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Nº 3094 du vendredi 5 octobre 2018

Le recueil de photographies réalisées par Jeremy Chivers, The Heart of the Nation, rend un vibrant hommage à l’honneur, au courage, au sacrifice et à la fidélité de l’armée libanaise. Un projet qui a reçu l’aval du commandant en chef de l’armée, Joseph Aoun,  et qui a été concrétisé grâce au soutien de la banque Audi.

L’auteur de ces clichés, Jeremy Chivers, a longtemps travaillé à l’ambassade de Grande-Bretagne à Beyrouth en tant que responsable de l’assistance à l’armée. Une fois sa mission achevée, il a voulu offrir à cette institution phare du pays un livre de photographies dont l’objectif est de dévoiler «l’incroyable travail que font les forces armées libanaises, loin des regards et de l’œil du public». A travers son travail de coordinateur, il a eu l’opportunité d’aller sur le terrain et de constater les efforts déployés par l’armée à chaque instant pour protéger le pays du cèdre.
Les très belles photos montrent, avec beaucoup de sensibilité, d’émotion et un brin d’attachement, le quotidien souvent difficile de ces hommes et de ces femmes au service de leur pays. Ce livre représente surtout une initiative inédite et originale  dans l’histoire du Liban et de l’armée. Il est en effet très rare et difficile de pouvoir prendre l’armée en photo de manière aussi intime. «Lorsque je travaillais avec l’armée libanaise, j’ai eu la chance et l’opportunité d’aller sur le terrain et de l’accompagner à travers tout le pays. J’ai sillonné le Liban avec les soldats. Je sais que l’armée est très aimée ici, mais je sais aussi que les Libanais ne la perçoivent que comme des hommes en uniforme aux barrages. J’ai donc pensé qu’il serait bien de dévoiler l’ensemble de ses activités que ce soit en mer, sur terre ou dans les airs», justifie Jeremy Chivers.

SOUTIEN ET COOPÉRATION
Concernant sa relation avec l’armée, il confie que les soldats, tout comme les officiers, se sont montrés très coopératifs. Et ils étaient très contents de l’idée et de pouvoir figurer dans le livre. «J’ai passé beaucoup de temps à travailler sur le terrain. Après avoir quitté l’ambassade de Grande-Bretagne, j’ai proposé le projet, et c’est là que tout a commencé. Le général Joseph Aoun a vraiment soutenu l’initiative. Le projet étant inédit, j’ai rapidement obtenu le financement de la banque Audi, qui avait déjà soutenu l’armée auparavant.  Les photos qui figurent dans The heart of the nation ont nécessité environ cinq mois de travail», indique-t-il.
Il faut savoir que les profits de ce recueil seront reversés aux vétérans de l’armée libanaise. Le livre est vendu 100 dollars. Pour Jeremy Chivers, il s’agit de récolter des fonds pour aider les anciens combattants. «J’espère arriver à recueillir la somme de 200 000 dollars, afin de les soutenir, leur procurer des soins et les  aider à trouver du travail en guise de reconnaissance pour tout ce qu’ils ont fait et sacrifié pour le Liban».

Christiane Tager

Sélectionnée par le fameux DJane Mag pour figurer parmi les 100 meilleures DJ du monde, Chloé Kteily est la seule Libanaise à faire partie de la compétition dont les résultats seront connus début décembre.

Une tête bien remplie, un joli minois, à 22 ans Chloé Kteily est une DJ confirmée qui a déjà derrière elle 7 ans de métier. Elle a 15 ans lorsque pour la première fois elle réussit à convaincre son père de l’emmener dans un club. «Je me suis maquillée pour paraître plus âgée. Mon ami Rodd était DJ mais je ne savais même pas que ça existait et que c’était un métier. J’ai mis le casque, j’ai pris une photo avec lui et j’ai tout de suite été séduite. Rodd a proposé de m’aider et m’a appris les bases du métier, la technique, la mesure, comment mixer les chansons et il m’a surtout fourni la musique».
Détentrice d’une licence en Relations publiques et Publicité, Chloé Kteily prépare sa deuxième année de master et songe sérieusement à poursuivre ses études en vue d’obtenir un doctorat. Mais sa passion reste incontestablement la musique. Enfant, elle fréquentait déjà le Conservatoire national. «J’étais tellement petite que je devais grimper pour m’installer sur le tabouret pour jouer au piano», confie la jeune femme en souriant. Au bout de quatre ans, elle laisse tomber le piano pour le chant et le oud. «Mes études scolaires étaient ma priorité et j’ai dû arrêter le conservatoire car les examens de chant tombaient au même moment q
ue les examens de fin d’année à l’école».   
A 16 ans, Chloé Kteily fait ses premiers pas en tant que DJ et anime des soirées privées, des mariages et des événements «Au début, j’avais un peu peur car je n’étais pas majeure mais par la suite je me suis affirmée et à 21 ans j’ai commencé à jouer dans les clubs les plus renommés. J’ai appris à me comporter avec les gens, à lire l’ambiance, deviner le genre de musique qu’ils apprécient, comprendre leur mood et leur jouer les chansons qu’ils apprécient».

La belle surprise
Elle joue de la musique au Seven Sisters du Biel et depuis un an, anime les samedis soirs du club Raw à Dbayé, où elle est aussi partenaire. «Au Seven Sisters, je jouais principalement de la musique anglo-saxonne, du Deep house, alors
qu’au Raw, c’est surtout de la musique orientale. Le public a beaucoup aimé». Son succès est tellement grand qu’elle est sélectionnée par le site électronique britannique DJane Mag pour figurer dans la compétition des 100 meilleurs DJ du monde. Elle se souvient de sa surprise en recevant cette nouvelle. «Je ne m’y attendais pas du tout. Lorsque j’ai reçu le mail m’annonçant ma sélection, je n’en croyais pas mes yeux. J’ai d’abord cru à une farce. Je suis la première Libanaise à être nominée dans ce magazine. C’était un rêve d’enfant qui se réalise. Je disais toujours à mes parents que mon ambition était d’être un jour dans ce magazine où figurent les DJ  les plus renommés. Armin Van Buuren et David Guetta ne sont pas les DJ les plus importants du monde par hasard. Ils ont participé à des compétitions, fait un travail sur eux-mêmes et sont devenus producteurs». Les votes pour la compétition seront arrêtés le 1er décembre. «Ceux qui désirent voter peuvent aller sur ma page Facebook ou Instagram et cliquer sur le lien».
Cette nomination est une sorte de consécration pour la jeune femme. «Cela m’a rendue très heureuse car elle a changé la perception négative que les gens peuvent avoir de ce métier surtout pour une fille, qui travaille la nuit. Mes études m’ont servi à montrer aux gens que je ne faisais rien de mal. J’ai décidé de mettre la caméra de mon téléphone devant moi et de me filmer en train de travailler pour que les gens comprennent ce que je fais. Cette démarche a changé leur vision du métier. Tous les DJ m’ont supportée. J’ai fait des mixages de musique anglo-saxonne et arabe en direct».

Un père protecteur
Alors que sa mère a toujours été son plus fervent support, au début son père était quelque peu réticent à l’idée et l’accompagnait partout. «De toute manière, je tenais à ce qu’il soit présent pour voir que je ne faisais rien d’autre que d’exercer une passion et un talent qui sont devenus par la suite une carrière. J’arrivais, je faisais mon boulot et je m’en allais.» Contrairement aux pratiques courantes dans ce milieu, Chloé Kteily ne bois pas d’alcool et ne fume pas. «Ni cigarette ni narguilé». Même la caféine n’est pas appréciée par la DJ. «Je n’ai pas besoin de la stimulation de l’alcool. Je suis guidée par ma passion pour la musique. En plus, j’étais tout à fait consciente du fait que j’ai commencé ce métier très jeune et je ne voulais pas me laisser entraîner sur cette voie alors que je n’avais même pas 18 ans. Je travaillais souvent très tard le soir et le lendemain très tôt j’arrivais à l’école puis plus tard à l’université. Mes profs étaient sidérés de me voir aussi matinale».  
La jeune femme est parfaitement organisée et gère son temps entre sa passion et ses études. «C’est un mode de vie un peu difficile mais j’aime ce que je fais. Si j’arrive à m’en sortir entre le travail et les études, en revanche je sacrifie beaucoup de choses sur le plan personnel. Je n’assiste pas à de nombreux événements familiaux, je ne vois pas mes amis. Alors que eux sortent en week-end, moi je travaille». Très sérieuse en matière d’études, Chloé Kteily estime que celles-ci lui ont beaucoup servi pour planifier sa promotion, négocier ses contrats et surtout «faire du business avec son talent». «Il faut aimer ce métier et être passionné pour réussir. C’est une grande responsabilité. Le public est exigeant, je ne peux pas me permettre de le décevoir. Les gens viennent m’écouter pour passer un moment agréable et s’amuser. Il faut être à la hauteur. Je ne peux pas tomber malade ou m’absenter».

