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Nº 3089 du vendredi 4 mai 2018

Manipuler l’image et le son, provoquer les 5 sens de l’être humain pour créer une osmose entre le concret et l’abstrait, le réel et le virtuel, tels sont les pouvoirs que détiendront les futurs diplômés en audiovisuel. Directeur de l’IESAV, Elie Yazbek livre les clés de cette formation.

En quoi consistent les études en audiovisuel?
Ce sont des études qui concernent principalement tous les métiers du cinéma, de la télévision, de la radio, de la publicité, en bref, tous les métiers de l’image, du son et du monde du spectacle (y compris le monde du théâtre). Aujourd’hui, beaucoup de liens se tissent entre l’audiovisuel et le théâtre, ce dernier requérant constamment les techniques audiovisuelles et inversement. La formation est, généralement, très polyvalente où les étudiants apprennent tant les différents métiers qui relèvent de ce domaine,  que les nouvelles techniques etc. Plus encore, c’est tout un bagage culturel qui leur est fourni. En effet, pour être bon dans ce domaine, il ne suffit pas d’être bon en technique. Encore faut-il se doter d’une bonne connaissance de l’actualité et avoir une culture générale assez vaste. S’ajoutent à cela l’ouverture d’esprit, la créativité et la connaissance de la conjoncture socio-politico-culturelle. Au niveau des études, les responsables académiques tentent d’assurer cette polyvalence en mêlant cours techniques, pratiques et théoriques dans le but d’aider les étudiants à mieux gérer leur projet.

Ce monde bouillonne constamment. Comment expliquez-vous cela?
Nous sommes actuellement en plein dans les technologies numériques. On assiste à un grand boom en matière de technologie relative aux films d’animation, aux effets spéciaux, à tout ce qui relève de l’image et du son sur le plan «numérique». Nous essayons, en tant que responsables académiques, tant bien que mal, de développer de nouvelles options, de nouveaux cours qui vont dans ce sens pour être en phase avec ce qui se fait mondialement, avec les besoins du marché. Il est impératif que tout étudiant en audiovisuel puisse, à la fin de son parcours, trouver et occuper de très bons postes. De nos jours, le cinéma a plus ou moins changé de visage, surtout au cours des dix dernières années, avec l’émergence du numérique. Nous sommes donc tenus d’être toujours à jour.

Trouve-t-on facilement du travail?
Il est important de souligner que les débouchés d’une telle formation sont extrêmement nombreux. On n’apprend pas un seul métier mais une vingtaine de métiers très différents. Cela va de l’écriture de scénarios, en passant par des notions très techniques (montage-son-image), jusqu’à arriver aux métiers de réalisation, de production, de mise en scène, de direction, de direction d’acteurs, etc. Au Liban, les diplômés en audiovisuel trouvent facilement du travail. Certes, les crises économiques peuvent toucher parfois certains domaines, mais jusqu’à présent, et même à l’avenir, le potentiel des débouchés liés aux études en audiovisuel ne fera que s’accroître. Il s’agit effectivement d’une trajectoire qui est en pleine expansion mondialement. Au Liban, nous sommes passés d’une production de 3 à 4 films par an à une trentaine. Une vraie explosion. D’autant plus que le marché publicitaire et celui des vidéoclips sont en ébullition. Il en est de même pour le monde du spectacle. Notons que cette formation peut donner accès aux métiers de l’enseignement (aussi bien dans les écoles que dans les universités), aux métiers de la gestion d’espaces culturels et aux métiers de journalisme (presse écrite, télévision, radio). De vastes options de travail au triple niveau local, régional et international.

Que nécessitent les études en audiovisuel?
Pour faire des études en audiovisuel, il n’y a pas de prérequis. L’essentiel, c’est d’être curieux. Etre poussé par l’envie de connaître différentes cultures, de découvrir l’environnement dans lequel nous vivons, de s’approprier les nouvelles technologies, telles sont les principales conditions pour réussir sa formation. Plus encore, il s’agit de maintenir et de préserver sa motivation pour les métiers à exercer, d’aimer ce que l’on fait, et de se passionner pour l’art. Baigner dans un monde artistique est donc nécessaire et c’est à partir de cette flamme minime que l’université peut aider tout candidat intéressé à raviver son feu et à aller très loin. Soyez curieux! Artistiquement, sociologiquement, politiquement, historiquement ou techni-quement, mais soyez curieux!

Natasha Metni

Un tiers des fonds promis par la communauté internationale lors de la conférence de Paris iront à des projets confiés au secteur privé.
 

Alors que CEDRE, la conférence internationale de soutien au Liban organisée le 6 avril à Paris, a permis au pays de récolter 11,5 milliards de dollars en prêts et dons, un tiers de ces fonds doivent être alloués à de grands projets d’infrastructure sous forme de partenariats public-privé (PPP).
Le Capital Investment Program (CIP) présenté par le gouvernement libanais le mois dernier dans la capitale française aux bailleurs de fonds étrangers s’étend sur douze années avec un coût estimé à 23 milliards de dollars.
L’investissement de la première phase de ce plan (4 ans) est lui, évalué à 10,1 milliards de dollars, soit un peu moins que le montant obtenu par Beyrouth auprès de la communauté internationale.
Près de 3,5 milliards de dollars serviront à financer des ouvrages publics d’envergure sous forme de partenariats public-privé. Les premiers chantiers devraient être lancés d’ici deux ans.
En transférant ces investissements au secteur privé, l’Etat évite ainsi d’alourdir une dette de 80,4 milliards de dollars.
Quatre projets ont déjà présentés le 28 mars dernier par le Haut conseil pour la privatisation et les partenariats (HCPP) aux entreprises. Il s’agit de l’agrandissement de l’aéroport de Beyrouth, de la construction de l’autoroute Khaldé-Nahr Ibrahim (avec péage), de la construction de deux centrales électriques et de la création d’un centre national de données.
Si les sommes conséquentes promises à Paris refont souffler un vent d’optimisme quant à l’aboutissement de ces nombreux chantiers – 250 projets au total –, nombre d’observateurs ont émis de sérieuses réserves sur la capacité des décideurs politiques à assurer les conditions favorables à la réussite de ces projets.
Lors d’une conférence organisé à la Suliman S. Olayan School of Business (AUB) trois jours avant la réunion de Paris et intitulée Vers des PPP transparents et responsables, le secrétaire général du HCPP, Ziad Hayek, a rappelé l’importance de la transparence dans la conclusion de ces partenariats entre l’Etat et les entreprises.
Artisan de la loi sur les PPP adoptée en août dernier, Ziad Hayek est longtemps revenu sur ce concept que la nouvelle législation en vigueur – qui prévoit la consultation de toutes les parties prenantes à chaque étape du projet – est désormais censée garantir.
«On ne peut pas faire de PPP sans transparence. S’il y a de la corruption, qu’elle soit réelle ou perçue, alors le projet ne pourra être mis en place ou, s’il est mis à exécution, il rencontrera des difficultés. Or, le Liban a un historique en matière de non respect de la loi», a martelé l’artisan de la loi sur les PPP. Réclamée depuis dix ans par le monde des affaires, la nouvelle législation prône la consultation de toutes les parties prenantes (ministères, municipalités, société civile, etc.) à chaque étape d’un projet. «La question est de savoir si le gouvernement actuel et les prochains appliqueront la loi sur les PPP ou s’ils continueront à conclure des contrats entre ministères sans qu’il y ait de partage de la responsabilité et des informations. Cela est désormais entre les mains des politiciens». 

Attirer les étrangers
Avec ce nouveau cadre, le pays espère attirer les investissements étrangers sur lesquels il mise pour financer une partie de ses travaux de modernisation.
«Le fait que le pays se soit doté d’une loi sur les PPP est définitivement une valeur ajoutée qui devrait susciter l’appétit des investisseurs au Liban», a reconnu Saad Sabra de la Société financière internationale (Banque mondiale). «Mais il y a d’autres considérations à prendre en compte comme l’amélioration du profil de crédit propre à ces projets. La baisse du risque peut se faire en mettant en place un pool de fonds spécifiques qui faciliterait leur concrétisation, ou à travers l’instauration de nouvelles garanties», a poursuivi Saad Sabra. «C’est l’essence de la conférence CEDRE qui vise à provoquer l’appétit du secteur privé à travers des mécanismes incitatifs. Il s’agit même à plus long terme de transférer le risque du secteur public vers le secteur privé, et de ne pas se contenter de la seule amélioration de la réglementation».
Relégué à la 133e place sur 190 pays au classement 2018 du rapport Doing business de la Banque mondiale, le Liban pâtit de la détérioration de son climat des affaires ces dernières années.
Le dernier investissement direct étranger réel remonte à la présence au Liban de Cadbury Adams, qui produisait le chewing-gum Chiclets jusqu’à la fermeture de son usine de Zouk Mikhael en 2013.
«Dans le passé, on pouvait attirer des investisseurs qui venaient et prenaient en charge un secteur entier de l’économie, comme celui de la Poste. Aujourd’hui, ceux-ci sont très réticents à s’engager avec le gouvernement libanais. Il y a beaucoup de PPP que nous n’avons pas été en mesure de remporter. Certains ont été remportés et n’ont pu être achevés», a déploré Ziad Hayek.
S’il veut renouer avec les Investissements directs étrangers (IDE), le Liban devra enfin mettre en place la série de réformes structurelles destinées à relancer la compétitivité de ses entreprises. Parmi elles, le budget 2018 a été adopté in extremis, le 29 mars dernier, soit une semaine avant la rencontre du Liban avec les bailleurs internationaux à Paris.

Philippine de Clermont-Tonnerre

A trois jours des élections, Magazine republie le manuel d’explication de A à  Z du scrutin et de ses enjeux, ainsi que des pronostics par circonscription et par parti, paru dans son édition du 6 avril dernier.
 

 

ALLIANCES
Une analyse approfondie montre que les alliances électorales conclues en prévision des législatives 2018 sont moins incohérentes que ce que l’on pourrait croire. Les bonnes vieilles «habitudes» ont été globalement respectées dans le sens où les ennemis invétérés ne se sont alliés nulle part. C’est le cas pour le Courant du Futur et le Hezbollah, pour les Forces libanaises et le Hezbollah, ou encore pour le Courant patriotique libre (CPL) et les FL. La seule nouveauté de ces élections est l’alliance entre le CPL et le Moustaqbal à Beyrouth I, Zahlé, et Liban-nord III.  

