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Nº 3091 du vendredi 6 juillet 2018

En six ans, six branches du restaurant-café Urbanista ont vu le jour dans le Grand Beyrouth et la marque est toujours en pleine expansion. La fondatrice, Zeina el-Eid nous raconte cette aventure, commencée en 2012.


  Zeina el-Eid a deux passions dans la vie, les voyages et la gastronomie. Dire qu’elle a fait le tour du monde n’est pas une métaphore pour cette grande globe-trotter, qui a voyagé de Vancouver, au Canada jusqu’à la Nouvelle-Zélande, sillonnant la planète, visitant plusieurs cultures et découvrant de nouvelles civilisations. Son goût pour la cuisine remonte à son adolescence. Lycéenne, âgée de 16 ans, elle invite déjà ses amies chez elle et leur prépare le repas. Pourtant, lorsqu’à 18 ans elle quitte le Liban pour les Etats-Unis, elle choisit d’étudier la comptabilité à l’université du Michigan alors que tout le monde la voyait opter pour une école hôtelière. «Je voulais obtenir un diplôme rapidement. En parallèle à mes études, je continuais à voyager. J’aime les endroits exotiques, la cuisine asiatique. J’estime que la beauté se trouve dans les choses naturelles», dit-elle.
De retour au Liban, elle enchaîne des petits boulots dans la restauration et l’hôtellerie pour se familiariser avec ce milieu. «Tout le monde était convaincu qu’un jour ou l’autre j’ouvrirai mon propre restaurant». Zeina el-Eid est inspirée par le café Starbucks, où elle s’installait pour étudier. «Je rentrais à la maison pour déjeuner et je revenais ensuite au Starbucks pour reprendre mes études».
«La community table». En 2012, avec un prêt octroyé par Kafalat, elle ouvre son premier établissement. C’est ainsi que le 4 juin, le premier restaurant de la chaîne Urbanista voit le jour à Gemmayzé. «Partout où j’allais, il y avait quelque chose qui manquait ou qui faisait défaut. C’est pour cette raison qu’Urbanista est la somme de tout ce que l’on ne trouve pas ailleurs. Nous avons été les premiers à introduire le café gourmet. Nous avons importé les grains de café des Etats-Unis et actuellement nous les importons de Hollande». Le souci principal est d’offrir des produits frais, sains et organiques. «Par exemple, dans nos smoothies, tout est naturel, sans sucre ajouté». Urbanista est aussi le premier restaurant à offrir à sa clientèle l’usage internet gratuit. La «community table», autour de laquelle s’installent des gens qui ne se connaissent pas, est un concept nouveau qu’Urbanista adopte dans sa chaîne de restaurants. «Je voulais que les gens se sentent chez eux. Tout est conçu pour leur procurer ce sentiment: les fauteuils où l’on peut s’affaler de longues heures, le serveur qui n’est pas à vos trousses, vous harcelant pour prendre votre commande, la bibliothèque avec sa variété de livres, l’ambiance, etc. Notre clientèle est fidèle. Ce ne sont pas des clients de passage mais des habitués pour la plupart. Ce n’est pas seulement la qualité de la nourriture que les gens recherchent en venant chez nous mais c’est aussi le décor et l’ambiance. C’est tout cela qui fait la magie de l’expérience Urbanista».  

La recherche de la qualité
Ce concept purement libanais a été imaginé de manière à s’étendre et se développer. En six ans, six branches ont été créées. Après le premier-né à Gemmayzé, une nouvelle branche voit le jour en janvier 2014 à la rue Bliss, suivi en juin 2015 par une autre à l’ABC Achrafié. En 2017, trois autres s’implantent: au Beirut Digital District en février, à la place de l’ancien Starbucks à la rue Marie Curie en mai et au centre-ville de Beyrouth dans l’immeuble M1 en octobre. Le secret de la formule Urbanista? «Un besoin de nourriture saine, fraîche et organique». Le pain est fourni par La boulangère bio et la plupart des produits sont organiques tels que le saumon, les œufs et le miel. «Nous avons commencé au début avec des légumes bio, mais nous avons dû arrêter car l’approvisionnement n’était pas régulier et le coût devenait très cher. Notre devise est d’offrir à nos clients un excellent rapport qualité/prix. Par exemple, notre filet australien est vendu à un prix fort compétitif. Ce que je recherche dès le départ, c’est la qualité».
La stratégie que Zeina el-Eid s’est fixée est dirigée sur le long terme. «Je construis pour l’avenir même si cela prend du temps pour le retour sur investissement». Urbanista est la propriété de la société Urban eat S.A.L. détenue par Zeina el-Eid, Saïd Francis et Houssam el-Eid. Sollicitée pour des franchises à l’étranger, la jeune femme n’est pas à la recherche des gros investisseurs mais de personnes ayant une expérience dans le domaine de la gastronomie et possédant la structure adéquate, capable de s’étendre.
Les restaurants Urbanista accueillent en moyenne 80 à 120 personnes. «Désormais la croissance se fera à une plus petite échelle. Notre stratégie d’avenir consiste à nous installer dans les business districts, les malls, les villes universitaires et les aires de récréation». Depuis plus d’un an, la formule Grab and go, pour le prêt à manger, a été lancée à la branche du Beirut Digital District et celle de Marie Curie. «Cette formule va être consolidée désormais». Il s’agit ainsi pour les clients de venir acheter ce qu’ils désirent et l’emporter chez eux.
Entre ses bureaux, ses six branches et son jeune fils de 9 ans, Zeina el-Eid gère son temps à la minute près. «Tout est question de time management. Je démarre mes journées à 7 heures du matin avec mon fils et je rentre le soir à la maison avec lui à 19 heures. Je l’accompagne dans ses activités et c’est le moment dont je profite pour répondre à mes emails en l’attendant. Souvent, une fois qu’il est couché, je vais faire un tour dans les différentes branches pour m’assurer que tout va bien».
La jeune femme confie que les quatre premières années étaient les plus difficiles. «Mais depuis 2015, j’ai monté une équipe et une structure qui m’aident dans la gestion». Urbanista réalise un chiffre d’affaires de plusieurs millions de dollars par an et emploie 110 personnes réparties entre le back office et le front operation. «Il y a une cuisine centrale qui répartit vers toutes les autres branches, chacune de celles-ci possède une cuisine entièrement équipée». 
Face aux nombreux clusters de restauration qui ouvrent un peu partout, Zeina el-Eid s’interroge sur l’existence de lois régissant cette nouvelle tendance. «Je me demande s’il y a un planning ou si simplement ils ont le droit de s’implanter de manière sauvage, sans études préalables». Lorsqu’on lui demande quel est le secret de sa réussite, elle prend une pause avant de dire qu’elle ne considère pas toutes ses réalisations comme un succès. «Il faut s’améliorer continuellement. Toujours se fixer un but et avoir quelque chose à faire. Si le plan A ne fonctionne pas, il reste toujours le plan B, C, D. Les lettres de l’alphabet sont nombreuses». Selon la restauratrice, la clé du succès réside surtout dans le fait de faire quelque chose qu’on aime.

