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Nº 3080 du vendredi 4 août 2017

Pionnière dans le monde de la nutrition et des régimes, on ne présente plus Sawsan Wazzan. Depuis le début des années 90, elle a introduit le concept des diet centers au Liban et dans le monde arabe, sensibilisant le grand public aux avantages d’une alimentation saine et équilibrée. Magazine l’a rencontrée.


Elle a le calme, la gentillesse et la discrétion de son défunt père, l’ancien Premier ministre Chafic Wazzan, et ne cache pas sa fierté d’être sa fille. «C’est mon père qui m’a donné la force. C’est un des plus importants personnages que le Liban ait connu. Il nous a appris à être sérieux, consciencieux et honnêtes. C’est cela qui m’a aidé à être proches des gens».
Son histoire dans le monde de la nutrition est une belle aventure à deux, qu’elle a commencé sur les bancs de l’AUB avec son mari Rifaat Jabri. Elle, diplômée d’un master en nutrition, lui en Food technology. Ils font leurs débuts chez Conserve Moderne Chtaura en tant que contrôleurs de la qualité et de la production. En 1988, lorsque leur maison est touchée par des obus, le couple s’envole pour les Etats-Unis, où il découvre le boom du «diet», un mot encore inconnu au Liban. Deux ans plus tard, ils rentrent au pays et décident d’y introduire ce concept en l’adaptant au goût libanais. «A l’époque les produits ‘diet’ ou sans gras n’existaient pas encore. Nous avons commencé à partir de rien», confie Sawsan Wazzan.

La première franchise
Le premier Diet Center voit le jour en 1990. Le défi pour Sawsan Wazzan était de pouvoir réaliser des plats non seulement faibles en calories mais qui avaient également de la saveur. «Tous les plats arrivent à domicile, y compris les fruits. Il ne reste plus qu’à boire uniquement de l’eau chez soi». Après le succès du Diet Center, Sawsan Wazzan ouvre, en 1994, le Diet Shop. Un an plus tard, c’est l’inauguration de la première franchise Diet Center à Riyad puis à Jeddah, en 1998, à Dammam et au Koweït, et en 2004 au Qatar. A son ouverture, le premier Diet Center au Liban comptait 5 employés. Aujourd’hui, il regroupe 105 salariés au Liban, 1 000 pour les trois centres d’Arabie saoudite, 150 au Koweït et 150 au Qatar.
«Toutes les maladies sont liées à l’alimentation. C’est la raison pour laquelle de nombreux médecins nous envoient leurs patients souffrants de taux élevés de diabète, de cholestérol, d’hypertension, de maladies rénales ou autres», confie Sawsan Wazzan. Elle corrige également les idées reçues concernant la manière de perdre du poids. Selon la spécialiste, un régime réussi est celui qui est basé sur 500 calories de moins que ce dont l’organisme a besoin et qui sont réparties entre 40% de carbohydrates, 30% de protéines et 30% de bonnes graisses. «Ce régime doit être fractionné sur quatre repas: petit déjeuner, déjeuner, collation et dîner».
Initiant une véritable révolution dans ce domaine, une prise de conscience commence à se faire sentir auprès de la population. L’AUB note qu’il existe une forte affluence sur les études en nutrition. De nombreuses universités introduisent un master en la matière. Les médias manifestent également leur intérêt. Sawsan Wazzan participe à des émissions telles que Biggest looser, Star Academy, Mission Fashion, Beauty Clinic. Face à la demande de cuisine saine, plusieurs restaurants font appel à elle pour leurs menus. «C’est toute une éducation et une sensibilisation que nous avons introduites auprès du grand public. Plusieurs universités envoient leurs étudiants faire un stage auprès du Diet Center. Nous sommes aussi devenus une référence en matière de manger sain auprès des chefs qui cherchent à cuisiner des plats ‘healthy’».

Programmes sur mesure
Dans le cadre du Diet Center, Sawsan Wazzan a créé plusieurs programmes, notamment le Detox program, Go flat program, Craving cure program et bien d’autres avec, en parallèle, des programmes taillés sur mesure pour les personnes sportives ou celles souffrant de diabète, d’hypertension ou de cholestérol.
La mise au point de chaque programme prend approximativement un an de travail. Même les enfants et adolescents sont pris en compte par Sawsan Wazzan, qui a conçu un programme destiné aux écoles, où le Diet Center est impliqué dans l’éducation alimentaire des plus jeunes. «Nous apprenons aux enfants à bien manger, à distinguer le bon du mauvais gras, les aliments à éviter, avec 9 h de cours dispensés durant l’année scolaire».
Dans les cuisines impeccables, Sawsan Wazzan a plus l’allure d’une tendre maman que d’une femme d’affaires. Elle n’hésite jamais à mettre la main à la pâte. Avec son staff, elle entretient des rapports chaleureux. Par responsabilité sociale collective, elle emploie 5 personnes aux besoins spécifiques alors que 5 autres suivent un stage dans l’entreprise.
Sa passion pour son travail l’a poussée à créer à Dar el-Aytam, une clinique diététique qu’elle a baptisée du nom de ses défunts parents, Chafic et Wajiha Wazzan, où elle offre un suivi et des menus gratuits. «Nous avons commencé avec 2 000 enfants, aujourd’hui leur nombre s’élève à 11 000. Nous vérifions leur alimentation, réajustons les programmes. On apprend également aux chefs à cuisiner d’une manière saine».
Après 27 ans de carrière, cette grand-mère continue à arriver à son travail dès 7 heures du matin et à quitter tard. Pourtant, elle dit préparer sa retraite. Elle est fière de ses quatre enfants: Lamis, l’aînée, est psychanalyste, Majed s’occupe de la branche de Riyad du Diet Center, Yasmine prépare son master en psychologie à l’Université de Michigan et Asma vient tout juste de terminer son B.S. en Nutrition et Food management à l’Université d’Arizona et se prépare à rejoindre le groupe.

Joëlle Seif

Economiser une partie des frais d’un ménage en veillant à la protection de l’environnement, tel est l’aboutissement de l’installation des panneaux solaires photovoltaïques.
Le Liban produit, à ce stade, 40 mégawatts (MW) d’énergie photovoltaïque. Il est prévu que d’ici la fin de l’année, la production atteigne les 60 MW, pour une consommation de 2 000 MW par an. Ces chiffres fournis par Pierre Khoury, Directeur de la LCEC (Lebanese Center for Energy Conservation), témoignent de la réussite de cette initiative.
 
