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Nº 3084 du vendredi 1er décembre 2017

Fonctionnaires
Deux réajustements des salaires en 20 ans

Beaucoup d’encre a coulé sur le réajustement des salaires du secteur public. Alors que de nombreux dirigeants et responsables ont exprimé leur opposition à une telle démarche, les enseignants et les fonctionnaires l’ont considérée comme une obligation qui aurait due être honorée depuis longtemps. En 20 ans, les salaires des fonctionnaires n’ont été réajustés qu’à deux reprises, en 2008 et 2012. Ces augmentations de salaires accordées n’ont pas réussi à sauvegarder le pouvoir d’achat des serviteurs de l’Etat. L’indice des prix a progressé de 120% au cours des vingt dernières années, rongeant leur pouvoir d’achat en termes réels et leur capacité à maintenir un niveau de vie décent.


Gros contrats: le qatar n’a pas acheté paris
L’ambassadeur de France au Liban, Bruno Foucher, a souligné l’infondé de la propagande faisant état de «l’achat de Paris par le Qatar», affirmant qu’entre «la France et les pays arabes la balance des investissements économiques est équilibrée». Lors d’un déjeuner-débat organisé par le Forum francophone des affaires, le diplomate a déclaré, tout simplement, que «la France est aussi à la recherche de gros contrats.»


34 milliards $
La valeur totale des dépôts des non-résidents s’élève à 34 milliards $, dont la part majoritaire est détenue par des Libanais établis à l’étranger. Les retraits de cette catégorie de dépôts sont quasiment négligeables vu la confiance des déposants dans le savoir-faire de la Banque du Liban (BDL), l’expérience des autorités libanaises dans leur ensemble dans la gestion des crises de toutes sortes, en plus de l’absence d’une tendance à l’escalade dans le pays.


 

 

L’impôt sur les sociétés financières
Le ministère des Finances a publié une circulaire portant sur le taux de comptabilisation de l’impôt sur les profits des sociétés financières. Dans les détails, la circulaire appelle les imposables à se conformer aux nouvelles dispositions de la loi de finance et de calculer l‘impôt sur les profits réalisés jusqu’au 26/10/2017 aux taux de 15% et de le calculer suivant le taux de 17% sur les profits réalisés à partir du 27/10/2017. 

 

Consommation
Hausse de 4,15% de l’indice des prix

La vente au détail a continué au 3ème trimestre de 2017 d’enregistrer un recul de la consommation dans la plupart des secteurs alors que celle-ci a stagné dans les autres domaines. L’indice des prix à la consommation (IPC) de l’Administration centrale des statistiques a progressé de 4,15% entre septembre 2016 et septembre 2017, reflétant une forte baisse en termes de chiffres d’affaires réels enregistrés entre septembre 2016 et septembre 2017.

 

Achrafié
20 000 syriens recensés par les SR

Les services de sécurité, en coopération avec les municipalités, ont été chargés de procéder à un recensement précis du nombre de Syriens dans toutes les localités du pays. Cette mesure concerne aussi bien  ceux qui sont inscrits au Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) que ceux qui disposent d'autres statuts de séjour, délivrés par les autorités libanaises. Dans ce contexte, un responsable officiel proche des services de sécurité a révélé à Magazine que les services de renseignements ont recensé pour la seule région administrative d'Achrafié quelque 20 000 Syriens, y compris les gardiens d'immeubles. La plupart d'entre eux vivent dans des appartements loués collectivement.  L'UNHCR prévoit une baisse du nombre de réfugiés, qui atteindra 965 000 fin 2017, contre 1 167 000 en 2014.

Coordination libano-syrienne
Avant sa démission, le 4 novembre, le président Saad Hariri a donné son feu vert au renforcement de la coordination sécuritaire entre le Liban et la Syrie pour lutter contre le trafic humain et la contrebande de marchandises. A cet effet, une réunion a eu lieu début novembre au poste frontière de Jdeidet Yabous, en Syrie, entre des officiers des armées, des services de renseignement,  et des douanes des deux pays.

Nouveaux permis de port d'armes
Dans le but de cerner le nombre d'armes de poing en circulation dans le pays, afin de consolider la sécurité, le ministre de la Défense, Yaacoub Sarraf, a annoncé l'annulation, à partir du
15 décembre, de tous les permis de port d'armes émis cette année. La décision concerne les trois types de permis délivrés par le ministère de la Défense: le blanc pour les particuliers, le jaune pour les diplomates et le vert pour les armes de chasse à canons rayés. Les nouveaux permis entrés en vigueur dès le 1er décembre, expirent le  31 décembre 2018. Les couleurs choisies sont l'orange pour les particuliers, le jaune pour les diplomates et le rose pour les fusils de chasse à rayures. Plusieurs milliers de permis sont délivrés tous les ans par le ministère mais plusieurs centaines de milliers d'armes de poing et individuelles seraient en circulation.

4 000
soldats de l'armée, membres des renseignements militaires et agents des différents services de sécurité ont été déployés en quelques heures seulement, le 4 novembre, après la démission surprise du Premier ministre Saad Hariri, à Tripoli et au Liban-Nord. Le président Michel Aoun a demandé à tous les chefs des services de sécurité de rester en état d'alerte. Il a même demandé au directeur de la Sûreté de l'Etat, Georges Saliba, qui se trouvait à l'étranger, de rentrer au Liban.  

Le Hamas en alerte
Le Hamas a demandé à tous ses responsables basés au Liban de renforcer leurs mesures de sécurité et de prendre des précautions maximales. Selon des renseignements parvenus à des services de sécurité libanais et au Hezbollah, des tentatives d'assassinats pourraient viser des responsables du mouvement islamiste palestinien et d'autres organisations, afin de saboter les tentatives de réunification en cours. L'objectif est de pousser les Palestiniens à accepter le «plan de paix» américain en gestation.    

Dissidents
Les services de sécurité tentent de déterminer le sort de soldats de l'armée libanaise qui ont fait dissidence, en 2014. Abdel Kader Akoum, Mohammad Antar, Abdel Rahmane Diab, Abdallah Chehadé et Atef Saadeddine, avaient séparément fait allégeance, entre juillet et octobre 2014, à l'ex-Front al-Nosra ou à Daech. Le soldat Chehadé s'était enfui à bord d'un Humvee de l'armée pour rejoindre les groupes terroristes dans le jurd de Ersal. Mohammad Antar, qui avait quitté Aïn el-Héloué, en octobre, en compagnie de Chadi Mawlaoui – l'un des suspects les plus recherchés par les services de sécurité –, a été appréhendé, le 9 novembre, sur la corniche du bord de mer de Saïda.

