à la Une
Logo

Nº 3082 du vendredi 6 octobre 2017

à la Une

à la Une (727)

Category of Flashs

Le droit de chacun à un logement principal est devenu possible au Liban. Les agents de financement privés et publics ont conjugué leurs efforts en vue de concrétiser et rendre effectif ce droit.


Les banques commerciales, la banque de l’Habitat, la Banque du Liban (BDL) et les promoteurs immobiliers ont pris des initiatives pour faciliter le processus d’acquisition d’un logement. Les développeurs se sont manifestés récemment en proposant des offres de financement attractives, le marché de l’immobilier souffrant d’un coup dur en raison de plusieurs facteurs d’ordre socioéconomique, de déstabilisation sécuritaire et géostratégique sur le double plan local et régional. Certains d’entre eux font des offres exigeant un premier versement d’un montant variant entre 15% et 35% à 0% taux d’intérêt, la période de grâce s’étendant sur quatre ans et le délai du prêt sur 25 ans.
Dans le cadre de cette conjoncture, l’offre semble être supérieure à la demande et les acquéreurs ou les acheteurs auraient repris la main. Si le 1er semestre de 2017 a enregistré une légère amélioration de la demande, celle-ci est relative d’autant qu’elle se mesure à un benchmark qui n’a pas cessé de régresser depuis 2010. Intervenant pour la énième fois pour stimuler le marché, la Banque du Liban a augmenté la limite maximale des prêts subventionnés pour l’acquisition d’un logement à 800 000 dollars, contre 530 000 dollars auparavant. La BDL avait, à deux reprises, pris des initiatives incitatives à l’égard des établissements bancaires, consistant en une subvention des taux d’intérêts créditeurs des secteurs productifs et de l’habitat. «Les crédits subventionnés ont des caractéristiques bien définies par la BDL qui ne laissent pas de marge de manœuvre aux banques», souligne Elie Semaan, responsable des services bancaires à la consommation et des canaux alternatifs à Fransabank. Aussi faut-il rappeler que la BDL à travers les circulaires 450 et 451 a révisé à la baisse les taux créditeurs subventionnés des prêts logements contractés avant le 7 février 2017, excluant ceux conclus après cette date.
Du projet d’achat d’un appartement ou d’une maison, à la signature de l’acte de vente chez le notaire, et enfin à la remise des clés, plusieurs étapes importantes rythment l’achat d’un bien immobilier. Il y en aurait sept au moins, à savoir la recherche du logement; l’offre d’achat-promesse de vente; le choix du notaire; l’avant-contrat; l’offre de prêt; la signature de l’acte de vente; la remise des clés du logement ou sa délivrance à l’acquéreur.

Transparence à la Bank Audi
Toujours est-il que l’étape décisive pour le passage à l’action est celle du choix de financement le plus approprié au profil socioéconomique du client. De nombreuses banques encouragent cette catégorie de prêt au détriment d’autres prêts à la consommation. Elles considèrent que cette catégorie s’inscrit dans leur politique de responsabilité sociale des entreprises.
Selon Grace Eid, responsable de la banque de détail  à Bank Audi, «le marché étant étroit et la compétition active, choisir sa banque n’est pas une démarche facile. Ce n’est qu’en mettant les clients au cœur de toutes nos activités, en adoptant une approche centrée sur eux, et en privilégiant la transparence qu’on atteint un seuil de satisfaction optimal. La clarté est de rigueur dans notre monde complexe. C’est pour cela que nous proposons nos produits en toute transparence, grâce à des simulations et conditions claires qui permettent aux clients de prendre les décisions les plus avisées.» Interrogée au sujet du procédé suivi pour une simulation de la capacité d’emprunt pour un achat dans l’immobilier neuf ou ancien et comment savoir si le bien immobilier est surévalué, Mme Eid répond: «La capacité d’emprunt diffère d’une personne à une autre puisqu’elle est essentiellement tributaire du revenu mensuel du client, et non du type d’immobilier qu’il est en train d’acquérir (neuf ou ancien). Le client doit d’abord choisir le type de prêt qui lui convient, en fonction du montant du crédit demandé. Une simulation est ensuite effectuée, où le paiement mensuel du client ne dépasse pas 35% de son revenu, tout en respectant les caractéristiques du crédit logement en marge (pourcentage d’autofinancement, etc.). La garantie principale du crédit logement étant une hypothèque de premier rang sur le bien-fonds relatif au crédit, un expert de la banque fait une évaluation du logement avant que l’accord final ne soit donné, afin d’éviter une surévaluation». Priée de dire pourquoi l’emprunteur est pénalisé s’il réussit à rembourser le total du prêt avant terme, sachant que la situation financière d’un agent est en évolution continuelle, Grace Eid explique que «la pénalité de remboursement anticipé est divisée en 2 parties. D’une part une pénalité due à la BDL si le crédit est subventionné et que le client souhaite un remboursement anticipé, avant 7 ans. Cela se fait pour éviter que les clients profitent de la subvention des intérêts et achètent des maisons pour motif d’investissement, et non pas pour en faire leur résidence primaire et d’autre part, une pénalité relative à la banque, payée en cas de remboursement anticipé du crédit afin de compenser une partie des revenues projetés que le crédit aurait générés durant la période de remboursement.

