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Nº 3095 du vendredi 2 novembre 2018

«Art saves lives» est une nouvelle initiative lancée par Roads for Life, The Talal Kassem Fund for Post Accident Care, dans sa mission continue de sauver des vies et de promouvoir la sécurité routière.

A l’occasion du World Day of Remembrance for Roads Traffic Victims, qui se tient, chaque année, le troisième dimanche du mois de novembre, Roads for life met aux enchères le 18 novembre, 15 casques réalisés par des artistes de renom et un motocycle Harley-Davidson® ainsi qu’un casque conçus par le fameux designer Elie Saab. «Comment ne pas avoir l’idée d’impliquer l’art dans cette journée? Chaque casque a un titre. Chaque route a sa propre histoire. Nous souhaitons que la nôtre soit une route qui mène à la vie», confie Zeina Kassem à Magazine. Pour la présidente de l’association, le port d’un casque certifié, à l’instar de la ceinture de sécurité, peut sauver des vies.

Vente aux enchères
«L’idée d’utiliser l’art pour décorer les casques vise essentiellement à mettre en valeur les avantages de leur utilisation». Tous les secteurs de l’art ont été choisis pour contribuer à la réussite de ce projet. Les artistes qui participent à cette manifestation sont: Ashekman, Bokja, Karim Chaya, Karen Chekerdjian, Nada Debs, Hania Farrell, Gregory Gatserelia, Yazan Halwani, Bernard Khoury, Jamil Molaeb, Roger Moukarzel, Selim Mouzannar, Jean-Marc Nahas, Rana Salam et Katya Traboulsi. «Ces artistes ont voulu démontrer que l’art peut contribuer à sauver des vies. J’aimerais rendre hommage à tous ces artistes et designers qui ont mis leur talent au service de notre mission en faisant la promotion du port du casque». Chacun des 15 artistes a conçu et réalisé, dans son propre style, un casque qui sera vendu aux enchères. Ils ont donné des noms différents à ces pièces qui sont de véritables œuvres d’art. «Si on ne peut pas dissuader les gens de conduire des motocycles, nous pouvons au moins les encourager à porter un casque».
A son tour, le grand créateur Elie Saab a mis son talent et sa renommée au service de cette cause en réalisant le design d’un casque et d’une motocycle Harley-Davidson®. «La moto représente la suite logique du casque et c’est là qu’intervient le génie d’Elie Saab qui a voulu offrir sa contribution pour Roads For Life dans le but de promouvoir la sécurité routière d’une part et augmenter les chances de survie durant ce qu’on appelle la Golden period of trauma qui suit l’accident, d’autre part. C’est la raison pour laquelle Elie Saab a baptisé son œuvre Tribute to life ou Hommage à la vie». Cette motocycle ne sera révélée au public que le jour de la vente aux enchères qui aura lieu le 18 novembre.
«La vente aux enchères débutera en ligne le 8 novembre sur le site www.artscoops.com/contact us et dévoilera les 15 casques et proposera le casque et le motocycle  réalisés par Elie Saab, sans les révéler au public», souligne Zeina Kassem. Les mises seront clôturées la veille et un commissaire-priseur, qui a travaillé avec la maison Sotheby’s viendra spécialement de Londres pour mener la vente aux enchères en direct. Celle-ci commencera à partir du montant atteint à la clôture des mises en ligne. «Des personnes seront disponibles pour recevoir les appels de ceux qui, de l’étranger, aimeraient participer à la vente».

Des cours pour 1715 personnes
La vente commencera par celle des casques puis un film, portant sur le making of du motocycle, sera projeté et ensuite celui-ci sera mis aux enchères. «Tous les bénéfices de l’événement serviront à la poursuite de notre action. D’ici la fin de l’année, 1 715 personnes, que nous baptisons Angel of rescue, auront reçu les cours offerts par Roads For Life et cela grâce à notre ange à nous, Talal», conclut Zeina Kassem.

Joëlle Seif

Avec 425 millions1 de personnes qui en sont atteintes dans le monde et 464000 au Liban, le diabète est, avec l’hypertension artérielle, la maladie chronique la plus fréquente. 
 

Maladie chronique liée à une augmentation du taux du glucose dans le sang, le diabète ne connaît plus de limites. «D’ici 2045, nous allons assister à une augmentation du nombre de malades de l’ordre de 50%. Soit 629 millions de diabétiques sur la planète Terre. Pour ce qui est du Liban, l’augmentation de cette prévalence pourrait aller, en 2045, jusqu’à 22%», explique le Dr. Marie-Hélène Gannagé, endocrinologue. A noter que cette proportion ne regroupe pas tous les diabétiques. Elle constitue la moitié de ceux qui le sont, l’autre moitié en étant atteinte mais ne le sachant pas. Il est également important de souligner que «les maladies non transmissibles (MNT) ou maladies chroniques, auxquelles appartient le diabète, sont considérées comme étant  la principale cause de mortalité parmi les populations du Moyen-Orient. Au Liban, les MNT ont été responsables de 85% du total des décès en 2014», atteste le Dr. Mounia Amrani, Coordinatrice Médicale de Médecins Sans Frontières (MSF) au Liban2. Et pour cause? Surtout le mode de vie très sédentaire et l’augmentation de la prévalence de l’obésité.

Plusieurs formes
Chez un individu normal, le taux de glucose dans le sang doit être inférieur à 100 mg par dl. Il devient diabétique s’il a une glycémie de plus de 126 mg par dl. Parfois, le médecin a recours à la technique de l’hyperglycémie provoquée orale ou à un dosage de l’hémoglobine glyquée (HbA1C)  (c’est la part de l’hémoglobine qui capte le sucre dans le sang. Son taux élevé peut être le signe d’un diabète mal contrôlé). Quels sont les différents types de diabète?
● Le type 1: il représente 10% des diabétiques. Il est dû à une destruction du pancréas (des cellules Bêta du pancréas) ce qui mène à une carence absolue en insuline. Dans la plupart des cas, le type 1 survient chez des enfants et chez des sujets qui n’ont pas d’antécédents familiaux.
● Le type 2: c’est le plus fréquent. Il est dû à une résistance à l’action de l’insuline, combinée à un déficit de la sécrétion d’insuline. Cette forme de maladie est surtout liée au surpoids et à l’obésité. Elle survient à un âge un peu avancé, mais vu la prévalence importante de l’obésité chez les enfants et les jeunes, ce type de diabète est en train d’apparaître aussi chez les personnes en bas âge.
Les autres types de diabète sont beaucoup moins fréquents: diabète héréditaire (déficit héréditaire de la sécrétion de la cellule Beta ou déficit génétique de la fonction des cellules Bêta qui sécrètent l’insuline ou une anomalie de l’action de l’insuline).
D’autres genres de diabète peuvent aussi survenir. Ils peuvent être secondaires à une maladie du pancréas (inflammation du pancréas, tumeur…), avoir des causes endocriniennes, être provoqués par la prise de certains médicaments (comme les corticoïdes à forte dose), etc. Aussi, le diabète gestationnel n’est-il pas à négliger. Celui-ci survient en cours de grossesse (résistance à l’action de l’insuline). Il a tendance à disparaître après l’accouchement. 