 

 



ALi Al-Bcharraoui
agent saoudien ou trafiquant de drogue?

Quelque 3 000 ressortissants du Golfe, dont une majorité de saoudiens, ont quitté le Liban à l'appel de l'Arabie saoudite, du Koweït, des Emirats et de Bahrein. Une source de sécurité affirme que l'utilisation de cet outil de pression dont dispose Riyad n'était pas prévu à ce stade de la crise entre les deux pays. Mais l'enlèvement, vendredi 10 novembre, dans le Kesrouan, d'un ressortissant saoudien, a poussé les autorités du royaume à accélérer le processus. Ali Al-Bcharraoui, un chiite saoudien qui habitait Jounié, a été kidnappé par des inconnus sur la route de Ajaltoun. Le lendemain, l'armée libanaise a lancé une opération de sécurité à Baalbek, en pensant qu'il était détenu par un gang du clan Jaafar. Or, la source de sécurité affirme qu'al-Bcharraoui serait en fait un officier des services de renseignement saoudiens et que son enlèvement ne peut être séparé de la crise actuelle. Une autre source croit savoir qu'il serait un trafiquant de captagon. Al-Bcharraoui s'est présenté le 15 novembre à un barrage de l'armée dans le Hermel. Il venait du territoire syrien.

1 000 commandants des "brigades"
Les informations qui ont filtré dans la presse sur une rencontre, début novembre, entre le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et 1 000 «commandants» des Brigades de la résistance libanaise, ont attiré l'attention des observateurs au Liban et ailleurs. Si le Hezbollah dispose d'autant de «commandants» dans cette force parallèle, qui comprend des sunnites, des chrétiens et des druzes, combien peut-il mobiliser d'hommes dans le Hezbollah, exclusivement composé de militants chiites. «En présidant cette réunion, le Sayyed a voulu transmettre un message à qui de droit sur la véritable force du parti», a commenté un observateur.

L'ex-Front Al-Nosra au Mont-Liban
Les services de sécurité ont arrêté, le mois dernier, dans différentes régions du Mont-Liban, plusieurs ressortissants syriens soupçonnés de liens avec l'ex-Front al-Nosra. Dans la seule semaine du 20 novembre, 5 suspects ont été interpellés par le service de renseignement des Forces de sécurité intérieure (FSI). Les forces de l'ordre cherchent à savoir si la présence d'autant de sympathisants de l'ancienne branche d'al-Qaïda en Syrie s'inscrit dans le cadre d'un plan d'infiltration de cette région du Liban, dans le but d'y perpétrer des attentats. A ce stade de l'enquête, les premières conclusions montrent que ces suspects tentent simplement de se refaire une nouvelle vie.

L'armée garde un oeil sur Halba
Lors d'une réunion sécuritaire au palais de Baabda, lundi 6 novembre, le président de la République, Michel Aoun, a demandé aux forces armées et aux services de sécurité de faire preuve d'une grande vigilance pendant cette période délicate. Dans les heures qui ont suivi, l'armée libanaise et la «Moukafaha» (l'unité rattachée aux renseignements militaires), ont procédé à un déploiement important dans la région de Halba, à Akkar, faisant circuler des patrouilles et installant des check-points. Une source sûre a indiqué à Magazine que cette région multicommunautaire est considérée comme le maillon faible, au même titre que les camps palestiniens. Des informations seraient parvenues aux services de sécurité sur des préparatifs pour organiser des rassemblements de soutien à l'Arabie saoudite. Dans le souci d'éviter des incidents qui auraient pu dégénérer et allumer un grand feu qu'il sera difficile de circonscrire, l'armée a procédé à ces mesures préventives.

Abou Mazen donne ses instructions
Trois jours après l'annonce par Saad Hariri de sa démission surprise, le 3 novembre, le directeur de la Sûreté générale (SG), Abbas Ibrahim, s'est rendu à Amman pour y rencontrer le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, en émissaire du chef de l'Etat, Michel Aoun. Lors de cet entretien, M. Ibrahim a demandé au dirigeant palestinien de déployer les efforts nécessaires pour éviter que les camps du Liban ne soient utilisés pour allumer la mèche d'un conflit au Liban. Le patron de la SG a informé son interlocuteur des menaces d'une guerre totale israélienne, transmises sous forme de mises en garde par un «pays étranger», comme l'a révélé le conseiller du président Aoun, Jean Aziz. Conformément aux engagements de Mahmoud Abbas, l'ambassadeur de Palestine au Liban, Achraf Dabbour, s'est rendu à Aïn el-Héloué et dans d'autres camps, où il a rencontré les chefs des groupes islamistes pour leur transmettre un message ferme sur la nécessité d'éviter toute escalade. 

 

Il se pourrait bien que décembre 2017 reste dans les annales de la médecine. 150 médecins se mobiliseront pour participer à la première transplantation de tête qui sera réalisée par le Dr Sergio Canavero, un neurochirurgien italien. Quid de cette intervention? Quel est le pourcentage de réussite d’une telle opération? Où se positionne l’éthique par rapport à un tel projet?


Trente-six longues heures. Cette première mondiale coûtera la bagatelle de 10 millions de dollars. C’est un jeune informaticien russe du nom de Valéri Spiridonov, souffrant d’une amyotrophie spinale (maladie génétique qui rend l’individu complètement paralysé), qui en bénéficiera. Ce projet fou ambitionne de greffer la tête du «malade» sur le corps d’un donneur en état de mort cérébrale. Un projet ambitieux établi depuis 2 ans par le Dr Sergio Canavero, un neurochirurgien italien, suscitant de nombreuses controverses.
Interrogé par Magazine, le Dr Joseph Maarrawi, neurochirurgien et chercheur dans ce domaine explique que le monde neuroscientifique doute fort de la réalisation de cette intervention en décembre. «Si cette opération a lieu, un grand point d’interrogation se pose sur les chances de réussite», certifie-t-il. Son confrère, le Dr Ronald Moussa affirme qu’il s’agit d’«une  première médicale car c’est la première fois qu’une telle opération sera effectuée sur un être humain. La principale prouesse consiste surtout dans la suture de la moelle épinière».

