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Nº 3080 du vendredi 4 août 2017

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Imperturbable et réfléchi, c’est ainsi que l’on peut qualifier Fadlo R. Khuri, le premier Libanais à présider l’Université américaine de Beyrouth (AUB), depuis 150 ans.   

Pour cet oncologue de 53 ans, père de trois enfants, être en charge de l’AUB revêt une portée symbolique. Issu d’une grande lignée d’anciens de l’Université américaine de Beyrouth, Fadlo R. Khuri considère que sa prise de fonctions en mars 2015 constitue d’abord un retour aux racines. Son père, Raja Khuri, était doyen de la faculté de médecine de l’AUB, et il a lui-même longtemps vécu à Ras Beyrouth, où il dispose toujours d’un appartement hérité de sa mère.
Membre du Conseil d’administration de l’AUB, Fadlo Khuri est témoin des difficultés, surtout financières, auxquelles est confrontée l’université. Malgré le déficit budgétaire, l’AUB a réussi à  maintenir son niveau académique au top. Il est même en nette progression depuis le mandat de John Waterbury (président de 1998 à 2008). On ne peut pas nier d’ailleurs la charge de travail des enseignants qui, en plus de leurs responsabilités pédagogiques classiques, se doivent de parfaire leurs domaines de recherche. D’où la nécessité impérieuse d’augmenter les salaires des employés.
Incapable de se montrer indifférent face à une telle situation, c’est aux côtés de 156 candidats que Khuri se présente pour le poste de président de l’AUB. Parmi les 12 personnes retenues et interviewées, trois sont «mises en compétition». Aujourd’hui, c’est Fadlo R. Khuri qui est à la tête de cette grande institution, considérée comme le premier employeur local après l’Etat libanais. A la question de savoir si c’est sa nationalité libanaise qui a poussé le jury à le choisir pour permettre le redressement de l’AUB, Khuri répond que les Américains qui ont présidé le campus sont tous passés par une période qu’il qualifie de «lune de miel». Leur manque d’expérience concernant le pays du Cèdre et la région a fait que leurs erreurs leur ont été facilement pardonnées. «Lorsque j’ai été élu, je savais que j’allais être évalué sur la base de mes décisions et que cette période de grâce ne me serait pas accordée », confie-t-il. «Je suis né aux Etats-Unis et j’y ai vécu pendant 33 ans, mais j’ai grandi au Liban. L’AUB, je la connais par cœur. La civilisation américaine, je m’en suis abreuvé et le système libanais je l’ai assimilé. C’est donc en tant que Libanais et en tant qu’Américain que je serai jugé», confirme-t-il avec beaucoup d’assurance.

Transparence et efficacité
Depuis 2015, Khuri s’est fixé pour feuille de route de sortir, d’abord, l’université de sa crise. «L’AUB est le meilleur établissement d’enseignement supérieur du Moyen-Orient, mais les frais universitaires onéreux constituent un fardeau pour les familles libanaises», affirme-t-il. « L’ancienne direction a adopté une augmentation du prix du crédit de 8 à 9% par an. Pour faire face, nous avons pris la décision de réduire ce pourcentage à 3%, de renforcer les aides sociales et d’assurer à nos étudiants des prêts simples avec des intérêts minimes», assure l’actuel président, soucieux de permettre au plus grand nombre de jeunes d’accéder aux formations dispensées par l’AUB.
Ses projets à court terme? Faire preuve de transparence, de compétence et d’efficacité pour gagner la confiance du public de l’AUB, mettre fin à la crise financière en gérant de façon modérée le budget annuel et signer un accord avec le syndicat des employés de l’université. Pour relever les défis de l’avenir, M. Khuri estime qu’il est impératif d’investir davantage dans la recherche. «Si vous croyez en quelque chose, il faut investir», insiste-t-il. «Je crois en l’université. C’est la raison pour laquelle nous avons doublé le budget consacré à la recherche, dans le but de servir une société qui n’a plus foi en son gouvernement». Sa stratégie pour faire de l’AUB une institution régie par ses performances académiques, économiques, sociales et environnementales, est axée sur 3 éléments essentiels. Attirer les étudiants, leur fournir un enseignement de qualité et éviter toute discrimination raciale, sociale et culturelle.
Pour Fadlo Khuri, «rien n’est facile à obtenir ou à réaliser. Ce sont les choses qui en valent le plus la peine qui sont les plus éprouvantes. L’AUB est, pour moi, ce qu’il y a de plus important». L’Université américaine de Beyrouth a, d’après lui, joué un rôle crucial dans la «transformation» du Liban et du monde arabe. L’Histoire parle d’elle-même: neuf Jordaniens, tous des anciens de l’AUB, ont occupé les fonctions de Premier ministre dans leur pays. Plus encore, Ismaïl al-Azhari, ancien chef de l’Etat soudanais (en 1965), Ashraf Ghani, l’actuel président de l’Afghanistan, Adnan Pachachi, ancien diplomate et ministre des Affaires étrangères irakien ainsi que de nombreuses autres personnalités ont tous été diplômés de l’AUB. «C’est donc à partir d’une «petite» université qui a vu le jour il y a 150 ans qu’ont émergé des figures reconnues internationalement et qui ont eu un impact crucial sur la conjoncture socio-politico-économique du monde entier», assure Khuri.

Un Janus omniprésent
Propulsé à la tête de l’AUB ou de l’AUBMC (American University of Beirut Medical Center), Fadlo Khuri pilote ces deux institutions selon des approches différentes, académique et médicale. Oncologue de formation, Dr Khuri a longtemps conduit et mené, aux Etats-Unis, des programmes de recherche ainsi que des programmes de formation. Ses multiples expériences professionnelles en tant qu’ancien directeur adjoint du Winship Cancer Institute de l’université d’Emory, ainsi que président du conseil d’administration du Département d’hématologie et d’oncologie de l’Ecole de médecine de l’université d’Emory, entre autres, lui permettent aujourd’hui de diriger solidement les deux structures. Ayant géré, des années durant, un budget dépassant les 50 millions de dollars aux Etats-Unis, il n’est pas étonnant que Dr Khuri ait réussi à sortir l’AUB de l’ornière financière dans laquelle elle se trouvait. «J’estime détenir les compétences requises pour exécuter et mener à bien cette double fonction. Règlementer le médical et administrer l’académique sont complémentaires», atteste Fadlo Khuri.
Fasciné par la science moderne et par tout ce qui relève du fonctionnement des cellules du corps humain, c’est en 1980 que Fadlo R. Khuri s’intéresse à l’impact de la biologie cellulaire sur des domaines relevant de la psychiatrie, des neurosciences et de la cancérologie. Rédacteur en chef du journal Cancer, publié deux fois par semaine par l’American Cancer Society aux Etats-Unis, Fadlo Khuri traite surtout de la recherche clinique et de l’expertise en matière de développement moléculaire, de pronostics et d’approches thérapeutiques et de chimioprévention, pour l’amélioration du traitement des patients souffrant de cancer.
Le cumul de tant de responsabilités poussent à se demander comment l’homme parvient à «régir» tous ces «casquettes». Khuri est un «24 hour-man», qui se suffit de cinq heures de sommeil par jour et consacre une grande partie de son temps à son épouse Lamya Tannous-Khuri, spécialisée en nutrition à l’AUB, ainsi qu’à ses trois enfants Layla, Raja et Rayya.


