Culture
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Nº 3095 du vendredi 2 novembre 2018

Culture

La miniature. Un art d’une grande finesse et d’une extrême précision. C’est dans leurs ateliers respectifs que Magazine a rencontré deux miniaturistes, dont les pièces sont de véritables œuvres d’art.
 

Dans son atelier où elle vient tout juste d’emménager, Hala Ghorayeb nous reçoit, entourée de ses miniatures. Certaines sont tellement chères à son cœur qu’elle refuse tout simplement de s’en séparer et les conserve pour son plaisir personnel. Enfant, elle fabriquait avec des lentilles et des haricots des maquettes, qu’elle peignait avec des couleurs variées. «Mais elles finissaient toujours à la poubelle car ma mère s’en débarrassait très vite», se souvient-elle. De tous ses voyages, elle ramenait des souvenirs et au lieu d’étudier, elle passait son temps à faire du bricolage. Lors d’un déplacement à Paris, au lieu de s’adonner au shopping, Hala Ghorayeb accumule les miniatures. «De toutes les pièces rapportées, j’ai créé une maison. Cela m’a pris 5 ans et des nuits de veille jusqu’à 4h du matin pour coller les papiers peints, faire les canapés, les rideaux, etc.».

Changement de cap
Une licence en Business de l’AUB en poche, et après un passage rapide dans le secteur du Private banking, en 2008, Hala Ghorayeb présente sa démission et décide de s’adonner à sa passion, malgré les réticences familiales et les conseils du genre «l’art ne nourrit pas son homme». «En faisant des recherches sur internet, je suis tombée sur un site de formation professionnelle à Paris et je m’y suis inscrite. C’était un cours d’art plastique. J’ai passé une année merveilleuse en France, durant laquelle j’ai assisté à de nombreuses expositions en Europe».   
Au début Hala Ghorayeb offrait des miniatures personnalisées en forme de cadeaux, y ajoutant une touche personnelle. «Les gens ont beaucoup aimé et ont commencé à passer des commandes». Elle participe à de nombreuses expositions et ses miniatures rencontrent de plus en plus de succès. Tout est utile et sert de matière première à ses pièces. «Je ne jette rien du tout. Le matériel utilisé n’est pas bon marché. Souvent, il m’arrive d’acheter une pièce et de monter toute une miniature autour, comme cette moto qui a servi de toile de fond à un garage Harley Davidson. Les produits utilisés sont d’excellente qualité. Ils sont souvent achetés lors de mes voyages, à des artistes français, comme par exemple des bouteilles de vin miniature en verre soufflé qui ont servi à créer une miniature portant sur le thème d’un bar à vin ou un plateau de fromage pour un cheese and wine». La visite du musée des Beatles à Liverpool lui inspire un orchestre entier composé de divers instruments de musique. «J’ai acheté la guitare et à partir de là, monté tout un orchestre».

Anti-stress
Ses miniatures sont des reproductions exactes de pâtisserie, clinique, chambres à coucher, bureau, salon, bar... Selon sa taille, la miniature nécessite entre deux semaines et un mois de travail. «Il m’arrive de travailler sur plusieurs projets en même temps». Quant aux prix, ils varient entre 300$ et 2 000$ pièce. A côté des miniatures, Hala Ghorayeb fait aussi des sculptures et des céramiques et exécute des souvenirs pour diverses occasions telles que baptême ou première communion. Lorsqu’elle se penche sur ses miniatures, armée de sa pince, la jeune femme se concentre totalement sur sa tâche. «C’est pour moi une source de détente et de relaxation, un moyen pour oublier le stress. Contrairement à la plupart des gens, j’attends impatiemment la fin du week end pour me rendre les lundis matin à l’atelier et m’adonner à cette passion ».  

