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Nº 3100 du vendredi 5 avril 2019

C’est à Ghosta, sur des terres appartenant au monastère de Kreim, qu’une statue du Christ miséricordieux de 12 mètres de haut surplombe la baie de Jounié. Le site accueille deux chapelles dédiées à Sainte Faustine et Sainte Thérèse de Calcutta. Une maison consacrée à sa Sainteté Jean-Paul II viendra bientôt compléter l’endroit. Visite des lieux en avant-première.

Situé à quelques encablures de Bkerké, le monastère de Kreim, occupé par une dizaine de moines de la Congrégation des missionnaires libanais, offre dès l’arrivée une sensation de paix et de sérénité. Aux pierres couleur miel vieilles de 400 ans du monastère originel, en excellent état, se sont greffées d’autres plus récentes, ces dernières années. Comme l’explique le père Jean Khalifeh, l’un des moines qui réside là, l’église Saint-Jean-le-Bien-Aimé, construite à côté du monastère, est d’allure plus moderne avec de très beaux vitraux colorés laissant passer cette lumière si spéciale au Liban. Construite grâce à des subventions données par le Qatar après la guerre de juillet 2006, elle est aussi plus spacieuse et destinée à accueillir des célébrations spécifiques.
Comme un présage aux futurs aménagements de la montagne de la Miséricorde divine à laquelle les deux bâtisses sont adossées, des chambres ont aussi été construites, à l’arrière de la nouvelle église, pour accueillir les visiteurs en quête de recueillement.
Pour accéder au site de Jesus Mercy ou Christ miséricordieux, il faut sortir de la cour ombragée du monastère et emprunter une petite route bordée de pins qui serpente le long de la colline. Là, les voitures sont interdites d’accès, ouvrant la voie à un parcours libre. Quand le projet sera plus avancé, des voiturettes seront à la disposition des personnes à mobilité réduite et des personnes âgées qui souhaitent se rendre sur les lieux.


En cette matinée printanière, le silence de la montagne est seulement interrompu par la diffusion de prières à bas volume. Un sentier caillouteux, bordé de verdure et de fleurs sauvages, mène d’abord jusqu’à une ruine à quatre murs, vestige d’une vieille maison paysanne. C’est là que prendra place le tout premier musée libanais dédié à sa Sainteté Jean-Paul II, pape vénéré par les Libanais.
Joseph Abdallah, l’architecte à qui les moines ont confié la réalisation de l’entièreté du projet, s’est montré très soucieux de respecter l’environnement originel de la montagne et, surtout, l’esprit de piété qui émane du site. «Cet endroit a un grand potentiel, en tant qu’architecte, on doit être discret et respecter l’ambiance naturelle, dont les gens ont besoin. Quand on va à Harissa ou Meziara, c’est très urbain, artificiel. Ici on n’a pas voulu de ça».


Avant d’accéder à la statue du Christ miséricordieux, sculptée par Tony Awad à Baabdat, les pas des visiteurs les mèneront d’abord à la maison Jean-Paul II. Encore à l’état de ruine, cet espace muséal sera conservé tel quel. «Il s’agit d’une ancienne maison paysanne de deux étages que nous allons convertir en un musée pour Jean-Paul II. Nous allons en conserver les murs, sans ajouter une pierre, et concevoir une armature de bois et de métal pour le toit et y ajouter des vitrages qui laisseront pénétrer la lumière naturelle», explique Joseph Abdallah. Une fois la maison achevée, des habits, mais aussi des meubles et des objets venus tout droit de la maison de Jean-Paul II en Pologne seront exposés au centre de la pièce. Au rez-de-chaussée figureront une salle de réception ainsi que d’autres objets. Ces objets, ainsi que les reliques de Mère Thérésa et Sainte Faustine, ont été amenés au Liban par le père Milad Sokayem, qui bénéficie d’une bonne connexion avec le Vatican.



UNE NOUVELLE EXPÉRIENCE SPIRITUELLE

Le sentier mène ensuite à une autre maisonnette de plain-pied, dont le cachet paysan a également été conservé, pour être transformée en chapelle dédiée à Sainte Thérèse de Calcutta. Austère, l’endroit comporte un autel de pierre et quelques bancs pour se recueillir, tandis qu’au fond de la chapelle, les moines ont fait concevoir un décor qui accueille des reliques de Mère Thérésa en provenance de Rome. «Tout a été pensé à l’échelle de la montagne, nous ne sommes pas à Rome, souligne l’architecte d’une voix douce. J’ai restauré ce qu’il y avait à restaurer, tout en respectant la topographie initiale de la montagne qui passe par des chemins bordés d’oliviers. Nous avons aussi retrouvé deux sources que nous transformerons en cascades et fontaines. L’idée est de proposer une nouvelle expérience spirituelle».
D’ailleurs, un autel a été installé le long des sentiers en terrasse, et d’anciennes traces de murs en pierre restaurées, afin que les fidèles puissent s’asseoir et célébrer la messe en plein air tous les dimanches.


En contrebas, la statue du Christ miséricordieux s’offre aux regards, majestueuse, s’élevant entre les bleus du ciel et de la Méditerranée. Cet édifice monumental constitue le point de départ initial de l’ensemble du projet. C’est le père Jean Khalifeh qui a décidé de la faire sculpter, après avoir, confie-t-il, «été inspiré par le Seigneur», qui lui a envoyé plusieurs signes (voir encadré). Ne sachant où installer son Christ miséricordieux de 12 mètres de haut, le moine a sollicité les conseils de Joseph Abdallah qui l’a aidé à développer le projet sur la bien-nommée montagne de la Miséricorde divine.


Même s’il avoue volontiers que la statue monumentale n’était pas indispensable au projet, l’architecte a su la mettre en scène pour conférer au site une particularité que les visiteurs ne trouveront dans aucun autre lieu de pèlerinage au Liban. «La statue remplit un certain rôle, puisque nous avons besoin, nous les humains, de quelque chose de concret pour établir une connexion avec Dieu», souligne-t-il. Il décide donc d’installer le Christ sur un socle tournant, reposant sur de grandes pierres posées à l’horizontale, afin d’impulser «un mouvement transcendant pour regarder vers le haut, vers Dieu». Un mécanisme permet de faire tourner la statue deux fois par jour, vers les fidèles quand ils sont sur les terrasses au-dessus, comme une église ouverte, ou vers l’horizon.
Le socle accueillera, quand le projet sera achevé, une nappe d’eau qui remplira une mission bien précise. «Quand les visiteurs graviront les marches conduisant au pied de la statue, leurs yeux verront, en illusion d’optique, le Christ flottant dans les reflets du ciel dans l’eau». «Dans l’architecture, explique Joseph Abdallah, on pense en trois dimensions, en oubliant la quatrième, essentielle, celle du sentiment, de la perception de l’espace, du spirituel», justifie-t-il. Mise en scène pour approfondir l’expérience spirituelle du lieu, la statue héberge en son sein deux chapelles. L’une, sous le socle, est dédiée à Sainte Faustine, à qui le Christ avait confié la mission de rappeler au monde son amour miséricordieux, canonisée par le pape Jean-Paul II qui institua, le jour-même, la fête de la Miséricorde divine. La chapelle est à l’image du reste du projet, dans un style minimal où tout a été pensé pour procurer sérénité et méditation aux pèlerins. L’autel, en marbre, bénéficie de rais de lumière naturelle semblables à des meurtrières, au nombre de douze, rappelant les apôtres de Jésus.