L’AUB en chiffres
● Avant 1974, l’AUB comptait 55% d’étudiants non Libanais. Aujourd’hui, le pourcentage est tombé à 21%.
● D’après le QS Ranking, l’AUB se classe au 3e rang, derrière deux universités saoudiennes.
● Le nombre d’étudiants à l’AUB s’élève à 8 750.
● L’AUB assure plus de 130 programmes diplômants.


Pour l’innovation intellectuelle
C’est dans son vaste bureau sobre et dégagé, entre deux rendez-vous, que la question des fondements de sa pensée est abordée. «Je crois fortement en l’esprit libéral, parce qu’à mon avis, les idées et les initiatives les plus brillantes émergent de l’être éduqué, bien informé, ouvert à toute discussion et assoiffé de recherche», certifie Khuri. «Je considère qu’être fermé d’esprit ne peut que limiter tout potentiel. C’est ici que réside aussi le secret de l’AUB, qui vise à former les meilleurs scientifiques et les meilleurs penseurs libéraux, en les poussant à croire en eux-mêmes et à toujours vouloir s’instruire. L’un de nos principaux objectifs consiste à apprendre aux Libanais et aux Arabes à créer des opportunités pour une existence plus productive», poursuit-il.
La pression politique de la scène libanaise? Fadlo Khuri ne la craint pas. «Les responsables politiques savent que la stabilité économique du Liban dépend de celle de l’AUB. Nous agissons avec beaucoup de transparence et nous assumons nos choix», assure-t-il. Intransigeant en affaires, Fadlo R. Khuri demeure toutefois un grand humaniste, à la recherche d’échanges intellectuels avec des personnalités de tous bords. C’est d’ailleurs pour cela qu’un partenariat avec l’Université saint-Joseph de Beyrouth, que Khuri considère comme l’une des seules universités prestigieuses du Liban, est en cours de préparation. Le président de l’AUB prévoit aussi de nombreux projets avec une université jordanienne fondée par une princesse jordanienne.

Natasha Metni

Les banques sont des fournisseurs particuliers par les services qu’elles dispensent à leurs clients, mais également des commerçants très classiques dans leur mode de fonctionnement. Bien comprendre leurs mécanismes décisionnels est un grand atout pour négocier avec elles.


Avoir de bonnes relations avec les banques est stratégique pour une entreprise. Toutefois, ces relations ne sont pas toujours au mieux de leur forme. Combien de dirigeants se plaignent-ils des difficultés qui entravent les opérations impliquant les deux partenaires? Pourtant certains experts affirment que le respect de certaines règles simples peut en faire des «alliés précieux». Au moins est-il nécessaire de les améliorer pour le développement des PME et MIE?
Pour optimiser la gestion des opérations courantes de l’entreprise avec les banques et régler les conflits qui peuvent surgir, il faut tout d’abord que le chef d’entreprise analyse et connaisse les objectifs et les contraintes de son banquier. Les relations banques-entreprises constituent un sujet d’actualité dans la mesure où ces deux partenaires jouent un rôle très important dans le système productif d’un pays. Leur relation est basée sur une dépendance réciproque. En effet, les banques elles-mêmes sont des entreprises commerciales, elles ont besoin de clients emprunteurs, car les intérêts de leurs prêts constituent leur propre chiffre d’affaires: petit client deviendra grand. Leur rôle consiste à financer les besoins, investissements matériels ou immatériels à moyen et long termes, BFR, besoins court terme de l’entreprise ainsi qu’à fournir aux managers un certain nombre de services. Eviter de leur faire appel pour financer ses investissements est une mauvaise stratégie, même si l’on dispose d’une trésorerie importante. Leur faire appel dans l’urgence pour financer un découvert imprévu est également une mauvaise solution.            

Le crédit progresse
Dans le monde, le crédit bancaire pour les entreprises continue de progresser alors que le financement à travers le marché est plus dynamique. Malgré cette dynamique, la tendance n’est pas près de s’inverser au Liban: les sociétés se tournent davantage vers les banques que vers les marchés. En fait, la raison est simple puisque ce sont les grandes entreprises qui sont les plus friandes des marchés, leur poids expliquant la dynamique de cette forme de financement. Ceci dit, le constat est simple: les dirigeants-actionnaires d’une firme n’ont pas les mêmes intérêts que les créanciers (banques en l’occurrence) et possèdent une information plus précise sur la qualité de leurs projets. Les créanciers pourraient se trouver en position de faiblesse et s’exposer au comportement opportuniste des emprunteurs. Ces derniers peuvent enjoliver leur situation afin d’obtenir un crédit ou de bénéficier de conditions de crédit plus favorables. Ils peuvent également adopter, une fois le prêt obtenu, une stratégie qui maximise leur espérance de revenu au détriment de celle des créanciers. S’ils ne sont pas maîtrisés, ces problèmes informationnels peuvent avoir un impact défavorable sur le financement des entreprises.                                 