Les prévisions, étape par étape
Dans ce cas, le donneur est un individu en état de mort cérébrale mais dont le corps fonctionne normalement. Le receveur n’est autre que Valeri Spiridonov, dont seul le cerveau fonctionne. La chirurgie annoncée par le Dr Canavero consistera à «décapiter» le receveur et à «brancher» sa tête au corps du donneur. Sur les plans technique et chirurgical, l’opération consistera à effectuer plusieurs anastomoses (connexion entre deux structures), d’abord de la moelle épinière du receveur sur celle du donneur, puis des artères au niveau du cou, des veines, de l’œsophage, de la trachée etc, comme l’explique le Dr Maarrawi. Le tout devra être établi de façon assez minutieuse et dans un délai de temps assez court.
Pour ce faire, le Dr Canavero et ses équipes vont couper la tête de Spiridonov et la refroidir à 15 degrés, le temps de la «brancher» au nouveau corps. Cette procédure ralentirait ainsi le métabolisme du cerveau pour réduire les dégâts durant la phase de non irrigation. «Cette étape constitue un grand défi, surtout que, durant un certain temps, l’organe sera privé de son apport sanguin. Dans le cas particulier de la transplantation de la tête, le problème ne se pose pas trop pour le corps mais pour la tête, le premier ayant conservé son cœur», assure le Dr Maarrawi. Une température basse protègera donc les neurones et les cellules. Toutefois, lorsque l’organe non irrigué est un cerveau, le danger est plus important vu que les neurones ne peuvent généralement pas survivre au-delà de 3 à 5 minutes privés de sang. Cette contrainte technique nécessite donc un refroidissement notable et une reconnexion rapide des vaisseaux pour assurer une vascularisation et un débit sanguin immédiats pour le cerveau.
D’après le Dr Maarrawi et le Dr Moussa, la plus grande contrainte technique réside dans l’anastomose de la moelle épinière. Cette difficulté se traduit non seulement sur le plan chirurgical mais aussi sur les suites post-opératoires. Le Dr Canavero et son équipe ont basé leurs recherches effectuées chez l’animal (rats et souris) sur une section de la moelle épinière suivie d’une anastomose de cette dernière, selon la technique Gemini. La plupart des souris ont pu récupérer une force motrice adéquate. Deux avancées scientifiques ont permis un tel aboutissement. «La première est la section de la moelle de façon minutieuse, à l’aide d’une lame ultrafine, évitant les dommages. La deuxième est le recours au PEG (polyéthylène-glycol, une sorte de colle que le chirurgien insère entre les deux bouts de la moelle sectionnée pour favoriser la régénération. «Le Dr Canavero semble très optimiste quant à la réussite de cette anastomose. La moelle épinière n’est pas un simple vaisseau ou une simple structure à recoudre», indique le Dr. Maarrawi.
Le Dr Canavero provoquera ensuite un coma artificiel du patient pendant un mois pour garantir la réussite de l’anastomose et augmenter les chances de reconnexion entre les deux moelles. Ce n’est pas sans risque. Plus encore, pour éviter le rejet, le receveur sera soumis à un traitement immunosuppresseur, très contraignant et sujet aux complications. En effet, plus le geste chirurgical est long, plus le risque d’attraper des infections est élevé.

Quels enjeux éthiques?
Le serment d’Hippocrate interdit la «décapitation». Or, le Dr Canavero enfreint non seulement cette loi, mais il fait encourir aussi le risque de mortalité à son patient. Selon le Dr Maarrawi, l’éthique exige que tout essai clinique soit effectué dans sa totalité sur l’animal avant d’être appliqué sur le corps humain. Ce qui n’a pas été le cas ici. Le «Frankenstein» italien s’est limité à une reconnexion de la moelle épinière sans établir une transplantation de tête «animale» avant de s’attaquer à l’humain. Certains diront que dans les années 70, le neurochirurgien américain Robert J. White avait transplanté la tête d’un singe sur le corps d’un autre. A l’époque, l’opération avait été effectuée sans anastomose de la moelle épinière et le «singe-résultat», paralysé, était mort un mois plus tard.
Pour le Père Michel Scheuer, président du Comité d’éthique de l’université Saint-Joseph, «tout ce que la science et la médecine rendent possible aujourd’hui ne s’inscrit pas automatiquement dans le projet du bien de la personne humaine ou de l’humanité en général». D’après lui, cette opération est totalement contraire aux principes d’éthique, puisque le Dr Canavero fera en sorte que deux humains actuels ne fassent plus qu’un. «J’ai de grands doutes quant à la réalisation de cette opération en décembre. Dans le cas contraire, les conséquences psychologiques pour le receveur sont énormes. Il se retrouvera dans un corps qui n’est pas le sien et aura certainement du mal à l’accepter», atteste le P. Scheuer. «Toute transplantation suppose aujourd’hui l’accord d’un comité éthique universitaire et celui du ministère de la Santé. Le comité d’éthique hospitalier universitaire ne peut traiter que des cas où les personnes sont apparentées. Sinon c’est le comité national qui traite la question parce que les dangers de commerce sont plus grands. Est-ce la raison pour laquelle le Dr Canavero a opté pour la Chine comme endroit de réalisation de son intervention chirurgicale (les règlementations relatives à ce sujet étant moins strictes)?

Natasha Metni

Forte de l’aventure du Potager bio lancé en 2010 et de l’ouverture de trois boutiques franchisées de La Vie Claire depuis 2015, Zeina Khoury Daoud a réussi son pari, celui d’introduire la culture bio et les produits organiques auprès du consommateur libanais.  

C’est après des études en Sociologie de l’entreprise à l’Université Saint-Joseph que Zeina Khoury Daoud décide de se lancer dans le secteur agroalimentaire. En 1996, elle fonde avec sa sœur une société et crée une bouteille en forme de carafe pour vendre l’huile d’olive produite par le pressoir de son père au Liban nord. «A cette production, sont venus s’ajouter des produits de la mouné tels que le thym, le kechek, l’eau de rose, l’eau de fleurs ainsi qu’une variété de tisanes comme la camomille, l’anis, le thé vert. Ces références sont d’ailleurs disponibles dans tous les supermarchés sous le label Le Potager» confie Zeina Daoud.
C’est en 2010, après avoir consommé un melon au goût d’eau de javel que Zeina Daoud décide de produire ses propres légumes. «Je voulais cultiver des légumes bio pour ma famille. Cela venait d’une conviction profonde. En outre, le service de distribution était déjà en place». Elle lance alors un système de «panier» livré à domicile, une idée importée de France. «Une fois par semaine, nous livrons une caisse de légumes saisonniers». L’idée fait son chemin et plaît beaucoup à la clientèle qui lui réclame alors d’introduire d’autres produits biologiques. «C’est ainsi que j’ai décidé d’ouvrir une boutique spécialisée dans la vente de produits bio comme les pâtes, la farine, le blé, les jus de fruits, les vins, les produits ménagers et autres…». Zeina Khoury Daoud obtient la franchise La Vie Claire et ouvre ses premiers points de vente en juin 2015. «Nous avons déjà trois boutiques à Achrafié, Hazmié et Zalka, une quatrième va bientôt voir le jour».     