Précautions et traitements
Il existe une étape entre le diabète et la normale, comme le précise le Dr. Gannagé. « Quand la glycémie se situe entre 100 et 126 mg par dl, cette phase de prédiabète place l’individu dans une situation où il est exposé à un très haut risque de développement du diabète», indique le Dr. Gannagé. Afin d’empêcher cette conversion, il suffit parfois d’adopter un changement du mode de vie (activités physiques régulières, perte de poids, prise de médicaments prescrits par le médecin, etc.). Toutefois, une fois atteint, le patient se voit face à une panoplie de traitements. Tout dépend, en réalité, du type de diabète. Pour le type 1, comme c’est le pancréas qui ne fonctionne pas, la base du traitement est l’insuline. Il existe aujourd’hui des techniques de transplantation qui sont en cours de développement, mais l’avancée la plus importante serait dans la création d’un mini-pancréas artificiel. La recherche dans ce domaine est très active actuellement et cette technique sera bientôt commercialisée. Pour le type 2, c’est la metformine (traitement qui agit principalement sur le foie, en inhibant la fabrication de glucose) qui est prescrite. Elle est souvent combinée à la prise d’insuline.

1- Fédération des diabétiques et  Fédération Internationale du Diabète
2- Organisation mondiale de la santé (OMS).

 

MSF se mobilise
MSF a débuté son programme «MNT» en 2013. «Nous avons aujourd’hui une cohorte active de 12 000 patients à travers le pays. L’année dernière, 104 000 consultations MNT ont été effectuées dans les cliniques MSF à la Bekaa, au Nord du pays et à Beyrouth», déclare le Dr. Mounia Amrani. D’après elle, les pathologies les plus fréquentes sont l’hypertension artérielle, le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires. «Nos services sont offerts gratuitement aux populations les plus vulnérables. Ils consistent en des consultations médicales,  en des tests de laboratoire, en provision de médicaments et en éducation à la santé», continue-t-elle. Pour ce qui est des patients diabétiques, MSF propose un programme complet d’éducation du patient. Ce dernier pourrait ainsi améliorer son hygiène de vie. Plus encore, en 2018, MSF a développé une thématique relative aux enfants atteints de diabète juvénile. «Aussi en matière d’innovation technique, avons-nous piloté un implant pour mesurer le taux de glucose dans le sang sans avoir à piquer les enfants 3 fois par jour. Cet implant est sous cutané et doit être remplacé 2 fois par mois. La limitation reste malheureusement le prix», conclut le Dr. Amrani.

 

Natasha Metni Torbey

Camp de Mié-Mié
Le Désarmement est envisagé

Les combats entre le mouvement Fateh et le groupe islamiste Ansarallah dans le camp palestinien de Mié-Mié, à l'est de Saïda, ont fait 2 morts et une trentaine de blessés en deux semaines et ont paralysé la vie dans la ville et dans les villages environnants. Le déploiement de l'armée dans le quartier ouest du camp n'a pas empêché la reprise des affrontements le 25 octobre, après une accalmie de quelques jours. Ce déploiement avait été demandé par le président de la République après les appels lancés par les habitants des localités chrétiennes, situées à proximité de Mié-Mié. Pour crever définitivement l'abcès, le désarmement des groupes armés dans le camp est sérieusement envisagé et des discussions ont commencé en ce sens entre les parties libanaises et palestiniennes.

Les réseaux de passeurs s'activent
Les services de sécurité tentent de vérifier si des liens structurels existent entre les réseaux de passeurs actifs entre la Syrie et le Liban et ceux qui organisent des voyages clandestins de réfugiés syriens ou palestiniens vers l'Europe (Chypre) à partir des côtes libanaises. Ces services ont noté une recrudescence de l'activité des premiers réseaux, qui prennent 1800 dollars pour chaque individu transporté illégalement de Syrie au Liban. 

Les arbres qui font peur à Israël
Israël a de nouveau tenté, à la mi-ocotobre, d'incriminer l'Association Green Without Border, dont l'objectif est d'essayer de reboiser le Liban, notamment la partie méridionale du pays. L'Etat hébreu s'est plaint auprès de la Finul, affirmant que l'ONG servirait de façade au Hezbollah qui utilise ses activités pour installer des postes d'observation le long de la frontière. Toutefois, la Finul a démenti les accusations israéliennes et a assuré n'avoir rien trouvé d'anormal après avoir inspecté les lieux suspectés par les Israéliens. Un général libanais à la retraite a déclaré que ce n'est pas Green Without Border en soit qui mécontente Israël mais la mission que s'est assignée l'ONG. «Le reboisement du Liban-Sud gêne énormément l'armée israélienne, affirme cet officier qui a servi au Liban-Sud. La présence de bois constitue un obstacle naturel qui entrave la progression des blindés et masque la vue aux soldats. De plus, les petites forêts aident les combattants à se soustraire à la surveillance des drones. Israël veut donc abattre ces bois», conclut-il.

 

Vacance militaire
responsables militaires du Hezbollah ont été tués dans le désert de Palmyre, en Syrie, le 22 octobre. Il s'agit des premiers morts déplorés par le parti depuis le début du mois d'août. La baisse de l'intensité des combats a réduit les pertes dans les rangs du Hezbollah, qui aurait perdu, selon des sources informées, plus de 2 000 combattants depuis le début de son engagement dans ce pays au printemps 2013. Cinq mille autres combattants ont été blessés.    

Pas de pressions
Le poste de chef d'état-major de l'armée libanaise est vacant depuis le 16 octobre après que le général Hatem Malak ait fait prévaloir ses droits à la retraite. En attendant que sont remplaçant soit choisi par le nouveau gouvernement (car une telle nomination ne peut être effectuée par un gouvernement chargé d'expédier les affaires courantes), c'est le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, qui a hérité des prérogatives du chef d'état-major. Rappelons que ce poste est historiquement occupé par un officier druze.

 

 

 

Hezbollah
Deux hauts responsables écartés

Le chef de la Section de liaison et de coordination du Hezbollah, hajj Wafic Safa, qui a disparu des écrans radars depuis des semaines, aurait été écarté, et ses tâches confiées, provisoirement, à Hussein Khalil, conseiller politique du secrétaire général du parti, Hassan Nasrallah. Les sources bien informées qui ont révélé l'information à Magazine ne sont pas en mesure d'expliquer les raisons de ce changement survenu dans le courant de l'été. La même source ajoute qu'un autre haut responsable du parti, dénommé Sajed, chef des Brigades de la résistance libanaise (une structure militaire rattachée au Hezbollah mais regroupant des Libanais des différentes communautés religieuses), a également été remplacé. La gestion des Brigades a été confiée à titre provisoire à un autre commandant militaire, secondé par Hussein Khalil. Le remplacement de Sajed serait dû à des raisons disciplinaires liée à sa vie conjugale, croient savoir les mêmes sources.


 

Contrefaçon de monnaie
Des questions surprenantes

Des responsables de services de securité libanais ont été étonnés du fait que des homologues de pays occidentaux leur aient posé,  presque au même moment, des questions sur l'activité de la falsification de monnaie au Liban. Les demandes d'informations à ce sujet avaient l'air d'autant plus incongrues qu'Interpol et les services de sécurité des pays concernés par la situation au Liban savent pertinemment que le pays du cèdre n'est ni un «producteur» ni une plaque-tournante pour la contrefaçon de monnaie. Ces questions ont mis la puce à l'oreille des responsables de la sécurité qui se demandent si cela n'est pas le prélude à l'ouverture d'un nouveau chapitre dans la criminalisation du Hezbollah. 