Mécanisme décisionnel
Pour Ibrahim Salibi, chef du Département corporate and commercial banking à Bank Audi-Liban, les paramètres adoptés par la banque qui guident la décision d’octroyer des prêts, dépendent de plusieurs facteurs dont notamment: «Le type de prêt», à savoir un prêt à long terme pour des dépenses en immobilisations, ou un prêt à court terme pour des fonds de roulement. Il est important de signaler que le financement à long terme diffère de celui à court terme, le premier étant étroitement lié à la capacité de remboursement, aux flux de trésorerie, et à la durée de vie du bien financé, et le second étant tributaire d’autres critères liés aux besoins commerciaux. Aussi faut-il souligner que «le secteur commercial» objet du financement, le modèle commercial y relatif et «les critères d’acceptation des risques» propres à chaque secteur impliquent des ratios financiers et autres critères équivalents.
Pour Maya el-Kadi, adjointe au chef du département du crédit aux entreprises à Blom Bank, compte tenu de l’importance du portefeuille de prêts et de sa qualité en tant que composante principale des actifs de la banque, l’approbation de tous les types de facilités est l’une des décisions les plus importantes dans chaque banque. Cette décision, basée sur l’évaluation de la capacité du client à respecter ses obligations ainsi que le risque inhérent à chaque type de transaction, nécessite une analyse approfondie des données financières ainsi que les aspects non-financiers. L’analyse financière repose sur une variété de ratios incorporés dans les modèles de notation de crédit (Credit Rating), et offrant une méthode prédictive pour évaluer la probabilité pour chaque client de respecter ses obligations ainsi que la probabilité de défaut et l’estimation de perte future. Blom Bank était parmi les banques pionnières au Liban à adopter dans l’évaluation de son portefeuille commercial et de détail (Retail), le système de notation de Moody’s largement acclamé pour sa précision. En ce qui concerne les prêts commerciaux, la note de crédit du client intègre l’analyse financière des résultats historiques de l’entreprise ainsi que des informations et des considérations non financières liées à la structure, au positionnement de la compagnie ainsi qu’au caractère de ses actionnaires et de son management en plus de l’analyse de l’industrie dans laquelle elle opère. En outre, la notation tient compte du type de financement qui devrait répondre aux besoins du client; afin de développer les locaux ou acquérir des machines, ou financer le fonds de roulement par des facilités de caisse, des lettres de crédit ou le financement de documents commerciaux.
Dr Michel Khadige, membre du Conseil d’administration du Crédit Libanais a estimé «qu’il faut prendre en considération l’identification du client dans l’industrie d’un point de vue macroéconomique. Nous vérifions la bonne performance, la gouvernance de l’entreprise, et nous ciblons les élites de l’industrie. Ensuite, nous allons vers le point de vue microéconomique en prenant en compte les capacités de l’entreprise à partir de critères objectifs, tels que la solvabilité de la compagnie, le ratio d’engrenage, la rentabilité annuelle, cash-flow, profitabilité…Enfin, la banque prend en considération la garantie proposée suivant la nature du crédit octroyé telle L/C, prêt à long terme, besoin en fonds de roulement, facilités de caisse.                                                                          

Relation à 360 degrés
La stratégie de prêts de Bank Audi relève du «relationship management». C’est une relation «à 360 degrés» qu’elle forge avec ses clients et leurs groupes affiliés, et qui englobe des prestations de conseil et toute possibilité de vente croisée impliquant employés, cadres, propriétaires ou commerces, le tout conçu sur mesure en fonction de leurs besoins.
Quant à Blom Bank, le département de «Corporate Banking» joue le rôle de partenaire du client dans la croissance de son entreprise de manière saine et rentable. Il comprend entre-autre la gestion de la trésorerie et  la collection des créances qui permettent d›attirer et d’entretenir «les clients de ses clients». Compte tenu de son vaste réseau d’agences et de la diversité de ses services et produits, Blom Bank a accès aux clients de ses clients à travers le compte principal de l’entreprise ou directement auprès de leur client. Le Crédit Libanais considère qu’une fois que l’entreprise devient son client au niveau du corporate, la banque vise à travailler sur une relation à grande échelle, «full scale relation» ou «win to win relation». En effet, elle fait en sorte d’accorder des facilités à travers le Retail Department, tel que la domiciliation des salaires des employés, accès aux cartes de crédits, POS machines, prêts automobiles, prêts personnels, prêts à la consommation… Par conséquent, à travers cette relation, le Crédit Libanais peut attirer l’entreprise à élargir ses activités avec la Banque.                                                                                                                  

La circulaire No 465
Par ailleurs, dans le cadre d’une démarche visant  à aplanir les éventuels conflits entre les deux acteurs qui pourraient surgir du fait du ralentissement de la consommation interne, la Banque Du Liban a émis la circulaire du 6 juin 2017 N˚ 465 autorisant un 3ème rallongement des délais pour les remboursements des prêts subventionnés octroyés aux entreprises dans les secteurs touristique, industriel et agricole. Prié de commenter cette circulaire, Ibrahim Salibi de Bank Audi a estimé que bien qu’une durée de prêt de 19 ans soit trop longue pour pouvoir avoir une visibilité de marché, prolonger cette dernière est généralement une bonne approche qui contribuerait à alléger le fardeau de l’actuelle crise de «cash flow» sur le marché. Or, comme la circulaire stipule une durée allant jusqu’à 19 ans, cette dernière ne doit pas dépasser la durée de vie de l’actif objet du financement. Par ailleurs, il est primordial d’avoir la visibilité et la sécurité nécessaires pour assumer une si longue durée de prêt. Quant à Maya el-Kadi de Blom Bank, les conditions de paiement, y compris la durée des prêts, sont basées sur l’étude initiale du projet et la projection des flux de trésorerie de l’investissement. Ces hypothèses sont révisées régulièrement en fonction de la situation macro-économique et du projet lui-même, ce qui entraîne des modifications du calendrier de remboursement pour des remboursements anticipés ou des extensions de la période de paiement. Quant aux prêts subventionnés et «soft loans» accordés dans le cadre des programmes de la BDL, la dernière modification de la circulaire en juin 2017, permet aux clients et à la banque davantage de flexibilité pour réviser le flux de trésorerie du projet ainsi que les capacités de remboursement de l’entreprise, en fonction des changements des conditions du marché, afin d’adopter un calendrier «dynamique» mieux adapté aux conditions actuelles. «En tant que banque libanaise, nous suivons les règlements lancés par la Banque du Liban tout en conservant les droits de la banque à prendre des décisions qui conviennent aussi ses clients», précise Mme el-Kadi. Interrogé également sur la circulaire 465 de la BDL, Dr Michel Khadige du Crédit Libanais a considéré que ce règlement pourrait atténuer la pression du « cash-flow » chez le client en augmentant sa capacité de régler les prêts accordés pour les actifs immobiliers de ce dernier. Cependant, a-t-il ajouté, ce règlement pourrait entraîner des charges supplémentaires pour les clients en augmentant la période de prêt à 19 ans en notant que le coût subventionné est resté le même. «Au niveau de la banque, le prolongement de la durée des prêts subventionnés de 7 à 19 ans augmentera la rentabilité de la banque en termes d’intérêts. Cependant, la longévité du prêt va créer un risque plus élevé à la banque et nécessitera une étude approfondie du projet du client », a-t-il conclu.