MÉDITATION ET PRIÈRE
Au bas du socle de pierres monolithiques qui soutient la statue, une petite église qui devrait être achevée pour les fêtes de Pâques. Celle-ci est destinée à l’adoration du Saint-Sacrement. A l’intérieur, Joseph Abdallah a souhaité rompre avec les angles, en installant une coupole blanche «symbolisant la coupole céleste». Au centre de la pièce, le Saint-Sacrement, entouré de bancs disposés en arc-de-cercle pour représenter des vaguelettes. «L’idée est d’insuffler une ambiance propice à la méditation, la prière, l’isolement, sans sentir de murs, ni de limites», avance l’architecte.


Un pari en passe d’être réussi, même si le projet complet n’est pas encore achevé, les travaux avançant au gré des donations de particuliers et amis de la Congrégation des missionnaires libanais. «Nous avons déjà dépensé un demi-million de dollars», estime Joseph Abdallah, qui souligne qu’une telle entreprise coûte des millions car la restauration de l’existant nécessite des professionnels et une main-d’œuvre spécifiques. Des artisans qui ont consenti d’ailleurs beaucoup d’efforts financiers. Une fois celui-ci achevé, dans trois ou quatre ans espère-t-il, les moines ambitionnent de prolonger le projet plus loin dans la montagne, à travers les sentiers, jusqu’à une croix qui surplombe l’horizon.


Aux alentours du 15 août, à l’occasion de la fête de l’Assomption, le site du Christ miséricordieux sera inauguré et béni par le patriarche Béchara Raï, en présence d’un cardinal venu exprès du Vatican. En attendant, les visiteurs, heureux de pouvoir se recueillir dans un cadre naturel, empreint de calme, propice à la prière et au recueillement, se pressent déjà dans ce nouveau lieu.

Jenny Saleh
Photos Milad Ayoub-DR

Ses éditoriaux incendiaires et ses petites phrases lapidaires ont fait d’elle une journaliste redoutable et redoutée. Mariam el-Bassam est la directrice de l’information et responsable des programmes politiques de la chaîne al-Jadeed. Son parcours est atypique.

De ses débuts à Sawt el-Chaab, en passant par ses années à Reuters, jusqu’à son poste actuel dans al-Jadeed, Mariam el-Bassam est restée la même. «Après 25 ans de carrière, je n’ai pas changé. Je suis toujours la même personne qui, à cause de sa franchise, a souvent des problèmes. Il m’arrive de blesser les gens sans en avoir l’intention. Je suis dure, têtue, directe et je n’ai pas d’amis. Dès que j’ai un problème, les gens disparaissent brusquement. Ma personnalité et mes idées se développent au cours des années, mais je refuse que cette évolution transforme mes principes et mes convictions qui sont inchangés dans toutes les étapes de mon parcours. Pour moi, la famille reste l’école la plus importante de la vie. C’est de ma mère que j’ai appris à distinguer le bien du mal et je reste toujours attachée à mes convictions, quels que soient les enjeux».  
C’est par ces mots que débute notre entrevue avec Mariam el-Bassam. Cette femme appartient à la génération de la guerre. «Je fais partie de ceux qui ont gravement souffert de la guerre. Ma famille a été détruite par celle-ci. Mon père a été kidnappé alors que j’avais à peine neuf ans». Rien ne la prédisposait à devenir journaliste, elle qui déteste la politique qui l’a privée de son père et de nombreux êtres chers. «Je n’écoutais jamais les nouvelles. Je me suis toujours réfugiée, dès mon plus jeune âge, dans la musique et l’art. J’écoutais la voix de Feyrouz pour oublier le fracas des obus et le bruit des bombes». Réfugiée dans une petite bicoque du côté de Jnah-Saint Simon après le kidnapping de son père, elle apprend un jour que l’antenne qui se dressait devant leur modeste habitation est en réalité une station de radio qui relevait de l’ancien député Zaher el-Khatib et où travaillait Nasser Kandil et des membres de sa famille. Mariam el-Bassam a 16 ans et c’est sur l’incitation de son ami le poète et journaliste Zahi Wehbé qu’elle présente une demande d’emploi dans le département de l’ingénierie du son.

Les beaux-arts
Son bac en poche, c’est vers la Faculté des Beaux-arts qu’elle se tourne. «Je n’ai pas fait d’études de journalisme. Je me suis imprégnée de l’ambiance artistique et culturelle de l’université. Il y avait des metteurs en scène, des acteurs, tout un monde qui me fascinait». La radio Sawt el-Chaab (La Voix du peuple, du Parti communiste libanais) faisait ses premiers pas. «C’était la seule chaîne qui concurrençait la Voix du Liban. Zahi Wehbé m’a encouragée de nouveau, nous étions plus de 150 personnes à présenter des demandes d’emploi.» Alors qu’elle avait postulé pour tous les types d’emploi, à l’exception des bulletins d’information politique, quelle ne fut sa surprise de se voir recrutée dans la section de l’information. Sans aucune notion politique, Mariam el-Bassam se retrouve donc à la rédaction. «C’était un défi que j’ai décidé de relever. Je n’avais pas un sou et j’avais besoin de travailler pour aider ma famille. Je me suis mise à lire assidûment les journaux et à écouter les nouvelles. J’ai engagé deux professeurs pour m’apprendre à écrire correctement l’arabe. Jusqu’à aujourd’hui, j’apprends quelque chose de nouveau au quotidien».
Dans la newsroom, Mariam el-Bassam cherche à innover. «Je voulais rédiger les nouvelles de manière différente, simple, utiliser un langage facile, introduire des citations. Il ne faut pas compliquer les choses. La radio est différente de la presse écrite. Lorsque j’écris, j’ai l’impression de composer une partition musicale».
Son sens développé des responsabilités attire rapidement l’attention de ses chefs. «On a vu en moi quelqu’un sur qui on pouvait compter. J’ai réussi à amorcer un changement en douceur, sans le proclamer, en présentant l’information d’une manière plus légère tout en introduisant des éléments intéressants pour l’auditeur». A Sawt el-Chaab, Mariam el-Bassam côtoie Nada Abdel Samad, Hussein Ayoub, Zaven Kouyoumdjian et d’autres. «Ces gens-là ont posé les bases du journalisme. J’ai grandi avec eux».
Auprès de Reuters qu’elle rejoint en 1993, elle apprend la rigueur, la précision et le recoupement de l’information. Elle est la première journaliste à annoncer avec 7 minutes d’avance la condamnation de Samir Geagea par la cour de justice dans l’assassinat de Dany Chamoun. Elle est également la première à annoncer le décès de Bassel Hafez el-Assad dans un accident de voiture. «C’est une période très riche sur le plan professionnel au cours de laquelle j’ai appris à la dure les fondements du métier. C’est une époque où on comptait sur la plume et le labeur pour réussir». Entretemps, elle poursuit son ascension à la radio et devient rédactrice en chef de Sawt el-Chaab.