Estampillés bio
Zeina Daoud perçoit un intérêt croissant de la part du grand public, plus sensibilisé aux produits biologiques, en particulier les jeunes mamans. Certaine de la qualité de ses produits agricoles, elle explique que ses légumes sont cultivés à Ammiq, dans la Békaa ouest, dans un terrain inexploité depuis plus de 25 ans et sont arrosés avec une eau de source. Elle vend sa propre production dans les boutiques, ainsi que ceux certifiés bio par La Vie Claire. «Pour porter le label bio, les conditions posées par La Vie Claire sont très strictes. Nous avons reçu leur autorisation pour vendre également nos propres produits ainsi que quelques produits locaux bio comme les œufs, la viande, le poulet». Pour être estampillés bio, les animaux d’élevage ne doivent recevoir ni antibiotiques ni vitamines et leur alimentation est strictement  contrôlée.
Qui dit bio, dit souvent des prix plus onéreux que la moyenne. Zeina Daoud reconnaît effectivement que les produits coûtent 30 % plus cher que le conventionnel. «Les frais de douane et les taxes sur les produits importés La Vie Claire sont très élevés. Même en France, le prix des produits bio est plus cher».
Pour autant, l’élément prix du bio ne devrait pas décourager les gens. «Il est clair que c’est plus cher, mais finalement, c’est bien notre santé et celle de nos enfants que l’on préserve. Le bio est sans produits chimiques, sans pesticides ni insecticides. C’est important d’adopter ces aliments, surtout ceux que l’on consomme régulièrement». Elle met aussi en garde contre le sel et le sucre raffinés qui peuvent être particulièrement nocifs s’ils ne sont pas bios. «Les pâtes, les légumes, tout genre de produits qui entrent dans notre alimentation quotidienne se doivent d’être bio».
Depuis l’ouverture de La Vie Claire, Zeina Daoud ne cesse de voir sa clientèle croître. Elle a enregistré une augmentation de 35 à 40 %. «Je reçois continuellement de nouveaux clients». Leur profil? «Pas nécessairement des gens aisés, surtout des personnes conscientes de l’importance d’une alimentation saine, ou ayant des allergies, des intolérances au gluten ou au lactose. Quand on mange sain, on se sent mieux et on remarque la différence».
Elle a des idées plein la tête comme l’exportation du Potager bio à l’étranger. Elle lance d’ailleurs un cri du cœur aux agriculteurs libanais, les appelant à s’abstenir d’utiliser des pesticides, si toxiques pour la santé. «Ce n’est pas difficile, tout le monde peut cultiver bio». Zeina Daoud souligne que les produits biologiques permettent de retrouver le véritable goût de l’aliment. «Leur aspect n’est parfois pas très esthétique, mais ils ont le goût et l’odeur de la nature».

Joëlle Seif

Héritier de Saudi Oger, l’un des fleurons du secteur de l’immobilier en Arabie saoudite, Saad Hariri a tout perdu aujourd’hui ou presque, de sa fortune passée. Qu’est-il advenu de cet empire construit par son père?

C’est en 1994 que Rafic Hariri, alors Premier ministre du Liban, décide de confier les clés de Saudi Oger à son fils cadet, Saad, alors âgé de 25 ans. Le jeune homme prend la direction de ce qui est devenu, en l’espace de quinze ans, un géant de l’immobilier en Arabie saoudite. L’entreprise est presque de tous les chantiers en cours dans le royaume. Saudi Oger est devenu l’un des principaux fournisseurs du gouvernement, avec un autre fleuron familial, celui des Ben Laden.
Dix ans plus tard, quand son père est assassiné à Beyrouth, Saad Hariri est désigné pour reprendre son héritage politique. Il reste toutefois à la tête de Saudi Oger. Le business se poursuit, le groupe ne rencontre pas de problème majeur. En 2009, la carrière politique de l’actuel Premier ministre s’accélère, il se présente aux élections législatives. Des élections qui nécessitent de l’argent frais, pour financer sa campagne mais aussi pour «remercier» amis et soutiens. 2009, Saad Hariri accède au Grand Sérail, comme son père fut un temps.
En Arabie saoudite, pourtant, les affaires commencent à péricliter. Pas officiellement. Mais en coulisses, les commandes sont moindres, tandis que les rumeurs sur la mauvaise gestion de Saudi Oger commencent à éclore. Ce géant du BTP ne fait pas exception à la règle. De nombreuses grosses compagnies installées dans le royaume fonctionnent dans une certaine opacité. Les pots-de-vin sont légions et ce, dans tous les secteurs. Chaque partie s’engraisse plus ou moins légalement, tout le monde ferme les yeux et y trouve son compte. Certains se remplissent les poches. L’ère du tout-pétrole est encore florissante.
Clarence Rodriguez, journaliste indépendante, correspondante de RFI notamment pendant 12 ans au royaume des Saoud (et auteur du livre Arabie saoudite 3.0, Paroles de la jeunesse saoudienne, éd. Erick Bonnier) le confirme à Magazine. «Beaucoup des salariés français de Saudi Oger que j’ai interviewés sont unanimes, il y a eu beaucoup de malversations au sein du groupe, de la corruption à tous les étages», confie-t-elle.
Eternellement comparé à son père, Saad Hariri ne parvient pas à l’égaler, en ce qui concerne la gestion des affaires. «Pour les employés de Saudi Oger qui avaient connu Rafic Hariri, Saad ne méritait pas de reprendre le fleuron. Son père était respecté et respectable, très paternel avec ses équipes. Beaucoup estiment que Saad a tout dilapidé et les a laissés tomber», poursuit la journaliste.

