Culture
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Nº 3086 du vendredi 2 février 2018

Culture

Dans son premier livre Monde arabe: les racines du mal (éd. L’Orient des livres Sindbad/Actes sud), le journaliste Bachir el-Khoury analyse, chiffres à l’appui, les causes du mal qui ravage les sociétés arabes depuis plus d’un demi-siècle, mises en perspective avec les défis à venir. Interview.

Quel lien établissez-vous entre ce que l’on a appelé le printemps arabe, puis l’hiver islamiste? Ont-ils des causes communes?
Absolument et c’est exactement ce que j’essaie de démontrer dans cet ouvrage. Le printemps arabe et l’hiver islamiste, aussi opposés soient-ils en termes de projet sociopolitique, de vision de la société et du système de gouvernance, ont en commun certains germes socioéconomiques. La pauvreté, le chômage des jeunes et les inégalités ainsi que la corruption, le stress hydrique et les réformes néolibérales ont nourri aussi bien les manifestations géantes qui ont secoué plusieurs pays arabes il y a sept ans que la montée de l’Etat islamique et d’autres organisations terroristes.

Vous proposez une analyse, chiffres à l’appui, des différentes causes socioéconomiques qui gangrènent les sociétés arabes. Quid du Liban plus particulièrement?
Le Liban n’est pas à l’abri de ce qui agite en profondeur le monde arabe ni au niveau des causes originelles du malaise social ni en matière de conséquences, qu’il s’agisse de radicalisation, voire de montée de l’islamisme. Si le pays bénéficie d’une certaine liberté absente dans le reste de la région, une forme de marginalisation politique existe néanmoins avec la suprématie des za’amat (leadership) confessionnelles – qui exclut les jeunes et les partisans d’un système de gouvernance moderne et réellement démocratique – tandis que le modèle économique repose dans une large mesure sur la rente, à l’instar des autres pays de la région. Il ne s’agit pas des sources rentières conventionnelles, comme le pétrole et le gaz, quoique cela pourrait devenir aussi le cas avec les récentes découvertes offshore. Les transferts des expatriés, les recettes touristiques, les investissements étrangers – notamment dans l’immobilier, autre source de rente – représentent près de la moitié du PIB libanais et consacrent ainsi le patronage aux dépens d’un modèle économique productif. Il en résulte un taux de chômage élevé, notamment parmi les jeunes. À titre d’illustration, 3 800 emplois par an ont été créés entre 2005 et 2009, selon la Banque mondiale, absorbant seulement un sixième des 22 000 nouveaux candidats sur le marché du travail. Dans des régions comme le nord, le taux de chômage s’élève à 50%, tandis que 85% des employés travaillent dans le secteur informel.
Quant à la pauvreté, elle concerne désormais plus de 30% de la population alors que les inégalités sont parmi les plus élevées dans le monde. Selon une étude publiée en octobre, 1% de la population concentre près du quart des richesses nationales tandis que les 10% les plus aisés accaparent à eux seuls 56% des revenus. Dans certaines villes, comme à Tripoli, plus de la moitié de la population vit sous le seuil de la pauvreté. Ces réalités prêtent le flanc, en parallèle, à la radicalisation.
Autre élément commun avec les autres pays de la région ayant connu des soulèvements populaires: l’insécurité alimentaire. Au Liban, le secteur agricole ne représente plus que 5% du PIB, après que la production agricole eut reculé de 12% entre 1970 et 2008 – période durant laquelle cette même production connaissait une croissance de 562% au sein de l’Union européenne et de 686% au Japon.

Quels sont les défis qui se posent pour le futur de ces sociétés?
 Les défis à court terme consistent surtout à assurer un retour à la normale, ou plutôt à la case départ, dans les pays ravagés par plusieurs années maintenant de conflit et de destruction, comme la Syrie, le Yémen et l’Irak et la Libye. Hélas, ces guerres retarderont dans une large mesure les doubles conversions et inclusions politiques et économiques que j’évoque dans mon ouvrage, notamment celle d’un passage vers des économies productives génératrices d’emplois. Le défi est énorme. Il faudra créer plus de 100 millions d’emplois dans la région au cours de la prochaine décennie. Or cela est impossible sans un changement drastique du modèle économique qui passe indispensablement par une diversification sectorielle. A plus long terme, les gouvernants arabes devront également s’attaquer de front aux questions de pauvreté, d’inégalités, de désertification et de stress hydrique ainsi qu’à l’insécurité alimentaire. Tous ces défis nécessitent une stratégie à la fois unitaire et collective, voire la création d’un bloc économique arabe, basée sur les avantages comparatifs de chaque pays, à l’instar de ce qui s’est passé en Europe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.   