Fransabank et Eco-Home Loan
Elie Semaan souligne que le prêt logement est un produit phare de la banque de détail à la Fransabank qu’elle décline en plusieurs versions qui ciblent les différentes tranches de la population. «Notre portefeuille de prêts logements connait une progression constante et soutenue depuis plusieurs années, et nous avons longtemps pallié à la stagnation du marché et la situation interne morose en proposant divers offres et promotions et en montrant davantage de flexibilité au niveau des conditions pour nous adapter aux besoins de chacun», dit-il. D’ailleurs, Fransabank a inscrit au cœur de sa stratégie globale et sa responsabilité sociale les défis environnementaux et la nécessité d’assurer le financement de l’énergie durable et renouvelable pour avoir un impact positif sur l’environnement. Fransabank a développé une panoplie de prêts, comptes et d’autres produits qui permettent aux citoyens et institutions de participer dans la rationalisation de l’énergie, une initiative qui cherche à relever des défis écologiques qui nous interpellent. De son côté, la Banque du Liban s’est engagée dans cette voie et a créé des mécanismes et plans financiers qui procurent des stimulus au secteur privé l’incitant à entreprendre des travaux écologiques et énergétiques et motiver l’investissement dans les techniques spécialisées dans la rationalisation de l’énergie et le développement des énergies renouvelables. D’où l’introduction par la Fransabank, en 2013, de son produit Eco-Home Loan un prêt habitat écologique étudié et conçu à des conditions avantageuses dans le but de rationaliser les dépenses des ménages en limitant leur facture énergétique tout en préservant l’environnement. Eco-Home Loan est un prêt pour les particuliers subventionné par la Banque du Liban, pouvant s’étaler sur 10 ans avec l’option de bénéficier d’une période de grâce de 4 ans, et un financement jusqu’à hauteur de 30 milliards de livres accordé pour couvrir les coûts destinés à l’isolation des murs et les toits des maisons, l’installation de panneaux solaires, de systèmes pour le traitement biologique des eaux, ou encore le double vitrage, le landscaping et le recyclage.  Par ailleurs, et pour subvenir aux besoins d’une clientèle spécifique, Fransabank a lancé depuis quelques mois son nouveau prêt pour cabanes en bois: Wooden Frame Houses Loan, qui s’inscrit dans le cadre des prêts subventionnés reliés à l’énergie et la préservation de la nature et bénéficiant de taux d’intérêt très réduits. Elie Semaan conclut: «A travers nos activités, nous contribuons au développement des communautés qui nous entourent en leur fournissant des produits qui s’adaptent à leurs particularités et leurs besoins propres dans l’axe de la stratégie menée par la banque.»

Blom Bank
«La Blom Bank innove en permanence pour répondre aux attentes de la clientèle dans tous les domaines, y compris celui des prêts immobiliers. Elle se distingue des autres banques par la rapidité du processus d’acceptation et assure aux clients des services exceptionnels ainsi qu’une assistance continue. Blom Bank offre des prix compétitifs pour l’assurance vie et l’assurance incendie, en collaboration avec la compagnie d’assurance Arope qui se caractérise par un haut niveau de qualité de services. Elle a développé récemment le service «Extended advisory», qui permet aux clients d’utiliser la vidéo chat via eBLOM et de communiquer avec le service clientèle par vidéo à travers l’application eBLOM». C’est ce que confie Jocelyne Chahwan, directrice générale adjointe et directrice de la banque de détail à Blom Bank. Nous offrons une panoplie de prêts de logements qui permettent à l’emprunteur d’acheter une résidence principale ou secondaire, et proposons des prêts subventionnés et non subventionnés.
Les prêts offerts par la banque sont les suivants. Le prêt subventionné par la BDL (en livres) permet le financement d’une résidence principale. Son échelonnement s’étale sur une durée variant entre 7 et 29 ans alors que le postulant bénéficie d’une période de grâce de 6 mois. Le montant du prêt ne peut pas excéder 1,2 milliards de livres avec un taux d’intérêt requis pour le moment de 3,84% (taux variable: 25% des revenus des bons de trésor pour un an +2,5%). Le prêt de l’Etablissement Public pour l’Habitat (EPH) en association avec Blom Bank (en L.L.) s’étend jusqu’à 30 ans alors que son montant ne peut pas excéder de 270 millions de livres, le taux d’intérêt est actuellement de 3,29% (taux variable: 10% des revenus des bons de trésor pour un an +2,75%); Le prêt Darati (en dollar) permet le financement d’une résidence secondaire.

Liliane Mokbel

Si durant les années de guerre, Chypre était devenue synonyme de sécurité pour beaucoup de Libanais, aujourd’hui l’île s’est trouvée une nouvelle vocation. Face au manque d’opportunités dû au climat économique défavorable au Liban, des investisseurs et des particuliers libanais ont mis le cap sur Chypre. Le phénomène a pris une telle ampleur, que le président de la CCIABML, Mohamed Choucair, inaugure, ce vendredi 6 octobre, le Cedar’s Pavillon à Larnaca.

Depuis quelque temps, des hommes d’affaires libanais financent des projets, surtout dans le secteur de l’immobilier, et les particuliers sont de plus en plus nombreux à acquérir un bien à Chypre, soit parce qu’ils considèrent qu’il s’agit d’un placement pour l’avenir, soit pour profiter des avantages qui leur sont accordés (résidence permanente ou nationalité). Dans une interview publiée récemment, le ministre chypriote des Finances, Harris Georgiades, a affirmé que l’île a approuvé plus de 1 000 demandes de naturalisation en raison d’investissements. Le programme de citoyenneté ou de résidence permanente a suscité une vague d’investissements atteignant 4 milliards d’euros ces quatre dernières années.
L’engouement des Libanais pour Chypre a plusieurs explications. Pour Georges Chehwane, CEO du groupe Plus Holding, qui comprend la société  Plus Properties, outre les dispositions sur le plan de la nationalité et de la résidence permanente, la proximité de l’île et sa facilité d’accès sont un atout majeur pour les Libanais. Même son de cloche auprès de Léa Abi Nakhoul Mouawad, principale associée et responsable des ventes et du marketing de la FFA Real Estate, membre de la FFA Private Bank Group. «Les Libanais affectionnent particulièrement l’île en raison de sa proximité et de la facilité d’y accéder par avion ou par bateau, sans compter le sentiment de sécurité qu’elle procure».
Pour le président de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth et d
u Mont-Liban (CCIABML), Mohamed Choucair, «l’économie est une priorité pour le gouvernement chypriote contrairement à nous. Les Chypriotes ont réussi à encourager les Libanais à acheter des biens immobiliers à travers le programme de citoyenneté et de résidence permanente. En revanche, au Liban, on augmente les taxes sur les permis de construire, on hausse les impôts au lieu d’encourager les particuliers à acheter». Au départ, explique M. Choucair, les investissements à Chypre étaient réalisés dans le secteur touristique. «Actuellement 90% des investissements se font dans le secteur de la construction et de l’immobilier ».