 

Le Liban sous la protection des S 300?
Le président de la République, Michel Aoun, a exprimé sa colère devant des visiteurs contre la poursuite des violations de l'espace aérien libanais par des avions israéliens. Les appareils frappés de l'Etoile de David empruntent la plupart du temps des "corridors libanais" lorsqu'ils mènent des raids en Syrie. Souvent, ils tirent leurs missiles à partir du ciel libanais pour éviter de s'aventurer en Syrie, où la défense anti-aérienne de l'armée syrienne devient de plus en plus dangereuse. Le président Aoun a dit sur un ton agacé que si les pays occidentaux ne parvenaient pas à convaincre Israël de cesser ses violations, le Liban pourrait demander à la Russie de l'inclure dans la zone protégée par les S-300.       

La mystérieuse unité israélienne 3060
Le quotidien israélien Yediot Aharonot a publié, début octobre, un article, confirmant indirectement la brève parue en page 8 dans l'édition de Magazine de ce même mois sous le titre  Recrutement. L'information  en question faisait état d'un regain d'activité des services de renseignements israéliens pour recruter via les réseaux sociaux de jeunes Libanais dans la vingtaine, afin qu'ils collectent des données utiles. Le journal a révélé l'existence d'un organisme spécialisé dans l'espionnage sur les réseaux sociaux, appelé  l'unité 3060. Rattachée aux renseignements militaires Aman, cette unité a été créée il y a près de quatre ans. Elle est chargée de surveiller les contenus publiés par les internautes sur les réseaux sociaux dans les pays arabes et musulmans, notamment le Liban, l'Iran, la Syrie et l'Irak. Sa deuxième tâche consiste à recruter de futurs collaborateurs.

 


Des "Boat people" du Liban à Chypre
Deux incidents survenus en septembre et en octobre confirment l'information publiée en octobre dans  Magazine en page 8 sur  les réseaux de passeurs de migrants clandestins qui s'activent de plus en plus à partir des côtes libanaises pour transporter des déplacés syriens ou des réfugiés palestiniens vers Chypre.  Le 23 septembre, la marine libanaise a repêché le corps d'un enfant et retrouvé deux autres ressortissants syriens morts d'étouffement sur une embarcation de fortune au large du Akkar. Le 11 octobre, des bâtiments relevant de la Finul maritime ont intercepté «au nord-ouest de Beyrouth» une embarcation avec 32 personnes à bord. Selon nos informations, près de 50 migrants tentent tous les jours de prendre la mer en payant aux passeurs 8 000 dollars par individu. 


 

Loin des projecteurs, de nombreuses associations et ONG déploient de gros efforts pour alléger les souffrances des plus démunies. La tâche est titanesque, lorsque l’on sait que plus du tiers des Libanais vivent avec quatre dollars par jour et 10% avec seulement deux dollars.   

Sur la dernière décennie, la faim dans le monde a augmenté, affectant quelque 815 millions de personnes, soit 11% de la population mondiale, selon les chiffres de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Ceci sans compter les différentes formes de malnutrition qui menacent la santé de millions d’individus. Cette augmentation serait essentiellement due à la prolifération des conflits civils et aux chocs climatiques (1). En parallèle, 1,3 milliards de tonnes de nourriture sont gaspillées, équivalent au tiers de la production alimentaire globale. Ce gaspillage plus important à l’Ouest que dans les pays en développement, est colossal au Liban. Le nombre de repas récupérés par les associations et ONG qui visent à aider les plus démunis en atteste, comme par exemple les 200000 repas dont fait état la Lebanese Food Bank récupérés des mariages en 2016 durant la seule saison estivale. Pour parer à ce gaspillage et, surtout, pour essayer de lutter contre la pauvreté galopante dans le pays, des dizaines d’ONG et associations ont vu le jour ces cinq dernières années. Elles sont quelque 12 000 à s’occuper des familles nécessiteuses à travers le pays. Et cela reste insuffisant au vu des chiffres: plus d’un tiers (37,5%) de la population au Liban vit avec moins de 4$ par jour; et 10% dans l’extrême pauvreté, avec moins de 2$ par jour (2). En attendant un plan national nécessaire pour s’attaquer à une question de cette envergure et de cette nature, la société civile s’est organisée. L’aide est apolitique et aconfessionnelle comme le sont la pauvreté et la misère.

Lebanese Food Bank
En 2012, la banque alimentaire libanaise, la Lebanese Food Bank (LFB), est créée à l’image de la Banque alimentaire égyptienne, lancée en 2006, qui a contribué à réduire significativement la pauvreté en Egypte et à favoriser la réinsertion d’un nombre importants d’individus dans le tissu économique et productif. A la demande du Global Food Banking Network, la Banque égyptienne partage son expérience au Moyen-Orient: l’Arabie saoudite, l’Irak, la Syrie, le Soudan, la Mauritanie et le Liban se doteront ainsi d’une banque alimentaire. Au Liban, c’est autour de Kamal Sinno, homme d’affaires dans le commerce des jouets, que se formera le premier noyau de la Lebanese Food Bank, avec des collègues des métiers de la finance, du droit, de la logistique, etc. La banque alimentaire récupère la nourriture gaspillée auprès de restaurants et traiteurs pour les canaliser vers les ONG qui sont, elles, en contact direct avec les bénéficiaires. La pauvreté étant étendue à l’ensemble du territoire avec les pourcentages les plus élevés au Liban-Nord et dans la Bekaa, la Lebanese Food Bank ne peut répondre à tous les besoins. Une logistique bien plus importante serait nécessaire, au vu des normes de qualité et d’hygiène très strictes que l’ONG s’est fixée -elle ne dispose que de cinq camionnettes de livraison. Son activité se concentre surtout à Beyrouth et au Mont-Liban pour ce qui est des repas cuisinés. Pour pouvoir ratisser large, la LFB œuvre avec 70 associations et ONG sélectionnées qui connaissent le terrain et qui touchent environ 200 000 bénéficiaires. L’efficience de la distribution est assurée par des procédures de contrôle d’une grande précision.  
Sami Hochar, co-fondateur de l’Amicale des Restaurants du Cœur, un des partenaires de la LFB, se dit «impressionné par le travail accompli par la LFB, par sa structure et son professionnalisme». L’Amicale des Restaurants du Cœur avait été fondée au début des années 80, pour accueillir l’afflux de Libanais déplacés, fuyant la guerre et les exactions et ayant tout perdu, comme les habitants de Damour et du Sud notamment. Antoinette Kazan, assistante sociale, les recevait dans un premier temps chez elle à Sin el-Fil. Avec les dames du quartier, elles cuisinaient et leur ouvraient les portes de leurs maisons où un repas leur était servi et où ils se retrouvaient autour d’une partie de tric-trac et prenaient un peu de distance de leur quotidien. Contacté par Mme Kazan, l’ancien président Charles Hélou leur facilitera par la suite l’accès à un local d’accueil octroyé par la municipalité de Sin el-Fil. Le provisoire devient permanent. La fin de la guerre ne s’accompagne pas de la fin de la misère: «Celle-ci a changé de forme», explique Sami Hochar. «Parfois, les bénéficiaires s’avèrent être des amis, des voisins; des gens ayant subi des revers de fortune du fait de la guerre et qui n’ont pas pu se remettre debout. Certains d’entre eux ne viennent pas au centre, la gêne étant forte; l’Amicale leur envoie les repas à domicile». Les fondateurs des Resto y déjeunent parfois avec leurs amis et les bénéficiaires car «l’idée n’est pas seulement de distribuer de l’aide mais c’est aussi d’assurer une présence et de l’attention, de partager un repas et un moment ensemble». Actuellement, l’Amicale fournit 300 repas par jour, dont 100 à 125 à des personnes qui font le déplacement au centre, le reste étant envoyé à domicile. Elle distribue également 300 sandwiches dans les écoles publiques à Nabaa et une fois par semaine de la nourriture à cinq ou six autres centres restos informels, gérés par des groupes de femmes dans les églises ou les quartiers qui cuisinent à l’intention des personnes démunies. Durant la guerre, on comptait 21 restos. L’Amicale ne cherche pas à soulager exclusivement les Libanais du fardeau du quotidien: nombreux sont les Irakiens et Syriens, venus au moment de l’exode, trouver un soutien auprès d’elle. Elle continue également à distribuer des médicaments tous les matins, à se mobiliser pour une famille qui a des difficultés à payer l’opération d’une petite fille, ou une autre qui ne peut rassembler les frais d’enterrement de l’un des siens. Elle fait appel aux donateurs fidèles, que ce soit en nature ou en financement: philanthropes ou fondations de grandes entreprises etc. Les dons peuvent prendre différentes formes: du cash mais aussi des pommes d’un verger, de l’huile de la montagne, des boîtes de conserve, du fromage, de la viande.
Le nombre d’initiatives informelles a diminué, les réseaux d’aide s’étant structurés au lendemain de la guerre. Les associations et ONG créées ont alors bénéficié des dons et financements européens, qui ont tari quelques années plus tard, pour reprendre au lendemain de la guerre de 2006 durant quelques années seulement. Sauf que les répercussions des guerres sont bien plus persistantes que la durée de l’aide internationale, contingente à l’évènementiel. «Le nombre de bénéficiaires par mois a drastiquement augmenté durant la guerre de 2006 et a continué crescendo», explique Sandra Klat, directrice de l’association qui soutient actuellement une vingtaine de milliers de bénéficiaires libanais, principalement dans Beyrouth et ses environs. L’association, qui avait commencé avec l’alimentaire, a élargi son champ d’intervention aux frais de scolarisation, de santé mais aussi au paiement des loyers, à la réhabilitation des logements. Elle a ouvert un centre d’accompagnement d’élèves en difficulté, l’éducation étant une des voies de l’autonomisation, ce que vise au final Bassma. Des stages de formation et des offres d’emploi sont proposés aux parents, dans ce même but, de même qu’un soutien psychologique, l’association cherchant à développer la «résilience et l’autonomie financière, morale et psychologique».  Les profs de l’association sont des bénévoles venant d’établissements privés.