Les premiers soucis
Alors que les commandes continuent de régresser, les premiers soucis apparaissent. A partir de 2013, les salaires commencent à être versés avec du retard, signe que la machine se grippe. La crise atteindra son apogée deux ans plus tard, en 2015. Entretemps, à la mi-2014, les cours du pétrole ont connu une chute libre, impactant les chantiers en cours dans le royaume. Comme l’explique Thomas Abgrall dans son article paru dans le quotidien français Libération, «l’entreprise, engagée dans d’énormes chantiers immobiliers, travaille à crédit depuis de nombreuses années. Elle obtient régulièrement des acomptes à la commande pour débuter ses chantiers. Des avances de plus en plus importantes mais qui servent davantage à achever des travaux en cours qu’à en lancer des nouveaux». Le géant du BTP s’enlise. La chute ne fait pourtant que commencer.
Car le royaume saoudien doit faire face à une situation inédite, ses finances sont littéralement plombées par l’effondrement des cours pétroliers et les dépenses consécutives à la guerre très coûteuse du Yémen. En janvier 2015, le roi Abdallah décède, la branche du roi Salman arrive au pouvoir. Le fils préféré du nouveau souverain, Mohamed Ben Salman, entreprend d’assainir les finances d’un royaume qui doit tourner la page de l’or noir et de l’argent facile. Sans doute conscient que le pays court à sa perte avec un déficit de 98 milliards de dollars en 2015 (et de 87 milliards en 2016), le prince héritier se décide à suspendre d’importants projets économiques. Aucun secteur n’est épargné, l’immobilier ne fait pas exception. L’agence Reuters estime ainsi, en septembre 2016, que Saudi Oger doit rembourser à ses créanciers plus de 3,5 milliards de dollars, sans oublier les autres milliards dus aux entreprises sous-traitantes (parfois avec 3 voire 4 ans de retard), aux fournisseurs et bien évidemment, aux salariés. Le gouvernement saoudien, pour qui Saudi Oger exécutait la plupart des contrats, est titulaire d’une dette faramineuse envers la compagnie de Saad Hariri pour des contrats déjà exécutés: 8 milliards de dollars.
A Riyad, la situation des 38 000 employés de Saudi Oger est catastrophique. «Quand j’ai eu vent de ce qu’il se passait, fin 2015, les salaires n’avaient pas été versés depuis plus de quatre mois, mais personne n’osait parler», se souvient Clarence Rodriguez. C’est elle qui a fait éclater l’affaire dans la presse. La situation des employés du groupe devient dramatique, leurs dettes s’accumulent, certains iront même jusqu’au suicide. L’ambassadeur de France à Riyad s’empare du dossier des expatriés français. Malgré plusieurs courriers pour obtenir des réponses et le paiement des arriérés par Saad Hariri, rien ne vient. Pas un sou n’est versé, malgré la fortune personnelle du Premier ministre.

Dette effacée?
Ce n’est que 9 mois plus tard qu’une ébauche de solution est trouvée avec la visite de Mohamed Ben Salman à Paris, en juin 2016, où il rencontre le président François Hollande. Le prince héritier ordonne le versement de 17 millions d’euros, destinés à régler 9 mois de salaires dus à environ 200 expatriés français. Toutefois, l’ardoise de 8 milliards de dollars que l’Etat doit à Saudi Oger court toujours. Certaines rumeurs, non vérifiées, avancent que Saad Hariri aurait été poussé, lors de son séjour entouré de flou en Arabie saoudite, début novembre, à effacer les dettes de l’Etat saoudien. Il se murmure aussi que Mohamed Ben Salman aurait laissé sombrer Saudi Oger, afin de faire profiter le conglomérat Nesma, dirigé par Saleh al-Turki, qui aurait les faveurs du prince héritier. Clarence Rodriguez affirme, pour sa part, que Saad Hariri aurait été dépouillé de son passeport saoudien et interrogé par le procureur dans le cadre de la commission anticorruption, lors de son séjour à Riyad.
Quoi qu’il en soit, le géant du BTP a cessé de fonctionner depuis juillet 2017. A ce jour, Saudi Oger est encore redevable de grosses sommes à différents organismes sociaux français, de l’ordre de 5 millions d’euros. Selon le quotidien al-Akhbar, des 38 000 salariés, il n’en reste plus que 300, chargés de terminer quelques chantiers mineurs.
Aujourd’hui, que reste-t-il de l’empire légué à Saad Hariri? Le magazine Forbes établit dans son dernier classement que le Premier ministre détiendrait encore un patrimoine évalué à 1,1 milliard de dollars. En font partie ses deux résidences luxueuses de Riyad et Jeddah, mais aussi celle de Paris, Marrakech, etc. Au Liban, le groupe média (al-Moustaqbal, Future TV) appartenant à Hariri rencontre des problèmes similaires à ceux de Saudi Oger, les salaires n’étant plus versés depuis de longs mois. Il lui reste également un pourcentage conséquent de parts dans la holding GroupMed, propriétaire de BankMed, puisqu’il en détient 42,24%.

Jenny Saleh
 

On peut l’aimer ou le détester, apprécier son style provocant ou pas, mais le journaliste Nadim Koteich ne laisse pas indifférent. Du lundi au vendredi, il présente l’émission satirique DNA sur la Future TV, où il vient d’être nommé directeur exécutif du journal télévisé et des programmes politiques.

A 10 ans, Nadim Koteich savait parfaitement ce qu’il voulait devenir: journaliste. Ses premiers pas dans le métier, il les fait dans Nahar el-Chabeb, «un espace créé par Gebran Tuéni, où des jeunes de tout bord et de toutes confessions pouvaient s’exprimer et discuter librement». Cette expérience confirme l’ouverture d’esprit de ce jeune chiite qui a vécu entre Saïda et Abra. «J’ai grandi dans un milieu mixte, entre chrétiens et druzes. Je me souviens avec tendresse de tante Lody, ma voisine chrétienne, qui arrivait chez nous tous les matins en robe de chambre avec sa raqwa de café, et de l’épicier druze au bas de l’immeuble». Ses lectures sont nombreuses et variées. «J’ai lu beaucoup de livres écrits par des chrétiens après la guerre, comme ceux de Joseph Abou Khalil ou Karim Pakradouni.
Cela m’a aidé à comprendre les choix que des gens font».
Il n’a jamais été en accord avec les choix politiques ou militaires chiites. La guerre, Nadim Koteich l’a vécue. «Les Forces libanaises nous ont poussés à l’exode. Je sais ce que c’est que de perdre sa maison, ses points de repère et ses jouets. C’était un vrai traumatisme! C’était une guerre qui n’avait pas de sens. J’ai toujours haï la guerre et les combats mais jamais les combattants. C’est pour cette raison que je suis radical dans mes positions en ce qui concerne les armes».
Avec les débuts des talk-shows politiques, il se passionne pour ce genre d’émissions et suit tous les jeudis l’émission de Marcel Ghanem, Kalam el-nas. «J’appelais régulièrement pour donner mon point de vue». Il écrit quelques articles pour Moulhak Annahar. «Mes articles avaient du succès. Malgré les erreurs et les hésitations des débuts, je me suis amélioré au fur et à mesure».