Directrice à 34 ans
Face au succès enregistré par la radio, le parti communiste fonde al-Jadeed TV dont les locaux se situent dans le même immeuble que Sawt el-Chaab. «Par la suite, avec la chute de l’URSS et le recul du communisme, le parti a vendu la station à Tahsin Khayat qui n’est pas communiste mais un arabisant qui croit en la cause palestinienne». Petit à petit, Mariam el-Bassam intègre la télévision et devient responsable du service local. Malgré la présence de 7 supérieurs hiérarchiques, elle assume de grandes responsabilités. A la suite de sa décision de repasser un documentaire diffusé la veille mais interrompu par une retransmission en direct, sans avertir ses supérieurs, Tahsin Khayat décide de la nommer directrice de l’information. Elle a 34 ans et l’ampleur de la tâche la terrorise. «C’était trop de responsabilités pour moi. J’ai demandé à être nommée 3 mois par intérim puis je me suis totalement intégrée».
Mariam el-Bassam est la seule femme au Liban à occuper un tel poste. C’est elle qui a introduit les éditoriaux du bulletin télévisé dans le paysage médiatique libanais. «C’est une fonction qui requiert de la patience, un sens des responsabilités, de la création et de la créativité, d’être à la page, de ne pas refuser le progrès et surtout, de posséder une grande faculté d’adaptation». Douée pour l’écriture, Mariam el-Bassam l’est certainement. D’ailleurs, ses rédactions en langue arabe étaient régulièrement accrochées sur le tableau d’honneur de l’école. Avec amusement, elle confie: «Dans le temps, on disait de quelqu’un qu’il a une jolie plume, aujourd’hui je dis qu’il a un beau ‘keyboard’». La jeune femme est convaincue qu’elle doit vivre sa propre expérience. «La jalousie est très importante car elle me pousse à aller de l’avant et à m’améliorer. Je suis très jalouse lorsque quelqu’un écrit mieux que moi. Celui dont j’étais jalouse, c’est Georges Ghanem. Il était le seul à me faire concurrence. Depuis son départ de la LBC, j’estime que je n’ai plus de concurrent dans l’éditorial du bulletin télévisé. Je suis opposée à ceux qui veulent éliminer les éditos. Au contraire, on se défie d’une manière positive. Ce sont ceux qui ne savent pas écrire qui doivent se retirer». La journaliste confie que les documentaires de Georges Ghanem sont une véritable école. «J’ai beaucoup de respect pour son parcours et j’ai énormément appris de lui. A son époque, la LBC était une véritable concurrente». Selon elle, al-Jadeed «ressemble au Liban: elle comporte plusieurs courants et opinions politiques».

Pas d’amis politiques
Partisane du développement et des réseaux sociaux, elle a adopté Twitter sur lequel elle est très active et où elle exprime ses opinions. «Twitter me ressemble». Parmi la classe politique Mariam el-Bassam n’a pas d’amis. «Je respecte ceux qui acceptent mes critiques. Pourquoi se fâcher si je ne fais que dire la vérité? Répondez-moi par des preuves et non pas en me lançant des bombes et en me tirant des balles. Nous sommes un pays confessionnel et nos dirigeants ne font rien pour devenir un Etat laïc».
Les attaques dont elle fait constamment l’objet l’effrait-elle? «Si on a peur, on ne peut plus rien faire. On doit affronter la peur sinon elle prend le dessus et vous paralyse. Non, je ne connais pas ce sentiment. On ne peut pas m’emprisonner dans la crainte. Pour tous ceux qui croient en moi, pour mes filles, je dois être forte et ne rien craindre. C’est cela que j’essaie de leur inculquer».
Mariam el-Bassam estime que le quota féminin est en lui-même une insulte pour les femmes. «La femme a un rôle plus important à jouer que celui de récolter des donations pour des œuvres caritatives». Lorsqu’on lui demande où elle se situe politiquement, après réflexion elle répond: «Je prendrai un peu de chaque parti et j’en créerai le mien. Je suis contre Israël et avec chaque personne qui se bat contre lui mais si celle-ci est corrompue je la combats. Je suis avec les Forces libanaises dans leur guerre contre la corruption, avec la performance de Gebran Bassil sur le plan international mais contre son entêtement et ses ambitions qui n’ont plus de plafond sur le plan interne. Je suis avec la sagesse de Nabih Berry mais contre la couverture de toute corruption pouvant impliquer un de ses ministres. Avec la sympathie et la culture de Walid Joumblatt mais contre le féodalisme. Il y a des personnalités qu’on ne peut pas ne pas aimer même si nous ne sommes pas du même bord. Je respecte l’intelligence de l’autre. Elle me stimule».

Joëlle Seif

 

Un second cas de rémission d’un patient infecté par le VIH a été annoncé début mars par la revue britannique Nature. Une nouvelle qui ouvre des perspectives pour la recherche d’un traitement capable d’éradiquer enfin le virus du sida. Ce second cas de rémission a été annoncé, le 5 mars dernier, par la revue scientifique britannique Nature.
 

L’auteur de l’étude, le Pr Ravindra Gupta, indique dans son article que le virus est désormais «indétectable» dans l’organisme du patient, malgré l’arrêt de son traitement antirétroviral depuis 18 mois. Le malade, traité par une greffe de moelle osseuse pour soigner un lymphome de Hodgkin à un stade avancé, ne présente plus de charge virale. C’est en 2016 que ce patient, dit «de Londres», bénéficie d’une greffe de cellules souches de moelles osseuses de la part d’un donneur porteur d’une mutation génétique rare, delta-32. Or, les porteurs d’une telle mutation ne possèdent pas de gène du récepteur CCR5, auquel le VIH doit s’accrocher pour infecter une cellule, rendant impossible leur contamination par le virus. Les médecins du patient de Londres ont indiqué que «remplacer les cellules immunitaires du patient par les cellules ne contenant pas ce récepteur semble permettre d’empêcher le virus de se multiplier», expliquent les médecins du patient de Londres. Bien évidemment, en l’état, cette intervention n’est pas généralisable à toutes les personnes
infectées par le VIH, mais elle ouvre des perspectives pour la recherche d’un traitement.

TRAITEMENT LOURD
Le premier cas de rémission a été constaté il y a douze ans, avec la guérison inédite d’un patient infecté par le virus du Sida. Timothy Brown, surnommé le «patient de Berlin» avait été soigné pour une leucémie. En 2007, cet Américain séropositif de 40 ans vivant en Allemagne, avait été traité pour une leucémie, un cancer du système immunitaire avec une chimiothérapie et une radiothérapie. Deux traitements qui suppriment entièrement les cellules immunitaires défaillantes. Une greffe de moelle osseuse lui avait ensuite été administrée, afin de produire de nouvelles cellules immunitaires saines. Préalablement à la greffe, les médecins demandent à Timothy Brown d’interrompre la prise de ses antirétroviraux pour le VIH, afin de ne pas nuire à la réussite de l’opération. Stupeur chez les médecins quand ils constatent, par la suite, que le VIH est indétectable dans son sang.
Douze ans après, le patient de Berlin est toujours en rémission. Mais selon le portail VIH/Sida du Québec, «certains chercheurs ont cependant trouvé des traces d’ARN viral résiduel dans certains (de ses) tissus». Timothy Brown est-il réellement guéri? La question reste entière. Le second cas de rémission enregistré à Londres suscite en tout cas, de nombreux espoirs. Si une thérapie par les gènes s’avère a priori trop complexe pour être applicable à tous les malades du sida, en revanche, les perspectives d’aboutir à un traitement visant à éradiquer cette maladie sont réelles.

NOUVELLES PISTES
En effet, les deux cas de Berlin et de Londres ouvrent de nouvelles pistes de recherches autour du récepteur CCR5, qui s’ajoutent à d’autres déjà existantes. En juillet 2018, des chercheurs menés par le virologue Dan Barouch avaient annoncé avoir suffisamment progressé sur l’hypothèse d’un futur vaccin contre le VIH. Un vaccin expérimental avait en effet provoqué une réaction immunitaire chez des sujets humains. Le Pr Barouch avait estimé dans la revue scientifique, The Lancet, que «ces résultats représent(aient) une étape importante», même s’il était encore tôt pour se réjouir. L’étude qu’il avait publié en juillet dernier rapportait les résultats d’un test chez 393 adultes en bonne santé, séronégatifs, âgés de 18 à 50 ans, en Afrique de l’est, Afrique du sud, Thaïlande et aux Etats-Unis. Une réponse immunitaire « robuste » avait alors été enregistrée.
Un test de ce vaccin expérimental devait être lancé sur 2 600 femmes en Afrique australe, mais les premiers résultats ne sont pas attendus avant 2021 ou 2022. Ces avancées font renaître l’espoir pour les quelques 37 millions de personnes vivant avec le VIH ou le sida, d’après les chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé, tandis qu’1,8 million de cas sont contractés chaque année. Parmi ces 37 millions de personnes vivant avec le VIH, seules 59% bénéficient d’un traitement antirétroviral.