13 projets immobiliers
Pour Georges Chehwane, fondateur et président du Conseil des hommes d’affaires libano-chypriotes, après la crise immobilière que Chypre a traversé, de belles opportunités se sont présentées sur le plan immobilier et beaucoup de Libanais ont commencé à acheter sur l’île. «Etant dans le secteur immobilier et vu l’intérêt des Libanais pour celui-ci, je me suis rendu à Chypre pour étudier le marché». Aujourd’hui, la société Plus Properties a réalisé une dizaine de projets immobiliers à Chypre. «En plus des Libanais, notre clientèle se compose de Syriens, d’Irakiens, de Russes et de Chinois. Leur motivation principale est l’obtention d’un passeport ou d’un permis de résidence», confie Georges Chehwane.
Dans les années 2013-2014, l’île de Chypre a connu l’une des plus grandes crises financières de son histoire. «Ce n’est qu’en 2015 que la période de recouvrement a commencé. En 2016, on a enregistré une croissance qui se poursuit en 2017», souligne Mme Mouawad. Selon elle, les piliers de l’économie chypriote sont: le tourisme, les services professionnels, le transport maritime et l’immobilier.
«En 2016 on a assisté à une augmentation de 43% dans l’immobilier et plus du quart des investissements on
t été faits par des étrangers». La raison de ce boom? Selon notre interlocutrice, ce phénomène est principalement dû aux avantages accordés par le gouvernement chypriote par le biais du programme de citoyenneté, de résidence permanente et de taxes avantageuses sur le plan de la fiscalité. A titre d’exemple Mme Mouawad relève que «le gouvernement chypriote a décrété que tous les investissements ayant eu lieu avant décembre 2016 soient exemptés de la taxe sur la plus-value réalisée en cas de vente du bien.
Par ailleurs, la taxe d’enregistrement des biens-fonds, qui était de 8% et qui augmentait en proportion du prix, est désormais réduite de 50%. Dans le même ordre d’idée, alors que la TVA est fixée à 19% au moment de l’achat d’une première résidence à Chypre, celle-ci est réduite à 5%».
Les avantages au niveau de la nationalité et de la résidence sont indéniables. «Un appartement d’une valeur de 300 000 euros permet d’obtenir une résidence à vie pour toute la famille. Un investissement de 2 millions d’euros donne droit à un passeport chypriote qui est classé le 6ème au monde de par son importance», explique à son tour M. Chehwane. «Nous avons commencé par commercialiser d’anciens appartements pour notre clientèle, le temps de nous faire une idée précise du marché, de savoir où se situait la véritable demande, quel genre d’appartement recherchaient précisément les Libanais. Ce n’est qu’en 2016 que nous avons commencé notre propre développement à Chypre à travers l’acquisition de terrains et la construction de projets immobiliers» ajoute-t-il.
Plus grand promoteur libanais de l’île avec trois bureaux dont deux à Larnaca et un à Limassol, aujourd’hui sa société a développé 13 projets immobiliers, répartis entre Larnaca et Limassol, les deux villes les plus prisées par les Libanais, car elles sont habitables toute l’année. «Jusqu’à présent, notre société a effectué plus de 160 opérations immobilières entre anciennes et nouvelles habitations».

Conditions simplifiées
Pour la responsable des ventes et du marketing de la FFA Real Estate, Léa Abi Nakhoul Mouawad, «quatre localisations intéressent les investisseurs étrangers: Limassol – qui connaît la plus grande affluence –, Paphos, Larnaca et Nicosie. Les Libanais prisent particulièrement Paphos et Larnaca. Tous les étrangers cherchent une vue sur mer. A Chypre, on n’achète pas au centre mais sur le littoral, en secteur résidentiel dans ce qu’on appelle des «prime location», proche de la mer», explique Mme Mouawad. Selon ses explications, la capitale Nicosie n’a pas connu une forte augmentation des prix, contrairement à Limassol, où l’on assiste actuellement à une flambée des prix. «Le prix du mètre carré sur la plage à Limassol peut atteindre les 12 000 euros. Les Libanais acquièrent dans des complexes alors que les grandes villas sont achetées par les Russes et les Britanniques. Les Libanais investissent surtout sur les collines, pas à proximité de la mer, car les prix y sont excessivement élevés». Nicosie offre beaucoup d’opportunités pour les investissements d’un montant de 2 millions d’euros. «Il existe plusieurs immeubles à vendre dans le centre-ville la capitale. Les loyers générés par ces immeubles sont estimés à 4,5% du prix de l’immeuble», dit-elle.
Les dispositions concernant la résidence permanente et l’obtention d’un passeport chypriote représentent un grand attrait pour les investisseurs. «A partir d’un investissement immobilier de 300 000 euros, un permis de séjour est octroyé. Chypre fait partie de l’Union européenne mais pas de l’espace Schengen.
C’est la raison pour laquelle le permis de séjour ne permet pas de voyager librement en Europe, alors que le passeport chypriote, qui est un document européen, permet d’étudier, de vivre et de travailler librement en Europe», explique Mme Mouawad.
Auparavant, pour obtenir la nationalité chypriote, l’investissement exigé était de 5 millions d’euros. Par la suite, celui-ci a été abaissé à 2,5 millions mais à condition de faire partie d’un groupe collectif d’investissements atteignant 12,5 millions d’euros. «Aujourd’hui, une personne peut effectuer à elle seule un investissement de 2 millions d’euros.
Ce placement peut se faire soit exclusivement dans un bien immobilier résidentiel, soit dans ce qu’on appelle «commercial and retail properties», des actions chypriotes, des bons du Trésor, etc. ainsi que 500 000 euros dans l’immobilier. La loi chypriote autorise la vente de cet investissement au bout de trois ans, à condition de garder de manière permanente un investissement de 500 000 euros dans l’immobilier afin que celui-ci soit considéré comme résidence permanente», souligne Mme Mouawad. Dans leur grande majorité, les Libanais ont opté pour l’investissement leur permettant d’obtenir une résidence permanente. «Ce sont uniquement les grosses fortunes souhaitant un passeport chypriote, qui ont choisi la deuxième forme d’investissement, tout en sachant que les formalités pour l’obtention du passeport prennent trois mois et ne nécessitent pas de rester sur l’île alors que la procédure est en cours».