Un globetrotter
En l’an 2000, il fait sa première véritable expérience à la télévision d’Abou Dhabi. «En 2001, avec les attaques du 11 septembre, il n’y avait plus de reporters à la télé, chacun couvrant des conflits un peu partout. On m’a alors demandé de faire le rapport politique principal de la station. Ceci a été un vrai push pour ma carrière».
En 2003, il accepte une offre de la télévision al-Horra et se retrouve rapidement à Washington DC. «J’étais le producteur du journal télévisé. Mais en 2004, avec l’assassinat de Abdel Aziz al-Rantissi (cofondateur du mouvement palestinien Hamas avec cheikh Ahmad Yassine) par les Israéliens, le directeur de la chaîne, Mouaffak Harb, me demande d'assurer la couverture en direct de cet événement. Je l’ai fait pendant sept heures consécutives, recevant des invités du monde entier. A partir de là, j’étais devenu le principal journaliste de la station». Nadim Koteich présente alors le programme Ahad al as’ilat pendant trois ans avant de quitter en 2007 Washington DC pour s’installer au Koweït, où il travaille au quotidien al-Jarida.
Ce n’est qu’en 2008 que le journaliste  rentre au Liban et intègre la Future TV, où il présente l’émission Beit el yek suivie de Studio 24. «Ce dernier programme d’une heure trente, consistait en une couverture live des nouvelles locales et internationales de manière analytique». Lorsqu’on lui demande en 2012 de réduire son émission à 15 minutes, au lieu de se laisser démonter, Nadim Koteich décide de relever le défi. «Je voulais offrir les 15 meilleures minutes de la télé. C’est ainsi que DNA est né». De la provocation, de l’ironie et du sarcasme à gogo. «Je suis influencé par l’école américaine et j’aime appeler les choses par leur nom. J’ai brisé beaucoup de tabous avec cette émission. Je suis fier d’être un trend setter. Après Kalam el-nas, c’est le deuxième programme politique au Liban». Ne pas être apprécié par une grande marge de la population ne le dérange pas outre mesure. «Dans mon métier, je ne cherche pas la popularité. Le journalisme n’est pas un concours de beauté ou de popularité. Personne ne peut impacter      l’opinion publique sans être tranchant dans ses positions. Je dis souvent que je ne suis pas un expert en accident qui doit départager les responsabilités entre les deux parties. Quand on fait de la politique, il y a des gens qui vous aiment et d’autres pas. Cela m’est égal».

La politique, une drogue
Des ambitions politiques, Nadim Koteich dit en avoir eu dans le passé. «Maintenant, je n’en ai plus. Ce qui me motive c’est de faire la politique pour la politique, pas pour le titre. C’est comme une drogue pour moi. Malheureusement aujourd’hui au Liban, il n’y a pas de politique. J’ai un avis très clair et je suis un faiseur d’opinion». Derrière le journaliste provocateur, se cache un être d’une exquise gentillesse, qui aime l’art et la cuisine. Il a d’ailleurs débuté une collection d’œuvres de l’artiste Hussein Madi et Rachid Wehbé.


En chiffres

 

1 300
Le nombre d’épisodes de son émission DNA.

20
Vingt ans de carrière dans le journalisme.

1 500
Le nombre d’heures d’analyse politique dans le cadre de l’émission Studio 24.

Joëlle Seif

Le marché de la bière est en pleine ébullition, au point qu’à Beyrouth, des bars spécialisés se multiplient avec pour mission de faire découvrir aux Libanais les 1001 visages de cette boisson.

Au Liban, la culture de la bière est encore très récente. Elle a commencé à se développer avec la fin du monopole d’Almaza sur le marché local en 2006 et l’entrée de nouveaux acteurs comme Beirut Beer, 961 et Colonel.
Les Libanais ont alors commencé à découvrir de nouvelles saveurs. Une concurrence très saine s’est installée et a poussé les producteurs à l’innovation. Almaza a elle-même commencé à développer de nouveaux produits et aujourd’hui les nouveaux acteurs prolifèrent. Dans le même temps, des établissements dédiés à la culture de la bière se multiplient à Beyrouth.
A Badaro, les nouveaux lieux spécialisés dans la bière apparaissent comme la dernière tendance. The Jerry Thomas Experience propose par exemple une quarantaine de types de bières importées. «Nous avons ouvert il y a un an et demi avec l’idée de faire découvrir aux Libanais de nouvelles expériences en matière de bières, explique Marc Sawma, l’un des partenaires du projet. Nous proposons entre 42 et 48 qualités importées. Les consommateurs ne viennent pas pour la Almaza, ils souhaitent découvrir de nouvelles saveurs».

Blondes et belges
Le pub a une capacité de 50 places assises pour un ticket moyen de 20 dollars. Ce que les Libanais aiment le plus? «La bière blonde, belge en général», répond le partenaire de l’établissement.
Plus récemment encore, un espace d’un nouveau genre a été ouvert dans le même quartier, Brew. Ici, le concept est différent, les partenaires du projet comptent bien faire découvrir aux Libanais la bière artisanale «made in Lebanon». Inauguré au mois de septembre pour un investissement initial d’un demi-million de dollars, la micro-brasserie propose 7 bières fabriquées sur place et servies directement du tonneau. L’établissement compte 80 places assises et le concept a déjà la cote. Les co-fondateurs du projet disent vendre environ 220 bières par jour. «Le marché au Liban a longtemps été dominé par la bière commerciale, expliquent Omar Bekdache et Samir Tabiat, les co-fondateurs de Brew. Nous voulions un endroit pour faire découvrir aux Libanais la bière artisanale, un lieu où ils pourraient apprendre comment produire la bière et quel type de boisson ils apprécient. Nous souhaitions montrer aux Libanais que la bière n’est pas forcément blonde et ne se boit pas forcément fraîche. La culture de ce breuvage est aussi riche que celle du vin».

Le défi de la distribution
«Le phénomène des bars à bière est né aux Etats-Unis il y a une quinzaine d’années, explique Kamal Fayad, un des actionnaires de 961. Au départ, ce sont les micro-brasseurs américains qui ont introduit le concept pour pouvoir distribuer leurs produits plus facilement et briser le monopole des grandes marques. Aujourd’hui, au Liban, c’est pour cette même raison que beaucoup de nouveaux acteurs ouvrent leurs propres bars car il est encore difficile de briser le monopole de certains producteurs qui disposent d’énormes budgets marketing. A 961 par exemple, nous ne pouvons pas entrer dans cette guerre de communication, nous ne disposons pas de ces budgets.»
961 est aujourd’hui à la recherche d’un endroit où faire découvrir aux Libanais ses 12 saveurs de bière. «A cause de ce monopole sur la distribution, nos produits ne sont disponibles que dans une cinquantaine de points de vente. Or, nous aimerions faire découvrir nos produits au plus grand nombre, nous cherchons un cadre exceptionnel pour développer notre concept», annonce Kamal Fayad.
961 exporte aujourd’hui dans plus d’une dizaine de pays dont les Etats-Unis, le Brésil, la Chine, la France et la Suède, l’Afrique. «Nous avons une capacité maximum de 2 millions de litres par an et nous produisons plus de 50 à 60% de notre capacité. 80% de notre production part à l’export car le palais libanais n’est pas encore habitué à cette diversité.»
Entre 2006 et 2016, la consommation de bière au Liban a augmenté de 134%, tandis que les importations de bières étrangères ont bondi dans une proportion de 153% sur la même période. Le premier salon international de la bière s’est tenu au mois de septembre à Beyrouth, le phénomène ne fait que commencer au Liban. 