Joëlle Seif
 

Nous les payons régulièrement. Machinalement. Ces taxes municipales dont nous ignorons tout, mais auxquelles même l’Etat est soumis. Economiste, Roger Melki nous dévoile tout sur ce sujet.
Pour couvrir leurs dépenses, les municipalités ont besoin de ressources. On distingue ainsi:
● les taxes perçues directement par la municipalité
● les taxes perçues par l’Etat, par les offices autonomes, par les établissements publics, ou par les services gouvernementaux pour le compte de la municipalité
● les taxes perçues par l’Etat pour le compte de l’ensemble des municipalités, et déposées dans la caisse municipale autonome.
S’y ajoutent les diverses ressources extraordinaires comme les dons, les emprunts, les amendes, les recettes des années antérieures, les soldes reportés, les subventions, etc.
Le président du Conseil municipal peut décider seul des dépenses dont les sommes s’élèvent jusqu’à 3 millions de L.L. Celles qui atteignent les 20 millions de L.L. ont besoin de l’aval du conseil municipal. Entre 20 millions et 80 millions de L.L., il faut obtenir le feu vert du Qaemaqam. Au-delà de 80 millions, la signature du Mohafez est requise.  

Taxes directes
La première partie de la loi sur les taxes municipales n° 88/60 du 18 août 1988 énumère les taxes perçues par la municipalité. Sont véritablement substantielles la taxe sur la valeur locative (habitation et commerce) et la taxe sur les permis de construire. La première est collectée sur toutes les unités d’habitation ou de commerce, lorsqu’il y un contrat de location. Le montant dépend de la valeur du bien et de l’estimation de la valeur locative.Sur cette valeur, la municipalité retient 6,5% lorsqu’il s’agit d’un logement. Par contre, pour les unités commerciales, la municipalité prélève 8,5%. Pour les grandes municipalités ceci constitue un revenu consistant, s’élevant à des dizaines de millions de livres libanaises. Les permis de construire sont également générateurs de ressources. Le montant des taxes dépend de la valeur des terrains, des biens immobiliers et des régions. Il est donc minime lorsque l’immeuble est situé dans un village encore «vierge».

Autres ressources
L’Etat et les établissements publics participent aussi au financement des municipalités. Ceci est régi par la deuxième partie de la loi sur les taxes municipales n° 88/60 du 18 août 1988. Ainsi, cette loi fixe-t-elle une surtaxe de 3 % sur les plus-values immobilières et une autre de 10% sur les abonnements et communications téléphoniques fixes. La Caisse des municipalités est également alimentée par des taxes collectées par le gouvernement pour le compte des municipalités: téléphones mobiles, importations, douanes, etc. Toutefois, la distribution de ces taxes aux mairies ne se fait pas de manière équitable. Tout dépendrait – en principe – du revenu de chacune d’entre elles. Les municipalités n’ont donc pas la maîtrise de l’argent collecté, ni le moyen de savoir quelle somme leur est due par les services publics, ni le pouvoir d’obliger ces services à leur transférer les sommes dues.
Au Liban, la Caisse Autonome des Municipalités (CAM) est chargée de la distribution des fonds collectés par le gouvernement central aux municipalités. Les revenus de cette caisse se composent des surtaxes et taxes suivantes :
● Surtaxe progressive de 10% sur l’immobilier.
● Surtaxe de 15% sur les profits des entreprises commerciales, industrielles et non commerciales.
● Surtaxe de 10% sur les dons et les droits de succession.
● Surtaxe de 5% sur l’enregistrement des propriétés immobilières.
● Taxe sur le port de 3,5%.
● Taxe de 6% sur les assurances, excepté l’assurance vie.
● Surtaxe de 25% due à l’enregistrement des voitures et des motocycles.
● Surtaxe de 1,5% sur des centaines de marchandises importées comme la bière, le vin, d’autres boissons alcooliques, la viande, le poisson, les eaux gazeuses, etc.
● Surtaxe de 10% collectée par le ministère des Postes et des télécommunications.
● Surtaxe de 10% sur la consommation d’électricité, collectée par l’EDL. Depuis 30 ans, comme l’explique M. Melki, les municipalités et l’EDL procèdent par compensation. Les premières s’abstiennent de payer leurs factures d’électricité. En contrepartie, l’EDL «s’engage» à ne pas leur verser cette surtaxe de 10%.
● Surtaxe de 10% sur la consommation d’eau.
● Surtaxe de 5% sur les cigarettes et les tabacs.

Notifications

Nous sommes notifiés annuellement et de manière officielle via le Journal officiel, mais aussi à travers deux journaux locaux en plus de l’avertissement par radio ou par télévision. C’est donc à partir de cette date de publication que nous sommes considérés comme étant «officiellement» notifiés. Le délai pour l’opposition s’étend sur deux mois à partir de la date de publication officielle. Dans le cas des notifications (dans le cadre de cas bien spécifiques), le droit d’opposition est valable pour un mois. Lorsqu’une opposition est présentée, la municipalité étudie le cas. Si elle juge que le demandeur a raison, un bordereau dégressif est annoncé pour annuler le taux de l’impôt sur lequel le demandeur s’est opposé. Dans le cas contraire, elle est en mesure de refuser la demande et l’envoie, par conséquent, à une commission d’opposition présidée par un magistrat. Si celle-ci la rejette, le demandeur peut attaquer la décision au Conseil d’Etat dans un délai d’un mois à partir de la date du refus de l’opposition de la commission.
Les exonérations? Sont exonérés les immeubles voués à la construction de cultes religieux, les immeubles occupés par des missions diplomatiques sous réserve de réciprocité, les immeubles occupés par les Nations unies et les immeubles occupés par les institutions à but non lucratif (certaines universités ayant plus de 100 ans de présence, certaines ONG, etc.). Les familles ayant un enfant à besoins spéciaux ne paient pas de taxe municipale.

Natasha Metni Torbey

Le Liban est aujourd’hui confronté à de nombreux défis économiques, alors qu’une nouvelle ingénierie financière entreprise par la Banque du Liban a suscité des réactions partagées. Mise au point avec Elie Yachouï, économiste et ancien doyen à la NDU.  

Quelle est votre évaluation des résultats de la conférence CEDRE, organisée à Paris le 6 avril?
Nous avons observé deux résultats jusqu’à présent. Premièrement, des individus qui, en achetant un appartement au Liban, ont désormais le droit d’acquérir en même temps une résidence permanente dans ce pays. Conséquence: une obtention plus facile du passeport et donc de la nationalité libanaise. Deuxièmement, le décret de naturalisation.
Cinquante représentants de différents pays donateurs et d’institutions financières internationales ont décidé d’accorder au Liban 11 milliards de dollars. Le pays est tombé, depuis, sous l’emprise des nations. Comment peut-on entreprendre une telle démarche lorsque le débiteur n’est pas méritant? Un crédit se mérite de par la situation financière du débiteur. La situation financière du Liban se résume par un actif qui ne dépasse pas les 50 milliards de dollars (ce que le Liban possède en tant que secteur public) et un passif (ce que le Liban doit) d’à peu près 120 milliards de dollars. La différence permet de mesurer la richesse du secteur public. Lorsque la différence est négative, le pays est déficitaire et, par conséquent, non méritant d’un quelconque crédit. Les créanciers connaissent la situation du Liban. Lorsque, malgré tout, ils acceptent de lui accorder un crédit, ils ne peuvent qu’être mal intentionnés. La conférence CEDRE est une conférence suspecte. Jusqu’à maintenant, ce qui en est sorti (résidence permanente et décret de naturalisation), indique clairement que l’intention était mauvaise.