Taux d’intérêt bas
Interrogé également sur les raisons poussant les Libanais à acheter sur l’île, Georges Chehwane évoque une série d’arguments. «Evidemment, il y a la question de nationalité et de résidence permanente mais les Libanais savent également choisir une bonne opportunité lorsqu’elle se présente et Chypre représente un bon investissement pour l’Europe. L’île est à 20 minutes de vol des côtes libanaises et on peut y accéder par la mer le cas échéant. C’est un lieu touristique, accessible à longueur d’année, les prix pratiqués y sont très abordables. De plus, les banques locales accordent des prêts avec des intérêts de 2,75 à 3%, ce qui est plus avantageux que les taux pratiqués au Liban».
Les démarches pour établir des compagnies commerciales à Chypre sont également très simples et parmi les plus faciles en Europe.
Les taxes, aussi, ne sont pas élevées. Pour Mme Mouawad, «ce sont ceux qui ont investi en 2014 et 2015 qui ont réalisé le plus de bénéfices car les prix étaient encore bas alors que maintenant ils sont hauts». Pour cette professionnelle du secteur, les prix à Paphos et Larnaca font de la concurrence au Liban, d’autant plus que Chypre offre la sécurité et une infrastructure très développée. En outre, l’île possède de nombreuses opportunités pour les investisseurs et représente pour eux la porte d’entrée pour le marché européen.       
Selon le président de CCIABML, Mohamed Choucair, il n’existe pas de chiffres officiels concernant le montant des investissements libanais à Chypre. «En revanche, les projets immobiliers sur l’île sont estimés à des millions d’euros. Les banques libanaises investissent  aussi dans des succursales à Chypre et certaines ont même acheté des banques chypriotes».
Le président Choucair ne peut que déplorer à ce niveau les mesures prises par l’Etat libanais qui augmente la taxe sur les intérêts, celle-ci passant de 5 à 7 %. «J’espère que cette mesure ne fera pas fuir les capitaux libanais», dit-il. De son côté, Georges Chehwane estime qu’en parallèle à l’activité immobilière, depuis 1975 un grand nombre de banques libanaises ont ouvert des branches à Chypre, vu que de nombreux Libanais y possèdent des sociétés offshore. «Il existe 12 branches de banques libanaises et deux grandes banques chypriotes appartiennent à des Libanais», dit-il.
Sur le plan fiscal, Chypre offre également beaucoup d’avantages. «Les sociétés commerciales paient 12,5% d’impôt sur les profits et 0% sur la distribution des dividendes alors qu’au Liban c’est 17% d’impôt sur le revenu et 10% sur la distribution des dividendes», souligne Chehwane. Raison pour laquelle un grand nombre de sociétés libanaises ont ouvert des filiales à Chypre, d’autant plus qu’elles se retrouvent en territoire européen.
Les secteurs bancaire et immobilier ne sont pas les seuls où les Libanais investissent. «Certains possèdent des hôtels à Chypre, entre Larnaca, Aya Nappa et Limassol. On assiste également à une émergence de sociétés de location de voitures, de transport maritime, des restaurants, des salons de coiffure, etc. Selon M. Chehwane, entre 4 000 et 5 000 Libanais ont acheté des résidences à Chypre durant les trois dernières années. Le montant de ces investissements effectués sur l’île serait estimé entre 250 et 300 millions de dollars.
Pourtant selon lui, ce phénomène n’est pas appelé à durer ni à s’inscrire dans la continuité. Les Libanais ont toujours acheté des propriétés partout dans le monde, à Paris, Dubaï, Londres et cela n’a aucune répercussion sur l’économie libanaise. «Ce qui pourrait faire peur, ce serait si les dépôts bancaires étaient retirés et déposés à Chypre». Interrogé sur l’existence d’un risque de fuite de capitaux de ce type, le président de la CCIABML estime que deux mesures doivent être prises au Liban. «D’abord, il faut redynamiser le plus rapidement possible la loi adoptée en l’an 2000, destinée à encourager les investissements et qui n’a plus été modifiée depuis 17 ans. Ensuite, adopter une loi portant sur la protection de l’investisseur, similaire à celle qui fut appliquée en Grèce et qui a contribué dans une large mesure à son sauvetage économique. En tant que CCIABML, notre mission sera de convaincre le gouvernement libanais d’agir de la même manière».

 
Le conseil libano-chypriote
Face à la profusion de projets initiés par des Libanais à Chypre, c’est sous l’impulsion de Georges Chehwane et le parrainage de Mohamed Choucair que le Conseil des hommes d’affaires libano-chypriotes a vu le jour. Composé de 16 membres et présidé par Chehwane, cet organe a pour mission de fournir aux hommes d’affaires libanais les renseignements et informations nécessaires, organiser des séminaires et des rencontres entre les différents secteurs économiques, encourager les échanges économiques entre le Liban et Chypre à plusieurs niveaux et créer des liens entre les différents investisseurs. Le 6 octobre, le président de CCIABML s’apprête à inaugurer le Cedar’s Pavillon à Larnaca dont la mission est d’offrir des services aux Libanais, les aider à écouler leur marchandise à Chypre, encourager les Chypriotes à investir et faire du tourisme au Liban.

Joëlle Seif

Autant géopoliticien que diplomate, Alexander Zasypkin ne cache pas son inquiétude quant à l’évolution de la situation au Liban, dans la région et dans le monde. Il pense, cependant, que c’est le discours de la sagesse qui va l’emporter sur les diatribes belliqueuses. L’ambassadeur écarte le partage des Etats et prévoit l’émergence d’un monde multipolaire.