Au Beirut marathon
Chloé Kteily anime des soirées et des mariages partout dans le monde: Doha, Dubaï, Jordanie, Egypte. «Je me rends là où on fait appel à moi. Je sais m’adapter et je ressens tout de suite ce que les gens aiment écouter». En tant que femme, exerçant un métier la nuit, elle n’a pas connu de mauvaise expérience. «Il y a toujours un dispositif de sécurité autour de moi. En outre je ne voyage jamais seule. Je suis toujours accompagnée par mon père ou ma mère».
Avec la notoriété, on devient mieux payé, dit Chloé Kteily mais ce n’est pas un métier stable. Le 11 novembre, elle sera sur la ligne d’arrivée du Beirut Marathon où elle jouera sa musique. Son ambition est de devenir connue mondialement et de produire sa propre musique. «Je souhaite, surtout, rendre les gens heureux et contribuer à leur donner de merveilleux souvenirs».

Joëlle Seif

Hezbollah la Galilée dans le viseur
Des sources libanaises ont confirmé l'information révélée fin août par le site israélien Debka selon laquelle le Hezbollah aurait construit des répliques de colonies israéliennes, dans le nord de la Békaa. Le site électronique, opéré par des spécialistes du renseignement israélien, a écrit que le Hezbollah entraînait des unités d'élite à prendre d'assaut et à occuper des villes et villages israéliens dans la Galilée, dont des répliques ont été construites du côté libanais de la frontière avec la Syrie. Des médias israéliens avait annoncé, le 23 août, que l'armée israélienne avait elle aussi édifié, sur les hauteurs du Golan  occupé, six répliques de villages du Liban-sud, où les troupes s'entraînent aux techniques d'assaut. Tous ces préparatifs d'un côté comme de l'autre préfigurent de ce que sera la prochaine guerre entre Israël et le Hezbollah, si elle venait à éclater.   


Abou Malek al-Talli est vivant
L'ancien chef de l'ex-Front al-Nosra dans la chaîne de l'Anti-Liban, Abou Malek al-Talli, est toujours en vie et dirige des unités du groupe extrémiste dans la province d'Idleb, affirme une source syrienne bien informée. Cette nouvelle dément les informations selon lesquelles Jamal Hussein Zeynia — son vrai nom — aurait été tué lors de combats avec d'autres factions radicales. Il s'était rendu célèbre en kidnappant 13 religieuses du monastère grec-orthodoxe de Sainte-Tècle, à Maaloula, qu'il a libérées en mars 2014 contre le versement d'une rançon payée par le Qatar.


Le danger terroriste n'est pas écarté
Le président de la République, Michel Aoun, ne rate pas une occasion de souligner devant ses visiteurs que la menace terroriste a pratiquement été écartée au Liban après le démantèlement des réseaux du groupe Etat islamique de l'ex-Front al-Nosra. Le chef de l'Etat aurait même dit à l'un de ses visiteurs: «Si l'on découvre une cellule de Daech au Palais présidentiel, c'est qu'il y en a encore ailleurs au Liban». Certes, les services de sécurité ont fait, ces dix-huit derniers mois, un gros travail pour éliminer le danger terroriste, mais l'arrestation en juillet et en août de plusieurs suspects qui projetaient de perpétrer des attentats contre l'armée libanaise et d'autres cibles dans la banlieue sud de Beyrouth pour le compte de l'EI montre que la capacité de nuisance de cette organisation n'est pas complètement écartée. Des sources de sécurité s'attendent à un regain d'activité des groupes terroristes, surtout que Daech serait parvenu à se réorganiser dans la région d'al-Anbar, en Irak, et souhaiterait le montrer à ses partisans.    


50
personnes quitteraient tous les jours clandestinement le Liban pour l'Europe afin de tenter d'y obtenir le statut de réfugiés, selon des sources bien informées. La plupart des candidats à l'exil sont syriens mais il y a aussi quelques Palestiniens et, beaucoup plus rarement, des Irakiens. Le voyage vers l'Europe, organisé par des réseaux de passeurs professionnels, coûterait quelque 8 000 dollars par individu. Les réfugiés sont débarqués à Chypre ou sur une des îles grecques.


Avertissements
Des services de sécurité libanais ont recu des informations sur de possibles troubles dans certains camps palestiniens. L'accroissement des tensions régionales, caractérisées par l'affrontement saoudo-iranien par proxys en Irak, au Yémen, en Syrie et au Liban, pourrait pousser des groupuscules à essayer de provoquer des incidents sécuritaires qui pourraient être exploités à des fins politiques. Les services de sécurité ont accru leur surveillance  des foyers de tensions potentiels dans les camps.  


Recrutement
Les recruteurs israéliens n'ont jamais été aussi actifs sur les réseaux sociaux pour pousser de jeunes Libanais à collaborer avec leurs agences de renseignement, affirme une source de sécurité libanaise. Le profil recherché par les services israéliens est celui de jeunes hommes et femmes dans la vingtaine, actifs sur les réseaux sociaux et ne craignant pas d'afficher leurs opinions sur la Toile. Une fois recrutés, ces apprentis espions sont chargés soit de collecter des informations au Liban, soit de relayer une propagande destinée à approfondir les dissensions confessionnelles et sectaires. Fin août, les services de sécurité ont arrêté deux suspects d'une vingtaine d'années à Beyrouth. Un drapeau israélien a été retrouvé au domicile de l'un d'eux.  

Qoussair et ses environs
Exclus du processus du retour

Des responsables de campements de réfugiés syriens dans la Békaa, interrogés par des médias locaux et internationaux, ont affirmé que les déplacés qui sont retournés chez eux ne sont pas inquiétés par les autorités syriennes et ont pu retrouver leurs maisons et leurs biens sans difficultés. Ils ont ajouté que le plus sérieux problème auquel sont confrontés ce qui rentrent est l'absence d'opportunités d'emploi. Le processus du retour concerne essentiellement les habitants des villes et villages du Qalamoun occidental, comme Yabroud, Qara, Flita... Ce ne sont plus uniquement les femmes et les enfants qui rentrent, mais aussi les jeunes hommes, après que les autorités syriennes aient accordé un délai de six mois avant qu'ils ne fassent leur service militaire. Toutefois, la ville de Qoussair et les localités environnantes sont pour l'instant exclues du processus du retour. Cette région «sensible», située face au Hermel, est une place forte militaire du Hezbollah. 


La question des armes sur le tapis
Des milieux politiques du 14-Mars assurent que la question des armes du Hezbollah, évacuée du débat public depuis des années, va revenir sur le tapis dans les prochaines semaines. Des sources proches du 8-Mars confirment que ce sujet risquait de revenir au centre du débat national, dans le contexte des fortes pressions exercées par les Etats-Unis et ses alliés sur le Hezbollah. La Chambre des représentants aux Etats-Unis a adopté une loi, jeudi 27 septembre, renforçant les sanctions contre tous ceux qui «aident le Hezbollah à recruter, armer et entrainer des combattants».  Ces sources s'attendent à un face-à-face autour de la Résistance lors de la rédaction de la déclaration ministérielle.


Qui a arrêté Bahaeddine Houjair?
Les avis des experts sécuritaires sont partagés sur le rôle attribué par les services de sécurité au suspect palestinien Bahaeddine Houjair dans le double attentat suicide contre l'ambassade d'Iran, en 2013, et dans d'autres activités terroristes. Cheikh Houjair avait été arrêté, le 18 septembre, à l'intérieur du camp d'Aïn el-Héloué, à la suite d'une opération menée par quatre hommes encagoulés accompagnés par un habitant du camp. Il a été embarqué de force dans une voiture pour être livré aux services de renseignement de l'armée. Selon certaines informations, il aurait été appréhendé par le Fateh, mais le mouvement présidé par Mahmoud Abbas a nié toute implication dans cette opération. Malgré son jeune âge, Bahaeddine Houjair est considéré comme un des plus influents prédicateurs du camp. Il aurait formé des dizaines de jeunes islamistes dont certains ont rejoint les organisations terroristes. Mais sa famille et plusieurs connaisseurs de la scène palestinienne assurent que lui-même n'est impliqué dans aucune action violente.  


Joseph Aoun critiqué par le 8-mars
Certains milieux proches  du 8-Mars regardent d'un œil suspect les excellentes relations qu'entretient le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, avec les autorités militaires américaines, notamment le Pentagone et le Commandement central US. Des personnalités du 8-Mars affirment, en petit comité, que «l'armée libanaise n'a jamais été américanisée à ce point», et soulignent que «le général Aoun ne se fait pas prier pour se rendre en visite officielle aux Etats-Unis, où un accueil exceptionnellement chaleureux lui a été réservé lors de ses deux visites précédentes".  D'autres personnalités vont plus loin, en reprochant au commandant en chef d'avoir pris l'option exclusive américaine au niveau de l'armement, de l'entraînement et même de l'uniforme. 