Le Groupe AXA est confiant
Le Conseil d’administration d’AXA Middle East a tenu une réunion à Beyrouth sous la présidence du PDG, Roger Nasnas, en présence notamment de Fabian Rupprecht, MEDLA CFO, Jad Ariss, directeur des Affaires publiques et de la Responsabilité d’entreprise, Frédéric Fléjou, vice-président d’AXA ME., Vincent Pluchet, CFF, Elie Nasnas, directeur général, Maurice Hanemoglou et Joseph Nasnas. A cette occasion Fabian Rupprecht a «réaffirmé la confiance dans l’avenir du Liban et dans les nombreuses opportunités de développement qu’il représente.» «Le Conseil a été l’occasion de réitérer notre confiance vis-à-vis de nos partenaires au Liban et de l’équipe de direction, a-t-il ajouté. Nous sommes confiants dans le développement et l’expansion d’AXA Middle East sur le long terme.» De son côté, Roger Nasnas a remercié le Groupe AXA pour la confiance qu’il témoigne au Liban et à son avenir économique, ainsi que pour son appui permanent qui a permis d’accélérer le développement d’AXA ME s’appuyant sur le transfert des technologies et des bonnes pratiques.

Liliane Mokbel

A dix-huit ans, Abbas Ibrahim intègre l’école militaire contre l’avis de son père. «Tu seras fier de moi», lui avait-il dit. Quatre décennies plus tard, il est l’un des préposés à la sécurité des Libanais et de leur Etat. Sa spécialité: les missions impossibles.  

Ces derniers temps, les services de sécurité ont démantelé un grand nombre de cellules terroristes, dont certaines étaient à deux doigts de commettre de graves attentats dans le pays. Ces succès sont à mettre, en partie, au compte de la Sûreté générale (SG). Ils sont le résultat d’une action collective, sous l’impulsion d’un homme, Abbas Ibrahim, l’un des plus éminents spécialistes du renseignement et du contre-espionnage au Liban. Cet officier a pris la tête de la Sûreté générale à un croisement de l’histoire où les dangers externes, générés par la crise syrienne, et les complications internes, provoquées par les blocages politiques et constitutionnels, ont placé le Liban sur le fil du rasoir.
Riche d’une expérience d’une quarantaine d’années, Abbas Ibrahim, qui a occupé dans le passé, entre autres, le poste de directeur général adjoint des renseignements militaires, s’est attelé, dès sa nomination en 2011, à développer, redynamiser et optimiser les compétences de la SG. L’une de ses plus grandes fiertés est la stratégie de lutte préventive contre le terrorisme, dont il est l’un des artisans. «La réussite de la lutte préventive est principalement due à l’exploitation de notre banque de données, qui a 72 ans d’âge, et qui n’était pas utilisée à bon escient, dit-il à Magazine. Nous avons étudié minutieusement les textes qui régissent l’action de la Sûreté générale et nous les avons combinés avec les informations dont nous disposons pour jeter les fondements de la sécurité préventive». Ces «textes» autorisent la SG à avoir un droit de regard au sein d’institutions et d’entités des secteurs public et privé, une prérogative qui fait défaut aux autres services de sécurité. «Au lieu d’utiliser ces pouvoirs pour espionner le citoyen, nous les avons exploités pour le servir et pour protéger l’Etat», ajoute le général Abbas.
Autre facteur qui a largement contribué au succès de la sécurité préventive, la coopération entre les différents services. «Au stade actuel, cette coordination est plus que parfaite, souligne le patron de la SG. Les chefs de la sécurité sont en contact permanent, tout en préservant la spécificité de leurs départements respectifs.»
Certes, toutes les cellules terroristes n’ont pas été encore découvertes, mais le général Abbas se dit «très rassuré» sur le plan sécuritaire. «La sécurité à 100% n’existe pas dans le monde, explique-t-il. Toutefois, nous contrôlons la situation et les réseaux extrémistes ont un pouvoir de nuisance pratiquement nul, car ils sont sous surveillance directe. Au vu de ce qui se passe dans notre région, et comparé aux pays sinistrés qui l’entourent, le Liban est dans une situation excellente.» Abbas Ibrahim souligne, cependant, que lorsque les groupes terroristes subissent des défaites militaires, ils se réfugient dans la clandestinité, ce qui complique l’action des services de sécurité qui doivent, alors, déployer davantage d’efforts et accroître leur coordination. «En dépit des difficultés qui nous attendent après les revers de Daech en Irak et en Syrie, nous n’avons pas peur de subir les répliques de cette défaite, tempère-t-il. Nous sommes conscients des dangers et nous avons échafaudé des plans pour faire face aux conséquences de la défaite militaire des terroristes».   

Couverture politique
Le général Ibrahim n’exclut pas des «événements inattendus» après la défaite de l’ex-Front al-Nosra dans le jurd de Ersal. Il ne croit pas, cependant, à une infiltration massive des terroristes dans les régions libanaises. «Le peuple libanais, aussi bien dans sa composante chrétienne que musulmane, n’est pas un terreau fertile pour le terrorisme, assure-t-il. Il y a, dans chaque chrétien libanais, une partie de culture musulmane. L’inverse est aussi vrai. Ce mélange a créé un modèle unique qui fait que le Libanais tend, naturellement, vers la modération. Il existe des exceptions, comme partout dans le monde, mais elles sont individuelles».
La couverture accordée par le pouvoir politique aux services de sécurité facilite énormément leur travail. «En dépit des dissensions politiques autour de certains dossiers, la sécurité reste un domaine sacré qui ne fait l’objet d’aucun questionnement ou doute», dit-il.
Mais cela n’a pas été toujours le cas. L’armée libanaise et les services de sécurité n’ont-ils pas fait l’objet de campagne de dénigrement de la part de certains hommes politiques? «Dans le passé, le ciblage des services de sécurité s’inscrivait dans le cadre de surenchères politiques, répond le patron de la SG. Le pays était profondément divisé, sans président de la République. L’esprit du pacte national faisait défaut. Les circonstances ont changé aujourd’hui. Le circuit constitutionnel est de nouveau en place et les institutions fonctionnent normalement, ce qui nous assure la couverture politique nécessaire pour pouvoir accomplir notre mission».
Aujourd’hui, la lutte contre le terrorisme est globalisée. Cette réalité impose une coopération sécuritaire au niveau régional et international. «Je dis toujours aux délégations étrangères qui nous rendent visite ou aux responsables sécuritaires que nous rencontrons lors de nos voyages que le Liban est en première ligne, déclare Abbas Ibrahim. Je leur explique qu’en luttant contre le terrorisme, le Liban se défend, bien entendu, mais il protège aussi leurs propres pays. Ils doivent donc nous apporter une aide logistique afin que nous puissions mener cette bataille dans les meilleures conditions». Le directeur de la SG souligne, dans ce cadre, que la coordination avec les services de sécurité arabes et étrangers est «quasi-quotidienne»: «A chaque fois que le besoin se fait sentir, j’appelle directement les responsables sécuritaires arabes et étrangers. La coopération est étroite et le contact permanent».