JENNY SALEH

Dans son film d’animation Wardi (The Tower), qui sera projeté lors du Metropolis Youth Film Festival le 13 avril, le réalisateur norvégien Mats Grorud raconte la tragédie des réfugiés palestiniens au Liban à travers le regard d’une petite-fille de 11 ans, dans le camp de Bourj el-Barajneh.

Pour son premier long-métrage, le réalisateur norvégien, Mats Grorud, a choisi de parler d’un sujet qui lui tient à cœur, celui des réfugiés palestiniens. Cette tragédie, il y a été sensibilisé très jeune, quand sa mère infirmière officiait au sein de la NORWAC, une organisation norvégienne d’aide médicale. Au milieu des années 80, elle se rend régulièrement au Liban et en ramène des photos, des histoires qu’elle transmet à ses enfants restés en Norvège. «Quand elle revenait à la maison, nous découvrions des images du Liban. Des enfants de notre âge qui grandissaient dans des conditions très différentes des nôtres, dans la guerre. J’avais 8 ou 10 ans, ces expériences sont restées gravées», se souvient Mats Grorud. 1989, la famille s’envole pour Le Caire, se rend aussi à Jérusalem et Rafah. «C’était la fin de la première Intifada, et les enfants nous faisaient le signe V de la victoire à chaque coin de rue. J’avais 12 ans, c’était très formateur aussi, je suppose, pour ma «connexion» avec le Moyen-Orient.»
Mats Grorud se rend finalement au Liban en 1995, puis en 2001, où il s’engage comme volontaire dans le camp de Bourj el-Barajneh à Beyrouth. Il y passe un an, enseigne aux enfants, lie de belles amitiés. Surtout, il découvre le quotidien douloureux d’un peuple que l’Histoire n’a pas épargné. «Ce qui m’a frappé à l’époque, c’est l’honneur des gens et leur respect d’eux-mêmes. Aussi, de voir comment mes amis parvenaient à plaisanter à propos d’événements tragiques. Vous ressentez un aperçu de ce qu’ils vivent, la véritable tragédie de 71 ans passés dans des conditions inhumaines et la frustration de ne pas être autorisé à sortir de cette condition surréaliste et éternelle de refugié», confie Mats Grorud.

Une histoire douloureuse
C’est après ce séjour qu’il décide de consacrer un film à l’histoire des réfugiés palestiniens. Un sujet complexe à évoquer, que Mats Grorud choisit de transposer en film d’animation. Ainsi naît Wardi, l’histoire d’une brillante écolière de 11 ans habitant le camp de Bourj el-Barajneh, et très attachée à son arrière-grand-père Sidi, expulsé de sa Galilée natale avec ses parents, lors de l’annexion de terres en vue de la création d’Israël, en 1948. En fin de vie, le vieillard lui confie la clé de sa maison en Palestine, qu’il n’a plus jamais revue. Wardi, anéantie, interprète cette transmission comme un renoncement au retour. Elle part alors en quête d’un nouvel espoir pour son arrière-grand-père et rend visite, successivement, à plusieurs membres de sa famille. Grâce à leurs récits, elle découvre l’histoire douloureuse de son peuple et de son pays d’origine. Celle de sa sœur Yassar, prête à émigrer en Suède pour un mariage sans amour, afin de fuir son non-avenir. De sa tante Hanane, qui lui confie ses souvenirs dans les abris, durant la guerre civile libanaise. Celle de son grand-père Loutfi, ex-combattant de l’OLP plein de désillusions. Ou encore celle de son oncle, surnommé Pigeon Boy, qui s’est retrancher au sommet de sa tour en compagnie des oiseaux plutôt que de côtoyer ses congénères, traumatisé par une jeunesse guerrière.
Réalisé conjointement en stop-motion et en dessin animé, Wardi ambitionne de permettre au public «de s’identifier aux personnages, de manière à ce qu’ils voient en Wardi leur propre sœur ou leur propre fille, et perçoivent les autres personnages du film comme des membres de leur famille. Briser les stéréotypes et raconter une autre histoire qui me semblait plus vraie», explique Mats Grorud.

Reconnaître la tragédie
Poétique, émouvant, parfois drôle, le film de Mats Grorud réussit la prouesse de restituer, sans pathos inutile, la tragédie humaine vécue par des milliers de Palestiniens dans les camps. Pour coller au plus près de leur réalité, il s’est basé sur des interviews recueillies auprès des habitants de Bourj el-Barajneh ou des discussions à bâtons rompus avec ses amis.
Avec ce film, Mats Grorud espère offrir une «reconnaissance de ce que les habitants des camps ont enduré ces 71 dernières années. La reconnaissance d’une situation qu’ils n’ont pas choisie et qui leur a été imposée: quitter la Palestine. Ils se sentent oubliés et le monde a oublié leurs droits – celui de vivre maintenant – et leur droit au retour».
Revenant sur la controverse créée par le président Emmanuel Macron en mettant sur un même pied d’égalité antisionisme et antisémitisme, Mats Grorud estime ces déclarations «surréalistes». «Si je critique l’occupation et l’armée israélienne qui tire sur de jeunes enfants qui manifestent pour le droit du retour — accordé par l’ONU — suis-je antisémite? Depuis 1948, quatre générations ont été contraintes de vivre dans les camps. Les Nations unies leur accordent le droit de retourner chez elles et dans leurs villages. Dans mon film, j’ai choisi de me concentrer sur l’aspect humain. Vous n’avez pas besoin d’être un expert du Moyen-Orient ou de l’Histoire pour prendre position contre l’injustice. Qui admettrait aujourd’hui de ne pas avoir d’opinion sur l’apartheid en Afrique du sud, sur la colonisation de l’Afrique, le traitement des Noirs en Amérique?», s’insurge le réalisateur.
Le film écorche aussi, au travers d’une scène, l’attitude de certains Libanais envers les Palestiniens. «J’ai essayé de montrer certains sentiments perçus chez les réfugiés vis-à-vis du Liban et d’expliquer pourquoi la nécessité de retourner en Palestine était aussi liée au traitement sévère auquel ils étaient confrontés au Liban», justifie Mats Grorud. «Cela dit, nous aurions pu tourner plusieurs films sur la manière dont le Liban a également accepté les réfugiés palestiniens après 1948, une communauté qui représentait alors 10% de la population. Peu de pays européens auraient fait de même», poursuit-il.
Après la projection au Metropolis Youth Film Festival qui se tiendra du 11 au 14 avril, Mats Grorud espère montrer Wardi dans les camps. Son film a déjà été présenté au Festival du film indépendant de Haïfa en mars. «J’aimerais que les gens en Israël voient le film, pour qu’ils réalisent où vivent les gens à qui appartiennent les maisons dans lesquelles ils habitent, parfois à quelques heures seulement un peu plus au nord, coincés dans des camps de misère. Mais je ne montrerai pas le film dans le cadre d’un festival ou d’un lieu géré par l’Etat israélien».

Jenny Saleh

Imaginée par Solène Esber-Atwi et Louis Munoz-Zagury, la plateforme Hiwayati met en relation les familles à la recherche d’activités pour leurs enfants et les professionnels des métiers de l’art, de la culture et du sport au Liban.
 

