familles. «Le rassemblement aura lieu à la place des Martyrs le dernier dimanche de novembre avec la participation de 400 volontaires.
On reçoit, on trie et on redistribue ce jour-là les aides».
C’est pour son fils Paul, afin qu’il puisse vivre dans un pays sain, où «la corruption non seulement nous vole, mais nous tue», que Paula Yacoubian a des ambitions politiques et songe sérieusement à présenter sa candidature aux élections législatives. «Mon discours politique sera différent. Si je me présente à Achrafié, mon discours ne sera pas confessionnel. Il sera semblable aux principes auxquels je crois: le droit des gens à une véritable citoyenneté, à l’égalité entre eux sans distinction entre les tendances sexuelles ou encore leurs modes de vie. L'essentiel est de construire un Etat rassembleur et de combattre la corruption à tous les niveaux». 

Joëlle Seif
 

En chiffres

24
Du haut de ses 41 ans qu’elle affiche fièrement, Paula Yacoubian compte 24 ans de carrière.

10
Depuis 10 ans, elle présente Inter-views sur la Future TV.

50 000
Le nombre de familles que son association Dafa a aidé l’an dernier.

Présenté en compétition à la Mostra de Venise, et attendu prochainement sur nos grands écrans, Human Flow, le documentaire de l’artiste chinois agit-prop, Ai Weiwei, évoque la crise migratoire.

Depuis quelques semaines déjà, la bande annonce de Human Flow d’Ai Weiwei est partagée par centaine, par millier, sur les réseaux sociaux, depuis sa présentation à la Mostra de Venise. Human Flow, le flot humain déborde d'une planète, devenue trop étroite, en raison de tant d’éléments socioéconomiques et environnementaux, positionnant la notion d’espace même au cœur de la polémique.
«Etre réfugié, c’est plus qu’un statut politique, clame une voix dès le lancement de la bande annonce du film. C’est la forme de cruauté la plus perverse qui puisse être exercée à l’encontre d’un être humain. Vous êtes en train de dépouiller, de manière agressive, cet être humain, de tous les aspects qui rendent la vie humaine, non seulement acceptable, mais utile». Nous tous, témoins impuissants ou détenteurs de pouvoir et d’action, nous sommes pointés du doigt.
De par le mouvement de caméra d’Ai Weiwei, emmêlant des séquences vues du ciel, filmées par drones pour saisir davantage ce flot humain tassé, dispersé comme des fourmis et plans rapprochés marqués par sa présence sur le terrain, au cœur des camps de réfugiés en Turquie et en Irak, au Liban en passant par les bidonvilles de Gaza, la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, le Mexique et les Etats-Unis, Dadaab au Kenya, où se massent un demi-million de Somaliens, d’Ethiopiens, d’Érythréens...

Murs de barbelés
D’ailleurs, l’Afrique sub-saharienne, accueille à elle seule 26% des réfugiés de la planète. Les chiffres défilent à l’écran, entrecoupés de coupures de presse, de poèmes. Ai Weiwei suit les réfugiés dans leur longue marche: il y a ceux qui butent sur des murs de barbelés, ceux qui vivent parqués dans l’ancien aéroport Tempelhof de Berlin; ceux qui errent dans les rues de Paris ou se massent dans la jungle de Calais sans aucun confort matériel… Production germano-américaine, coproduite par Ai Weiwei, avec une équipe de plus de 200 collaborateurs, Human Flow a été tourné, pendant un an, dans 23 pays: de l’île grecque de Lesbos au Kenya, du Bangladesh au Mexique, de l’Italie à la Jordanie et Gaza, en passant par la Macédoine et la Hongrie.