Sûreté générale
Un œil sur la sécurité économique
Alors que les rumeurs visant à semer la panique au sein de la population sur un prochain effondrement de la livre libanaise se multiplient, la Sûreté générale (SG) a redoublé de vigilance. Car la mission de cette agence est aussi de protéger la «sécurité économique». Ses prérogatives lui autorisent un accès facile aux données des banques et des grandes institutions économiques et financières du pays, aussi bien dans les secteurs public que privé. C'est dans le cadre de cette mission que la SG a réussi à démanteler un réseau irakien qui essayait de faire chanter certaines banques libanaises, pour tenter de récupérer des dépôts qui auraient appartenu à Saddam Hussein.

On le sait désormais, les écrans et leur fameuse lumière bleue, ne sont pas des plus inoffensifs. Nous y sommes exposés à chaque seconde, jour et nuit. Ils peuvent causer des problèmes neurologiques et ophtalmologiques.

Constituant une partie de la lumière visible, la lumière bleue, émise naturellement par le soleil, l’est aussi par certaines sources artificielles, comme l’explique le Dr Naji Waked, ophtalmologue. LED (diodes électroluminescentes), écrans d’ordinateurs, téléviseurs et Smartphones, tablettes, autant de supports qui transmettent la lumière bleue directement à nos yeux. «Les LED, aujourd’hui très à la mode, émettent des pics de lumière à haute énergie visible. Autrement dit de la lumière bleue qui peut favoriser des maladies oculaires comme la DMLA (dégénérescence maculaire liée à l’âge) et la cataracte. La lumière bleue est surtout dangereuse chez l’enfant dont le cristallin clair n’a pas les moyens de bloquer leur passage vers la rétine», souligne le Dr Waked. Quels sont les mécanismes qui, sous l’action de la lumière bleue, transforment des cellules indispensables à la vue en cellules tueuses? «La lumière bleue est responsable de dommages photochimiques. Les lésions touchent la rétine externe (photorécepteurs et cellules de l’épithélium pigmentaire) et apparaissent de façon retardée. Ces lésions peuvent ne pas être visibles lors de l’examen ophtalmoscopique. Deux types de lésions photochimiques ont été décrits: celles résultant d’interaction avec les pigments visuels touchent les photorécepteurs et celles liées à l’interaction avec la lipofuscine affectent les cellules de l’épithélium pigmentaire. Ces interactions induisent la production de radicaux libres cytotoxiques à forte dose. Les pigments photoréactifs (lipofuscine) dans l’épithélium s’accumulent avec l’âge, augmentant le risque de stress oxydatif», explique l’opthalmologue. La mort cellulaire a des conséquences fonctionnelles d’autant plus marquées qu’elle touche la région maculaire (vision centrale).
Du point de vue de la recherche, on ne sait pas encore avec certitude si les lésions cumulées résultant de stress oxydant à faibles doses pourraient, à long terme, favoriser un vieillissement prématuré de la rétine ainsi qu’une dégénérescence maculaire. Cependant et selon une étude récente publiée dans la revue Nature, la lumière bleue accélérerait la DMLA et favoriserait la cécité. Une réaction chimique produite au sein de la rétine serait en cause. Les cellules des photorécepteurs de la rétine, nécessaires à une bonne vision, fonctionnent grâce à une molécule baptisée rétinal. Or, cette molécule devient toxique quand elle est exposée à la lumière bleue, et provoque la mort des photorécepteurs.

QUELLE PREVENTION?
Fatigue, troubles de la concentration, sècheresse oculaire, éblouissement, maux de têtes et migraines, vision floue… La liste des effets de l’exposition aux écrans est longue. À long terme, des réactions plus sévères peuvent apparaître comme des troubles du sommeil, une irritabilité ou des troubles de l’humeur. «Pour éviter de tels symptômes, il faut réduire le temps d’exposition aux écrans, surtout le soir, et l’arrêter une heure et demie au moins avant de dormir. Un filtre bloquant la lumière bleue est maintenant disponible dans certains verres correcteurs des lunettes», assure le Dr Waked.
Cependant, la lumière bleue peut présenter quelques bénéfices. «Une exposition légère à la lumière bleue est essentielle pour une bonne santé. Les recherches ont montré qu’elle stimule l’alerte, aide la mémoire et les fonctions cognitives, et sont positives pour le moral.
De même, l’exposition à la lumière bleue durant le jour est importante dans la régulation du cycle nycthéméral (alternance d’un jour et d’une nuit correspondant à un cycle biologique de 24 heures), alors qu’un excès de lumière bleue tard la nuit, peut altérer ce cycle et provoquer insomnie et fatigue», indique l’ophtalmologue.

Lumière LED
quel effet sur la vision?

Les LED blanches sont de plus en plus puissantes. Pour produire de la lumière blanche, le procédé le plus répandu couple une LED bleue à un phosphore jaune. Ces nouvelles sources lumineuses telles que les LED, l’éclairage au xénon, les ampoules à basse consommation et l’éclairage émanant des écrans sont conçues pour améliorer et faciliter notre vie. Or, elles diffusent une trop grande quantité de lumière bleue par rapport aux ampoules traditionnelles. Nous sommes exposés à nettement plus de lumière bleue qu’auparavant.

 

Natasha Metni Torbey

Raqqa, cité dévastée du nord de la Syrie, peine à se relever de ses ruines. Notre reporter s’est rendue, à la mi-septembre, dans l’ancienne capitale du califat auto-proclamé de l’Etat islamique.

La ville de Raqqa, libérée depuis près d’un an du joug de l’organisation terroriste de l’Etat Islamique (EI), est loin d’avoir retrouvé son effervescence d’antan. Des incidents sécuritaires épisodiques et une vague d’arrestations ciblant les membres présumés de cellules terroristes perturbent le calme relatif de la ville, laquelle souffre également d’un climat sous-jacent tendu entre Kurdes et Arabes, qui se partagent le contrôle de l’ancienne capitale du «Califat» d’Abou Bakr al-Baghdadi.  
Dans la banlieue de Raqqa, des tas de gravats ont remplacé les écoles, les résidences et les administrations publiques. Rue après rue, des immeubles écroulés gisent en piles compactes de béton gris. Des habitants en abayas, le vêtement traditionnel dans cette région habitée par de nombreuses tribus arabes, se pressent dans un dédale de rues et de bâtiments réduits en ruines par des années de combats. Des femmes portant de longues tenues aux couleurs bigarrées circulent aux côtés d’autres, revêtues d’une burqa noire, propre aux épouses des combattants de l’EI. Le rond-point Naïm, figurant dans toutes les vidéos produites par le califat, ayant servi aux exécutions publiques pratiquées par les combattants de l’EI, est ce matin quasiment désert. Aucune trace ne subsiste des nombreuses exactions commises au nom de Dieu sur la place dont le silence est rompu de temps à autre par le bruit intempestif des klaxons, qui nous ramène à la réalité.

Reprise des attentats
Ces derniers jours, des dizaines de personnes soupçonnées d’appartenir aux cellules dormantes de l’EI ont été arrêtées aux abords de la ville, raconte le cheikh Mohammad Nour Theeb, un chef de tribu, membre du conseil municipal de la ville. Ces arrestations seraient liées à une série d’attentats ayant eu lieu dans la banlieue ouest de Raqqa, dans le centre, au nord ainsi qu’au sud. «Les terroristes profitent de l’état de destruction généralisée pour cacher les engins explosifs dans les décombres, qui explosent souvent au passage des voitures», explique cheikh Nour Theeb.
Les cellules de l’EI ne sont pas les seules à tenter de provoquer le chaos dans la ville. Selon Leyla Moustapha, co-présidente du Conseil de Raqqa, diverses factions affiliées au régime (du président Bachar el-Assad, ndlr) et aux Iraniens tentent de semer la confusion, ce qui explique les récentes attaques ciblant des personnalités en vue. «Malgré les divers agendas (perturbateurs) de ces factions, la situation s’est améliorée quelque peu», ajoute la notable. Cheikh Nour Theeb affirme que le régime recrute des personnalités tribales ayant des liens avec l’EI, leur offre de l’argent ou la possibilité d’être graciées. «Baraa Katerji, l’homme du régime chargé du processus de réconciliation en Syrie, s’occupe de ce dossier», explique le membre du conseil de la ville. «Le danger qui demeure à Raqqa depuis l’éradication de Daech en tant que structure est la survie de l’idéologie extrémiste à laquelle adhèrent des habitants de la ville», commente Mme Moustapha.  

