Culture
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Nº 3083 du vendredi 3 novembre 2017

Culture

La chorale de la NDU présente le concert Les 7 cités de l’amour, avec Fadia Tomb el-Hage, le 12 novembre, au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, à Montréal.

La chorale de la NDU est reconnue pour son vaste répertoire sacré et profane, par la polyphonie de ses voix, très rare dans le chant sacré oriental,  et l’usage du quart de ton harmonisé dans ses chants. Des particularités qui confèrent une place privilégiée dans le patrimoine culturel libanais à cette chorale. Son chef, le Père Khalil Rahmé, a reçu Magazine dans son bureau de l’université NDU.  
La musique fuse de partout. L’orgue, les CD, les partitions, les chevalets… Mais aussi les papiers, les lettres, les livres, les dossiers.  Autant de projets enclenchés par le Père Rahmé. «Douze de nos choristes (choisis pour leur voix mais aussi «parce que c’est leur tour») vont participer au prestigieux Festival du monde arabe à Montréal pour rendre hommage à Gibran Khalil Gebran. Ils s’associeront à d’autres chanteurs d’origine libanaise, pour beaucoup anciens de la NDU, et aux treize musiciens de l’ensemble oriental montréalais, sous la direction de Katia Warren Makdessi». L’ambassade du Liban au Canada, partenaire de cette soirée d’exception, a, pour l’occasion offert le voyage aux chanteurs de la chorale.
Sur des arrangements du Père Rahmé, la soirée promet d’être exceptionnelle, puisque tous les chants feront appel aux paroles et récits de celui qui, en Amérique du Nord, est reconnu comme l’âme poétique de l’Orient. De grands noms de la musique libanaise (Zaki Nassif, les frères Rahbani, Joseph Khalifé, Michel Fadel, Iyad Kanaan, Rudy Rahmé) célèbres pour leurs compositions, leurs arrangements, adaptations, orchestrations, interprétations… se feront l’écho d’airs connus: A’tini el naya wa ghani, el «achek wa el majnoun, el mahabbah, ya bani oummi, etc. Pour rendre hommage à Gebran Khalil Gebran, Fadia Tomb el-Hage et le chœur de la NDU, «synthèse de l’héritage oriental et de la modernité occidentale», présenteront une quinzaine de pièces,  des chants et des mélodies puisés dans un héritage oriental millénaire que le chef Rahmé reconquiert, harmonise et enrichit de formes occidentales, comme il le fait pour toutes ses compositions sacrées et profanes (75% en moyenne de son répertoire est dédié à la musique sacrée). Durant ce quatrième voyage au Canada (la chœur de la NDU avait remporté la médaille d’or au Mondial Choral Loto-Québec, en 2007), outre la soirée du FMA, un spectacle sera donné aussi le 17 novembre à Ottawa après avoir rencontré les élèves de l’école de musique de l’Université Concordia (dont le vice-directeur, William Cheayeb, est d’origine libanaise).
Le Père Rahmé confie avoir «toujours aimé les cantiques, du temps où j’étais sacristain à l’église St-Maron à Tripoli, puis quand j’allais visiter mon grand-père cuisinier chez les Pères carmélites à Bécharré. J’adorais les chants occidentaux qu’accompagnait l’harmonium».  Trois ans de piano au conservatoire de Gibran auront suffi à tracer sa voie. Ce passionné mélomane est aussi l’instigateur du festival de l’orgue qui tiendra sa 3ème édition cette année (du 27 janvier au 4 février 2018): «On a fait restaurer par une société italienne six orgues et acquis deux nouveaux. Chaque église paie la restauration du sien. Ainsi, celui de l’école du Sacré-Cœur (Gemmayzé)  va coûter 100 000 euros». Satisfait et confiant, car il «rêve d’arranger les orgues depuis petit», il est surtout fier de son école de musique qui forme actuellement 217 élèves, dont le plus jeune a 7 ans. Une manière d’assurer la relève?
C’est en tout cas le désir profond du Père Rahmé dont la chorale (bénévole) participera le 13 décembre prochain à la 10ème édition de Beirut Chants.

Succès international
La chorale de la NDU célèbrera en mai ses 25 ans.  Elle a été créée par le Père Rahmé en 1993, après son retour d’Italie où le jeune moine de l’Ordre des Mariamites a suivi des études de philosophie et de théologie qu’il a prolongées d’un diplôme en musique. Ébahi par le chœur d’hommes de la chapelle Ste Marie Majeure où son professeur était maître de chapelle, il rentre au pays avec des projets plein la tête. Applaudi dans plus de 300 concerts en Europe, en Amérique du Nord, en Australie et dans le monde arabe, le chœur de la NDU s’est doublé d’une chorale d’enfants de 60 élèves et d’un chœur d’hommes.

Gisèle Kayata Eid
 

Mercredi, 08 Novembre 2017 23:54

Baff. «Arrêter la prétention dans l’art»

En novembre, place aux documentaires, à l’art et au patrimoine  avec le lancement de la 3ème édition du Beirut Art and Film Festival. «Un festival unique en son genre qui vient prouver que l’art peut aller vers le public et rejoindre toute la société», selon sa présidente, Alice Mogabgab.

Du 6 au 25 novembre,  une équipe de bénévoles dynamiques propose aux Libanais un bouquet de documentaires dédiés aux thématiques culturelles et artisti-ques, avec un hommage notable rendu au patrimoine libanais. Soucieux de contrer l’ignorance, la désinvolture voire la barbarie infligé à notre patrimoine, ces documentaires mettront à l’honneur les diverses richesses du Liban: les mosaïques de Saïda, la forteresse de Hasbaya, les dégâts irréversibles causés à Jeita. Le public pourra aussi découvrir un autoportrait de Khalil Salleby, des entretiens avec Paul Guiragossian, entre autres.
Le programme de cette troisième édition se déclinera aussi en projections, «intra-murales» au cinéma Metropolis, du 14 au 19 novembre et comporte aussi des projections itinérantes «extramuros» dans nombre d’écoles (avec le film Hergé à l’ombre de Tintin), universités et centres culturels sur l’ensemble du territoire.
Un foisonnement artistique qui donnera lieu à plus de 150 projections, qui fait bénéficier aussi quatre associations caritatives.