Le poids des réfugiés
Parmi les succès enregistrés par la Sûreté générale ces dernières semaines figure l’arrestation, à Aïn el-Héloué, du dangereux terroriste Khaled Massaad, surnommé Khaled el-Sayyed, qui était en relation avec le commandement de Daech à Raqqa, en Syrie. Cette opération a montré à quel point la SG est introduite dans ce camp palestinien, considéré comme un repaire d’extrémistes de tous poils. «La structure à Aïn el-Héloué est très complexe, explique Abbas Ibrahim. Toutes les contradictions inter-palestiniennes y sont présentes et il faut savoir comment les exploiter pour servir la sécurité du Liban et des Palestiniens. Dans le même temps, il est impératif d’empêcher une explosion généralisée de la situation dans ce camp, qui abrite cent mille personnes, et éviter de nous retrouver devant un autre Nahr el-Bared», en allusion à ce camp du Liban-Nord, occupé par des islamistes en 2007. La bataille pour sa reconquête avait fait 170 morts dans les rangs de l’armée libanaise, 400 chez les extrémistes, et provoqué de vastes destructions.
Le dossier des réfugiés syriens constitue, aussi, un défi de taille pour la SG, car en plus de sa dimension humanitaire, il comprend un aspect sécuritaire, économique et social. Abbas Ibrahim s’étend longuement sur la question: «Nous ne considérons pas les réfugiés comme des terroristes, mais nous sommes parfaitement conscients que les conditions de vie, le background culturel et les circonstances qui les ont amenés à se réfugier au Liban pourraient pousser certains d’entre eux à suivre une mauvaise voie, celle du terrorisme. Ce dossier génère de fortes pressions d’ordre sécuritaire, économique et social sur la société libanaise, et d’ordre administratif sur la Sûreté générale. Les files d’attentes devant les centres de la SG étaient devenues interminables à tel point que les citoyens libanais ou les touristes étrangers souhaitant accomplir une formalité devaient attendre longtemps. Nous avons donc décidé d’ouvrir dix nouveaux centres, spécifiquement dédiés aux réfugiés. Quatre sont déjà prêts. Le retour des réfugiés chez eux ferait baisser ces pressions. De par ses prérogatives et les informations dont elle dispose, la Sûreté générale a un rôle à jouer dans le retour des réfugiés. Je suis prêt à accomplir toute mission qui me serait confiée par le pouvoir politique dans ce but. Je n’ai aucun tabou, je parle avec tout le monde lorsque l’intérêt du Liban est en jeu. Je peux mettre à contribution les relations que j’ai bâties avec mes homologues dans le monde entier. Si le pouvoir politique me charge d’une médiation, je suis sûr de réussir dans cette mission.»
Son rôle dans la libération des Libanais enlevés à Aazaz, en Syrie, en 2012, et sa médiation pour la libération des 13 religieuses de Maaloula, retenues en otage par le Front al-Nosra, plaident en sa faveur.    
Abbas Ibrahim estime à 1,5 million le nombre de Syriens présents au Liban légalement inscrits au HCR ou à la SG, et à 100 000 ceux qui y vivent clandestinement. Concernant les réfugiés palestiniens, ils seraient au nombre de 425 000 inscrits aux registres de l’UNRWA.

La décentralisation
Servir le citoyen plus efficacement reste le souci principal du patron de la SG. C’est dans cet esprit qu’il a imaginé et mis en œuvre le concept de la décentralisation, qui s’est concrètement traduit par l’ouverture d’un grand nombre de centres de la SG dans les différentes régions. De la sorte, le citoyen n’est plus contraint de faire de longs trajets pour accomplir une formalité. La décentralisation s’est faite grâce à une coopération avec les municipalités, qui ont, souvent, offert locaux et équipements. «Chaque village souhaiterait accueillir un centre de la SG, mais cela dépasse nos capacités», regrette Abbas Ibrahim. Selon lui, les liens tissés avec les municipalités et avec les acteurs de la société civile ont permis de créer une «dynamique commune» et ont eu un impact positif sur la sécurité. «Les centres que nous avons ouverts dans les différentes régions se sont à leur tour transformés en banques de données, souvent alimentées par les citoyens, affirme le patron de la SG. Lorsque le citoyen se sent en confiance avec une institution, il la sert de tout son cœur».
C’est cette même logique de construction de ponts entre l’institution et la société qui a guidé la SG pour conclure une série d’accords avec des banques et des universités. «Notre souci est d’améliorer les compétences de nos agents et certains établissements universitaires offrent des programmes ou des cursus qui peuvent leur être utiles, poursuit M. Ibrahim. Lorsque certaines ambassades ont eu vent de ces partenariats, elles nous ont contactés pour nous proposer des accords de coopération.»
C’est grâce à de telles initiatives que Abbas Ibrahim espère construire, patiemment, une «complémentarité» entre la société et les services de sécurité, afin que la confiance et l’attachement remplacent la suspicion et la crainte.


Un rôle pour la femme
La Sûreté générale est le service de sécurité qui compte le plus de femmes dans ses rangs. 750 agents, dont 40 officiers femmes. Abbas Ibrahim affirme qu’il n’existe aucune discrimination au niveau du recrutement et que les concours sont ouverts aux hommes et aux femmes. «Il est naturel, pour des raisons de condition physique, qu’une majorité de femmes ne soient pas attirées par les formations dispensées aux unités des forces spéciales, elles se dirigent généralement vers des fonctions plus administratives. D’ailleurs, dans certains départements, les femmes sont plus appréciées pour leur travail car elles font preuve de plus de flexibilité», dit-il.

Paul Khalifeh

Bien qu’une solution au conflit syrien ne soit pas encore en vue, le régime du président Bachar el-Assad et les organisations internationales échafaudent déjà les projets de reconstruction du pays sinistré. Le Liban pourrait profiter des immenses chantiers en perspective. Dans quels domaines et dans quelle mesure?                                         