 

Comment entrevoyez-vous la perspective de la reconstruction en Syrie qui se profile?
Cela dépendra d’abord du «outcome» politique à l’issue des éventuelles négociations pour mettre totalement fin au conflit, ainsi que de la stabilité sécuritaire qui prévaudra au lendemain de la guerre et du niveau des aides étrangères, en sus du degré d’entente entre les grandes puissances qui cherchent chacune à avoir leur part du gâteau quant au prochain processus de reconstruction. Mais au-delà de l’infrastructure physique, ce qui m’inquiète c’est la reconstruction de la société et des esprits, et la gestion d’un traumatisme psychologique collectif – qui ne sera pas sans impact sur la productivité et la sécurité – et d’une «génération perdue» de plusieurs millions d’enfants n’ayant pas eu accès à l’éducation et qui seront sur le marché du travail dans quelques années. Aussi, la Syrie du «futur» et ceux qui la gouverneront vont-ils surtout mettre le pays  sur les rails d’un changement du modèle économique et politique et s’attaquer aux racines du malaise latent qui avait fini par exploser le 15 mars 2011? Rien, pour l’instant, ne me semble moins sûr. Et cela risque de générer à nouveau des soulèvements ou des conflits à plus long terme et de nourrir la dynamique terroriste, entretenant ainsi le cercle vicieux actuel que vit la Syrie et le monde arabe de manière générale…

Jenny Saleh
 

Jeudi, 01 Février 2018 00:45

Al-Beyt. «C’est important, de voler»

Caroline Hatem présente sa première mise en scène avec Al-Beyt, une pièce de Arzé Khodr, sur les planches du théâtre Monnot, à partir du 15 février, après avoir effectué une tournée en région.

Comment s’est passée cette nouvelle expérience en tant que metteur en scène?
C’était assez prodigieux, je suis arrivée avec beaucoup de questions. Au premier jour de répétitions, beaucoup de choses se sont enclenchées. J’ai découvert combien j’aimais les acteurs, combien le travail avec eux sur le sens du texte était passionnant et à quels niveaux d’intensité la vie pouvait me hisser!

Pourquoi cette mini-tournée avant de vous représenter au théâtre Monnot?  
J’attendais que le théâtre Monnot, en rénovation depuis l’été, rouvre ses portes. Nous avions accueilli Jessy, qui tient le rôle principal et qui réside en France, travaillé avec elle, et je tenais à ce que la pièce prenne forme, forme et envol, avant son départ. Par ailleurs, l’idée d’une tournée nationale me plaît énormément. Al Beyt a le potentiel de plaire à tous les publics. Pourquoi des habitants de Zghorta, de Tyr ou du Hermel ne recevraient-ils pas une pièce à domicile? J’avais cette vision romantique des romanichels ou des acteurs élisabéthains qui jouaient de ville en ville. J’ai vite compris que c’était bien plus coûteux, mais j’ai refusé que ça nous arrête. Hammana, Zouk Mosbeh, Tripoli, Zghorta, puis le Sud, et partout où nous serons conviés – jusqu’à la fin de l’été, je le souhaite en tout cas.

Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette pièce de Arzé Khodr?
D’abord la solidité de la structure. C’est rare de lire une pièce libanaise correctement écrite. Je voulais débuter la mise en scène par un texte local, bien de chez nous, bien réaliste, qui me confronte aux vrais enjeux: direction d’acteurs, traitement dramaturgique, rapport aux objets et à l’espace, rapport au public. Je ne voulais pas rater une case de l’apprentissage. Dans le cas contraire, une pièce contemporaine (post-moderne) aurait permis une marge de bluff. Je trouvais qu’on nous servait assez de cette soupe, et qu’il valait mieux faire ses gammes, avec honnêteté, en ayant tout le loisir par la suite de me lancer dans des projets plus contemporains. En deçà du sujet d’une fratrie qui se bagarre autour de la maison parentale, j’ai identifié une sorte de terreur propre à certains individus face au risque de s’embourber dans la lourdeur des fatalités et de l’immobilisme familiaux. Terreur mêlée de culpabilité, puisqu’on voudrait bien en même temps être responsable, présent et relié.