L’idée est née il y a 5 ans lorsque Solène, en vacances dans sa famille au Liban, prend conscience de la difficulté qu’ont les parents à occuper leurs enfants après l’école. Dans un pays où les espaces publics et verts sont rares et avec des journées d’école finissant tôt, un membre de la famille, souvent la mère, se voit contraint d’écourter ses journées de travail. Conséquence de cela, les enfants ont tendance à passer leurs après-midis devant des écrans. Avec comme élément de comparaison, le dispositif français d’Aménagement des rythmes de vie des enfants et des jeunes (ARVEJ), dont Solène a bénéficié plus jeune, elle réalise que cette situation est néfaste pour le développement personnel des plus jeunes. Or, au pays du cèdre, nombreux sont les professionnels offrant des activités variées et de qualité. Ils rencontrent néanmoins des difficultés à se faire connaître. C’est ainsi qu’Hiwayati se veut être la réponse à une double demande: apporter un épanouissement aux enfants en occupant leur temps libre – et libérer conjointement celui des parents – ainsi qu’offrir une visibilité et un service de gestion aux professionnels.

De MyAftersCool à Hiwayati

La rencontre entre la jeune femme et Louis s’est faite à l’école de commerce Audencia, à Nantes, dans le cadre de leur Master en Entrepreneuriat. C’est lors de cette formation que le projet, baptisé dans un premier temps MyAftersCool a mûri, avec l’objectif initial d’occuper les espaces vacants des établissements scolaires en organisant des activités à des tarifs abordables.
En mai 2017, Solène et Louis s’installent à Beyrouth et entament un tour des écoles libanaises. Ils se voient rapidement confrontés à la difficulté de s’adapter aux modes de fonctionnement propre à chaque établissement. Pour y remédier, ils décident de réorienter le projet en lui apportant une dimension digitale. C’est au sein de Berytech – un incubateur libanais qui accompagne l’entreprise depuis octobre 2017 – que les fondateurs vont imaginer une plateforme web permettant aux parents de trouver et de réserver des activités pour leurs enfants. En février 2018, ils mettent en ligne une version prototype du site et la soumettent à des parents et des professionnels libanais. Leurs retours ont permis de concevoir une nouvelle plateforme pensée pour répondre aux attentes des familles et des professionnels. En début d’année, ils ont rebaptisé l’entreprise Hiwayati car ils souhaitent étendre l’offre d’activités à tous les âges d’ici 2022.

Parents et professionnels
Les familles ont accès à un annuaire en ligne comprenant un large spectre d’activités, du théâtre au judo en passant par le hip-hop. Depuis un moteur de recherche, le parent indique la localisation (par exemple: Badaro) et la thématique souhaitée (par exemple: violon). Il accède alors aux activités proposées au sein de structures, à domicile et aux camps de vacances.
Un système de réservation intuitif permet à l’utilisateur de réserver l’activité de son choix. Le paiement ne s’effectue pas en ligne mais directement auprès du professionnel. Une fois la réservation validée, le parent accède à des fonctionnalités de gestion du temps extra-scolaire de l’enfant.
Les professionnels, eux, disposent d’une interface dédiée au référencement de leurs activités et à la gestion de leurs réservations. Ils pourront également bénéficier d’une offre de services incluant du conseil, de l’aide pour améliorer leur communication et un accompagnement dans l’organisation d’événements. Ces services s’adressent autant aux professionnels établis qu’aux personnes souhaitant proposer des activités à domicile.
Les fondateurs souhaitent qu’il y ait des activités variées et à tous les prix mais restent attachés à la qualité de l’offre. L’équipe d’Hiwayati rencontre tous les professionnels ou étudiants avant de valider la création de leur compte sur la plateforme. Mettant un point d’honneur à la pertinence des thématiques proposées, ils privilégient les activités autour du développement durable et du patrimoine libanais.

Les citoyens de demain
Avec la conviction que c’est par l’éducation, la culture et la sensibilisation à la protection de l’environnement que l’avenir du Liban se façonne, cette plateforme veut favoriser l’épanouissement et l’ouverture culturelle de la jeunesse et offrir de la visibilité aux professionnels des secteurs artistiques, culturels et sportifs afin d’encourager leur développement. Le lancement de la plateforme est normalement prévu dans quelques semaines. Parallèlement, l’équipe d’Hiwayati s’est lancée dans la préparation d’une campagne de crowdfunding qui devrait débuter durant l’été.

Par Noémie de Bellaigue

Après Les Noces de Zahwa et Le jardin d’amour, Lara Kanso revient avec une nouvelle création, Absence, qu’elle a écrite et mise en scène. Présentée au théâtre Tournesol jusqu’au 14 avril, Lara Kanso parle des cris de douleurs des femmes pour les guérir.


Cris de la terre, cris de douleurs, cris de femmes, cris de vie… Le mot «cris» revient comme un leitmotiv dans le discours de Lara Kanso. Cris des femmes violées, violentées, des femmes seules, Absence, sa troisième création, porte en elle la douleur ancestrale des femmes. «Ce cri de douleur, je l’entends depuis que je suis très jeune, affirme-t-elle. J’ai envie, avec cette pièce, de mettre un baiser sur le front de toutes les femmes de ma famille, mais aussi de toutes les femmes qui ont injustement souffert et qui crient leur envie de vivre».

Pas de pathos inutile
«Ce n’est pas une pièce féministe, qui s’inscrit contre l’homme, tient-elle à préciser plus d’une fois, mais la vérité fait que la femme a été longtemps opprimée, détruite dans son corps et dans son âme». Loin de l’image d’une femme victime, d’une pièce où règnerait le pathos de la condition féminine, Absence évoque «l’univers féminin qu’on a envie de guérir comme si on caressait cette douleur féminine».
Absence, c’est la rencontre de quatre femmes dans un espace minimaliste, avec comme seul décor, une montagne de sable pour évoquer les origines de la terre, la terre nourricière, le ventre-mère. «C’est un cercle de guérison de femmes, un hymne d’amour entre des femmes dont la condition même de femme n’a pas été facile à vivre». Il y a la figure maternelle; il y a la femme complètement détruite, aux mouvements difformes; il y a la jeune fille enceinte hors mariage, qui porte inconsciemment en elle l’histoire du crime d’honneur; celle qui flotte dans son corps car le féminin n’a pas été transmis. «Elles viennent ici pour raconter leurs histoires, celles de femmes vraies, et la fiction de La veuve Aphrodisia de Marguerite Yourcenar. Elles viennent ici vivre une expérience, se remettre debout et repartir».
Un hymne d’amour. Planchant sur sa création depuis septembre 2018, les sources d’inspiration de Lara Kanso sont multiples, issues de son vécu, de ses lectures, de ses recherches, de ses terreurs, de sa sensibilité. «A l’origine, dit-elle, il y a une grande réflexion sur toutes les mamans dont nous sommes nés et qui ont vécu presque sans corps et sans désir». Il y a aussi son travail dans des centres d’accueil anonymes au Liban, auprès d’adolescentes violentées par leur père, leur mari ou des étrangers. «Ces centres sont comme des prisons où les femmes sont enfermées: enfermement dans l’espace et dans le corps», ajoute Lara Kanso.
Au-delà de ces deux éléments, il y a également la lecture d’ouvrages qui l’ont marquée, bouleversée, terrorisée. A l’instar d’Invention de l’hystérie, de Georges Didi-Huberman, où elle découvre qu’au XIXe siècle, un hôpital à la Salpétrière a accueilli 4 000 femmes taxées d’hystérie, un label sous lequel était placées toutes formes de maladies et de malaises, de la dépression en passant par l’épilepsie ou la crise pré-menstrues… Un autre ouvrage théorique a également inspiré la pièce: Les Femmes qui courent avec les loups de Pinkola Estès, «psychanalyste espagnole qui a rassemblé dans son ouvrage tous les contes qui rappelle la femme sauvage qu’il y a dans chaque femme, explique Lara Kanso. Cette partie en nous que la société moderne essaie de massacrer et à laquelle il faut se reconnecter pour pouvoir retrouver ce que chacune de nous a de singulier mais aussi de commun à toutes: cette force créatrice, cette force de renouvellement, de renaissance, de résurrection».
Absence est aussi une plongée dans la poétique de trois livres littéraires: La Femme lapidée de Freidoune Sahebjam, Le suicide et le chant de Sayd Bahodine Majrouh, qui a collecté dans les villages afghans des poèmes érotiques de femmes illettrées, et La veuve Aphrodisia de Marguerite Yourcenar. «La veuve Aphrodisia, s’enthousiasme Lara Kanso, c’est un peu toutes les grandes femmes tragiques qu’on a connu, Phèdre, Antigone, Médée… Elle est l’incarnation du mal par excellence, celle qui porte tous les péchés de toutes les autres femmes, celle qui prend sa revanche et la revanche de toutes les autres femmes qui ont du mal à exister, et qu’on aime et qu’on chérit».
Histoire de corps et de désir, Absence est interprétée par Dana Mikhayel, Nowar Yusuf, Stéphanie Kayal et Marie-Thérèse Ghosn. La création puise à la fois dans le personnel et l’universel, dans l’intime et le collectif, et tonne comme «cet hymne d’amour que chantent les femmes entre elles, pour pouvoir continuer, malgré toute la mémoire collective de ces douleurs des femmes dont on entend les cris». Et les questionnements sont appelés à se succéder autour du rapport au corps, à la femme, à la maternité, à la collectivité, à la transmission du féminin en Orient…