Grande imagination

Il y a six ans, Nada Abdallah et Gaby Kamar se sont associés et ont ouvert le magasin Arcanes, rue du Liban. Elle est styliste, lui est architecte de formation. «Au départ, nous faisions du recyclage de certaines pièces mais depuis la profusion des produits fabriqués en Chine, nous nous sommes reconvertis dans les miniatures», confie Gaby Kamar. Pour travailler des miniatures, il n’y a pas de formation requise. «Il faut avoir du goût, faire preuve de beaucoup de patience et être habile de ses mains. Il ne s’agit pas de faire du collage. Tout est travaillé à l’échelle pour produire un effet réel». Dans une miniature, tout est proportionnel et réalisé sur une échelle de 1/12eme. Tout est utile et peut servir comme matière première: le bois, le verre, le métal. «Il faut être également doté d’une grande imagination. Nada est créative et moi je suis manuel. Nous nous complétons». L’inspiration vient de Nada Abdallah. C’est ainsi que le caisson d’une vieille radio lui inspire la création de la chambre et de l’atelier de Van Gogh, superbement exécutés dans tous leurs détails par Gaby Kamar. Le lit, la chaise, les tableaux, le chevalet, les toiles,…  «Au cours d’une visite à Basta nous étions à la recherche de vieilles radios. Nous sommes tombés sur une en très mauvais état. Nous avons traité le bois pour réaliser l’atelier et la chambre de Van Gogh en miniature». Le couvercle d’une vieille machine à coudre sert d’écrin pour un atelier de couture avec toutes les babioles. On retrouve aussi un magasin de fleurs, une cuisine campagnarde française, une cuisine libanaise, des bibliothèques, une salle de bain, un pub de jazz, un bar. Le bureau de Virginia Wolf est reproduit dans tous ses détails. «Les pièces à l’intérieur de chaque miniature sont fabriquées à la main et nécessitent un travail de recherche. Quand je réalise une bibliothèque française ou allemande, je me documente sur tous les auteurs concernés et reproduis les livres avec leurs titres et couvertures». Les grandes pièces nécessitent jusqu’à deux mois de travail en moyenne. Les prix varient entre 600$ et 2 000$. Certaines pièces peuvent même atteindre 6 000 ou 7 000$. La clientèle d’Arcanes est essentiellement composée d’étrangers et d’expatriés. «Les étrangers apprécient plus le travail des miniatures que les Libanais et ne discutent jamais le prix. Au Liban, celles-ci sont considérées comme un travail manuel ou artisanal alors qu’en Europe c’est un véritable art. Nous n’avons pas la culture des miniatures. Les gens ici préfèrent acheter des tableaux».    
Depuis qu’ils ont commencé à réaliser des miniatures en 2015, Nada Abdallah et Gaby Kamar en ont produit une cinquantaine en quatre ans. «C’est vous dire tout le temps que ça nécessite», conclut-il.

Joëlle Seif

Mercredi, 07 Novembre 2018 00:22

Sidewalks de Zoukak. D’art et d’engagement

Le festival Sidewalks de Zoukak, lancé le 1er novembre, se poursuivra jusqu’au 11 du mois au studio Zoukak, la Quarantaine. Théâtre, musique, débats, rendez-vous avec les œuvres engagés d’artistes locaux, régionaux et internationaux.
 

Le festival Sidewalks de Zoukak est un point de rencontre présentant des performances et des événements artistiques locaux et internationaux. C’est à la fois une plateforme d’échange artistique et un espace interculturel de réflexion. Dans sa note de présentation, la compagnie Zoukak, s’interroge sur «nos sociétés meurtries qui se caractérisent par un effort visible d’isoler les esprits et les corps de toute confrontation constructive qui pourrait mener à une réflexion commune. Comment créer un espace commun? Comment raconter une histoire différente, défier les narratives imposées? L’espace théâtral nous donne le lieu et l’art nous donne les moyens, il n’y a pas d’excuses à ne pas commencer la reconstruction». A travers le pouvoir du storytelling et de l’imagination, une sélection d’œuvres proposera une nouvelle vision du monde et de l’autre, ouvrant un espace de réflexion commun au sein de l’ignorance engendrée par l’intolérance et la xénophobie.