Quel message souhaitez-vous transmettre?
Tout repose sur les acteurs que j’ai choisis, sur le jeu, sur le texte, et je voudrais mettre l’accent sur l’importance de cette qualité-là. Sans elle, le théâtre est creux, il est parodie. L’autre message est celui de se battre contre les oppressions intériorisées. La pièce s’ouvre sur un appel d’air. Une société peut mourir étouffée de peur, elle peut écraser sa jeunesse et arrêter le mouvement. Rim, dans Al Beyt, est une femme qui, comme bien de personnages d’Ibsen, lutte de toutes ses forces pour vivre sans peur, se débarrasser de ce qui, en elle-même, la retient de voler. C’est important, de voler.

Gisèle Kayata Eid

Avec son dernier one-man show, Abou el-Ghadab, Joe Kodeih, «fils du théâtre», «élève de Jalal Khoury», nous emmène dans les recoins sombres d’un passé de guerre, qu’il éclaire d’un rire cathartique.

Abou el-Ghadab, c’est n’importe quel Libanais, chaque citoyen au volant de sa voiture, celui qui n’aime pas le pays, celui qui se révolte, celui qui est en colère, tous scellés sous ce nom mythique, symbole d’une guerre libanaise qui se poursuit aujourd’hui, «sous une facette différente», affirme à Magazine Joe Kodeih. «C’est une guerre d’oppression, de non-civilité, économique, culturelle, religieuse, contre la volonté d’une très grande majorité».
Seul sur scène, Joe Kodeih parle de la période de la guerre sans parler de guerre. Il raconte des histoires, ses histoires, les histoires de tout un chacun dans le public, du moins ceux qui ont l’âge de la guerre. Les souvenirs remontent, emmêlés à l’odeur du Katol, du Maling, du Smeds, de l’entassement dans les abris, des jeux de cartes, «likhah» et «14», des «départs» et des «arrivées»… Et le public rit, s’y retrouve, s’y projette, dans un quotidien «vintage», dans sa propre vie passée qui se teinte aujourd’hui de nostalgie peut-être, certains allant même jusqu’à dire, qu’avant c’était mieux. Comme le dit Joe Kodeih, «durant la guerre, il n’y avait pas seulement des choses horribles. Avec le recul, on fait aussi notre thérapie, on en rigole».
Joe Kodeih a entamé sa thérapie quand il a commencé à écrire, à sortir ce qu’il y avait en lui, à faire des recherches, à collecter des histoires de gens qui ont vécu la guerre, de combattants de différents fronts. Ecrire de son point de vue, ayant vécu dans le quartier chrétien, en entremêlant la guerre comme toile de fond à des moments de sa vie, parfois dramatique, comme cette balle dont il a été atteint et qui lui a fait risquer l’amputation. Il en parle sur scène en la mettant dans un contexte qui fait rire. Du moment qu’il partage ces moments, ils ne lui appartiennent plus, ils deviennent ceux du public.

ETINCELLE
Pourquoi parler de la guerre maintenant? «Je ne sais vraiment pas, répond Joe Kodeih. Je m’interroge souvent sur ceux qui ont vécu l’exil, qui est une chose terrible aussi, et qui viennent parler de la guerre dans leurs œuvres, alors qu’ils ne l’ont pas vécue. Un peu de respect à notre traumatisme». Parce qu’il s’agit en effet de traumatisme, d’une guerre terrible, absurde, «qui nous a fait rater la plus belle partie de notre vie».
Mais plutôt que de sombrer dans la noirceur d’un drame, Joe Kodeih préfère en tirer «une morale positive». «On a survécu. Nous étions réfugiés dans notre propre pays, même dans nos maisons parfois. On improvisait notre vie. Le corridor des voisins, c’est là où les gens échangeaient, il y avait une énergie, une étincelle qui se créait». Cette étincelle, Joe Kodeih la fait revivre sur scène, dans un décor pour le moins dénudé, avec ses mots, ses gestes, sa gouaille, tout à l’aise avec le public qu’il retrouve pour faire exploser notre volonté de vivre. En attendant la sortie d’un album composé d’une dizaine de chansons de rap, inclues dans la pièce.
Au théâtre Gemmayzé jusqu’au 25 février.