PATRIMOINE EN DANGER
Cette 3ème édition mettra un coup de projecteur sur un documentaire phare implanté dans le cœur de la thématique Patrimoine et barbarie - Héritages culturels en danger. Succédant à deux soirées-débats à Genève (Institut des Cultures arabes et méditerranéennes) et à Paris (Institut du monde arabe), le film de Jean-Luc Raynaud, Syrie dernier rempart du patrimoine, sera projeté à Beyrouth en grande première pour dénoncer la prise en otage du patrimoine.  Car si les destructions du patrimoine de l’humanité orchestrées par l’Etat islamique sont abondamment dénoncées par les médias, de manière tout à fait compréhensible, le film de Jean-Luc Raynaud dénonce également les crimes commis par les armées officielles contre tous les joyaux de l’humanité en péril, en Syrie et en Irak, détruisant les vestiges des civilisations mésopotamiennes, romaines, etc. Des crimes en contradiction avec les accords de la Syrie avec l’Unesco. Le documentaire dénonce l’usage du patrimoine comme monnaie d’échange, comme moyen de pression dans la guerre et, face à cette barbarie, montre des individus qui tentent de sauver leur héritage parfois au détriment de leurs vies. Construction de murs pour défendre et protéger les monuments, projets de reconstruction des sites antiques, à Palmyre, à Bosra, à Alep, au Krack des chevaliers, à la mosquée des Omeyyades, etc.    

LUTTER CONTRE L’OUBLI
Un «Coup de chapeau» est décerné cette année à Hady Zaccak, le jeune cinéaste à cheval  entre le réalisateur et l’artiste contemporain, notamment pour ses documentaires ravivant le patrimoine et qui s’inscrivent totalement dans la thématique du festival. «Après la guerre il y a eu comme une amnésie. Personne ne voulait en parler, ni ceux qui ont entrepris la reconstruction de la ville, ni ceux qui ont «fait la paix». Nous vivons dans un pays où tout a disparu. Mes films luttent contre l’oubli», confie le réalisateur à Magazine. À travers six courts métrages réalisés en début de carrière, l’enseignant à l’IESAV donne la parole aux pionniers du cinéma libanais qui racontent les salles, les séances, les studios (Baalbeck, Haroun…). Il relate le cinéma de guerre au Liban, rapporte le regard des cinéastes sur les guerres libanaises (Le Liban à travers le cinéma) ou celui des intellectuels (Jalal Khoury, Borhane Alawiyé…) sur les métamorphoses de Beyrouth (Beirut… Points of View). Zaccak raconte l’Histoire (arrêtée dans les manuels scolaires à 1943) à travers ce qu’en rapportent des élèves de 3ème issus de cinq grandes écoles du Grand Beyrouth d’obédience différente (A history lesson). Il ressort les archives du passé qui se superposent au vécu d’un couple, dans Honeymoon 58.
Hady Zaccak assistera le 17 novembre à la projection de ses six documentaires. Il figure également à l’affiche du BAFF dans le volet extramuros avec la projection de son long métrage Marcedes (2011) qui retrace l’histoire du Liban des années 50 jusqu’à aujourd’hui, à travers les commentaires d’un chauffeur de taxi-service qui sillonne la ville.
Autre film à ne pas manquer, le 19 novembre, Manifesto de Julian Rosefeldt, où l’actrice Kate Blanchet incarne successivement treize personnages en une série de monologues élaborés à partir de manifestes célèbres d’artistes du XXème siècle.

Au programme
L’archéologie
Entre autres, sur Hasbaya, Jeita, Sidon, Pompéi, Palmyre…

La musique
Avec des projections sur les Beatles, Oum Kalthoum, Placido Domingo, etc.

Les arts plastiques 
Avec un focus sur 15 peintres comme Bosch, Hockney, Van Gogh...

L’écriture
Cinq films dont on notera Hergé à l’ombre de Tintin qui sera projeté dans les écoles.

Le cinéma
avec un hommage entre autres à Gene Kelly.

Plus d’infos sur: www.bafflebanon.org

Gisèle Kayata Eid

Mercredi, 08 Novembre 2017 23:48

Stomp. Une incroyable symphonie de rythmes

Stomp, les princes du tempo, déferlent du 16 au 18 novembre sur la scène du Casino du Liban pour partager ce langage universel qu’est le rythme…

Depuis sa création par Luke Cresswell et Steve McNicholas en 1991, Stomp a joué plus de 20 000 fois et a été vu par 15 millions de spectateurs dans le monde. Point d’orgue de cette success-story, Stomp a même été l’un des événements de la cérémonie de clôture des Jeux Olympiques de Londres en 2012. Mélange magique et explosif de percussions, théâtre gestuel et comique visuel, les danseurs imposent sur scène une cadence effrénée avec les objets banals du quotidien, laissant le public bouche bée. Venus des quatre coins du globe, les Stompers sont sélectionnés en fonction de leur personnalité, chacun apportant sa touche personnelle au caractère de la troupe. Sur scène, ils transforment avec génie (et beaucoup d’humour) n’importe quel ustensile en véritable machine à rythmes. Tuyaux, seaux, bouées, poubelles, balais, éviers, boîtes d’allumettes, rien ne leur échappe! Les sons s’entremêlent, se percutent, se répondent pour faire de ce spectacle, mené tambour battant, une incroyable symphonie de rythmes.  

INVENTIVITé AU RENDEZ-VOUS
Les objets du quotidien qu’ils utilisent sont récupérés ou achetés en magasin. Des bonbonnes en plastique, remplies d’eau, de grains de riz ou de lentilles, sont secouées ou frappées avec une baguette. Des tuyaux d’arrosage sont prolongés d’un embout de cuivre et d’un entonnoir, puis utilisés comme trompettes ou cors. Un «verrophone» se voit composé de plusieurs tubes en verre de différentes longueurs que les musiciens frottent pour obtenir un son. Sans oublier des scies musicales, des cônes de signalisation routière, des ballons, des soufflets, des planches de bois...
En 1991, les créateurs de Stomp, le musicien Steve McNicholas et le percussionniste Luke Cresswell attendent de prendre leur avion dans un aéroport. A proximité des deux hommes, des balayeurs faisaient leur travail. Mais là où n’importe qui n’aurait entendu que le frottement agaçant des balais sur un carrelage, eux perçoivent de la musique. Ils décident aussitôt de s’en inspirer pour créer un spectacle musical basé sur des objets du quotidien. C’est ainsi que des balais mais aussi des poubelles, des couvercles, des casseroles ou encore des bidons de lait font leur entrée sur scène. Le résultat est là. Et le public aussi.

Natasha Metni

En marge du Salon du livre, Magazine a rencontré Me François Roux. Eminent avocat et Chef du bureau de la défense pour le Tribunal Spécial pour le Liban. Il est l’auteur de Justice Internationale, la parole est à la défense.