Win-win situation
Avec plus de 300 jours d’ensoleillement par an, le Liban dispose d’un atout majeur qui en fait l’endroit idéal pour installer des panneaux photovoltaïques. Plus au Sud, les pays du Golfe souffrent d’une surchauffe, freinant l’efficacité et le rendement des panneaux solaires (en raison de la perte de chaleur). À la localisation géographique du Liban, s’ajoute le problème de la pénurie chronique d’électricité. Plus encore, en dépit du manque de larges espaces et du coût élevé des terrains, il demeure que les innombrables toits du pays restent mal exploités. «Produire là où l’on consomme, telle est la nouvelle tendance en Europe lancée par l’Allemagne. C’est le principe d’autoconsommation», affirme Antoine Kaldany, fondateur de Yelloblue. En outre, il y a deux ans, le prix du pétrole variait autour de 120 $ le barril. Les énormes factures énergétiques pour les industriels, les commerciaux et les institutions ont commencé à peser lourd sur leur budget. D’où l’intérêt porté aux panneaux photovoltaïques. Quels en sont les avantages?
● Un système de prêt intéressant - un système solaire au Liban peut générer de l’électricité à un coût très intéressant. En effet, la subvention, par la Banque du Liban (BDL) des prêts accordés à travers les banques commerciales constitue un facteur structurel déterminant. La faiblesse des taux (1% sur 10 ou 14 ans) et le fait que seuls les intérêts sont remboursés, durant les deux premières années, ont fortement contribué à l’essor du photovoltaïque.
● Coût relativement faible du Watt-peak ou Watt-crête (puissance électrique maximale pouvant être fournie dans des conditions standards) installé - selon la structure métallique ou de la structure de montage appliquée le prix du Watt-crête équivaut à 1,5 ou 2$.
● Le rapport kWc (kilowatt-crête)/kWh (kilowatt-heure) – 1 kWc installé produit un peu plus de 1500 kWh par an au Liban.
● Des économies annuelles en matière d’électricité - un panneau solaire permet des économies de 100 $ par an sur la facture d’électricité.
● La baisse des prix des accumulateurs – le recours à cette nouvelle technologie devient de plus en plus accessible surtout avec l’apparition des batteries lithium-ion sur le marché. Un volume minime, une longue durée de vie (qui est passée de 3 ans à 15 ans), une décharge pouvant aller jusqu’à 0% (contre 50% il y a quelques années) et des prix qui ont considérablement chuté. Il y a deux ans, le prix du kWh des batteries équivalait à 1 200$. Aujourd’hui, ce montant tourne autour de 550-600$, d’où une baisse de 50%. Les études montrent que d’ici 2019, le prix du kWh sera fixé à 250 ou 300$.

Natasha Metni

La construction d’un incinérateur dans une capitale est susceptible d’être intégré au paysage urbain sans problème écologique, à condition d’y mettre les moyens. Les installations techniques de traitement de fumée sont coûteuses mais efficaces. En réponse à une question, John Clos, un expert onusien, a donné à Magazine l’exemple de l’incinérateur de Spittelan, à Vienne (Autriche), dont la façade a été conçue par l’un des artistes autrichiens contemporains Friedensreich Hundertwasses, ainsi que l’incinérateur mis en service à Barcelone.

Corruption
1,9 milliard $ de manque à gagner aux douanes

Selon le député Serge Torsarkissian, la corruption au sein de la direction des douanes atteindrait 1,9 milliard de dollars, un montant représentant la valeur des marchandises non déclarées.
Quant aux pots-de-vin versés aux fonctionnaires afin de faciliter les procédures, ils seraient de l’ordre de 150 millions $, a-t-il avancé.

Commerce
Fausses facturations

Entre 2005 et 2014, le pourcentage des fausses facturations commerciales liées à une sortie d’argent ont oscillé entre 1% et 2%. Pour celles liées à une rentrée d’argent, il a varié
entre 1% et 3%.

Capitaux
Deux sources

Les pourcentages des flux de capitaux illicites sont extrapolés de deux sources: les comptes de la balance des paiements et de la balance commerciale.

Sorties et rentrées
Zéro pour cent

Entre 2005 et 2017, les sorties de capitaux liées à la balance des capitaux ont représenté 8% et les rentrées 5%, enregistrant toutefois 0% en 2014.

4,9%
L’indicateur synthétique de la BDL a accusé une hausse de 6,6% en avril 2017 par rapport au même mois un an auparavant, enregistrant ainsi la meilleure performance depuis le début de l’année. Sa moyenne sur les 4 premiers mois de 2017 a représenté 4,9% de croissance sur un an. Les 4 premiers mois des trois dernières années ont enregistré une moyenne de croissance de 2,7%, démontrant une amélioration du rythme de l’activité économique en 2017.  



Fiscalité internationale  
Le Liban signe la convention multilatérale  

Le Liban a signé, au siège de l’OCDE, à Paris, la Convention multilatérale d’assistance administrative mutuelle en matière fiscale, ce qui porte à 111 le nombre de pays signataires.
Cette convention définit quelles sont les autorités responsables du traitement des informations. Au final, cela signifie l’échange automatique d’informations.

1,2 milliards $
Les résultats des ingénieries financières menées par la BDL se sont estompés. La balance des paiements a repris sa tendance déficitaire depuis avril. Le surplus avait enregistré fin 2016 plus de 1,2 milliards $.

 

De l’eau à l’exportation
L’eau, une ressource naturelle intarissable contrairement au pétrole, constitue l’un des atouts du Liban. Depuis 1993, le Liban dispose d’une étude sur la préservation de la pureté de ses ressources hydrauliques et des moyens d’en profiter grâce à la construction de barrages. Ce qui permettrait de satisfaire les besoins locaux et d’exporter près d’un milliard de m3/an. Des études plus récentes ont montré que 80% de l’eau provenant des pluies est polluée, portant atteinte à la santé publique et ne convenant plus à l’irrigation.


56 millions $
La valeur des investissements dans les start-up digitales a augmenté de huit fois entre 2013 et 2016, passant de 7 millions à 56 millions de dollars.

Liliane Mokbel

Le succès n’a pas frappé par hasard à la porte de Tarek Khalifé, Pdg et directeur général de Creditbank S.A.L. Bardé d’un diplôme en Génie et d’un MBA, il a le profil adéquat d’«un banquier». Pourtant, il affirme à Magazine être convaincu que son métier est moins «une formation» qu’«une vocation», laquelle se forge par l’expérience et la pratique au quotidien.