La ville détruite à 95%.
Les troubles sécuritaires ne sont pas les seuls auxquels sont confrontés les membres du conseil de la ville dont l’infrastructure a été sévèrement endommagée. Près de 95% de l’agglomération a été détruite, dont 60 ponts et 27 écoles, qui ont été complètement anéantis, la clinique générale s’est effondrée sous les bombardements, en plus des stations et du réseau électrique, qui ont disparu. Leyla Moustapha estime que le coût de la remise en état de l’infrastucture électrique dans une seule rue de Raqqa s’élèverait à 5 millions de dollars. Près de 150 000 personnes sont revenues dans la ville, soit 50% de la population d’origine, les autres résidents se trouvant toujours dans des camps de réfugiés ou dans les villages entourant la cité, selon elle.
La ville de Raqqa est gérée de manière insolite dans cette nouvelle Syrie que les Kurdes ont construit à l’ombre de la guerre. Premier changement assez inhabituel dans une région très conservatrice et soumise aux coutumes tribales, la place prépondérante qu’occupent les femmes dans les administrations publiques. «Près de 35% des employés du conseil sont des femmes qui sont désormais placées à des postes de responsabilité  et décisionnels», signale la co-présidente du Conseil.
La structure administrative de la ville a également changé. Sous le régime de la Fédération démocratique du nord de la Syrie (qui s’étend au nord-est sous contrôle des Forces démocratiques syriennes et des Américains), les différentes régions, y compris la ville de Raqqa, sont gérées par les conseil locaux. Le conseil de Raqqa est coprésidé par une citoyenne kurde, en l’occurrence Leyla Moustapha et par un Arabe, Abed Al-Mehbach, soutenus dans leur fonction par 18 comités chargés de la législation, de la défense, de l’énergie, de l’éducation, du soutien aux municipalités, et qui regroupent un total de 250 membres. La ville est également subdivisée en communes, co-présidées par une femme et homme, et soutenue par des comités chargés de la réconciliation, du service agricole et de la protection.

Clivage arabo-kurde
Cette structure en apparence extrêmement démocratique est toutefois contestée par des habitants arabes de la ville qui choisissent de s’exprimer sous couvert d’anonymat. «Dans la réalité, cette nouvelle administration n’est pas démocratique. Les élections ont été remplacées par un système supposé être basé sur le consensus alors qu’en fait on procède à des nominations, et nous avons l’impression que c’est la minorité kurde de la ville qui domine et prend toutes les décisions. Le co-président arabe n’a quasiment aucun pouvoir réel», confie Mohammad, une jeune étudiant.
Saad, un ingénieur de la ville, tempère ces propos en expliquant que de nombreuses personnalités tribales ont rejoint le conseil de la ville, ajoutant que ce ne sont pas les Kurdes qui dictent la conduite aux Arabes mais le PYD, le Parti de l’Union démocratique, fer de lance de la Fédération démocratique pour le nord de la Syrie. «Le PYD cherche à nous entraîner dans des rivalités régionales avec la Turquie, il procède aux arrestations d’activistes arabes et d’opposants kurdes qui sont également maltraités. Ce n’est pas une question d’ethnie», ajoute-t-il. La Turquie considère le PYD comme la branche syrienne du PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, un groupe qu’Ankara accuse de terrorisme.
Autres complaintes des habitants, le manque d’infrastructure et la lenteur de l’administration locale à entamer l’effort de reconstruction. En effet, les moyens ne suivent pas et l’aide internationale promise n’est pas encore arrivée. Le conseil civil dispose de peu de moyens, il est tout simplement débordé. De plus, la confiance entre Arabes et Kurdes n’a pas encore été rétablie et cela pourrait prendre des années avant de se concrétiser. La ville a un passé lourd et le spectre du terrorisme sera long à effacer. Ce contexte social, politique et économique complexe, ferait le bonheur des divers acteurs locaux et régionaux à la recherche dans les différentes régions syriennes d’un échiquier leur permettant d’avancer leurs pions et de régler leurs futurs conflits.

Mona Alami

Le géographe et maître de conférences à l’Université Lyon 2, Fabrice Balanche, décortique l’accord russo-turc conclu pour Idleb, ses conséquences sur le terrain et les nouvelles tensions entre Moscou et Tel-Aviv.


Après l’accord russo-turc pour Idleb, une grande offensive dans cette province paraît exclue pour le moment. Cela va-t-il laisser place à une stratégie de grignotage, isolant les jihadistes et affaiblissant les rebelles?
L’offensive sur Idleb est gelée. L’objectif est de séparer les jihadistes des rebelles pro-turcs et surtout de réduire le poids des jihadistes, alors que toutes les tentatives occidentales et turques depuis 2012 avaient échoué. Ankara était très opposé à cette offensive, car ce sont ses protégés locaux qui allaient être éliminés les premiers puisqu’ils sont en première ligne face à l’armée syrienne. Il faudra surveiller l’application de l’accord dans les prochaines semaines. Les jihadistes de Hayat Tahrir al-Sham  (HTS) refusent de l’appliquer. Il pourrait donc y avoir des offensives limitées contre les groupes qui rejettent l’accord. Cependant, je pense que le front d’Idleb va rester calme si rebelles et jihadistes ne provoquent pas l’armée syrienne. Ce n’est pas le bon moment pour attaquer, car l’objectif premier est de maintenir la collaboration avec la Turquie. Or, cette dernière n’autorisera une offensive contre Idleb qu’en échange d’une contrepartie. A l’automne 2017, l’armée syrienne avait reconquis l’est de la province d’Idleb. La Turquie était furieuse de cette action et elle a rapidement armé de nouveau ses alliés locaux et installé des postes d’observation sur les lignes de front pour bloquer l’avancée de l’armée syrienne. Quelques mois plus tard, la Turquie a envahi la région kurde d’Afrin avec la permission de la Russie. Nous sommes dans la même configuration, la Turquie veut détruire les YPG et toute entité autonome kurde dans le nord de la Syrie. Cependant, le maintien des troupes américaines (à Manbij et le nord-est de la Syrie)  bloque son action. Il n’est pas question pour elle d’abandonner la carte Idleb pour l’instant.

Comment analysez-vous la création d’une zone démilitarisée de 15 km à compter du 15 octobre autour d’Idleb? Qui est le gagnant dans cet accord?
L’objectif premier de cette zone est d’empêcher les combats entre l’armée syrienne et les rebelles. Hama, Alep et Lattaquié sont toujours particulièrement menacées par les rebelles. Quant aux rebelles, ils vivent toujours dans la crainte des bombardements et d’une offensive. En réduisant la tension, on peut espérer une normalisation des relations entre le gouvernement syrien et certains groupes rebelles prêts à négocier leur réintégration dans le giron de l’Etat. Cela pourrait être une façon pacifique de régler le problème de la poche d’Idleb comme le suggère un rapport de l’International Crisis Group. Cependant, encore faut-il que les rebelles, et parmi eux les jihadistes, acceptent l’accord. Car leur retrait signifie l’abandon de leurs lignes de défense: tranchées, bunker, tunnels, etc. qu’ils ont construit depuis plusieurs années, car les fronts ouest et sud de la poche d’Idleb sont restés assez stables depuis 2015, voire 2013. Cela va sérieusement les affaiblir, car l’armée syrienne, elle, peut revenir rapidement sur ces lignes de défense grâce à l’aviation et aux blindés, ce qui n’est pas le cas des rebelles. J’aurais tendance à penser que Vladimir Poutine prend ainsi un gage sur Erdogan à Idleb, même si en apparence le président turc apparaît comme le grand gagnant de l’accord puisqu’il a réussi à éviter l’offensive. Bachar el-Assad et l’Iran sont restés en retrait des négociations, ils ont accepté l’accord car ils savent parfaitement qu’il n’est que provisoire.

Le retrait des combattants radicaux comme ceux de HTS est prévu par l'accord. Erdogan parle lui d’«élimination des groupes terroristes». Concrètement, comment cela peut-il se passer?
La Turquie a réorganisé les groupes rebelles de la poche d’Idleb en créant le Front pour la Libération Nationale (Jahbat al-Tahrir al-Watani), qui regroupe les rebelles opposés à Hayat Tahrir al-Sham, l’ancien Front al-Nosra, des restes de l’Armée syrienne Libre à Ahrar al-Sham, l’ancien allié d’al-Nosra. Depuis les premières rencontres d’Astana, la Turquie s’est engagée à réduire voire éliminer les groupes jihadistes de la poche d’Idleb. Ses alliés locaux sont passés à l’offensive mais sans succès, puisque HTS n’a cessé d’étendre son influence sur la région. Même la Turquie est obligée de négocier âprement avec Mohammad al-Joulani, le chef de HTS, pour ravitailler ses postes d’observation, puisqu’il faut traverser le territoire d’HTS pour cela. La Turquie a-t-elle les moyens de faire évacuer les jihadistes de la future zone démilitarisée? HTS refuse pour l’instant. Il a parfaitement compris que s’il abandonnait ses lignes de défense, il se retrouverait en position d’extrême faiblesse, car aucun acteur ne le protégerait d’une offensive de l’armée syrienne.
Les groupes pro-turcs, s’ils sont assurés d’une paix avec l’armée, seront-ils plus efficaces dans la lutte contre HTS? Cela paraît difficile également à imaginer. D’une part, certains hurlent déjà à la trahison turque, d’autre part leur ennemi reste avant tout Bachar el-Assad, ils n’ont aucun intérêt à faire le travail à la place de l’armée syrienne.