La justice pénale internationale est l’objet de très sérieuses critiques, quel regard portez-vous sur ces critiques et de quelle manière contribuent-elles à son évolution (de la justice internationale)?
Je répondrai volontiers par le dicton «Qui aime bien châtie bien». Si la justice pénale internationale est critiquée c’est certes parce qu’elle mérite ces critiques, mais aussi parce que l’on a besoin d’elle. Ces critiques sont à la fois la marque de l’espérance qu’elle porte en elle, et en même temps des déceptions qu’elle ne devrait pas susciter. Cette justice pénale internationale n’a que 25 ans. Malgré tous ses défauts de jeunesse, elle représente un idéal qu’il faut encourager, qu’il faut améliorer sans cesse, particulièrement en ce qui concerne la procédure et le droit utilisés. C’est la responsabilité de tous ceux qui en ont été les pionniers. J’en fais partie et je travaille tous les jours, avec beaucoup d’autres, à proposer des solutions pour tenter de corriger ses manques, notamment au regard du respect de la diversité des cultures qui doit être conçue comme un enrichissement et non comme un handicap. Nous avons ainsi tenu une conférence à Madrid le 29 septembre sur le thème, Construire dès aujourd’hui la justice pénale internationale du XXIIème siècle. Nous y avons fait plusieurs propositions, appelées «Les 10 propositions de Solpérières» pour améliorer les procédures et les rendre plus efficaces, moins coûteuses et plus compréhensibles. C’est un long chemin, parfois aride, mais comme disait Jaurès, «les seuls combats perdus sont ceux que l’on n’a pas menés». Je vous renvoie à la tribune que j’ai publiée sur ce sujet dans Le Monde du 28 août dernier, intitulée «Il faut changer la philosophie de la justice pénale internationale».
 
Pour ce qui est des moyens, le nombre d’effectifs du TSL a-t-il évolué ? Est-il suffisant pour réaliser votre mission?
Comme vous le savez, malgré le progrès important que représente la mise en place d’un bureau de la défense comme organe indépendant au même titre que le bureau du procureur, il est notable que le budget de la défense reste moins de la moitié de celui du procureur. Ce n’est pas satisfaisant et il est temps de rééquilibrer ces deux budgets en donnant un peu moins d’un côté et un peu plus de l’autre pour respecter le principe de l’égalité des armes. Comme l’on doit rééquilibrer les fonctions de ces deux chefs d’organe.
 
Comment fonctionne l’antenne du TSL à Beyrouth? A-t-elle permis d’améliorer les liens avec ceux qui travaillent sur place ou avec le gouvernement?
Le bureau de la défense dispose, sous ma responsabilité, d’un officier de liaison en charge de toutes les questions relatives à la défense et notamment de la coopération avec les autorités libanaises. Cette coopération a fait d’importants progrès. Mais sur ce point aussi nous ne sommes pas à l’équilibre avec le bureau du procureur qui dispose de moyens humains beaucoup plus conséquents.
 
Il y a une dimension très particulière de ce tribunal qui a été mise en œuvre: la possibilité de tenir un procès par défaut, sans les accusés. Cela discrédite-t-il la procédure?
Je suis favorable à la procédure par défaut. C’est un progrès pour la justice pénale internationale. Comme la possibilité pour les victimes de participer au procès, c’est un apport très positif du droit romano-germanique.
Si le procès par défaut avait existé dans les premiers tribunaux (ex-Yougoslavie, Rwanda) ceux-ci auraient pu juger les accusés en fuite. Bien entendu, il vaut mieux pour la justice que les accusés soient présents, et qu’ils puissent faire valoir leurs droits et leur défense. Mais faute de cela, il est bon que la justice puisse remplir sa mission de juger, tout en laissant la possibilité aux accusés de demander un nouveau procès s’ils venaient à être arrêtés.
Le procès par défaut est plus difficile pour les avocats, qui n’ont pas de contacts avec les accusés et donc aucune information de leur part. Mais les avocats que j’ai nommés sont de grands professionnels et ils font un excellent travail. Selon la belle formule de Me Jean Boudot, un avocat français: «défendre, c’est ne rien accepter pour acquis qui n’ait été soumis au crible de la critique». C’est ce que les avocats au TSL font tous les jours.
 
La décision judiciaire du TSL mettra un point final à un long débat au Liban. De par votre expérience, cela contribuera-t-il à clore le débat ou au contraire à exacerber les divisions?
«La paix, c’est le fruit de la justice» disait Gandhi. Aux juristes, procureurs, juges et avocats de faire en sorte que justice soit rendue, aux autorités politiques et aux citoyens d’en retirer le fruit, pour la paix sociale. J’ajoute qu’en participant au processus de justice, les avocats, dont le rôle est trop souvent incompris, participent eux aussi à l’établissement de la paix. J’ai coutume de dire que les avocats sont à la justice ce que les casques bleus sont au maintien de la paix: indispensables.

 

On parle souvent de l’existence d’un chantage de la stabilité contre la justice.  Cela affecte-t-il le travail des tribunaux internationaux et celui de la défense?
Je réponds comme à la question précédente. J’ajoute que la justice tente d’établir la vérité mais qu’il s’agit d’une vérité judiciaire et non, absolue. L’important est que pendant le procès, tout ait pu être débattu de manière contradictoire. Ainsi, au-delà du jugement lui-même, qui fait autorité bien sûr lorsqu’il devient définitif (sous réserve d’un nouveau procès), chacun peut se forger sa propre opinion et c’est tout l’intérêt des débats publics. Par contre, il est évident que les procédures doivent être améliorées pour que les procès soient plus rapides. Les textes existent, il suffit de les mettre en application.
 
Quand peut-on s’attendre à un verdict? Après ce long délai, aura-t-il la même valeur?
Il n’est pas possible de se prononcer sur une date. La seule certitude est qu’il y aura un verdict, ce qui en soit est déjà un énorme progrès par rapport à nombres d’affaires semblables, au Liban et ailleurs, qui n’ont jamais été jugées. Mais une fois encore, je maintiens, qu’avec les règles de procédure dont disposait le tribunal, le procès aurait dû être plus rapide.

Mona Alami

Avec cet essai, l’auteur de L’Amérique et le Moyen-Orient poursuit sa réflexion sur le rôle de la superpuissance, non plus uniquement dans une région «sensible» de la Terre, mais sur l’ensemble de la planète.

Un livre dense mais précis, publié chez Calmann-Lévy, qui procède par étape pour exposer un point de vue pragmatique qui, même s’il ne représente pas l’idéal, reflète pour autant la réalité objective. C’est dans cette optique qu’il faut aborder la rigoureuse analyse à laquelle l’économiste franco-libanais s’adonne dans les 325 pages de Mondialisation, la mort d’une utopie.
La première chose à retenir est qu’ici la mondialisation est considérée du point de vue essentiellement économique. Et l’auteur ne s’en cache pas. «Il faudrait un tas de livres pour en couvrir tous les aspects». La deuxième remarque qui s’impose et qui clôt une introduction très synthétique, c’est la puissance de l’oncle Sam,  chiffres à l’appui. Cette domination des Etats-Unis, amorcée à la fin de la 2ème Guerre mondiale, ne fait pas de doute.  Elle a d’ailleurs été déclarée formellement par le président Bush en 1991.  Inutile de s’en cacher. «Ce sont les Etats-Unis qui ont sauvé l’Europe de la famine après 1945 et qui ont, en somme, gagné la Guerre froide»  ajoute, lors d’une entrevue, celui qui croit que le politique prime sur l’économie.  Le communisme déstabilisé, l’ascension du dollar, l’hégémonie sur l’ensemble de la planète… La mondialisation triomphe jusqu’en 2007 avec la première crise des subprimes.  