Master-class
Théâtre, musique, concert, performance, installation, débat, table ronde, à l’adresse des professionnels du théâtre et du public, le programme est riche et dense. Un «Focus Liban» est consacré à la scène théâtrale libanaise. Œuvres finalisées, projets en cours, projets expérimentaux, le programme théâtral libanais se décline dans toute son intensité, touchant à une multitude de sujets et de thématiques. Plusieurs artistes présenteront le projet sur lequel ils planchent devant des professionnels et des directeurs de théâtre étrangers : ainsi Sawsan Bou Khaled présentera-t-elle Under Correction, Chrystèle Khodr Augurs, Yara Bou Nassar Everything is just fine, Wael Kodeih et Randa Mirza présenteront 077, Rawya el-Chab et Antoine Bouguier Playground in Emergency, et tant d’autres encore. Des projets en cours, nous passons aux multiples performances qui seront présentées dans le cadre du Festival, à l’instar de The Confession d’Abdallah el-Kafri, Two Heads and a Hand de Zoukak, Illusions de Carlos Chahine, 36 Abbas Street, Haifa de Raeda Taha et Junaid Sarrieddeen…
Parmi les moments forts du Festival: une master-class de 6h avec le directeur du théâtre de Strasbourg, Stanislas Nordey, incontournable de la scène théâtrale française, qui participera également à une table ronde avec Roger Assaf. Mentionnons aussi la forte présence au festival de Milo Rau, dramaturge, sociologue et essayiste suisse. Il présentera la performance Breivik’s Statement, qui revient sur l’affaire Breivik, le tueur norvégien d’extrême droite qui a commis le massacre contre la ligue des jeunes du parti travailliste de Norvège, dont le bilan s’élève à 77 morts et 151 blessés. Deux de ses films seront également projetés lors du Festival: The Congo Tribunal et The Moscow Trials. Milo Rau donnera également une master-class» et sera notamment en conversation avec Junaid Sarrieddeen.
Festival impliqué, Sidewalks se présente comme une agora engagée et audacieuse, où sont traités des sujets culturels d’actualité, touchant au cœur même de nos sociétés: il y aura ainsi une performance d’anciens détenus libanais en Syrie, ainsi que la performance Manwatching, des textes écrits par des femmes anonymes et lus pour la première fois sur scène, tour à tour par Joe Kodeih et Fouad Yammine. A noter également dans ce contexte une performance de l’indienne Sankar Venkateswaran, Criminal Tribes Act, qui tonne comme une critique de la pratique de la justice et la caste des juges. Ainsi qu’un engagement contre le racisme et la xénophobie, avec le très prestigieux théâtre américain Sundance à travers les performances et échanges avec le public de Philip Himberg, Charlaynee Woodard et Christopher Hibma.

 

Retrouvez tout le programme sur www.zoukak.org
Billets: www.ihjoz.com

Nayla Rached

Mardi, 06 Novembre 2018 23:42

Vinifest. Rendre hommage au vin du terroir

Le festival Vinifest fête ses 11 ans! Chaque année cet événement est une occasion incontournable pour les professionnels et amateurs de la vigne de se donner rendez-vous dans un lieu emblématique de Beyrouth, à l’hippodrome.


Dans un cadre digne des plus grandes heures de la capitale libanaise, les échanges, discussions et dégustations des plus grands crus locaux se sont déroulés pendant quatre jours, accueillant 30 000 personnes selon l’organisatrice de vinifest, Néda Farah.
Entre les stands de producteurs et les ateliers de dégustation, la foule déambule lentement pour découvrir les meilleurs crus du terroir. Sous les pins centenaires de l’Hippodrome éclairés d’un halo de lumière blanche, la musique des différents artistes présents pendant ces quatre jours retentit et accompagne les visiteurs, venus parfois de loin: «Il y a beaucoup de professionnels qui viennent visiter le festival. Chaque année, nous avons aussi beaucoup d’étrangers qui décident de voyager à Beyrouth au moment où Vinifest a lieu. Ils y viennent pour acheter du vin. Certaines personnes nous ont même contacté de Tchécoslovaquie, d’Amérique du sud, il y avait aussi des Français, des Italiens, des Américains … Il y a aussi des amateurs, des œnophiles».

Des vins à découvrir
Sur place les visiteurs avaient l’embarras du choix. Le Liban, de par la qualité exceptionnelle de son terroir et qui bénéficie d’une météo clémente avec 365 jours d’ensoleillement par an permet aux producteurs de proposer une multitude de vins variés et autres spiritueux: «Il y avait tous les genres de vins produits au Liban. Nous avons tous les cépages possibles surtout les cépages libanais comme le Merwah Obeideh qui sont des cépages autochtones avec lesquels nous produisons des vins qui plaisent surtout à l’étranger. Nos cépages sont pour la plupart des cépages bordelais mais nous en importons aussi d’Espagne et d’Italie, mais surtout d’Espagne». Pour cette onzième édition les visiteurs n’ont pas été au bout de leurs surprises. Cette année Vinifest proposait des nouveautés pour le moins originales selon Néda Farah: «Nous avons proposé du vin et de l’Arak à base de pommes. Les producteurs libanais ont aussi commencé à produire leur propre champagne (à la façon champenoise) qui a été goûté au Liban. En même temps nous avons aussi le vin bleu: il s’agit d’un vin blanc fermenté d’une façon spéciale et qui est coloré avec des produits naturels. Il y  même du champagne bleu!».
Selon Néda Farah, le festival Vinifest offre une bonne visibilité au vin libanais, qui grâce à cela connaît un succès grandissant à l’international: «Le vin libanais est en train de prendre une très grande ampleur. D’ailleurs la société qui organise Vinifest a déjà organisé plusieurs évènements relatifs au vin à l’étranger: en Allemagne, en Suisse, aux Etats-Unis et bientôt ailleurs. Le vin libanais est de plus en plus apprécié à l’étranger car c’est un vin qui bénéficie d’un grand ensoleillement et qui par conséquent plaît beaucoup. Le sol et le climat jouent un très grand rôle». Un succès rendu possible en outre selon l’organisatrice grâce au Ministère de l’agriculture: «Le ministère déploie un grand effort pour promouvoir le vin libanais à l’étranger, notamment en organisant plusieurs salons dans divers pays.» Aujourd’hui 40% du vin libanais est exporté à l’étranger, selon Néda Farah, qui compte bien pour l’année prochaine «faire toujours mieux!».