La bataille d’Idleb a révélé les désaccords entre la Russie, l’Iran et la Turquie au sujet de la Syrie, lors du sommet tripartite de Téhéran. Recep Tayyip Erdogan va-t-il être obligé de choisir son camp?
Erdogan veut une zone tampon au nord de la Syrie, du Jebel turkmène (au nord de Lattaquié) au Tigre, ce qui inclut en partie la région d’Idleb. L’objectif est d’empêcher un afflux massif de nouveau réfugiés en Turquie, de conserver un sanctuaire pour les rebelles pro-turcs, protéger les minorités turkmènes, mais surtout éliminer les YPG et toute velléité de région autonome kurde en Syrie.
Il est donc prêt à céder une partie d’Idleb dans le futur. Le problème actuellement est qu’il ne peut pas arriver à ses fins car les Etats-Unis se maintiennent dans le nord-est, protégeant le YPG d’une attaque turque. Ce n’est pas en se ralliant aux Etats-Unis sur le dossier syrien qu’il pourra éliminer le YPG, par conséquent, il a davantage intérêt à demeurer dans le camp irano-russe. Mais Erdogan profite de la présence américaine pour faire monter les enchères. C’est parce que les Etats-Unis sont présents dans le nord-est de la Syrie et menaçant le corridor iranien et l’unité de la Syrie, que la Turquie a pu repousser l’offensive sur Idleb car ses «partenaires» du processus d’Astana doivent la ménager. Erdogan n’a donc pas intérêt à choisir un camp mais à rester dans l’entre deux.

 

Quel sort pour la présence américaine dans l’est de la Syrie et à al-Tanaf?
Les Etats-Unis veulent rester à al-Tanaf, car cela leur permet de prendre en étau le corridor iranien. Ils veulent surveiller le passage syro-irakien d’al-BouKamal à partir du nord-est syrien et de la base d’al-Tanaf. Cela leur permet aussi de maintenir un lien avec les tribus arabes sunnites de l’ouest de l’Irak, sur lesquelles ils comptent également pour réduire l’influence iranienne en Irak. Cette présence est critiquée aux Etats-Unis car elle ne répond pas à l’objectif de combattre l’EI qui a été assigné à l’armée américaine en Syrie. Les militaires américains sont, par conséquent, exposés à un danger inutile. Cependant, la définition de l’engagement américain a récemment évolué au profit d’une pression sur l’Iran et de la transition politique en Syrie. Cela justifie donc auprès du Congrès le maintien des troupes américaines à al-Tanaf.

La Turquie, membre de l’Otan, vient de signer un accord militaire avec la Russie pour Idleb. Ce qui risque de ne pas trop plaire aux Etats-Unis...
Les Etats-Unis ont été exclus de la négociation bien qu’ils aient soutenu la Turquie dans l’affaire d’Idleb. Mais ce qui inquiète davantage les Etats-Unis et les autres membres de l’Otan, ce sont les commandes de matériel militaire russe. La Turquie souhaite acquérir des missiles S-400 pour équiper sa défense anti-aérienne. S’agit-il d’un marchandage à la turque pour faire baisser le prix des missiles Patriots américains? Au sein de l’Otan, tous se plaignent de l’attitude turque, au point de se demander s’il ne vaudrait pas mieux qu’elle quitte le commandement intégré pour le bon fonctionnement de l’Alliance Atlantique.

L’Administration Trump concernant la Syrie peut-elle encore pousser Bachar el-Assad à retourner à la table des négociations à Genève, même si celles-ci sont quasiment en état de mort cérébrale?
Difficile de dire si l’Administration Trump croit encore au processus de Genève. Elle considère désormais que Bachar el-Assad va rester au pouvoir en Syrie et qu’il ne fera aucune concession. L’Administration Trump n’est pas une adepte du «regime change» comme ses prédécesseurs. Maintenant que l’élimination de l’Etat Islamique est acquise, les Etats-Unis veulent simplement bloquer l’influence iranienne en Syrie et éviter de perdre la Turquie. Cependant, pour combattre l’EI tout comme bloquer l’Iran, ils ont besoin des YPG, ce qui est incompatible avec la restauration de bonnes relations avec la Turquie. Les Etats-Unis ont soutenu la Turquie dans l’affaire d’Idleb espérant que cela allait déboucher sur une crise entre la Turquie et ses partenaires d’Astana, mais cela ne semble pas avoir lieu, nous verrons si l’accord russo-turc sur Idleb tient.
Les Etats-Unis bloquent toute aide à la reconstruction en Syrie et encouragent les pays européens à le faire également pour pousser la Russie et Assad à des concessions politiques, en faisant de Genève de nouveau le centre des négociations. Cependant, la carotte économique ne fonctionne pas. La Syrie se reconstruira a minima sans aide internationale, les réfugiés ne pourront pas revenir en Syrie et de nouvelles vagues de réfugiés vers l’Europe sont à craindre. L’Allemagne est prête à prendre «ses responsabilités dans la reconstruction de la Syrie» car la présence des réfugiés syriens et la crainte que le regroupement familial n’en fasse venir un ou deux millions supplémentaires l’oblige à se démarquer de la position américaine. L’Union européenne devrait donc céder sur la reconstruction de la Syrie sans obtenir de concessions politiques majeures.

La reprise de la région d’Idleb par Damas signera-t-elle l’acte de décès définitif du processus de Genève au profit de celui d’Astana?
Les membres du groupe d’Astana ne veulent pas la fin du processus de Genève officiellement. A chaque réunion, ils répètent qu’Astana est complémentaire de Genève. Ils voudraient que le processus d’Astana se déroule à Genève pour lui donner une reconnaissance officielle. Le processus de Genève, tel qu’il a été lancé en 2012, dont le leitmotiv est le départ de Bachar el-Assad et une transition politique en Syrie, est de toute façon mort devant la réalité, puisque le président syrien a gagné la guerre. Ceux qui pensent que l’arme économique, le chantage occidental à la reconstruction de la Syrie suffira à enclencher un changement politique se trompent lourdement. Il est significatif que les pays arabes du Golfe aient proposé à Bachar el-Assad leur aide pour reconstruire la Syrie à condition qu’il rompe ses liens avec l’Iran.

Le retour d’Idleb dans le giron de Damas signifierait que la Turquie, l’Iran et la Russie peuvent régler la question syrienne seuls.
Le groupe d’Astana peut et veut régler la question d’Idleb seul. Les Etats-Unis et les pays arabes du Golfe, autrefois soutiens de la rébellion dans la région, n’ont plus aucun levier sur ce terrain. Par ailleurs, les Etats-Unis et les autres pays membres de la coalition anti-Daech n’ont aucune envie de s’associer avec ceux d’Astana à une guerre contre el-Qaëda à Idleb. Ils porteraient la responsabilité des «dégâts collatéraux» et de la crise humanitaire. Ils savent parfaitement qu’il n’existe pas d’autre méthode que celle employée à Mossoul et Raqqa pour vaincre les jihadistes, même s’ils prétendent le contraire.

Quelles sont les leçons à tirer de la confrontation entre la Russie et Israël? A quoi peut-on s’attendre concernant leurs relations futures, à l’égard de la Syrie, et plus globalement dans la région?
La Russie se sert du terrain syrien pour redevenir une grande puissance mondiale. Aujourd’hui, c’est elle qui garantit la sécurité de la frontière israélo-syrienne puisqu’une force russe contrôle l’ancienne zone démilitarisée du Golan. La Russie garantit que les milices chiites et les Iraniens se tiendront à distance. En revanche, elle n’empêche pas les transferts d’armes iraniennes au Hezbollah, ce qui provoque ces frappes israéliennes récurrentes. Cependant, Israël était censée prévenir la Russie de l’heure et du lieu des frappes en temps utile, ce qui ne s’est pas produit lors de la dernière attaque sur Lattaquié puisque l’Etat-major russe n’a été averti qu’une minute avant le début des tirs israéliens. Les Israéliens vont devoir prendre davantage de précautions avec la Russie désormais, au risque que les informations fuitent vers les Iraniens, si Moscou veut exercer une pression. Cela renforce le rôle de la Russie en tant qu’arbitre du conflit entre Israël et l’Iran. La réaction de la Russie est d’ailleurs beaucoup plus mesurée que lorsque la Turquie avait abattu un avion russe au nord de Lattaquié en 2015. Les mesures de rétorsion n’avaient pas tardé, poussant Erdogan à se rapprocher de Moscou sur le dossier syrien. Il ne faudrait pas cependant que les Israéliens commettent d’autres «bavures» de ce type car Poutine ne leur garantirait plus sa protection face à l’Iran.