Nayla Rached

Pour fêter ses 25 ans, le Festival al-Bustan présente, pour son édition 2018, une programmation entièrement dédiée à Jean-Sébastien Bach. Du 13 février au 21 mars, le public est invité à découvrir toutes les facettes du plus grand de tous les compositeurs.

«S’il y a quelqu’un qui doit quelque chose à Bach, c’est bien Dieu». C’est par cette citation du philosophe roumain Emil Cioran, que Mirna Bustani, présidente et fondatrice du Festival al-Bustan a présenté l’édition 2018. Cette année, le festival célèbre ses 25 ans; c’est l’occasion idéale de réaliser enfin l’idée qui l’anime depuis des années: une programmation dédiée entièrement à Jean-Sébastien Bach. Du 13 février au 21 mars, le public est invité à six semaines de musique et de communion. Comme le dit le directeur artistique du festival, Gianluca Marcianò, l’écoute de Bach a le même effet sur l’âme qu’un séjour dans un spa sur le corps. Magazine l’a interviewé.

Pourquoi aller écouter Bach?
Nous avons une occasion unique d’écouter le plus grand de tous les compositeurs, un compositeur classique mais aussi innovant. Il a anticipé le jazz, toute la musique du XXe siècle et même avant. Il a écrit aussi de la musique sacrée absolument parfaite, une géométrie d’harmonie et de mélodie. Nous pouvons écouter aussi au Festival la fusion entre Bach et la musique arabe, mais aussi avec le breakdance, avec le jazz. Bach nous donne l’occasion de communiquer avec notre âme. A la fin du Festival, le public pourra dire qu’il connaît Bach.

A quel niveau se situe votre programmation par rapport à un festival international dédié à Bach?
Ce n’était pas facile de créer un programme totalement dédié à Bach, ce n’est pas facile non plus à Leipzig, à Salzburg, à Lucerne. Il est impossible de choisir tout Bach dans un festival; mais pendant six semaines, nous avons choisi presque tout ce qu’il est possible de choisir. C’est un choix polyédrique, comme un kaléidoscope, qui va du pur classique jusqu’au breakdance. Je pense que seulement le Festival al-Bustan peut produire un programme tellement varié et différent, qui s’adresse à tout public.

 

Après Bach, comment aller au-delà?
Il est toujours possible de trouver une nouvelle émotion, une nouvelle idée. Ca va être une grande surprise. Ce sera non seulement une idée musicale, mais elle permettra de développer la possibilité de faire de la musique ici, et de connecter le Liban avec, non seulement tous les autres festivals, mais aussi les autres expériences musicales internationales. J’espère annoncer le
projet pour la prochaine année durant le festival. C’est une idée qui remonte à trois ans déjà, mais j’ai dû attendre les 25 ans du Festival. Une période se termine et une nouvelle commence, pleine de musique, de surprises, de grands artistes et d’innovation aussi.

Bach classique
● 15 février: Magnificat, Eglise Saint-Louis des Capucins, Beyrouth.
● 18 février: La Passion selon Saint-Jean, Eglise Saint-Elie, Kantari.
● 21 février: Messe en si mineur – Eglise Saint-Joseph des Pères jésuites, Beyrouth.
● 23 Février: Variations Goldeberg avec Martin Stadfeld (piano).
● 8 mars: Suites pour violoncelle nos. 2, 4, 6 avec Antonio Meneses- Musée national.
● 10 mars: Suites pour violoncelle nos 1, 3, 5 avec Victor-Julien Laferrière – Eglise Saint-Charbel (Maad) – 19h.