Fragilisation des Etats
Aujourd’hui, un constat inéluctable s’impose: l’ordre mondial que mène tambour battant les Etats-Unis est, si l’on peut dire, un mal indispensable, tant à la sécurité qu’à la prospérité. «Sans la mondialisation, même les transports seraient la proie des pirates. Avant, c’était l’empire britannique qui sécurisait les océans».  L’accession au pouvoir de Donald Trump «n’a absolument rien changé à la politique étrangère des Etats-Unis».   
Pourtant, l’empire américain n’a pas été à la hauteur de son «utopie». Et c’est là que se pose la question justifiant le titre de la dernière partie du livre de Fouad Khoury-Hélou, Sommes-nous au crépuscule du siècle américain?. L’économiste y démontre les limites de cette emprise américaine pourtant incontestable. Force est de constater l’échec de cette «mondialisation heureuse» tant rêvée. «Le rouleau compresseur nous mène vers d’énormes problèmes, notamment la fragilisation des Etats».
Jusqu’à quand l’Amérique pourra-t-elle diviser pour régner? «Toutes les puissances dominantes adoptent cette attitude». Quels seront les gagnants et les perdants? «Les très riches dans les pays développés et les classes moyennes des pays pauvres ont gagné; alors que les classes moyennes des pays riches ainsi que les pays pauvres ont perdu», estime l’auteur.
Les inégalités sociales engendrées par cette mondialisation, l’évolution du concept même de démocratie, la disparition des notions de droite et de gauche, les théories des «complotistes» qui voient en la montée des nationalismes une manière de contrer l’emprise américaine, …  Autant de questions soulevées par Fouad Khoury-Hélou qui envisage toutes les possibilités. «Les Américains ont établi un système dont ils ne peuvent plus sortir, à moins d’un effondrement mondial. Où cela nous mène-t-il? On l’ignore. Mais ce qui est certain, c’est qu’ils vont continuer à s’y cramponner».

 

L’auteur donnera une conférence intitulée Mondialisation et rôle du dollar, le 11 novembre à 18h au Salon du livre.  

Gisèle Kayata Eid

L’aventure de Beirut Footsteps, c’est l’envie de redécouvrir la capitale à travers le regard poétique de Marie-Noëlle Fattal. Après avoir publié ses clichés sur les réseaux sociaux, elle les réunit dans un livre à paraître le 23 novembre.

Il serait dommage de limiter ce livre de Marie-Noëlle Fattal à quelques beaux clichés. L’aventure de Beirut Footsteps commence, indirectement, lors de son retour au Liban, il y a 5 ans. Après le déjeuner dominical, elle sillonne les rues de Beyrouth, accompagnée de sa mère et de ses enfants. Citadine dans l’âme, elle prend soin d’immortaliser les endroits qui la charment, son smartphone à la main. Vieilles bâtisses libanaises, maisonnettes colorées, échoppes, jardinets secrets au détour d’une rue, mais aussi des anonymes, animent ses balades urbaines.
«Un jour, alors que nous visitions une exposition au Beirut Art Center, j’apprends que le centre va fermer ses portes. J’ai eu alors envie de partager mes photos de cette ville qui change sur Facebook et Instagram, qui rassemblent aujourd’hui plus de 10 000 followers. «Il y a une communauté qui s’est attachée à cette ville, qui souffre de voir à quel point elle est défigurée. On atteint une phase critique. Encore quelques coups de pioche et il ne restera plus rien. C’est dramatique», déplore-t-elle. Consciente des destructions irraisonnées du patrimoine comme bon nombre de Beyrouthins, Marie-Noëlle Fattal se défend pourtant de toute velléité militante. «A la base, c’est une démarche plutôt poétique». Elle veille à légender chacune de ses photos avec, selon l’inspiration, un vers de Paul Eluard, un autre de Nadia Tueini, ou tout simplement, une pensée positive.
«Parfois, je rêve qu’on protège un quartier, même si ce ne sont pas des maisons patriciennes très belles, pour en faire des maisons d’artistes». «Pourquoi ne penser qu’à exploiter le mètre carré? Mais il faut toujours être optimiste. Il y a plein de gens qui font des choses fabuleuses. C’est d’eux que viendra le salut, plus que de l’institution». Des gens, Marie-Noëlle en a rencontré beaucoup lors de ses promenades dominicales. A commencer par Paul Farah, un chauffeur de taxi amoureux de sa ville comme elle, qui l’emmène découvrir des quartiers encore inexplorés. Ou encore des vendeurs ambulants, des cafetiers, des anonymes parfois, tous fiers de prendre la pose devant son objectif. «Pleins de petits métiers vont disparaître, qui sont liés à une certaine vie de quartier». L’un de ses lieux de prédilection, justement, regorge de personnages hauts en couleurs. «Je ne connaissais par Karm el-Zeytoun, c’est un quartier très populaire qui m’a beaucoup touché. Gemmayzé et Mar Mikhael figurent dans mes favoris, j’aime leur atmosphère jeune, gaie». Elle a aussi découvert le camp d’al-Abyad, au bout de Mar Mikhael, qui abritait les Arméniens à leur arrivée au Liban. Passionnée d’art, elle immortalise aussi les œuvres de street-art qui «embellissent» certains murs de la capitale.

Insubmersible
Sa quête d’esthétisme, cette photographe autodidacte l’assume. «J’ai dû trouver un équilibre, entre céder totalement à l’esthétique et, de temps en temps, choisir de montrer autre chose, des personnes touchées par la pauvreté, ou tout simplement des quartiers pas très beaux. Beyrouth, c’est ça aussi». Ses photos montrent la réalité d’une ville en pleine effervescence, entre patrimoine en perdition et problèmes socioéconomiques. Elle qui voue un véritable amour à Beyrouth confie «savoir pourquoi (elle) aime cette ville, mais il y a plein de choses irrationnelles que je ne saurais expliquer». S’il n’y avait qu’un mot pour la qualifier? «Insubmersible». «Il y a une énergie dans cette ville, dans les gens».
Dans son livre, elle a rassemblé une sélection de clichés afin de «transmettre, garder une trace et de revivre les événements, comme un journal intime de Beyrouth». Et compte bien poursuivre ses pérégrinations beyrouthines, en espèrant toucher les Libanais, notamment ceux de la diaspora. Ce sont ses anciens «moi», dit-elle, elle qui a vécu une majeure partie de sa vie en dehors du Liban.