Margueritte Silve

C’est sur un fond de musique de jazz, dans les locaux de Radio Liban (96.2), que Magazine a rencontré la conseillère du ministre de l’Information pour les médias francophones, Elissar Naddaf Geagea.
 

Entre la littérature française et le journalisme, le cœur d’Elissar Naddaf Geagea balançait. «J’aimais beaucoup la littérature française surtout que mon père enseignait cette matière et en même temps, j’étais très attirée par le journalisme». Au lieu de choisir l’un ou l’autre, elle opte pour une double licence et obtient les deux diplômes en même temps. Elle est toujours en deuxième année lorsqu’elle commence à écrire pour la Revue du Liban. «J’étais responsable d’une page socioculturelle qui couvrait surtout les activités de la Békaa dont je suis originaire. Je me souviens du jour de la publication de mon premier article, j’avais acheté plusieurs numéros de la revue que j’avais distribués à mes amis et à mes proches».
Ses deux diplômes en poche, Elissar Naddaf Geagea se marie. Son époux, propriétaire de la maison d’édition et de la revue économique Bacharia, lui confie le poste de rédacteur en chef du supplément français de la revue. Deux ans plus tard, Elissar Naddaf Geagea décide de reprendre ses études et entame un master et un DEA en Littérature française qu’elle obtient au bout de trois ans. Actuellement, elle prépare son doctorat en Littérature française qui porte sur le discours politique et le pragmatisme.

Médias publics
La jeune femme se consacre à sa famille mais vit un conflit intérieur, partagée entre ses responsabilités familiales et sa passion pour le journalisme et la littérature. «Un jour, j’ai rencontré Laure Sleiman, la directrice de l’Agence nationale de l’Information qui me propose de travailler dans le Département des langues étrangères de l’ANI, qu’elle venait d’inaugurer». Elissar Naddaf Geagea accepte et rejoint ce département jusqu’à l’arrivée du ministre Walid Daouk à l’Information, qui lui confie les archives de Télé Liban et la nomme conseillère. Par la suite, elle est désignée par le Directeur général de l’Information représentante du ministère auprès du Fonds de solidarité prioritaire, relevant de l’Organisation mondiale de la francophonie. Dans ce cadre, elle participe à de multiples réunions et réclame des formations pour les journalistes de la radio et de la télévision. «J’ai déclenché une série de formations parrainées par l’ambassade de France et l’Académie France Média Monde pour tous les journalistes au ministère de l’Information».
Arrivé au ministère de l’Information, Melhem Riachi la nomme conseillère pour les médias francophones et lui confie la direction de Radio Liban 96.2 FM, un projet déjà proposé par l’ancien ministre Ramzi Jreije. Une mission qui porte pratiquement sur plusieurs volets et où de nombreux projets sont en cours. «Concernant Télé Liban, nous pensons relancer Canal 9 et les bulletins d’information en langue française. Au niveau de Radio Liban, une radio de qualité, essentiellement culturelle, qui n’est pas commerciale nous y avons apporté des améliorations. Cette station a un grand nombre d’auditeurs et offre des programmes incluant tous genres de musique: jazz, rock, classique». La station propose aussi des émissions culturelles matinales portant sur des sujets variés, le cinéma, bulletin d’information en langue française ainsi que 12 heures de diffusion directe de Radio France Internationale (RFI) dans le cadre d’un partenariat. «Radio Liban 96.2 souffrait d’un problème de diffusion en raison des émetteurs. Il a été réglé. Nous avons procédé à un changement au niveau de la grille des programmes en introduisant de nouveaux animateurs qui répondent aux goûts des jeunes». Sous l’impulsion d’Elissar Naddaf Geagea, Radio Liban investit les réseaux sociaux avec des pages sur Facebook et sur Instagram. «Auparavant, les programmes n’étaient pas diffusés en ligne. Nous avons également établi plusieurs partenariats notamment avec le Festival du film libanais, le Salon du livre, La nuit des idées et Le mois de la francophonie. Nous avons aussi une coopération avec France Media Monde au niveau des échanges de programme».