Selon vous, qu’est-ce qui se cache derrière le décret de naturalisation?
En naturalisant, entre autres, les Syriens au Liban, l’Arabie saoudite espère augmenter le nombre de sunnites dans notre pays, pour lutter contre les chiites. Les Israéliens ont pour objectif d’encombrer le pays et de provoquer autant que possible des complications sociales. Pour ce qui est des Européens, ils ont toujours été à la merci des sionistes. Lorsque Khomeiny est arrivé en Iran, il est venu directement de Paris. Une guerre chiite-sunnite était planifiée depuis 1979. Les chiites ont toujours été marginalisés sans Etat et sans aucun pouvoir politique. C’est pour cette raison que l’Iran est apparu en force. Le but est de provoquer un conflit entre l’Arabie et l’Iran. Derrière tout ce processus, se cachent les Israéliens, qui veulent se débarrasser de tous les Etats du «Tawk» (les Etats qui les encerclent): la Jordanie, l’Irak, la Syrie, le Liban, la Palestine. Israël veut à tout prix les disloquer, les démembrer, les détruire. Dans cinquante ans, avec un régime fort et autoritaire, ces nations pourraient avoir une économie et une armée fortes et leur population doublerait. Israël y voit un danger pour sa pérennité et son existence. Il cherche à les affaiblir en les empêchant de progresser et de jouir d’une paix sociale, politique ou militaire. Ce fut le cas du Liban entre 1975 et 1990. En Syrie et en Irak, Israël joue l’affaiblissement militaire. En Jordanie, il joue la carte de la crise économique.

Quelle autre tournure aurait pu prendre la conférence CEDRE?
Si l’intention avait été plus louable, l’aide aurait pu nous parvenir en nature et non en capitaux. Je présume cela à la lumière des conférences qui ont précédé et des milliards de dollars qui nous étaient parvenus des autres conférences et qui ont été dilapidés. Les dossiers de nos projets d’infrastructure sont en suspens et ne font que pomper les deniers publics. Les donateurs auraient pu prendre à leur charge la clôture des dossiers les plus épineux et les plus importants, comme l’électricité et les déchets. Ils auraient, par conséquent, exécuté ces projets et présenté des factures dont le montant aurait pu atteindre les 11 milliards de dollars.

Quelles sont les réformes nécessaires pour l’application des résultats de CEDRE?
A qui le demander? A quel gouvernement? Aux mêmes personnes qui, dans le passé, n’ont pas su réaliser la moindre réforme? A ceux qui sont hostiles aux réformes depuis plus de 25 ans? A ceux qui ont été la cause de toutes ces dettes et qui ont dilapidé les deniers publics? A ceux qui se sont constitués des fortunes colossales au détriment du Trésor et du bien-être collectif et du progrès de la nation?
Ceux qui ont conçu une loi électorale qui a permis leur réélection. C’est un cauchemar que d’en parler et de vouloir en parler.

En parlant de dettes, la BDL a effectué, récemment, une nouvelle ingénierie financière. Comment l’expliquez-vous?
Je dirai plutôt que la BDL a adopté une troisième acrobatie financière, depuis 2016. Cette année-là, la banque centrale a demandé aux banques de souscrire pour 13 milliards de dollars à des eurobonds, sur lesquels les intérêts étaient assez généreux. D’autre part, elle a remboursé tous les bons du trésor en livre libanaise, détenus par les banques et qui n’étaient pas encore arrivés à maturité. Elle a donc offert à ces banques 5,5 milliards de profit net en une opération, parce qu’elle voulait augmenter ses réserves de dollars. Résultat? Elle a créé une forte demande sur le dollar et une forte offre pour la livre. Si l’on évoluait sous un système de régime de change flottant, la livre libanaise aurait été dépréciée énormément. Mais comme c’est un régime de change fixe, le taux de change est resté fixe. Il s’agit d’un exemple pur de falsification de ce taux. Deuxième acrobatie de la banque centrale: au lieu de porter des bons du trésor en livre libanaise, elle en porte la contrepartie en eurobond. Ce qui fait qu’elle augmente la dette du pays en dollars pour augmenter ses réserves en dollars. La troisième acrobatie a consisté à échanger les eurobonds en dollars et en certificats de dépôts, sachant que 30% seulement des dépôts sont en livre libanaise.

L’ingénierie de la BDL n’améliorera donc pas la souveraineté du Liban?
Elle ne fera que l’altérer.

Le Liban est-il au bord de la faillite, comme l’a dit le président de la République?
J’aimerais moi-même poser une question au président de la République. Que faites-vous, Monsieur le président, pour éviter la faillite du Liban? Quelles sont vos intentions de réforme afin de l’éviter?

Natasha Metni Torbey

La saison estivale arrivant, les rooftops rouvrent leurs portes pour quatre mois de festivités. La région de Dbayé figure parmi les nouvelles destinations d’un secteur qui se maintient difficilement.

L’été arrivant, les rooftops rouvrent, comme chaque année, leurs portes pour quatre mois de festivités. Certains comme l’Iris, ont déménagé. La boîte quitte l’immeuble du Nahar au centre-ville pour s’installer en lieu et place de l’ancien Sky Bar, au-dessus du Pavillon royal. Un changement dû à l’impossibilité, sur le précédent site, de prolonger la musique au delà d’une heure du matin. «On a ouvert il y a deux semaines et on voit clairement la différence avec les années précédentes, on a des soirées qui durent jusqu’à quatre heures du matin», se réjouit Jean-Georges Prince du groupe Addmind, propriétaire de plusieurs restaurants et boîtes de nuit dans le pays. Quant au Sky Bar, inauguré en 2003 au sommet du Palm Beach Hotel avant d’investir le toit du Pavillon Royal et de fermer ses portes à la suite d’un incendie en 2015, il a élu domicile depuis un an sur le roof du O1NE. Géré par la compagnie Sky Management, l’établissement reste parmi les principaux leaders du secteur. Autre pilier de la nightlife beyrouthine, le Capitole, situé sur le toit de l’immeuble Asseily, fête cette année son dixième anniversaire. Toujours à Beyrouth, le Pre, situé au niveau du port à Saïfi au 7e étage du bâtiment Miele, affiche un ticket moyen de 65 dollars par personne.
Aux côtés de ces enseignes brassant une clientèle plutôt chic et aisée, d’autres s’adressent à un public plus jeune et underground. C’est le cas de AHM, ouvert l’été dernier sur le Beirut Waterfront District (BWD) ou de The Grand Factory, un peu plus excentré, dans le quartier de la Quarantaine. A l’extérieur de Beyrouth, certains ont étendu la formule soirées en plein air aux plages. C’est le cas de l’Iris Beach, une déclinaison du bar lounge en bord de mer même s’il possède sa propre identité.
Le lieu rouvre cet été avec un nouveau design. «On retravaille en permanence le design des endroits pour créer quelque chose de nouveau qui surprenne le client», affirme Jean-Georges Prince.

Dbayé, nouvelle tendance
Crise économique oblige, plusieurs rooftops ont jeté leur dévolu sur des régions plus abordables au niveau du foncier. C’est le cas de Dbayé et ses environs. Située en front de mer, à la sortie de Beyrouth, la zone présente l’avantage de proposer des loyers nettement moins chers que ceux de la capitale. Mais la migration de certains nightclubs à l’extérieur de Beyrouth est aussi liée à un phénomène bien connu qui est  «le déplacement tous les quatre ans de la région du happening», explique Jad Abou Jaoudé, responsable de la section nightclubs au Syndicat des restaurateurs libanais et propriétaire de plusieurs enseignes dont l’Iris et le White. A Antélias, sur le toit de la Fondation Aïshti, Michel Éleftériades, créateur du Festival international de Byblos et du Music Hall, a ainsi lancé le B à l’automne 2017. Le restaurant-boîte de nuit vivra cet été sa première saison haute. Au niveau du City Mall, Caprice se démarque des rooftops en vogue par une sélection musicale qui fait la part belle à la musique arabe. Les tubes occidentaux du moment alternent avec des morceaux libanais, égyptiens. A Dbayé, on trouve également le bar à cocktail le Bold et, à Dora, le White, un des premiers à avoir investi la banlieue nord de la capitale.