Le rôle du banquier comporte de multiples fonctions et responsabilités. Pour lui, la reconnaissance des atouts de banquier vient des autres: de sa capacité à répondre aux besoins de ses clients à toutes les étapes du processus des programmes financiers qu’il leur propose, après analyse de leurs finances, et de sa réussite à gérer son établissement de crédits.   
Il insiste sur les attributs personnels du banquier: inspirer confiance, faire montre de discrétion, et, surtout, faire preuve, à tout moment, de consistance dans sa politique de gestion des fonds de la clientèle. «Dès lors que le client présente sa demande et son dossier à Creditbank, il devrait être confiant que sa requête ne sera satisfaite que sur la base d’une politique soutenue de l’établissement, en conformité avec les normes et les standards internationaux de la bonne gouvernance, loin de tout opportunisme ou de considérations à connotations politiques», insiste Tarek Khalifé. En un mot comme en mille, le client de Creditbank devrait se sentir en sécurité en fonction des valeurs, des leitmotivs et du momentum de l’établissement.    
Ayant rejoint Creditbank en 1992 et fort de 51% des actions qu’il détient d’une manière directe et indirecte, ce banquier a pu transformer son établissement en l’une des principales banques de la place. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: les dépôts bancaires sont passés de de 22 millions $ en 1993 à 3 milliards $ en 2016 et ses branches de quatre à vingt-cinq au Liban. Cet accomplissement a, par conséquent, fait que, depuis quatre ans Creditbank se classe parmi les quatorze banques de la catégorie Alpha.

Secteur réglementé
Tarek Khalifé réfute l’hypothèse d’un changement des métriques bancaires après la crise financière internationale de 2008. Il est persuadé que les paramètres à prendre en compte sont devenus simplement plus pointilleux, exigeant un alourdissement du poids du «compliance», sur les plans administratif et règlementaire. Néanmoins, pour l’évaluation du profil du client et de la faisabilité de son projet, le banquier mesure toujours le dossier en s’appuyant sur deux axes: la volonté du client à rembourser, liée à sa moralité, et son aptitude à respecter ses engagements sur base de ses compétences en matière de bonne gestion et de solvabilité de son entreprise. Ces mécanismes bancaires, exigeants mais indispensables, pourraient ralentir la productivité des cadres bancaires et entraîner un surplus de coûts des établissements de crédits. «Le secteur bancaire est devenu un domaine hautement règlementé», dit-il.

Croissance
La performance de croissance de Creditbank n’a pas eu lieu du jour au lendemain. Elle est le résultat d’une vision claire et d’une gestion rigoureuse. «Depuis mon implication dans la banque, ma philosophie a constamment été la même, celle d’être au service des entreprises privées et non au service de l’Etat et de sa dette». Il ajoute que cette philosophie ne l’empêche pas de tirer profit des opportunités du marché.
«Notre croissance a été organique. Creditbank a su fournir au secteur privé un financement personnalisé et sur mesure, à travers la mise en place d’une équipe spécialement affectée à cette mission, inscrite dans notre ‘ADN’», a encore dit le patron de Creditbank.  
Tarek Khalifé affirme qu’il «cible la croissance plutôt que la profitabilité», mettant l’accent sur le fait que «la croissance de la banque se reflète par le volume de progression de sa clientèle», dans le sens où la croissance de l’établissement va de pair avec celle de ses clients. Selon lui, l’agrandissement de Creditbank était indispensable pour en faire un fournisseur de services bancaires. D’où l’importance de la mise en place d’une économie d’échelle partant du principe général que la profitabilité s’inscrit dans la durabilité. Dans cet esprit, il était indispensable que la banque atteigne une certaine dimension pour dégager des résultats positifs et, ensuite, générer suffisamment de liquidités pour la distribution de dividendes.

Balance de paiement en recul
Interrogé sur la nouvelle ingénierie financière de la BDL après un élargissement du déficit de la balance de paiement, Tarek Khalifé a insisté sur «la nécessité d’établir une nette distinction entre la réalité des faits et leur perception». «Une fausse perception de l’ingénierie financière, dont on ne connaît pas tous les tenants et aboutissants, conduit à perturber le marché en y émettant inutilement des ondes négatives», prévient-il.
Partant du principe «qu’il n’y pas d’économie sans secteur bancaire», le Pdg de Creditbank assure que «la conjoncture actuelle dans le pays pourrait nécessiter plusieurs interventions structurées avec une vision à long terme que seule détient la BDL». Tarek Khalifé condamne ceux qui critiquent les instruments financiers dont fait usage la Banque centrale, «du moment que nul ne peut prétendre en donner une interprétation exacte et profonde vu l’absence d’informations précises». Il ajoute que l’ingénierie financière initiée par la BDL est «une réaction à un état de fait et non une action».
D’après lui, la BDL et le secteur bancaire ne sont pas responsables du déficit de la balance des paiements, n’étant pas les seuls acteurs sur la scène intérieure et, surtout, n’étant pas des décideurs au niveau des finances de l’Etat. Cette crise ne date pas d’hier, elle a éclaté dans les années 90. «La BDL fait usage d’outils financiers en vue de renforcer la confiance des investisseurs dans le secteur bancaire», dit-il, souhaitant que «l’Etat assume ses responsabilités sur le plan d’une amélioration des recettes publiques et de l’arrêt du gaspillage des deniers publics et de la corruption. En d’autres termes, l’Etat doit trouver les moyens de combler le déficit. Une économie en bonne santé engendre un système bancaire au mieux de sa forme».
Tarek Khalifé assure que le Liban ne se tient pas sur un volcan, qu’il n’y a pas lieu d’évoquer une faillite systémique, insistant avoir été témoin de la croissance d’un grand nombre d’entreprises et de sociétés, dont son propre établissement. Creditbank a enregistré une progression de ses fonds propres de 1,5 million $ en 1992 à 328 millions $ en 2016.

Liliane Mokbel

Rédacteur en chef du JT et présentateur du talk-show politique Bi mawdouyia sur la MTV, rien ne prédestinait Walid Abboud à devenir le journaliste qu’il est aujourd’hui.  

Il aurait voulu être écrivain, dans la même lignée que son grand-père, le grand écrivain Maroun Abboud. Walid Abboud se destinait à l’enseignement des Lettres arabes et souhaitait se consacrer à la recherche, après l’obtention de son doctorat. Le destin en a décidé autrement. Alors qu’il est en première année d’université et qu’il étudie simultanément la littérature arabe et le droit, auxquels il ajoute, en deuxième année, le journalisme, il fait ses débuts à Dar el-Sayyad. «J’ai beaucoup aimé cette expérience, ça me permettait d’épater mes amis à l’université», confie en souriant Walid Abboud. Le jeune homme obtient en parallèle trois licences: Lettres arabes, droit et journalisme et s’implique de plus en plus dans ce dernier domaine. Trois fois inscrit pour le doctorat d’Etat, ses fonctions l’empêcheront toutefois de s’y consacrer. Il écrit dans la revue al-Massira et dans le quotidien al-Hayat et s’occupe de culture et de littérature.