La crise de la presse
Avec l’ère du numérique, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre pour la presse écrite, selon la conseillère pour les médias francophones. «Le passage au numérique a changé la façon de travailler. Aujourd’hui, tous les médias sont en ligne et on souffre au Liban à un double niveau, celui de la crise économique ainsi que celle du papier dans le monde. Cela me fait mal au cœur de voir la presse écrite en voie de disparition. L’odeur et le toucher du papier sont uniques, ainsi que la manière de tenir et de lire un journal. Malheureusement, ceci devient une réalité: le papier est en voie de disparition et le numérique le remplace, malgré tous les efforts entrepris par le ministre Riachi pour aider la presse écrite». Il y a plus d’un an, le ministre Riachi a présenté au gouvernement six textes portant sur des mesures concrètes susceptibles de réduire les coûts des quotidiens libanais. «Pourtant, ces textes n’ont jamais été mis à l’ordre du jour des séances gouvernementales. Ils portent essentiellement sur diverses propositions, notamment l’exemption fiscale et douanière sur l’importation de papier, des réductions sur les factures de téléphone et d’Internet, des facilités au niveau des cotisations de la Sécurité Sociale et, surtout, un soutien équivalent à 500 L.L par numéro vendu».
Pour Elissar Naddaf Geagea, un journaliste doit conserver sa neutralité et son objectivité. «C’est ce que nous ont appris les grands journalistes. Il faut respecter le lecteur et ne pas lui imposer mes idées, qui peuvent tout à fait être contraires aux siennes. Il faut simplement montrer la réalité des choses». A chacun ses choix politiques, mais pour elle le journaliste ne doit pas imposer ses propres vues au public. L’éthique reste la règle d’or de cette profession. «L’éthique entre journalistes, l’éthique entre les journalistes et les hommes politiques et surtout lors de la rédaction d’un article ou d’une information. Toutes ces photos de cadavres que l’on publie dans les revues et sur les sites électroniques. Il ne faut pas oublier les valeurs humaines qu’il faut toujours respecter. C’est ce qui distingue un journaliste d’un autre».

Autocensure
Son doctorat est axé sur le discours politique. «J’aime travailler dans ce domaine, favoriser les réconciliations et les rapprochements, engager le dialogue entre les partis politiques ainsi qu’entre les différentes confessions. C’est un sujet qui m’importe beaucoup, surtout que j’ai vécu la guerre. Je suis fatiguée du confessionnalisme et du discours politique. Cela ressemble un peu au travail effectué par Melhem Riachi qui, avec le député Ibrahim Kanaan, est l’artisan de la réconciliation interchrétienne. D’ailleurs, mon travail avec Riachi m’a appris beaucoup de choses, en particulier qu’on peut être au pouvoir tout en gardant un côté humain, un trait de caractère devenu presque inexistant chez les personneshaut placées. J’ai également appris qu’il faut toujours opter pour le dialogue».
En conclusion, la journaliste appelle à garder un minimum de respect et d’éthique sur les réseaux sociaux. «C’est un monde ouvert, où il n’y a aucune censure. Chacun doit faire sa propre autocensure. J’appelle à une prise de conscience avant de poster quoi que ce soit, car ceci est une grande responsabilité».

 

En chiffres

3
Le nombre de ministres avec lesquels elle a travaillé: Walid Daouk, Ramzi Jreije et Melhem Riachi.

4
Elle est la mère de 4 enfants dont l’aînée a 23 ans et le plus jeune 9 ans.

6
Les années passées à l’Agence nationale d’information.

10
Le nombre d’années passées au poste de conseillère auprès du ministre de l’Information.

Joëlle Seif
 

Gisèle Kayata Eid vient de lancer aux éditions Fides le livre Consommation Inc. qui aborde les dérives de la consommation, devenue un fait incontournable dans nos vies. Elle y expose l’envers du décor.
 