BATAILLES
Si, dans certaines circonscriptions –comme celles du Liban-sud et de Baalbeck-Hermel – les résultats sont connus avant le début des opérations de vote, de féroces batailles auront lieu dans d’autres. C’est notamment le cas de Beyrouth I et II, du Liban-nord II et III, du Metn, de Saïda-Jezzine, de Zahlé et de la Békaa-ouest.    

COURANT PATRIOTIQUE LIBRE
Selon les pronostics de Magazine, préparés en collaboration avec le président du Centre d’information et d’études de Beyrouth, Abdo Saad, le CPL, sans le Tachnag, obtiendrait 22 sièges dans le prochain Parlement. 1 au Akkar; 3 au Liban-nord III: 5 à Jbeil-Kesrouan; 3 au Metn; 2 à Beyrouth I; 2 à Baabda; 2 au Chouf-Aley; 2 à Jezzine; 1 à Zahlé, 1 dans la Békaa-ouest.

 

DECOMPTE
Plus de deux millions de bulletins seraient déposés dans les urnes le 6 mai, soit une participation tournant aux alentours de 56%. En raison de la loi basée sur le mode proportionnel, les experts s’attendent à une légère hausse du taux de participation, qui était de 54,8% lors des dernières élections, en 2009.  

EVIDENCES
Plusieurs évidences se dégagent de ces élections:
● Les batailles se déroulent à deux niveaux. Entre les listes adverses pour le coefficient électoral d’abord; au sein de chaque liste pour le vote préférentiel ensuite.
● A l’exception des chiites, qui présentent un front uni, les autres grandes communautés, notamment les sunnites et les maronites, connaissent des batailles intestines assez dures.   

FORCES LIBANAISES
Les projections montrent que les Forces libanaises formeraient un groupe parlementaire de 10 membres. 3 au Liban-nord III; 1 à Jbeil-Kesrouan; 1 au Metn; 1 à Baabda; 2 au Chouf-Aley; 1 à Beyrouth I; 1 à Zahlé.

GROSSES FORTUNES
L’argent saoudien, qatari et iranien, qui coulait à flots lors des précédentes élections, est pratiquement inexistant en 2018. C’est la raison pour laquelle les grands partis, notamment le CPL, le Moustaqbal, les Forces libanaises et le mouvement Amal, ont intégré dans leurs listes des candidats fortunés. Leur générosité est la bienvenue, et si elle ne vient pas, elle est exigée pour financer la campagne. Si ces personnes sont élues, on pourra dire, sans peur de se tromper, qu’elles ont acheté leur siège.   

HEZBOLLAH
Le bloc de la Résistance compterait 14 députés. 12 des 13 candidats chiites du Hezbollah seraient élus. Le candidat du parti à Jbeil, Hussein Zéaïter, ou celui de Zahlé, Anouar Jomaa, seraient battus. Un sunnite et le maronite de Baalbeck-Hermel, Emile Rahmé, rejoindraient le bloc.

INDEPENDANTS
Les dix-huit indépendants» qui seront élus seront divisés en trois catégories: les centristes, les pro 14-Mars et les proches du 8-Mars. Dans la première catégorie, on compte Myriam Skaff (Zahlé), Farid Haykal el-Khazen (Kesrouan), Michel Murr (Metn), Fouad Makhzoumi (Beyrouth), Nagib Mikati et deux de ses colistiers (Tripoli).
Dans la catégorie des pro 14-Mars, on compte Achraf Rifi et l’un de ses colistiers à Tripoli, Michel Pharaon (Beyrouth I), Boutros Harb (Liban-nord III). Dans ceux qui sont proches du 8-Mars, on peut placer Abdel Rahim Mrad (Békaa-ouest), Oussama Saad (Saïda-Jezzine), Nicolas Fattouche (Zahlé), Jihad al-Samad (Denniyé), Adnane Traboulsi (Ahbache, Beyrouth II) et les deux alaouites de Tripoli et du Akkar, élus grâce au vote préférentiel.
 
JAMAA ISLAMIYA
La branche libanaise des Frères musulmans n’a pu caser aucun de ses candidats avec le Courant du Futur. Isolée, elle s’est rabattue sur le Courant patriotique libre – qui, du coup, a oublié «l’invasion d’Achrafié» du 5 février 2006. Les deux formations se sont alliées à Saïda-Jezzine et au Akkar. Mais aucun candidat de la Jamaa ne parviendra à percer.

KATAEB
Le parti fondé par Pierre Gemayel sera l’un des grands perdants des élections. Il verra son bloc passer de 5 membres dans la chambre actuelle à 3 dans le Parlement 2018. Sami Gemayel au Metn, Nadim Gemayel à Achrafié et Elie Marouni à Zahlé.  

LISTES
77 listes ont été enregistrées au ministère de l’Intérieur à l’expiration du délai, lundi 26 mars. Beyrouth II occupe la tête du classement avec 9 listes et Tyr-Zahrani la queue du peloton avec 2 listes seulement. 7 listes s’affronteront à Zahlé et autant à Tripoli, 5 à Jbeil-Kesrouan, 5 à Baalbeck-Hermel.

MARADA
Avec trois députés seulement (2 à Zghorta et 1 au Koura), les Marada ne parviendraient pas à former un bloc parlementaire… Sauf si l’émir Talal Arslan décide de se joindre à eux.

NABIH BERRY
Le mouvement Amal du président du Parlement a de fortes chances de voir les 13 candidats chiites qu’il aligne tous élus. Le seul échec possible est candidat de la Békaa-ouest. Siègeront aussi au sein du bloc Berry, qui comptera 15 membres, le député grec-catholique de Zahrani, Michel Moussa, et le maronite de Jezzine, Ibrahim Azar.   

OSMOSE
44 députés, appartenant aux différentes composantes de ce qui était appelé le 8-Mars, seront en parfaite osmose au Parlement, sur pratiquement toutes les questions politiques stratégiques. Le 8-Mars contrôlera donc plus du tiers de l’Assemblée, mais aucune coalition ne sera en mesure de réunir les deux tiers des députés, qui constituent le quorum pour la première séance de l’élection présidentielle.  

PSNS
Le Parti syrien national social pourrait constituer une des surprises de ce scrutin, avec 4 députés élus, ce qui lui permettrait de constituer son propre bloc parlementaire. L'ancien ministre de la Défense Albert Mansour, candidat au siège grec-catholique à Baalbeck-Hermel, s’est engagé à siéger au sein du bloc du PSNS, bien qu’il ne soit  pas membre du Parti. Assaad Hardan devrait être élu sans difficulté à Marjeyoun. Ghassan Achkar, dans le Metn, part avec une avance confortable de 7500 voix (5000 voix du PSNS et 2500 voix chiites). Salim Saadé est à l’aise dans le Koura, fief historique du PSNS.

QUID DU PERCHOIR?
Le président Nabih Berry, qui dirige le Parlement depuis 26 ans, sera sans aucun doute réélu pour un nouveau mandat de quatre ans. Toutes les analyses sur la fin de carrière du renard de la politique libanaise ne valent pas l’encre avec laquelle elles ont été écrites.

RISQUES DE GUERRE
Il y a des bruits de bottes au Moyen-Orient, amplifiés par les changements effectués au sein de son admninistration par Donald Trump, qui s’est entouré de faucons et de va-t’en-guerre en les personnes de Mike Pompeo, nommé secrétaire d’Etat, John Bolton, conseiller à la Sécurité nationale et Gina Haspel, à la tête de la CIA. Mais les experts pensent que rien ne devrait se produire avant le 6 mai… Les élections auront donc lieu normalement.

SAAD HARIRI
Il conservera le plus grand bloc parlementaire de l’Assemblée (24 membres), même s’il perd en volume. Selon Abdo Saad, le Courant du Futur remportera 7 sièges à Beyrouth II, 1 (parti Hanchag) à Beyrouth I, 1 au Chouf-Aley, I (Imad al-Khatib) au Liban-sud III, 1 à Saïda-Jezzine (Bahia Hariri), 3 dans la Békaa-ouest, 1 à Zahlé, 1 à Baalbeck-Hermel (Bakr al-Houjairy), 4 au Liban-nord II, 4 au Akkar.

TACHNAG
Autre surprise de taille de ce scrutin, le plus grand parti arménien, longtemps marginalisé, et dont la représentation parlementaire était accaparée par le Courant du futur, reviendrait en force au Parlement avec 5 sièges: trois à Beyrouth I, 1 au Metn et 1 à Zahlé.

 

URNES
Près de 160 urnes seront installées dans des ambassades et des consulats du Liban dans 40 pays pour le vote des Libanais de l’étranger. Près de 83 000 émigrés se sont inscrits dans les pays de la diaspora pour exercer leur droit de vote. Lors du prochain scrutin, en 2022, ils pourront élire 6 députés qui les représenteront, alors que pour les élections de 2018, ils votent pour des candidats représentant leurs circonscriptions d’origine au Liban même.         

VOTE PREFERENTIEL
Le vote préférentiel est l’un des enjeux de ce scrutin. Il provoquera des tensions entre alliés et pourrait même conduire à l’implosion des listes. Les grandes formations qui disposent de plusieurs partisans dans une même circonscription seront obligées soit de répartir leurs voix, soit de sacrifier certains candidats. Autre bizarrerie du vote préférentiel, des candidats qui auraient obtenu largement moins de voix que leurs adversaires dans d’autres listes pourraient quand même être élus. «C’est une invention terrible», avait dit Walid Joumblatt au sujet de la voix préférentielle.

WALID JOUMBLATT
Grâce à la réunification de Aley et du Chouf au sein d’une seule circonscription, le seigneur de Moukhtara tire son épingle du jeu. Son bloc sera composé de 10 membres: 7 au Chouf-Aley; 1 à Beyrouth; 1 à Baabda; 1 à Beyrouth II.