Proche de Gebran Tuéni
En 1990-1991, il débute à la LBCI en tant que producteur de documentaires et de programmes société: Kibarouna, Marhaba Hadara, Kell chaher wa antoum bi kheir. En 1995, il se charge de produire Fakhamet el-Raïs, présenté par Gebran Tuéni. «Face au succès rencontré par cette émission, nous avons enchaîné avec Ri’assiyyat». Persuadé que sa manière de prononcer le «r» constituait un handicap pour apparaître à l’antenne, Walid Abboud se consacre entièrement à la production. En parallèle de ses activités télévisées, il prend en charge, en 1992, la page culturelle du quotidien Nida’ al watan. L’année suivante, Gebran Tuéni lui propose de devenir le rédacteur en chef de Nahar el-chabeb, une fonction qu’il occupera jusqu’à la fermeture du journal en 2001.
Ce n’est qu’en 2006, après l’assassinat de Gebran Tuéni, que le supplément reparaîtra. En 1998, Abboud est approché par la MTV pour produire l’émission présentée par Elie Nacouzi, Sajjil maw’af. Il y restera jusqu’en 2001, lorsque la LBCI lui propose de rejoindre le département des informations.

Qualité d’écoute
Ce n’est finalement qu’en 2003 que Walid Abboud apparaît pour la première fois à l’écran, dans l’émission Nharkom saïd, présentée à l’époque par Dolly Ghanem, May Chidiac et Shada Omar. «Avec le départ de Shada Omar pour la nouvelle chaîne al-Hayat LBC, on m’a proposé de la remplacer. C’est May Chidiac qui fut à l’origine de cette idée. Sur le plan politique, c’était une période en or avec la naissance de la rencontre de Kornet Chehwan, l’adoption de la résolution 1559, le début de la vague des assassinats, l’assassinat de Rafic Hariri, la révolution du Cèdre…».
En 2009, avec la reprise de la MTV, Walid Abboud quitte la LBC où il «ne pouvait plus se réaliser pleinement». Il devient alors rédacteur en chef du journal télévisé de la MTV et présentateur du talk-show politique hebdomadaire de la station Bi mawdouyia. «Le poste était prestigieux. Une manière de contribuer aux décisions».
Figurant aujourd’hui parmi les présentateurs phares de talk-shows politiques, comme Marcel Ghanem ou Georges Salibi, Walid Abboud rejette le concept du numéro 1. «Aucun de nous ne peut faire une émission réussie à lui seul. Nous n’avons pas de notoriété individuelle et nous profitons du rayonnement des chaînes dans lesquelles nous travaillons, car elles sont les plus importantes sur le plan politique et au niveau de la programmation. Notre importance vient de celle de la chaîne». Walid Abboud estime qu’il faut évaluer chaque émission en elle-même. «La télévision peut rendre vaniteux mais aucun présentateur ne peut réussir son émission avec un invité de seconde catégorie. On est en compétition chaque semaine pour être le premier».
Toujours poli et courtois, Walid Abboud sait écouter son interlocuteur et rebondir dans ses questions, selon les déclarations de son invité. Toutefois, il reconnaît être impulsif et passer parfois d’un extrême à l’autre. «Je respecte toujours mon invité. Il m’importe peu d’être la star. J’aime valoriser la personne que je reçois. Je deviens une star si mon émission a été un succès». Certaines interviews ont marqué sa carrière. Walid Abboud se souvient encore de sa première entrevue avec Samir Geagea après sa sortie de prison, qui a eu un grand impact. Il a été aussi très marqué par la première interview réalisée avec May Chidiac après l’attentat dont elle a réchappé, ou encore de ses dernières interviews de Gebran Tuéni et de Georges Haoui.
Pour Walid Abboud, un journaliste ne s’arrête jamais. Il poursuit sa quête de l’information. «Plus on avance dans ce domaine, plus les défis augmentent. L’important n’est pas d’être le premier mais de conserver sa place. Il est beaucoup plus difficile de garder son rang que de se battre pour se faire une place». A l’heure du règne de l’image, Walid Abboud estime que l’apparence physique est importante, mais ce qui compte plus, c’est d’avoir de la personnalité. «Il faut avoir quelque chose de plus à présenter aux gens, afin de susciter un impact, positivement ou négativement. La pire des choses est de passer inaperçu à la télévision».
Des leçons, Walid Abboud n’aime pas en donner. L’idée du «héros» ne le séduit pas. «Les héros m’ennuient. Je préfère la théorie de l’antihéros, elle m’attire davantage». Lorsqu’on évoque sa réussite, il répond, avec un sourire empreint de modestie: «J’ai peut-être réussi, mais je n’ai rien fait d’exceptionnel».

En chiffres

37
La durée, en années, de sa carrière dans les médias.

416
En huit ans, il a déjà présenté 416 épisodes de son émission Bi mawdouyia.

7
L’analogie qui existe entre sa date de naissance le 7 avril 1961 et le retour de la MTV le 7 avril 2009.

Joëlle Seif

C’est sous le signe du développement et de la coopération que fut placée la visite au Liban de Valérie Pécresse, présidente du Conseil régional d’Ile-de-France, les 18 et 19 juillet. Malgré un emploi du temps chargé, elle a accordé en exclusivité à Magazine un entretien dans lequel elle parle des objectifs de son séjour.

Ancienne députée, Valérie Pécresse a été ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche sous le mandat de Nicolas Sarkozy ainsi que ministre du Budget et porte-parole du gouvernement de François Fillon. En 2013, elle a présidé le groupe d’études sur les chrétiens d’Orient à l’Assemblée nationale. Depuis décembre 2015, elle est la présidente du Conseil régional d’Ile-de-France (IDF).
«La collaboration entre l’Ile-de-France et Beyrouth est historique. Elle date des années 90. Elle s’est largement assoupie ces dernières années, mais il faut la réveiller». C’est avec ces paroles que Valérie Pécresse entame l’entretien. Pour elle, cette collaboration est stratégique et repose sur une très solide amitié entre le Liban et l’Ile-de-France, où la communauté franco-libanaise est très puissante. «Je suis accompagnée par mon vice-président Patrick Karam qui est d’origine libanaise, chargé de la citoyenneté et du sport, mon conseiller en communication qui est franco-libanais, Jean-Marc Zakhia. Il existe des ponts qui ont été construits entre le Liban et l’Ile-de-France depuis de nombreuses années».