Chiffres d’affaires en baisse
Si le secteur se maintient, les nightclubs ont dans l’ensemble enregistré une baisse importante de leur chiffre d’affaires ces cinq dernières années. Une diminution estimée entre 15 à 20% par Jad Abou Jaoudé. «Les loyers n’ont pas diminué, les salaires ont augmenté et le ticket moyen a baissé», résume le gérant. «Il y a cinq ans, le prix d’une bouteille était de 300 dollars, aujourd’hui on la propose à 200 dollars».
Dans ces circonstances, le syndicaliste n’exclut pas de voir des enseignes fermer dans les mois qui viennent, «y compris parmi les leaders du marché». Et de conclure: «Pour l’instant, ça tient mais si ça continue comme ça, la plupart des endroits vont devoir mettre la clé sous la porte».

Philippine de Clermont-Tonnerre

 

Rédactrice en chef du journal télévisé à Télé Liban, Nada Saliba Chouéiri revient sur sa longue carrière dans la chaîne étatique et lance un cri du cœur: «Sauvez Télé Liban!».

Son moteur, c’est une curiosité professionnelle, centrée sur un besoin d’aller au-delà des faits, de poser des questions et de comprendre les tenants et les aboutissants de chaque événement. Enfant, elle aimait discuter avec acharnement, «comme un avocat ou un journaliste». Nada Saliba Chouéiri a longtemps hésité entre ces deux métiers avant d’opter pour le second.
Pour la jeune femme, le journalisme est un message à transmettre de manière objective. «Aujourd’hui, la presse ne me ressemble plus. Quand j’ai commencé, c’était différent. La conception du journalisme n’était pas ce qu’elle est actuellement. On peinait pour trouver une information, s’assurer de sa crédibilité. Les réseaux sociaux n’existaient pas».
Nada Saliba fait ses premiers pas dans l’écriture dans le palmarès de son école, où chaque année elle rédigeait un article. «Mes professeurs m’ont encouragée dans cette voie», se souvient-elle. Elle se classe parmi les premiers au concours d’entrée de la Faculté d’information de l’Université libanaise (UL), où elle se familiarise avec les techniques et les principes de la profession. «Je n’avais jamais pensé travailler à la télévision ou à la radio.  J’avais choisi la presse écrite. J’étais convaincue que j’allais travailler dans un quotidien». Elle intègre le journal al-Amal, organe du parti Kataëb, an-Nahar puis Dar al-Sayyad et collabore en free lance avec des revues et des quotidiens.

Sélectionnée par la VDL
Lorsque la Voix du Liban commence à recruter, ils sont 400 à se présenter. «Trois candidaes et moi-même avons été sélectionnés. A l’époque la VDL était une école. J’ai fait 6 mois de stage avec Omar el-Zein avant d’accéder à l’antenne. Mon premier passage pour les nouvelles avait lieu entre 3h15 et 4h15 du matin. Maguy Farah estimait qu’une speakerine de la VDL n’avait pas droit à l’erreur. Même le bulletin de 5h15 nous était interdit car il y avait une chance que ceux qui se rendent très tôt à leur travail puissent nous écouter».  
Avec le début de la guerre entre l’armée et les Forces libanaises et pour des raisons de logistique, Nada Saliba quitte la radio. De son passage à la VDL, elle tire beaucoup de fierté. «Cette radio était une école où j’ai acquis les bases du métier. Je me vantais d’en être sortie et cela m’a donné une grande expérience». Après la réunification des deux stations de Télé Liban (Hazmieh et Tallet el-Khayat), Nada Saliba, présente aussi sa candidature, à la Mbc, qui venait d’être lancée à Londres. «Je me suis rendue en Grande-Bretagne mais finalement j’ai choisi de rentrer à Télé Liban, à Beyrouth. Je pensais que ma présence était plus utile à mon pays». Des désillusions, elle affirme en avoir connu dans sa vie. «Toutes ces déceptions m’ont rendu plus forte. J’ai donné plus à Télé Liban que je n’en ai reçu. J’ai toujours espéré que les autorités finiraient par redresser cette chaîne qui mérite de survivre».  
Lorsqu’elle y débute, Fouad Naïm en est le Pdg. «C’était l’âge d’or de la chaîne». Durant cette période, elle est de nouveau sollicitée par la Mbc qui avait déjà commencé à diffuser ses programmes depuis Londres. «Lorsque j’ai demandé conseil à Fouad Naïm, il m’a dit qu’à la Mbc tu seras juste un numéro. J’étais impressionnée par leur news room et par l’idée qu’on était regardé partout dans le monde. C’était mieux payé et on pouvait y faire carrière. La priorité était ma vie familiale. L’argent et la gloire ne durent pas. J’ai reçu plusieurs offres mais ce n’était pas la vie que je souhaitais. J’ai finalement décidé de rentrer pour de bon au Liban et d’y fonder une famille». A ce moment, Télé Liban réussissait encore à faire la concurrence aux autres chaînes. «Des séries dramatiques étaient même produites et avaient beaucoup de succès tels que Al Assifa tahoub marratayn. J’avais au Liban tout ce que je souhaitais».

Animatrice d’émissions
Elle présente des émissions notamment 5/7 avec Zaven Kouyoumjian et Massikon bel kheir, un magazine. Malheureusement, les conflits politiques ont éclaté dans le pays. «Télé Liban en a fait les frais et la station était de plus en plus délaissée. Malgré de légères améliorations, il reste encore beaucoup à faire pour devenir compétitifs». Y a-t-il des espoirs pour redresser la chaîne? «S’il y a une décision politique dans ce sens, il est possible d’améliorer la situation. Nous avons beaucoup de gens qualifiés. Mais il faut d’abord la mettre à l’abri des frictions politiques. Aujourd’hui, la télévision nationale est en train de mourir. Sauvez-la!».  
Des personnages politiques, Nada Saliba en a rencontré durant sa longue carrière. Chaque personne croisée a laissé un impact dans sa vie. «En 1993, alors que le sida était encore un sujet tabou, j’ai interviewé Robert, un malade qui m’a beaucoup marquée». Elle se souvient également de Rafic Hariri, qui «aimait beaucoup écouter les gens et savoir ce qu’on disait de lui». Il l’a aussi encouragée à rester au Liban. «J’étais reporter au Grand Sérail et un jour où il faisait son briefing quotidien, il m’a dit: Nada, ne quitte pas le pays».


En chiffres
30
Elle passe à la VDL trente mois.  

27
Le nombre d’années passées à Télé Liban.

6 000
A son actif, plus de 6 000 heures d’antenne.

Joëlle Seif

Il fêtait à Baalbeck l’an dernier ses dix ans de live et d’album. Ibrahim Maalouf est de retour cet été au Liban et se produira le 11 août à Batroun. Retour, en sa compagnie, sur une actualité musicale prolifique.