UN PARLEMNET MASCULIN
Le Parlement 2018, comme tous ceux qui l’ont précédé depuis la proclamation du Grand Liban, sera résolument masculin. Quatre femmes seulement seront élues sur 128 députés: Bahia Hariri, Sethrida Geagea, Myriam Skaff et Inaya Ezzeddine. Le Liban a décidément un long chemin à faire avant de voir les femmes jouer un rôle reconnu dans la vie politique.

ZUT
Au vu de tout ce qui précède, on réalise que le changement que tant de Libanais appelaient de leurs vœux ne sera pas au rendez-vous le 6 mai. Machiavélique, la classe politique a réussi à vider la loi électorale de son sens et à la retourner à son avantage pour se refaire une jeunesse. On prend les mêmes et on recommence…

Paul Khalifeh

Définie comme étant un état de sensibilité excessive du corps aux stimulations ou aux changements d’environnement intérieurs ou extérieurs, la migraine n’est pas une fatalité. A quoi est-elle due? Quelles sont les nouveautés thérapeutiques?  

Les migraineux d’après le Dr Kamal Kallab, neurologue et ancien doyen de la Faculté de médecine à l’USEK, sont «les gens de l’extrême centre». La migraine se déclenche chez eux pour un rien. Certains changements d’environnement, intérieurs u extérieurs, peuvent la provoquer. Lorsque, par exemple, nous sommes frappés par la faim, la chute du glucose dans le sang peut causer une migraine. Chez les femmes, la survenue des règles peut provoquer ce mal, en raison du changement hormonal.
Les variations météo peuvent être aussi en cause. D’autres facteurs, comme la contrariété psychique, le manque de sommeil, certains aliments, etc. sont susceptibles d’être à l’origine de cette douleur, surtout chez les personnes qui ont un seuil de réactivité bas aux modifications de l’environnement. Cela fait partie de la constitution de leur corps, puisqu’elles ont une sensibilité excessive.
Fort heureusement, une personne migraineuse ne vit pas toute sa vie dans la souffrance. Elle fait, certes, face à des périodes difficiles. Cela se manifeste par des douleurs intenses, par la longévité de chaque épisode. Le «patient» peut souffrir, pendant cette période, 3 à 4 fois par semaine, voire même tous les jours. En revanche, dans le cadre des phases «faciles», il s’agit d’une petite migraine qu’une simple tasse de café peut calmer. Celles-ci sont généralement plus longues que les mauvaises périodes. Le Dr Kallab précise que les migraines peuvent s’estomper avec l’âge, principalement chez les femmes après la ménopause, avec une stabilisation des hormones. La gent féminine souffre davantage de migraine que les hommes, en raison du facteur supplémentaire d’instabilité dans leur organisme, à savoir le changement hormonal. L’hérédité joue aussi un rôle important dans la transmission de la migraine de génération en génération.

Quels traitements?
La migraine est très fréquente dans la population. « Le Liban doit avoir une prévalence égale à celle des autres pays. Dans ceux où l’on a entrepris des statistiques, 40% des individus sont migraineux. Sauf que sur les 40%, les trois quarts souffrent d’une petite migraine qu’ils sont capables de gérer seuls. Les autres ont besoin de se rendre chez un médecin », explique le Dr Kallab. Qu’en est-il du traitement ? Le traitement de la migraine n’est pas un traitement essentiel mais un traitement de qualité de vie. Dans les périodes dites «faciles» la prise d’antalgiques au besoin, suffit. Mais si la crise est plus douloureuse, 3 étapes sont impératives pour le traitement. Le premier c’est ce que le Dr. Kallab appelle les conseils de grand-mère: en essayant d’éviter les facteurs déclencheurs. Par exemple, éviter d’avoir froid aux pieds, la chaleur, la déshydratation, la faim, le manque de sommeil, etc.
Le deuxième volet consiste en un traitement préventif, pour pallier la survenue des crises. Plusieurs classes thérapeutiques peuvent être utilisées, en fonction de l’état de santé du malade, de ses antécédents médicaux. Ce sont notamment des comprimés à prendre tous les jours pendant 3 à 6 mois. Enfin, on peut recourir à des antalgiques spécifiques pour la migraine.

Les anticorps monoclonaux
Une classe thérapeutique envahit de plus en plus tous les champs de la médecine actuellement. Après les maladies inflammatoires et le cancer, ces anticorps s’«attaquent» aujourd’hui à la migraine. Traitement efficace bientôt disponible au Liban, il n’en demeure pas moins que des effets secondaires peuvent se présenter (augmentation de la possibilité d’attraper des infections et affaiblissement de l’immunité). Son prix, très cher, peut constituer une entrave.
Les recherches démontrent que l’origine des céphalées se situe au niveau de la pie-mère (une couche des méninges collée au cerveau et servant à le nourrir) et non au niveau de la dure-mère (couche des méninges externe et très résistante qui joue le rôle de protection du cerveau). Bien que les chercheurs affirment que l’identification des récepteurs impliqués dans la détection des messages douloureux pourrait constituer un nouvel axe de recherche pour le traitement de la migraine, le Dr Kallab précise qu’il ne s’agit que d’un simple détail qui ne suffira pas à révolutionner la prise en charge thérapeutique.

Natasha Metni

Nasrallah-Souleimani
Rencontre secrète au Liban?

Une source proche du Hezbollah interrogée par Magazine s'est abstenue de commenter l'information selon laquelle le chef de Faylaq al-Qods, la brigade d'élite des Gardiens de la révolution iranienne, le général Kassem Souleimani, aurait secrètement rencontré le secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, au Liban. Plusieurs sources ont rapporté que le général Souleimani aurait inspecté l'aéroport T4, dans la province de Homs, bombardé le 9 avril par l'aviation israélienne, et où sept militaires iraniens au moins auraient été tués. Le général iranien serait ensuite venu au Liban, où il aurait procédé à une évaluation politique et militaire des derniers développements en Syrie et dans la région avec Sayyed Nasrallah. La source du Hezbollah précise cependant que "les concertations entre les alliés sont régulières et se sont intensifiées ces derniers temps".

Un Dan.338 dans une cache de l'EI
Lors du ratissage des régions anciennement contrôlées par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI) dans les jurd de Ras-Baalbeck et Qaa, les services de sécurité libanais ont fait une découverte surprenante. Ils ont saisi un fusil israélien à précision avec des lunettes de vision nocturne Dan.338. Ce fusil, utilisé par les snipers, est réputé comme étant le plus précis au monde. Pesant 6 kg seulement, il peut atteindre des cibles situées à 1 200 m.


La Syrie «colonisée» par ses alliés?
Des milieux de l'opposition syrienne dénoncent ce qu'ils appellent une "colonisation de la Syrie" par le Hezbollah et par les Iraniens. Selon eux, des milliers de familles de combattants du Hezbollah et des Gardiens de la révolution, tombés en Syrie, auraient reçu en récompense des maisons et des appartements abandonnés par des exilés ou des réfugiés syriens connus pour leurs sympathies pour l'opposition. Ces cas individuels seraient devenus un phénomène, au fils des mois, si bien que des quartiers entiers sont désormais habités par des familles libanaises et iraniennes. Cette "colonisation" toucherait des régions de la province de Homs, surtout celles qui sont proches de la frontière avec le Liban. Interrogées par Magazine, une source du Hezbollah a estimé que ces "allégations ne méritent même pas d'être démenties".

1 500
détenus islamistes dans les prisons libanaises devraient bénéficier de la loi d'aministie en gestation. Parmi eux figurent certains condamnés ayant participé à des actes terroristes ou à des attaques contre l'armée et les forces de sécurité. Toutefois, ce texte, reporté depuis des mois,  a peu de chance d'être adopté à cause des divergences entre les responsables. Certains veulent y inclure les 3 000 Libanais réfugiés en Israël, d'autres les 48 000 suspects, chiites en majorité, qui font l'objet de mandats d'arrêt.

La Syrie entre les deux Joseph
Le chef du Comandement central américain (CentCom), le général Joseph Votel, qui a visité le Liban le 20 avril, aurait surtout évoqué avec le commandant en chef de l'armée, le général Joseph Aoun, la situation militaire en Syrie. Ce pays, où des troupes US sont déployées, fait partie de la zone de responsabilité de Votel.  L'officier supérieur américain s'est ensuite rendu à Tel-Aviv, où certains  médias l'ont présenté comme le "chef des forces américains opérationnelles en Syrie".

Coopération
La coopération judiciaire et sécuritaire entre le Liban et l'Irak a atteint ses plus hauts niveaux et devrait être un modèle pour tous les pays arabes. Ce commentaire d'un responsable d'un service de sécurité libanais est intervenu après l'extradition vers l'Irak, en février dernier, d'un ancien ministre du Commerce irakien, Abdel Falah al-Soudani, accusé de détournement de fonds et de corruption alors qu'il était en fonction, en 2009. L'ex-ministre était arrivé au Liban en septembre 2017. Les services de sécurité libanais et irakiens échangent des informations d'une manière régulière, surtout dans les domaines liés au terrorisme. Beyrouth a déjà livré à l'Irak plusieurs suspects.

Aïn el-Héloué
Mounir Maqdah incontournable
Le général Mounir Maqdah fait face, depuis des années, à des tentatives d'isolement politique, d'etouffement financier et d'intimidation sécuritaire. La dernière en date est la découverte, le 15 avril, non loin de son domicile dans le camp de Aïn el-Héloué (Est de Saïda) d'une charge piégée. Le général Maqdah a démenti l'information mais des sources palestiniennes ont précisé qu'un petit colis explosif, sans détonateur, a bien été retrouvé près de la maison de l'ancien chef des forces du Fateh au Liban. Le tempérament jugé trop indépendant du général Maqdah lui a créé de nombreux ennemis au sein de la direction palestinienne à Ramallah. Certains hauts responsables libanais de la sécurité n'apprécient pas non plus son refus de se transformer "en informateur première classe", selon les mêmes sources. Cependant, malgré toutes les tentatives de la marginaliser, le général Maqdah reste une personnalité incontournable à Aïn el-Héloué.