Le Bois des Pins
Sur le plan de l’environnement, l’IDF a financé en partie la reconstitution du Bois des Pins. «Nous voulons poursuivre cette collaboration. Lorsque j’ai rencontré le maire de Beyrouth, Jamal Itani, nous en avons parlé. Je souhaite que le bois puisse être rouvert. La municipalité de Beyrouth le souhaite également. Nous sommes prêts à travailler sur les projets des maisons botaniques et sur tous les aspects environnementaux liés à la ville», affirme Mme Pécresse. Elle fait également part de la volonté du président de la municipalité de Beyrouth d’utiliser les déchets pour les transformer en gaz et en énergie. «L’IDF est à la pointe sur ces sujets. Nous sommes prêts à apporter notre assistance et notre expertise sur tout projet d’urbanisme, c’est la raison pour laquelle je suis aussi accompagnée par le directeur général de l’Institut d’aménagement et d’urbanisme libanais, organisme associé au Conseil régional d’IDF dirigé par Fouad Awada». Il y a eu des expertises sur tout ce qui est plan de la circulation, la circulation douce, la rénovation. «Nous sommes prêts à accompagner le Liban dans tout ce qui a trait à la rénovation urbaine, qui est un domaine d’expertise de la région IDF».
Concernant la formation au génie urbain, la région IDF projette de financer une formation avec le CNAM (Conseil national des arts et métiers) qui est présent à Beyrouth pour former des spécialistes du génie urbain. «Nous allons élargir la collaboration qui était plus traditionnellement centrée sur l’urbanisme et l’environnement pour l’ouvrir à l’humanitaire et à l’universitaire avec l’ESA, où nous avons financé le FABLAB. Nous allons inscrire Beyrouth dans notre incubateur de startup francophones, SPRINT, qui réunit nos partenaires francophones. Cette année, 200 jeunes entrepreneurs ont bénéficié de ce programme, qui consiste à aider et coacher les jeunes entrepreneurs dans les pays francophones».

Collaboration universitaire
Sur un autre plan, Valérie Pécresse souligne que le Conseil régional d’IDF a proposé, avec la Fondation Charles de Gaulle, d’aider au financement d’un hologramme de l’ancien président français pour l’Institut Charles de Gaulle de l’ESA. Une collaboration est également envisagée avec l’université saint-Joseph. «Nous proposons d’accueillir 10 jeunes doctorants libanais à la Cité internationale de Paris. Il y a beaucoup de Libanais qui viennent étudier en France et nous tenons à la francophonie. Nous voulons leur faire le meilleur accueil».
La présence de Xavier Emmanuelli, ancien ministre de Jacques Chirac et président fondateur du SAMU social de Paris, contribuera à renforcer la collaboration avec l’ONG Amel pour créer un SAMU social à Beyrouth, destiné à s’occuper des enfants de rue.
Concernant le volet culturel, Valérie Pécresse, qui était accompagnée de Fabienne Voisin, directrice de l’Orchestre philharmonique d’IDF, souligne l’échange culturel entre le Liban et la région IDF. Sur le plan sportif, une salle de sport va être aménagée à l’ESA. «Nous allons financer l’équipement de la salle d’escrime à l’ESA et procéder à des échanges d’escrimeurs».

Les chrétiens d’Orient
Fermement engagée sur la question des chrétiens d’Orient, Valérie Pécresse avait présidé, alors qu’elle était députée, un groupe d’études à l’Assemblée nationale s’occupant de la défense des chrétiens d’Orient et des minorités persécutées par l’Etat islamique. Elle fut également à l’origine de la conférence internationale tenue à Paris en 2015 autour de ce thème. C’est ce groupe qui a été le fer de lance pour faire bouger la diplomatie française sur ce sujet, alors qu’elle était un peu réservée sur cette question. Il a permis des avancées considérables au niveau de la diplomatie. Le président Michel Aoun l’a remerciée et félicitée sur son action, au cours d’un entretien. «Il était très fier que quatre étudiants libanais aient intégrés l’école Polytechnique cette année. Il nous a dit qu’il tenait énormément à ces échanges universitaires avec la France. Nous lui avons également fait part de notre souhait de conforter la francophonie. Nous ne voulons pas que les jeunes Libanais cèdent à la tentation des Etats-Unis. Aujourd’hui nous avons introduit des programmes multilingues en France».
Bien qu’elle ne représentait pas l’Etat français dans le cadre de cette visite et qu’elle n’avait pas l’autorité de prendre des positions politiques, la question des réfugiés syriens n’a pas été absente de la rencontre entre le président de la République et Mme Pécresse. «Le général Aoun a souligné le poids très lourd des réfugiés, ces millions de déplacés, qui pèsent sur l’Etat libanais. Je l’ai assuré du soutien de la France pour que l’Etat libanais reste solide, stable et prospère, afin de gérer cette crise migratoire et de travailler
sur la paix en Syrie de manière très urgente, afin que toutes ces personnes puissent rentrer chez elles». Pour elle, la coopération décentralisée constitue, aujourd’hui, une manière moderne d’aider au développement des échanges et à la prospérité des métropoles. «Les capitales sont les moteurs d’un grand nombre de pays. La région d’IDF représente le tiers de la richesse de la France. Je crois que c’est la même chose pour le Liban. Beyrouth est un puissant moteur économique, culturel, universitaire, de recherche, d’innovation. Il existe une coopération naturelle entre Beyrouth et l’IDF. Pour moi c’est une évidence».
Au cours de sa visite, une nouvelle feuille de route a été signée avec le président de la municipalité et le mohafez de la ville de Beyrouth. «Nous aimerions que toutes les études menées grâce à l’IDF sur le plan Lumière (éclairage), sur le plan Vert (espaces verts), plan de la circulation, circulation douce (vélo), transports en commun, puissent maintenant se concrétiser. Nous sommes prêts à travailler sur les appels d’offres et à aider Beyrouth si elle souhaite mettre en œuvre ces projets».
Valérie Pécresse souligne l’importance de la diaspora libanaise en IDF, qui est particulièrement dynamique et apporte beaucoup à la région. «Nous avons recentré les priorités de la région IDF sur trois domaines: là ou nous avons la population d’origine qui sont nos ambassadeurs et qui peuvent aider, là où nous avons des intérêts économiques et là où il y a des besoins humanitaires. Le Liban coche toutes les cases liées à cette stratégie».
Le projet mené par Xavier Emmanuelli en collaboration avec l’ONG Amel s’inscrit dans le cadre du renforcement de l’aide humanitaire. En premier lieu, une action avec les enfants et les jeunes réfugiés et en second lieu, un plaidoyer au niveau de l’Europe avec la participation de la Grèce et de l’Italie. «Nous travaillons sur le socle du SAMU social que mes équipes vont monter ici. La question des réfugiés n’est pas spécifique au Liban, elle concerne toute l’Europe. Il faut que toutes les opinions se réveillent», explique-t-il.

Les transports
Pour son premier séjour au Liban, Valérie Pécresse confie qu’elle est impressionnée par la Résidence des Pins. «On a l’impression d’être dans un livre d’histoire. C’est très émouvant de résider dans ce lieu qui a vu passer tant de grands hommes politiques français, connu tellement d’heures importantes dans l’histoire du Liban. Puis découvrir Beyrouth, avec son bouillonnement et son foisonnement. On a l’impression que la ville est en pleine construction et cela donne l’image d’une grande vitalité. Je découvre que les embouteillages ne sont pas une spécificité parisienne. C’est un signe de vitalité et d’un besoin évident de transports. L’IDF est une experte en situation critique de transports. On peut beaucoup aider à ce niveau».
Profondément féministe, elle estime que l’entrepreneure libanaise est extrêmement «punchy». Pour elle, le soutien à l’émancipation des femmes en Orient est très important. «Je sais que la femme libanaise a beaucoup d’influence sur la société».