Vous venez souvent jouer au Liban. C’est votre première fois à Batroun?
Oui. Je viens très fréquemment en visite au Liban, et j’essaie de jouer au moins une fois par an, ou une fois tous les deux ans. J’ai joué dans de gros festivals comme à Beiteddine, ou à Baalbeck l’année dernière, mais c’est la première fois que je joue à Batroun. La notoriété des festivals dans lesquels je me produis m’importe peu, je suis content de jouer pour un public qui a envie de m’écouter.

 

Vous tournez beaucoup dans le monde arabe. À quoi ressemble votre public ici?
Il y a un peu de tout. Il y a des gens qui aiment le jazz, d’autres la musique underground, ceux qui m’ont connu lorsque je tournais avec Marcel Khalifé, etc. Il y a des jeunes, des moins jeunes, alors qu’en France il y a beaucoup de familles. Au Liban, c’est surtout un public jeune, sensible au milieu underground.

Vous collaborez avec beaucoup d’artistes, mais avec peu de musiciens arabes.
Je l’ai fait beaucoup, notamment avec des musiciens libanais. Mais il se trouve que mon travail va dans une direction où ma libanité est déjà très présente. Ce que j’exprime dans ma musique est extrêmement oriental et arabe. Si je rajoute encore quelque chose, ça risque d’être trop. Si j’invite des gens à manger en disant que je prépare un repas international et que le plat principal est un poulet au riz à la libanaise, je ne vais pas en plus proposer des mezzés en entrée! Je vais plutôt tenter de trouver d’autres recettes.

Votre musique présente des facettes multiples. Ces rencontres musicales transforment-elles votre rapport à la musique?
Bien sûr. Toutes les rencontres inspirent – des rencontres avec d’autres musiciens, des réalisateurs, des journalistes… Peu d’artistes en parlent mais les journalistes sont très inspirants. Ils sont, en tout cas dans mon cas, comme des thérapeutes, qui posent des questions que je ne m’étais jamais posées et qui agissent sur mon rapport à la musique.

Tout en la classant dans le jazz, on qualifie beaucoup votre musique à partir de son hybridité. Peut-on définir le jazz, et si oui, faites-vous du jazz?
Je pense que le jazz est définissable en disant qu’il est indéfinissable; et ma musique est peut-être indéfinissable aussi, mais n’est pas forcément du jazz. Limiter le jazz à un style ou à une époque, c’est ce que l’on pourrait faire de pire pour la culture jazz dans l’histoire. C’est ce que parfois les amoureux du jazz font pourtant sans s’en rendre compte. Sous prétexte de protéger une culture, on la limite. Je suis contre cette école-là. Le jazz avait souffert de cela à une époque mais avait su aussi s’émanciper grâce à Archie Sheep et les débuts du freejazz, qui se sont imposés en rompant violemment avec les catégories. La musique classique a bénéficié de la même chose avec l’émergence de la musique contemporaine. Dans les deux cas, ils ont su sortir des codes. Malgré tout, il y a toujours des gens pour refuser de s’extraire de ces catégories et pour venir définir les principes du jazz. Pour ceux-là, je ne fais pas de jazz.

Votre travail est pourtant basé sur le principe de l’improvisation.
Le jazz n’a pas l’exclusivité de l’improvisation. L’improvisation est la base de toutes les musiques du monde. C’était déjà le cas de la musique classique: Beethoven, Haydn ou Bach étaient de grands improvisateurs. La musique classique a perdu cette spécificité lorsqu’elle a commencé à être enseignée et qu’elle est tombée dans le piège du code.

Comment fait-on pour passer d’un tel processus à une musique très écrite qui est celle de la musique de film par exemple, qui répond à un code narratif très strict?
Improviser ne veut pas dire faire n’importe quoi! Quand on improvise, on dit spontanément des choses qui sont structurées; lorsqu’on improvise avec le cinéma, on structure beaucoup plus, c’est tout. Appliquer un produit sur un film, moi je n’y crois pas, ou alors il s’agit de commandes: à Hollywood ou à Bollywood, on sait comment ça marche, on connaît les codes du  cinéma et on sait quelle musique appliquer. Ce n’est pas de la création. Quand on veut vraiment inventer des choses, il faut discuter avec les réalisateurs, jusqu’à ce qu’on trouve la bonne tonalité, le bon ton, la bonne fibre qui va faire qu’on va comprendre le discours intérieur des personnages, et qu’on ne va pas juste suivre les dialogues, le fil narratif.

Quels sont vos projets?
Je travaille sur quatre musiques de film. Deux comédies pour Mohamed Hamidi, avec lequel j’avais déjà travaillé pour le film La Vache. Je retravaille aussi le réalisateur Safy Nebbou avec qui j’avais déjà travaillé pour Dans les forêts de Sibérie. Son nouveau film est une adaptation d’un livre de Camille Laurens qui s’appelle Celle que vous croyez.

Mathilde Rouxel

Dans l’excitation et l’émotion, Matthieu Chédid, alias – M –, se prépare à chanter sur la terre de ses ancêtres, la terre de ses racines. Avant son concert tant attendu, le 4 août, au Festival International de Baalbeck, il s’est confié à Magazine.

Voix sereine au téléphone, on sent le pétillement d’une excitation. Ce n’est pas la première fois qu’il vient au Liban, mais «à chaque fois, venir au Liban c’est presque un symbole, un passage initiatique, un retour aux sources, une manière de comprendre d’où je viens. C’est un événement dans ma vie de venir au Liban. C’est presque une consécration», affirme Matthieu Chédid, après 20 ans de carrière. Depuis le moment où son passage à Baalbeck a été confirmé, il a enchaîné les recherches sur ses origines qu’il ne connaît pas, comme la culture ou la langue. D’ailleurs, il ne se rappelle même jamais avoir entendu sa grand-mère, l’écrivaine Andrée Chédid, parler l’arabe. Il découvre que le frère de celle-ci était un des initiateurs du Festival de Baalbeck.
«Il était question de faire quelque chose d’unique pour Baalbeck», affirme Matthieu Chédid. Immédiatement s’est imposée l’idée de ramener la famille à nos origines». M partagera la scène, le 4 août, avec son père Louis, sa sœur Anna, son frère Joseph, «une manière de faire revivre une certaine vibration Chédid». Il accueillera également sur scène le trompettiste Ibrahim Maalouf: « c’est lui qui m’a convaincu de faire ce spectacle. Il fait le lien, le pont. On se renvoie l’ascenseur, c’est comme mon petit frère et mon grand frère libanais». Matthieu Chédid compte bien profiter de ce concert pour approfondir ses liens avec le Liban, et rester en famille par la suite, avec sa mère également du voyage, dans les montagnes, guidés par Ibrahim Maalouf.
«J’ai le sentiment que ce concert n’est pas anodin. Ce n’est pas un hasard si je viens au Liban». Pour le public, Matthieu Chédid a préparé bien des surprises: il jouera en exclusivité, à Baalbeck, deux ou trois chansons de son prochain album, ainsi qu’un morceau hommage à sa grand-mère, où on entendra la voix d’André Chédid sur la trompette d’Ibrahim Maalouf. Et pourquoi pas, faire un documentaire sur ce projet et le ramener en France, pour «ramener le beau, et essayer d’être un passeur entres ces mondes-là».