Soraya Hamdan

Après cinq ans de ralentissement, le marché immobilier a légèrement repris en 2017 mais cette embellie relative risque de ne pas durer. A quoi s’attendre pour 2018? L’incertitude autour de la démission  de Saad Hariri et les nouvelles taxes du gouvernement vont-elles stopper net cette timide amélioration?

Selon les chiffres de la REAL Estate, le nombre de transactions immobilières au Liban a augmenté de 13,4% entre septembre 2016 et septembre 2017. En valeur, ces transactions ont enregistré une hausse de 14,7% sur la même période. Une légère embellie s’est fait ressentir sur le marché immobilier après des années de ralentissement, comme l’explique Walid Moussa, le président de la Real Estate. «Les choses avaient bien commencé en 2017. Politiquement, nous avions au moins un président de la République, une certaine stabilité, un gouvernement. Ce qui nous manquait, c’était une politique financière incitative de la part du gouvernement. Il fallait que l’exécutif réduise les taxes pour inciter la diaspora à investir au Liban, allège les frais d’enregistrement ou encore travaille sur des facilités de paiement».
Cela dit, comparé à 2011, la chute du marché immobilier se fait toujours bel et bien sentir. Le volume des transactions immobilières a plongé de 22,5%, passant de 82 984 en 2011 à 64 248 en 2016. Les permis de construire ont chuté sur la période 2011-2016, passant de 16 465 millions de mètres carrés à 12,2 millions de mètres carrés. Selon un rapport de la Bank Med, le marché immobilier a atteint les 8,4 milliards de dollars en 2016.
L’évolution des prix ces cinq dernières années a fortement été impactée par le stock important de biens invendus qui s’est accumulé sur le marché, par le ralentissement économique local et le mauvais climat d’investissement en général, couplé au recul de la demande de la part des pays du Golfe au Liban.

Beyrouth le plus touché
Selon le président de la REAL, c’est la capitale libanaise qui a enregistré les baisses de prix les plus significatives cette année avec des remises pouvant aller jusqu’à 20-25% sur les grandes surfaces. «Les promoteurs veulent vraiment liquider ces stocks pour pouvoir réinvestir dans des biens plus intéressants», avance-t-il.
Pour les petites surfaces, la dépréciation cette année n’a pas dépassé les 12%, toujours selon Walid Moussa.
Pour Joumana Mouawad, coordinatrice de projets à Prime Consult, «les prix affichés sont toujours les mêmes et n’augmentent pas. En revanche, il y a une plus grande marge de négociation, ce qui est souvent interprétée comme une baisse des prix».
Alors que la demande étrangère a fortement dégringolé ces dernières années, les promoteurs ont dû s’orienter vers de nouveaux projets et concevoir des biens plus exigus pour satisfaire la demande libanaise.
«Aujourd’hui, le marché actif concerne les biens dont le coût varie entre 500 000$ et 600 000$, précise Mme Mouawad. Ces biens sont plutôt de petites et moyennes superficies, répondant à la demande actuelle. Il faut noter que la demande a bien viré vers les superficies réduites, non pas par choix le plus souvent, mais par manque de moyens permettant d’acquérir des appartements plus spacieux. On remarque par ailleurs qu’en dehors de Beyrouth, les appartements sont plus vastes, 250m² au minimum et ils trouvent des acheteurs du fait que le prix est bien moins élevé que celui affiché dans la capitale».

Instabilité politique
Avec l’affaire de la démission de Saad Hariri, la stabilité politique qui est l’une des composantes de base essentielle de n’importe quel marché immobilier dans le monde, fait défaut. A partir de là, il est beaucoup trop tôt pour savoir à quoi s’attendre en 2018. Mais une chose est sûre: cela ne présage rien de bon, selon le président de la REAL Estate.
«La démission de Hariri va bouleverser le marché immobilier, et nous ne savons pas encore quelles seront les conséquences de cet événement sur l’économie, sans compter les dernières taxes sur la demande, votées par le gouvernement lors du dernier budget».
Des nouveautés qui inquiètent aussi Joumana Mouawad. «La loi sur les taxes immobilières qui touchent le promoteur et l’acheteur va inévitablement affecter le secteur négativement et prolonger ainsi la stagnation du marché», pense-t-elle. «La reprise ne peut se faire du jour au lendemain, sauf par la résolution des conflits majeurs qui nous affectent à tous les niveaux».

Soraya Hamdan

Joe Zaarour a cofondé Sympaticus, une application mobile permettant aux personnes souffrant d’anxiété, de stress et de dépression de se soigner elles-mêmes grâce à une méthode de thérapie automatisée. Explications.

Pouvez-vous présenter Sympaticus?
Il s’agit d’une application qui permet aux personnes qui souffrent de troubles psychiques de poser elles-mêmes un diagnostic, puis de se soigner grâce à un programme thérapeutique que nous avons conçu en 14 semaines. J’ai personnellement souffert d’anxiété et constaté que la thérapie traditionnelle ne fonctionnait pas toujours. Elle prend du temps, on ne sait pas forcément quand cela va s’achever... De plus, dans la région, il n’est pas toujours évident de se rendre chez un thérapeute car la santé mentale est toujours un sujet tabou. Nous voulions remédier à ce problème, en mettant en place un moyen d’aider les gens à traiter leurs émotions plus facilement. C’est ainsi qu’est née l’idée de Sympaticus.

Comment cela fonctionne?
Nous avons automatisé des techniques de la thérapie comportementale cognitive (CBT), très pratiquée en Grande-Bretagne, consistant à se focaliser sur le changement de comportement pour mieux vivre avec le trouble. Sur notre application, l’utilisateur doit répondre à des questions pour poser un diagnostic. Ensuite, il passe par six étapes pour se soigner. Chacune dure deux semaines. Elles consistent en des exercices, des séances de méditation, un journal à remplir pour évaluer ses émotions,  des conversations avec un coach et des sessions en ligne avec nos thérapeutes.