Joëlle Seif

Maya Mehri a fondé Biruta, une application mobile audio qui permet de découvrir les recoins de la capitale libanaise en écoutant des histoires réelles ou complètement fictionnelles. Rencontre avec l’entrepreneure.

Pouvez-vous présenter Biruta? Comment avez-vous eu cette idée?
J’ai voulu lancer Biruta il y a deux ans quand un vent de révolte a commencé à souffler dans les rangs de la jeunesse libanaise. De nombreux habitants de la capitale ont exprimé leur désir de changement dans leur ville. A ce moment, une chose qui était si évidente depuis longtemps déjà m’a frappée: les identités de Beyrouth sont multiples.
Il n’existait pas un seul Beyrouth mais plusieurs Beyrouth, et ce sont justement ces multiples et différentes facettes que je voulais faire découvrir. C’est ainsi qu’est née Biruta, la première application audio qui permet de découvrir Beyrouth via toutes ses identités, à travers ses histoires multiples, qu’il s’agisse d’histoires vraies ou imaginées. L’application permet à son utilisateur de découvrir différemment sept quartiers de Beyrouth.

 

Quels sont les challenges que vous rencontrez en tant qu’entrepreneure à Beyrouth?
Ce qui est extrêmement motivant sur la scène libanaise c’est la possibilité de croissance et le bouillonnement d’innovation. La scène créative est assez compétitive, avec de nombreuses personnes qui arrivent avec de nouvelles idées. Personnellement, je perçois cela comme une opportunité plutôt que comme un challenge. Je pense que si le produit proposé crée vraiment un impact et que le consommateur s’y retrouve, cela signifie que vous êtes dans la bonne direction.

Quel est votre objectif ultime avec Biruta ?
Biruta souhaite capturer la beauté du Liban et inviter ses habitants à se réapproprier leur espace, le redécouvrir, explorer leur propre pays et vivre autrement. Idéalement, notre objectif ultime est de répliquer Biruta pour l’ensemble du territoire libanais.

Soraya Hamdan

Traduisant une volonté d’adaptation aux nouvelles mutations du monde du travail, un accord de coopération a été signé entre l’USEK, HEC Montréal et le groupe Debbane Saikali Holding.

Créer une plateforme interactive pour apporter un regard créatif sur les problèmes actuels du monde des affaires, tel est le contexte dans lequel s’inscrit ce partenariat multidimensionnel. Cet accord vise, en effet, à déterminer les critères que l’USEK et HEC Montréal sont tenues de respecter, dans le cadre du programme de gestion «Essentials of MBA». Ce dernier, spécialement conçu par HEC Montréal, est destiné à tous les professionnels et cadres du groupe Debbane Saikali Holding. Assuré en Amérique latine, en Afrique et en Asie, il comprend six sessions de formations. Celles-ci sont dispensées par des enseignants internationaux qui figurent dans la liste des enseignants les plus éminents de HEC Montréal. Il s’agit de renforcer les liens qui devraient exister entre les institutions éducatives et les entreprises, afin de mieux cerner le marché dans son caractère compétitif et variable. L’accord permettra d’opérer un profond changement dans les mentalités, que ce soit au niveau des responsables universitaires ou de celui des responsables du monde des affaires. Doyen de la faculté de Gestion et des Sciences commerciales (FGSC), le Pr Elie Assaf explique qu’«il est demandé à l’université de jouer un rôle moteur dans le développement économique et social». L’introduction de nouveaux cursus ainsi que l’approfondissement de la recherche en sont les principaux vecteurs. C’est dans ce sens que cette coopération réalise une sorte de «complémentarité optimale», source de richesse pour l’économie du pays. Ainsi, «mieux comprendre l’évolution, la modernisation, les changements et les mutations de l’économie mondiale permet-il de répondre intelligemment aux besoins des marchés», comme l’entend le Pr. Assaf.
Société familiale opérant exclusivement dans le domaine agricole à l’origine, les activités du groupe Debbane Saikali Holding s’est élargi pour inclure les fleurs (Exotica), l’énergie, les télécoms, l’immobilier et, tout récemment, la production vinicole. Présente dans 8 pays du Moyen-Orient, mais aussi aux États-Unis, la société a réussi à se développer, en dépit de circonstances défavorables au Liban. «C’est dans le but de la préserver que nous avons décidé de la transformer en véritable entreprise, via la formation de jeunes hommes d’affaires», explique Nadim Saikali, le président du groupe. «En rejoignant notre entreprise, ils pourront bénéficier de notre formation et auront la chance d’intégrer l’une des écoles de gestion les plus prestigieuses mais aussi de profiter des technologies les plus avancées. Outre l’impact positif sur leurs carrières, nous assurons ainsi une continuité grâce à l’éducation», assure-t-il. En mettant son personnel, ses talents, ses ressources et ses relations au service des entreprises, de l’industrie et de l’économie, l’USEK se veut une institution dont l’une des priorités est d’assurer aux jeunes une formation adaptée au goût du jour.

Natasha Metni


 

Dans la grande famille des noix, voici celle du Brésil. Moins connue que ses cousines, la noix du Brésil n’est pourtant pas dépourvue d’intérêt nutritionnel, bien au contraire.