Le Liban aura certainement une place dans le chantier de la reconstruction de la Syrie pour de multiples raisons, dont la proximité géographique. Cependant, il ne sera pas le seul à profiter de cette gigantesque manne. La communauté internationale fait de la reconstruction de la Syrie une de ses priorités dans sa vision économique pour l’avenir.
Le coût du chantier syrien est colossal pour qu’une seule partie en assume la charge et, par conséquent, en recueille les dividendes. Des villes entières ont été complètement détruites, comme Alep, et les infrastructures sont hors d’usage. La Banque mondiale estime les pertes de la Syrie sur base d’une constance des prix en 2010 à 226 milliards de dollars sur la période 2011-2016, soit l’équivalent de quatre fois le PIB de la Syrie en 2010, sachant que ce PIB a régressé de 63% entre 2011 et 2016. Par ailleurs, le rapport de la BM indique que la reprise en Syrie serait de plus en plus difficile si le conflit venait encore à se prolonger. Dans le cadre d’un scénario d’une fin de la guerre dans sa sixième année, le trou du PIB serait comblé à 41% durant les quatre années suivantes.
Comme chaque année depuis six ans, la communauté internationale s’est réunie en avril dernier à Bruxelles sous le thème de l’aide à la Syrie. Les discussions ont porté sur les moyens d’accroître l’aide aux réfugiés syriens et aux pays hôtes, ainsi que la reconstruction de la cité antique de Palmyre. La tenue d’une conférence d’après-guerre aurait été également évoquée. «Celle-ci ne serait un succès que si elle s’inscrit dans le contexte d’une réelle transition inclusive dont tous les Syriens seraient bénéficiaires», lit-on dans le communiqué final. Toujours est-il que la principale problématique demeure celle du financement des travaux, des identités des pourvoyeurs de fonds et des conditions qu’ils posent à l’octroi des crédits nécessaires.                                                            
Le Hong Kong de la Syrie. Situé entre la Méditerranée et certaines provinces syriennes dévastées comme Homs, Alep et Damas, le Liban pourrait devenir l’une des plus importantes plateformes pour la reconstruction de la Syrie. Les avantages compétitifs du pays du Cèdre confortant cette thèse sont l’existence d’une longue frontière terrestre et maritime commune, une langue commune et deux accords de libre échange. Selon Nabil Sukkar, directeur du Bureau consultatif syrien pour le développement et l’investissement, il y a quinze ans, lorsque la Syrie avait commencé à libéraliser son économie, le Liban représentait le Hong Kong de son voisin.
M. Sukkar souligne que de nombreuses affaires étaient conclues au pays du Cèdre pour servir le marché syrien, un scénario qui pourrait facilement se répéter lors du processus de reconstruction. Cette hypothèse a été clairement abordée par le Premier ministre Saad Hariri lors de sa visite fin juillet à Washington, où il a rencontré le président Donald Trump et plusieurs autres responsables américains. Les sources ont estimé que cette visite s’inscrivait dans le concept de la diplomatie économique.                                  

Joint-ventures
Interrogé par Magazine, Jacques Sarraf, président honoraire de l’Association des industriels, conçoit des joint-ventures auxquelles seraient associées des entreprises libanaises, fortes de leur savoir-faire et de leurs ressources humaines qualifiées, des firmes syriennes, fortes de leur connaissance profonde du terrain, et des méga-sociétés russes, la Russie étant le curateur de la Syrie. «Une coopération entre Libanais et Alaouites ne pose aucun problème à la frontière nord du pays. Une coopération est de même possible avec les sunnites à la frontière est du Liban», dit-il, avant d’ajouter: «Le processus de coopération dépendra de la structure géopolitique de la Syrie d’après-guerre, d’une part, et des sources de financement, d’autre part.»
Pour Fouad Zmokhol, président du RDCL World, «ce projet impressionnant est dans l’esprit et la ligne de mire de tous les chefs d’Etat du monde, une priorité pour toutes les administrations des grandes puissances, présent dans tous les discours en rapport avec le conflit syrien, fait partie des discussions de tous les diplomates des ambassades des pays avoisinants, et, surtout, reste la priorité absolue de toute les délégations qui nous rendent visite depuis plusieurs années.»
M. Zmokhol insiste: «Ce n’est un secret pour personne que les «mains invisibles», qui sont les «architectes» des conflits, les plus grands exportateurs d’armes, sont aussi les principaux ingénieurs de la reconstruction, les premiers banquiers du financement».
De son côté, Bassem Ajjaka, expert-économiste, considère que l’émergence en ce moment de l’examen du projet de loi de partenariat public-privé (PPP) au Parlement n’est pas une simple coïncidence et s’inscrirait dans le contexte des mesures que l’Etat libanais souhaite adopter afin de faciliter l’implication des entités libanaises dans la reconstruction de la Syrie à travers, notamment, l’accélération de la réhabilitation de l’infrastructure et de la logistique au pays du Cèdre. Au passage, il rappelle la présence de bases militaires américaines et russes déjà installées dans différentes régions syriennes et qui seraient des acteurs concurrentiels sur le plan de la logistique du transport des équipements lourds de leurs sociétés. Enfin, Bassem Ajjaka préconise des exemptions fiscales en faveur des sociétés libanaises et étrangères qui installeraient leur quartier général au Liban pour la reconstruction de la Syrie.                                                                                 

Tripoli, un hub
En partenariat avec la Banque mondiale, la Banque islamique de développement et certaines entités de l’Onu, le gouvernement libanais planche sur l’examen de plusieurs initiatives susceptibles d’aider le Liban et la Syrie à encourager l’échange commercial bilatéral et les investissements étrangers. Anticipant la signature de contrats lucratifs dans le cadre de la reconstruction, l’Unido soutient les chantiers en cours pour la création de trois zones industrielles situées dans la plaine de la Békaa, au Liban-Nord et au sud de la région du Chouf, où des firmes industrielles pourraient s’installer et satisfaire la demande du marché de Damas. Dans la foulée s’inscrit le financement par la BM de la réhabilitation de 700 km de route Liban-Nord. A l’heure actuelle, Tripoli serait devenue la principale voie d’approvisionnement de la ville de Homs et un hub vital pour la reconstruction à venir de la Syrie. Un autre atout s’ajoute à Tripoli, celui de son port, qui bénéficie d’une position géostratégique et qui connaît depuis 2012 un énorme chantier d’agrandissement. Selon Ahmad Tamer, président du port de Tripoli, il n’y aurait aucun port syrien pour le moment qui soit prêt sur un plan logistique à accueillir les grands navires. Le tirant d’eau du port de Tripoli est d’environ 15,5 mètres et serait en passe d’atteindre une profondeur de 17 mètres. De plus, l’itinéraire du transport routier des marchandises déchargées au port de Tripoli ne comprend que des routes droites pour atteindre Homs. Par ailleurs, ce port possèderait l’avantage de travailler en tandem avec la zone économique spéciale située à proximité de la mer, qui nécessite un financement de près de 30 millions $ pour son achèvement. Autre projet ambitieux encore à l’étude pour le nord du Liban: l’édification d’une ligne de chemin de fer d’une longueur de 30 km reliant Tripoli à la frontière commune avec la Syrie.