NAYLA RACHED
 

Billets en vente dans toutes les branches de la librairie Antoine.

La professeure Najat Aoun Saliba est la lauréate du prix international L’Oréal-Unesco pour l’Afrique et les Etats arabes Pour la Femme et la Science décerné à Paris le 14 mars au siège de l’Unesco.

Le Dr Najat Aoun Saliba est l’une des cinq femmes scientifiques, issues de différentes régions du monde, honorée par ce prix pour l’excellence de ses travaux. Professeur de chimie et directrice du Centre de conservation de la nature à l’Université américaine de Beyrouth, elle est aussi une pionnière dans ses recherches de pointe sur la pollution de l’air. «J’ai été la première à donner une moyenne annuelle du niveau des particules de pollution dans l’air», explique-t-elle. L’importance de cette moyenne annuelle réside dans le fait qu’elle représente un outil de comparaison entre les pays, selon les normes définies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). «Pendant de nombreuses années, j’ai établi la mesure des particules. Je voulais non seulement enregistrer leur moyenne annuelle mais aussi déterminer la composition de ces particules en vue de déterminer leur toxicité et de savoir si elles contiennent des matières carcinogènes». Selon la chimiste, au Liban, la pollution de l’air est 3 fois plus élevée que les normes recommandées par l’OMS. «Le contenu des particules est 7 fois plus carcinogène que le contenu des particules à Los Angeles».

Pollution et cigarette
Les vieilles voitures et les générateurs d’électricité apparaissent comme étant les deux principales sources de cette pollution. Les travaux du Pr Saliba portent également sur la poussière. «On a constaté que la poussière qui vient du désert n’est pas aussi toxique que les particules qui sont générées par les voitures et les générateurs». 
Les études qu’elle a entreprises avec son équipe ont également porté sur le narguilé et les cigarettes électroniques. «Contrairement à ce que la plupart des gens pensent, les matières toxiques engendrées par le narguilé ne sont pas absorbées ou diluées par l’eau. Les matières carcinogènes du narguilé sont équivalentes à deux paquets de cigarette par session. Et la personne installée à proximité fume l’équivalent de deux cigarettes de matières toxiques carcinogènes. Ces résultats ont été adoptés par les organismes internationaux pour édicter les lois interdisant de fumer dans les endroits fermés». 
Les travaux du Pr Saliba et de son équipe se concentrent ces temps-ci sur les effets de la cigarette électronique. Une équipe multidisciplinaire, composée d’ingénieurs, de chimistes et de psychologues, travaille en étroite collaboration avec la Virginia Commonwealth University. «Nos études sont en train de montrer que contrairement à ce qui est véhiculé, que c’est uniquement de la nicotine et de la vapeur, la cigarette électronique contient en réalité des matières toxiques. Peut-être celles-ci ne sont-elles pas aussi nombreuses que celles qui se trouvent dans la cigarette traditionnelle, mais il existe des matières toxiques dans tous les différents modèles de cigarette électronique». 

Accessible à tous
Directrice du Nature Conservation Center de l’AUB, leader dans ce que l’on appelle le Citizen science, Najat Aoun Saliba travaille avec son équipe en vue de mettre la science à la portée et au service des citoyens. «Nous sommes en train de créer des instruments faciles à manipuler pour que les citoyens réussissent eux-mêmes à faire des analyses pour mesurer la pollution de l’eau et de l’air». Leurs recherches se concentrent sur trois questions majeures: les déchets, l’eau et l’air. «En parallèle, un autre groupe collecte une data sur tout ce qui est beau au Liban, comme les villages, etc.. Toutes ces informations seront réunies dans le cadre d’une application mobile qui s’appellera Daskara. Les citoyens ont ainsi les moyens et les données pour prendre eux-mêmes les décisions et émettre leur propre jugement». A travers ce centre, une grande action a été entreprise dans les villages au niveau du tri et recyclage des déchets. «Tout ce qui est fait est en open access, dans le sens que les études sont publiées sur le site et accessibles à toute personne intéressée. Les deux notions d’open access et le Citizen science sont la nouvelle tendance, un regard différent porté sur la science. Le monde aujourd’hui se dirige vers le partage et l’échange d’information et de technologie».

Un laboratoire de référence
Le Dr Najat Aoun Saliba estime que son prix est «une consécration car il met l’accent sur notre travail. Souvent, on pense que dans cette partie du monde, nous ne faisons pas une bonne science. C’est une satisfaction qui me fait dire oui nous sommes au Liban et oui nous pouvons faire de la science». 
A la suite des études faites sur le narguilé, son laboratoire est devenu une référence et  a été nommé par l’OMS l’un des «Testing centers for Tobacco smoke». «Pour la première fois dans l’histoire, Virginia Commonwealth University nous envoie à mon collaborateur, le Dr Alan Shihadeh, et moi, les tests à effectuer». 
Une partie du prix remporté, dont le montant est de 100 000 euros, sera reversé par Najat Aoun Saliba pour la création d’un laboratoire national de haut niveau pour avoir la capacité de faire n’importe quels tests. «Je suis soutenue dans cette initiative par mon doyen, le Dr Nadia Cheikh, le président de l’AUB, le Dr Fadlo Khouri ainsi que par le directeur général du Centre national de recherche scientifique Dr Mouin Hamze».