Un poste au Liban depuis sept ans, Alexander Zasypkin a partagé avec les Libanais des moments intenses et d’autres moins glorieux. De la crise des déchets au vide présidentiel, en passant par l’élection de Michel Aoun, le retour de Saad Hariri et la victoire sur les groupes jihadistes, l’ambassadeur de Russie a été ce qu’il affectionne le plus: un témoin de l’Histoire. Ce diplomate chevronné, formé à l’époque soviétique, est un grand connaisseur du monde arabe, qu’il a arpenté pendant 40 ans, dont quinze passés en Syrie. Sa mission consiste tout simplement à trouver de nouveaux amis à sa patrie, qu’il sert avec passion et professionnalisme.
C’est dans cet esprit qu’il s’est employé à préparer la visite de Saad Hariri à Moscou, à la mi-septembre. Un voyage qui a permis, selon le Premier ministre, d’ouvrir «une nouvelle page dans les relations entre le Liban et la Russie». Accompagnés d’une importante délégation ministérielle et de plusieurs hommes d’affaires, M. Hariri a signé quatre accords-cadres dans les domaines de l’économie, de la culture, de la jeunesse et les sports, et de l’industrie.
M. Zasypkin a indiqué que l’intérêt du Liban se focalise principalement «sur la coopération dans le domaine du gaz et du pétrole, ainsi que la production de l’énergie électrique et la construction de barrages». Autre objectif prioritaire, élargir les échanges commerciaux. Sur le plan militaire, une nouvelle ère de coopération va commencer, elle se traduira par la réunion, prochainement, d’une commission militaire et technique conjointe, afin d’établir un plan d’action (voir encadré). «Les premiers résultats de cette nouvelle étape vont apparaître prochainement», commente sobrement le diplomate.
«Le Liban peut jouer un rôle dans la reconstruction de la Syrie». Cette petite phrase lancée par le président Vladimir Poutine devant Saad Hariri a aiguisé les appétits au pays du cèdre. Est-ce le signal que le Liban prendra des parts importantes dans cet immense chantier, estimé à 200 milliards de dollars? La création par des hommes d’affaires libanais de joint-ventures avec des sociétés russes signifie-t-il que la Russie est un passage obligé pour tous ceux qui souhaitent participer au processus de reconstruction du voisin de l’est? «La Syrie va inéluctablement être reconstruite et les discussions préliminaires à cet effet ont commencé. Mais à quel rythme va se faire la reconstruction, qui va y participer, par quels moyens et dans quelle mesure, ces questions restent ouvertes, déclare Alexander Zasypkin, prudent. Nous estimons que la reconstruction est indispensable pour la normalisation de la situation en Syrie. Elle est importante dans la résolution du conflit, car la solution comporte des volets politique, militaire et sécuritaire, humanitaire et économique».

Coordination avec Damas
En dépit des imperfections et des erreurs, l’ambassadeur de Russie se déclare satisfait de la manière avec laquelle les Libanais ont géré les conséquences sur leur pays de la guerre en Syrie. Il qualifie de «grande victoire nationale» l’éradication des foyers terroristes à la frontière orientale. «Le territoire a été libéré des terroristes, c’est là l’objectif de tous les pays de la région qui luttent contre ces groupes, dit-il. C’est pourquoi la Russie est intervenue en Syrie. Nous pensons que la lutte contre le terrorisme est la même pour tous, notamment le Liban, la Syrie et l’Irak. Une victoire au Liban contre ces groupes est très importante». En fin diplomate, M. Zasypkin estime que la polémique au Liban sur l’opportunité de coopérer avec Damas dans la guerre contre le terrorisme est une «question interne». Il enchaîne, cependant, que «sur le plan du principe, nous sommes favorables à une coordination entre toutes les parties qui combattent ces groupes». «Le président Poutine a proposé de créer un large front contre le terrorisme. En Syrie, il existe déjà une alliance composée de l’armée syrienne, de ses alliés et de la Russie. D’un autre côté, il y a la coalition internationale dirigée par les Etats-Unis. Nous appelons à une coordination entre tous ceux qui combattent les terroristes».
Le devoir de réserve que lui impose sa fonction ne l’empêche pas d’exprimer prudemment son opinion sur une autre question qui divise les Libanais: l’opportunité d’établir des contacts avec Damas pour organiser le retour des déplacés. Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que le président américain, Donald Trump, a récemment suggéré que les réfugiés devraient être installés dans les pays voisins. «Les propos de Trump ne sont pas clairs, tempère-t-il. Cependant, la moindre allusion à l’implantation des réfugiés peut avoir de graves répercussions sur le Liban. Les positions sur cette question doivent être très précises, surtout lorsqu’elles émanent d’une grande puissance. L’implantation est un sujet sensible au Liban. La position de la Russie est stable et inchangée: nous sommes catégoriquement opposés au maintien des réfugiés au Liban».

Le Hezbollah: une résistance
Mais pour assurer le retour des réfugiés, il faut d’abord réunir les «conditions favorables». «Le retour peut être graduel, en commençant par les régions sûres, dit-il. Les divergences interlibanaises sur l’opportunité d’établir des contacts avec la Syrie à cet effet sont une question d’ordre interne. Nous pensons, cependant, que les intérêts du Liban doivent primer dans tout débat, et que les Libanais ont un besoin direct de discuter certains dossiers avec l’Etat syrien. Les Libanais sont les mieux qualifiés pour parler de sujets qui les concernent en premier lieu. Il y a des impératifs logistiques, comme les modalités de transfert des réfugiés du Liban vers des régions syriennes. Ces divergences interlibanaises sont motivées par des considérations politiques liées à la position vis-à-vis du régime en Syrie. Nous ne sommes pas d’accord avec les jugements qui font assumer à ce régime la responsabilité de tout ce qui s’est passé ces dernières années. C’est le rôle d’un Etat que de défendre son pays et de combattre les ingérences étrangères. Tout autre Etat aurait fait de même. Le refus d’établir des contacts avec le régime syrien dans l’affaire des réfugiés sous prétexte qu’il est responsable de leur drame ne nous convainc pas», fait-il remarquer.
La position de la Russie concernant la participation du Hezbollah à la guerre en Syrie est sans ambages et mécontente une partie de la classe politique libanaise. «Nous coopérons avec l’armée syrienne et ses alliés, y compris le Hezbollah, affirme Zasypkin, avant de poursuivre: «Avec les Syriens nous combattons un même ennemi terroriste, tout comme le Hezbollah. Nous sommes des compagnons dans une même lutte. L’autre point concerne la légitimité de la présence de la Russie, des Iraniens et du Hezbollah. Nous sommes tous présents en Syrie à la demande des autorités légales. Nous ne pouvons pas en dire autant des Américains et des autres membres de la coalition internationale. Ceci dit, la Russie est un Etat, et elle traite avec l’Etat syrien. Le Hezbollah, lui, est un mouvement de résistance, qui possède ses spécificités au Liban. Nous devons cependant reconnaître que la Résistance a une histoire, des accomplissements. Dans la guerre actuelle, nous identifions parfaitement l’ami de l’ennemi. Ce dernier est le terrorisme takfiriste, ou le terrorisme d’el-Qaïda et de ses affidés».
Bien qu’il ne soit pas un «expert militaire», le diplomate estime que «le rôle des alliés de la Syrie dans la lutte contre les terroristes, était très capital». Et M. Zasypkin de poursuivre: «Il est important de noter que le vaste réseau qui a permis à des combattants extrémistes de plus de 80 pays d’affluer en Syrie a été organisé dès le début de la crise. Cela constitue une gigantesque intervention internationale. Le régime syrien était seul pour faire face à cette attaque. Ce n’est que par la suite que les alliés de Damas se sont mobilisés pour soutenir l’armée syrienne. Cela a permis de renverser les rapports de force».