Financement et banques
Les banques libanaises sont prêtes pour la reconstruction de la Syrie. Malgré la guerre qui a dévasté ce pays, elles ont maintenu leurs structures et installations sur place. Certes, ces établissements de crédits ont réduit leurs opérations mais ils ont continué à fonctionner. Une seule banque libanaise s’est retirée rapidement du marché syrien tout en préservant sa licence d’exploitation. Elle a considéré que tout emprunt non remboursé dans les délais était une dette non performante. Mais les autres établissements ont pris leur temps pour recouvrer les avances accordées aux agents du marché syrien et, au bout du compte, leur patience se sera avérée payante. La coopération entre les secteurs bancaires libanais et syrien, qui étaient détenus par le secteur public, s’était renforcée après l’ouverture économique entamée par la Syrie. A la demande du gouverneur de la Banque centrale syrienne Adib Mayali, la Banque du Liban (BDL) a apporté son expertise pour jeter les fondements d’un secteur financier moderne en Syrie. Le secret bancaire, qui est en vigueur au Liban depuis 1956, a été dupliqué, les dispositions du Code de la monnaie et du crédit ont été largement reprises et plusieurs règlementations bancaires syriennes ont été même plus permissives que celles appliquées au Liban. En fait, les banques libanaises opérant en Syrie n’ont pas enregistré de pertes grâce à une règlementation concernant les fonds propres entièrement versés en devises étrangères.

Assureurs et réassureurs
Les agents libanais de l’industrie de l’assurance implantés avant le déclenchement de la guerre en Syrie n’ont pas suspendu leurs opérations bien que celles-ci aient reculées d’une manière significative. La déconsolidation avec leur maison mère à Beyrouth pour des raisons techniques n’a donc pas changé leur stratégie et vision du travail en Syrie, confie à Magazine une source du secteur, qui a dénombré près de sept opérateurs libanais associés à des partenaires syriens. Cette source affirme que les opérateurs n’ont souffert d’aucun défaut de paiement de leurs clients, les commerçants syriens étant de «bons payeurs». En réponse à une question, la source précise que, depuis le début du cycle de violence, les compagnies d’assurance en Syrie ont été contraintes de travailler avec des réassureurs d’envergure régionale, les sociétés internationales de réassurance s’étant retirées du marché. Il précise que les polices souscrites sont surtout en rapport avec le transport maritime et terrestre de marchandises.

Les industries
Les industries libanaises espèrent avoir une «part du gâteau» syrien, mais sont conscientes de la compétition des grandes industries de masse dans la région, notamment en Egypte et en Turquie, qui se frottent déjà les mains. Il sera crucial de travailler en groupe, et non individuellement, dans ces projets à grand budget. Il faudra créer des synergies, des joint-ventures, des accords de coopération locaux et internationaux, pour espérer acquérir certaines parts de marché. Le secteur privé libanais se prépare chaque jour un peu plus pour cette reconstruction espérée, car son avant-gardisme fait partie de ses traditions et est toujours présent dans ses gènes… Mais l’optimisme reste précaire et fragile, car on connaît bien les défauts et les points faibles des Libanais, et, surtout, on sait que lorsque les «grands» sont de la partie, les plus «petits» devront attendre leur tour.


«La porte de la Syrie sur le monde»
C’est dans un hôtel de Beyrouth que s’est tenue, en mars dernier, la troisième présentation de l’exposition pour la reconstruction de la Syrie, qui se tiendra à la Foire internationale de Damas du 19 au 23 septembre. A cette occasion, le ministre de l’Industrie Hussein Hajj Hassan a encouragé les entreprises libanaises à participer à cet immense chantier en perspective. Un représentant du ministère syrien des Travaux publics, Fida Youssef, a affirmé à l’AFP que «nous sommes venus pour appeler tous les amis et frères à venir en Syrie et à découvrir les perspectives d’investissement dans la prochaine phase».
Un homme d’affaires syrien, Tamer Yaghi, s’était montré optimiste lors de cette réunion. «Le Liban représente pour la Syrie la porte d’entrée du monde extérieur et les hommes d’affaires libanais doivent profiter de cette opportunité», avait-il dit à la presse. «Nous devons profiter de l’expérience des entreprises et des entrepreneurs libanais qui ont connu eux aussi la guerre et de l’expertise du secteur bancaire et des assurances libanais», a-t-il ajouté. Le président Bachar el-Assad avait évalué, en 2016, les destructions dues au conflit à plus de 200 milliards de dollars.

Liliane Mokbel

Les cellules souches représentent un grand espoir pour la médecine. Elles sont capables de renouveler des organes et des tissus âgés ou endommagés, comme dans le cas des maladies neurologiques ou métaboliques. La greffe de cellules souches est surtout envisagée lorsque d’autres traitements échouent. Qu’est-ce que les cellules souches? Quels sont les avantages de cette médecine? Magazine enquête.
 

Les cellules souches sont celles à partir desquelles toutes les autres cellules sanguines se développent. Elles font l’objet de nombreuses recherches dans l’espoir de guérir des maladies aujourd’hui incurables. L’objectif est de soigner durablement le patient grâce à une injection unique de cellules thérapeutiques. Ces cellules sont obtenues à partir de cellules souches  pouvant donner tous types de cellules ou un nombre limité de types de cellules provenant du patient lui-même ou du donneur. La thérapie cellulaire permet ainsi de soigner un organe défaillant par la transplantation de cellules saines dans le but de remplacer les cellules malades de l’organe en question. Ces cellules sont capables de se transformer afin de donner d’autres nécessaires à la guérison de l’organe. Les cellules souches hématopoïétiques sont les plus connues. Elles ont un rôle capital dans la formation des cellules du sang et sont présentes au niveau de la moelle osseuse.
Selon le Dr Albert Azar, spécialiste en thérapie cellulaire au centre de médecine régénérative au Middle East Institute of Health (MEIH), «la médecine régénérative est une stratégie thérapeutique visant à réparer un organe malade grâce à des cellules souches qui vont se différencier pour remplacer les cellules lésées ou malades». Le Dr Azar explique également que le sang du cordon ombilical contient des cellules souches hématopoïétiques qui sont bien tolérées en cas de greffe. Ce sang est utilisé pour traiter les leucémies ou les lymphomes ou encore des maladies génétiques. Le Centre de médecine régénérative Reviva encourage d’ailleurs les futures mères à donner ce produit sanguin à la naissance de leurs enfants pour assurer la survie de ces derniers ou de leur entourage en cas de maladies. «Je me suis bien informée sur le sujet, confie une jeune future mère. La préservation des cellules souches se fait en toute sécurité. Cela me réconforte et me permet d’assurer la vie de mon enfant en cas de problème de santé grave».