Gisèle Kayata Eid tire la sonnette d’alarme: «Réveillez-vous, regardez autour de vous». «C’est aussi simple que cela, mais c’est à la fois aussi sournois, parce que «la consommation est tellement forte, prenante dans notre vie, qu’elle est devenue comme une entreprise, une multinationale excessivement puissante», affirme-t-elle.
Journaliste de profession, ce sujet la préoccupe depuis longtemps, en fine observatrice du monde et de ses manières d’être et d’avoir. S’exprimant régulièrement dans des chroniques rebelles, il y a environ trois ans, elle débute une chronique hebdomadaire intitulée Consommation Inc. sur le site de l’Agenda culturel, aux alentours de Noël, noyés que nous étions, durant des semaines, par la quantité de futilités commerciales qui entourent cette fête. Les sujets lui viennent sans aucune difficulté, racontant à chaque fois une histoire, un pan de vie, une situation, une envie. Au bout d’un an et demi, extrêmement étonnée, elle se rend compte, par les réactions de son entourage, que ce qui est évident pour elle ne l’est pas pour les autres. L’idée du livre s’impose, non seulement pour rassembler ces chroniques mais pour les expliquer, pour «aller plus loin dans ce cycle qui nous rend malheureux».

Dépourvu d’humanité
Divisé en deux parties, une partie explicative, basée sur une multitude de recherches, rédigée de manière générale et simple d’accès, et renvoyant pour chaque idée à la chronique qui l’illustre, tandis que 68 chroniques composent la 2e partie. Par son approche, par son style, «le livre a un impact de proximité, affirme Gisèle Kayata Eid, car il parle de choses qui nous concernent tous et dans toutes les facettes de notre vie».
Consommation Inc. introduit progressivement le lecteur dans un univers qu’il dénonce. Le monde de la consommation, «un mode de vie, une finalité, une ambition, une occupation, une préoccupation». Notre vie-même, le but de notre vie, une vie de plus en plus dépourvue de valeurs, de chaleur, de sens, d’humanité. Une vie qui se compte en objets et services accumulés, au prix fort, aux dépens de notre temps, de notre énergie, de nos relations amicales et familiales, de notre bonheur, aux dépens de la terre, de la nature que nous saccageons. «Cette consommation nous a dépourvus de nos intérêts, de nos valeurs et même de notre humanité. Nous sommes dans une étuve, une bouilloire, et les Etats ne réagissent pas. On finit par ne plus être ce que nous sommes censés être», affirme Gisèle Kayata Eid, qui s’exclame aussitôt révoltée: «Mais savez-vous où vous allez?»
Justement, Consommation Inc. se présente comme une conscience qui éveille, qui secoue, en évitant les pièges de la nostalgie et du ton moralisateur. Le livre ne propose pas de solutions, mais d’observer et peut-être de pousser le lecteur à repenser son comportement de consommateur, à une échelle individuelle, inconscient de tous ces petits détails de la vie qu’il accomplit de manière systématique, naturelle. «Si on sent qu’on résiste à ce rouleau-compresseur, c’est déjà bien par rapport à sa propre survie». Le changement commence par soi, par préférer par exemple le café d’une petite échoppe que celui d’une multinationale. On ne sortira pas indemne de cet ouvrage.

Le lancement de l’ouvrage aura lieu lors du Salon du livre francophone de Beyrouth, accompagné d’un débat, le 8 novembre, à 19h.

Nayla Rached

Publié aux éditions Erick Bonnier, Archives des sables et du vent est le fruit de six ans de travail passionné. L’auteur, Fady Stephan, en parle à Magazine.
 

Archéologue et spécialiste des langues anciennes nord-ouest sémitiques, Fady Stephan a à son actif plusieurs essais archéologiques et linguistiques. Mais l’envie était toujours là, d’écrire de «la littérature libératrice». En 2003, il publie Le berceau du monde: Orient-Opéra, une histoire fantastique sur les traces d’André Breton, avant de commencer à travailler son journal de guerre sur lequel il est toujours en train de plancher. Encouragé par son entourage à écrire «l’histoire merveilleuse» de son grand-père, ainsi que celle de son père et la sienne, «trois générations qui ont vécu des guerres importantes», il se lance sur cette base.