Flou autour des S300 à la Syrie
La Russie laisse planer le flou sur ses intentions concernant la livraison, à la Syrie, de systèmes de défense antiaérienne S300, dans le cadre d'un contrat signé en 2010 et jamais entièrement exécuté pour des raisons géopolitiques. En effet, le déploiement d'un tel dispositif paralyserait l'aviation israélienne, ce qui est perçu par l'Etat hébreu comme une ligne rouge infranchissable. Mais après les frappes tripartites occidentales le 14 avril, le ministère russe de la Défense avait dit qu'il recommanderait aux dirigeants politiques la mise en oeuvre de ce contrat. Une source militaro-diplomatique russe a, quant à elle, démenti la livraison de quattre batteries de S300 à la Syrie à la mi-avril.  

Les repentis d'al-Assir
D'excellents informateurs De nombreux partisans repentis du cheikh radical sunnite Ahmad al-Assir, qui est actuellement jugé par le tribunal militaire, seraient devenus de précieuses sources d'informations pour les services de sécurité libanais au sujet de la mouvance salafiste. Un responsable de la sécurité a révélé à Magazine que "les informations les plus fiables sont généralement celles qui sont rapportées par les ex-partisans d'al-Assir". Les "rapports" de ces militants islamistes reconvertis dans le "métier" d'informateur permettent de maintenir sous surveillance les milieux salafistes extrémistes, ce qui les empêche de s'organiser en cellules et en réseaux et limite, de la sorte, leur capacité de nuisance.

Oussama Hamdane tâte le terrain
L'ancien représentant du Hamas au LIban, Oussama Hamdane, devenu aujourd'hui porte-parole pour les relations internationales du mouvement islamiste palestinien, aurait effectué quatre séjours au Liban depuis le début de l'année, selon des sources bien informées. A chaque fois, le but de la visite était le même: explorer les possibilités de rétablir le contact entre le Hamas et les autorités syriennes. Ces mêmes sources précisent que le responsable palestinien a sollicité la médiation du Hezbollah mais aussi celle du Parti syrien national social (PSNS) et d'un richissime homme d'affaires palestinien basé à Damas et qui entretient de bonnes relations avec de hauts responsables syriens. La réponse de Damas a été évasive, sans fermer totalement la porte à une éventuelle médiation mais en laissant entendre que le moment propice n'était pas encore venu pour une telle démarche. 


Des yeux et des oreilles partout
Avant la guerre de 2006, le Hezbollah disposaient d'un réseau de miradors et de postes d'observation tout au long de la frontière méridionale. Après la guerre et le déploiement de l'armée libanaise et de la Finul renforcée, le parti de la Résistance a dû démanteler son dispositif, vu que la résolution 1701 lui interdit toute présence visible au sud du Litani. Mais cela ne l'a pas empêché de trouver d'autres moyens pour continuer à surveiller les travaux et mouvements de l'autre côté de la frontière. Les moindres faits et gestes des Israéliens sont observés photographiés ou filmés. Le média militaire du Hezbollah (al-Ihlam al-Harbi) ne se prive pas de diffuser des images de soldats ou de véhicules militaires, parfois prises à des kilomètres de distance, dans le cadre de la guerre psychologique. Les autorités israéliennes se sont plaints à plusieurs reprises auprès de la Finul de l'activité du Hezbollah près de la frontière mais les Casques bleus n'ont jamais pu la prouver.

 

Frappes tripartites en Syrie, alignement français sur les positions américaines, renégociation éventuelle de l’accord sur le nucléaire iranien, autant de dossiers qui laissent entrevoir une nouvelle guerre froide inquiétante. Caroline Galactéros, présidente du think tank Geopragma (Pôle français de géopolitique réaliste), fait le point sur ces développements qui pourraient bien enflammer la région.

Lors d’une interview accordée à Fox News le 22 avril, Emmanuel Macron a affirmé que les Etats-Unis et leurs alliés devraient rester en Syrie pour reconstruire une «nouvelle Syrie» et contrer l’influence de l’Iran et de Bachar el-Assad dans ce pays. Que peut-on attendre de la visite d’Emmanuel Macron à Washington? La France est-elle définitivement alignée sur les positions américaines?
Je souhaite de tout cœur que ce ne soit pas le cas. Paris n’a aucun intérêt à un quelconque alignement sur les Etats-Unis. Notre ADN stratégique doit redevenir celui d’une indépendance assumée de pensée et d’action et d’une analyse de la conflictualité mondiale et du rôle que nous, Français, devons y jouer en fonction de nos intérêts nationaux stricts et de nos «avantages comparatifs».  
Nous n’avons à mon sens rien gagné, si ce n’est mépris et discrédit, à nous laisser entraîner pour complaire à Washington, à frapper de manière précipitée et suspecte, hors mandat de l’Onu et sans preuves la Syrie qui n’attaquait personne. Les objectifs américains au Moyen-Orient ne sont pas les nôtres. Ils sont fondés sur le double ciblage de l’Iran – pour complaire à Israël – et de la Russie pour limiter son influence régionale et empêcher toute autonomisation de l’Europe en matière stratégique, qu’une relation normale et pacifiée avec Moscou pourrait enclencher.
Pour notre président, il s’agit d’aller à Washington pour nourrir sa relation avec le président américain, bien plus pragmatique et créatif que ses tweets compulsifs ne le laissent penser, puis à Moscou dans quelques semaines, non pour faire allégeance à l’un ou à l’autre, mais pour montrer à Donald Trump tout l’intérêt qu’il y a pour lui à avoir comme alliée (non comme vassale alignée) une France qui peut, veut et sait parler à tout le monde, y compris à Moscou et à Téhéran, préservant ainsi d’importants canaux de communication dans une atmosphère où le dogmatisme ignorant, le cynisme et le manichéisme font peser de véritables menaces non seulement sur la paix mondiale.
Tout est fait pour que la guerre en Syrie reparte de plus belle, que les Russes perdent patience et que les Iraniens reprennent leur quête de sanctuarisation nucléaire si l’Amérique, foulant de nouveau au pied le droit international, sort de l’accord multilatéral sur le nucléaire iranien. Attention pour la France à ne pas tomber dans le piège narcissique que l’on nous tend. L’entourage redoutable de Donald Trump, qui déteste son imprévisibilité et le contrôle désormais étroitement, ne supporte pas les esprits indépendants et on veut clairement nous faire rentrer dans le rang en jouant sur notre besoin d’exister et de compter. Nous pouvons et devons compter autrement.

Le 15 avril, après que Macron ait affirmé que les Etats-Unis allaient rester en Syrie, il s’est vu contredit dans la journée par la Maison-Blanche. Dans le même temps, lors des jours précédents et suivants les frappes, on a assisté à de nombreux moments de flou dans les positions de l’Administration américaine, entre les tweets belliqueux de Trump et les déclarations plus posées des militaires. Beaucoup d’hésitations et de couacs qui rendent souvent illisible la politique US. Que penser de la proposition américaine d’envoyer une «force arabe» au nord-est de la Syrie? Finalement, les Etats-Unis ont-ils une stratégie en Syrie (autre que contenir l’Iran)? 
Je n’ai jamais cru au discours lénifiant sur l’improvisation stratégique américaine, la concurrence des think tank et des courants intellectuels, etc… Cette diversité erratique est évidemment une composante d’une posture globale qui elle, ne change guère sauf dans ses modalités d’application. Au Moyen-Orient, depuis au moins 35 ans, par le déclenchement ou l’entretien de conflits, il s’agit pour Washington de purger périodiquement la région de ses excès de pétrodollars qui la rendent dangereuse pour l’économie américaine, de prévenir toute unification politique de la nation arabe (d’où la déstabilisation méthodique des grands Etats musulmans laïcs), de s’appuyer sur des autocrates tant qu’ils obéissent sinon de les faire taire, d’empêcher (comme en Europe) toute puissance régionale (Russie, Turquie et naturellement Iran) de prendre l’ascendant local et, last but not least, de préserver le déséquilibre stratégique en matière nucléaire au profit ultime d’Israël, son allié stratégique majeur.
Dans le contexte actuel où est en train de se structurer une nouvelle bipolarité «de tête» entre Washington et Pékin, il devient d’autant plus important de maîtriser ses affidés, régionaux comme européens, et d’empêcher la Russie de faire un come-back humiliant et gênant pour les alliances jugées nécessaires (avec l’Arabie saoudite) et même avec la Turquie. Cela donne un jeu apparemment incohérent donc peu lisible, mais en fait assez clair. La présence américaine, directe ou indirecte, demeurera en Syrie (sans doute à l’est de l’Euphrate en effet) et en Irak, même si les Irakiens s’en émeuvent et cherchent à diversifier leurs appuis. D’autant plus que Moscou chasse aussi sur les terres saoudiennes et consolide son influence en Egypte et en Algérie.

Déjà affaiblie diplomatiquement lors du mandat de François Hollande, la France ne s’est-elle pas définitivement discréditée au Moyen-Orient?
Dieu merci, rien n’est jamais définitif en matière internationale. Mais il faut cesser de s’enferrer dans nos lourdes erreurs passées, de chercher à escamoter «le troisième larron» dans le conflit syrien entre Daech et l’épouvantable Bachar. C’est un conte pour enfants qui ne trompe plus personne. Nous devons adopter une posture pragmatique pour être enfin utiles. En Syrie, cela signifie rompre avec tout soutien politique ou concret à l’engeance islamiste sunnite qui agit comme un retardateur du «moment politique» pour ce malheureux pays. Cela signifie aussi joindre nos efforts diplomatiques à ceux des Russes et des Iraniens. Plus nous attendons plus nous nous enfonçons dans un «anti-russisme» et un «anti-iranisme» primitifs, plus nous nous décrédibilisons, nous nous marginalisons et démontrons notre ignorance entêtée des véritables lignes rouges de la région que nous ne sommes pas les seuls à définir.

Quel était le véritable objectif des frappes du 14 avril? Tenter de rééquilibrer un rapport de forces trop défavorable au camp atlantiste?
Je crains que oui au plan local. Mais à l’échelle globale, il s’agissait par cette opération punitive et précipitée de manifester une repolarisation idéologique, politique et sécuritaire autour de l’Alliance atlantique mais plus encore de l’Amérique qui la contrôle.  