Comme son nom l’indique, ce fruit est originaire d’Améri-que latine, plus parti-culièrement du Brésil et du Paraguay. De forme allongée et aux angles arrondis, la noix du Brésil est généralement recouverte d’une fine pellicule brunâtre, que l’on peut consommer sans souci.
Moins connu que les noix de Grenoble, de macadamia ou de pécan, ce fruit apparaît pourtant comme le champion toutes catégories en matière de sélénium. Un oligo-élément indispensable à l’organisme humain, qui n’est présent qu’à l’état de traces dans la plupart des aliments. Croquer une seule noix du Brésil permet de fournir rien moins que l’apport quotidien recommandé en sélénium. Un atout de taille quand on sait le rôle joué par le sélénium pour lutter, de concert avec la vitamine E (contenue aussi en bonne quantité dans la noix du Brésil), contre l’oxydation provoquée par les radicaux libres. Le sélénium est essentiel pour le fonctionnement du système immunitaire et de la glande thyroïde.
Par ailleurs, comme la plupart de ses cousines, la noix du Brésil contient une quantité appréciable de fibres, permettant notamment de réguler la fonction gastro-intestinale, ou encore de diminuer les taux de cholestérol. Sans oublier que les fibres permettent de contribuer à la sensation de satiété, utile en cas de problème de poids.
Last but not least, la noix du Brésil est riche en phosphore, un minéral utile pour neutraliser les excès d’acides ou d’alcalins dans le pH sanguin. Magnésium et zinc figurent également dans ses composantes. Rappelons que le zinc est important pour la croissance, la réponse immunitaire ainsi que les fonctions neurologiques et reproductives. Il intervient dans le processus de la coagulation sanguine, dans les fonctions de l’hormone thyroïdienne, ainsi que dans le métabolisme de l’insuline. Quant au magnésium, il est essentiel pour le bon fonctionnement de l’organisme, notamment pour la relaxation musculaire.
Petit bémol, mais qui aura son importance pour certains, la noix du Brésil est celle qui contient le plus de matière grasse, après la noix de macadamia ou de pécan. Mieux vaut donc la consommer avec parcimonie, entre une et trois par jour.
Côté cuisine, on pourra la manger telle quelle, hachée ou moulue, ou, pourquoi pas, l’ajouter à des préparations de desserts. En revanche, sa teneur en gras induit qu’elle rancit vite, il faudra donc mieux la choisir en vrac, puis la conserver dans des pots en verre, sous vide ou en conserve, pour préserver sa fraîcheur.

Jenny Saleh

Imperturbable et réfléchi, c’est ainsi que l’on peut qualifier Fadlo R. Khuri, le premier Libanais à présider l’Université américaine de Beyrouth (AUB), depuis 150 ans.   

Pour cet oncologue de 53 ans, père de trois enfants, être en charge de l’AUB revêt une portée symbolique. Issu d’une grande lignée d’anciens de l’Université américaine de Beyrouth, Fadlo R. Khuri considère que sa prise de fonctions en mars 2015 constitue d’abord un retour aux racines. Son père, Raja Khuri, était doyen de la faculté de médecine de l’AUB, et il a lui-même longtemps vécu à Ras Beyrouth, où il dispose toujours d’un appartement hérité de sa mère.
Membre du Conseil d’administration de l’AUB, Fadlo Khuri est témoin des difficultés, surtout financières, auxquelles est confrontée l’université. Malgré le déficit budgétaire, l’AUB a réussi à  maintenir son niveau académique au top. Il est même en nette progression depuis le mandat de John Waterbury (président de 1998 à 2008). On ne peut pas nier d’ailleurs la charge de travail des enseignants qui, en plus de leurs responsabilités pédagogiques classiques, se doivent de parfaire leurs domaines de recherche. D’où la nécessité impérieuse d’augmenter les salaires des employés.
Incapable de se montrer indifférent face à une telle situation, c’est aux côtés de 156 candidats que Khuri se présente pour le poste de président de l’AUB. Parmi les 12 personnes retenues et interviewées, trois sont «mises en compétition». Aujourd’hui, c’est Fadlo R. Khuri qui est à la tête de cette grande institution, considérée comme le premier employeur local après l’Etat libanais. A la question de savoir si c’est sa nationalité libanaise qui a poussé le jury à le choisir pour permettre le redressement de l’AUB, Khuri répond que les Américains qui ont présidé le campus sont tous passés par une période qu’il qualifie de «lune de miel». Leur manque d’expérience concernant le pays du Cèdre et la région a fait que leurs erreurs leur ont été facilement pardonnées. «Lorsque j’ai été élu, je savais que j’allais être évalué sur la base de mes décisions et que cette période de grâce ne me serait pas accordée », confie-t-il. «Je suis né aux Etats-Unis et j’y ai vécu pendant 33 ans, mais j’ai grandi au Liban. L’AUB, je la connais par cœur. La civilisation américaine, je m’en suis abreuvé et le système libanais je l’ai assimilé. C’est donc en tant que Libanais et en tant qu’Américain que je serai jugé», confirme-t-il avec beaucoup d’assurance.

Transparence et efficacité
Depuis 2015, Khuri s’est fixé pour feuille de route de sortir, d’abord, l’université de sa crise. «L’AUB est le meilleur établissement d’enseignement supérieur du Moyen-Orient, mais les frais universitaires onéreux constituent un fardeau pour les familles libanaises», affirme-t-il. « L’ancienne direction a adopté une augmentation du prix du crédit de 8 à 9% par an. Pour faire face, nous avons pris la décision de réduire ce pourcentage à 3%, de renforcer les aides sociales et d’assurer à nos étudiants des prêts simples avec des intérêts minimes», assure l’actuel président, soucieux de permettre au plus grand nombre de jeunes d’accéder aux formations dispensées par l’AUB.
Ses projets à court terme? Faire preuve de transparence, de compétence et d’efficacité pour gagner la confiance du public de l’AUB, mettre fin à la crise financière en gérant de façon modérée le budget annuel et signer un accord avec le syndicat des employés de l’université. Pour relever les défis de l’avenir, M. Khuri estime qu’il est impératif d’investir davantage dans la recherche. «Si vous croyez en quelque chose, il faut investir», insiste-t-il. «Je crois en l’université. C’est la raison pour laquelle nous avons doublé le budget consacré à la recherche, dans le but de servir une société qui n’a plus foi en son gouvernement». Sa stratégie pour faire de l’AUB une institution régie par ses performances académiques, économiques, sociales et environnementales, est axée sur 3 éléments essentiels. Attirer les étudiants, leur fournir un enseignement de qualité et éviter toute discrimination raciale, sociale et culturelle.
Pour Fadlo Khuri, «rien n’est facile à obtenir ou à réaliser. Ce sont les choses qui en valent le plus la peine qui sont les plus éprouvantes. L’AUB est, pour moi, ce qu’il y a de plus important». L’Université américaine de Beyrouth a, d’après lui, joué un rôle crucial dans la «transformation» du Liban et du monde arabe. L’Histoire parle d’elle-même: neuf Jordaniens, tous des anciens de l’AUB, ont occupé les fonctions de Premier ministre dans leur pays. Plus encore, Ismaïl al-Azhari, ancien chef de l’Etat soudanais (en 1965), Ashraf Ghani, l’actuel président de l’Afghanistan, Adnan Pachachi, ancien diplomate et ministre des Affaires étrangères irakien ainsi que de nombreuses autres personnalités ont tous été diplômés de l’AUB. «C’est donc à partir d’une «petite» université qui a vu le jour il y a 150 ans qu’ont émergé des figures reconnues internationalement et qui ont eu un impact crucial sur la conjoncture socio-politico-économique du monde entier», assure Khuri.