ROMAN HISTORIQUE
Il commence donc à rassembler les documents nécessaires, s’appuyant notamment sur les mémoires de son grand-père, un ensemble de 12 pages écrites au crayon, et son journal de la guerre des Dardanelles, ou encore les lettres que son grand-père a écrites à Cunninghame Graham et qui sont préservées à la bibliothèque d’Ecosse. Recherches et hasards s’emmêlant, «comme un puzzle qui se mettrait en place», comme il le dit et le raconte d’ailleurs dans son ouvrage, «la réponse (lui) est venue par ce «beau hasard (qui) a permis qu’on retrouve, après 33 années d’enfermement dans le tiroir de la banquette délaissée de Deir el-Kamar, le livre de Cunninghame Graham au moment où on s’apprêtait à le brûler». Le livre Mogreb-el-Acksa qui narre l’aventure de l’expédition commune englobant Graham et le grand-père de l’auteur, dans le but, jamais atteint, de parvenir à la ville interdite de Taroudant, au Maroc. A tous ces documents, s’ajoutent les histoires et les récits qu’il entendait dans sa jeunesse et qu’il s’empressait de noter.
Roman d’aventure à la veine historique, la fiction n’intervenant qu’en des éléments de jonction logiques et cohérents, géographiquement et temporellement, on y croise non seulement le grand-père de l’auteur-narrateur, Hassan Hassib Stephan Lutaïf, et toute sa famille, mais aussi tous ces grands noms qui ont traversé l’histoire de la région, du Maroc au Soudan aux Dardanelles, Kitchener, Cunninghame Graham, les généraux Hamilton, Murray et Allenby, le prince du Hedjaz, Fayçal, ainsi que Lawrence d’Arabie, ou le poète Germain Nouveau sillonnant les ruelles de Beyrouth. Ou Rimbaud, dont des extraits de ses correspondances sont reproduites entre des tranches du récit. Rimbaud qui titille l’imaginaire de tous, et dont le trajet aurait pu croiser celui du grand-père de l’auteur, comme se l’est demandé Fady Stpehan. Rimbaud est-il réellement venu à Beyrouth? On n’a pas de preuves, alors même qu’il avait obtenu un passeport pour Beyrouth où il entendait acheter «quatre baudets étalons pour l’empereur Ménélik d’Ethiopie».
Archives des sables et du vent s’adresse à «tous ceux qui aiment l’aventure, ceux qui aimeraient apprendre des choses exactes sur les guerres vécues au temps des Ottomans. C’est l’histoire d’une famille fixée dans le temps et l’espace, ajoute Fady Stephan. L’essentiel était de faire revivre les choses dans du concret, commandé par la psychologie des personnages».

Nayla Rached

 

«Bien plus qu’un fils de, Kyle Eastwood est un jazzman de renom ainsi qu’un compositeur de bandes-originales réputé», écrit Rolling Stone. Kyle Eastwood donnera un concert le 7 novembre au Music Hall Starco dans le cadre de Liban Jazz. E-interview
 

Lors de votre concert, vous présenterez au public libanais votre dernier album In transit, dans lequel vous mêlez standards, des compositions des films d’Ennio Morricone et des compositions originales. Quelle est la raison de ce mélange ?
Depuis que je m’en rappelle, je suis attiré par tous les genres musicaux, et je puise mon influence de différents styles de musique. J’ai grandi en écoutant du jazz à la maison, puisque mes parents sont de très grands fans de jazz et de blues. Mais j’ai grandi aussi en écoutant la radio, dans les années 70, 80; j’ai donc aussi dans mes bagages de la pop, du R’n’B, du funk. Etant exposé au cinéma dès mon plus jeune âge, j’ai développé également un amour pour les grands compositeurs de bandes son. J’ai eu de la chance de pouvoir beaucoup voyager dans ma vie et de découvrir la musique de différents pays et cultures. Je n’ai jamais pensé à mettre des cloisons en ce qui concerne la musique, je suis mon instinct; ce que j’aime et ce que je n’aime pas. Et je citerai là-dessus, le grand Duke Ellington: «Il n’y a que deux genres de musique: la bonne et la mauvaise».

Entre le studio et le live, quelles différences?
J’aime travailler en studio, mais je crois que j’aime plus jouer en live. Pour mes multiples albums, on entre en studio avec les musiciens et on enregistre en live comme si on donnait un concert. Je crois que c’est de cette manière que le jazz est le mieux représenté.

La composition d’une bande son est sûrement différente de la composition de tout autre album, quel est votre modus operandi dans ce cas-là?
Pour la composition d’une bande son, la première chose que je fais est de visionner le film de bout en bout dans sa mouture finale ou presque finale. Puis je choisis trois ou quatre scènes que j’estime avoir besoin de musique et d’être mises en avant et que je revois à plusieurs reprises. Puis j’emporte à la maison ces scènes-là, enregistrées sur un support DVD, et je les accompagne au piano en essayant de leur trouver une belle mélodie ou un motif musical. Puis j’enregistre des demos sur mon ordinateur avant d’entamer la phase finale: l’enregistrement en studio avec musiciens et orchestre.