Le bénévolat
Sandra Klat souligne le rôle fondamental du bénévolat: Bassma fonctionne avec seulement 4 employés mais 12 000 heures de bénévolat, pour la plupart fournies par des lycéens et universitaires. Beaucoup d’autres associations ont également recours au volontariat, bien que sa nature ait aussi évolué, selon la jeune femme: «Les bénévoles ne restent pas longtemps; c’est un soutien ponctuel, il n’y a pas un engagement dans la durée comme à l’époque où nous avions fondé cette association; idem pour ce qui est de l’approche et la communication avec les bénéficiaires.
Si le bénévolat est avec le mécénat et l’aide internationale, un des modus operandi du secteur, le financement demeure un des soucis premiers des acteurs. La dynamique directrice de Bassma partage son expérience: «De 2006 à 2009, nous recevions des fonds de la Banque mondiale; mais l’aide étrangère est conditionnée et trop dépendante du moment, de contraintes bureaucratiques et d’agendas politiques, qui ne sont pas forcément en relation avec les réalités du terrain. C’est pour cela que nous nous sommes retournés vers le CSR des grandes entreprises et banques libanaises, plus pragmatiques. Cette année, même les banques ont retiré ou réduit leur soutien et l’aide internationale est concentrée sur les réfugiés syriens; Bassma est concentrée sur les Libanais».

L’unité fait la force
Que faire lorsque les dons diminuent mais que la pauvreté et les besoins continuent de croître? Ni le bénévolat, ni le mécénat privé, le plus souvent articulé autour d’une figure pivot et charismatique, ne peuvent constituer à eux seuls un mode de fonctionnement pérenne, pour un problème de cette ampleur et de cette profondeur. Quid de la suite lorsque ces figures ne seront plus là? C’est pour penser la continuité et l’institutionnalisation des mécanismes d’aide et de lutte contre le gaspillage que Bassma, FoodBlessed, ACT, l’Amicale des Restaurants du Cœur et la LFB se sont regroupés  pour former la Lebanese Food Coalition, sur l’impulsion des Nations Unies. Une campagne de sensibilisation à la thématique Zero Hunger sera lancée bientôt; une loi concernant la réduction et la lutte contre le gaspillage alimentaire a été proposée par ACT… La Lebanese Food Coalition aura sans doute des plans d’action à proposer au Ministère des Affaires Sociales dont elle dépend. L’implication du secteur public, quelle que soit sa forme, est nécessaire.

Nicole Hamouche
 

1: The State of Food Security and Nutrition in the World 2017 report
2: UNDP Lebanon report

C’est sur un fond de musique de jazz, dans les locaux de Radio Liban (96.2), que Magazine a rencontré la conseillère du ministre de l’Information pour les médias francophones, Elissar Naddaf Geagea.
 

Entre la littérature française et le journalisme, le cœur d’Elissar Naddaf Geagea balançait. «J’aimais beaucoup la littérature française surtout que mon père enseignait cette matière et en même temps, j’étais très attirée par le journalisme». Au lieu de choisir l’un ou l’autre, elle opte pour une double licence et obtient les deux diplômes en même temps. Elle est toujours en deuxième année lorsqu’elle commence à écrire pour la Revue du Liban. «J’étais responsable d’une page socioculturelle qui couvrait surtout les activités de la Békaa dont je suis originaire. Je me souviens du jour de la publication de mon premier article, j’avais acheté plusieurs numéros de la revue que j’avais distribués à mes amis et à mes proches».
Ses deux diplômes en poche, Elissar Naddaf Geagea se marie. Son époux, propriétaire de la maison d’édition et de la revue économique Bacharia, lui confie le poste de rédacteur en chef du supplément français de la revue. Deux ans plus tard, Elissar Naddaf Geagea décide de reprendre ses études et entame un master et un DEA en Littérature française qu’elle obtient au bout de trois ans. Actuellement, elle prépare son doctorat en Littérature française qui porte sur le discours politique et le pragmatisme.

Médias publics
La jeune femme se consacre à sa famille mais vit un conflit intérieur, partagée entre ses responsabilités familiales et sa passion pour le journalisme et la littérature. «Un jour, j’ai rencontré Laure Sleiman, la directrice de l’Agence nationale de l’Information qui me propose de travailler dans le Département des langues étrangères de l’ANI, qu’elle venait d’inaugurer». Elissar Naddaf Geagea accepte et rejoint ce département jusqu’à l’arrivée du ministre Walid Daouk à l’Information, qui lui confie les archives de Télé Liban et la nomme conseillère. Par la suite, elle est désignée par le Directeur général de l’Information représentante du ministère auprès du Fonds de solidarité prioritaire, relevant de l’Organisation mondiale de la francophonie. Dans ce cadre, elle participe à de multiples réunions et réclame des formations pour les journalistes de la radio et de la télévision. «J’ai déclenché une série de formations parrainées par l’ambassade de France et l’Académie France Média Monde pour tous les journalistes au ministère de l’Information».
Arrivé au ministère de l’Information, Melhem Riachi la nomme conseillère pour les médias francophones et lui confie la direction de Radio Liban 96.2 FM, un projet déjà proposé par l’ancien ministre Ramzi Jreije. Une mission qui porte pratiquement sur plusieurs volets et où de nombreux projets sont en cours. «Concernant Télé Liban, nous pensons relancer Canal 9 et les bulletins d’information en langue française. Au niveau de Radio Liban, une radio de qualité, essentiellement culturelle, qui n’est pas commerciale nous y avons apporté des améliorations. Cette station a un grand nombre d’auditeurs et offre des programmes incluant tous genres de musique: jazz, rock, classique». La station propose aussi des émissions culturelles matinales portant sur des sujets variés, le cinéma, bulletin d’information en langue française ainsi que 12 heures de diffusion directe de Radio France Internationale (RFI) dans le cadre d’un partenariat. «Radio Liban 96.2 souffrait d’un problème de diffusion en raison des émetteurs. Il a été réglé. Nous avons procédé à un changement au niveau de la grille des programmes en introduisant de nouveaux animateurs qui répondent aux goûts des jeunes». Sous l’impulsion d’Elissar Naddaf Geagea, Radio Liban investit les réseaux sociaux avec des pages sur Facebook et sur Instagram. «Auparavant, les programmes n’étaient pas diffusés en ligne. Nous avons également établi plusieurs partenariats notamment avec le Festival du film libanais, le Salon du livre, La nuit des idées et Le mois de la francophonie. Nous avons aussi une coopération avec France Media Monde au niveau des échanges de programme».