Bach avec un twist
● 13 février: JSB for Jazz Sebastian Bach avec The Swingle Singers.
● 25 février: Breakdancing Bach avec The Red Bull Flying Bach.
● 1 mars: Soirée poétique arabe avec Bach, avec Mireille Maalouf et Rifaat Torbey (acteurs), Roman Storojenko (violoncelle) – Grystal Garden, Hotel al-Bustan.
● 28 février: Jasmin Toccata avec Jean Rondeau (clavecin), Thomas Duford (luth) et Keyvan Chemirani (zarb/santour).
● 17 mars: Bach Plucked Unplucked avec Edouard Ferlet (piano) et Violaine Cochard (clavecin).
● 20 mars: Contemporary Innovative Rythms avec Florain Willeitner (violon), Maria Radutu (piano) et Ivan Turkalj (violoncelle).
Les concerts sont prévus à 20h30, à l’Auditorium Emile Bustani sauf mention contraire.
Pour consulter tout le programme:
www.albustanfestival.com

Nayla Rached

Depuis le 25 février, les planches du théâtre Gemmayzé accueillent la pièce Liaisons dangereuses, adaptée, mise en scène et produite par Joe Kodeih.

On s’est tellement habitués à Joe Kodeih comme un «one man show» qu’on en est venu à oublier presque qu’il est, avant tout, un metteur en scène, un homme de théâtre, ce «concentré de vie», comme il le décrit, cet espace-lieu où «la vie devient meilleure, où elle prend forme comme notre fantasme le souhaite». A la question de savoir si ce théâtre-là lui a manqué, sa réponse fuse aussitôt: «Oui, sûrement, mais je n’ai pas lâché prise entre-temps», travaillant, rappelle-t-il, sur la pièce Rima et sur la mise en scène de Michel et Samir, même si ces deux spectacles s’inscrivent toujours dans le registre de la comédie.
En décidant d’adapter les Liaisons dangereuses, il a fait face à cette même réaction: pourquoi changer une formule gagnante, celle du «one man show», qui était une rémunération à tous les niveaux? Mais Joe Kodeih est retourné à son amour premier, le théâtre, et une pièce en particulier, la première qu’il a jouée de sa vie, en 1993: une adaptation estudiantine des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos dans laquelle il a interprété le rôle de Valmont. C’est donc tout simplement là que réside le pourquoi du comment de l’actuelle adaptation.

 

Un casting solide
Joe Kodeih passe ainsi à un autre registre, une pièce dramatique, même si elle contient des «étincelles de comédie», et même… des pas de danse dans une chorégraphie signée Mazen Kiwan. Merteuil, Valmont, Tourvel, Volanges, Danceny, interprétés respectivement par Bernadette Houdeib, Joe Kodeih, Solange Trak, Patricia Smayra et Bruno Tabbal effectuent cinq danses sur la scène du théâtre Gemmayzé, les personnages mythiques de l’un des plus célèbres romans épistolaires, devenus des symboles, et qui se présentent là dans une adaptation à la fois libanisée et fidèle à l’esprit littéraire du texte, pour en garder intacte son âme, comme l’a voulu Kodeih, plaçant ainsi l’action dans un contexte atemporel, puisqu’il n’y ait pas fait mention du lieu où ça se passe, en France ou au Liban. Dans cette adaptation, un vrai travail de réécriture, le livre garde son titre original, devenu Gharam wa intikam en arabe. Idem en ce qui concerne les noms des personnages qui restent le point central de l’œuvre, puisque Kodeih et son équipe ont effectué une étude développée de leurs personnages, à tous les niveaux, tout aussi bien psychologique que sémiologique et autres.
Joe Kodeih compte sur son casting qu’il estime «très solide» pour tenir le spectacle de bout en bout et tenir, par-là, la concentration du spectateur, pour que ce dernier ne perde pas le fil conducteur de la pièce. A savoir, d’une certaine manière, le rôle de Danceny, puisque tout se passe dans la tête de l’amoureux de Cécile de Volanges, celui qui, au final, a tué Valmont. C’est que le plus important pour Kodeih est que «le spectateur puisse théâtralement suivre et comprendre jusqu’à la fin ce qui se passe sur scène, qu’il parvienne à se concentrer sur la trame et à garder le fil conducteur des événements. Cela n’est pas facile puisqu’il y a une quinzaine de tableaux, il faut donc que je l’aide un peu». Est-ce donc une pièce difficile? «Très accessible, précise-t-il, mais très juteuse. Chaque scène, même si on pourrait croire qu’elle n’est qu’une sorte de lien entre deux grands moments, eh bien non, le moindre détail a été étudié».