Donald Trump menace de se retirer de l'accord sur le nucléaire si les signataires européens ne durcissent pas ses conditions d›ici au 12 mai. Que peut-il se passer? Les Européens peuvent-ils encore le convaincre de maintenir l›accord? D’un autre côté, les Iraniens estiment-ils que les Européens (ou du moins la France) sont encore des partenaires fiables?
Pour les Russes, de moins en moins, ainsi que l’a récemment dit Dmitri Peskov, porte-parole du président Poutine, durant l’affaire Skripal et l’hystérie antirusse à laquelle elle a donné lieu. Les Iraniens quant à eux, sont évidemment déçus mais surtout inquiets de voir les fissures apparaître dans la résolution des signataires européens de l’accord de juillet 2015, dont certains commencent à évoquer une possible renégociation. Seul Paris est encore sur une ligne légaliste stricte ainsi que vient de le rappeler notre président. Sur ce sujet, nous avons un rôle très important à jouer pour empêcher ceux qui veulent la montée des tensions et pourquoi pas l’affrontement, de l’emporter. 

 

Lors de cette crise entre Etats-Unis et Russie, la Turquie s’est posée en médiatrice, après s’être rapprochée de Moscou pour combattre les Kurdes à sa frontière. Erdogan veut-il s’éloigner de l’OTAN? Son rapprochement avec Moscou est-il tactique ou stratégique? Va-t-il être obligé de choisir entre Otan et Russie?
La Turquie a tout à gagner à rester dans l’OTAN. Ce statut d’allié majeur et massif du Flanc sud de l’Alliance est stratégique pour Ankara, et Washington soutient de fait l’offensive contre les Kurdes et veut évidemment conserver la Turquie dans l’Alliance pour cette présence aux frontières du chaudron moyen-oriental. Cela permet à Ankara de jouer sur tous les tableaux, de pratiquer le chantage à grande échelle vis-à-vis de l’Amérique et de l’OTAN (contre la Russie) de la Russie, de l’Iran et de la Syrie (contre l’Amérique), enfin envers l’Europe sur la question des migrants. Chacun a besoin de la Turquie, les enchères montent et les Kurdes trinquent… Ce qui démontre bien, si besoin était, le niveau de cynisme auquel notre moralisme et nos bons sentiments déclaratoires servent de paravent transparent. Et je ne parle même pas du Yémen.

En 2017, Trump, comme Macron, paraissaient plutôt conciliants envers Vladimir Poutine. Aujourd’hui, les positions se sont durcies, également du côté du Royaume-Uni, empêtré dans l’affaire Skripal. Est-on entré dans une nouvelle guerre froide qui ne dit pas son nom et qui pourrait se jouer au travers d’une guerre régionale au Moyen-Orient?
C’est à mon avis précisément parce que cette phase constructive s’était en effet ébauchée il y a un an que nous avons subi une «reprise en main», via une manœuvre déterminée de contre-influence et de repolarisation des alliances. Rares sont finalement ceux qui recherchent vraiment l’apaisement. Le gigantisme des intérêts économiques, industriels, financiers et énergétiques, qui constitue l’arrière-fond de l’actualité internationale, est un facteur belligène important sans parler des corporatismes technocratiques, des divers lobbies, des castes, chapelles et écoles qui n’ont que peu d’intérêt à voir l’esprit de conciliation avancer. Nous sommes en effet entraînés dans une forme de nouvelle guerre froide, à mon sens plus dangereuse que l’ancienne, car les méthodes ont changé, les codes de pensée et de conduite ont explosés, les acteurs se sont multipliés et plus personne ne prise la paix puisque la plupart de ces dirigeants n’ont connu la guerre que d’assez loin, semble-t-il.

Jenny Saleh

Avec la fermeture de l’ambassade de France et des services consulaires associés en Syrie, le 6 mars 2012, la plupart des Français qui y résidaient en tant qu’expatriés ont quitté le pays pour rejoindre des cieux plus cléments. Un millier d’irréductibles a cependant choisi de rester contre vents et marées.

Ils seraient encore environ 1000 sur l’ensemble du territoire syrien. Mille Français à avoir choisi de rester dans leur pays d’accueil, leur pays de cœur, malgré la guerre qui sévit depuis déjà sept ans. Il est impossible de connaître exactement leur nombre ou leur localisation, le Consulat général de Beyrouth ainsi que le Quai d’Orsay, n’ayant pas souhaité répondre aux questions de Magazine. Fabienne Blineau, conseillère consulaire pour le Liban et la Syrie, qui avance ce chiffre, souligne qu’«il y a encore des compatriotes non enregistrés que l’on découvre parfois, et qui sont ravis de renouer le lien». Un constat qui interroge. Les autorités françaises connaissent-elles avec précision le nombre de leurs ressortissants encore sur place, sont-ils localisés?
Si la plupart de ces ressortissants sont des binationaux, environ 10% d’entre eux sont des Français à 100%.
Le 6 mars 2012, alors que le conflit dure déjà depuis un an, le Quai d’Orsay décide subitement de fermer ses représentations diplomatiques et consulaires en Syrie. Pour ces Français établis en Syrie, parfois depuis plus de trente ans, c’est l’incompréhension. Car la rupture diplomatique entre leur pays d’origine et leur pays d’adoption est lourde de sens. Une circulaire informe les ressortissants établis en Syrie qu’ils devront désormais passer par le consulat général de France à Beyrouth pour obtenir les services (état-civil, aide sociale, etc.). La délivrance des passeports, elle, peut s’effectuer auprès du poste consulaire le plus facilement accessible pour eux ou dans une mairie, s’ils se trouvent sur le territoire français. Les demandes d’état-civil (transcription, actes, etc.) doivent désormais être adressées au Service central d’état-civil situé à Nantes, en Bretagne. Quant aux affaires dites sociales, concernant les éventuelles aides attribuées aux ressortissants français, c’est aussi le consulat de Beyrouth qui s’en trouve chargé et qui reçoit désormais les crédits correspondants pour assurer le versement des allocations aux bénéficiaires. Ces procédures, censées faciliter la vie des Français qui ont choisi de rester en Syrie, ne sont pas si évidentes que ça. Surtout lorsqu’il s’agit de parcourir des centaines de kilomètres et d’avaler des heures de route pour des formalités, quand on vit dans un pays en guerre. En cas d’urgence, ils pourraient compter sur l’aide de l’ambassade de Roumanie, avec qui un accord a été passé, ou même l’ambassade du Brésil, à titre amical, comme l’indique Fabienne Blineau.

Le volet culturel disparaît
Malgré ces difficultés, la plupart des Français et binationaux interrogés par Magazine soulignent que la fermeture de la chancellerie et des représentations consulaires n’a pas changé grand-chose pour eux. C’est le cas par exemple de Lucianne Béranger, qui vit à Damas depuis 1985. «Je n’avais pas beaucoup de rapport avec l’ambassade finalement. J’ai renouvelé mon passeport au consulat de Beyrouth, où une dame s’est très bien occupée de moi», souligne-t-elle. Elle se dit même «reconnaissante envers le service social, sans l’aide de qui elle ne pourrait pas continuer à vivre en Syrie la vie qu’elle a choisie, entourée de ses amis. J’ai été aidée pour une opération de prothèse de hanche et je reçois une aide mensuelle. Sinon, je n’y arriverai pas». En revanche, cette ex-enseignante au Centre culturel français de Damas regrette de ne pas avoir pu voter pour les élections présidentielles en 2017. «Je suis venue à Beyrouth pour cela, et j’ai appris une fois sur place que je ne figurais pas sur les listes électorales. J’ignorais qu’il fallait s’y inscrire, étant donné qu’à Damas, du moment qu’on avait notre carte consulaire, on était inscrit d’office. Ceci dit, tempère-t-elle, je ne me sens pas du tout oubliée par les autorités françaises».
Même son de cloche du côté de Bachar Salloum, un binational de 59 ans installé en Syrie depuis 2009 ainsi qu’un autre Français, chercheur, qui préfère garder l’anonymat. Ils avaient finalement peu recours aux services consulaires à Damas et se débrouillent pour renouveler leurs papiers lors de leurs séjours en France. Kifah el-Sayed, binational désormais installé à Damas, se souvient de la fermeture du consulat d’Alep, fin 2011: «C’était très bête pour nous, d’autant qu’il s’agissait du plus ancien consulat historique au monde» (depuis 1532, ndlr).
En revanche, la disparition pure et simple du volet culturel de la représentation française en Syrie les a beaucoup plus touchés. «On nous avait dit à l’époque que la France ne fermerait pas ses centres culturels, et puis il y a eu une attaque contre l’ambassade, le centre a été fermé du jour au lendemain. Je l’ai beaucoup regretté, je trouvais cela illogique», se souvient Lucianne. Cette désormais retraitée de 69 ans est doublement touchée, puisqu’elle travaillait au CCF de Damas. «Bien sûr, ça a représenté pour moi une baisse énorme de mon niveau de vie. J’avais un statut de vacataire, avec un contrat local, qui n’était pas enviable. Après y avoir travaillé pendant 25 ans, je n’ai eu droit à rien quand ça a fermé. Au revoir et merci. Ceux qui avaient un contrat ont été aidés quelques temps, moi, je n’ai même pas eu ça», déplore-t-elle. Malgré les difficultés qu’elle rencontre pour boucler les fins de mois, rendues de plus en plus difficiles avec la cherté de vie consécutive à la guerre, Lucianne, désormais installée dans le quartier populaire à majorité chrétienne et druze de Jaramana, n’envisage pas de repartir s’installer en France. Elle n’y a d’ailleurs plus mis les pieds depuis 1998. «Cela fait 32 ans que je vis ici, j’y ai tous mes amis, je n’ai plus l’énergie d’aller recommencer une nouvelle vie là-bas, témoigne-t-elle. J’ai accepté de vivre un peu difficilement, sur le plan matériel, j’aurais trouvé détestable de vivre ici avec mes amis quand tout allait bien et au moment où tout commence à dérailler de leur dire: ‘au revoir, moi je suis Française donc je me tire et je vous abandonne à votre sort’».
Pour Kifah el-Sayed, «la francophonie en a pris un coup». «Les relations culturelles étaient vraiment très bonnes, enrichissantes, nombre d’intellectuels français séjournaient à Alep, beaucoup de Syriens parlaient le français, surtout au sein de la communauté chrétienne. Aujourd’hui, à part en regardant TV5 monde, il n’y a plus beaucoup de liens avec la France».
En revanche, un chercheur français aujourd’hui retraité, affiche sa déception. «Avoir fermé le lycée français Charles de Gaulle, l’Institut français, l’IFPO, ça n’avait aucun sens politique», se désole-t-il. «Nous assurions la formation des jeunes, la culture ne dépend pas des lignes politiques. C’est très regrettable. Aujourd’hui, le niveau de français n’en finit pas de chuter, car les étudiants ne peuvent plus pratiquer la langue».