Joëlle Seif

En marge de la remise des prix décernés aux lauréats du Challenge Startupper de l’année par Total, Daniel Alvarez, Directeur général de Total Liban, a répondu aux questions de Magazine. Par Joëlle Seif

Dans quel cadre s’inscrit l’initiative du Challenge Startupper de l’année par Total?
Total est une entreprise pétrolière qui exerce la politique de responsabilité sociétale  ou corporate social responsibility dans un souci d’avoir un impact positif sur l’ensemble de l’environnement du marché. C’est en Afrique que fut lancée la première édition du Challenge Startupper de l’Année par Total  en 2015. Devant le succès de cette initiative, le groupe Total a décidé de l’étendre à une soixantaine de pays en 2018. Ce n’est pas une démarche économique et Total n’agit pas dans le but d’investir dans des start-up pour réaliser des profits. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la volonté de Total de soutenir le développement socioéconomique des pays dans lesquels le groupe est implanté à travers le monde. Il contribue localement au renforcement du tissu social, à travers l’appui apporté aux entrepreneurs les plus innovants, dans la réalisation de leur projet.

Quels sont les critères de sélection des candidats?
Au départ quelque 300 dossiers ont été soumis, dont plus de 90 ont été retenus. La première sélection a été faite sur base des questions fermées du questionnaire en ligne. Dans une deuxième phase, l’agence Sparknews a revu les dossiers et a sélectionné 15 finalistes qui ont présenté leurs projets. Trois aspects importants ont été retenus pour la sélection. D’abord, le caractère innovateur de la start-up au niveau de l’idée, de la technique et du concept. Ensuite l’impact social ou l’utilité pour la société et finalement, la faisabilité et l’applicabilité de l’idée.

Quels seront les prix décernés?
Le premier prix est d’un montant de 12 500 euros, le second de 7 500 euros  et le troisième de 5 000 euros. En outre, les trois lauréats bénéficieront d’un coaching ainsi que d’une campagne de communication pour donner de la visibilité à leur projet. En outre, l’affichage dans les stations-service Total portera sur les gagnants. Le label «coup de cœur féminin» est décerné pour primer le meilleur projet féminin. Généralement, le monde des start-up est un univers masculin et c’est la raison pour laquelle nous avons voulu encourager les initiatives féminines. Toutes les gagnantes du label «coup de cœur féminin» seront invitées à Paris pour suivre une semaine de formation. Les projets présentés concernent plusieurs domaines: la santé, le traitement des déchets, l’environnement, les transports, le développement de la jeunesse, etc.… La composition du jury est très diversifiée, chacun venant d’un monde différent.

Joëlle Seif

 

Rendez-vous annuel pour les passionnés du mouvement et de la danse, le festival BIPOD, organisé par l’équipe du Maqamat Dance Theatre, se tiendra jusqu’au 15 avril sur la scène d’un nouveau lieu culturel, Citerne Beirut.


Cette quinzième édition du festival BIPOD (Beirut International Platform of Dance)se conjugue cette année avec l’ouverture officielle du centre culturel Citerne Beirut, qui était prévue le 4 avril. Ce nouveau lieu de création et de culture a pour objectif d’accueillir des productions locales et internationales et d’héberger des cours et workshops en direction des jeunes et des enfants, dans les domaines de la danse, de la musique, du théâtre et d’autres moyens d’expressions artistiques. Citerne Beirut ambitionne de proposer une conversation artistique moderne et contemporaine et se veut un espace reflétant les idées de la ville et de ses habitants.
Omar Rajeh, chorégraphe et fondateur de Maqamat, a souligné lors de la conférence de presse de lancement que «avec ses tournées dans le monde entier et maintenant avec le BIPOD, le premier festival international de danse au Liban, Maqamat repousse les limites et nous ne nous reposerons pas». Le succès du festival ne se dément pas, d’année en année, grâce à une programmation exigeante. Depuis sa création en 2002, Maqamat n’a eu de cesse de promouvoir Beyrouth comme un centre de référence pour la danse contemporaine dans le monde arabe.
Cette année encore, BIPOD ne devrait pas décevoir le public. La directrice artistique du festival, Mia Habis, s’est dite confiante dans la fidélité du public, «partag(eant) avec eux l’ambition et le désir de voir la scène culturelle et artistique de Beyrouth reprendre son rôle de pionnière».
C’est une création libanaise d’Omar Rajeh/Maqamat qui ouvrira cette quinzième édition. #minaret,dont la première s’est déroulée au Romaeuropa Festival, en Italie, a déjà été présenté en Allemagne, en Bulgarie et en Pologne et devrait poursuivre sa tournée mondiale durant toute l’année. Le festival accueille cette année des compagnies originaires d’Espagne, d’Australie, de Suisse, France, Allemagne et Bulgarie et mettra à l’honneur quelques-uns des artistes libanais émergents.
La huitième édition de Moultaqa Leymoun se déroulera en parallèle de BIPOD 2019. Cette plateforme constitue l’occasion pour les chorégraphes libanais et arabes de montrer et promouvoir leurs créations à un public averti de directeurs de festivals internationaux. Dix-huit chorégraphes et danseurs issus du Liban, de Tunisie, Palestine, Jordanie et Iran seront présents.


 PROGRAMME
4 avril
#minaret
Omar Rajeh / Maqamat. A 19h30.

5 avril
Beyond a certain point, movement itself changes
Ghida Hachicho. A 19h.

#minaret
Omar Rajeh / Maqamat. A 21h.

6 avril
Azi Dahaka
Mitra Ziaee Kia & Hiva Sedaghat.
A 19h.

Incontro
Bassam Abou Diab & Jacopo Jenna.
A 20h.

Set of Sets
GN | MC - Guy Nader / Maria Campos.
A 21h.

Du 8 au 12 avril
Immersive installation
Das Totale Tanz Theater 360° Music Video. De 18h à 19h30.

9 avril
KING
Shaun Parker Company.
A 20h30.

10 avril
LIVE, Ivo Dimchev. A 20h30.

11 avril
Flow
Cie Linga & KEDA. A 20h30.

12 avril
Instrumental Creation. Geomungo-electro concert
KEDA. A 20h30.

13 avril
GUERRE
Cie Samuel Mathieu. A 20h30.
Renseignements et programmation:
https://sites.google.com/a/maqamat.org/bipod/home:
CITERNE BEIRUT
Billets en vente chez Antoine Ticketing
www.maqamat.org

Jenny Saleh

Magazine a rencontré au Caire le chorégraphe et artiste libanais Walid Aouni, alors qu’il inaugurait sa dernière création, Larmes Hadid, avant de partir le montrer à Aix-en-Provence, dans le sud de la France. Il nous a parlé de son parcours, des grands hommes qui ont guidé ses ambitions – Gibran Khalil Gibran et Maurice Béjart – et de ce qui le pousse, aujourd’hui, à continuer à créer. Portrait d’un artiste au sommet.
 

Walid Aouni commence à dessiner grâce à Gibran Khalil Gibran, dont il admirait les œuvres voluptueuses qu’il a contemplé dès son plus jeune âge dans le musée qui lui est dédié à Becharré, à quelques pas de là où il a passé son enfance. Après son baccalauréat, il entre à l’Académie libanaise des Beaux-Arts à Beyrouth, et étudie l’architecture pendant un an, avant de rejoindre l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles où il reprend des études en arts graphiques et visuels. C’est en Belgique qu’il rencontre Maurice Béjart, grande personnalité de la danse contemporaine du XXe siècle, avec lequel il se lie d’amitié. Walid Aouni commence à danser à 19 ans, à l’école naissante de la danse contemporaine qu’il ne quittera plus. Il collabore avec Béjart en tant que concepteur de décors et de costumes pour plusieurs spectacles, tout en poursuivant en parallèle ses études à l’Académie des Beaux-arts. Il crée sa propre compagnie de danse, la Tanit Dance Theater entre 1979 et 1980, et s’est imposé comme danseur de ce qui fut surnommé «l’après-Béjart», cette vague de mutation radicale de la danse moderne initiée par Pina Bausch en Allemagne.