Un Janus omniprésent
Propulsé à la tête de l’AUB ou de l’AUBMC (American University of Beirut Medical Center), Fadlo Khuri pilote ces deux institutions selon des approches différentes, académique et médicale. Oncologue de formation, Dr Khuri a longtemps conduit et mené, aux Etats-Unis, des programmes de recherche ainsi que des programmes de formation. Ses multiples expériences professionnelles en tant qu’ancien directeur adjoint du Winship Cancer Institute de l’université d’Emory, ainsi que président du conseil d’administration du Département d’hématologie et d’oncologie de l’Ecole de médecine de l’université d’Emory, entre autres, lui permettent aujourd’hui de diriger solidement les deux structures. Ayant géré, des années durant, un budget dépassant les 50 millions de dollars aux Etats-Unis, il n’est pas étonnant que Dr Khuri ait réussi à sortir l’AUB de l’ornière financière dans laquelle elle se trouvait. «J’estime détenir les compétences requises pour exécuter et mener à bien cette double fonction. Règlementer le médical et administrer l’académique sont complémentaires», atteste Fadlo Khuri.
Fasciné par la science moderne et par tout ce qui relève du fonctionnement des cellules du corps humain, c’est en 1980 que Fadlo R. Khuri s’intéresse à l’impact de la biologie cellulaire sur des domaines relevant de la psychiatrie, des neurosciences et de la cancérologie. Rédacteur en chef du journal Cancer, publié deux fois par semaine par l’American Cancer Society aux Etats-Unis, Fadlo Khuri traite surtout de la recherche clinique et de l’expertise en matière de développement moléculaire, de pronostics et d’approches thérapeutiques et de chimioprévention, pour l’amélioration du traitement des patients souffrant de cancer.
Le cumul de tant de responsabilités poussent à se demander comment l’homme parvient à «régir» tous ces «casquettes». Khuri est un «24 hour-man», qui se suffit de cinq heures de sommeil par jour et consacre une grande partie de son temps à son épouse Lamya Tannous-Khuri, spécialisée en nutrition à l’AUB, ainsi qu’à ses trois enfants Layla, Raja et Rayya.


L’AUB en chiffres
● Avant 1974, l’AUB comptait 55% d’étudiants non Libanais. Aujourd’hui, le pourcentage est tombé à 21%.
● D’après le QS Ranking, l’AUB se classe au 3e rang, derrière deux universités saoudiennes.
● Le nombre d’étudiants à l’AUB s’élève à 8 750.
● L’AUB assure plus de 130 programmes diplômants.


Pour l’innovation intellectuelle
C’est dans son vaste bureau sobre et dégagé, entre deux rendez-vous, que la question des fondements de sa pensée est abordée. «Je crois fortement en l’esprit libéral, parce qu’à mon avis, les idées et les initiatives les plus brillantes émergent de l’être éduqué, bien informé, ouvert à toute discussion et assoiffé de recherche», certifie Khuri. «Je considère qu’être fermé d’esprit ne peut que limiter tout potentiel. C’est ici que réside aussi le secret de l’AUB, qui vise à former les meilleurs scientifiques et les meilleurs penseurs libéraux, en les poussant à croire en eux-mêmes et à toujours vouloir s’instruire. L’un de nos principaux objectifs consiste à apprendre aux Libanais et aux Arabes à créer des opportunités pour une existence plus productive», poursuit-il.
La pression politique de la scène libanaise? Fadlo Khuri ne la craint pas. «Les responsables politiques savent que la stabilité économique du Liban dépend de celle de l’AUB. Nous agissons avec beaucoup de transparence et nous assumons nos choix», assure-t-il. Intransigeant en affaires, Fadlo R. Khuri demeure toutefois un grand humaniste, à la recherche d’échanges intellectuels avec des personnalités de tous bords. C’est d’ailleurs pour cela qu’un partenariat avec l’Université saint-Joseph de Beyrouth, que Khuri considère comme l’une des seules universités prestigieuses du Liban, est en cours de préparation. Le président de l’AUB prévoit aussi de nombreux projets avec une université jordanienne fondée par une princesse jordanienne.

Natasha Metni

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Éditorial
Grille des salaires: deux lectures

Le vote par le Parlement de la grille des salaires de la fonction publique clôt un feuilleton de cinq ans, ponctué de polémiques, de tiraillements et de coups bas entre les forces politiques. En dépit des protestations de certaines catégories, qui s’estiment lésées, notamment les fonctionnaires et les militaires à la retraite, cet ajustement des salaires est, globalement, considéré comme un «exploit», car il permet de renforcer le pouvoir d’achat de 270000 familles. Cependant, des milieux économiques et financiers ne cachent pas leurs craintes des retombés négatives que pourrait avoir cette loi, qui prévoit une batterie d’impôts et de taxes. Parmi les plus mécontents figurent les banques. Celles-ci sont appelées, en effet, à supporter une partie significative du financement de cette grille, dont le coût est de 1700 milliards de livres (1200 milliards pour les fonctionnaires en service et 500 milliards pour les retraités). Les banques débourseront quelque 300 millions de dollars sur un montant total de 1,15 milliard de dollars. Ce financement proviendra d’une augmentation de 5% à 7% de la taxe sur les intérêts (supportée par les déposants), une taxation des profits des banques sur les bons du Trésor et une taxation des transactions des banques cotées en bourse, en plus d’une série d’autres mesures. Le secteur bancaire, qui déclare des profits de 2 milliards de dollars par an, se voit ainsi amputé de 300 millions de dollars, soit 15% de ses bénéfices. Toutefois, des sources économiques affirment que les profits réels des banques sont bien plus importants que ceux qui sont officiellement déclarés.Pour le secteur bancaire, ces nouvelles taxes et impôts auront un impact négatif sur les investissements et sur le coût du capital, ce qui va ralentir la croissance et, par conséquent, la création de nouveaux emplois.Un autre avis estime, toutefois, que le renforcement du pouvoir d’achat de centaines de milliers de Libanais va insuffler une bouffée d’oxygène dans l’économie, en boostant la consommation, ce qui aura pour effet de réunir les conditions nécessaires pour enclencher un cercle vertueux, qui profitera à tous les secteurs et les pans de l’économie. «Pour que ce cercle vertueux puisse voir le jour, il faut que tous les acteurs économiques jouent le jeu», prévient une source économique.Certes, le financement de la grille exigera des banques de réduire leur marge de profit et de procéder à des économies internes. Cependant, la source économique affirme que le secteur bancaire est, malgré tout, satisfait du fait que cette hausse des salaires du secteur public ne s’est pas soldée par un creusement du déficit des finances publiques. Cette source indique que les mesures, les taxes et les impôts prévus par la loi génèreront 1765 milliards de livres, soit un montant légèrement supérieur à la somme nécessaire pour financer l’ajustement des salaires.Encore faut-il que l’Etat se donne les moyens de collecter les impôts et de combattre l’évasion fiscale.


 Paul Khalifeh
   

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