Le lycée en autogestion
Le lycée Charles de Gaulle, justement, n’aura pas fermé ses portes longtemps. Et ce, grâce aux parents d’élèves, qui ont rouvert l’établissement d’autorité. Les autorités françaises ne le finançant plus, l’école fonctionne en autogestion depuis sept ans, grâce notamment aux écolages versés par les familles. Quant aux salaires des professeurs, ils ont drastiquement chuté. 350 élèves environ y sont scolarisés. Fabienne Blineau, très impliquée dans le suivi de la communauté française encore présente en Syrie, indique qu’«en 2012, quelques députés français se sont mobilisés pour rassembler 70 000 euros issus de leurs réserves parlementaires pour soutenir le Lycée Charles de Gaulle». Il n’en reste pas moins que l’établissement croule sous les dettes, malgré la bonne volonté du personnel et des familles sur place. Mme Blineau, dont le dévouement envers ses compatriotes en Syrie n’est plus à prouver, souligne que tous ceux qui maintiennent ce lien éducatif et culturel sont de véritables «résistants de la francophonie». Les échanges universitaires ont aussi été stoppés, frappant de plein fouet les universités de Lattaquié, Homs ou Alep. «Heureusement, le lycée de Damas étant toujours homologué, les élèves peuvent passer leurs examens, mais ils sont obligés de se rendre à Beyrouth pour cela». Hyperactive, la conseillère, qui fait office de «factrice consulaire» lors de ses séjours en Syrie, ne ménage pas sa peine pour maintenir la francophonie en Syrie. Avec d’autres, elle a soutenu l’ouverture d’une annexe du Lycée français Accad d’Alep (ce dernier étant situé en zone rebelle et probablement détruit), à Tartous. L’association Accad, qui compte des français établis à Alep, avait bénéficié, il y a quelques années, d’une convention signée entre l’Etat syrien et l’Etat français qui lui donne l’autorisation de pouvoir, grâce au CNED (Centre national d’enseignement à distance) former des élèves et d’obtenir des diplômes, explique Fabienne Blineau. «Le directeur de l’Accad, Georges Hallak, vient récupérer à la Mission laïque de Beyrouth, les cours du CNED». «Pendant la guerre, on a vu qu’il y avait un gros besoin de francophonie à Tartous, on a fait un ‘petit frère’ du lycée d’Alep à Tartous, mais qui n’est ni homologué ni conventionné, au contraire de celui de Damas, ce qui rend théoriquement impossible l’accès à la formation des professeurs». Pour l’Etat français, ces deux établissements n’existent pas. Pourtant, 80 élèves ont effectué leur rentrée en septembre 2017 et 300 sont déjà inscrits pour l’année scolaire 2018/2019. En avril, une visioconférence a été organisée entre la direction du CNED à Paris et l’annexe de Tartous pour développer encore leur partenariat dans l’intérêt des professeurs et des élèves.
Kifah el-Sayed se souvient de la fermeture soudaine du lycée d’Alep. « Du jour au lendemain, nous avons dû quitter le pays pour que mes deux enfants puissent poursuivre leur scolarité, en 2012, car les professeurs, en contrat d’expatriation, avaient quitté le pays. Tout ça, sans aucun soutien». Direction Dubaï, où Kifah a de la famille. Ses enfants intègrent le lycée Georges Pompidou sur place, mais, entre les établissements d’Alep et celui de Dubaï, le montant de la scolarité flambe. De 10 000$ par an à Alep pour ses deux enfants, la facture grimpe à 16 000$. Il devra attendre 3 ans avant de se voir attribuer une bourse scolaire réglant 50% de la scolarité.

Embargo financier

L’aspect financier, aussi, a évidemment rendu plus difficile la vie de ces Français qui ont choisi de rester. Même si ceux qui y ont droit continuent de percevoir les aides sociales et les bourses scolaires, la situation est devenue compliquée, du fait de l’embargo restreignant les transactions bancaires à destination de la Syrie. Les chèques en euros sont versés à Beyrouth et non plus en Syrie. A cela, se greffent aussi des problèmes de taux de change. «Plus de 90% des transferts bancaires n’arrivent pas jusqu’à Damas, du fait de l’embargo. Ça m’oblige à transporter l’argent en liquide, c’est très compliqué», souligne Bachar Salloum, qui exporte sa production de savon d’Alep depuis un port syrien direction la France, où il a un dépôt. «Je suis en train de regarder vers les marchés russes et chinois», ajoute-t-il, de l’espoir dans la voix. Lui qui est tombé amoureux de son pays d’origine depuis son retour en 2009, cherche d’ailleurs à développer la savonnerie, la plantation et l’extraction de substrats de la rose de Damas avec de potentiels partenaires financiers. «Il n’y a aucune possibilité d’échanges financiers entre la Syrie et l’Europe, déplore aussi le chercheur retraité. Ça complique les choses, ne serait-ce que pour payer un billet d’avion depuis la Syrie, c’est impossible avec les cartes bancaires françaises».

Attachement affectif
Malgré toutes ces difficultés, auxquelles se sont ajoutées les conditions de vie rendues difficiles par une guerre aux multiples visages, aucun de ces Français resté en Syrie n’envisage de repartir. Attachés de manière viscérale au «Cham», ils y ont construit leur vie. «Je ne pourrais pas quitter la Syrie, c’est un pays qui m’émeut énormément, peut-être l’émotion des racines. Un pays divin, il suffit de sentir le parfum de la rose de Damas… Cela fait 7 ans que je me demande comment les gens sont capables de tant de violences. Si je dois apporter quelque chose à la Syrie, c’est maintenant, pendant une période de guerre, et pas seulement en période de paix», témoigne, d’une voix douce, Bachar Salloum. Lucianne Béranger, aussi, ne se voit pas partir, elle qui se sent «encore bien française, mais aussi «un peu syrienne». Quant au chercheur d’origine bretonne, il souligne qu’«un marin ne quitte pas un bateau durant la tempête. J’ai une fidélité envers mes amis, un pays qui souffre et qui est ma deuxième patrie».
L’ex-député LR Nicolas Dhuicq, qui s’est rendu à deux reprises en Syrie avec un groupe de parlementaires, suscitant l’ire du Quai d’Orsay, estime que «la France aurait pu jouer la carte de l’apaisement dans son intérêt. Surtout qu’il y a une histoire commune ancienne entre nos deux pays». «Au lieu de lancer des missiles Scalp, nous aurions pu livrer des équipements médicaux, comme des scanners, qui font cruellement défaut». Si ces Français restent attachés à leur pays d’adoption, l’inverse est aussi vrai, comme le prouve cette phrase, lancée par un journaliste syrien au député lors d’une de ses visites: «Nous avons eu pendant quatre siècles les Ottomans, nous ne parlons pas turc. Vous êtes restés quelques dizaines d’années et nous parlons toujours français».


Après les frappes tripartites

Lucianne Béranger: «C’est un ami à moi qui habitait vers le centre bombardé de Barzeh qui m’en a informée au matin. Ça m’a mis très en colère, j’ai eu peur que les gens réagissent mal avec moi, mais personne ne m’a fait de reproche». La politique étrangère de la France l’atterre: «On dirait qu’ils sont mal informés, ils disent qu’ils ont des preuves (de l’attaque chimique, ndlr), mais ici, personne n’y croit».

Bachar Salloum: «Ça m’a fait mal au cœur de voir encore une fois Paris au service des uns et des autres, d’une politique atlantiste menée depuis Nicolas Sarkozy. Heureusement, ici, les Syriens font la différence entre le pouvoir français et le peuple français».

Le chercheur: «En cas de problème, je n’ai à attendre aucun secours de la part des autorités françaises, ce n’est même pas la peine d’y compter. La France officielle nous a abandonnés. Je n’apprécie pas beaucoup le traitement qui est fait par les médias français. Ce serait mieux que les autorités françaises discutent».

Kifah el-Sayed: «On ne comprend pas pourquoi la France s’est impliquée. En Syrie, on ne dit pas que c’est la France qui a bombardé, mais Macron, très critiqué pour son suivisme».

Jenny Saleh

Lentement mais sûrement, la région de Geitawi, longtemps délaissée et vieillissante, attire une nouvelle génération d’acheteurs en quête de petites surfaces.

 

C’est un village dans la ville
A Geitawi, le tissu urbain est tout sauf homogène. Et c’est justement ce qui fait le charme de ce quartier situé à flan de colline, entre la rue d’Arménie et l’avenue Charles Malek. «Entre deux immeubles de dix étages, on trouve plusieurs petites maisons basses, ce qui permet de laisser passer l’air et la lumière. Le quartier est agréable, pas agressif visuellement, il y a quelque chose de spécial à Geitawi», constate le consultant immobilier Guillaume Boudisseau. Le quartier vit un boom depuis quelques années déjà. De 2007 à 2017, le coût du mètre carré y est passé de 1 300 à 3 000 $, soit une hausse de près de 110%. Il y a dix ans, la hausse des prix de l’immobilier a poussé les promoteurs à s’intéresser à Geitawi, où l’on pouvait encore trouver des terrains bons marchés. «Les promoteurs y ont vu de nombreuses opportunités au niveau du foncier. Il y avait à l’époque une succession de terrains vides et pas chers. Beaucoup de gens ont flairé la bonne affaire et ont acheté pour construire», affirme Guillaume Boudisseau. Actuellement, près d’une dizaine de projets sont en cours de construction, «ce qui est plutôt important pour un quartier de cette taille», poursuit-il. «Parmi les acheteurs, beaucoup sont des promoteurs qui investissent pour mettre leurs produits en location», observe quant à lui Karl Kanaan de Sodeco Gestion, une société de promotion et de développement immobilier.