Le tournant égyptien
Durant dix ans, Walid Aouni monte des spectacles qui tournent à travers toute l’Europe. Il était alors le premier Arabe à faire de la danse contemporaine, et s’impose avec sa troupe au fil des ans sur la scène internationale. C’est en 1990 qu’il se rend en Egypte pour la première fois, en tant qu’assistant scénographe de Maurice Béjart sur Les Pyramides de Nour. Il y rencontre le ministre de la Culture égyptien de l’époque, Fouad Hosni, qui le convainc de venir créer à l’Opéra du Caire la première troupe de danse moderne d’Égypte. Il s’installe donc au Caire en 1993, et monte pour l’inauguration un spectacle en rupture totale avec la danse traditionnelle. La chute d’Icare choque le public égyptien, qui rejette dans un premier temps les propositions du danseur. Pourtant, les chorégraphies qu’il propose et les thématiques abordées dans ses spectacles font de lui un pionner du printemps de la danse arabe, selon les mots du critique et universitaire arabisant Yves Gonzales-Qijano, et une figure d’avant-garde de la scène artistique égyptienne.
Il crée avec cette audacieuse troupe plus de 25 spectacles, dont l’ampleur n’a jamais eu d’égal que l’engagement politique qui les caractérisait. Durant sa carrière, Aouni fait le choix de mettre en avant des figures, souvent féminines, d’exception (des figures historiques comme Djamila Bouhired, mais aussi mythologiques, à l’image de Samarkand ou Shéhérazade). L’honneur est rendu au corps des femmes, qu’il fait combattant, revendicatif. Par ce geste, Walid Aouni se pose en résistance face à l’usage des temps qui, dans l’Égypte de la fin des années 1990 et au tournant des années 2000, laissaient aux fondamentalistes religieux le champ libre pour réclamer l’interdiction des trop audacieuses Mille et une nuits et condamner radicalement au nom de la morale la sensualité des almées.
Artiste pluridisciplinaire et curieux, il s’impose comme une personnalité incontournable de la scène égyptienne en organisant des expositions de son travail pictural, ou en travaillant au cinéma, notamment avec Youssef Chahine, pour lequel il accepte de jouer dans L’émigré en 1993 après avoir chorégraphié Le destin en 1987. Jocelyne Saab fera appel à lui pour jouer le rôle du chorégraphe dans Dunia (2005).

Hommage à Zaha Hadid
Walid Aouni a dirigé la troupe de danse moderne de l’Opéra du Caire durant vingt ans. Ce sont les lendemains de la Révolution de 2011 qui le poussent à quitter l’institution un an après. «La révolution a donné un élan. Mais les révolutions ne se font pas en un jour, et les premiers temps sont toujours ceux d’une crise économique et politique dont la culture est la première victime», explique-t-il aujourd’hui, sans amertume. Il démissionne et quitte le Caire pour voyager six ans durant. On le retrouve en tant que commissaire artistique pour le musée Béjart à Marseille, puis il part en Inde pour pratiquer une forme traditionnelle de théâtre dansé, le kathakali, et monte des spectacles à Sofia, à Oman ou au Caire, où il continue ponctuellement à travailler.
En 2018, l’Opéra du Caire décide de lui rendre honneur, pour célébrer les 25 ans d’existence de la troupe de danse moderne. Walid Aouni remonte pour l’occasion La chute d’Icare, son premier spectacle, et reprend sa place de chorégraphe dans l’institution qui a été son hôte pendant deux décennies.
Le subversif Walid Aouni a ainsi su retrouver sa place dans le paysage artistique arabe. Il vient de présenter au Caire un nouveau spectacle, qui a bénéficié d’une résidence au Pavillon noir d’Aix-en-Provence en France, où le spectacle a été montré les 28 et 29 mars derniers. Larmes Hadid revient sur la vie de l’emblématique architecte irakienne Zaha Hadid. C’est un projet qui tenait à cœur à Walid Aouni, qui avait rencontré l’architecte à Bruxelles alors qu’elle n’en était qu’à ses débuts. Le chorégraphe discutait avec elle de son projet de spectacle lorsqu’elle disparaît en 2016. Celle que l’on surnommait la «reine de la courbe», qui s’inspirait du corps humain pour métamorphoser l’architecture, a ainsi pu reprendre vie à travers une chorégraphie expressionniste envoûtante, qui rend hommage à la fois à l’architecte de talent et à la femme déterminée qu’elle a été.

MATHILDE ROUXEL (AU CAIRE)

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Éditorial
Ces mafias qui nous gouvernent

La situation économique et financière a atteint un tel bas-fond que l’édifice risque de s’écrouler sur tout le monde. Le cercle vicieux déficit/dette/hausse des taux d’intérêt/baisse de la consommation/chômage risque de se refermer durablement si des mesures d’urgence ne sont pas adoptées. Pour ne prendre que l’exemple de l’électricité, chaque mois qui s’écoule coûte au Trésor 160 millions de dollars. Le temps est compté, et pourtant, les dirigeants ne semblent pas pressés. Le gouvernement a été formé il y a maintenant plus de deux mois et il n’a encore pris aucune décision sérieuse susceptible de freiner la chute. Celle-ci sera tellement brutale que le pays aura du mal à s’en remettre. Ce n’est plus de l’incurie mais carrément de l’irresponsabilité qui s’apparente à une haute trahison. Tous savent que le pays n’a jamais traversé une situation économique et financière aussi mauvaise, même du temps de la guerre civile. Malgré cela, ils continuent à palabrer, à polémiquer, à se livrer à leur jeu favori de la surenchère stérile et destructrice. Ce n’est plus de l’insouciance mais une perverse complicité avec ces mafias sectorielles qui contrôlent des pans entiers de l’économie et du commerce, et qui font des milliards, dans l’illégalité et l’impunité les plus totales, au détriment du portefeuille et de la santé de centaines de milliers d’honnêtes citoyens, qui, malgré leur dur labeur, ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Sinon comment expliquer les tergiversations, les lenteurs, le laxisme et autres travers qui rythment l’action (ou faut-il dire l’inaction!) de ceux qui nous gouvernent? Pour ne parler que des générateurs privés, ceux-ci génèrent (en plus des particules hautement polluantes) entre un milliard et un milliard et demi de dollars par an. Cette manne providentielle est appelée à tarir progressivement puis à disparaître définitivement si le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité est mis en œuvre comme prévu. Les propriétaires sans scrupules de ces générateurs, qui n’ont pas hésité, il y a quelques mois, à plonger 4 millions de Libanais dans l’obscurité pour faire pression sur l’Etat, accepteront-ils candidement de fermer boutique? Certains d’entre eux n’ont-ils pas comme partenaires, ou comme complices ou protecteurs, des hommes politiques hauts placés? N’utiliseront-ils pas leur influence, achetée à coups de pots-de-vin et autres cadeaux pernicieux, pour saboter le plan de réhabilitation de l’électricité? Ce cas de figure, il faut le multiplier par cent, par mille peut-être, pour d’autres secteurs de l’économie, du commerce et des finances. Tant que les passerelles ne sont pas coupées entre les mafias et les dirigeants, tant que le tri n’est pas fait entre les affairistes et les hommes d’Etat, l’espoir de voir un véritable changement s’amorcer dans le pays reste mince.


 Paul Khalifeh
   
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Santé

Deuxième cas de rémission. Un nouvel espoir pour les malades du Sida?
Un second cas de rémission d’un patient infecté par le VIH a été annoncé début mars par la revue britannique…

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