La crise de la presse
Avec l’ère du numérique, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre pour la presse écrite, selon la conseillère pour les médias francophones. «Le passage au numérique a changé la façon de travailler. Aujourd’hui, tous les médias sont en ligne et on souffre au Liban à un double niveau, celui de la crise économique ainsi que celle du papier dans le monde. Cela me fait mal au cœur de voir la presse écrite en voie de disparition. L’odeur et le toucher du papier sont uniques, ainsi que la manière de tenir et de lire un journal. Malheureusement, ceci devient une réalité: le papier est en voie de disparition et le numérique le remplace, malgré tous les efforts entrepris par le ministre Riachi pour aider la presse écrite». Il y a plus d’un an, le ministre Riachi a présenté au gouvernement six textes portant sur des mesures concrètes susceptibles de réduire les coûts des quotidiens libanais. «Pourtant, ces textes n’ont jamais été mis à l’ordre du jour des séances gouvernementales. Ils portent essentiellement sur diverses propositions, notamment l’exemption fiscale et douanière sur l’importation de papier, des réductions sur les factures de téléphone et d’Internet, des facilités au niveau des cotisations de la Sécurité Sociale et, surtout, un soutien équivalent à 500 L.L par numéro vendu».
Pour Elissar Naddaf Geagea, un journaliste doit conserver sa neutralité et son objectivité. «C’est ce que nous ont appris les grands journalistes. Il faut respecter le lecteur et ne pas lui imposer mes idées, qui peuvent tout à fait être contraires aux siennes. Il faut simplement montrer la réalité des choses». A chacun ses choix politiques, mais pour elle le journaliste ne doit pas imposer ses propres vues au public. L’éthique reste la règle d’or de cette profession. «L’éthique entre journalistes, l’éthique entre les journalistes et les hommes politiques et surtout lors de la rédaction d’un article ou d’une information. Toutes ces photos de cadavres que l’on publie dans les revues et sur les sites électroniques. Il ne faut pas oublier les valeurs humaines qu’il faut toujours respecter. C’est ce qui distingue un journaliste d’un autre».

Autocensure

Son doctorat est axé sur le discours politique. «J’aime travailler dans ce domaine, favoriser les réconciliations et les rapprochements, engager le dialogue entre les partis politiques ainsi qu’entre les différentes confessions. C’est un sujet qui m’importe beaucoup, surtout que j’ai vécu la guerre. Je suis fatiguée du confessionnalisme et du discours politique. Cela ressemble un peu au travail effectué par Melhem Riachi qui, avec le député Ibrahim Kanaan, est l’artisan de la réconciliation interchrétienne. D’ailleurs, mon travail avec Riachi m’a appris beaucoup de choses, en particulier qu’on peut être au pouvoir tout en gardant un côté humain, un trait de caractère devenu presque inexistant chez les personneshaut placées. J’ai également appris qu’il faut toujours opter pour le dialogue».
En conclusion, la journaliste appelle à garder un minimum de respect et d’éthique sur les réseaux sociaux. «C’est un monde ouvert, où il n’y a aucune censure. Chacun doit faire sa propre autocensure. J’appelle à une prise de conscience avant de poster quoi que ce soit, car ceci est une grande responsabilité».

 

En chiffres

3
Le nombre de ministres avec lesquels elle a travaillé: Walid Daouk, Ramzi Jreije et Melhem Riachi.

4
Elle est la mère de 4 enfants dont l’aînée a 23 ans et le plus jeune 9 ans.

6
Les années passées à l’Agence nationale d’information.

10
Le nombre d’années passées au poste de conseillère auprès du ministre de l’Information.

Joëlle Seif
 

 

Alors que l’économie réelle est en berne, le secteur numérique continue de croître. BDD emploie 1 500 personnes et héberge une centaine de start-up. Et ça continue…
 

Stéphanie Abi Abdallah, directrice de programmes au Beirut Digital District, rappelle que le BDD, fondé il y a six ans, est un projet de hub technologique pour les industries numériques et créatives qui leur offre un environnement à la mesure de leurs besoins en infrastructures de pointe. Pas de coupures de courant comme c’est la norme au Liban, et Internet est d’une meilleure qualité. «Nous venons de terminer la phase A avec 10 immeubles de 17500 m2 d’espaces exploitables avec une centaine de compagnies et 1500 membres, affirme la jeune femme. 60% de notre communauté est constituée de start-up. Nous hébergeons 4 accélérateurs et 75 start-up en sortent tous les ans avec des diplômés. Nous organisons en permanence des évènements avec les mentors (partenariat avec Mix & Mentor, Endeavor…) qui parrainent 100 à 150 start-up par an. En guise de success stories nous pouvons citer Anghami ou Diwanee.»

Vaste chantier
La BDD est un programme étalé sur 15 ans et la phase 2, qui consiste à doubler l’espace en 2020 avec la construction de deux tours nouvelles, a déjà commencé. «De plus en plus de Libanais font le pari de l’industrie numérique, explique Stéphanie Abi Abdallah. Le BDD, installé dans le quartier populaire de Bachoura, se veut un espace attrayant technologiquement, il ne remplacera pas le centre-ville davantage axé sur les entreprises bien établies. Déjà, on peut remarquer en roulant vers le downtown les immeubles modernes du BDD, qui contrastent avec les bâtisses délabrées qui les entourent. C’est un espace en pleine transformation, en pleine construction avec des grues. Tout le quartier ne va pas tarder à se développer.»

Facebook et TechCrunch
Le BDD rassemble des entreprises dans un même espace technologique et design et leur propose des facilités dans différents domaines (salles de réunion bien équipées, salles de gym, cafeterias, restaurants, internet) en plein milieu du tissu urbain de la ville. Des espaces verts y sont également entretenus et l’infrastructure est pensée en terme d’économie de l’énergie.
L’écosystème bâti dans l’espace de la BDD attire l’attention des plus grandes entreprises du monde, comme Facebook et TechCrunch, qui parrainent des évènements telles des compétitions entre les meilleures start-ups de la région MENA (Techcrunch start-up battlefield). «Ceci est encourageant, c’est la consécration de cinq années de travail, poursuit Stéphanie Abi Abdallah. Les start-up qui ont participé à la compétition profitent désormais d’une exposition médiatique internationale. Elles pourront donc également bénéficier d’investissements sur une autre échelle. La World Bank a qualifié le BDD d’espace technologique de développement avancé. Cela va encourager la matière grise libanaise à rester au Liban pour y investir, malgré les conjonctures économiques moroses».