Petites surfaces
Les locataires, pour la plupart des expatriés et des jeunes actifs de la classe moyenne, sont attirés par une offre bon marché, constituée notamment de petites surfaces. La taille des appartements oscille entre 130 et 150 m2, voire 75 m2 et 90 m2 sur certains projets. Geitawi fait partie des quartiers aux avants postes de cette nouvelle tendance observée dans l’ensemble de la capitale. «Un 200 m2 est invendable dans ce quartier qui n’attire pas les acheteurs ayant 600 000 $ et plus à investir. Ceux-ci s’orientent vers des régions plus chères», relève Guillaume Boudisseau. Entre 2009 et 2016, la surface moyenne des appartements à Beyrouth est passée de 310 m2 à 198 m2, selon l’agence de conseil Ramco. En cause, le recul de 30% du secteur immobilier depuis 2011. «Au lieu de baisser les prix des appartements, les promoteurs ont modifié l’offre en proposant des formats plus petits», explique Karl Kanaan.

Un quartier sous-évalué
Si les prix ont dégringolé dans un certain nombre de quartiers de la capitale, Geitawi fait partie des rares régions à avoir enregistré le phénomène inverse. Dans cette ascension, certaines zones ont pris plus que d’autres. La rue Moscou, dont les immeubles jouissent d’une vue sur le jardin des Jésuites, est la plus prisée, suivie de la rue Rayes qui longe l’hôpital Saint-Georges. A l’ouest de Geitawi, surplombant la rue d’Arménie et débouchant sur les escaliers Vendôme, une série de nouveaux projets est en construction dans la rue Qobayat. Cette région, où a récemment ouvert le café Kaleï, pourrait bénéficier de sa proximité avec le vibrant quartier de Mar Mikhael pour se développer davantage. Les restaurateurs et les commerçants restent toutefois encore frileux. «Le potentiel de cette région est vraiment sous-estimé», assure Guillaume Boudisseau. «Le jardin public mériterait par exemple, d’être entouré de cafés mais personne n’a encore tenté le coup».

Philippine de Clermont-Tonnerre

Avec un coût de 3 millions et demi de dollars environ, Capharnaüm enclenche une nouvelle étape dans la production des films libanais: une production à 100% locale. Khaled Mouzanar explique à Magazine le déroulement du processus.

Avec Capharnaüm, c’est une production purement libanaise?
Oui, elle est 100% libanaise. Dans la compagnie, dans les trois étapes du film, le financement, la production exécutive et la post-production. On a tout fait ici. On a créé Mooz Films spécialement pour le film. Je voyais la manière dont Nadine voulait faire ce film, et ça aurait été impossible avec un producteur étranger ou avec une post-production à l’étranger. Personne n’accepte un tournage de six mois, avec beaucoup d’imprévus, d’improvisations, et les coûts également, tout comme la post-production qui a duré un an et demi. Maintenant, nous sommes entièrement équipés dans nos studios. Notre boîte de production Mooz Films peut continuer à produire d’autres films, nous avons toute la structure qu’il faut. Avant de commencer un projet, on avait comme une montagne devant nous. Maintenant, les choses prennent une autre tournure.

Donc au départ, c’était une question de temps?
Une question de temps, de commodité. Mais il s’agit aussi d’avoir un contrôle financier et artistique sur le projet, pour pouvoir être totalement libres. Il y avait toujours des frustrations dans les films précédents, de temps, de contraintes. Les contraintes sont bénéfiques pour l’art, mais parfois on a envie d’aller plus loin.

Comment s’est déroulé le processus du financement?
Je n’ai jamais fait ça auparavant. Je suis compositeur, c’est vrai que je suis habitué à produire ma propre musique et qu’il y a eu auparavant des petits prémices dans ce domaine, mais j’ai peu de connaissances dans ces histoires-là. Ma formation d’avocat de base m’a un peu aidé, mais j’ai tout appris sur le tas, pendant le tournage.
J’ai fait un montage financier, avec des fonds libanais privés en contrepartie de parts achetées dans la compagnie, un partenariat et une collaboration avec la banque Cedrus pour la création notamment d’un fond d’investissement privé, une demande auprès de la Banque Centrale pour bénéficier des prêts bonifiés pour le financement d’œuvres artistiques. J’ai effectué aussi une étude du marché, car il y a une limite d’investissement à ne pas franchir. Le retour sur investissement des films libanais est connu. Le maximum a été réalisé avec Caramel: 14 millions de dollars pour un coût d’un million. C’était un peu une référence. Les films libanais ont rarement été financés de cette façon.

Et la post-production?
Le plus important, en effet, était le contrôle artistique. J’ai donc entièrement équipé des salles de montage sons et images… Et mon studio d’enregistrement pour la musique a également été équipé selon les standards
ISO du Dolby Surround. Il y avait aussi toute l’équipe de production exécutive, sous la direction de Pierre Sarraf (Né à Beyrouth Films), avec environ 1 000 personnes qui ont
travaillé sur le film. Sans oublier tous les équipements achetés… Tout s’est fait progressivement. C’était très long, mais passionnant. J’ai appris un métier, j’ai fait mon service militaire dans une grosse bataille. Tout ce qui a été fait, de l’écriture sur la page blanche, jusqu’à ce que vous allez voir sur l’écran, est fait chez nous. A cette échelle-là, ça n’avait jamais été fait auparavant. Surtout pour un film qui va avoir une carrière internationale.

 

Quel est le coût du film?
Aux alentours des 3 millions et demi de dollars. On va voir comment ça va se passer à Cannes. Les ventes internationales sont gérées par l’une des plus grandes maisons de distribution, Wild Bunch. Les distributeurs du monde entier se l’arrachent et c’est un bon départ pour les investisseurs. Anne-Dominique Toussaint, productrice associée, va s’occuper de la vente du film en France. J’aime rester fidèle aux gens qui ont travaillé avec nous. Dans le cinéma libanais, quand des films perdent de l’argent, ça décourage les investisseurs. C’est en ce sens-là que les histoires de succès financier sont importantes pour nous, cinéastes, parce que ça encourage les investisseurs justement. Je me rappelle quand on a fait Caramel, Nadine et moi, on a fait le tour de tous les financiers de la ville, mais personne n’était prêt à mettre un dollar. C’est après le succès du film que les gens ont commencé à investir. Avec le CV de Caramel et de Maintenant on va où?, je n’ai pas eu du mal à convaincre les investisseurs. Mais je ne veux pas les décevoir, mon but est de leur faire gagner de l’argent pour qu’ils continuent à investir.

Producteur, compositeur, vous avez également collaboré à l’écriture?
J’ai toujours été là, à tous les stades de l’écriture. Le film a commencé sur l’idée d’un procès. J’ai aidé là-dessus, ayant une formation d’avocat. Le film est né à la maison, dans tous les sens du terme. C’était une très belle expérience, à la fois épuisante. Les fonds d’investissement viennent avec des conditions, et à partir de là, on ne peut plus changer les budgets de production. Or souvent, au cinéma, ces derniers sont en mouvement. Il fallait gérer tout cela pendant le tournage. Surtout qu’en tant que producteur il ne faut jamais faire sentir au réalisateur la pression financière, pour qu’il reste concentré sur son œuvre. Comment cacher tout cela, quand on vit ensemble? Eh bien, j’ai caché. Quand je n’avais pas d’argent pour continuer le film, quand je devais m’endetter, hypothéquer, Nadine n’a rien su, ni l’équipe d’ailleurs. C’était ça le plus compliqué.

Nayla Rached
 

Ghassan Shami ne porte pas de gants pour parler et exprimer son opinion. Franc et direct, il nomme les choses par leur nom et décrit la situation telle quelle, sans décor ni fioriture. Journaliste de métier, cet amoureux d’histoire et d’archéologie a mis au jour en mai 2000, le tombeau de Saint-Maron à Brad, près d’Alep en Syrie.


«Le journalisme est un virus qui vous vient à la naissance ou que vous contractez plus tard. Cette curiosité qui vous pousse continuellement à vous poser des questions et  vous interroger sur le comment et le pourquoi… Certains cachent les réponses et d’autres, au contraire, les dévoilent», confie Ghassan Shami.
Avant de devenir journaliste, il fait des études en littérature française et en sciences politiques. Pendant deux ans, il se consacre à l’étude de l’histoire de l’art, notamment l’art islamique. Très tôt, il commence à travailler dans le monde de la presse. «J’ai fait mes premiers pas dans le journalisme. Au début, j’aimais les enquêtes à caractère culturel, surtout celles qui portaient sur les antiquités».
Ghassan Shami n’aime pas la presse politique. A mes débuts, je me suis rendu en Syrie, un pays au riche patrimoine. Entre deux enquêtes, j’écrivais sur toutes ces richesses». Pourtant, cette passion ne l’empêche pas d’occuper plusieurs postes dans le monde du journalisme politique. Il travaille pour des quotidiens comme al-Ittihad à Abou Dhabi, al-Ahram en Egypte et occupe le poste de rédacteur en chef d’al-Bina’ (l’organe de presse du Parti syrien national social) et de secrétaire de rédaction d’al-Feker. «Par la suite, j’ai travaillé avec des agences d’information et je suis devenu le rédacteur en chef de l’agence United Press International (UPI) au Moyen-Orient».