Une nouvelle forme d'humanité
Le documentaire polymorphe d’Ai Weiwei est autant un poème épique qu’un cri d’urgence, certainement pas destiné au divertissement, comme le souligne The Guardian. C’est une véritable crise humaine, humanitaire, globale, qu’il dénonce. La plaie sanglante du XXIe siècle, la figure tragique de notre époque: l’homme inutile, injustice suprême érigée presque en normalité, trappe infernale de laquelle on ne peut sortir. En tête le statut de réfugié, qu’Ai Weiwei a voulu filmer au plus près de l’humanité, dans sa volonté d’aller au-delà des flashs infos et des reportages quotidiens sur ces tragédies. «Notre film est différent, affirme-t-il à l’AFP. Il cherche à remettre les réfugiés dans un contexte plus historique, à leur donner plus d’humanité et à raconter leur vie de tous les jours: comment une femme tient son enfant, comment un enfant se chausse, comment un homme allume sa cigarette».
Le Monde souligne «la nouvelle forme d’humanité… que le film rend ultrasensible. Une humanité déplacée, précaire, privée d’intimité, sevrée d’espérance, désespérée, humiliée, vivant d’expédients et de rebuts aux portes des démocraties, dans des camps de fortune. Une humanité de papiers et de cartons, de toiles ravaudées et de vieux plastiques, une humanité, en un mot, devenue elle-même flux, saignée, sanie. La recrudescence des guerres, l’expansion des iniquités sociales, l’accélération des mutations climatiques ne permettront plus, demain, que ce flux soit encore longtemps endigué».

Nayla Rached

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Éditorial
Les aléas de la géopolitique

Toujours prompts à flairer les bonnes affaires, les Libanais ont été parmi les premiers entrepreneurs à débarquer au Kurdistan irakien, en 2006, au lendemain du vote par le Parlement de cette région autonome, d’une loi sur la libéralisation des investissements. Financiers, promoteurs immobiliers, opérateurs, conseillers, les Libanais étaient présents à tous les échelons et dans tous les domaines, à l’exception de l’industrie, où leur apport était plutôt modeste face au savoir-faire des Turcs et des Chinois. Une quarantaine de sociétés libanaises et autant de joint-ventures avec des partenaires locaux se sont implantées dans cette région, longtemps qualifiée d’«eldorado» par la presse régionale et internationale. Elles étaient présentes et parfois pionnières dans les domaines de l’hôtellerie, de la banque, de l’informatique, de la construction, du tourisme, du transport aérien, de la restauration, de l’éducation, de la distribution... C’est, par exemple, le Libanais Dar al-Handassa, qui avait été choisi pour établir un plan d’aménagement urbain de la ville d’Erbil à l’horizon 2030. Quelque 5 000 Libanais ont trouvé un emploi au Kurdistan au plus fort du boom économique, transférant au Liban plusieurs dizaines de millions de dollars par an.La situation économique a commencé à se détériorer avec la proclamation du califat de Daech, en juin 2014. De nombreuses entreprises libanaises ont réduit le volume de leurs affaires, d’autres, moins nombreuses, ont plié bagages. Mais toutes nourrissaient l’espoir de voir le marché redémarrer après la fin de la crise et de participer à la fondation d’un nouveau Dubaï.Le référendum organisé le 25 septembre porte un coup sérieux à leurs rêves. Le Kurdistan est un territoire totalement enclavé et encerclé par trois Etats qui sont farouchement hostiles à toute velléité d’indépendance: l’Irak, la Turquie et l’Iran. Ces pays peuvent, s’ils le souhaitent, isoler la région autonome du monde extérieur et une éventuelle fermeture totale des frontières aura des effets désastreux non seulement sur l’économie mais aussi sur l’approvisionnement des marchés avec les produits de bases.Une fois de plus, les Libanais sont victimes des aléas de la géopolitique. Même s’ils se consolent, en vantant leur extraordinaire capacité à renaître de leurs cendres, comme le phénix, ou à repousser toujours plus loin les frontières des affaires, comme les Phéniciens, le monde devient de plus en plus dangereux, risqué et compliqué pour eux. Certes, ils imagineront des solutions de rechange, comme celle d’aller investir à Chypre (voir page 32). Mais il s’agit opportunités ponctuelles susceptibles d’apporter des réponses sur le court terme. Seul le Liban peut leur offrir un refuge durable et sûr. Le temps est venu de lancer des réformes profondes pour moderniser l’économie, alléger les poids de la bureaucratie, limiter le gaspillage des deniers publics, améliorer le climat des affaires et lutter contre la corruption endémique.


 Paul Khalifeh
   

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