 

Au public de décider
Mis à part cet espoir précis, qui ne peut être que le résultat d’un travail rigoureux, Joe Kodeih n’a pas d’attentes particulières de la part du public libanais. «J’ai fait des succès fous et j’ai joué à guichets fermés pendant des mois. Certes, c’est le but de chaque acteur, metteur en scène, producteur, mais je n’ai jamais travaillé de sorte à attirer le public. Si j’ai dix spectateurs ou des salles combles, la qualité de mon travail ne va pas changer. Et à dire vrai, j’ai écrit dans le passé des pièces qui, à mon sens, avaient une valeur dramaturgique, avec seulement une vingtaine de spectateurs dans la soirée, alors que des pièces, que j’estimais être plus légères, ont cartonné. Récemment, on voit sur le marché au Liban l’effet du marketing sur le succès de tel ou tel spectacle. Je respecte cela, mais je suis loin de jouer le jeu. Je fais mon marketing, certes, je travaille d’une manière très agressive, mais avec beaucoup d’amour. Mon but est de faire du théâtre et c’est au public de décider s’il va venir ou pas. Dans le temps, il n’y avait pas Facebook, c’était juste le bouche à oreille; la première semaine, il n’y avait presque personne et puis on jouait durant des mois, et le public s’asseyait par terre».

Nayla Rached

Informations et réservations: Librairie Antoine ou au (76) 409 109.

Vendredi, 15 Janvier 2016 03:13

Semaine du 15 au 21 janvier

L’affaire SK1
Samedi 16 à 21h55, C+
de Frédéric Tellier
Raphaël Personnaz, Nathalie Baye, Olivier Gourmet et Michel Vuillermoz
En 1991, Franck Magne est un jeune inspecteur du Quai des Orfèvres qui subit le baptême du feu avec l’enquête sur l’assassinat d’une jeune fille. Très vite, d’autres cas semblables (meurtres, viols et tortures) s’accumulent. Magne comprend vite que c’est l’œuvre d’une seule et même personne. Bougon, son supérieur, lui conseille de ne pas trop s’impliquer. Trop tard: Magne n’a de cesse de débusquer l’assassin, jusqu’à mettre à mal sa vie de famille. D’énormes effectifs sont déployés pour traquer le monstre qui est finalement arrêté. Magne croise sur sa route Frédérique Pons, une avocate passionnée, décidée à comprendre la personnalité du meurtrier… (120’, 2014)

 

Les gamins
Dimanche 17 à 21h55, TF1

d’Anthony Marciano
Alain Chabat, Max Boublil, Sandrine Kiberlain, Mélanie Bernier et Alban Lenoir
Très amoureux, Thomas et Lola projettent de se marier. La jeune femme décide de présenter son fiancé à ses parents, Suzanne et Gilbert. Mais ce dernier est en pleine crise: il est convaincu d’avoir raté sa vie à cause de sa femme et de sa fille. Après l’annonce du prochain mariage de cette dernière avec Thomas, il prend le jeune homme sous son aile et lui met en tête de renoncer au mariage pour préserver sa liberté. Il réussit d’ailleurs à le convaincre de tout quitter. Les deux nouveaux amis partent ensemble à l’aventure. Le duo mène dorénavant une vie de gamins, sans horaires et sans contraintes, rythmée par de nombreuses péripéties… (115’, 2013)

 

Les trois prochains jours
Mardi 19 à 22h00, D8

de Paul Haggis
Russell Crowe, Elizabeth Banks, Liam Neeson et Olivia Wilde
A Pittsburgh, John Brennan et sa femme Lara filent le parfait amour et sont les parents d’un adorable petit Luke. Mais un matin, la police débarque chez le couple et arrête Lara qu’elle soupçonne du meurtre de sa patronne. Trois ans plus tard, Lara est toujours en prison et ne voit plus son mari et son fils que lors des visites. Luke se montre de plus en plus distant vis-à-vis de sa mère. John, de son côté, n’a jamais douté de l’innocence de sa femme. Lorsque son dernier appel est rejeté, Lara tente de se suicider. Pour John, il n’y a maintenant plus qu’une solution: faire évader sa femme. Il demande de l’aide au célèbre roi de l’évasion, Damon Pennington... (145’, 2010)

 

Flic, tout simplement
Mercredi 20 à 21h55, F2

d’Yves Rénier
Mathilde Seigner, Philippe Torreton, Yves Rénier et Jean-Marie Winling
Première femme nommée à la tête de la prestigieuse Crim’, Martine Monteil s’est fixé comme priorité absolue de traquer le «tueur de l’Est parisien». Tout en combattant les préjugés, elle entreprend de faire collaborer des services parfois rivaux. Son but: imposer la création d’un fichier des empreintes ADN pour confondre Guy Georges… (95’, 2014)