Les chrétiens d’Orient
Après la visite du pape Jean-Paul II au Liban et en Syrie en 2000, Ghassan Shami commence à plancher sur des documentaires historiques. Il réalise six films portant sur l’histoire des premiers chrétiens: Saint-Paul et Damas, Saint-Simon, Saidnaya et Maaloula, un film portant sur le premier autel édifié pour la Vierge Marie ainsi qu’un autre portant sur le couvent Saint-Georges dans la vallée des chrétiens (Wadi al-Nasara, en Syrie). «En mai 2000, j’ai découvert le tombeau de Saint-Maron, l’ermite du nord de la Syrie. Ça a provoqué un grand tapage».
Ghassan Shami se tourne ensuite vers l’audiovisuel et réalise plusieurs films, notamment en 2004 un documentaire intitulé Fi diyar Mar Maroun sur Saint-Maron. «Dans ce film, j’ai suivi les traces du saint et des maronites, en partant de la Syrie pour arriver au Liban. Ce film d’une heure est devenu une œuvre de référence», dit-il modestement. En 2010, il organise la fameuse visite du président Michel Aoun à Brad et la visite du tombeau de Saint-Maron.
Depuis 2012, Ghassan Shami prépare et présente l’émission Ajrass el-Machrek  sur la chaîne panarabe al-Mayadeen qui met l’éclairage sur la civilisation chrétienne en Orient. «Aujourd’hui, cette émission parle de la renaissance arabe, de l’histoire orientale ainsi que du rôle des chrétiens d’Orient».
Membre du syndicat des écrivains libanais, il a à son actif deux recueils de poèmes en langue arabe. En 2013, il publie son livre Fi al machrek wal machrikiyah. Ghassan Shami figure parmi les 100 plus influentes personnalités du monde arabe en 2014. Il a reçu également la médaille de l’Institut espagnol royal pour la politique étrangère.
C’est bien dans la culture que Ghassan Shami se retrouve. «Je méprise la politique et la qualité des relations politiques. Je considère que nous sommes dans un cirque, car la plupart des hommes politiques ne possèdent aucune culture. C’est pour cette raison que nous vivons une ère que je qualifie d’époque des poignards, en référence aux trahisons auxquelles on assiste». Et d’enchaîner: «Après tous les événements tragiques au Levant, le problème principal est celui du manque de connaissance et de culture. C’est pour cette raison que j’ai basé mes recherches sur la situation de l’Orient d’un point de vue culturel». 
Laïc «jusqu’au bout des orteils», comme il se décrit, Ghassan Shami affirme que cela ne veut pas dire non-croyant. «La religion est une culture. Celui qui croit que la religion est une question de pratique tombe dans l’extrémisme et le fanatisme. C’est à travers ce prisme que je la comprends». Avec son émission Ajrass el-Machrek, c’est ce message qu’il transmet, à savoir: la religion est une culture, qui joue un rôle principal dans la société. «Il faut dissocier la religion de la politique».
Parmi tous les saints de l’Eglise, c’est Saint-Maron qui a attiré le grec-catholique Ghassan Shami. «Il m’a intéressé car son approche de l’ermitage était différente. Alors qu’un ermite s’éloigne du monde et des gens, Saint-Maron, bien au contraire, s’en rapprochait et vivait parmi eux. Pourtant, il y a des saints beaucoup plus importants que lui comme Saint-Georges ou Mar Sarkis, qui n’ont pas donné leur nom à des Eglises. En revanche, Saint-Maron est le seul à avoir donné son nom à une Eglise et à une communauté entière, les maronites».
La découverte du tombeau de Saint-Maron est le fruit d’un grand travail de recherche scientifique et de nombreuses lectures, notamment les travaux de l’université de Princeton réalisés à la fin du XXème siècle, des livres d’archéologie, des visites de terrain. «Lorsqu’on a découvert le tombeau de Saint-Maron, j’ai ressenti une exultation incomparable, se souvient-il. J’avais installé des caméras autour du site et le tombeau apparaissait au fur et à mesure. Quand j’ai eu fini de nettoyer et mis à jour la tombe, j’ai dit aux personnes présentes: ‘Et maintenant, allons boire un verre à la santé de Saint-Maron!’».
Passionné d’histoire et de culture, Ghassan Shami se dit «chrétien». «Mais pour moi, Jésus-Christ est l’un des meilleurs poètes de l’histoire et le plus grand révolutionnaire du monde, précise-t-il. Avec cinq lettres qui composent le mot amour, il a pu conquérir le monde. C’est ce que représente pour moi le Christ. Je suis amoureux de Jésus». Pourtant, les rituels et les traditions ne représentent rien pour lui. Il a sa propre manière de communiquer avec le Créateur.

Détruire les chrétiens
Spécialiste et autorité de référence sur  les chrétiens d’Orient, Ghassan Shami estime qu’il existe une sérieuse tentative de détruire l’héritage chrétien, orchestrée par les Etats-Unis, Israël et la Turquie. Celle-ci a commencé par la destruction de leur présence en Irak, à Bagdad, Mossoul et dans la plaine de Ninive. «Istanbul est au cœur de cette activité et essaie de voler les antiquités chrétiennes d’Irak et de Syrie. J’ai recensé jusqu’à ce jour plus de 194 églises détruites en Syrie et dans la région. Les églises et les couvents sont délibérément démolis. Ils veulent vider le Levant de la présence chrétienne, afin que cette région devienne exclusivement musulmane, partagée entre sunnites et chiites qui se livreront une guerre sans merci, commencée il y a plus de 1 400 ans. L’avenir est sombre. Dans 50 ans, les chrétiens d’Orient deviendront comme les Peaux-Rouges d’Amérique. Leurs couvents deviendront des musées en plein air comme c’est le cas en Turquie, qui a détruit tous les vestiges chrétiens et transformé les églises en musées et lieux de visite. Pourtant, je travaille chaque jour pour le maintien des chrétiens en Orient car leur présence est le sel de la terre».
La politique n’intéresse nullement Ghassan Shami. «J’ai encore la tête sur les épaules. Je regarde droit devant, jamais en bas. La politique c’est le bas. Je ne regarde la politique qu’à travers un œil culturel. Il faut se dresser contre le mensonge et l’hypocrisie, sinon nous ne pourrons jamais sauver la région».
Trois personnages ont marqué Ghassan Shami: Antoun Saadé dans sa vision de la vie, Zorba le Grec dans son amour de la vie et le Chevalier de Pardaillan, écrit par Michel Zevaco. «Je me suis ensuite créé ma propre voie», ajoute-t-il. Il se dit amoureux de la musique de Assi Rahbani, de Zaki Nassif et «du patrimoine populaire de cette région dont la musique et les airs remontent aux syriaques et à Antioche». Il estime que les chansons de Assi, Mansour et Fairouz sont le summum d’un romantisme qui n’existe plus de nos jours. Ghassan Shami est également fan de jazz et de Léo Ferré. «Nous sommes une nation qui ne lit pas, et si elle lit elle ne comprend pas, et si elle comprend elle n’exécute pas ce qu’elle a compris…». Triste constat mais très réaliste pour décrire le désert culturel dans lequel est plongée aujourd’hui notre région.


En chiffres
320
Le nombre d’épisodes de son émission Ajrass al-Machrek.
7
Il a réalisé 7 films et documentaires.
60
Le nombre de conférences qu’il a données sur l’histoire et l’architecture chrétiennes.
4
Livres publiés et un autre en cours de préparation qui portera sur le Christ poète.

Joëlle Seif

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Éditorial
La bombe des réfugiés

Un faisceau d’indices montre que la question des réfugiés syriens sera, dans les mois à venir, une source de tensions entre le Liban et la «communauté internationale». Chaque partie a abattu ses cartes et celles dévoilées par les Nations unies, l’Union européenne et autres «organisations internationales», ne sont pas de bon augure pour les Libanais. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) a mal réagi au retour de 500 Syriens réfugiés à Chébaa dans leur village de Beit Jin. D’un autre côté, la conférence de Bruxelles II, organisée le 25 avril, appelle les pays hôtes à accorder aux réfugiés syriens un statut juridique, une résidence légale et un permis de travail au sein des pays d’accueil.Le chef de l’Etat Michel Aoun a dénoncé les résultats de cette rencontre dont les conclusions mettent «en danger le Liban en proposant une naturalisation voilée des réfugiés syriens», selon un communiqué présidentiel. Le Premier ministre Saad Hariri avait déclaré, dans son intervention, à Bruxelles, que le Liban s’était transformé en un immense camp de réfugiés syriens. «Les tensions entre réfugiés syriens et communautés hôtes se sont accrues, notamment en raison d’une compétition pour les ressources et les emplois», a-t-il dit.Le Liban plaide pour un retour «digne et sûr» des réfugiés syriens, alors que l’Onu et l’UE évoquent un retour «digne, sûr et volontaire». Ce dernier mot de trop traduit un différend fondamental dans l’approche des deux parties. En effet, lorsqu’ils auront obtenu des droits juridiques, légaux, sociaux et économiques, y compris un emploi, l’éducation gratuite (comme c’est actuellement le cas) et des soins de santé, il est fort probable qu’une bonne partie des réfugiés, surtout les plus jeunes qui n’ont pas ou plus d’attaches affectives avec la Syrie, n’envisageront pas de retourner «volontairement» dans leur pays. Cela nous amène à dire que l’approche prônée par la «communauté internationale» est soit irresponsable, soit suspecte. Le Liban accueille, selon les sources de la présidence de la République libanaise, 1,8 millions de Syriens, dont un million enregistré en tant que réfugiés. Nous retiendrons ce dernier chiffre. A l’échelle de la France, c’est l’équivalent de 16 millions de réfugiés, à celle des Etats-Unis, on arrive à 80 millions d’individus. De plus, les pays occidentaux connaissent parfaitement la fragilité des équilibres communautaires sur lesquels repose le système politique libanais et combien il est délicat de maintenir dans de telles conditions un minimum de paix sociale et civile.Le Liban n’a vraiment pas de leçons d’hospitalité et de bienséance à recevoir d’une communauté internationale hypocrite, qui n’a versé jusqu’à présent que 11% de l’aide promise pour le soutenir dans l’accueil des réfugiés, selon Saad Hariri. Il n’a pas non plus d’enseignements à tirer de pays censés être riches et développés, prônant les droits de l’homme, et qui font tout un drame parce qu’ils accueillent chez eux, au compte-goutte et après maints filtres, quelques petits milliers de migrants. Le Liban refuse de trouver une source d’inspiration dans ces pays où se développe un discours raciste et xénophobe qui n’a pas trouvé racine chez nous malgré le gigantisme des problèmes engendrés par la présence d’un nombre effrayant de réfugiés. Le plus grave serait de découvrir, un jour, que l’attitude de la «communauté internationale» s’inscrit en fait dans le cadre d’un plan machiavélique, destiné à modifier la démographie du pays dans l’espoir de changer les rapports de force. Qu’elle soit irresponsable ou suspecte, naïve ou réfléchie, la position des pays occidentaux constitue une menace existentielle pour le Liban. Elle n’est pas la bienvenue et ne le sera jamais. Le chantage au racisme ou à l’aide internationale conditionnée n’y changera rien.                                                                                                                                    


 Paul Khalifeh
   

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