Jenny Saleh
 

Signature le 22 novembre, restaurant Liza, rue Doumani à Achrafieh, de 16h à 19h.

Le sociologue français Dominique Wolton a pu rencontrer le Pape François pour un dialogue aussi riche qu’inédit, portant essentiellement sur la politique et les problématiques de société. Magazine l’a rencontré avant sa venue au Salon du livre.

Dominique Wolton est aussi simple que ce qu’il qualifie le Saint-Père. C’est peut-être la clé pour s’adresser au pape François, «sans hypocrisie ni rigidité, deux choses qu’il déteste» selon le sociologue. Le chercheur possède cette rare spontanéité qui lui a sans doute permis d’obtenir 12 entretiens de 1h30 chacun avec le Souverain pontife. C’est à Santa Marta, la résidence officieuse du pape à Rome que les deux hommes ont pu échanger sans barrières ni tabous. Des confessions inédites, de l’écologie au mariage homosexuel en passant par la question migratoire.
 

Comment vous est venue l’idée d’interviewer le pape François?
Bien que de culture catholique, je n’ai pas abordé ce livre du point de vue religieux. Je me considère comme agnostique et ce qui m’intéresse, c’est la communication. J’étais intéressé par une question: comment l’Eglise, qui est une institution qui a tous les défauts du monde mais tout de même quelques qualités, était capable après Jean-Paul II (le cœur de l’Europe, la Pologne…) de prendre un pape argentin, le premier pape de la mondialisation, un Jésuite, et quelqu’un qui en à peine 6 mois s’est imposé dans le monde en ayant un discours extrêmement radical, certes classique de l’Eglise mais qu’on entend plus, de la part d’un pape: défendre les pauvres, les humiliés, les démunis, parler de la responsabilité des pays riches, parler de la paix et de la guerre (ce qui est l’enjeu de la mondialisation), dire que les immigrés sont nos frères, que Jésus en était un lui même… Des choses qui sont fondamentales dans les Evangiles. Je me suis demandé comment peut-il avoir cette liberté intellectuelle? Jean-Paul II était un Européen mondial, François lui
est un Latino, d’emblée dans la mondialisation et il ne parle pas comme un curé. Il ne parle pas religieusement mais de manière laïque.
Cela m’a donné envie de faire un livre d’entretien avec lui.

Comment se déroulaient les entretiens?
Après avoir envoyé un CV et le plan du livre, j’ai reçu 2 mois après un e-mail m’indiquant que le Saint-Père m’attendait, sans avoir eu de négociations au préalable. Je n’avais aucune idée du temps que cela allait prendre, ni si mon projet, mes questions allaient plaire au pape. In fine, nous avons réalisé 14 séances de 1h30 chacune… Ces dernières avaient lieu dans une pièce de 30 m2 au sein de sa modeste pension de Santa-Marta, derrière la Basilique Saint-Pierre. J’étais accompagné au départ d’un traducteur (les entretiens se déroulaient en italien) mais très vite je lui posais les questions en français car c’est une langue qu’il comprend parfaitement.

Que ressentez-vous au moment où vous avez le pape en face de vous?
Beaucoup d’émotion. J’étais angoissé mais cela s’est immédiatement bien passé. Je lui ai rapidement dit que je n’étais pas religieux mais un spécialiste de l’anthropologie politique et de la communication. François apprécie les intellectuels français et leur esprit de révolte. Moi-même n’étant ni Italien, ni curé, ni journaliste mais scientifique, cela lui a plu. Il ne prenait d’ailleurs même pas la peine de lire les questions que je lui envoyais à l’avance. Je pense que la rencontre intellectuelle est tout aussi importante que la rencontre humaine.

Qu’est ce qui vous a le plus marqué chez lui?
La foi. Vous me direz qu’on peut s’y attendre … mais pas forcément. Sa joie et une modestie invraisemblable. Il n’a aucune illusion sur l’homme, ou sur l’Eglise comme institution mais plutôt une confiance absolue. Une grande sérénité aussi, et ce même s’il est conscient qu’il bouleverse les codes de l’Eglise (non-condamnation des homosexuels, la présence de femmes à la Curie, la communion des divorcés remariés, dénonciation de l’inaction des pays riches à l’encontre des migrants etc.). Pour lui, l’accueil des migrants est une des priorités, il dit d’ailleurs que chaque homme doit avoir «trois T»: un toit, un travail, une terre. Imaginez la résonnance au niveau mondial … Il est doté d’une grande liberté d’esprit, et en cela il n’est pas classique.

Mais a-t-il conscience que son discours sur la question migratoire puisse irriter les pays d’accueil comme la France, ou le Liban qui est débordé…?
Le Liban est un cas exemplaire au niveau mondial avec plus d’un million et demi de réfugiés sur place. A l’inverse, l’Europe a un problème: elle n’accueille pratiquement personne alors qu’elle pourrait le faire. Oui, le pape a conscience qu’il choque, mais sa préoccupation principale est de soulever une indignation morale vis-à-vis du comportement des pays riches. François a une obsession: jeter des ponts, des ponts et encore des ponts. Pour lui, le premier pont, c’est serrer la main. Pas de rupture, pas de mur, pas de guerre. C’est le message qu’il adresse à l’Europe, être fidèle à ses valeurs, non seulement chrétiennes mais démocratiques et donc, par corollaire, accueillir les migrants. Certaines de ses propositions du 15 août 2017, notamment celle du regroupement familial vont dans ce sens. Il faut comprendre son raisonnement: pour lui, ce sont les pays riches qui créent les déplacements de populations, les réfugiés, la guerre et donc c’est à eux de recréer du développement, d’accueillir et de stopper l’exploitation des pays pauvres.

Est-il réaliste?
Il ne faut pas y voir une forme de naïveté, mais plutôt une remise des choses «au pied de l’Evangile». C’est d’ailleurs ce qu’il rappelle souvent, que nous sommes tous des réfugiés, Jésus le premier. Il se méfie des puissants et va au contact des gens.

 

La communication n’a-t-elle pas envahie sa mission principale? Lorsqu’il rentre de Lesbos avec trois familles de Syriens musulmans dans son avion, son omniprésence sur les réseaux sociaux…
Son rôle principal, c’est le contact humain. Je dirais que ceux qui lui reprochent un excès de communication sont ceux qui ne sont pas en accord avec ses théories, un peu de la même manière qu’en politique, il est beaucoup plus facile de s’attaquer à la communication autour d’une personnalité que sur le fond de ce qu’elle défend. Ce n’est pas de la communication, c’est en fait un message politique mais tiré de la spiritualité. C’est pour cette raison qu’il n’est ni de gauche ni de droite, parce que la spiritualité dépasse ces clivages. Il bouscule, et à l’occasion de la sortie du livre, je vois des réactions très favorables mais aussi hostiles. Il y a de l’anticléricalisme et de l’antipapisme, mais à mes yeux si la moitié des chefs d’Etat avaient la même façon de penser que lui, le monde n’en serait pas là.