Ecosystème «intéressant»
En leur créant un espace où se concentrent beaucoup de talents qualifiés, un espace où ils peuvent se connecter et échanger leurs idées, les talents seront moins tentés d’aller s’installer ailleurs. Pour inverser la fuite des cerveaux, la BDL a lancé en 2013, la circulaire 331 pour débloquer 400 millions de dollars de prêts subventionnés pour les banques commerciales qui financeraient les start-up (en cas de faillite de la start-up, les investisseurs ne perdraient que 75% de leur investissement). La start-up BuildInk a remporté la compétiotion cette année et va représenter le Liban à la battlefield de San Francisco en 2019.
Abondant dans le même sens, Ziad Traboulsi, engeneering manager à Facebook-Moyen-Orient estime que «le BDD facilite grandement l’organisation d’évènements comme celui d’une compétition entre les meilleures start-up de la région.» «En Afrique, par exemple, les start-up s’ingénient à pallier le problème de l’énergie, pour connecter les régions sans électricité au courant de batteries TESLA, ajoute-t-il. Au Liban, elles essayent sans cesse de pallier une infrastructure défaillante. C’est un environnement propice à l’émergence de start-up qui réussissent come Anghami. 300 entreprises ont postulé pour participer à la compétition de la meilleure start-up, 15 ont été retenues et une va gagner le prix de 25 000 dollars et participer au TechCrunch de Californie. Si peu de start-up survivent, c’est par manque d’expérience. Il faut avoir le souffle long. Ce n’est qu’après l’échec de deux, trois ou quatre start-up qu’un investisseur pourrait goûter au succès. Il est très rare de réussir dès la première expérience.»
Facebook pousse les start-up à utiliser ses produits de développement. Avoir une page commerciale sur Instagram ou Facebook est un outil qui accélère le développement. «Je rencontre tous les jours des start-up intéressantes et je les guide dans l’utilisation des produits non payants et payants de Facebook. D’ailleurs, le «developper circle» de Facebook à Beyrouth rassemble 1400 membres. Il est très actif et contribue grandement à la culture du numérique», conclut M. Traboulsi.

Micheline Abukhater

Les assureurs sont à la fois une cible des hackers et un protecteur contre ceux-ci. Magazine fait le point avec M. Fateh Bekdache, vice-président et directeur général d’AROPE, filiale assurance de BLOM Bank.
 

L’explosion du risque lié au boom des cyberattaques et le durcissement en Europe de la protection des données personnelles mobilisent les assureurs qui y voient un marché à très fort potentiel. Le marché mondial de la cyberassurance, estimé à 3,4 milliards$ en 2016, pourrait atteindre 6,8 milliards en 2019 et 8,6 milliards en 2020, selon Munich Re, numéro 2 mondial de la réassurance. Néanmoins, pour Fateh Bekdache, vice-président et directeur général d’Arope Insurance, la demande sur l’assurance cybersécurité est à ses premiers balbutiements dans la région du Proche-Orient. Il identifie néanmoins l’émergence d’un besoin croissant dans ce domaine vu la sensibilisation de l’opinion publique à travers la multiplication des séminaires sur les cyberattaques initiés par la Banque Du Liban et le bureau de lutte contre la cybercriminalité. M. Bekdache souligne que pour le moment, la demande sur ce type de police d’assurance provient de grandes institutions financières qui traitent d’énormes bases de données telles les banques, ainsi que du gouvernement et des hôpitaux. Ceci dit, les dommages causés par une cyberattaque peuvent être destructeurs de la structure des entreprises, d’où l’importance du risque à couvrir qui se répercute sur le coût de la police d’assurance. «Pour ce type de couverture, l’évaluation des risques n’est pas simple et nécessite une étude sur mesure et customisée (adaptée) à chaque entreprise. Elle n’est pas nécessairement coûteuse mais tout dépend du besoin, des conditions et des couvertures demandées. De plus, l’assureur et le réassureur examinent aussi les mesures de protection et de prévention qui sont installées par le client, son PCA ou Plan de Continuité d’Activité, les limites de couverture, et surtout les antécédents de pertes», déclare M. Bekdache.
Quel est le minimum d’outils de web sécurité adopté par l’entreprise pour qu’elle soit éligible à la souscription d’une police d’assurance portant sur le piratage des données ou la destruction de leur système de stockage? «Les assureurs et les souscripteurs (underwriters) exigent une liste extensive de prérequis et d’informations afin de bien définir les couvertures de la police et ses exclusions, répond le directeur général d’Arope Insurance. Ainsi, les entreprises qui n’ont ni aucune mesure de sécurité ou de protection en place ne peuvent être couverts vu le risque inévitable et l’exposition ouverte au risque. Il est évident que jusqu’à présent la demande pour l’assurance cyber par les PME est encore limitée, par contre, les banques sont les premières à en demander, et elles disposent le plus souvent d’une infrastructure technologique forte et bien protégée contre les fraudes et les cyberattaques.» Sur la part de responsabilité des entreprises en cas de cyberattaque, M. Bekdache précise que si le réassureur avait préalablement sollicité une pré-enquête de risque et un IT Audit du système informatique du  sujet à assurer, en cas de réclamation, l’entreprise serait protégée puisque toutes les vérifications nécessaires auront été effectuées.

Autoprotection
Comme les assureurs ne manipulent que «des données sensibles» ils sont une cible recherchée par les hackers, Arope, en connaissance de cause, inscrit le processus d’autoprotection dans ses priorités. «Arope investit constamment dans la sécurisation informatique. Ainsi la compagnie a mis en place des pare-feu, des détecteurs d’atteinte, des systèmes de prévention et des anti-virus afin de minimiser les risques de cyberattaque. La prévention est non seulement possible mais essentielle, et aujourd’hui la Fintech, l’Insurtech et l’émergence de la Blockchain promettent une gestion plus forte et plus efficace de ce genre de risque», conclut Fateh Bekdache.

Liliane Mokbel
 

«Manger la conscience tranquille». Tel est le leitmotiv de ces jeunes restaurateurs qui n’ont qu’un objectif: démonter les idées reçues sur le veganisme.
 

Cela fait cinq mois qu’Omar Ghandour, 33 ans, et Héloïse Delastre, 24 ans, ont ouvert Luna’s Kitchen à Hamra, à côté de l’Université américaine de Beyouth. «On voulait pouvoir manger la conscience tranquille. Les conditions dans lesquelles sont élevées les animaux sont très cruelles», explique Héloïse. Le restaurant sert des menus vegan, c’est-à-dire exempts d’ingrédients d’origine animale. Pour les pizzas par exemple, une préparation à base de noix de cajou remplace le fromage, les burgers sont quant à eux réalisés avec des steaks de betterave et les hots dog avec des saucisses de soja. Pour faire les sauces, le lait de vache trouve son alternative dans le lait d’amande et de coco. «Il y a beaucoup d’aprioris sur le vegan. On voulait montrer aux gens que ça n’est pas si cher, pas si bizarre et qu’on peut manger de tout», poursuit la jeune femme. Ouvert 24h/24, Luna’s Kitchen accueille une clientèle essentiellement jeune, en raison de sa proximité avec l’AUB. Parmi eux des vegan, mais aussi des non vegan. «C’est 50/50», assure-t-elle.
Laurena, Eva et Erika Saadé, partenaires de Ballouta, ont succombé au vegan il y a cinq ans. En 2013, c’est depuis leur cuisine à Zouk que les trois sœurs commencent à commercialiser leurs viande et fromages végétaux. Des mets à base de seitan (sorte de pâte au gluten), de PVT (protéine végétale texturée) ou encore de soja. «Je me suis convertie au vegan et ne trouvais pas d’autres options que des salades. J’ai commencé à concocter des recettes moi-même, j’ai essayé de les vendre et l’on s’est rendu compte qu’il y a une grosse communauté vegan au Liban qui ne cesse de grandir», raconte Laurena Saadé, 26 ans, diplômée de l’école hôtelière Al-Kafaat. Outre son menu salé –burgers, tacos, etc.- Ballouta propose gâteaux en tous genres; donuts, chouros, tartes... Fournisseurs jusqu’à présent pour plusieurs cafés et magasins bio, les trois jeunes femmes prévoient d’ouvrir très prochainement leur propre boutique. Elles aussi entendent démonter les idées reçues sur le véganisme. «On veut montrer aux gens que contrairement à ce que beaucoup pensent, être végétalien n’est pas si difficile que ça», poursuit Laurena. Ces dernières années, plusieurs cessions de sensibilisation et événements culinaires vegan ont été organisées par Ballouta afin de vulgariser ce mode de consommation.