Origines
«Je suis très ému d’aller au Liban, et pour mon père c’est encore plus fort», depuis le temps qu’il n’y a pas été. Tout dans sa voix, dans la précipitation de ses mots, de ses images, dans la fébrilité de l’émotion qu’il s’apprête à vivre en famille, dans les préparatifs qui s’accélèrent – plus tard il racontera qu’il est en train de lire un livre intitulé Liban d’Andrée Chédid –, tout le ramène à ce «rendez-vous très important». Comme s’il sent déjà qu’il y aura un avant et un après Baalbeck.
Pour l’artiste, la musique est à la fois un laboratoire, une expérimentation, un plaisir pétri dans la souffrance de la feuille blanche. Un de ces jours où le manque d’inspiration le torturait, sa grand-mère lui dit: «Ne t’inquiète pas, la source ne se tarit jamais!». Funambule de mots et de sons, dans son studio intitulé justement Labo M, il officie plus en «alchimiste» qu’en artiste, «un expérimentateur, un inventeur de nouveaux mondes». C’est selon lui le rôle de l’artiste dans un monde qui va de plus en plus mal: «un passeur de vibrations. C’est de transmuter la haine en l’amour. Même dans la mélancolie, même dans les éclats de souffrance, on trouve de la beauté. La beauté nous sauve, elle est synonyme de bonté».
Lui qui joue depuis toujours avec son nom d’artiste M qui est son «masque», sa «part d’enfance. Tout est possible avec M, il change de forme, je m’en sers comme un outil. Avec Lamomali, je l’ai mis de côté. L’idée est de rester en accord avec soi».

Vie et poésie
Lamomali, est son dernier projet, un hommage au Mali, à la kora africaine, avec la participation de plusieurs artistes, tels Fatoumata Diawara, Youssou’n Dour…, dont il fera des évocations à Baalbeck. Envisage-t-il un jour de s’inspirer de la musique orientale pour un futur projet? «Complètement, répond-il. D’ailleurs dans mon nouvel album, il y a des petits textes, des arabesques musicales» qui évoqueraient cette musique orientale à laquelle il affirme être «très sensible». Il parle même d’un «projet secret de faire un album avec Ibrahim Maalouf».
Le concert est pour M une «communion, une manière de (se) fondre avec le public. Je viens très serein à ce niveau-là. En plus, c’est sur la terre de mes ancêtres, je sens une connivence avec l’esprit libanais. Dans ma famille orientale, on se sent plus Libanais qu’Egyptien». Peut-être aussi dans sa manière de voir le monde, de voir la vie, «moins charmé par les gens qui se prennent au sérieux. C’est peut-être cette distance orientale que j’ai hérité de mon côté libanais».  
«Fils de l’instant», attaché au présent, «(vivant) le bonheur et la bonne heure», Matthieu Chédid sait d’avance qu’à Baalbeck, «nous allons, tous, nous «oublier et vivre quelque chose d’incroyable et de magique, quelque chose qui nous dépasse. Une communion marquante dans une vie. La liesse et la fantaisie, la profondeur et l’émotion, il va y avoir de vrais moments de vie, des moments de poésie. Ça peut paraître fou, mais j’en suis convaincu!».

Nayla Rached
 

Mettre en œuvre une action durable pour la production de bioénergie dans le Koura (Liban-nord), c’est le nouveau projet lancé par l’université de Balamand. Sa mise en exécution est prévue pour décembre 2018.
 

Une nouvelle source d’énergie renouvelable attise, aujour-d’hui, l’intérêt des chercheurs de l’université de Balamand. Il s’agit de briquettes composées de résidus d’élagage d’oliviers et d’arbres forestiers. Ces résidus constituent, malheureusement, une matière première «perdue» puisqu’ils sont habituellement brûlés sur le terrain par les agriculteurs. Le principal usage de ces briquettes? Le chauffage domestique dans les poêles traditionnels à bois et dans les cheminées, comme le vise le projet Sustainable Action for Bioenergy Productions in Koura (SABioP). Cette initiative, qui a démarré en mars 2015, est financée par l’Union européenne (UE) dans le cadre du programme régional SUDEP, à hauteur de 750 000 euros. SABioP est implémenté et géré par le programme Economie de l’Environnement et de l’Energie à l’Institut de l’Environnement de l’université de Balamand, en partenariat avec l’Union des municipalités du Koura et le Conseil de développement de la région. Il couvre différentes activités incluant parmi d’autres les études scientifiques, la construction d’une usine de production de biomasse, l’achat et l’installation d’équipements, l’opération de l’usine pendant la durée du projet, la sensibilisation de la communauté et les formations destinées aux agriculteurs, ainsi qu’aux employés de l’usine et de l’Union des municipalités du Koura.
LE CHOIX DU KOURA. Située dans le nord, la région du Koura présente un potentiel élevé pour la production de bioénergie à base de biomasse, comme le précise Sabine Saba, Directrice du programme Economie de l’Environnement et de l’Energie. «Les terres agricoles, les forêts et autres terres boisées et arbustives couvrent environ 64% de la superficie totale de la région. Environ 5 000 tonnes de résidus d’élagage d’oliviers sont brûlées chaque année dans cette région. Les quantités potentielles de résidus d’élagages forestiers pourraient atteindre 2 000 tonnes/an», indique-t-elle. Dans ce sens, le projet SABioP propose une première solution à un problème environnemental historique au Koura, en y introduisant une nouvelle source d’énergie renouvelable.
Le processus de production de briquettes commence sur le champ. Les résidus d’élagage de diamètre inférieur à 4 cm (d’habitude brûlés en majorité) sont concassés sur place et transportés vers l’usine. Ils sont ensuite broyés, tamisés, séchés pour réduire leur taux d’humidité, puis compressés sous haute pression et à haute température afin d’en former des cylindres. C’est alors que les briquettes sont refroidies naturellement puis emballées pour être ensuite distribuées ou stockées.
QUELS AVANTAGES? En plus de sa contribution sur le plan national à l’augmentation de la part d’énergie renouvelable, le projet présente plusieurs avantages. Sabine Saba indique qu’une usine d’une capacité de production d’environ 700 tonnes de briquettes par an a été construite, représentant l’équivalent de 1 000 tonnes de résidus désormais non gaspillés. Sur le plan environnemental, ce projet offre une solution inégalable au problème historique d’incinération de résidus d’élagage dans les champs. Il  introduit, en effet, sur le marché, un produit à prix compétitif, disposant d’un impact environnemental puisqu’il contribue aussi à limiter les risques d’incendies souvent provoqués par l’homme.

Créateur d’emplois
Sur les plans économique et social, le projet assure la création d’offres d’emploi pour les habitants du Koura. Au moins 5 emplois permanents ont été créés au sein de l’usine (sans compter les emplois saisonniers). C’est un nouveau secteur économique basé sur des ressources naturelles locales qui voit le jour. Réduire la dépendance de la population aux énergies fossiles, assurer des formations aux agriculteurs et aux employés de l’usine et de l’Union des municipalités de Koura et sensibiliser la communauté locale aux problématiques du changement climatique, des énergies renouvelables et au développement durable, font également partie des objectifs de ce projet.
«Enfin, afin de permettre à d’autres villes, villages et pays de mettre en œuvre des projets semblables, un manuel est en cours d’élaboration. Des réunions sont, en outre, prévues avec les municipalités ou l’Union de municipalités présentant un fort intérêt à une telle démarche », conclut Mme Saba.

Natasha Metni Torbey

Vingt ans déjà depuis que l’Université pour tous (UPT) promeut le savoir, la culture et la connaissance. Rencontre avec Gérard Bejjani, directeur de l’UPT.