Phénomène
Jeudi 21 à 21h55, NRJ 12

de Jon Turteltaub
John Travolta, Kyra Sedgwick, Forest Whitaker et Robert Duvall
George Malley, un mécanicien, est apprécié de tous. Il passe ses journées avec son ami Nate, un jeune Noir. Lace, une femme qui élève seule ses deux enfants, lui apporte des chaises de sa confection à vendre. Personne ne les achète, mais George les accepte malgré tout, car il a un faible pour la jeune femme. Le soir qui vient est particulièrement important: toute la ville s’apprête à célébrer le trente-septième anniversaire de George. Alors que la fête bat son plein, il sort seul prendre l’air quand une boule de feu, venue de nulle part, le heurte en plein visage. Mais lorsqu’il interroge ses amis, étrangement, ces derniers lui soutiennent n’avoir rien vu ni entendu. Puis, il rentre chez lui et se met à lire. Car George, dorénavant, est doté de pouvoirs extraordinaires... (140’, 1996)

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Éditorial
Des chiffres introuvables

La catégorie de Libanais qui peinent à boucler leurs fins de mois grossit à vue d’œil. Sciemment ou inconsciemment, de plus en plus de familles éliminent du panier de la ménagère des produits devenus trop coûteux. Avant d’en arriver là, elles ont réduit, progressivement, leur train de vie, reportant le remplacement d’une voiture, espaçant leurs voyages, ajournant le renouvellement d’un salon ou d’un appareil électroménager. Les gens consomment moins et moins cher. Tous les mois, des familles voient leur statut socioéconomique se détériorer, passant de la classe moyenne aux couches les plus défavorisées et démunies de la société.   Les acteurs économiques et sociaux se renvoient la balle et échangent les accusations. Chacun propose des solutions partielles, à travers le seul prisme de ses intérêts étroits et sectoriels. Les syndicats réclament une augmentation du Smic, sans s’interroger sur les possibles implications d’une telle mesure sur l’ensemble de l’économie (voir page 38). Le patronat ne se soucie que de ses marges de gains et du poids des charges sociales qui pèsent sur ses comptes. Tous rejettent la faute sur l’emploi de la main-d’œuvre syrienne, qualifiée ou sans qualifications, qui envahit des pans entiers de l’économie.L’Etat, premier concerné par les grands choix stratégiques, régulateur en chef et principal catalyseur de l’activité économique, aussi bien dans les secteurs public que privé, est inscrit aux abonnés absents. Il faut dire que les dirigeants ont d’autres chats à fouetter en ce moment. A quelques mois des élections législatives, ils sont occupés à s’écharper, tantôt pour un décret de promotion d’officiers, tantôt pour des réformes de la loi électorale. Ils sont surtout motivés par l’obsession de perdre un peu de leur influence.Mais à quoi sert cette influence sinon à protéger leurs intérêts immédiats, souvent au détriment de ceux de l’Etat et du bien général? Et même si les dirigeants étaient réellement soucieux de freiner la chute vers les abysses de la pauvreté d’une grande partie de la classe moyenne, ils n’ont ni les compétences ni les outils nécessaires pour le faire. Pour arrêter des choix stratégiques et établir des plans intégrés de relance de l’économie, il faudrait disposer de données précises et de chiffres exacts. Tous les Etats qui se respectent sont capables de fournir, en temps réel, le nombre de chômeurs. Ici au Liban, le pourcentage de personnes sans emploi est une «opinion». Qui est capable de nous dire combien de Libanais sont au chômage? Hier encore, le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, affirmait que 30% de la population active est sans travail. Si tel est le cas, nous sommes déjà au fond de l’abysse sans le savoir.La situation n’est guère plus reluisante pour toutes les autres données et chiffres fondamentaux et indispensables pour établir des plans. Ceux dont nous disposons, concernant notamment les comptes de l’Etat, remontent à 2015.Tout compte fait, avoir des chiffres exacts c’est peut-être trop demander à un Etat qui n’a pas procédé à un recensement de la population depuis 1932.


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

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