Jenny Saleh

Il est l’homme de l’ombre, celui qui travaille dans les coulisses, loin des projecteurs. Discret, modeste, Ghayath Yazbeck est le directeur de l’information et des programmes politiques sur la chaîne MTV. Retour sur une longue carrière.
 

«Pour être un bon journaliste, il faut être farfelu, spontané, non conformiste et ne ressembler à personne. Un journaliste doit montrer au public ce que ce dernier ne voit pas. Il faut qu’il soit ouvert d’esprit. Je ne peux pas supporter les idées préconçues».
A 7 ans, Ghayath Yazbeck «est tombé dans la marmite» comme il dit. «Mon père et mon oncle, Nassim et Michel, étaient des pionniers dans le monde de la presse dans les années 1930 et 1950. Par la suite, mon père s’est reconverti dans la littérature pour devenir enseignant». Il se souvient de la bibliothèque où son père s’installait pour lire son journal en sirotant son café. Le petit garçon est influencé par cette ambiance. «A 7 ans, je lisais les journaux. J’ai suivi jour après jour à partir de 1967-68 le conflit du Vietnam, la guerre des Six-jours ainsi que tous les faits divers».
Ghayath Yazbeck revient sur ses souvenirs. «J’ai assisté à la chute de l’Etat au Liban, à la montée de l’OLP de Yasser Arafat. Vers l’âge de 10 ans, j’ai été choqué par l’accord du Caire. Je me souviens même d’avoir eu les larmes aux yeux à sa conclusion.
Mon père voyait clairement que nous avions emprunté un chemin qui mène directement à la guerre. Tout cela a éveillé en moi le futur journaliste».

Maîtrise de l’arabe
Lorsque sa mère l’envoyait faire quelques courses pour la maison, il s’attardait en route pour lire les bouts de journaux éparpillés par le vent sur son chemin. «J’étais toujours frustré car je ne connaissais jamais le fin mot de l’histoire». Sa parfaite connaissance de la langue arabe, Ghayath Yazbeck la doit à son père. «Il nous répétait souvent: ‘Je ne veux pas vous laisser de l’argent. Le seul héritage que je voudrais vous léguer, c’est le savoir. C’est cela votre passeport dans la vie’». Très tôt, il découvre les auteurs libanais du XIXème et XXème siècles comme Gebran Khalil Gebran, Gergi Zeidan et bien d’autres. Il s’intéresse à la littérature, à l’histoire ainsi qu’aux faits divers.
Parallèlement à ses études en Information, Ghayath Yazbeck fait ses débuts à la télévision. «Je n’ai jamais travaillé dans la presse écrite car dès le départ, j’étais convaincu que l’audiovisuel était l’avenir». Il est encore étudiant lorsqu’il participe à la fondation de la LBC sous le patronage de Bachir Gemayel, avant que la station ne passe à l’antenne. En 1984, il travaille à Télé-Liban pendant trois années. «En 1988, ce fut le début de ce que j’appelle le schisme dans les régions chrétiennes. J’ai prédit qu’on allait vers un cataclysme. J’ai présenté ma démission de Télé-Liban et j’ai ouvert avec ma femme un mini-market à Beit-Mery. Ghassan Tuéni passait souvent me voir et nous avons transformé la mezzanine située au dessus du magasin en salon littéraire où on échangeait nos idées». Avec humour, Ghayath Yazbeck se souvient de cette période où en coupant le jambon, il discutait avec des étudiants et les aidait dans leurs thèses. En 1990, la guerre éclate entre l’armée et les Forces libanaises. Avec l’entrée des Syriens dans les régions chrétiennes, le mini-market est pillé. «Je me suis retrouvé sans travail. Mes dettes s’accumulaient. Je me suis alors lancé dans la traduction de films et d’ouvrages de tout genre».

Entre la ICN et la MTV
Au bout d’un an, il rejoint la chaîne de télévision ICN où il travaille pendant deux ans. «J’ai réussi à faire passer la station de 2 heures d’antenne à 20 heures sans coût supplémentaire. J’ai été celui qui a inventé le système de la séquence matinale avec le programme Good morning Lebanon. Nous avons aussi lancé les bulletins d’information dans la journée et introduit les programmes politiques, qui ont pavé la voie à ce qui a été appelé plus tard l’opposition à l’occupation syrienne». Les tentatives de museler la chaîne sont nombreuses et un véritable étau politique, économique et sécuritaire est déployé autour de la ICN. «L’émission Parlement el-Chabeb présentée par Elie Nacouzi a montré que les Libanais pouvaient se retrouver sur plusieurs thèmes pour reconstruire l’Etat. J’ai réussi ainsi à briser le concept de canton et les ghettos confessionnels en recevant des personnes de tout bord dans ce programme».  
Indépendant de nature, rebelle, Ghayath Yazbeck ne fait pas partie de ceux qui se fondent dans un moule. «Je ne peux pas me transformer en simple employé. Deux ans après, j’ai présenté ma démission».
C’est en 1995 que commence son aventure avec la MTV. «J’ai de l’admiration pour les Murr qui sont anticonformistes et qui rejettent l’état de fait. A la MTV, nous avons commencé à donner la parole à tous ceux qui étaient en exil: Michel Aoun, Amine Gemayel, Dory Chamoun. Sethrida Geagea a eu aussi l’occasion de s’exprimer sur la situation de son mari qui était en prison. Notre action a provoqué un tollé et la chaîne s’est retrouvée dans le collimateur du pouvoir. C’est un parcours ponctué de larmes et de sang. Le paroxysme fut le fameux 7 août, très mal vu par ce qui était appelé le régime sécuritaire syro-libanais». Lorsque les militants descendus dans les rues ce jour-là ont été arrêtés et accusés de fomenter un coup d’Etat, la réaction de la MTV ne se fait pas attendre. «J’ai rédigé un bulletin d’information très violent ce jour-là et à partir de 20h30 nous avons reçu dans les studios toutes les personnalités de la Rencontre de Qornet Chehwane et leur avons donné la parole jusqu’après minuit». Ghayath Yazbeck permet également à une agence de presse étrangère de recueillir le témoignage des participants. «Nous avons réussi à déjouer ce complot et l’Etat a battu en retraite. Nous avons fait pression à travers le petit écran pour faire libérer les personnes arrêtées, jusqu’à ce que la station soit réduite au silence en 2002».
Parenthèse koweitienne. En revenant sur cette période, la voix de Ghayath Yazbeck est animée par la passion mais à l’évocation de Gebran Tuéni et Samir Kassir, sa voix se brise et les larmes lui montent aux yeux. «Gebran me recommandait constamment la prudence. Aucun de nous n’a été épargné. Gebran a payé de sa vie et moi j’ai été frappé dans mon travail et dans ma carrière.» Pour ce battant, les hommes qui choisissent cette voie ne meurent pas par hasard. «On marche vers son destin. On est juste surpris par le timing». Les guerres et le danger lui ont appris à vivre dans une sorte de déni. «Il y a eu tellement de martyrs et de victimes que j’ai l’impression que nous avons creusé avec une aiguille la montagne pour faire sortir les Syriens du Liban. Aujourd’hui, on ne peut pas revenir en arrière. De nombreuses personnes ont prêché la révolution mais ils ne l’ont jamais vue. On assiste actuellement aux derniers soubresauts de ce qu’on appelait le régime syro-libanais car ils avancent à contre-courant. Ceux qui portent le flambeau ne doivent pas baisser les bras».  
Malgré la fermeture de la MTV, Ghayath Yazbeck ne chôme pas un jour. «Durant un an, je me levais tous les matins et je me rendais à mon bureau à la MTV. J’ai dépensé toutes mes économies et j’ai même retiré mes indemnités de la Sécurité sociale». Alors qu’une dizaine d’offres d’emploi sommeillent dans ses tiroirs, il finit par accepter la proposition d’al-Raï, première chaîne de télévision privée au Koweït. Il y restera moins d’un an et perdra au bout de trois mois 18 kg. De retour au Liban en 2004, il contribue à l’ouverture de la chaîne ANB. Il y travaillera jusqu’en 2009, date de la réouverture de la MTV, où il prend la direction de l’information et des programmes politiques.
Pour Ghayath Yazbeck, le Liban n’a pas su profiter du boom télévisuel dans le monde arabe entre 1990 et 2005. «Nous avons beaucoup perdu et on a terni l’image du Liban en tant que bastion de la presse et de la liberté d’expression». Est-il toujours en accord avec la politique de la famille Murr, propriétaire de la chaîne? «La politique des Murr n’a pas changé. Ce sont des gens politiquement débridés. Ils connaissaient parfaitement le risque de fermeture après le 7 août et ils ont poursuivi dans la même voie. Ils auraient pu refuser la réouverture de la MTV car la télé ne fait pas gagner de l’argent, mais face à la crise des institutions et l’assujettissement général, le paysage médiatique avait besoin d’un coup d’éperon, que seule la MTV était capable de donner». Pour le directeur de l’information, les journalistes libres au Liban sont aujourd’hui acculés à trois choix: rester chez eux, voyager ou se plier à une institution politique ou religieuse. La réalité de la presse au Liban, c’est que le propriétaire d’un journal ne peut pas protéger et sauvegarder les droits des journalistes. «C’est un homme d’affaires dont le but est de gagner de l’argent, ce qui est parfaitement son droit, mais il ne peut pas préserver les intérêts des journalistes. Rares sont ceux qui peuvent le faire et je considère les Murr comme une exception».
Son avis concernant la presse aujourd’hui, il le voudrait comme un électrochoc. «Le niveau a baissé et la profession est envahie de toute part. La détérioration se ressent à tous les niveaux: langage, écriture, savoir-faire, etc.». Ceci, selon Ghayath Yazbeck, serait dû à l’absence dans les universités d’une politique destinée à réduire le nombre de diplômés ainsi que le manque d’orientation professionnelle dans les classes complémentaires.