L’UPT fête aujourd’hui ses 20 ans. Comment l’évolution de cette université pour tous s’est-elle manifestée? A quels niveaux?
Les 20 ans de L’UPT sont une fête à laquelle nous tenons beaucoup parce qu’elle vient couronner plusieurs années au service de la pensée, de l’Homme et de la société. Elle rend hommage à son fondateur, le professeur Mounir Chamoun, à la mission de l’université Saint-Joseph, aux enseignants et aux auditeurs sans lesquels cette mission académique, culturelle et sociale n’aurait pas abouti. Depuis sa fondation en 1997-1998, la vie de l’UPT a avancé à pas de géant sur tous les plans:
● sur le plan du nombre de cours, de la pluridisciplinarité et de la variété des matières proposées: nous sommes passés de 8 à 10 matières proposées les premières années à plus de 60 matières en 2018-2019, embrassant tous les arts, les langues, les ateliers d’écriture, les sciences humaines, sociales.
● ce qui a été maintenu, c’est la qualité académique des cours proposés, la qualité de notre enseignement, le sérieux des intervenants, le niveau de compétences, la cohérence des programmes, la ponctualité des cours.
● ce qui a disparu, ce sont les conditions requises: au départ il fallait une bonne maîtrise de la langue française, parfois même une interview pour jauger le niveau de l’auditeur intéressé, puis j’ai considéré que si l’université devait vraiment porter son nom de «pour tous», elle devrait s’ouvrir pour tous, sans aucune condition préalable, d’autant que nous pouvons avoir des cours en arabe, en anglais, même si la majorité de nos cours se donnent en français. Enfin, j’ai introduit des matières visant le bien-être et la détente comme le théâtre, le chant, la danse, le yoga, l’aromathérapie pour les personnes désireuses aussi de prendre soin de leur santé non seulement mentale mais physique, ou les deux.
● Le plus grand changement se situe au niveau de la démocratisation de la culture qui n’est plus l’affaire d’une classe privilégiée ou d’une élite francophone intellectuelle, mais de tous.

L’UPT a ouvert ses portes à Dubaï et à Jbeil
Oui l’UPT a ouvert une filière à Dubaï en 2015, à la demande de Hala Riachi qui s’occupait à l’époque du Centre d’études universitaires de l’USJ de Dubaï. L’année d’après, un noyau s’est formé et les missions se sont succédée les unes après les autres autour de cours phares comme le cinéma, la psychologie, la mythologie, la musique, l’histoire. Un an après, en 2016, Guitta Germanos, présidente de la YWCA, m’a demandé de créer une filière à Jbeil. Les locaux de la YWCA de Jbeil ont accueilli les cours et les auditeurs, et un groupe de fidèles de toute la région de Byblos et même du nord, s’est constitué. C’est enfin en 2018 que l’UPT démarre aussi au centre de l’USJ au Liban sud, grâce au dynamisme de Dina Sidani, sa directrice et de Christiane Audi qui met à notre disposition son magnifique diwan à la savonnerie Audi de Saida.

Quels objectifs l’UPT espère-t-elle atteindre?
Les objectifs de l’UPT sont principalement de s’inscrire dans la mission et la vocation de la charte de l’Université Saint-Joseph: «se mettre au service de l’homme et de son unité » et non au service exclusif d’une classe sociale ou d’une communauté. L’UPT vise également la démocratisation de la culture pour tous, l’épanouissement de la part supérieure de l’homme, ce qui l’élève au-dessus de sa condition, sa dimension de «roseau pensant», sa volonté de devenir «meilleur»: le bon, le bien, le beau, la convivialité, l’échange et le dialogue entre des personnes différentes, venues d’horizons différents, et qui se mettront au service de la cité et de la société en développant des qualités d’ouverture, de tolérance, de bienveillance, de respect, de relation à l’autre et au monde.

Une université pour tous se veut, généralement, accessible à toutes les catégories de la population. Or, avec des prix relativement élevés, comment expliquez-vous l’appellation d’«UPT»? Les personnes défavorisées ont-elles accès aux formations?
Nous aurions tellement voulu que les cours soient gratuits ou aient des prix moins élevés. Ceci dit, ils ne sont pas onéreux : 550$ toute l’année, c’est deux fois moins cher qu’une inscription à un club de gym. Or, nous sommes une université privée et l’Etat n’offre pas ce genre de formation. Et comme toute université privée, nos seules rentrées pour payer les locaux, les employés et les professeurs sont les inscriptions des auditeurs. Si une personne n’a pas les moyens de s’inscrire à un cours et qu’elle en manifeste le souhait, on lui demande de payer une somme symbolique (50$ ou 100$/an) juste pour qu’elle s’engage dans son inscription et l’UPT assure le reste grâce à ses activités. L’an prochain, nous allons ouvrir, en collaboration avec l’association Include, un programme de formation inclusive pour les jeunes à besoins spécifiques qui n’ont pas eu la chance d’avoir leur place jusqu’ici à l’université. Le projet est novateur et prometteur, nous sommes heureux et fiers de le soutenir à 100% afin que tous les jeunes, quels que soient leur difficulté ou leurs besoins, aient droit à une formation professionnelle qui leur permette d’avoir une vie active et sociale, et surtout, qui leur rende leur dignité. Je remercie Michelle Asmar et Claire Zablit de s’être adressés à l’UPT au sein de l’USJ pour ce beau projet.

A ceux qui souhaitent participer aux cours assurés par l’UPT mais qui «manquent de temps», que leur conseillerez-vous?
A tous ceux qui disent «on aimerait bien, mais on n’a pas le temps, on travaille» ou «on sait, on connaît, on a déjà fait tout ça, on n’a plus besoin de cours», je les renverrais à L’Émile de Rousseau pour qui «la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute l’éducation n’est pas de gagner du temps, mais d’en perdre», ou à cette magnifique parole d’humilité d’André Gide: «L’appétit de savoir naît du doute. Cesse de croire et instruis-toi».

Natasha Metni Torbey
 

Hiver comme été, la peau hâlée devient un must. Aussi artificiel que cela puisse paraître, hommes et femmes emploient tous les moyens pour obtenir un corps bronzé. Focus sur les moyens d’obtenir ce hâle et les risques éventuels.

Les autobronzants? Une supercherie dans leur appellation d’abord, selon le Pr Roland Tomb, dermatologue, qui souligne qu’ils ne font, en aucun cas, bronzer. Tout au plus, ces crèmes ou sprays procurent un hâle temporaire, similaire à celui obtenu à la suite de l’exposition au soleil. Il ne s’agit cependant, en aucun cas, de «bronzage». Les autobronzants contiennent une molécule spécifique: la dihydroxyacétone (DHA), qui provoque une réaction chimique au niveau de la peau. Les kératinocytes (des cellules constituant 90 % de la couche superficielle de la peau) vont alors se colorer et créer ce que l’on appelle la mélanoïdine (un pigment brun présent à la surface de la peau (à ne pas confondre avec la mélanine).
Attention au bronzage. Le bronzage, tel que l’explique le Pr Tomb, est une réaction de la peau aux rayonnements ultraviolets – UV (principalement les UV-B*, mais aussi les UV-A*). Un mécanisme de défense de la peau contre les dégâts occasionnés par le rayonnement solaire. Que se passe-t-il exactement? Chez toute personne exposée longuement au soleil, nous assistons à une activation de la synthèse de la mélanine sur l’épiderme. Cette région (la plus superficielle de la peau) va s’épaissir et changer de couleur (à la suite de la production importante de mélanine) pour se protéger contre l’excès de rayons solaires. Il est mauvais de prolonger ce mécanisme de défense et donc la séance de bronzage, parce qu’il arrive un moment où l’ADN de la peau ne peut plus se «réparer» comme il se doit. Avec de multiples problèmes à la clé:
● Les problèmes immédiats, comme les brûlures.
● Les problèmes à long terme, comme le vieillissement prématuré de la peau ou les cancers de la peau.
Les résultats d’une exposition au soleil diffèrent selon les phototypes (clairs ou foncés). Les premiers brûlent toujours mais ne bronzent jamais, alors que les deuxièmes bronzent toujours mais ne brûlent jamais. La population libanaise est, dans sa grande majorité, située entre les deux. Elle est à la fois capable de brûler au soleil et de bronzer. Il est donc impératif de veiller à s’exposer  de façon très progressive aux rayons solaires et d’appliquer des écrans filtrant aussi bien les UV-B que les UV-A.