Risques de déstabilisation
Le pays du cèdre était cité comme un modèle de stabilité dans une région dévastée par les conflits. Mais ce fameux «parapluie international» existe-t-il toujours, surtout après les propos de Trump sur l’implantation des réfugiés, ses menaces contre l’Iran et les pressions sur le Hezbollah? L’analyse de M. Zasypkin déborde sur le contexte géopolitique régional, et au fil de l’entretien, on constate que le destin du Liban semble lié à des enjeux qui dépassent ses frontières. «Dans ces principaux éléments, l’équation (à l’origine de la stabilité) est toujours valable, rassure-t-il. Il faut cependant reconnaître que la remise en question par les Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et leurs critiques de ce qu’ils appellent le renforcement de l’influence de l’Iran, suscitent des craintes légitimes». Selon lui, l’attachement à la stabilité du Liban repose sur le respect de tous les équilibres, internationaux, régionaux et locaux. «Toute atteinte à ces équilibres, notamment d’éventuelles sanctions contre le Hezbollah, pourrait avoir des répercussions négatives, car celles-ci affecteront les intérêts du Liban tout entier, prévient-il. Donc, les risques (de déstabilisation) existent, il faut rester vigilant. Il est difficile de savoir si ces répercussions seront de nature sécuritaire. En tout cas, il est préférable que les Etats-Unis n’adoptent pas des mesures susceptibles de compliquer la situation.»
Le facteur israélien peut également jouer un rôle déstabilisateur. «Israël a fait savoir qu’il ne s’opposait pas au maintien du régime syrien à condition que la Syrie change la nature de ses relations avec l’Iran et le Hezbollah, dit-il. Mis à part le fait que l’influence de l’Iran n’est pas aussi grande que ne l’affirment Tel-Aviv et Washington, la condition posée au pouvoir syrien n’est pas réaliste. Peut-on vraiment imaginer que le régime syrien va s’éloigner de l’Iran et du Hezbollah alors qu’ils font partie d’une même alliance, appelée l’axe de la Résistance»? L’ambassadeur estime que poser une telle condition traduit un manque de sérieux politique, «sauf s’il s’agit d’un prétexte pour se lancer dans de malheureuses aventures». «Le danger existe, mais je pense que ce jeu est sans perspective. La situation reste sous contrôle, poursuit-il. En tout cas, les développements futurs dépendent de l’attitude des Etats-Unis, surtout qu’il est de plus en plus question de nouvelles alliances entre l’Amérique, certains pays arabes et Israël, pour contrer l’Iran et l’axe de la Résistance. La position américaine, basée sur une certaine évaluation de la situation, ne doit pas conduire à une accumulation de problèmes qui risquent de provoquer de nouveaux conflits. Nous déployons actuellement des efforts pour éradiquer le danger terroriste et entrer dans une phase de compromis», dit-il.

Pas de partage
Les risques d’une guerre israélienne contre le Hezbollah au Liban ou en Syrie sont-ils aujourd’hui plus grands? «La situation générale sur le plan international est compliquée et l’évolution est difficile à prévoir, répond M. Zasypkin. L’équilibre de la terreur entre le Hezbollah et Israël empêchait l’éclatement d’une guerre. Nous constatons que le ton a changé ces derniers temps, aussi bien dans le cas de la Corée du Nord que du Hezbollah. Il y a des parties qui menacent de déclencher des hostilités. Les Américains contre Pyongyang ainsi que les Israéliens, qui intensifient leurs raids en Syrie contre des positions du Hezbollah. Ces actions et ces propos belliqueux peuvent avoir de graves conséquences, qui doivent faire bien réfléchir ceux qui en sont responsables. Personnellement, je ne pense pas que l’Etat hébreu choisira l’option militaire. Nous sommes plutôt dans une optique d’encerclement du Hezbollah à travers des sanctions et des pressions».   
Dans ce contexte incertain, le référendum sur l’indépendance organisé dans le Kurdistan irakien ne prélude-t-il pas au partage des pays de la région en entités ethniques et confessionnelles? «Le projet de partage n’est pas nouveau, fait remarquer M. Zasypkin. Avant même la fondation du califat (de Daech), l’idée d’un sunniland était évoquée non pas par les terroristes mais par des intellectuels arabes et occidentaux. Ledit printemps arabe s’inscrivait déjà dans ce contexte. Certes, les populations avaient des revendications parfois légitimes, mais d’autres acteurs possédaient des agendas politiques, économiques et sécuritaires qui aboutissaient, in fine, au démembrement des Etats. Le projet de modification des frontières au Moyen-Orient et de création de cantons confessionnels ne date pas d’hier. La question du référendum est une partie de ce grand tableau. Chaque acteur possède ses objectifs et les Kurdes ont les leurs. Au début de chaque nouvelle étape, les acteurs redéfinissent leurs priorités pour tenter d’atteindre leurs buts. La position de la Russie est claire: nous sommes catégoriquement opposés à tout changement des frontières des Etats de la région et nous luttons, militairement et politiquement, contre le partage. Dans le même temps, il faut garantir les droits des composantes ethniques et confessionnelles à travers un dialogue national. Dans ce cadre, il est important de noter que les zones de désescalade en Syrie visent à normaliser la situation et non pas à consacrer des zones d’influence. Nous sommes parfaitement conscients que ces arrangements doivent prendre fin lors de la solution politique. Cela va se produire inéluctablement car les enjeux ne sont pas régionaux mais internationaux et sont liés à l’émergence d’un nouvel ordre mondial multipolaire. Un ordre basé sur le pluralisme auquel participeraient non pas des cantons ou des pays démembrés mais des Etats souverains. C’est pour prévenir le partage de la Syrie que l’armée gouvernementale et les Russes se sont dirigés vers l’est pour reprendre Deir Ezzor, tout comme les autres batailles livrées ces deux dernières années, depuis l’intervention de la Russie, et qui ont permis de renverser les rapports de force en faveur de l’Etat syrien. Plus l’armée syrienne libère des territoires, moins la division du pays est possible. Mais le réalisme nous pousse à dire qu’il existe encore sur le terrain des forces étrangères, présentes d’une manière illégale. Cette présence suscite chez nous des craintes quant à l’avenir».
Une solution politique durable en Syrie peut-elle être trouvée avec le maintien au pouvoir du président Bachar el-Assad? «C’est une question extrêmement sensible qui est totalement du ressort du peuple syrien, répond M. Zasypkin. Il est préférable que les responsables étrangers n’abordent pas ce sujet car cela pourrait compliquer les efforts en cours pour mettre fin à cette terrible guerre. Nous pouvons constater, cependant, que le président Assad est un dirigeant qui, en période de crise, a décidé de résister et de faire face à l’agression contre son pays. D’autres ont fui devant le danger. La Russie et la communauté internationale doivent faire en sorte que les prochaines élections en Syrie soient intègres et libres», conclut-il.


