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Nº 3101 du vendredi 3 mai 2019

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Tout le monde en a déjà entendu parler. Mais globalement, personne n’y a rien compris. Est-ce que blockchain est bitcoin? Réponse: Est-ce qu’Internet est Amazon? La réponse par une question met un peu d’ordre dans les idées du public concernant ce buzzword qu’est, de nos jours, la blockchain.
 

Les personnes que l’on serait susceptible de rencontrer dans des conférences sur ce sujet épineux semblent être divisées en trois catégories: celle qui est persuadée que ce système ne décollera jamais; celle qui prétend comprendre tout le jargon qui convient pour sonner suffisamment expert, même s’ils ne savent pas toujours de quoi ils parlent; celle, enfin, qui déplore généralement la perte colossale de ne pas investir dans le bitcoin. De l’autre côté, les panélistes, parlant apparemment un langage secret que personne ne comprend vraiment, insistent avec ferveur sur le fait que la blockchain est sans équivoque l’avenir – et qu’il est préférable que les gens s’y mettent rapidement avant qu’il ne soit trop tard.
Il y a beaucoup de définitions au mot blockchain ou chaîne de blocs sur Google et dans les livres. Mais au moins un aspect commun s’y dégage: celui d’un nouveau business model.      
«Très simplement, le concept de la blockchain en 2019 est l’équivalent à ce que l’on pensait d’Internet dans les années 1970», explique Nicolas Chikhani, ancien directeur général de l’Arab Bank-Suisse, ajoutant qu’«Internet était une toute nouvelle technologie à l’époque et la plupart des gens n’avaient aucune idée de son pouvoir, mais aujourd’hui, il a révolutionné tous les aspects de nos vies: notre façon de vivre, de travailler et de communiquer. De même, la blockchain va révolutionner les transactions pour tous les secteurs de l’industrie, en numérisant les transactions, en éliminant les intermédiaires et en augmentant l’efficacité et la rentabilité dans son ensemble». Aucune dépendance envers les établissements bancaires, ici seuls des ordinateurs sont garants du bon fonctionnement des crypto-actifs. L’analogie qui est souvent utilisée est qu’un consommateur ne comprend pas la technologie qui se cache derrière Internet, alors qu’il sait en quoi elle influe sur sa vie. On peut en dire autant de la blockchain.
Pour Claire Balva de TEDxLyon, la blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’information qui est sécurisée, transparente, fonctionne sans organe central de contrôle, incorruptible et immuable. Concrètement, dit-elle, la blockchain ressemble à un registre sur lequel sont inscrites des informations, des données et des transactions qui sont regroupées en bloc. Ce registre a une particularité: il n’est pas stocké sur un serveur central mais sur un grand nombre de serveurs que l’on appelle les nœuds du réseau. Ce qui rend toute attaque plus difficile. C’est un algorithme qui permet à tous les utilisateurs de se mettre d’accord sur l’état du registre à un moment donné.

Vous avez dit révolution?
Il s’agit bien de la 4ème révolution dans la mesure où la blockchain permet l’échange de valeurs de pair à pair sans intermédiaire. L’échange de pair à pair sans organe de contrôle a été rendue possible grâce à Internet. Néanmoins, il trouve ses limites lorsqu’il s’agit d’échanger de la valeur. A titre d’exemple: si on vous envoie 30$, il faut bien que l’on ne puisse plus avoir accès à ce montant. Or, dans un échange Internet d’une photo, d’une information ou d’un document, les parties concernées par cette transaction contrôlent l’objet de l’échange puisqu’il ne s’agit que d’une copie. La seule voie pour transférer de la valeur était de passer par les intermédiaires que représentent les banques. Avec la crise internationale de 2008 et la baisse de la confiance des individus dans leurs banques, Satoshi Nakamoto, le créateur du bitcoin (dont on ne connaît pas l’identité exacte), publie un livre blanc où il détaille le fonctionnement d’une monnaie numérique qui fonctionne sans la banque de pair à pair, le bitcoin. Celui-ci est une monnaie qui n’appartient à aucun pays, à aucun gouvernement à aucune banque. Les bitcoins appartiennent à tous ses utilisateurs. Satoshi Nakamoto a inventé un protocole informatique sous-jacent appelé blockchain, qui permet à tous les utilisateurs de bitcoins de se mettre d’accord sur l’historique des transactions effectuées dans cette monnaie numérique. «Cette invention est révolutionnaire, selon Claire Pavla, parce qu’elle contribue à un rééquilibrage de l’accès aux ressources pour deux milliards d’adultes non bancarisés. Aujourd’hui, la valeur de tous les jetons bitcoins en circulation s’élèverait à 11 milliards $».

Les banques centrales dans le monde
«Le monde se dirige vers une convergence entre le système informatique bancaire actuel et celui de la blockchain», souligne Nicolas Chikhani, qui parle d’une maturation du concept de la blockchain. Autrement dit, les banques vont commencer à accepter des crypto-monnaies et c’est dans ce sens-là qu’on parle d’une ère de perturbation (disruptive era), une ère où un nouveau business model a émergé. Ce n’est pas le cas au Liban mais celui des Etats-Unis, de Malte et de la Suisse, où une régulation de la blockchain est en gestation. La Suisse est à l’avant-garde dans ce domaine. Il y existe déjà une Crypto-Vallée à l’instar de la Silicon Valley. Selon Nicolas Chikhani, «si les banques centrales ne se lancent pas dans le nouveau business model beaucoup de dérives auront lieu». Pour l’instant, et comme le rappelle l’Autorité des marchés financiers ainsi que la Banque de France, il s’agit d’actifs numériques pouvant être échangés sur des plateformes spécialisées. Ceci n’empêche pas que les banquiers centraux du monde ont commencé à discuter de l’idée des monnaies numériques des banques centrales, et même le FMI et sa présidente, Christine Lagarde, discutent ouvertement des avantages et des inconvénients de cette idée.
Dans les faits, les espèces sont de moins en moins utilisées et ont presque disparu dans des pays comme la Suède et la Chine. Dans le même temps, les systèmes de paiement numériques – PayPal, Venmo et d’autres en Occident; Alipay et WeChat en Chine; M-Pesa au Kenya; Paytm en Inde – offrent des alternatives attrayantes aux services fournis jadis par les banques commerciales traditionnelles. Un article rédigé par Dong He, directeur adjoint du Département des marchés monétaires et des capitaux du FMI, explique que les banques centrales devraient envisager de prendre des mesures pour «prévenir la pression concurrentielle que les actifs cryptographiques peuvent exercer sur les monnaies fiduciaires et rendre les monnaies fiduciaires plus attractives pour le numérique».
 
Anonymat et blanchiment
Autrement dit, la régulation commence à se greffer sur l’infrastructure disponible. Néanmoins, les individus ne l’acceptent pas facilement jusqu’à ce jour parce qu’ils y voient un outil de spéculation plus qu’un instrument de paiement. Dans le même temps, beaucoup de voix se sont élevées pour dénoncer l’utilisation de la crypto-monnaie comme un canal pour le blanchiment d’argent, cette monnaie étant attractive pour ceux souhaitant rester anonymes. En fait, les crypto-monnaies comme les bitcoins ne sont pas anonymes, car les particuliers et les organisations utilisant des crypto-portefeuilles laissent encore une empreinte numérique. Les transactions de pair à pair ne sont plus dans l’anonymat total et sans contrôle lorsqu’il y a convergence entre bitcoin et l’argent cash. A ce moment, l’agent qui souhaite avoir les bitcoins en fiducie doit se rendre chez un chargeur ou sur une plateforme numérique comme Coinbase. A ce jour et à ce stade, le passage par la banque reste indispensable. Celle-ci entreprend sur la personne qui encaissera l’argent liquide les processus de clearance relatifs aux concepts: la connaissance de son client (KYC) et la lutte contre le blanchiment d’argent (AMT). Ceci étant dit, tout avantage concurrentiel injuste des actifs cryptographiques pourrait découler d’une réglementation plus légère que celle en vigueur en fiducie. Ce qui  implique l’application rigoureuse de mesures visant à prévenir le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, à renforcer la protection des consommateurs et à taxer efficacement les transactions cryptées.
   
Risque et volatilité
Le grand risque de l’usage de la crypto-monnaie est sa volatilité puisque sa valeur est sujette à l’offre et à la demande alors que l’inflation ne l’affecte pas. Par conséquent, elle peut faire l’objet d’actions de dumping et de pumping entraînant des mouvements de spéculations énormes. De plus, la volatilité des cours montre clairement que ces crypto-monnaies ne sont pas des produits d’épargne sûrs. Elle n’a pas de cours légal, c’est-à-dire qu’aucun commerçant n’est tenu de l’accepter en paiement d’un bien ou d’un service et aucune banque centrale n’en garantit la valeur, à la différence de ce qui se passe pour l’euro, le dollar ou la livre sterling.
Lors d’un entretien avec Magazine, Nicolas Chikhani évoque l’émergence de services d’investissement portant sur des produits dérivés dont le sous-jacent est constitué de crypto-monnaie. Ces produits dérivés peuvent être juridiquement qualifiés de contrats financiers intelligents et pourraient rendre cette crypto-monnaie plus stable.
Autrement dit, la crypto-monnaie n’est qu’une des applications de la blockchain. Historiquement, c’est la première avec le bitcoin. Pour examiner les aspects juridictionnels, l’approche en matière de titres de propriété, d’obligations contractuelles et de responsabilités est une source de préoccupation. Il ne s’agit pas seulement d’essayer de tout mettre dans la blockchain, mais bien de créer un système qui durera très longtemps. 
D’où l’apparition de tokens ou jetons qui peuvent représenter essentiellement les actifs qui sont fongibles et la négociabilité de produits à des points de fidélité et même d›autres crypto-monnaies. Les jetons sont une représentation d’un actif particulier ou utilitaire, qui réside au-dessus d’une autre blockchain. Il s’agit donc de tokens fondés sur des chaînes entièrement nouvelles, mais dont le code consiste en un dérivé de bitcoin. Ainsi, les jetons peuvent représenter de l’argent, des droits de propriété sur des voitures, des biens immobiliers ou des téléphones, la propriété intellectuelle ou tout ce qui a une valeur qui lui est associée.

Entre privé et public
Les entreprises dans les chaînes de blocs publics n’investiront pas tant qu’elles ne connaîtront pas la réglementation en vigueur. Néanmoins, les chaînes de blocs d’entreprises privées peuvent offrir les avantages d’un réseau public sans perdre le contrôle total. Les blockchains privées permettent aux organisations d’utiliser la technologie de grand livre distribué sans rendre les données publiques. En résumé, une blockchain permet à quiconque d’envoyer directement une «valeur». Toutefois, la personne effectuant des transactions dans la blockchain possède une clé privée, créée de manière cryptographique pour les blocs d’informations qu’elle «possède». Elles peuvent posséder leur propre identité numérique, leurs actifs, leurs données.
Pour l’instant, près de 90% des transactions conclues en bitcoin le sont dans les pays en voie de développement. La raison est simple: dans ces pays, il est plus facile d’avoir un Smartphone qu’un compte bancaire. Plus globalement, la blockchain bouleverse le processus de transfert d’argent. Par exemple, le Département foncier de Dubaï teste une solution de bout en bout permettant aux résidents et aux visiteurs d’acheter une propriété à Dubaï sur un réseau de blockchain. Dubaï Land intégrera les promoteurs, les banques, le Dubaï Land Department, les courtiers et toutes les autres entités impliquées dans l’achat d’une maison dans l’émirat.

Liliane Mokbel

Les têtes couronnées, les dirigeants politiques et les grosses fortunes du monde arabe viennent au Liban pour se faire soigner. Ce n’est un secret pour personne, leurs séjours hospitaliers sont fortement médiatisés. Pour maintenir le niveau, les hôpitaux ne lésinent pas sur les moyens.

Beyrouth était connu pour être l’hôpital des Arabes au XXème siècle. Au début du XXIème, la capitale libanaise a gagné des galons dans ce domaine. Les hôpitaux universitaires, les hôpitaux haut de gamme et les cliniques privées se multiplient, se livrant une concurrence en termes «de fournisseur de soins de santé de qualité».
L’excellence étant leur mot d’ordre, ils ne lésinent pas sur les investissements. Ils se dotent d’équipements médicaux à la pointe de la technologie et n’hésitent pas à les renouveler. Chacun, dans une ou plusieurs spécialités chirurgicales, cherche à devenir la référence en termes de performance. Ils recrutent les meilleures ressources humaines au niveau des médecins et des cadres d’aides-soignants compétents.

Les enquêtes ont montré que le Libanais aurait tendance à choisir a priori son médecin traitant et à le suivre dans l’établissement où il opère. Ce comportement des patients locaux a encouragé de nombreux hôpitaux au Liban à attirer les médecins les plus qualifiés. Le pays du cèdre bénéficie d’une formation académique et pédagogique avancée au sein de sa population, dont une grande partie est orientée vers les soins de santé. Il y aurait 3,54 médecins pour 1 000 individus, soit le double de la moyenne de la région. Le niveau élevé d’éducation dans d’autres secteurs, telle que la technologie, permet également aux hôpitaux libanais de rester compétitifs dans la région en améliorant les services offerts et en modernisant leurs équipements.

Offre excédentaire

Le système libanais est dominé par le secteur privé, qui fournit 90% du total des services selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Toutefois, l’absence de réglementation du secteur privé a conduit l’industrie à avoir une offre excédentaire d’hôpitaux privés concentrés dans un domaine. Le secteur hospitalier souffre de distorsions à différents niveaux, notamment une répartition géographique inégale. Le Libanais jouit  actuellement d’une espérance de vie moyenne de 80 ans contre 73,4 ans dans la région. Cette bonne moyenne est principalement imputable aux dépenses de santé élevées par habitant et aux normes de soins de santé supérieures à la moyenne. Cependant, l’espérance de vie des personnes est liée à un nombre croissant de maladies chroniques et à un besoin accru de soins de santé. Une augmentation de l’espérance de vie aura un effet positif sur l’utilisation future des services hospitaliers. Les dépenses totales par habitant au Liban ont augmenté à un taux moyen de 3,81% entre 1996 et 2011. Après 2011, on a constaté une hausse remarquable de ces dépenses, enregistrant une moyenne de 6,32%. En 2014, les dépenses de santé par habitant étaient de 622$, figurant parmi les plus élevées dans le monde.
Le droit aux soins de santé. L’Etat libanais a reconnu par une loi le droit de chaque citoyen à bénéficier de soins médicaux à la lumière des principes du droit de l’homme à vivre dans la dignité. La loi sur les droits des patients et le consentement éclairé a été promulguée le 11/2/2004, stipulant que «le patient a le droit, dans le cadre d’un système de santé et de protection sociale, de recevoir des soins appropriés à sa situation dans le respect de l’éthique médicale. Cette loi a prévu le droit d’accès aux informations et la nécessité d’approuver le travail médical. Parallèlement, selon les chiffres du ministère de la Santé, 249 000 patients ont été admis dans les hôpitaux publics en 2018. En outre, grâce au contrôle d’une tierce partie (TPA) la facture hospitalière a reculé à 4,3% des crédits alloués à l’hospitalisation en 2018 contre 11,6% en 2016. Il faut souligner que le ministère de la Santé a reçu sur sa hotline (1795) 1 214 appels répartis comme suit: 29% des plaintes relatives à la sécurité de l’alimentation; 27% des plaintes contre les hôpitaux publics et privés.
En conclusion, les dépenses publiques de santé, exprimées en pourcentage des dépenses totales, ont diminué et les dépenses totales consacrées à la santé par habitant ont augmenté, ce qui indique un transfert du fardeau de la facture médicale et de santé du gouvernement aux ménages.
Le Liban compte 134 hôpitaux privés dont 4 sont des hôpitaux universitaires. La plus forte concentration d’hôpitaux privés se trouve au Mont-Liban, suivi du Liban-nord, le nombre le plus faible se trouvant à Nabatiyé.

Liliane Mokbel

En dépit des déficits, des détournements de fonds, de la corruption et de certains aspects de fonctionnement archaïques, la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS) continue d’offrir ses services à 1,2 million de Libanais.


Parallèlement aux mesures économiques et financières envisagées pour redresser la situation alarmante qui menace des pires dangers, une politique de sécurité sociale s’avère indispensable pour assurer un filet de sécurité minimal aux Libanais, notamment dans le secteur de la santé. Cette politique qui fait défaut depuis des années, reste l’une des pierres angulaires de la société libanaise et passe immanquablement par une réforme au sein de la Caisse nationale de la sécurité sociale (CNSS), qui assure ses services à plus d’un tiers de la population, soit quelque 1,2 million de bénéficiaires.
Plus de dix ans après la fin du mandat de l’actuel Conseil d’administration – qui continue à assumer un rôle limité par décision de l’ancien ministre du Travail, Trad Hamadé, en attendant la formation d’un nouveau Conseil d’administration – et six ans de vacance au sein des commissions techniques et financières, la Caisse continue à assurer ses services malgré le manque d’effectifs. Cependant, les informations sur d’importants détournements de fonds ou de falsifications de documents qui ont dilapidé des millions de dollars au sein de cette institution se multiplient. Le dossier de la CNSS est aujourd’hui devant le Procureur général Samir Hammoud, transmis en janvier dernier par l’ex-ministre de la Justice Sélim Jreissati.

Entre déficit et excédent
La publication de la loi sur la sécurité sociale en 1963 sous le mandat du président Fouad Chéhab a été considérée comme un événement majeur dans la vie de la République. Mais bien que la CNSS soit parmi les rares institutions étatiques qui sont parvenues à résister à la guerre, en continuant à offrir ses prestations de façon quasi-régulière malgré les difficultés, le poids des années et de la guerre s’est fait sentir, surtout au niveau des déficits accumulés dans certaines branches. Cinquante-six ans après, la donne a changé.
Alors que les branches maladie-maternité et allocations familiales connaissaient des situations déficitaires, celle des indemnités de fin de service a toujours marqué un excédent. Elle a toutefois été victime de l’hyperinflation, et les fonds disponibles pour les indemnités ont perdu plus des deux tiers de leur valeur moyenne par retraité.
La branche comptait fin 2016 près de 11 000 milliards de L.L. ou près de 7,3 milliards de dollars, concernant 480 000 bénéficiaires. 96% de ces sommes sont investies dans des bons de trésor ou placés en L.L. auprès des banques, alors que le reste de la somme est utilisée pour combler le déficit de la branche de l’assurance maladie-maternité.
La CNSS a atteint une situation dangereuse avec le cumul de déficit dans la branche maladie-maternité depuis 2001. En 2017, ce déficit atteignait 1 728 milliards de L.L, soit près de 1,14 milliards de dollars. Celui de la branche des allocations familiales est de 274 milliards de L.L. alors que l’excédent au sein de la branche de l’indemnité de fins de service avait atteint 12 445 milliards de L.L, soit 8,2 milliards de dollars.
En février 2018, un rapport du directeur général de la sécurité sociale, Mohamed Karaki, montre que jusqu’à la fin de l’année 2017, l’État devait 2 667 milliards de L.L. à la CNSS.
À la fin de 2018, les sommes dues par l’État ont atteint 2 785 milliards de L.L. en plus des intérêts, suite au non-paiement de sa part à la branche de l’assurance maladie-maternité, qui s’élève à 25%, ainsi que les cotisations des employés du secteur public qui profitent des services de la CNSS. La loi 753 en date du 22 mai 2006 prévoyait d’échelonner le paiement des sommes dues par l’État à la Caisse avec un intérêt de 5% annuellement. L’État devait payer plus de 1 000 milliards L.L. entre 2014, 2015 et 2016, mais il n’avait versé que 170 milliards L.L. En 2017, rien n’a été réglé à cette institution. Ce retard a largement contribué à la situation déficitaire et a empêché la Caisse de développer ses services et prestations.
Il y aurait quelques 67 institutions étatiques qui ne prévoient pas de budgets pour s’acquitter des cotisations de leurs employés à la CNSS, et certaines ne mentionnent pas non plus les rémunérations de leurs salariés. Alors que des institutions soustraient les sommes dues des salaires des employés sans les remettre à la Caisse.

Problèmes majeurs
Les problèmes au sein de l’institution qui entraveraient tout développement sont signalés par M. Karaki dans une mise à jour fin 2017. Il les ramène à deux obstacles majeurs: le premier, la situation financière provenant du non paiement par l’Etat des sommes dues, ce qui a des répercussions directes sur la branche de l’assurance maladie-maternité. Le second résulte du manque d’effectifs avec 48% des postes vacants. Début 2018, les effectifs ne dépassaient pas 1 100 personnes, alors que les besoins seraient de 2 050 employés. Pour combler ce manque de personnels dans les différentes branches de la CNSS, on a recours aujourd’hui à des décisions du Conseil des ministres avec l’approbation du Conseil de la Fonction publique, alors que la loi sur la CNSS lui octroie une autonomie totale.

Erreurs de base
Un rapport complet sur la CNSS paru en janvier 2018, et signé par cinq membres du Conseil d’administration de la sécurité sociale avait signalé des dilapidations de fonds au sein de l’institution. Elles seraient dues à une mauvaise gestion, à de la négligence dans l’exercice des fonctionnaires et des violations de la loi, ainsi qu’à une situation comptable et financière irrégulière et non transparente. Le rapport soulignait un déficit continu dans la branche maladie, et la présence d’une large corruption au sein de cet organisme. Il est corroboré par un rapport du vérificateur UTC International, qui cite cinq erreurs de base dans la vérification des comptes de 2010. Le rapport fait mention d’erreurs monumentales dans les comptes de la Caisse, entre autres le recul inexpliqué du nombre de sociétés adhérentes (passé de 51 967 en 2006 à 47 041 en 2010) et la baisse des cotisations de 20%, alors que les cotisations payées n’ont pas dépassé 68% du total de celles enregistrées.
Beaucoup d’autres points sont soulevés dans ce document, ceux concernant, entre autres, la situation financière de la Caisse en 2017, qui montre que le montant des services assurés par la branche de l’assurance maladie-maternité sont de l’ordre de 900 milliards de L.L, dont 660 milliards pour les hôpitaux, ce qui ramène les prestations de la branche au niveau de la facture maladie et médicaments à seulement
240 milliards de L.L.
Un chiffre illogique face aux demandes enregistrées auprès de la branche, et qui montre que le montant réel est beaucoup plus élevé, mais qu’il y a impossibilité de le cerner, vu le nombre de factures impayées, étant donné que chaque demande de particulier auprès de la Caisse prend en moyenne huit mois avant d’être honorée.

Accusations de corruption
La Caisse a continué à assurer ses services en puisant dans les excédents de la branche des indemnités de fins de service pour combler le déficit de l’assurance maladie-maternité. Entretemps, elle devait faire face aussi à des accusations de corruption de certains employés qui auraient porté sur des millions de dollars.
En 2014, le ministre du Travail, Sejaan Azzi, reconnaissait, lors d’une rencontre avec les responsables de la Chambre de commerce et d’Industrie de Beyrouth et du Mont-Liban, que «ces accusations sont fondées, même s’il faut éviter de politiser le dossier». Il a appelé à la poursuite de la modernisation des services et à la lutte contre la corruption. Une enquête a été ouverte dans une affaire de fraude, visant des employés de la CNSS accusés de couvrir des opérations de recel et de détournement de fonds publics et d’attribution de quitus fictifs. Six personnes ont été arrêtées au siège de Wata Moussaïtbé par les Forces de sécurité intérieure (FSI) à la suite d’une perquisition menée dans les locaux sur ordre du parquet général financier. Parmi les personnes impliquées figuraient des employés, mais aussi des courtiers et des intermédiaires chargés de présenter les formalités des citoyens. Deux courtiers ont été arrêtés dans l’affaire ainsi que le propriétaire d’un bureau de comptabilité et d’audit pour interrogatoire.
En 2017, 7 employés de la Caisse ont été accusés de falsifier des opérations qui auraient coûté plus de 6 millions de dollars. Un autre scandale a touché l’institution après la découverte de plusieurs sociétés fictives qui ne payaient pas leurs cotisations mais qui faisaient profiter des milliers de personnes inscrites sur leurs registres des services de la CNSS. Les opérations de détournement de fonds se sont multipliées. Certaines affaires ont été transférées devant la justice qui a rendu des jugements. D’autres sont toujours en cours alors que certaines affaires n’ont pas été transférées devant la justice.
Abou Sleiman entre en scène. Début 2019, le nouveau ministre du Travail, Camille Abou Sleiman, a adressé une lettre au Conseil d’administration de la Caisse demandant la finalisation des comptes financiers pour les huit dernières années durant lesquelles aucun audit extérieur n’a été exercé.
Au cours de l’une des dernières séances du Conseil des ministres, Abou Sleiman a appelé à la nomination d’un nouveau Conseil d’administration pour la CNSS et à réformer l’institution au travers de l’amendement de la loi sur la sécurité sociale. Des voix se sont élevées réclamant la réduction du nombre des membres du Conseil d’administration de 26 à 14 et la formation d’un comité provisoire pour gérer la Caisse. Or la réduction du nombre des membres du Conseil d’administration exige des amendements qui doivent être adoptés au Parlement et l’expérience de la désignation d’un comité provisoire de huit membres en 1992 n’était pas concluante.
La Caisse pourrait-elle jouer pleinement son rôle et élargir le nombre de personnes qui profitent de ses prestations? Rien ne l’empêche sauf qu’il faudrait d’abord organiser la structure de la Caisse et étudier les répercussions d’une telle possibilité sur sa situation financière.

Arlette Kassas

Les cellules souches représentent un grand espoir pour la médecine. Elles sont capables de renouveler des organes et des tissus âgés ou endommagés, comme dans le cas des maladies neurologiques ou métaboliques. La greffe de cellules souches est surtout envisagée lorsque d’autres traitements échouent. Qu’est-ce que les cellules souches? Quels sont les avantages de cette médecine? Magazine enquête.
 

Les cellules souches sont celles à partir desquelles toutes les autres cellules sanguines se développent. Elles font l’objet de nombreuses recherches dans l’espoir de guérir des maladies aujourd’hui incurables. L’objectif est de soigner durablement le patient grâce à une injection unique de cellules thérapeutiques. Ces cellules sont obtenues à partir de cellules souches  pouvant donner tous types de cellules ou un nombre limité de types de cellules provenant du patient lui-même ou du donneur. La thérapie cellulaire permet ainsi de soigner un organe défaillant par la transplantation de cellules saines dans le but de remplacer les cellules malades de l’organe en question. Ces cellules sont capables de se transformer afin de donner d’autres nécessaires à la guérison de l’organe. Les cellules souches hématopoïétiques sont les plus connues. Elles ont un rôle capital dans la formation des cellules du sang et sont présentes au niveau de la moelle osseuse.
Selon le Dr Albert Azar, spécialiste en thérapie cellulaire au centre de médecine régénérative au Middle East Institute of Health (MEIH), «la médecine régénérative est une stratégie thérapeutique visant à réparer un organe malade grâce à des cellules souches qui vont se différencier pour remplacer les cellules lésées ou malades». Le Dr Azar explique également que le sang du cordon ombilical contient des cellules souches hématopoïétiques qui sont bien tolérées en cas de greffe. Ce sang est utilisé pour traiter les leucémies ou les lymphomes ou encore des maladies génétiques. Le Centre de médecine régénérative Reviva encourage d’ailleurs les futures mères à donner ce produit sanguin à la naissance de leurs enfants pour assurer la survie de ces derniers ou de leur entourage en cas de maladies. «Je me suis bien informée sur le sujet, confie une jeune future mère. La préservation des cellules souches se fait en toute sécurité. Cela me réconforte et me permet d’assurer la vie de mon enfant en cas de problème de santé grave».

Traiter les maladies
Le prélèvement a lieu dans les minutes qui suivent l’accouchement lorsque le cordon ombilical vient d’être coupé et que le placenta est encore dans l’utérus. Le sang de cordon, riche en cellules souches, est ensuite congelé et conservé dans une banque en vue de son utilisation ultérieure. Le prélèvement des cellules souches utilisées en thérapie cellulaire peut être réalisé sur le patient lui-même et les cellules thérapeutiques seront parfaitement tolérées par celui-ci sur le plan immunitaire. «Après la naissance d’un enfant, le sang de cordon, contenu dans le cordon ombilical et le placenta, est facile à collecter, et cela sans aucun risque pour la mère ou l’enfant. Le sang du cordon ombilical est désormais connu pour être une source utile de cellules souches de sang. Il est surtout utilisé pour traiter les enfants atteints de certaines maladies du sang», note par ailleurs le Dr Azar, en précisant que la greffe des cellules souches permet d’améliorer la qualité de vie du patient de 30 à 40%. «Le concept de préservation des cellules souches est nouveau au Liban, affirme-t-il. Nous essayons de sensibiliser les Libanais et, particulièrement, les femmes à ce concept».
Depuis des dizaines d’années, les cellules souches ont bouleversé la vie de plusieurs patients à la suite de leur utilisation avec grand succès dans le traitement de leucémies, de myélomes ou de lymphomes, et dans certaines autres maladies et lésions. Vu leur potentiel d’auto-renouvellement et de différenciation, les cellules souches représentent, actuellement, une innovation dans le domaine de la recherche clinique visant à établir une thérapie cellulaire contre une variété de maladies, comme la sclérose latérale amyotrophique, la maladie d’Alzheimer, l’arthrose, l’autisme, le diabète, l’infarctus du myocarde, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, les lésions de la moelle épinière, l’infertilité ou d’autres maladies. L’indication d’une thérapie cellulaire définit le plus souvent le choix des cellules souches à utiliser. Ainsi, les cellules souches embryonnaires se différencient spontanément en cellules de la rétine et sont donc particulièrement adaptées à la mise au point de traitements de maladies affectant cet organe. Pour traiter l’arthrose, le choix se porte plus spontanément vers les cellules mésenchymateuses, capables de donner des cellules de cartilage. «Les cellules souches ont particulièrement la capacité de remplacer les cellules endommagées et de traiter des maladies. Cette propriété est déjà utilisée dans le traitement des brûlures graves et le rétablissement du système sanguin chez les patients atteints de leucémie et d’autres maladies du sang», précise le Dr Azar. Parmi les thérapies les plus avancées sur le plan des essais cliniques, celles visant à traiter certaines maladies ou lésions des os, de la peau ou de la cornée à l’aide de greffes de cellules souches prélevées à partir de ces organes. On peut, par exemple, reconstruire une cornée à partir de cellules souches de l’œil pour traiter certaines lésions oculaires. La greffe de cornée a déjà démontré son innocuité et son efficacité dans le cadre d’essais cliniques précoces. Des greffes de cellules souches dans le pénis ont permis, par ailleurs, de soigner des troubles érectiles après une opération de la prostate. Les chercheurs ont injecté dans le pénis des cellules souches prélevées de la moelle osseuse qui contient plusieurs types de cellules souches capables de se transformer spontanément en cellules de même type que celles endommagées dans le pénis.

NADA JUREIDINI
 

Reviva
Reviva est un centre de médecine régénérative et reconstructive. Il est le seul centre au Liban et au Moyen-Orient où les cellules souches sont collectées, manipulées et conservées. Il dispose d’une banque de cellules souches dérivées, en particulier du sang du cordon ombilical et des tissus et offre des services liés à la thérapie cellulaire comme la transplantation autologue de cellules souches adultes pour traiter diverses maladies. Concernant la médecine reconstructive, les cellules souches sont appliquées sans acte chirurgical dans des cas de brûlures, de vergetures ou de cicatrices. Les innovations médicales associées à l’excellence scientifique sont adoptées conformément aux directives internationales élaborées. De plus, Reviva détient des affiliations universitaires en particulier avec l’Université libanaise (UL).

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Éditorial
Un budget en deçà des ambitions

Le projet de budget 2019 proposé par le ministre Ali Hassan Khalil prévoit une réduction du déficit à travers une compression des dépenses de l’Etat. Toutefois, les mesures envisagées semblent plus motivées par le souci de répondre aux attentes de la communauté internationale afin de débloquer les fonds de la conférence Paris IV que par une réelle volonté d’assainir sérieusement les finances publiques et de jeter les bases d’une réforme sur le long terme. Le texte initial examiné par le Conseil des ministres mardi, et qui sera revu à maintes reprises avant d’être voté par le Parlement, prévoit des dépenses de 26 031 milliards de livres et des recettes de 18 256 milliards, soit un déficit de 5 352 milliards de livres, ou 3,55 milliards de dollars. Conformément à ces chiffres, le déficit s’élèverait à 5,95% du Produit intérieur brut (PIB). Mais c’est sans compter les avances octroyées à l’Electricité du Liban (EDL) pour acheter le fuel, qui seraient de 1,13 milliard de dollars, ce qui signifie que le déficit réel avoisinerait les 8% du PIB. Cette tentative d’enjoliver les chiffres prouve que les préposés à la gestion des deniers publics n’ont pas rompu avec cette fâcheuse manie d’user de mesures cosmétiques pour maquiller la réalité. Mais ce n’est pas la seule tare du projet. Une première lecture montre que les autorités financières tablent plus sur une réduction des dépenses que sur une amélioration des recettes. La tentative de revoir à la baisse les gros budgets et de combattre le gaspillage est certes louable, elle semble cependant sinon arbitraire du moins sélective. Sur les 500 milliards de livres d’économies faites sur les fonds alloués à certains ministères et administrations, la moitié (252 milliards de L.L.) est supportée par le ministère de la Défense, qui voit son budget passer de 3 199 milliards à 2 946 milliards de livres. Le ministère de l’Intérieur, lui, est amputé de seulement 17 milliards de livres (1 652 au lieu de 1 670 milliards); celui du Travail de 24 milliards (365 au lieu de 389 milliards); les Travaux publics perdent 73,6 milliards (368 au lieu de 441 milliards) etc.D’autres ministères voient leurs budgets augmenter, comme celui de l’Energie et de l’Eau, qui passe de 328 milliards à 400 milliards de L.L.; celui des Affaires sociales s’élève à 340 milliards au lieu de 228 milliards. Le plus frappant est l’augmentation du budget de la présidence du Conseil (qui passe de 1 523 à 1 592 milliards de L.L.), alors que les fonds alloués à la présidence de la République et au Parlement baissent respectivement de 2,1 milliards et 5,6 milliards de livres. Cela montre que la «mentalité» des préposés à la gestion des finances publiques n’a pas changé sinon comment expliquer le fait que le Grand Sérail continue de gérer une multitude de caisses et de fonds pour lesquels sont alloués plus d’un milliard de dollars, sans véritable audit et sans qu’aucune coupe ne soit opérée dans ces généreux budgets.La principale augmentation des recettes proviendrait de la hausse de l’impôt sur les dépôts bancaires qui passerait de 7 à 10%, et qui drainerait plus de 900 milliards de livres. Sinon, il y a peu de mesures pour pénaliser ceux qui ont fait des centaines de millions de dollars dans l’illégalité, comme les empiètements sur le domaine public maritime: les exemptions douanières qui permettent aux institutions religieuses d’user et d’abuser de leurs privilèges en important des produits pour le compte de commerçants, qui le revendent sur le marché en faisant du dumping des prix etc…Et évidemment, il n’est nulle part question de récupérer ne serait-ce qu’une infime partie des milliards de dollars détournés ou volés par les pontes du système.  


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

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L’Eglise «vit», en grande partie, grâce aux quêtes dominicales et aux donations. Il n’existe pas de tarification officielle pour l’organisation d’un baptême. Toutefois, certains frais peuvent être estimés. «Le baptême…

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