Le coût
Aligner ses pratiques alimentaires sur une philosophie du respect de la cause animale peut toutefois s’avérer coûteux. «Les produits disponibles sur le marché sont très chers», reconnaît Laurena. «C’est pour cette raison que nous faisons nous-mêmes 90% des produits que nous utilisons». Le fromage végétal se vend ainsi autour de 15 000 LL les 100 grammes. «Au même prix, on fait un kilo à la maison», souligne-t-elle. Idem pour le seitan, vendu autour de 20 000 LL les 200 grammes. Au même coût, Laurena en produit cinq fois plus chez elle. Pour Héloïse Delastre, au contraire, le vegan n’est pas plus cher que les concepts de restauration classiques. «On contrebalance les ingrédients», explique la gérante. «Le lait d’amande est un peu plus cher que le lait de vache mais en même temps la betterave qu’on met dans le cheese burger est moins coûteuse que la viande». En réalité, le vegan est surtout onéreux quand il rime avec organique. Un choix que se sont refusés à faire les propriétaires de Luna’s Kitchen et Ballouta. «On s’est posé la question mais pour le coup ça coûte plus cher», confie Héloïse, qui propose un ticket moyen de 30 000 LL pour deux personnes. Pour Chantal Salloum, directrice de Breakfast Barn, un concept de petits déjeuners vegan 100% organique, l’alliage des deux représente un défi de taille. «Les produits issus de l’agriculture biologique sont extrêmement chers. En même temps, nous nous devons de proposer des plats abordables aux clients qui sont habitués à petit-déjeuner pour 5 000 LL», résume-t-elle.

Par Philippine de Clerment-Tonnere

«Bien plus qu’un fils de, Kyle Eastwood est un jazzman de renom ainsi qu’un compositeur de bandes-originales réputé», écrit Rolling Stone. Kyle Eastwood donnera un concert le 7 novembre au Music Hall Starco dans le cadre de Liban Jazz. E-interview
 

Lors de votre concert, vous présenterez au public libanais votre dernier album In transit, dans lequel vous mêlez standards, des compositions des films d’Ennio Morricone et des compositions originales. Quelle est la raison de ce mélange ?
Depuis que je m’en rappelle, je suis attiré par tous les genres musicaux, et je puise mon influence de différents styles de musique. J’ai grandi en écoutant du jazz à la maison, puisque mes parents sont de très grands fans de jazz et de blues. Mais j’ai grandi aussi en écoutant la radio, dans les années 70, 80; j’ai donc aussi dans mes bagages de la pop, du R’n’B, du funk. Etant exposé au cinéma dès mon plus jeune âge, j’ai développé également un amour pour les grands compositeurs de bandes son. J’ai eu de la chance de pouvoir beaucoup voyager dans ma vie et de découvrir la musique de différents pays et cultures. Je n’ai jamais pensé à mettre des cloisons en ce qui concerne la musique, je suis mon instinct; ce que j’aime et ce que je n’aime pas. Et je citerai là-dessus, le grand Duke Ellington: «Il n’y a que deux genres de musique: la bonne et la mauvaise».

Entre le studio et le live, quelles différences?
J’aime travailler en studio, mais je crois que j’aime plus jouer en live. Pour mes multiples albums, on entre en studio avec les musiciens et on enregistre en live comme si on donnait un concert. Je crois que c’est de cette manière que le jazz est le mieux représenté.

La composition d’une bande son est sûrement différente de la composition de tout autre album, quel est votre modus operandi dans ce cas-là?
Pour la composition d’une bande son, la première chose que je fais est de visionner le film de bout en bout dans sa mouture finale ou presque finale. Puis je choisis trois ou quatre scènes que j’estime avoir besoin de musique et d’être mises en avant et que je revois à plusieurs reprises. Puis j’emporte à la maison ces scènes-là, enregistrées sur un support DVD, et je les accompagne au piano en essayant de leur trouver une belle mélodie ou un motif musical. Puis j’enregistre des demos sur mon ordinateur avant d’entamer la phase finale: l’enregistrement en studio avec musiciens et orchestre.

Vous avez grandi dans une famille passionnée de jazz, quelles ont été vos influences?
J’ai grandi avec des parents qui écoutaient beaucoup de jazz Big Band, comme Duke Ellington, Count Basie, Stan Kenton. J’écoutais également Stan Getz, Miles Davis, Oscar Peterson et Ben Webster. A partir de là, je suis parti tout seul à la découverte d’autres jazzmen et d’autres albums.

Le Jazz est souvent perçu comme une musique hermétique et complexe, comment la présenteriez-vous à une personne réfractaire à en écouter?
Comme je l’ai déjà dit, je suis influencé non seulement par le jazz mais par différents styles de musique; et cela se reflète dans mon écriture et mes compositions. Je crois que dans ma musique, il y en a pour tous les goûts. Et j’espère que les auditeurs l’écouteront avec une ouverture d’esprit pour pouvoir en juger eux-mêmes, au lieu de rester sur l’impression qu’ils n’aiment pas le jazz.

Quelle est votre relation avec la basse?
J’ai toujours aimé le drum’n bass. J’ai commencé très jeune à apprendre le piano et vers l’âge de 12 ans j’ai également appris à jouer de la guitare. Deux années plus tard environ, j’ai touché à la basse et cela m’est venu tout naturellement. Peut-être que c’est la basse qui m’a choisi!

 

Présentez-nous les musiciens de votre quintet qui vous accompagneront lors du concert au Liban. Et comment se passe la collaboration sur scène et en studio?
Mon groupe régulier est composé de Quentin Collins à la trompette, Brandon Allen aux saxophones, Andrew McCormack au piano et Chris Higginbottom à la batterie. Cela fait plus de dix ans que le pianiste et le trompettiste m’accompagnent, et quatre ans pour le saxophoniste et le batteur. Au fil des années, nous avons développé une véritable affinité musicale et une relation amicale. Nous composons de la musique ensemble et ils contribuent à l’arrangement des chansons que nous jouons et enregistrons. Nous passons de très bons moments ensemble à jouer et en tournée.

C’est votre première visite au Liban? Avez-vous des attentes particulières du public libanais?
Oui, ce sera ma première visite au Liban, et je suis très excité à l’idée de venir. J’ai entendu beaucoup de belles choses sur la ville, et j’ai d’ailleurs plusieurs amis du Liban. J’ai toujours trouvé que les Libanais étaient chaleureux et amicaux. J’aime aussi la nourriture libanaise, ainsi que l’art, la musique et la culture du Liban. Je suis donc très impatient de venir. A bientôt!