Bronzage temporaire
L’autobronzant permet uniquement d’obtenir un hâle coloré, comme un fond de teint permanent. Il ne disparaîtra dès la première douche mais quelques jours suffisent pour que la peau reprenne sa couleur initiale. «Aux utilisateurs, méfiez-vous. Dans beaucoup de cas, le résultat est une couleur rouge-orangée, qui ne donne aucun effet naturel. Suivez-bien les instructions et répartissez de façon homogène et uniforme (avec une couche très mince) votre autobronzant, pour éviter les mauvaises surprises», conseille le Pr Tomb. User et abuser de crèmes autobronzantes est-il néfaste pour la santé  Jusqu’à nouvel ordre, ce n’est pas le cas, puisque la molécule qu’ils contiennent n’est pas absorbée par la peau. Une coloration accrue des comédons (points noirs) peut parfois être observée, mais nous ne connaissons toutefois pas pour autant les inconvénients à long terme. «Le risque le plus pervers de l’autobronzant, c’est de croire que l’on a bronzé, que l’on est protégé contre les rayons solaires. Détrompez-vous, parce qu’à la première exposition au soleil, vous allez brûler. L’autobronzant n’a aucun effet protecteur vis-à-vis des radiations ultraviolettes comme celui assuré par la mélanine», prévient le Pr Tomb.

Prudence au solarium
Le solarium constitue une source artificielle de rayons ultraviolets (UV-B, dans un spectre large ou étroit, ou UV-A), dépendamment des spécifications de chaque machine. Ces dernières provoquent, comme le soleil, une réaction de bronzage. A la différence que les rayons solaires naturels dégagent le spectre de lumière dans sa totalité (UV-A, les UV-B et la lumière visible). Dans les cabines de bronzage, le spectre est beaucoup plus sélectif et moins large, provoquant les mêmes effets secondaires provoqués par les rayons solaires naturels. Notons que dans le cas du solarium, le bronzage s’effectue en un laps de temps très court pour une dose de coloration équivalente à celle d’une journée à la plage. Avec des risques identiques de brûlures, de vieillissement prématuré de la peau, de molécules d’ADN endommagées et de dégâts cutanés.
* Les UV-B sont des rayons qui ne pénètrent pas au-delà des couches superficielles de la peau. Ils sont relativement absorbés par la couche cornée de l’épiderme (la mélanine). Ils sont responsables du bronzage et des brûlures à retardement.
* Les UV-A peuvent pénétrer dans les couches profondes de la peau. Ils sont responsables de l’effet de bronzage immédiat. Ils favorisent le vieillissement de la peau et l’apparition de rides, en perturbant l’équilibre de synthèse de protéines (dégradation du collagène et destruction de l’élastine).


VRAI
L’autobronzant provoque-t-il une irritation de la peau ? Comme tous les produits qu’on applique sur la peau, l’autobronzant peut être irritant. Dans ce cas-là, il faut tout de suite arrêter son utilisation.

 

FAUX
Une femme enceinte ne peut pas utiliser d’autobronzant. Pour les femmes enceintes, aucun problème ne se pose. Mieux vaut rester prudent, les effets à long terme n’étant pas encore connus.

Natasha Metni Torbey

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Éditorial
La paix de Trump

Donald Trump a donné un coup d’accélérateur aux démarches visant à faire avancer son mystérieux «plan de paix» au Proche-Orient. Le président américain dépêche ses émissaires à droite et à gauche pour essayer de mettre sur les rails le fameux «accord du siècle», dont on ne connaît presque rien à part qu’il évoque un «Etat» palestinien avec comme capitale, Abou Dis, une banlieue de Jérusalem, selon les rumeurs. Jared Kushner, l’envoyé spécial de Trump, a pris son bâton de pèlerin à la mi-juin et a rencontré plusieurs dirigeants de la région, dans le cadre d’une tournée effectuée en compagnie de l’émissaire spécial du président américain pour le Moyen-Orient, Jason Greenblatt. Il a organisé à Amman une rencontre entre le roi Abdallah II et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, à laquelle aurait participé le prince héritier saoudien Mohammad ben Salman. Le site français Intelligenceonline a rapporté que des chefs d’agence de renseignements d’Israël, d’Arabie saoudite, d’Egypte, de Jordanie et de l’Autorité palestinienne se seraient rencontrés, après ce sommet, toujours à Amman, pour discuter des moyens pratiques de «faire avancer le processus de paix». C’est aussi dans ce cadre que certains observateurs placent la rencontre à Moscou entre le président Vladimir Poutine et le conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, venu préparer le sommet du 16 juillet à Helsinki, entre les chefs d’Etats américain et russe. Des sources citées par la presse croient savoir que Trump a proposé de reconnaître la primauté de l’influence russe en Syrie en contrepartie d’une aide de Moscou pour faire avancer «l’accord du siècle». La médiation de la Russie est souhaitée pour convaincre l’Autorité palestinienne, qui refuse de recevoir des représentants américains depuis que Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, à s’engager sérieusement dans le processus de paix. Ces sources croient voir dans l’invitation adressée par Vladimir Poutine à Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahu pour assister à la cérémonie de clôture du Mondial 2018, les prémices de ce rôle d’intermédiaire. Bien qu’il nous semble peu vraisemblable que les ambitions de Moscou se limitent au rôle de go between adoubé par Washington, surtout que la Russie a arraché son influence en Syrie grâce à ses Sukhoï et aux ressources qu’elle a investies pour réorganiser et rééquiper l’armée syrienne.   Il est possible que les Etats-Unis pensent que le moment est propice pour un forcing au niveau du processus de paix. Les sanctions contre l’Iran commencent à donner des résultats, avec la dépréciation du rial et les troubles politiques et sociaux sporadiques qui ont lieu dans le pays. Si cette analyse est vraie, alors il ne faut plus s’étonner que la formation du gouvernement libanais ait pris tellement de temps, car la constitution du pouvoir exécutif au Liban est aussi un champ où des pressions pourraient être éventuellement exercées dans le but d’affaiblir les alliés de l’Iran et de renforcer la position des amis de Washington et de Riyad.


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Les taxes municipales
Nous les payons régulièrement. Machinalement. Ces taxes municipales dont nous ignorons tout, mais auxquelles même l’Etat est soumis. Economiste, Roger Melki nous dévoile tout sur ce sujet. Pour couvrir leurs…

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