Quelles sont les difficultés principales que vous rencontrez en tant qu’entrepreneur au Liban? Où en êtes-vous aujourd’hui?
Tout le monde pense que c’est facile d’être entrepreneur mais c’est faux! Le Liban a encore beaucoup à faire pour aider les start-up. Parmi les challenges à relever, la lourdeur des procédures légales par exemple pour recruter, l’ouverture d’un compte bancaire mais aussi l’absence de régulation. Aujourd’hui, nous venons de signer un contrat avec un grand hôpital libanais et nous travaillons sur une version en arabe pour pouvoir conquérir d’autres marchés, comme Dubaï.

Soraya Hamdan

La région du Sud a, depuis les années 70, subi une demi-douzaine de guerres, toutes aussi violentes les unes que les autres. Celle de 2006 a été la plus destructrice. Aujourd’hui, le maire de Tebnine, Nabil Fawaz, entreprend des projets de reconstruction de haut calibre.

Au lendemain de la guerre qui a opposé le Hezbollah à Israël en 2006, toutes les infrastructures de la région du Sud ont été démolies. Dans un village comme Tebnine (détruit à 40%) et la région de Bint Jbeil (détruite à plus de 70%), les habitants désespéraient. La totalité du centre historique de Tebnine, qui avait plus de 125 ans d’âge, avait complètement été dévasté. Plus encore, après le départ des Israéliens, des milliers de bombes à fragmentation ont été découvertes. Le Sérail et l’hôpital étaient hors d’usage tandis que l’école publique n’était plus réellement fonctionnelle. «Les deux premières années, jusqu’en 2008, ont été globalement destinées à la préparation des dossiers de reconstruction. Le réel travail a débuté en 2009 et l’exécution des travaux, à partir de 2010», indique Nabil Fawaz, le maire de Tebnine. Chaque dossier a été traité à part. Le sud du Liban ne recevant pas plus de 6 heures d’électricité par jour, les autorités locales de la région ont dû assurer 18 heures de courant, par le biais de générateurs. En outre, et dans le but de rendre l’éducation accessible à tout le monde, l’école publique et le théâtre ont été réaménagés par le Conseil du Sud, qui a financé ce travail.

COOPERATION CRUCIALE
Un centre culturel a également vu le jour, grâce à la contribution monétaire – saoudienne – de la Banque islamique. Il s’agit de l’unique centre de la région à avoir conservé son aspect purement culturel, les autres ayant été transformés en mairies, en centres sociaux ou de santé. C’est dans ce sens que la coopération avec l’Institut français du Liban a été reconfirmée, donnant ainsi naissance à de nombreuses activités culturelles, plurilingues. La santé n’a pas non plus été négligée. En effet, grâce à l’aide belge (environ 3 millions d’euros), au ministère de la Santé publique au Liban et au Conseil du Développement et de la Reconstruction (CDR), l’hôpital de Tebnine est actuellement l’un des rares à être correctement géré dans la région. M. Fawaz explique que le Sérail de Tebnine dessert plus de 33 villages de la région de Bint Jbeil et de Marjeyoun. Il a été remis en état par le ministère des Travaux publics en 2014 et est devenu à 100% opérationnel. Tous les services de l’Etat y sont disponibles, que ce soit sur le plan judiciaire, militaire, policier, administratif, etc. «Je tiens à préciser que sans le soutien politique et la présence déterminante de Nabih Berry, tous ces projets n’auraient pas pu réellement avoir lieu», souligne M. Fawaz. Octobre 2017 fut, dans le même sens, capital en matière de développement régional. Un nouveau centre de traitement des eaux usagées, desservant 30 000 personnes vient d’être mis en place, grâce à un financement koweitien, à une exécution placée sous le signe du CDR et à un ouvrage technique assuré par la société Yamen et par la société française OTV-Veolia. Par ailleurs, une étude est en cours pour la rénovation de la forteresse de Tebnine, plus grande citadelle croisée du Liban.

Natasha Metni

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Éditorial
Le front le moins solide

Des trois fronts sur lesquels se battait le Liban pendant la crise liée à la démission surprise de Saad Hariri, l’économie était le moins visible mais le plus surveillé par les milieux locaux et internationaux.Sur le plan de la sécurité, la réaction rapide et ferme des autorités a permis d’étouffer dans l’œuf toute tentative de déstabilisation. A part le petit attroupement organisé à Sodeco par des partisans du Parti national libéral et d’Achraf Rifi, et l’incendie d’un portrait de MBS à Tripoli, suivi par la décision du ministre de l’Intérieur de retirer des rues tous les portraits du prince héritier saoudien, aucun incident notable n’a été enregistré. Dans le domaine politico-diplomatique, la gestion de la crise par le président Michel Aoun, avec le soutien de Nabih Berry et de la direction du Courant du Futur, a désamorcé une à une les mines dont l’explosion était susceptible de plonger le pays dans le chaos.C’est l’économie qui a le plus inquiété les dirigeants du pays et les milieux de la finance internationale. Certes, la panique des marchés a été contenue mais les signaux émis ont montré combien ce front restait fragile. Dans un article publié le 17 novembre, consacré aux pays à risque après le défaut de paiement de sa dette par le Venezuela, l’agence Bloomberg souligne que le ratio de la dette comparé au PIB au Liban pourrait atteindre, cette année, 152%.Comment ont réagi les marchés financiers à la crise politique déclenchée par la démission et le séjour ambigu de Saad Hariri en Arabie saoudite? Selon des sources économiques, la Banque du Liban (BDL) a dépensé entre le 6 et le 15 novembre près de 800 millions de dollars pour soutenir la livre libanaise. A l’heure d’aller sous presse, la BDL n’avait pas encore publié le bilan bimensuel sur l’état de ses réserves en devises étrangères. Mais le chiffre de 800 millions de dollars est probablement dépassé, bien que les pressions sur la livre libanaise aient baissé après la décision de Saad Hariri de temporiser concernant son éventuelle démission. Autre signal négatif, la sortie de capitaux. Près de 1,5 milliards de dollars auraient émigré du Liban vers des cieux moins encombrés. Certes, ce montant paraît insignifiant comparé aux 169 milliards de dollars de dépôts dans les banques libanaises. Mais il constitue quand même 20% des capitaux entrants au Liban en rythme annuel (estimé à 7,5 milliards de dollars), et qui servent à financer les besoins de l’Etat.     Enfin, la crise politique s’est traduite par des pressions sur les eurobonds libanais (les bons du trésor en devises) à cause de la vente par des détenteurs étrangers de leurs titres libanais, ce qui a provoqué une baisse de leur prix et, par conséquent, une hausse du taux de rendement. Toutes ces données montrent que l’économie reste le ventre mou du pays, le talon d’Achille, qui pourrait réduire à néant la résilience politique et sécuritaire.


 Paul Khalifeh
   

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