Vous vous considérez comme agnostique. Voyez-vous les choses différemment?
En tout cas, cela ne peut pas vous laisser indifférent, dans le cas contraire, on ne serait pas normal. Cela marque forcément et m’a influencé. Même si j’ai déjà publié 3 livres d’entretiens et que j’ai l’habitude (Le spectateur engagé avec Raymond Aron, Le choix de Dieu avec le cardinal de Paris, Jean-Marie Lustiger et L’unité d’un homme avec Jacques Delors ndlr), cette fois-ci, le sentiment est plus fort car il y a une portée mondiale. François n’a aucune puissance en dehors de celle du verbe. C’est fascinant, car on est là au cœur de la communication politique, les mots, uniquement les mots. Les papes sont en général assez justes politiquement, mais quand François s’exprime, c’est unique. Les rencontres humaines se font sur plusieurs aspects, mais c’est sur le plan socio-historique que nous nous sommes rencontrés: l’horreur de la guerre, une vision mondiale des choses etc… Quant à l’aspect religieux, je verrais. Ce que je peux dire, c’est que s’il y avait dix chefs d’Etat qui avaient cette liberté, nous n’en serions pas là aujourd’hui.

Se pose-t-il la question de sa popularité?
Non, il ne s’en préoccupe pas. Il sait qu’il est très populaire mondialement et bien évidemment cela lui fait plaisir, les relations avec la Curie étant difficiles. D’une certaine manière, il fait un peu comme Jean-Paul II, il s’appuie sur l’extérieur pour essayer de faire bouger un peu l’intérieur. D’où son surnom de pape de la mondialisation et ses nombreux déplacements en Colombie, au Bangladesh … même s’il n’aime pas trop voyager. Il a quand même 80 ans. François est avant tout un spirituel et un pasteur. Mais il dit que si on ne tient pas compte de notre Terre-mère, tout va exploser. Donc, s’occuper de la sauvegarde de l’écologie, réduire les inégalités économiques et sociales, donner à manger à tout le monde, ce sont des conditions politiques pour que la spiritualité existe. En cela, il incarne une vraie rupture avec ses prédécesseurs.

Mais n’est-ce pas plus facile pour un pape d’avoir cette liberté d’esprit?
Les autres papes n’allaient pas aussi loin que lui dans le rappel des valeurs de la simplicité et de la pauvreté. Jean-Paul II dénonçait les inégalités moins directement mais sur un plan théologique, pas sur un plan sociopolitique. En plus, 50% des catholiques ne sont pas d’accord avec François. Il n’est pas naïf et en a conscience, il préfèrerait d’ailleurs qu’ils soient d’accord avec lui, mais il ne lâchera pas, notamment sur l’immigration. Pour lui, l’immigration est la figure de l’Homme.

Marguerite Silve (A Paris)

Nour Farra-Haddad a conçu une application très riche dédiée aux lieux saints, chrétiens comme musulmans, présents sur le territoire. Elle lance un appel aux dons sur une plateforme de crowfunding, Zoomal, pour financer cette application gratuite.
 

Pourquoi faire une application dédiée au tourisme religieux au Liban?
Docteure en anthropologie religieuse et consultante dans le domaine du tourisme depuis plus de 20 ans, je me suis particulièrement intéressée à la richesse du Liban en lieux de culte ainsi que la foi, les traditions et les rituels qui les animent. Au Liban, du nord au sud et d’ouest en est, oratoires, chapelles, monastères, mosquées, maqâms, mazars, grottes sacrées, ermitages témoignent de l’importance d’une géographie sacrée. Ajoutons à cela la cohabitation de 18 communautés religieuses sur notre sol, le fait que le Liban est cité 96 fois dans la Bible en tant que Terre sainte, l’éclosion de vocations menant à la sainteté, autant d’éléments qui en font un pays idéal pour le développement des pèlerinages et du tourisme religieux.

 

Quels sont les obstacles auxquels vous avez été confrontée?
Au cours du mandat de Michel Pharaon, j’étais la consultante officielle au ministère du Tourisme pour le tourisme religieux. J’ai travaillé étroitement avec son équipe pour développer une stratégie. Nous avons collaboré avec l’OMT pour organiser un grand événement au sanctuaire de Notre-Dame-de-l’Attente de Maghdouché (Saydet el-Manatara), en le positionnant sur la cartographie internationale du tourisme religieux, le 29 mai 2016. Dans la continuité, le ministre m’avait personnellement demandé de développer une application pour le tourisme religieux au Liban. Ce projet aurait donc dû être financé par le ministère mais malheureusement, le nouveau ministre, que j’ai rencontré en février dernier, n’a plus donné suite à mes demandes de rendez-vous et de soutien moral et financier. Je me suis tournée vers des mécènes et sponsors mais la question du religieux au Liban est très délicate. Beaucoup craignent des sensibilités même si ma démarche s’inscrit dans une approche pluriconfessionnelle et prêchant le vivre-ensemble et le dialogue interreligieux.

Pourquoi faire appel à une plateforme de crowfunding?
L’application, Holy Lebanon, est pratiquement prête à être mise en ligne mais il me reste à payer ses concepteurs et à organiser son lancement et son marketing. J’ai donc décidé de me tourner vers Zoomal, une plateforme qui encourage différentes initiatives innovantes au Moyen-Orient et permet la levée de fonds pour les mener à bout.

Que trouveront les utilisateurs sur Holy Lebanon? Sera-t-elle gratuite?
Ils trouveront des informations historiques et pratiques sur des centaines de lieux de culte chrétiens, musulmans et même juifs au Liban. Plusieurs rubriques présentent le Liban «Terre Sainte», ses mentions dans la Bible, ou encore une typologie des rituels chrétiens et musulmans. Des suggestions d’excursions et d’itinéraires sont aussi proposées pour les visites. Un calendrier des fêtes et des événements religieux décrit aussi la gastronomie en rapport avec les célébrations. Un volet pratique rassemble les types d’hébergement, de restauration dans le cadre des lieux saints, les attractions et activités, ainsi qu’une liste d’agences locales. Dans un souci réel de développement durable et pour l’amour du Liban, tous mes efforts de financement se concentrent pour permettre de proposer l’application gratuitement aux utilisateurs.

Jenny Saleh
 

Pour soutenir l’application:
http://www.zoomaal.com/p/holy-lebanon

 

 

Troisième manifestation la plus importante après celles de Paris et Montréal, Beyrouth accueille du 4 au 12 novembre la 24e édition du Salon du livre francophone. Il sera inauguré par Françoise Nyssen, ministre française de la Culture. Entretien.
 

Vous vous rendez au 24e Salon du livre de Beyrouth qui rend hommage cette année à Samir Frangié. C’est une première pour vous en tant que ministre de la Culture… Quel est votre état d’esprit?
Je m’y rends en tant que ministre chargée de la politique du livre, en soutien à nos auteurs et éditeurs français à l’international, mais également avec une ambition pour la francophonie. Cette dernière est une chance pour la France, elle pourrait être davantage animée et nous travaillons en ce sens. J’ai la conviction que l’amitié franco-libanaise pourrait jouer un rôle moteur dans cette aire linguistique.

 

En tant qu’ancienne éditrice, être ministre change-t-il votre regard sur le livre?
Je soutiens aujourd’hui ce secteur avec une grande détermination, non parce que je suis une ancienne éditrice, mais parce qu’il est l’une des grandes composantes de la vie culturelle de notre pays. Je soutiens d’abord ceux qui sont à sa racine: les écrivains, en défendant le droit d’auteur. En assurant le bon respect de la loi Lang sur le prix unique du livre, je soutiens aussi les éditeurs et les libraires.
Et je porte une politique pour le développement de la lecture, avec mon collègue du ministère de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer.

 

En quoi le Liban est-il une étape importante?
Le Liban fait partie des pays avec lesquels la France a développé des ponts culturels privilégiés, notamment sur le plan littéraire. Le Salon du livre de Beyrouth en est une illustration. Nous sommes très attachés à les entretenir, et à les nourrir. La culture en France est façonnée par cette ouverture aux autres cultures, aux autres langues, aux femmes et aux hommes nés ailleurs.


 

 

 

 

 

 

«L’amitié franco-libanaise pourrait jouer un rôle moteur dans cette aire linguistique, qu’est la francophonie»

 

 

 

 

 

Quel regard portez-vous sur la littérature libanaise et avez-vous des auteurs que vous appréciez particulièrement?
Je pourrais citer Salah Stétié, Wajdi Mouawad ou Amin Maalouf, mais il y en aurait tant d’autres à évoquer… La littérature libanaise est d’une extraordinaire richesse et d’une très grande diversité. Les liens avec la France sont déjà denses, beaucoup d’auteurs libanais, comme les trois que je viens de citer, y ayant des attaches particulières, et beaucoup d’auteurs français ayant, à l’inverse, développé une fascination pour le Liban. Mais je souhaite renforcer encore les échanges, et l’accès du public français à la littérature libanaise.

Vous avez placé la jeunesse au cœur de vos priorités. Quel message souhaiteriez-vous adresser à la jeunesse libanaise francophone?
Comme à la jeunesse de France, je rappellerais d’abord à la jeunesse du Liban que la vie culturelle de son pays lui appartient : poussez les portes des lieux culturels, écrivez, chantez, lisez, c’est vous qui donnez sens à la culture dont vous avez hérité, et qui façonnez celle de demain. Je voudrais ensuite dire aux jeunes Libanais francophones que la France est déterminée à faire de cette langue que nous partageons un vecteur d’échanges et de liens privilégié pour ce XXIème siècle.

Comment faire pour promouvoir davantage la francophonie?
La promotion de la francophonie passe par le rayonnement de la langue française dans le monde entier, auquel le ministère de la Culture s’emploie – aux côtés du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères – à travers le développement de son enseignement, des traductions, et de l’organisation de diverses manifestations culturelles qui mettent en valeur les créations francophones. Nous souhaitons amplifier ces actions, et aller plus loin. Comme l’a annoncé Emmanuel Macron à l’occasion de la foire du livre de Francfort, des initiatives pour la francophonie seront présentées en 2018.

Vous vous définissez comme une ministre des «travaux pratiques», qu’entendez-vous par là?
Une ambition culturelle ne se paye pas de mots : elle passe par des projets très concrets, qui répondent à des problématiques de terrain, et qui transforment le quotidien de nos concitoyens. Je pense par exemple au projet que nous portons pour les bibliothèques : elles sont le premier lieu culturel de proximité en France, avec une densité identique à celle des bureaux de poste, mais elles sont ouvertes à des heures auxquelles beaucoup de nos concitoyens travaillent. Nous avons donc entamé un travail avec les collectivités territoriales pour adapter ces horaires, en ouvrant par exemple davantage le weekend et en soirée. Je parle de « travaux pratiques » car je crois, à partir d’impulsions données au niveau national, au savoir-faire et au pouvoir de faire des acteurs du terrain.
 
Quels chantiers sont à venir?
Ma politique culturelle vise à redonner de la liberté à celles et ceux qui souffrent d’une forme d’exclusion ou d’un sentiment d’exclusion aujourd’hui en France. Cette exclusion se combat dès le plus jeune âge, c’est pourquoi l’un de mes chantiers prioritaires est la généralisation de la pratique artistique à l’école. Nous avons aussi lancé les travaux sur le Pass Culture de 500€ destiné à accompagner les jeunes dans l’entrée dans la majorité par l’accès à des biens et des sorties culturels et des cours de pratique artistique. Parmi les projets phares, nous travaillons aussi à une stratégie de revitalisation patrimoniale, notamment dans les zones rurales et les villes qui se dépeuplent. Et je suis très engagée, au niveau européen, pour défendre notre modèle et porter des projets fédérateurs. Tous ces chantiers suivent une ambition : contribuer par la culture à la construction d’une société toujours plus émancipatrice, plus juste, plus tolérante.

Jenny Saleh

Depuis le 25 février, les planches du théâtre Gemmayzé accueillent la pièce Liaisons dangereuses, adaptée, mise en scène et produite par Joe Kodeih.

On s’est tellement habitués à Joe Kodeih comme un «one man show» qu’on en est venu à oublier presque qu’il est, avant tout, un metteur en scène, un homme de théâtre, ce «concentré de vie», comme il le décrit, cet espace-lieu où «la vie devient meilleure, où elle prend forme comme notre fantasme le souhaite». A la question de savoir si ce théâtre-là lui a manqué, sa réponse fuse aussitôt: «Oui, sûrement, mais je n’ai pas lâché prise entre-temps», travaillant, rappelle-t-il, sur la pièce Rima et sur la mise en scène de Michel et Samir, même si ces deux spectacles s’inscrivent toujours dans le registre de la comédie.
En décidant d’adapter les Liaisons dangereuses, il a fait face à cette même réaction: pourquoi changer une formule gagnante, celle du «one man show», qui était une rémunération à tous les niveaux? Mais Joe Kodeih est retourné à son amour premier, le théâtre, et une pièce en particulier, la première qu’il a jouée de sa vie, en 1993: une adaptation estudiantine des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos dans laquelle il a interprété le rôle de Valmont. C’est donc tout simplement là que réside le pourquoi du comment de l’actuelle adaptation.

 

Un casting solide
Joe Kodeih passe ainsi à un autre registre, une pièce dramatique, même si elle contient des «étincelles de comédie», et même… des pas de danse dans une chorégraphie signée Mazen Kiwan. Merteuil, Valmont, Tourvel, Volanges, Danceny, interprétés respectivement par Bernadette Houdeib, Joe Kodeih, Solange Trak, Patricia Smayra et Bruno Tabbal effectuent cinq danses sur la scène du théâtre Gemmayzé, les personnages mythiques de l’un des plus célèbres romans épistolaires, devenus des symboles, et qui se présentent là dans une adaptation à la fois libanisée et fidèle à l’esprit littéraire du texte, pour en garder intacte son âme, comme l’a voulu Kodeih, plaçant ainsi l’action dans un contexte atemporel, puisqu’il n’y ait pas fait mention du lieu où ça se passe, en France ou au Liban. Dans cette adaptation, un vrai travail de réécriture, le livre garde son titre original, devenu Gharam wa intikam en arabe. Idem en ce qui concerne les noms des personnages qui restent le point central de l’œuvre, puisque Kodeih et son équipe ont effectué une étude développée de leurs personnages, à tous les niveaux, tout aussi bien psychologique que sémiologique et autres.
Joe Kodeih compte sur son casting qu’il estime «très solide» pour tenir le spectacle de bout en bout et tenir, par-là, la concentration du spectateur, pour que ce dernier ne perde pas le fil conducteur de la pièce. A savoir, d’une certaine manière, le rôle de Danceny, puisque tout se passe dans la tête de l’amoureux de Cécile de Volanges, celui qui, au final, a tué Valmont. C’est que le plus important pour Kodeih est que «le spectateur puisse théâtralement suivre et comprendre jusqu’à la fin ce qui se passe sur scène, qu’il parvienne à se concentrer sur la trame et à garder le fil conducteur des événements. Cela n’est pas facile puisqu’il y a une quinzaine de tableaux, il faut donc que je l’aide un peu». Est-ce donc une pièce difficile? «Très accessible, précise-t-il, mais très juteuse. Chaque scène, même si on pourrait croire qu’elle n’est qu’une sorte de lien entre deux grands moments, eh bien non, le moindre détail a été étudié».

 

Au public de décider
Mis à part cet espoir précis, qui ne peut être que le résultat d’un travail rigoureux, Joe Kodeih n’a pas d’attentes particulières de la part du public libanais. «J’ai fait des succès fous et j’ai joué à guichets fermés pendant des mois. Certes, c’est le but de chaque acteur, metteur en scène, producteur, mais je n’ai jamais travaillé de sorte à attirer le public. Si j’ai dix spectateurs ou des salles combles, la qualité de mon travail ne va pas changer. Et à dire vrai, j’ai écrit dans le passé des pièces qui, à mon sens, avaient une valeur dramaturgique, avec seulement une vingtaine de spectateurs dans la soirée, alors que des pièces, que j’estimais être plus légères, ont cartonné. Récemment, on voit sur le marché au Liban l’effet du marketing sur le succès de tel ou tel spectacle. Je respecte cela, mais je suis loin de jouer le jeu. Je fais mon marketing, certes, je travaille d’une manière très agressive, mais avec beaucoup d’amour. Mon but est de faire du théâtre et c’est au public de décider s’il va venir ou pas. Dans le temps, il n’y avait pas Facebook, c’était juste le bouche à oreille; la première semaine, il n’y avait presque personne et puis on jouait durant des mois, et le public s’asseyait par terre».

Nayla Rached

Informations et réservations: Librairie Antoine ou au (76) 409 109.

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Éditorial
La perception compte que la réalité

La première année du sexennat du général Michel Aoun, élu le 31 octobre 2016 après deux ans et demi de vacance à la première magistrature de l’Etat, vient de s’achever. Partisans et détracteurs du mandat avancent des bilans tellement contradictoires qu’on a l’impression qu’ils ne parlent pas du même pays. Les fidèles du chef de l’Etat égrènent une longue liste de «réalisations», qui n’auraient pu être concrétisées sans la présence, au palais de Baabda, d’un «président fort». Les réussites du mandat vont de l’adoption d’une nouvelle loi électorale introduisant le mode de scrutin proportionnel et le vote des émigrés, à la bataille de l’«Aube des jouroud», qui a permis la libération, par l’armée libanaise, du territoire des groupes terroristes, en passant par les nominations administratives, militaires, sécuritaires, diplomatiques et juridiques, bloquées depuis des années. Au crédit du chef de l’Etat, également, le renforcement de la sécurité préventive, qui a épargné au pays de nombreux attentats, la condamnation à mort d’Ahmad el-Assir et d’autres extrémistes, dont les procès avançaient au ralenti à cause de l’absence d’une volonté politique. Sur le plan économique et social, les partisans du mandat soulignent le vote du budget 2017, après 12 ans de dépenses selon la douzième provisoire – qui autorise toutes sortes d’abus –, et l’adoption de l’échelle des salaires dans la fonction publique, qui renforce le pouvoir d’achat de dizaines de milliers de familles. Dans le bilan des contempteurs du mandat, ces «réalisations» ont cédé la place à une interminable liste de fiascos, d’échecs et de défaillances. «L’Etat est en déliquescence», déplore l’ancien Premier ministre Nagib Mikati, qui se livre dans les colonnes de Magazine à un réquisitoire au vitriol contre le pouvoir actuel (voir page 16). Pour les détracteurs du président Aoun, les nominations ne sont qu’un partage du gâteau entre les partenaires de la coalition gouvernementale. Plus qu’une faute, l’échelle des salaires serait un péché, selon eux, car son financement impose des charges et des taxes supplémentaires aux chefs d’entreprises, aux sociétés, à la classe moyenne et les catégories les plus démunies. Le vote du budget n’est en aucun cas une source de fierté, car il s’agit de l’année fiscale écoulée, et déjà le gouvernement a dépassé les délais constitutionnels dans l’examen et l’approbation du budget 2018. De plus, la loi fondamentale votée au Parlement permet de mesurer la gravité du phénomène du gaspillage des deniers publics, avec des centaines de milliards de livres qui partent en fumée entre les administrations publiques, les dépenses inutiles et les fonds secrets (voir page 34). Entre ces deux descriptions antagonistes du Liban, il y a la perception qu’ont les Libanais de leur pays. Rares sont ceux qui ont le sentiment que leur vie s’est améliorée d’une année à l’autre. La tâche qui attend le mandat est tellement titanesque, que les réalisations accomplies, aussi importantes soient-elles, n’ont que très peu pesé dans le jugement que les Libanais se font des conditions et de la qualité de leur vie.


 Paul Khalifeh
   

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