 

Nayla Rached

Gisèle Kayata Eid vient de lancer aux éditions Fides le livre Consommation Inc. qui aborde les dérives de la consommation, devenue un fait incontournable dans nos vies. Elle y expose l’envers du décor.
 

Gisèle Kayata Eid tire la sonnette d’alarme: «Réveillez-vous, regardez autour de vous». «C’est aussi simple que cela, mais c’est à la fois aussi sournois, parce que «la consommation est tellement forte, prenante dans notre vie, qu’elle est devenue comme une entreprise, une multinationale excessivement puissante», affirme-t-elle.
Journaliste de profession, ce sujet la préoccupe depuis longtemps, en fine observatrice du monde et de ses manières d’être et d’avoir. S’exprimant régulièrement dans des chroniques rebelles, il y a environ trois ans, elle débute une chronique hebdomadaire intitulée Consommation Inc. sur le site de l’Agenda culturel, aux alentours de Noël, noyés que nous étions, durant des semaines, par la quantité de futilités commerciales qui entourent cette fête. Les sujets lui viennent sans aucune difficulté, racontant à chaque fois une histoire, un pan de vie, une situation, une envie. Au bout d’un an et demi, extrêmement étonnée, elle se rend compte, par les réactions de son entourage, que ce qui est évident pour elle ne l’est pas pour les autres. L’idée du livre s’impose, non seulement pour rassembler ces chroniques mais pour les expliquer, pour «aller plus loin dans ce cycle qui nous rend malheureux».

Dépourvu d’humanité
Divisé en deux parties, une partie explicative, basée sur une multitude de recherches, rédigée de manière générale et simple d’accès, et renvoyant pour chaque idée à la chronique qui l’illustre, tandis que 68 chroniques composent la 2e partie. Par son approche, par son style, «le livre a un impact de proximité, affirme Gisèle Kayata Eid, car il parle de choses qui nous concernent tous et dans toutes les facettes de notre vie».
Consommation Inc. introduit progressivement le lecteur dans un univers qu’il dénonce. Le monde de la consommation, «un mode de vie, une finalité, une ambition, une occupation, une préoccupation». Notre vie-même, le but de notre vie, une vie de plus en plus dépourvue de valeurs, de chaleur, de sens, d’humanité. Une vie qui se compte en objets et services accumulés, au prix fort, aux dépens de notre temps, de notre énergie, de nos relations amicales et familiales, de notre bonheur, aux dépens de la terre, de la nature que nous saccageons. «Cette consommation nous a dépourvus de nos intérêts, de nos valeurs et même de notre humanité. Nous sommes dans une étuve, une bouilloire, et les Etats ne réagissent pas. On finit par ne plus être ce que nous sommes censés être», affirme Gisèle Kayata Eid, qui s’exclame aussitôt révoltée: «Mais savez-vous où vous allez?»
Justement, Consommation Inc. se présente comme une conscience qui éveille, qui secoue, en évitant les pièges de la nostalgie et du ton moralisateur. Le livre ne propose pas de solutions, mais d’observer et peut-être de pousser le lecteur à repenser son comportement de consommateur, à une échelle individuelle, inconscient de tous ces petits détails de la vie qu’il accomplit de manière systématique, naturelle. «Si on sent qu’on résiste à ce rouleau-compresseur, c’est déjà bien par rapport à sa propre survie». Le changement commence par soi, par préférer par exemple le café d’une petite échoppe que celui d’une multinationale. On ne sortira pas indemne de cet ouvrage.

Le lancement de l’ouvrage aura lieu lors du Salon du livre francophone de Beyrouth, accompagné d’un débat, le 8 novembre, à 19h.

Nayla Rached

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Éditorial
Le réflexe de Samson

La guerre menée par les Etats-Unis et ses alliés contre le Hezbollah est entrée dans une nouvelle phase. C’est l’impression qu’ont eue des diplomates européens et des hommes politiques libanais après avoir rencontré des responsables américains ces dernières semaines. Washington durcit progressivement les sanctions contre le Hezbollah dans le but de «l’affamer». Le président Donald Trump a signé, jeudi 25 octobre, un projet de loi élargissant la liste des personnes pouvant être sanctionnées pour avoir fait affaire avec le parti chiite. «Nous allons cibler, déstabiliser et démanteler leurs réseaux opérationnels et financiers, qui étaient nombreux, et qui le sont beaucoup moins maintenant», a-t-il déclaré. Quelques jours plus tôt, le secrétaire américain à la Justice, Jeff Sessions, avait désigné le Hezbollah comme étant une «organisation transnationale criminelle contre laquelle les Etats-Unis vont mener des enquêtes approfondies et engager des poursuites». «Une équipe spéciale de procureurs expérimentés dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogue, le terrorisme, le crime organisé et le blanchiment d’argent va enquêter sur des individus et réseaux soutenant le Hezbollah», a affirmé Jeff Sessions. Le durcissement des sanctions américaines n’est pas une surprise. Dans une interview publiée par le quotidien israélien The Jerusalem Post à la mi-août, un ancien chef du Mossad, Tamir Pardo, avait reconnu qu’il n’était plus possible de vaincre militairement le Hezbollah mais qu’il fallait imposer des sanctions au Liban pour en venir à bout. Cette nouvelle stratégie mise au point entre Washington et ses proches alliés n’a pas échappé au commandement du parti, qui les prend très au sérieux. «Le Hezbollah fait l’objet de pressions, a déclaré Sayyed Hassan Nasrallah dans un de ses discours de Achoura. C’est plutôt une menace psychologique qu’une véritable menace. Ceux qui conspirent contre notre région, comme Israël, les Etats-Unis et leurs alliés, ne reconnaîtront pas notre victoire. Ils ont échoué dans la guerre militaire contre nous, alors ils essaient de nous frapper de l’intérieur».   Le Hezbollah pense que le véritable objectif des mesures américaines est de l’isoler sur le plan interne en le coupant de sa base populaire et de ses soutiens au sein des autres communautés. C’est ce qui expliquerait le fait que les sanctions pourraient être progressivement élargies pour englober des noms et des entités qui ne sont pas forcément liés au parti mais qui appartiennent à des alliés de différentes communautés. Des sources informées affirment, qu’à terme, entre 300 et 1 000 noms seraient inscrits sur les listes américaines. Si elle est prise, une telle mesure risquerait d’avoir de sérieuses répercussions sur l’économie. C’est cela qui a inquiété les diplomates européens et les hommes politiques libanais, qui ont senti que Washington ne se souciait plus de la stabilité du Liban et avait développé un réflexe de Samson, qui a détruit le temple sur sa tête et sur celles de ses ennemis philistins. Le Hezbollah ne reste pas les bras croisés face à ce changement de tactique. Il a lui aussi entamé une nouvelle étape de son parcours politique. La première étape, en 1992, a été son entrée sur la scène politique libanaise avec sa participation aux élections législatives. La deuxième, en 2005, a marqué sa participation au pouvoir exécutif, avec, pour la première fois, des ministres nommés au gouvernement. En 2018, le Hezbollah entame la troisième étape: la conquête de l’administration publique.


 Paul Khalifeh
   

Santé

Le diabète au Liban. Presque un demi-million de cas
Avec 425 millions1 de personnes qui en sont atteintes dans le monde et 464000 au Liban, le diabète est, avec l’hypertension…

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