Coopération militaire
Il n’est plus question de la livraison gratuite, au Liban, de 10 chasseurs-bombardiers Mig, comme cela avait été suggéré il y a quelques années. Concrètement, il s’agit d’une coopération sur le long terme, concernant plusieurs types d’armement destinés aussi bien à l’armée qu’aux Forces de sécurité intérieure. «Il y a quelques années, se souvient Alexander Zasypkin, l’idée était que la Russie accorde un prêt consacré à l’achat de matériel militaire russe. Le projet a été gelé avec le déclenchement du printemps arabe. La coopération militaire a de nouveau été envisagée dans le cadre du don saoudien de trois milliards de dollars, qui n’a finalement plus vu le jour. Aujourd’hui, c’est une nouvelle page qui est ouverte sur des bases nouvelles. Il encore trop tôt d’entrer dans les détails car les négociations sont en cours».
L’ambassadeur ne pense pas qu’il existe un veto américain à l’achat par le Liban d’équipements militaires russes. «De toute manière, s’il y a des objections, c’est à Beyrouth à les traiter. Nous partons du principe qu’il est dans l’intérêt du Liban qu’il diversifie ses sources d’armement».

Paul Khalifeh

Les cellules souches représentent un grand espoir pour la médecine. Elles sont capables de renouveler des organes et des tissus âgés ou endommagés, comme dans le cas des maladies neurologiques ou métaboliques. La greffe de cellules souches est surtout envisagée lorsque d’autres traitements échouent. Qu’est-ce que les cellules souches? Quels sont les avantages de cette médecine? Magazine enquête.
 

Les cellules souches sont celles à partir desquelles toutes les autres cellules sanguines se développent. Elles font l’objet de nombreuses recherches dans l’espoir de guérir des maladies aujourd’hui incurables. L’objectif est de soigner durablement le patient grâce à une injection unique de cellules thérapeutiques. Ces cellules sont obtenues à partir de cellules souches  pouvant donner tous types de cellules ou un nombre limité de types de cellules provenant du patient lui-même ou du donneur. La thérapie cellulaire permet ainsi de soigner un organe défaillant par la transplantation de cellules saines dans le but de remplacer les cellules malades de l’organe en question. Ces cellules sont capables de se transformer afin de donner d’autres nécessaires à la guérison de l’organe. Les cellules souches hématopoïétiques sont les plus connues. Elles ont un rôle capital dans la formation des cellules du sang et sont présentes au niveau de la moelle osseuse.
Selon le Dr Albert Azar, spécialiste en thérapie cellulaire au centre de médecine régénérative au Middle East Institute of Health (MEIH), «la médecine régénérative est une stratégie thérapeutique visant à réparer un organe malade grâce à des cellules souches qui vont se différencier pour remplacer les cellules lésées ou malades». Le Dr Azar explique également que le sang du cordon ombilical contient des cellules souches hématopoïétiques qui sont bien tolérées en cas de greffe. Ce sang est utilisé pour traiter les leucémies ou les lymphomes ou encore des maladies génétiques. Le Centre de médecine régénérative Reviva encourage d’ailleurs les futures mères à donner ce produit sanguin à la naissance de leurs enfants pour assurer la survie de ces derniers ou de leur entourage en cas de maladies. «Je me suis bien informée sur le sujet, confie une jeune future mère. La préservation des cellules souches se fait en toute sécurité. Cela me réconforte et me permet d’assurer la vie de mon enfant en cas de problème de santé grave».