Traiter les maladies
Le prélèvement a lieu dans les minutes qui suivent l’accouchement lorsque le cordon ombilical vient d’être coupé et que le placenta est encore dans l’utérus. Le sang de cordon, riche en cellules souches, est ensuite congelé et conservé dans une banque en vue de son utilisation ultérieure. Le prélèvement des cellules souches utilisées en thérapie cellulaire peut être réalisé sur le patient lui-même et les cellules thérapeutiques seront parfaitement tolérées par celui-ci sur le plan immunitaire. «Après la naissance d’un enfant, le sang de cordon, contenu dans le cordon ombilical et le placenta, est facile à collecter, et cela sans aucun risque pour la mère ou l’enfant. Le sang du cordon ombilical est désormais connu pour être une source utile de cellules souches de sang. Il est surtout utilisé pour traiter les enfants atteints de certaines maladies du sang», note par ailleurs le Dr Azar, en précisant que la greffe des cellules souches permet d’améliorer la qualité de vie du patient de 30 à 40%. «Le concept de préservation des cellules souches est nouveau au Liban, affirme-t-il. Nous essayons de sensibiliser les Libanais et, particulièrement, les femmes à ce concept».
Depuis des dizaines d’années, les cellules souches ont bouleversé la vie de plusieurs patients à la suite de leur utilisation avec grand succès dans le traitement de leucémies, de myélomes ou de lymphomes, et dans certaines autres maladies et lésions. Vu leur potentiel d’auto-renouvellement et de différenciation, les cellules souches représentent, actuellement, une innovation dans le domaine de la recherche clinique visant à établir une thérapie cellulaire contre une variété de maladies, comme la sclérose latérale amyotrophique, la maladie d’Alzheimer, l’arthrose, l’autisme, le diabète, l’infarctus du myocarde, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, les lésions de la moelle épinière, l’infertilité ou d’autres maladies. L’indication d’une thérapie cellulaire définit le plus souvent le choix des cellules souches à utiliser. Ainsi, les cellules souches embryonnaires se différencient spontanément en cellules de la rétine et sont donc particulièrement adaptées à la mise au point de traitements de maladies affectant cet organe. Pour traiter l’arthrose, le choix se porte plus spontanément vers les cellules mésenchymateuses, capables de donner des cellules de cartilage. «Les cellules souches ont particulièrement la capacité de remplacer les cellules endommagées et de traiter des maladies. Cette propriété est déjà utilisée dans le traitement des brûlures graves et le rétablissement du système sanguin chez les patients atteints de leucémie et d’autres maladies du sang», précise le Dr Azar. Parmi les thérapies les plus avancées sur le plan des essais cliniques, celles visant à traiter certaines maladies ou lésions des os, de la peau ou de la cornée à l’aide de greffes de cellules souches prélevées à partir de ces organes. On peut, par exemple, reconstruire une cornée à partir de cellules souches de l’œil pour traiter certaines lésions oculaires. La greffe de cornée a déjà démontré son innocuité et son efficacité dans le cadre d’essais cliniques précoces. Des greffes de cellules souches dans le pénis ont permis, par ailleurs, de soigner des troubles érectiles après une opération de la prostate. Les chercheurs ont injecté dans le pénis des cellules souches prélevées de la moelle osseuse qui contient plusieurs types de cellules souches capables de se transformer spontanément en cellules de même type que celles endommagées dans le pénis.

NADA JUREIDINI
 

Reviva
Reviva est un centre de médecine régénérative et reconstructive. Il est le seul centre au Liban et au Moyen-Orient où les cellules souches sont collectées, manipulées et conservées. Il dispose d’une banque de cellules souches dérivées, en particulier du sang du cordon ombilical et des tissus et offre des services liés à la thérapie cellulaire comme la transplantation autologue de cellules souches adultes pour traiter diverses maladies. Concernant la médecine reconstructive, les cellules souches sont appliquées sans acte chirurgical dans des cas de brûlures, de vergetures ou de cicatrices. Les innovations médicales associées à l’excellence scientifique sont adoptées conformément aux directives internationales élaborées. De plus, Reviva détient des affiliations universitaires en particulier avec l’Université libanaise (UL).

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Éditorial
Grille des salaires: deux lectures

Le vote par le Parlement de la grille des salaires de la fonction publique clôt un feuilleton de cinq ans, ponctué de polémiques, de tiraillements et de coups bas entre les forces politiques. En dépit des protestations de certaines catégories, qui s’estiment lésées, notamment les fonctionnaires et les militaires à la retraite, cet ajustement des salaires est, globalement, considéré comme un «exploit», car il permet de renforcer le pouvoir d’achat de 270000 familles. Cependant, des milieux économiques et financiers ne cachent pas leurs craintes des retombés négatives que pourrait avoir cette loi, qui prévoit une batterie d’impôts et de taxes. Parmi les plus mécontents figurent les banques. Celles-ci sont appelées, en effet, à supporter une partie significative du financement de cette grille, dont le coût est de 1700 milliards de livres (1200 milliards pour les fonctionnaires en service et 500 milliards pour les retraités). Les banques débourseront quelque 300 millions de dollars sur un montant total de 1,15 milliard de dollars. Ce financement proviendra d’une augmentation de 5% à 7% de la taxe sur les intérêts (supportée par les déposants), une taxation des profits des banques sur les bons du Trésor et une taxation des transactions des banques cotées en bourse, en plus d’une série d’autres mesures. Le secteur bancaire, qui déclare des profits de 2 milliards de dollars par an, se voit ainsi amputé de 300 millions de dollars, soit 15% de ses bénéfices. Toutefois, des sources économiques affirment que les profits réels des banques sont bien plus importants que ceux qui sont officiellement déclarés.Pour le secteur bancaire, ces nouvelles taxes et impôts auront un impact négatif sur les investissements et sur le coût du capital, ce qui va ralentir la croissance et, par conséquent, la création de nouveaux emplois.Un autre avis estime, toutefois, que le renforcement du pouvoir d’achat de centaines de milliers de Libanais va insuffler une bouffée d’oxygène dans l’économie, en boostant la consommation, ce qui aura pour effet de réunir les conditions nécessaires pour enclencher un cercle vertueux, qui profitera à tous les secteurs et les pans de l’économie. «Pour que ce cercle vertueux puisse voir le jour, il faut que tous les acteurs économiques jouent le jeu», prévient une source économique.Certes, le financement de la grille exigera des banques de réduire leur marge de profit et de procéder à des économies internes. Cependant, la source économique affirme que le secteur bancaire est, malgré tout, satisfait du fait que cette hausse des salaires du secteur public ne s’est pas soldée par un creusement du déficit des finances publiques. Cette source indique que les mesures, les taxes et les impôts prévus par la loi génèreront 1765 milliards de livres, soit un montant légèrement supérieur à la somme nécessaire pour financer l’ajustement des salaires.Encore faut-il que l’Etat se donne les moyens de collecter les impôts et de combattre l’évasion fiscale.


 Paul Khalifeh
   

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