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub - DR

De la clarté dans les objectifs et la stratégie, Georges Kamal, Pdg de la société Acres Development Holding, fondatrice de la marque LeMall, affirme son optimisme pour le moyen et long terme au Liban. Par Micheline AbuKhater

Tout en insistant sur les difficultés que traverse notre pays à court terme, le groupe Acres Development Holding a repris son expansion en 2018. Il a annoncé l’inauguration de deux nouveaux centres commerciaux LeMall Jbeil en 2020 et Tripoli à l’horizon de 2022. Georges Kamal nous affirme que le groupe envisage de s’implanter en Syrie.

Pouvez-vous nous donner un aperçu du groupe?
Acres Development Holding est une filiale du groupe Azadea. Acres qui a lancé la marque LeMall est propriétaire de trois emplacements à Sin el-Fil, Saïda et Dbayé. Elle s’apprête à lancer Jbeil en 2020 et Tripoli en 2022. Azadea propriétaire de plus de 50 marques internationales (Zara, Mango, Massimo Dutti, etc.) est implantée dans 13 pays, avec une forte présence au Moyen-Orient. LeMall, dans ses trois branches, attire 8 millions de visiteurs annuels et nous pensons doubler ces chiffres à l’échéance 2022 après l’ouverture du LeMall Tripoli:
● LeMall dispose actuellement d’une surface commerciale de 50 000 m2 et vise les 120 000 m2 pour 2022.
● LeMall gère 250 boutiques dans ses trois branches et s’est fixé un objectif de 600 boutiques en 2022.
● Le chiffre d’affaires dans les trois branches totalise 250 millions de dollars et nous estimons qu’il atteindra 600 millions après l’ouverture de LeMall Tripoli.
● Acres regroupe 80 collaborateurs et LeMall regroupe plus de 3 000 personnes employés dans les emplacements.

Les indicateurs économiques sont peu encourageants, dans tous les secteurs. Acres Development Holding a annoncé une expansion géographique optimiste. Comment justifiez-vous ceci?
Malgré la situation critique que traverse notre pays due à la crise politique d’une part et à la baisse du pouvoir d’achat qui est directement liée à la crise régionale d’autre part, nous pensons qu’à moyen terme le Liban va bénéficier d’une meilleure conjoncture. Il suffit simplement d’imaginer l’ouverture des frontières avec la Syrie et sa reconstruction par l’afflux d’investissement étranger. Les entreprises libanaises sont extrêmement outillées pour bénéficier de cette reconstruction due à leur riche expérience et au personnel qualifié qui peut répondre aux demandes des compagnies multinationales. Comme vous le savez, le Libanais parle plusieurs langues, suit une formation internationale et est doté d’un sens du business au-delà du commun. En 2019, le pétrole et le gaz nous donneront une visibilité sur la quantité existante et le prix d’extraction. Nous ajoutons à cela le potentiel des réformes structurelles de l’Etat qui pourraient assurer un surplus de revenus d’une part, et réduire considérablement les dépenses, de l’autre. Il y a aussi les bénéfices de la conférence CEDRE. Nous concluons que notre pays possède la capacité de surmonter la crise. Et de ce fait, nous avons décidé de reconquérir le Liban et de poursuivre l’implantation de LeMall sur son territoire. LeMall Jbeil a été pensé en partenariat avec Hawat Investment ainsi que LeMall Tripoli avec la société M1. De plus, nous étudions très sérieusement l’implantation de LeMall en Syrie, mais pour le moment je préfère ne pas donner plus de détails.

Comment vous choisissez les emplacements?
Le problème de la circulation routière au Liban a créé une sorte de décentralisation des villes. Le choix de construire un centre commercial dans un emplacement particulier dépend énormément de la densité de la population qui réside dans la zone de chalandise, de son pouvoir d’achat et de ses besoins. Alors que l’identité et le positionnement dépendent en plus de la compétition présente et de celle à venir. A titre d’exemple, LeMall Dbayé a été développé dans une zone à forte compétition alors que LeMall Jbeil et Tripoli seront assurés d’un monopole pendant une bonne période. Dans ce cas, le choix des magasins qui définit en partie le positionnement sera forcément différent.

En quoi se démarque chaque centre LeMall?
Chaque LeMall bénéficie d’une zone de chalandise, d’un nombre d’habitants et d’un pouvoir d’achat différent d’un emplacement à l’autre. Si on rajoute la forme géométrique du terrain, vous concluez que chaque centre a sa propre identité. Ceci est valable à toute la concurrence. Nous développons et gérons LeMall d’une façon scientifique. Nous nous concentrons essentiellement sur le client, sur ses besoins, son pouvoir d’achat et son confort. C’est pour cela que nous avons développé un niveau de service plus que décent afin de rendre l’expérience de la visite la plus confortable possible pour notre clientèle. A commencer par l’accueil passant par la sécurité, la propreté ainsi que tous les services qui doivent être présents dans un centre commercial.

La compétition s’est accrue avec le temps avec de nouveaux noms sur le marché. Quelles en sont les répercussions sur votre business?
Jusqu’à présent, nous nous en sommes bien tirés, nous sommes impactés par la cannibalisation évidemment mais si on sait bien positionner son produit, l’impact est minimal. Nous veillons à toujours développer des services et des avantages pour notre clientèle afin que LeMall soit extrêmement attractif. Nous sommes en train d’investir dans la fidélisation de nos clients comme par exemple la carte de fidélité MyMall Rewards, gratuite de LeMall dans toutes ses branches. Ce programme permet aux clients d’accumuler des points dans tous les magasins de LeMall et offre des avantages supplémentaires aux jeunes âgés de 13 à 23 ans et leur accorde des services gratuits. Cette génération deviendra la génération LeMall dans les années à venir. Nous avons aussi investi dans l’accès Wifi high speed gratuit pour répondre au besoin de nos clients.  
En conclusion, c’est clair que nous traversons une crise économique sans précédent. Chaque businessman ou entrepreneur qui a de l’expérience sait qu’avant la tempête il y avait le beau temps et après la tempête il y aura le beau temps. C’est pour cela que nous prenons du recul par rapport à la situation actuelle pour pouvoir construire l’avenir avec plus de clarté. 

Micheline Abukhater

 

Partenaire officiel du Yachting Festival de Cannes qui s’est déroulé du 11 au 16 septembre dernier, Maserati a dévoilé sa gamme 2019 au sein du plus grand salon nautique à flot d’Europe. Un cadre idéal qui a permis aux passionnés de la marque au trident de découvrir le lien étroit entre Maserati et le monde de la navigation. Au sommaire, luxe et sportivité.
 

Imaginez plus de 600 bateaux, yachts et grands yachts de plus de 50 mètres, voiliers, monocoques, multicoques, engins à moteur et pneumatiques, rigoureusement alignés sur les trois kilomètres de pontons, face au boulevard de la Croisette. Ajoutez à cela un gigantesque espace dédié au mobilier haut de gamme pour décorer son navire et aux accessoires high-tech pour le rendre encore plus performant et vous aurez une idée de l’éclectisme du Yachting Festival de Cannes. Un écrin hors norme pour des joyaux de mer à sensation.
 