Traiter les maladies
Le prélèvement a lieu dans les minutes qui suivent l’accouchement lorsque le cordon ombilical vient d’être coupé et que le placenta est encore dans l’utérus. Le sang de cordon, riche en cellules souches, est ensuite congelé et conservé dans une banque en vue de son utilisation ultérieure. Le prélèvement des cellules souches utilisées en thérapie cellulaire peut être réalisé sur le patient lui-même et les cellules thérapeutiques seront parfaitement tolérées par celui-ci sur le plan immunitaire. «Après la naissance d’un enfant, le sang de cordon, contenu dans le cordon ombilical et le placenta, est facile à collecter, et cela sans aucun risque pour la mère ou l’enfant. Le sang du cordon ombilical est désormais connu pour être une source utile de cellules souches de sang. Il est surtout utilisé pour traiter les enfants atteints de certaines maladies du sang», note par ailleurs le Dr Azar, en précisant que la greffe des cellules souches permet d’améliorer la qualité de vie du patient de 30 à 40%. «Le concept de préservation des cellules souches est nouveau au Liban, affirme-t-il. Nous essayons de sensibiliser les Libanais et, particulièrement, les femmes à ce concept».
Depuis des dizaines d’années, les cellules souches ont bouleversé la vie de plusieurs patients à la suite de leur utilisation avec grand succès dans le traitement de leucémies, de myélomes ou de lymphomes, et dans certaines autres maladies et lésions. Vu leur potentiel d’auto-renouvellement et de différenciation, les cellules souches représentent, actuellement, une innovation dans le domaine de la recherche clinique visant à établir une thérapie cellulaire contre une variété de maladies, comme la sclérose latérale amyotrophique, la maladie d’Alzheimer, l’arthrose, l’autisme, le diabète, l’infarctus du myocarde, la sclérose en plaques, la maladie de Parkinson, les lésions de la moelle épinière, l’infertilité ou d’autres maladies. L’indication d’une thérapie cellulaire définit le plus souvent le choix des cellules souches à utiliser. Ainsi, les cellules souches embryonnaires se différencient spontanément en cellules de la rétine et sont donc particulièrement adaptées à la mise au point de traitements de maladies affectant cet organe. Pour traiter l’arthrose, le choix se porte plus spontanément vers les cellules mésenchymateuses, capables de donner des cellules de cartilage. «Les cellules souches ont particulièrement la capacité de remplacer les cellules endommagées et de traiter des maladies. Cette propriété est déjà utilisée dans le traitement des brûlures graves et le rétablissement du système sanguin chez les patients atteints de leucémie et d’autres maladies du sang», précise le Dr Azar. Parmi les thérapies les plus avancées sur le plan des essais cliniques, celles visant à traiter certaines maladies ou lésions des os, de la peau ou de la cornée à l’aide de greffes de cellules souches prélevées à partir de ces organes. On peut, par exemple, reconstruire une cornée à partir de cellules souches de l’œil pour traiter certaines lésions oculaires. La greffe de cornée a déjà démontré son innocuité et son efficacité dans le cadre d’essais cliniques précoces. Des greffes de cellules souches dans le pénis ont permis, par ailleurs, de soigner des troubles érectiles après une opération de la prostate. Les chercheurs ont injecté dans le pénis des cellules souches prélevées de la moelle osseuse qui contient plusieurs types de cellules souches capables de se transformer spontanément en cellules de même type que celles endommagées dans le pénis.

NADA JUREIDINI
 

Reviva
Reviva est un centre de médecine régénérative et reconstructive. Il est le seul centre au Liban et au Moyen-Orient où les cellules souches sont collectées, manipulées et conservées. Il dispose d’une banque de cellules souches dérivées, en particulier du sang du cordon ombilical et des tissus et offre des services liés à la thérapie cellulaire comme la transplantation autologue de cellules souches adultes pour traiter diverses maladies. Concernant la médecine reconstructive, les cellules souches sont appliquées sans acte chirurgical dans des cas de brûlures, de vergetures ou de cicatrices. Les innovations médicales associées à l’excellence scientifique sont adoptées conformément aux directives internationales élaborées. De plus, Reviva détient des affiliations universitaires en particulier avec l’Université libanaise (UL).

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>
Éditorial
Les aléas de la géopolitique

Toujours prompts à flairer les bonnes affaires, les Libanais ont été parmi les premiers entrepreneurs à débarquer au Kurdistan irakien, en 2006, au lendemain du vote par le Parlement de cette région autonome, d’une loi sur la libéralisation des investissements. Financiers, promoteurs immobiliers, opérateurs, conseillers, les Libanais étaient présents à tous les échelons et dans tous les domaines, à l’exception de l’industrie, où leur apport était plutôt modeste face au savoir-faire des Turcs et des Chinois. Une quarantaine de sociétés libanaises et autant de joint-ventures avec des partenaires locaux se sont implantées dans cette région, longtemps qualifiée d’«eldorado» par la presse régionale et internationale. Elles étaient présentes et parfois pionnières dans les domaines de l’hôtellerie, de la banque, de l’informatique, de la construction, du tourisme, du transport aérien, de la restauration, de l’éducation, de la distribution... C’est, par exemple, le Libanais Dar al-Handassa, qui avait été choisi pour établir un plan d’aménagement urbain de la ville d’Erbil à l’horizon 2030. Quelque 5 000 Libanais ont trouvé un emploi au Kurdistan au plus fort du boom économique, transférant au Liban plusieurs dizaines de millions de dollars par an.La situation économique a commencé à se détériorer avec la proclamation du califat de Daech, en juin 2014. De nombreuses entreprises libanaises ont réduit le volume de leurs affaires, d’autres, moins nombreuses, ont plié bagages. Mais toutes nourrissaient l’espoir de voir le marché redémarrer après la fin de la crise et de participer à la fondation d’un nouveau Dubaï.Le référendum organisé le 25 septembre porte un coup sérieux à leurs rêves. Le Kurdistan est un territoire totalement enclavé et encerclé par trois Etats qui sont farouchement hostiles à toute velléité d’indépendance: l’Irak, la Turquie et l’Iran. Ces pays peuvent, s’ils le souhaitent, isoler la région autonome du monde extérieur et une éventuelle fermeture totale des frontières aura des effets désastreux non seulement sur l’économie mais aussi sur l’approvisionnement des marchés avec les produits de bases.Une fois de plus, les Libanais sont victimes des aléas de la géopolitique. Même s’ils se consolent, en vantant leur extraordinaire capacité à renaître de leurs cendres, comme le phénix, ou à repousser toujours plus loin les frontières des affaires, comme les Phéniciens, le monde devient de plus en plus dangereux, risqué et compliqué pour eux. Certes, ils imagineront des solutions de rechange, comme celle d’aller investir à Chypre (voir page 32). Mais il s’agit opportunités ponctuelles susceptibles d’apporter des réponses sur le court terme. Seul le Liban peut leur offrir un refuge durable et sûr. Le temps est venu de lancer des réformes profondes pour moderniser l’économie, alléger les poids de la bureaucratie, limiter le gaspillage des deniers publics, améliorer le climat des affaires et lutter contre la corruption endémique.


 Paul Khalifeh
   

LES CHIFFRES

News les chiffres
Aéroport de Beyrouth 100 millions $ pour la modernisation La modernisation et l’installation de nouveaux équipements à l’aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri nécessiterait un financement de plus de 100 millions…

Combien ça coûte

Le lancement d’une start-up
A la base de toute création d’entreprise, un montant bien spécifique est nécessairement requis. D’après Antoine Bitar, directeur de Smart ESA, un Business plan «n’est finalement que le plan pour…

Santé

Virus de la grippe. Quels vaccins pour cet hiver?
Maux de tête, frissons, toux, écoulement nasal... La grippe n’épargne pas le système respiratoire. Considérée comme bénigne, elle peut toutefois…

Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved