Culture
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Nº 3098 du vendredi 1er février 2019

Culture

Persona Productions accueille, du 21 au 24 février, au théâtre Monnot, la pièce La main de Leïla, un texte d’Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker, qu’ils interprètent accompagnés d’Azize Kabouche. Magazine s’est entretenu avec le metteur en scène Régis Vallée.

 

Initialement comédien, il s’agit là de votre première mise en scène. Pourquoi avoir franchi le pas?
Artistiquement parlant, j’ai très vite eu envie de m’essayer à la mise en scène, mais je suis plutôt du genre «diesel», et je dois avouer que j’appréhendais énormément de franchir le pas. Lorsque Aïda et Kamel m›ont proposé la mise en scène de La main de Leïla, c’est comme s’il y avait un alignement des planètes. Le texte me plaisait. Les deux co-auteurs étaient des amis de longue date. Je les savais exigeants, engagés et je pressentais qu’une confiance sans faille allait nous unir. A posteriori, je peux vous dire que ce travail m’a littéralement passionné. Je souhaite continuer le magnifique métier de comédien et je me régale déjà à l’idée de pouvoir m’atteler à une nouvelle mise en scène!

On évoque une mise en scène de bric et de broc. Pourquoi ce choix?
Le texte va à 100 à l’heure et change continuellement de lieux. Je préférais donc un décor vif et astucieux plutôt qu’un décor lourd et non-modulable qui aurait empêché le spectateur de voyager. Avec Philippe Jasko, le scénographe, nous voulions un décor avec un esprit «récup’», où les objets ont une seconde vie. Au théâtre, j’adore le côté «bouts de ficelle»; il invite le spectateur à faire confiance et à développer son imagination.

Comment s’est passée la direction d’acteurs?
Les trois comédiens n’ont pas une minute pour souffler! Non seulement, ils donnent vie à une dizaine de personnages, mais ils doivent aussi gérer les multiples changements de costumes et de décors. Il s’agissait de chercher pour la composition de chaque personnage une voix ou un corps qui puisse le rendre immédiatement identifiable, tout en restant crédible et sincère. Il s’agissait surtout de rendre l’ensemble fluide, rythmé et passionnant. Pour ce faire, j’ai eu la chance d’être face à trois merveilleux acteurs généreux, tenaces et impliqués. Mon bonheur, c’est qu’après bientôt 200 représentations, ils prennent toujours autant de plaisir à nous raconter cette magnifique histoire. Ce plaisir est communicatif!

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le texte d’Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker?
Le texte comporte mille contraintes, donc mille défis: une foultitude de personnages, un rythme effréné, un enchaînement de scènes intimistes et amoureuses avec des scènes très drôles. Ce sont les contraintes qui nous obligent à trouver des solutions créatives. Au-delà de la forme, j’ai été attiré par les thématiques universelles du texte: l’amour, l’amitié, la famille, les révolutions, le cinéma, la jeunesse... Ce spectacle a beaucoup voyagé en dehors de la France métropolitaine. Il est émouvant pour nous de constater qu’il peut toucher les publics en Suisse, aux Etats-Unis, au Maroc, à la Réunion, à Tahiti...et au Liban j’espère!


Bienvenue au Haram Cinéma
1987, Sidi Fares, un petit village proche d’Alger. Dans un garage secrètement transformé en salle de spectacle, Samir, sans le sou, raconte les scènes du cinéma américain, censurées par l’Etat. Ici, deux règles: l’identité de Samir est secrète et les femmes sont interdites. Mais un jour, Leïla, la fille d’un puissant colonel, déguisée en garçon, se glisse dans le public. Entre elle et Samir, naîtra une histoire d’amour impossible. Dans le contexte sociopolitique perturbé de l’Algérie de 1988, ils s’échappent grâce au cinéma. Mais leur histoire est semée d’embûches.

Nayla Rached

Critiquée, prise à partie, Léa Salamé ne s’est jamais départie de son caractère bien trempé, et son ascension dans les médias français n’en fut pas moins fulgurante. Elle s’occupe de la matinale de France Inter, et sur France 2, de L’Emission politique, ainsi que du magazine culturel Stupéfiant. Travailleuse acharnée, Léa sait aussi surprendre, séduire, ou dérouter…
Léa Salamé, qu’avez-vous de Libanais? Sa réponse fuse spontanément. «Le fait de parler avec les mains, le fait d’être excessive, un peu, une certaine sensibilité… Les Français, quand ils me connaissent et qu’ils m’aiment bien, disent que j’ai le charme libanais, le charme de l’Orient. Ça fait pas mal de choses!».
Star de la radio et du petit écran en France, la plus Libanaise des Parisiennes trouve toujours le temps, malgré un agenda surchargé, de maintenir le lien avec son pays natal en revenant aux sources au moins une fois par an. «C’est mon minimum. J’y ai des attaches d’abord familiales, mes oncles, tantes, cousines sont là. En dix jours de vacances de Noël, j’ai vu toute la famille. Il est aussi important pour moi de ressentir la terre où est enterrée ma grand-mère qui, je crois, me porte. Et puis je ne sais pas comment le dire, à la seconde où je sors de l’aéroport, je me prends un shoot d’air qui m’est familier, quelque chose qui remue les tripes. J’ai un rapport assez apaisé avec mes origines, avec le Liban. C’est-à-dire, j’en suis fière. J’ai besoin de revenir et en même temps, je suis bien en France!».
Pourtant, à l’âge de l’adolescence, cette double appartenance l’avait quelque peu déroutée. «Je suis quoi? Je suis Libanaise? Française? Chrétienne? Ajoutez l’Arménie dont ma mère est originaire». Mais l’un de ses oncles a recours à la métaphore du millefeuille pour la rassurer. Cela la porte plus tard à prendre conscience que «toutes ces identités sont les multiples feuilles qui me composent et elles ne sont pas forcément en conflit!».

BOURREAU DE TRAVAIL ASSUMéE
A-t-elle été orientée au départ par son père, l’ex-ministre libanais de la Culture et professeur à Sciences Po Paris, dans son parcours d’étudiante et de journaliste? «Pas du tout», dit-elle d’un ton ferme. S’il est vrai que Ghassan Salamé a été très exigeant avec ses deux filles Léa et Louma en matière d’éducation, «dur même, et il l’assume!», il leur a, d’un autre côté, laissé l’entière liberté de faire chacune ses propres choix. «Il ne nous a orientées en rien. Mais il nous a endoctrinées quasiment sur l’importance du travail, dès notre plus jeune âge. Il voulait que l’on soit des femmes qui s’assument financièrement». La journaliste souligne une certaine forme de contradiction entre une éducation à l’orientale, et cette vision moderne et occidentale que son père a de la femme qui prend son destin en main.
Sujette à controverse à cause de son style direct, la vedette du petit écran et de la radio qui continue à collectionner les prix – élue meilleure intervieweuse en 2015, elle serait selon un sondage récent la voix féminine préférée des Français – se défend d’avoir la baraka.
«Il est vrai que jusque-là, ma carrière suit une courbe ascendante, mais je suis quelqu’un d’inquiet. Je ne pense pas être quelqu’un qui est arrivé et que ça ne va jamais s’arrêter! Il y a la peur que le bonheur t’échappe, que la baraka te quitte, se barre… Le succès apaise un peu, je ne vais pas mentir. Il apaise les failles, les doutes, mais à presque 40 ans, je les ai toujours».
À ceux qui disent que la montée en flèche de sa carrière lui monte à la tête, la rend agressive, elle répond sans hésiter. «Montée à la tête? Je ne sais pas qui dit ça! Ça veut dire se prendre pour la reine du monde! Je ne crois vraiment pas. Mes amis d’enfance trouvent que je n’ai pas changé, je suis la même, voire plus cool. Sur l’agressivité, il s’agit de critiques que je me prenais il y a trois/quatre ans, je m’en prends beaucoup moins maintenant, parce que j’ai entendu les critiques et que j’ai arrondi les angles… Je montre moins les dents là, c’est plus en douceur».
Léa reconnaît être workaholic, mais ajoute sur un ton badin: «J’essaie de me soigner! Je pensais que l’arrivée de mon bébé – Gabriel, 18 mois – me calmerait, mais ça va venir!». Debout à 5h00 du matin pour être à France Inter à 6h00, à l’antenne de 7h à 9h, elle réalise deux interviews, participe à des réunions pour la préparation de la grande émission politique sur France 2, et enchaîne avec deux tournages hebdomadaires pour l’émission culturelle Stupéfiant. «C’est non stop, assez dur comme rythme mais je ne vais pas me plaindre, parce que j’ai choisi».
Entre politique et culturel, sa préférence est variable. «Tout dépend de l’actualité. L’année présidentielle, je prenais plus de plaisir à la politique, l’année suivante, avec la domination d’Emmanuel Macron, il n’y avait plus aucun intérêt à la politique française. Depuis cet été, avec la succession des affaires, l’affaire Benalla, les démissions de Nicolas Hulot, de Gérard Collomb, les gilets jaunes… la politique de nouveau me passionne».
Quant à l’actualité au Liban, elle dit la suivre comme tout Libanais de la diaspora, et qualifie l’imbroglio politico-confessionnel de «triste». «Je suis évidemment très attentive aux grands mouvements régionaux en Syrie, en Irak, en Arabie, au Liban etc., tout l’aspect géostratégique, mais pour ce qui est de la politique libanaise inside, je connais les problèmes et observe les mouvements de la société civile, je m’étonne et me demande pourquoi elle n’arrive pas à marquer plus de points…».

RIGUEUR ET INDéPENDANCE
Si la problématique des fake news constitue une vraie question pour Léa qui défend avec fougue les journalistes qui font des enquêtes en profondeur, elle avoue cependant ne pas savoir si l’adoption d’une loi pourra changer la donne. «Quand je vois l’impact des «conneries» relayées sur les réseaux comme des vérités vraies! C’est la première fois que l’information et l’actualité sont à ce point menacées par certains qui s’arrogent le droit d’informer, qui peuvent mentir et présenter le mensonge avec une telle conviction que tu peux croire que c’est la vérité».
Cette redoutable intervieweuse respecte une ligne de conduite rigoureuse du point de vue professionnel. «Je ne déjeune jamais avec des hommes ou femmes politiques, je ne prends pas de café avec eux et du coup, je n’ai aucun ami dans la classe politique, je ne veux pas en avoir et je tiens ces gens à distance au maximum. J’essaie d’observer une certaine neutralité. Il y a des éditorialistes qui donnent leur opinion, c’est un métier. Le mien consiste à poser des questions», et pour cela elle jouit d’une pleine liberté, «à 1 500%!».
Confrontée à toutes sortes de réactions de la part du public, Léa Salamé a appris à gérer lorsque certains commentaires se font déstabilisants ou hargneux. Quand elle officiait dans On n’est pas couché, l’émission du samedi soir de Laurent Ruquier, la jeune chroniqueuse se sentait touchée au plus profond d’elle-même par les tweets malveillants ou agressifs. «Sous couvert d’anonymat, vous pouvez ouvrir votre ordinateur et insulter les gens».
C’est Ruquier qui l’a rassurée en lui disant qu’il ne fallait pas s’en faire, c’est marginal, ce sont souvent des militants. «Mais, poursuit- elle, Twitter est aussi mon réseau social parce que c’est aussi une source d’informations».
Le monde actuel, selon Léa Salamé, fait face à trois fléaux majeurs, le réchauffement climatique étant le premier, «ça va nous péter à la gueule, selon le Giec, d’ici 12 à 30 ans. Je suis une récente convertie à l’écologie. Pour avoir beaucoup lu sur le sujet, je sais, aujourd’hui que c’est gravissime!». Le deuxième problème concerne l’immigration, si difficile à traiter et qui touche beaucoup l’Europe. La montée des populismes constitue le troisième danger auquel il faut faire face. En Europe et ailleurs. Léa cite les cas du Brésil, de la Pologne, de l’Italie… «La montée des populismes et le repli identitaire nationaliste sont, je ne dirais pas un nouveau danger, mais ils peuvent représenter un aspect inquiétant. Il faut donc traiter la question de l’émigration qui encourage les populismes dans la mesure où l’un des facteurs de cette montée est la crise identitaire que traverse l’Europe, où on note une peur généralisée de l’autre. Gérer cette peur va être le grand défi pour les gouvernements dans les années à venir».
En 15 ans de carrière, Léa Salamé a eu et a toujours l’occasion de rencontrer des stars, des personnalités politiques, des présidents… Quels sont ceux qui l’ont le plus impressionnée? «Impressionnée, je ne sais pas! Qui m’a touchée le plus?, c’est Alain Delon quand je l’ai emmené pour mon émission Stupéfiant à Palerme, revoir le palais où il avait tourné Le Guépard, 56 ans plus tôt, et où il n’était jamais revenu. Il était extrêmement ému… Récemment, j’ai été impressionnée par ce moment où Nicolas Hulot a démissionné en direct à la radio. Il n’en avait pas parlé en entrant au studio, et il m’a sorti ça! La surprise est tellement immense à ce moment, que vous ne savez plus comment réagir! J’ai d’ailleurs réagi en disant: «mais vous êtes sérieux?», comme s’il était venu pour faire une blague. C’était un peu bête, mais on était déstabilisés». Par ailleurs, la voix préférée des Français apprécie Fabrice Luchini qui a «cet art de parler, ce talent merveilleux d’exprimer et de transmettre la note juste d’un texte littéraire. L’homme est sympathique aussi, difficile à apprivoiser, mais comme je l’ai interviewé plusieurs fois, j’ai fini par bien le connaître. Notez que je n’ai cité aucun homme politique!», ajoute-t-elle amusée.
De quoi peut-on encore rêver, quand on s’appelle Léa Salamé? «Je savais ce que je voulais et je suis allée le chercher, je suis quelqu’un qui était beaucoup dans le contrôle de soi, dans la planification… Depuis que j’ai eu mon fils, que je vais sur mes 40 ans, j’ai envie de ne plus planifier. Si vous voulez me souhaiter quelque chose, souhaitez-moi des surprises. Je veux me laisser surprendre et que la vie décide».

Ghada Baraghid

Sa voix est identifiable entre mille. Fanny Ardant reprend, seule en scène, Hiroshima mon amour, d’après le scénario écrit par Marguerite Duras pour le film d’Alain Resnais, adapté et mis en scène par  Bertrand Darcos. Une performance proposée par l’Institut français du Liban, le 28 février à l’hôtel al-Bustan. L’immense actrice s’est confiée à Magazine sur ses choix artistiques, ses envies, sa carrière.

Marguerite Duras tient une place particulière dans votre répertoire au théâtre. Vous avez déjà interprété sur scène La musica deuxième, La maladie de la mort, L’été 80, et maintenant Hiroshima mon amour. En quoi les écrits de Duras vous touchent-ils particulièrement?
J’aime tout ce que dit Marguerite Duras et comment elle le dit, son style, sa forme toujours précise, poétique, forte. Sa réflexion sur le monde et l’Amour est libre, audacieuse, innovatrice, sans peur des jugements.

Comment s’empare-t-on d’un texte aussi mythique que celui d’Hiroshima mon amour, qui a marqué l’histoire du cinéma?
Quand j’aime un texte, j’y rentre toujours en lui faisant confiance. Comme dans la musique, je respecte sa partition et tout s’éclaire en le disant. Je trouve la respiration, le rythme et le ton en l’écoutant en moi. Les mots sont comme des pierres jetées qui font soit une cathédrale, soit un mur, soit un puits.

Quelle impression aviez-vous gardé du film? Cela vous a-t-il guidé pour votre interprétation, ou avez-vous préféré faire table rase et proposer autre chose?
J’ai vu le film d’Alain Resnais très jeune, trop jeune peut-être. Je n’ai pas tout compris mais j’ai été fascinée par les plans, le ton, la liberté et l’obsession. Mais en jouant ce texte, je n’ai jamais pensé au film. Je l’ai pris comme s’il avait été écrit pour moi.

Seule sur scène avec les mots de Duras, vous retrouvez Gérard Depardieu, avec qui vous avez souvent tourné, qui intervient en voix off. Etait-il le partenaire idéal pour vous accompagner sur ce texte?
Oui. Gérard Depardieu est durassien par sa voix douce, intense, intelligente, par son âme qu’on écoute grâce à sa vibration, sa simplicité, sa vérité. Gérard est l’acteur avec qui j’aime le plus jouer. On ne joue plus, on vit.

Y a-t-il une résonnance particulière pour vous de venir interpréter Hiroshima mon amour au Liban, un pays que vous connaissez pour y avoir déjà joué?
Ce texte résonne partout avec force. Il concerne le monde entier. Au Liban, qui a vécu la guerre il n’y a pas si longtemps, ce que dit Marguerite Duras sera peut être encore mieux compris sur le danger de l’oubli, qui hélas, appartient aux êtres humains. Venir au Liban est une joie. J’aime ce pays – et les Libanais – pour la richesse et la complexité de son histoire, son courage, sa résistance, sa générosité et la chaleur de son accueil. J’écoute souvent Fairouz et son hymne d’amour à Beyrouth. Sa voix donne envie de vivre quoi qu’il arrive.

Vous alternez cinéma d’auteur, comédies populaires, théâtre, vous avez aussi réalisé trois films et mis en scène une pièce au Châtelet. Dans quel domaine vous retrouvez-vous le plus?
J’aime tout. Mon unique luxe dans la vie a été de ne faire que ce que j’aimais. Je suis une actrice avant tout. Mon plaisir de jouer est intact et je suis prête à toutes les nouvelles aventures. J’ai toujours écrit les films que j’ai tournés quand j’étais en train de jouer au théâtre: les longues après-midi avant la levée du rideau. J’aime habiter des univers différents.

Vous allez aussi mettre en scène Lady McBeth à l’Opéra d’Athènes. Pourquoi ce choix?
Je vais mettre en scène l’opéra Lady Macbeth du district de Mtzenk» à Athènes au printemps. On m’y a invitée et j’ai choisi cet opéra de Chostakovitch par amour de cette œuvre, le livret, la musique, ce que ça raconte: comment vivre libre et savoir en payer le prix.

Vous avez tourné avec les plus grands, au cinéma, comme au théâtre. Qu’est-ce qu’un rôle doit avoir pour vous séduire?
C’est difficile de le savoir avant. C’est «l’obscur objet du désir». C’est l’envie irrésistible de vivre un personnage. Une heure avant de lire un scénario on ne sait rien, une heure après on sait tout.

Vous qui aimez jouer des rôles de femmes fortes, parfois fragiles, quelles sont les femmes, aujourd’hui, qui vous rendent admirative?
Toutes les femmes anonymes qui restent libres de penser et d’agir sans rentrer dans des ghettos, qui n’attendent pas les lois pour exister.

Jenny Saleh

Avant même d’être joués à Paris en mai prochain au théâtre du Lucernaire, Les Carnets de Camus, qui firent un tabac au Festival off d’Avignon l’été dernier, seront présentés du 8 au 10 février au théâtre du Boulevard. 
 

Ce sera le premier spectacle international à être présenté dans ce nouveau théâtre. 62 events by Josyane Boulos, a choisi de faire venir ce spectacle au Liban parce qu’elle «l’a accompagné depuis sa naissance, amicalement» et que «les Libanais francophones aiment Camus», et peut-être l’Etranger, les Noces… et la résilience. Retrouver Albert Camus, c’est redécouvrir l’universel, la beauté du monde, sa fragilité, le sens de l’engagement et de l’action, la combativité et les doutes, la puissance de la nature et du corps. Retrouver Camus, c’est revenir à l’essentiel.
Le spectacle parcourt, pendant 1h20, des moments de la vie de l’écrivain et de sa pensée, exigeante. Récits, citations, traits d’esprit emmènent le spectateur dans l’esprit de Camus, ses souvenirs, ses contradictions, ses voyages entre l’Italie, la Grèce, Algérie, le Brésil, Paris sous l’Occupation et à la Libération, la Guerre Froide, etc. Les Carnets sont des notes qui ont accompagné sa vie depuis mai 1935 jusqu’en décembre 1959, quelques jours avant son décès. «Ils interrogent son époque et ses débats brûlants dont beaucoup rejoignent d’ailleurs les nôtres», observe le comédien et metteur en scène Stéphane Olivié Bisson. Dans ces Carnets, publiés de manière posthume, l’écrivain, curieux de tous et de tout, se confronte au monde et à lui-même.

UN INVINCIBLE ÉTÉ
Stéphane Olivié Bisson, qui a lui-même adapté le texte et mis en scène le spectacle avec la collaboration artistique de Bruno Putzulu, se dit un «ami invisible» d’Albert Camus, tant il s’est plongé dans l’œuvre de l’écrivain et tant il s’y reconnaît par différents aspects. Camus «réussit à dire sous une forme claire ce que nous portons en nous de manière confuse» relève-t-il. «Par ailleurs, ses thèmes, ses origines familiales, son milieu social, tout cela raisonne particulièrement pour moi». Ainsi, Bisson met-il en scène Caligula au Théâtre de L’Athénée à Paris en 2010 — avec Bruno Putzulu dans le rôle-titre — la pièce tournera par la suite pendant trois saisons.
Si le comédien et metteur en scène affectionne les écrivains qu’il porte au théâtre comme Albert Camus, Stefan Zweig par exemple dans La pitié dangereuse, ou Harold Pinter dont il s’apprête bientôt à mettre en scène l’Amant, et s’il incarne en tant qu’acteur des classiques comme ceux de Tennessee Williams, Goldoni, il se penche aussi sur des textes plus actuels comme Quatre Heures à Chatila de Jean Genet qu’il a recréé avec l’actrice libanaise Carole Abboud; Yalla Bye! de Cléa Petrolesi et Raymond Hosni ou encore Anquetil tout seul, joué au Liban en novembre dernier. Le comédien est un familier du pays du cèdre, il a notamment joué dans Littoral de Wajdi Mouawad. «Le Liban est un ces lieux rares sur la planète où je me sens naturellement à ma place, sans effort, comme en accord secret alors que rien ne m’y relie objectivement» dit-il. C’est pour «découvrir au milieu de l’hiver, un invincible été» qu’il faut aller voir Les Carnets. Cette phrase, bien connue des lecteurs de Camus, est au cœur de la démarche de l’acteur et metteur en scène.

Nicole Hamouche

Persona Productions accueille, du 21 au 24 février, au théâtre Monnot, la pièce La main de Leïla, un texte d’Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker, qu’ils interprètent accompagnés d’Azize Kabouche. Magazine s’est entretenu avec le metteur en scène Régis Vallée.

 

Initialement comédien, il s’agit là de votre première mise en scène. Pourquoi avoir franchi le pas?
Artistiquement parlant, j’ai très vite eu envie de m’essayer à la mise en scène, mais je suis plutôt du genre «diesel», et je dois avouer que j’appréhendais énormément de franchir le pas. Lorsque Aïda et Kamel m›ont proposé la mise en scène de La main de Leïla, c’est comme s’il y avait un alignement des planètes. Le texte me plaisait. Les deux co-auteurs étaient des amis de longue date. Je les savais exigeants, engagés et je pressentais qu’une confiance sans faille allait nous unir. A posteriori, je peux vous dire que ce travail m’a littéralement passionné. Je souhaite continuer le magnifique métier de comédien et je me régale déjà à l’idée de pouvoir m’atteler à une nouvelle mise en scène!

On évoque une mise en scène de bric et de broc. Pourquoi ce choix?
Le texte va à 100 à l’heure et change continuellement de lieux. Je préférais donc un décor vif et astucieux plutôt qu’un décor lourd et non-modulable qui aurait empêché le spectateur de voyager. Avec Philippe Jasko, le scénographe, nous voulions un décor avec un esprit «récup’», où les objets ont une seconde vie. Au théâtre, j’adore le côté «bouts de ficelle»; il invite le spectateur à faire confiance et à développer son imagination.

Comment s’est passée la direction d’acteurs?
Les trois comédiens n’ont pas une minute pour souffler! Non seulement, ils donnent vie à une dizaine de personnages, mais ils doivent aussi gérer les multiples changements de costumes et de décors. Il s’agissait de chercher pour la composition de chaque personnage une voix ou un corps qui puisse le rendre immédiatement identifiable, tout en restant crédible et sincère. Il s’agissait surtout de rendre l’ensemble fluide, rythmé et passionnant. Pour ce faire, j’ai eu la chance d’être face à trois merveilleux acteurs généreux, tenaces et impliqués. Mon bonheur, c’est qu’après bientôt 200 représentations, ils prennent toujours autant de plaisir à nous raconter cette magnifique histoire. Ce plaisir est communicatif!

Qu’est-ce qui vous a attiré dans le texte d’Aïda Asgharzadeh et Kamel Isker?
Le texte comporte mille contraintes, donc mille défis: une foultitude de personnages, un rythme effréné, un enchaînement de scènes intimistes et amoureuses avec des scènes très drôles. Ce sont les contraintes qui nous obligent à trouver des solutions créatives. Au-delà de la forme, j’ai été attiré par les thématiques universelles du texte: l’amour, l’amitié, la famille, les révolutions, le cinéma, la jeunesse... Ce spectacle a beaucoup voyagé en dehors de la France métropolitaine. Il est émouvant pour nous de constater qu’il peut toucher les publics en Suisse, aux Etats-Unis, au Maroc, à la Réunion, à Tahiti...et au Liban j’espère!


Bienvenue au Haram Cinéma
1987, Sidi Fares, un petit village proche d’Alger. Dans un garage secrètement transformé en salle de spectacle, Samir, sans le sou, raconte les scènes du cinéma américain, censurées par l’Etat. Ici, deux règles: l’identité de Samir est secrète et les femmes sont interdites. Mais un jour, Leïla, la fille d’un puissant colonel, déguisée en garçon, se glisse dans le public. Entre elle et Samir, naîtra une histoire d’amour impossible. Dans le contexte sociopolitique perturbé de l’Algérie de 1988, ils s’échappent grâce au cinéma. Mais leur histoire est semée d’embûches.

Nayla Rached

Publié aux Éditions Noir blanc etc…, Last seen de Bélinda Ibrahim est un livre atypique, qui prend aux tripes, à l’image d’une écriture comme un cri du cœur qu’on ne peut plus retenir. Un récit qu’on lit d’une seule traite, l’émotion tout près du cœur.
 

«Le jour où (Bélinda Ibrahim) a appris que l’homme que le destin a éloigné (d’elle) était atteint d’un cancer métastasé, cela (lui) a fait l’effet d’un poignard planté en plein cœur». Ne voulant pas laisser le dernier mot à la mort, elle écrit, comme un hommage à un être qui fut «l’un des murs porteurs de (sa) vie». Last seen est l’histoire d’un amour qui s’est avéré être impossible en raison des tours et détours du destin, de «l’impitoyable arrogance d’une jeunesse qui se pensait éternelle». Last seen est, comme le dit son auteure, «un jet de mots spontanés livré au gré des aller-retour des souvenirs d’une femme qui observe, à l’aune de sa vie désormais crépusculaire, le déroulement de ce qu’elle fut, il y a quelques décennies».
On pénètre dans la lecture de Last seen sans savoir à quoi s’attendre, entre plongée dans l’intime et portée universelle. Très rapidement, le lecteur, à son insu, est emporté dans le tourbillon des mots et des sentiments, dévorant d’une seule traite la centaine de pages qui composent l’ouvrage. On est en 1981. Sur fond d’une «guerre incivile» qui fait rage au Liban, les deux protagonistes se rencontrent. Il a fallu «une fraction de seconde. Pas plus», pour que le coup de foudre fut. On pourrait se croire dans un conte de fées, mais la blessure est bien profonde, elle se suit dans chaque mot, chaque silence, dans l’absence de l’être aimé. Elle est chevillée à même l’écriture, jaillie des tripes, du plus profond de soi, de là où la déchirure est encore béante. Composé de 17 chapitres courts, auréolé chacun d’un titre d’une police différente en italique, (dont on découvrira le mystère à la fin du livre), Last seen est d’une force poignante, bouleversant par son authenticité et par l’audace de son auteure.

UN CRI INTIME

Qu’il les connaisse ou non, dans la vie, dans la ville, le lecteur se sent proche des protagonistes. C’est ce que l’auteure a réussi à faire: transposer la réalité des personnes pour en faire des personnages de roman, qui se meuvent indépendamment de toute réalité, de toute correspondance avec la vie d’ici, comme pris dans un tourbillon de fièvre créatrice et illuminée. On guette le moindre soubresaut, la moindre éraflure, émotion, déchirure, séparation, retrouvaille. On rit avec eux, et on pleure avec eux, de cette blessure béante qui ne se referme pas, qui s’appelle l’amour et le pardon, la rédemption et l’éternité. Tranchant avec le reste des chapitres, la postface, tel un éclat de soleil, de sable et de galets, fait un pied de nez à la mort, dans un geste cathartique et rédempteur inhérent à l’écriture.
Last seen est un magnifique hommage au pouvoir du mot, de l’écrit. Un écrit né du plus profond de soi, qui tonne comme un cri qu’on ne peut plus retenir, parce qu’il est trop tard. Pour que justement, ce ne soit plus trop tard. Parce que le mot est éternel, qu’il ouvre le monde des possibles, et que devant lui, rien n’est finalement irréversible. Ni le temps, ni la réalité, ni le vécu. Ni même la mort.

Nayla Rached

Le dimanche 24 février se tiendra le premier concert de la saison 2019 de Liban Jazz, au Music-Hall, avec le groupe de fanfare de la Nouvelle-Orléans, The Hot 8 Brass Band. Karim Ghattas, le créateur de Liban Jazz, nous en parle. 
 

«Les temps sont tristes au Liban et à Beyrouth en ce moment, affirme Karim Ghattas, et j’avais envie qu’on fasse une vraie fête du jazz au sens le plus populaire du terme. Avoir le Hot 8 Brass Band, qui est aujourd’hui le brass band le plus célèbre de la Nouvelle-Orléans, c’était, pour moi, une manière de donner envie à tout le monde de venir à la fois écouter de la bonne musique et se distraire».
En 1996, à la Nouvelle-Orléans, le joueur de soubassophone, Bennie Pete a l’idée de fusionner deux groupes musicaux de jeunes lycéens pour former le Hot 8 Brass Band. Les jeunes musiciens grandissent ensemble et forment presque une famille. Leur style musical est un mélange d’influences des Dirty Dozen, des spécialistes de la musique de parade et de funérailles, et de Rebirth, avec des éléments plus contemporains de R’n’b, de rap, de soul.
L’histoire du Hot 8 Brass Band est une histoire composée à la fois de tragédie et de triomphe. Quatre de ses membres fondateurs sont morts, tués lors de violences de rue, ou décédés des suites de maladies. Sans oublier l’ouragan Katrina qui, en 2005, a dévasté la Nouvelle-Orléans, une expérience qui a bouleversé la vie des membres du groupe: évacués, déplacés, dispersés à travers tout le pays, ils se sont regroupés et ont commencé à tourner aux Etats-Unis afin de promouvoir la relance de leur ville natale. Le réalisateur Spike Lee les a filmé dans ses deux documentaires consacrés à Katrina, When the levees broke, (2006) et If God is willing and Da Creek don’t rise, (2010) leur donnant ainsi une visibilité nationale.

RÉSISTANCE CULTURELLE
Pour Karim Ghattas, inviter les Hot 8 à Beyrouth, «c’était un opportunité de faire renouer Liban Jazz avec la tradition du jazz américain, noir américain en particulier. Ce qu’on a rarement l’occasion de faire, parce que Liban Jazz est beaucoup plus porté sur les musiques actuelles européennes que sur la musique traditionnelle de jazz américaine».
Sur la scène du Music-Hall, le 24 février, les huit membres du groupe feront leur entrée avec leurs instruments et leurs sonorités cuivrées: soubassophone, trompette, trombones, saxophones, caisse claire et grosse caisse.
Beyrouth sera leur dernière escale dans le cadre d’une grande tournée européenne, Allemagne, France, Angleterre, avant de se rendre en Australie.
Au programme, un répertoire emmêlant compositions originales et reprises, «dont la plus célèbre, Sexual healing de Marvin Gaye, mais aussi d’autres, des Jackson Five, de cette soul proche du disco, explique Karim Ghattas. Et ils chantent aussi, ce qui constitue une grande différence par rapport au Dirty Dozen. C’est vraiment très dansant».
A-t-il été difficile de les convaincre de venir à Beyrouth? «A ma grande surprise, pas du tout, répond Karim Ghattas. Quand je les ai invités, l’intérêt a été immédiat: «oui pourquoi pas!». Je ne me suis pas heurté à des oppositions, ni à des craintes, ni à des peurs».
«Les activités culturelles, à l’image du pays, souffrent et vont continuer de souffrir ces temps à venir où l’incertitude plane. Mais malgré la difficulté, il est important de garder une certaine sérénité, et la sérénité passe par la culture, par la musique, par les moments qu’on partage. Aller à un concert, ce n’est pas juste écouter de la musique, c’est voir des amis, respirer. Il est important que cette résistance culturelle se manifeste pour créer des moments de joie». ●

Dimanche 24 février, au Music-Hall (Starco), à 21h. Billets disponibles au Virgin et en ligne: www.ticketingboxoffice.com

Nayla Rached

 

 

Galerie Alwane, Saïfi Village
Jusqu’au 28 février.

 

La galerie Alwane, située au centre-ville de Beyrouth, affiche fièrement son ancienneté et le talent reconnu des artistes qu’elle expose. Depuis décembre, un nombre impressionnant d’artistes internationaux sont regroupés dans cette exposition collective aussi riche par ses thèmes variés et les styles différents des artistes, rappelant à chacun que l’art ne doit pas répondre à un seul canon pour être beau à sa façon. Zena Assi par exemple, artiste émérite exposée partout en Europe et au Moyen-Orient, y tient une place de choix avec quelques-unes de ses pièces maîtresses sculptées ou peintes sur toile. Elles représentent les relations conflictuelles entre l’individu et son environnement spatial, la société, ce qui l’entoure, avec un style décalé aux couleurs sombres et aux formes originales portées par un imaginaire atypique. Parmi l’imposante collection de tableaux soutenue avec élégance par des lustres et de la marqueterie, on y retrouve aussi les œuvres d’Assumpcío Mateu, peintre catalane qui dessine des paysages fantomatiques d’une beauté apaisante, inspirés des forêts enflammées espagnoles. Ou encore, les sublimes toiles impressionnistes aux teintes pastel de Hoda Baalbaki, originaire du sud-Liban, avec son Cerisier en fleur. On pourrait parler longtemps des autres également mais l’exposition est trop riche pour tout dévoiler en quelques mots. Odile Mazloum saura vous recevoir cependant et vous montrer les moindres recoins d’une exposition unique à Beyrouth.

Maelys de la Ruelle
 

Le consommateur libanais a-t-il des droits? Les connaît-il? Les textes en vigueur sont-ils suffisants pour lui assurer une protection minimale? Abdallah Farhat essaie de répondre, dans un livre, à toutes ces questions. 

A l’heure où le Libanais se sent sans recours aussi bien devant les propriétaires de générateurs de quartiers que des grands commerçants qui imposent leurs règles et leurs prix en cette période de crise économique aigüe, le livre de Abdallah Farhat, Le consumérisme au Liban: un élan amputé, (Editions Edilivre), ne pouvait mieux tomber.
L’ancien ministre et député traite de la science portant sur la protection du consommateur dans une société de consommation. Après un survol historique des expériences américaine et française dans le domaine de la protection du consommateur, Abdallah Farhat se focalise sur le Liban. Il analyse dans un langage accessible les dispositions légales et règlementaires portant sur tous les aspects du protectionnisme consumériste, se penchant sur la théorie des textes en vigueur et la manière dont ils sont appliqués.
Soulignant le retard pris au Liban dans le domaine de la protection du consommateur (le premier texte, la loi 659, a été voté le 4 février 2005), l’ancien député, qui a été doyen de la Faculté de droit de l’Université la Sagesse, regrette l’insuffisance du cadre législatif et juridique mais aussi les défaillances dans la mise en œuvre des textes existants. Il rappelle que le projet de loi visant à garantir la sécurité alimentaire du consommateur libanais est toujours en gestation depuis des années en Conseil des ministres.

Une nécessaire modération
Après une étude comparée entre le droit libanais en matière de consumérisme et le droit français, dont il s’est largement inspiré, le Dr Farhat souligne les insuffisances et propose des améliorations légales et juridiques. Objectifs? Assurer une protection maximale au consommateur libanais tout en préservant les marges de liberté du jeu du commerce. Selon lui, ce but n’est pas difficile à atteindre. «Une modération est indispensable, étant donné qu’un excès de protectionnisme, de même qu’un excès de négligence, rendra la situation du consommateur encore plus vulnérable et précaire», écrit-il.
Dans un premier temps, l’auteur se penche sur «les règles préalables au contrat de consommation, permettant à tout consommateur de pouvoir acheter en connaissance de cause, assurant sa protection consumériste préalable au contrat». Puis il analyse les données législatives «lors de la conclusion et de l’exécution du contrat de consommation ainsi que le rôle des divers organismes publics et privés».
Après avoir dressé un panorama exhaustif et objectif de l’action gouvernementale au Liban, M. Farhat porte un regard sévère sur celle-ci. Son efficacité est «très relative et s’est principalement bornée à un tapage médiatique ayant pour objectif strictement des velléités populistes et démagogiques», écrit-il. «Cette campagne publiciste, à fortes connotations politiques et partisanes, a comporté des violations patentes des libertés et garanties constitutionnelles et des principes et modalités des dispositions consuméristes», ajoute-t-il.
Dans sa préface, l’ancien ministre de l’Economie et du Commerce, Alain Hakim, qualifie le travail du Dr Farhat d’«œuvre exceptionnelle de par l’approche utilisée». «Le livre traite des différents types de vente, montrant les obligations et droits des deux parties» et insiste sur « la symétrie de l’information entre vendeur et acheteur», souligne M. Hakim.

Jenny Saleh
 

Sous l’intitulé Crescendo, la 26e édition du Festival al-Bustan, sera consacrée à la musique italienne, du baroque à la Renaissance, en passant par les musiques de films. Vingt performances à retrouver du 12 février au 17 mars. Voici le programme.

Mardi 12 février
Sanja Romic au hautbois, Benjamin Baker au violon, Miriam Prandi au violoncelle et Maxim Novikov à l’alto, accompagnés de l’Orchestre académique du Festival al-Bustan, sous la direction de Gianluca Marcianò, interpréteront des compositions de Cimarosa, Saint Saëns, Mascagni, Tchaïkovsky, Berlioz.

Mercredi 13 février
D’après le magazine Gramophone, «Joseph Calleja est décidément entré dans la zone des Trois ténors». Avec sa voix méditerranéenne, Calleja est le choix ultime pour interpréter le répertoire de Verdi.

 

Samedi 16 février
La violoniste italienne Anna Tifu interprètera l’une des plus populaires compositions de Mendelssohn, son Concerto pour violon en E mineur, ainsi que sa Symphonie italiana no4.

Lundi 18 février
Vivaldi, Much more than the Four Seasons: une conférence présentée par Susan Orlando. Musée Sursock, à 19h.

Mercredi 20 février
Un des artistes préférés du Festival, Mario Stefano Pietrodarchi est de retour, avec son bandonéon pour interpréter des musiques de films italiens, comme La Dolce Vita, La Strada, Il Padrino… signées Nino Rota, Ennio Morricone, Roberto Ruggieri, Sandro Di Stefano…

 

Samedi 23 février
Première partie d’une double soirée où les six concertos pour violon de Paganini seront interprétés par six violonistes. Gabriele Pieranunzi, Yury Revich et Sergej Krylov interprèteront les Concertos 2, 5 et 4.

Dimanche 24 février
L’orchestre de chambre World Youth, sous la direction de Damiano Giuranna, interprètera Wieniawski, Paganini, Saraste, Verdi.