C’est là, à l’entrée du Vieux Port, dans un somptueux lounge où le champagne coulait à flots, en face des yachts les plus luxueux, que  le constructeur de Modène a choisi de lâcher ses chevaux sous le regard de quelque 50 000 visiteurs venus des quatre coins du monde et qui ne savaient plus où donner de la tête. Sous un soleil radieux, les trois nouveaux crus faisaient la roue: le Levante pour son généreux gabarit et son prestigieux blason, la Ghibli pour son éternelle allure élégante et sportive et la QuattroPorte pour son authentique design italien. Equipés de puissants moteurs V6 et V8, dotés d’un mélange de performance et de confort, les modèles présentés s’offraient à l’essai…

A l’essai
Tous ces petits joyaux ont tenu leurs promesses en vrombissant à toute allure (car une vraie Maserati, c’est aussi un bruit) et en avalant les kilomètres des routes de la French Riviera jusqu’à Théoule-sur-Mer. La ville des paillettes et du glamour n’étant pas vraiment taillée à la mesure de ces bolides et de leurs motorisations, pas plus que ne le sont les restrictives limitations de vitesse, nous profitons de l’habitacle soigné, de la douceur du cuir à grain fin à coutures, des fonctionnalités proposées par l’écran tactile de 8 pouces, de la sellerie en soie signée Ermenegildo Zegna, du système Audio Bowers&Wilkins… Sans oublier ce son particulier aux Maserati assemblées à l’usine de Maranello.

Connaissez-vous Giovanni Soldini?

C’est le skipper italien, titulaire de plusieurs records de traversées au niveau mondial, qui, aux commandes du trimaran Maserati Multi 70, a battu, en février dernier, avec son équipe, le record de la Route du Thé en parcourant les 12 948 miles nautiques qui séparent Hong-Kong de Londres en seulement 36 jours, 2 heures, 37 minutes et 12 secondes. 

Drive & Sail
C’est ce même Giovanni Soldini qui espérait nous dévoiler, à bord de son trimaran victorieux, les manœuvres de navigation et les secrets du «Fly», cette technique qui permet au trimaran de «voler» sur les vagues. Malheureusement, la brise n’était pas au rendez-vous ce jour-là et l’embarcation s’est contentée de glisser gracieusement sur l’eau.
Une occasion pour notre globe-trotter des mers de nous parler de la passion qu’il cultive depuis son plus jeune âge pour la voile, de la vitesse et de l’adrénaline qu’elle procure, des émotions inattendues, de son quotidien en mer... Et avec humilité, du sauvetage, en 1999, d’Isabelle Autissier quand le bateau de la navigatrice dérivait en plein milieu du Pacifique Sud lors d’un tour du monde en solitaire. «Je ne suis pas un héros, La navigation est un plaisir, sauver une vie, c’est du sérieux…».

Léa Bachour, Cannes

Sensio air est une application utile pour les asthmatiques. Elle permet de traquer les allergènes locaux ainsi que le taux de pollution. Par Micheline Abukhater

Les utilisateurs peuvent vérifier le rapport journalier de pollution et d’allergènes à Beyrouth mais aussi dans 320 autres villes du monde. L’application mesure ces indicateurs en temps réel. Les intéressés peuvent y ajouter leurs symptômes allergiques quotidiens, comme le nez qui coule, les yeux larmoyants, le nez bouché, les douleurs à la cage thoracique, etc. afin de déceler quel allergène ou polluant les a déclenchés. Sensio air prodigue également des conseils quotidiens pour s’exposer le moins à ces facteurs.
Les créateurs de l’app’, Eve et Cyrille Najjar, qui n’en sont pas à leur première start-up (White sur White et White Lab), sont tous deux asthmatiques allergiques. Quand ils ont réalisé que tout le système de soins tournait autour de la prise de médicaments, ils ont compris que le meilleur remède était la prévention. «Prendre des médicaments a des effets secondaires nocifs. Plus on en prend, plus les défenses immunitaires sont à la baisse. C’est un cercle vicieux que l’on devrait éviter si possible. C’est très difficile à gérer»,  commence Cyrille Najjar professeur à Cambridge et créateur industriel. «Quand en 2015, on a décidé de fonder cette start-up, on voulait améliorer l’état général des allergiques asthmatiques en essayant de comprendre ce qui augmentait les risques d’allergies. Sensio air est un capteur qui enregistre les symptômes et le taux de pollution et d’allergènes à toute heure de la journée. Au bout de quelques connexions, il y a une corrélation qui se crée. C’est une aide précieuse au diagnostic du médecin qui devient plus précis et plus complet. Ce service permet aux médecins d’examiner l’historique médical de manière précise surtout si le patient utilise l’application de manière régulière», continue Cyrille. Eve Najjar ajoute que «chaque patient est sensible à quelques allergènes en particulier et à des niveaux très spécifiques.
Sensio Air personnalise le diagnostic en essayant de comprendre statistiquement quels sont les seuils auxquels réagit chaque personne asthmatique. Cela évite la prise automatique de médicaments. Le capteur, plus sophistiqué qu’un capteur traditionnel différencie chaque particule».

Un outil de prévention
«On est obligé de vivre avec l’asthme et l’allergie, alors mieux vaut prévenir que guérir. Comprendre ceci est important car cela permet de prévenir les crises d’asthme bien difficiles à vivre parfois», précise Eve, diplômée en toxicologie, environnement et santé et qui a fait sa thèse en neurosciences. Cyrille explique qu’il s’est avéré que ce sont les activités humaines qui engendraient les plus hauts taux de pollution comme le tabac, le narguilé, les gaz dégagés par les voitures, par exemple.
Les bureaux de Sensio Air se trouvent au centre-ville. Douze personnes travaillent à temps complet au Liban, 23 dans le monde entre les Etats-Unis et l’Angleterre. Sensio Air fait appel à des avocats dans chaque pays pour mettre au point les brevets, les marques déposées et les accords de confidentialité. Ils travaillent avec des médecins du NHS, l’équivalent de la sécurité sociale, en Angleterre sur une étude qui prouverait que l’utilisation régulière du capteur peut améliorer à long terme l’état général des patients.

Micheline Abukhater

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Éditorial
Gouvernement: le dernier sprint

Le processus de formation du gouvernement devrait être redynamisé à partir de cette semaine après un gel consécutif aux voyages du président Michel Aoun à Strasbourg et à New York, début et fin septembre. Les démarches en étaient restées, officiellement, à la mouture présentée le lundi 3 septembre par le Premier ministre désigné, Saad Hariri, et que le chef de l’Etat avait poliment déclinée. Mais les discussions s’étaient poursuivies loin des projecteurs entre MM. Aoun et Hariri, qui se seraient rencontrés à plusieurs reprises, discrètement, à la demande du chef du gouvernement sortant, afin de se soustraire aux pressions politiques et médiatiques. Aucun accord n’a été finalisé mais ces tête-à-tête ont montré une volonté des deux hommes de maintenir leur partenariat et d’essayer de surmonter les écueils qui ont retardé la naissance du Cabinet. Le plus sérieux obstacle est la répartition des quotas et des portefeuilles entre les deux principales formations chrétiennes: le Courant patriotique libre (CPL) et les Forces libanaises (FL). Cette question a été examinée lors de la rencontre à la Maison du centre, le 27 septembre, entre M. Hariri et le chef des FL, Samir Geagea. Des sources politiques informées affirment que des progrès ont été réalisés lors de cette réunion. Après le refus du camp présidentiel d’accorder quatre maroquins aux FL, comme le proposait M. Hariri, M. Geagea aurait accepté un compromis avancé par le Premier ministre désigné: quatre sièges ministériels dont la vice-présidence du Conseil (sans portefeuille) et les portefeuilles de l’Education, des Affaires sociales et de la Culture.   Lorsque la formule lui a été présentée avant son départ pour New York, le président Aoun ne s’est pas prononcé. Mais des milieux proches de la présidence ont laissé filtrer que la vice-présidence du Conseil pourrait être accordée aux FL, bien que le chef  de l’Etat considérait ce poste comme faisant partie de son quota, ainsi que trois autres ministères: la Culture, les Affaires sociales et un ministère d’Etat.Pour une bonne partie de l’opinion publique, toutes ces formules s’apparentent à des calculs de boutiquiers et à des querelles de puissants, qui se partagent le pouvoir entre eux. Quoi qu’il en soit, ces informations, confirmées par des sources diverses, dénotent une volonté de déblocage chez les principaux protagonistes, dont les revendications et les contre-revendications empêchent la formation d’un gouvernement depuis le mois de mai. Ce sursaut de conscience est surtout motivé par la crainte d’une détérioration irréversible de la situation économique et financière et par la conviction apparue chez les FL et le Parti socialiste progressiste (PSP) que le président Aoun ne cèdera pas aux revendications maximalistes de ces deux formations. Une fois l’écueil chrétien surmonté, les autres obstacles moins épineux de la représentation druze et des sunnites du 8-Mars seront rapidement réglés. C’est dans ces dispositions plutôt positives que les démarches pour la formation vont reprendre et s’accélérer dans les jours qui viennent.


 Paul Khalifeh
   

Santé

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