Lundi 25 février
L’Academia Bizantina, sous la direction d’Alessandro Tampieri, invite le public à repenser le Stabat Mater de Jean-Baptiste Pergolèse. Avec Delphine Galou (contralto) et Monica Piccinini (mezzo).
Eglise Saint-Joseph.

 

Mercredi 27 février
Delphine Galou (contralto) interprètera des arias sacrés des XVIIe et XVIIIe siècles. Eglise Saint-Elie, Kantari.

Vendredi 1er mars
Plongée dans la musique vénitienne de Monteverdi avec l’Odhecaton, un ensemble de voix masculines, spécialisé dans la musique de la Renaissance et du baroque, sous la direction de Paolo Da Col.
Eglise Saint John-Marc, Byblos.

Dimanche 3 mars
Momento Immobile: Plongée dans le bel canto italien avec la soprano Venera Gimadieva, accompagnée du Serbian National Theater Orchestra of Novi Sad, qui interprètera Bellini, Donizetti, Rossini.

Mardi 5 mars
Paganini violin concertos nos 6, 3, 1: avec les violonistes Anastasiya Petryshak, Kevin Zhu et Giulio Plotino, accompagnés du Serbian National Theater Orchestra of Novi Sad.

Jeudi 7 mars
Forza e Delicatezza: Erica Piccotti interprètera le concerto pour violoncelle de Dvorak, et Vanessa Benelli Mosell le concerto pour piano de Ravel.

Vendredi 8 mars
Le ténor mexicain Javier Camarena interprètera Rossini, accompagné au piano d’Angel Rodriguez.

Samedi 9 mars
La Traviata de Verdi sera présentée sous forme de concert avec un exceptionnel casting, dont Maria Mudryak, Vincenzo Costanzo et Damiano Salerno, accompagnés du Serbian National Theater Orchestra of Novi Sad et de la Chorale de l’Université Antonine.

Mardi 12 mars
Une soirée avec la pianiste Khatia Buniatishvili. Au programme: Schubert et Liszt.

Mercredi 13 mars
Les jeunes danseuses étoiles de l’Accademia Teatro alla Scala Ballet School présenteront des extraits d’un répertoire de chorégraphes classiques et contemporains comme Marius Pepita, Roland Petit…

Vendredi 15 mars
Partez à la découverte des stars émergentes de l’Académie d’Opéra Lyrique de la Scala au sein d’un récital de bel canto, avec Enkeleda Kamani (soprano), Anna-Doris Capitelli (mezzo-soprano), Chuan Wang (ténor),
Ramiro Maturana (barytone) et Michele d’Elia (piano).

Dimanche 17 mars
Pour la grande finale, un double concert: Les quatre saisons de Vivaldi, suivi de celles de Piazzolla, interprétées par l’Ensemble de l’Academia Teatro alla Scala.

Sauf mention contraire, les performances auront lieu à l’auditorium Emile Boustani, à l’hôtel al-Bustan, à 20h30.

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Éditorial
En route pour l’âge de pierre

Dans ses mémoires publiés en 2010, le vice-président de l’Etat des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, évoque un rêve qu’il dit avoir souvent fait, celui «de voir un jour Dubaï devenir un Beyrouth». Les Libanais sont-ils conscients que leur capitale a inspiré cet homme visionnaire et ambitieux, qui a réussi à faire émerger des sables du désert un émirat au rayonnement planétaire? Un centre d’affaires qui s’est réservé une place parmi les grands, tels Hong Kong, Shanghai, Londres et New York? Un bouillon de culture qui a transposé la Sorbonne, le Louvre, et bien d’autres noms et lieux prestigieux dans la Péninsule arabique? Une cité médiatique qui a attiré les titres et les plumes les plus convoités?Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de Dubaï aujourd’hui, force est de reconnaître que cette ville sous-peuplée, sans patrimoine, ou si peu, sans beauté sinon celle des dunes dorées, propre à toutes les cités du Golfe, est devenue l’une des destinations les plus prisées du monde. Voilà un prince qui a réussi son pari, qui a concrétisé son rêve! Certes, l’atout des pétrodollars, qui n’est pas des moindres, lui a facilité la tâche. Mais les pétrodollars, qui coulent aussi à flot en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar, n’ont pas fait bourgeonner d’autres Eldorados dans ces pays immensément riches.    Pendant que Dubaï entrait à pas sûrs dans l’avenir, Beyrouth, lui, sombrait dans les précipices du passé. Les Libanais ont réussi le tour de force de plonger leur ville dans les affres de la guerre, puis une fois la paix revenue, de reconstruire la pierre sans y insuffler l’âme qui lui donnait ce cachet unique. La gloire d’antan n’est plus qu’un vieux souvenir, la culture se raréfie, la beauté ressemble à celle d’une femme (ou d’un homme) toute refaite, la joie de vivre n’est plus qu’amertume et aigreur, la satisfaction apportée par le travail plus qu’un dur et insupportable labeur. Avec une insouciance couplée à une affligeante ignorance et une criminelle irresponsabilité, les Libanais, peuple et dirigeants, ont perdu un à un les atouts qui faisaient de leur capitale le phare de la région. Fut un jour où Beyrouth était l’université, la maison d’édition, la cité médiatique, du monde arabe, une oasis de liberté pour les opprimés et les oppressés, un havre de tolérance. Il n’est plus qu’une ville sévère et peu hospitalière de par la cherté de la vie et l’absence des services les plus élémentaires. A vouloir cloner bêtement l’émirat du désert, les Libanais ont perdu ce qui faisait la gloire et la beauté de leur ville, sans pour autant gagner les atouts qui font la force de Dubaï. Beyrouth s’enfonce dans le passé. A ce rythme, et si rien n’est fait pour stopper la chute, l’âge de pierre n’est plus très loin.


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Un déménagement?
Avec la multiplication du nombre d’entreprises de déménagement au Liban, le changement de domicile se fait désormais facile. Mais à quel prix? Rangement, emballage, transport, déballage, mise en place d’un…

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