Vous avez grandi dans une famille passionnée de jazz, quelles ont été vos influences?
J’ai grandi avec des parents qui écoutaient beaucoup de jazz Big Band, comme Duke Ellington, Count Basie, Stan Kenton. J’écoutais également Stan Getz, Miles Davis, Oscar Peterson et Ben Webster. A partir de là, je suis parti tout seul à la découverte d’autres jazzmen et d’autres albums.

Le Jazz est souvent perçu comme une musique hermétique et complexe, comment la présenteriez-vous à une personne réfractaire à en écouter?
Comme je l’ai déjà dit, je suis influencé non seulement par le jazz mais par différents styles de musique; et cela se reflète dans mon écriture et mes compositions. Je crois que dans ma musique, il y en a pour tous les goûts. Et j’espère que les auditeurs l’écouteront avec une ouverture d’esprit pour pouvoir en juger eux-mêmes, au lieu de rester sur l’impression qu’ils n’aiment pas le jazz.

Quelle est votre relation avec la basse?
J’ai toujours aimé le drum’n bass. J’ai commencé très jeune à apprendre le piano et vers l’âge de 12 ans j’ai également appris à jouer de la guitare. Deux années plus tard environ, j’ai touché à la basse et cela m’est venu tout naturellement. Peut-être que c’est la basse qui m’a choisi!

 

Présentez-nous les musiciens de votre quintet qui vous accompagneront lors du concert au Liban. Et comment se passe la collaboration sur scène et en studio?
Mon groupe régulier est composé de Quentin Collins à la trompette, Brandon Allen aux saxophones, Andrew McCormack au piano et Chris Higginbottom à la batterie. Cela fait plus de dix ans que le pianiste et le trompettiste m’accompagnent, et quatre ans pour le saxophoniste et le batteur. Au fil des années, nous avons développé une véritable affinité musicale et une relation amicale. Nous composons de la musique ensemble et ils contribuent à l’arrangement des chansons que nous jouons et enregistrons. Nous passons de très bons moments ensemble à jouer et en tournée.

C’est votre première visite au Liban? Avez-vous des attentes particulières du public libanais?
Oui, ce sera ma première visite au Liban, et je suis très excité à l’idée de venir. J’ai entendu beaucoup de belles choses sur la ville, et j’ai d’ailleurs plusieurs amis du Liban. J’ai toujours trouvé que les Libanais étaient chaleureux et amicaux. J’aime aussi la nourriture libanaise, ainsi que l’art, la musique et la culture du Liban. Je suis donc très impatient de venir. A bientôt!

 

Nayla Rached

Représentant l’Irak aux Oscars, The Journey, le troisième long-métrage de Mohamad al-Daradji, emmène le spectateur derrière la réalité d’une jeune femme terroriste, vers l’Homme loin de toute idéologie ou politique. Rencontre.
 

Alors qu’il tournait à Bagdad son deuxième long-métrage de fiction, en 2007-2008, Mohamad al-Daradji tombe dans le journal sur l’histoire d’une jeune femme qui avait voulu se faire exploser dans un centre de police, avant de changer d’avis au dernier moment. Sur l’image accompagnant l’article, la jeune femme  apparaît nue, attachée sur la vitrine du centre de police alors qu’un policier tente de désamorcer l’explosif. «J’ai vu la peur dans ses yeux, et dans ceux du policier, ajoute Mohamad al-Daradji. L’image m’est restée en tête. Comment une femme, victime de la guerre, devient-elle bourreau?» C’est le point de départ du film The Journey.

Porté par l’Homme
Bagdad, décembre 2006. Dans la gare de la ville, se déploie un microcosme de l’Irak, et même «un microcosme du Proche-Orient», ajoute Mohamad al-Daradji. Tous les personnages se révèlent à mesure que Sara entre en contact avec eux. Sara qui est venue dans cette gare, ceinturée d’explosifs en vue de commettre un attentat suicide. Au moment où un homme de la rue, Salam, escroc, voleur et charmeur, dévoile son plan funeste, il est entraîné malgré lui dans une quête d’humanité. L’humain, l’Homme est d’ailleurs le seul parti pris de Mohamad al-Daradji dans sa démarche cinématographique. «En Irak, en raison de toute la violence qu’on a vécue, l’homme est devenu l’équivalent d’un chiffre, tout comme aujourd’hui en Syrie. Mais cet homme encerclé, ce réfugié, qui est-il?».
Pas de dimension politique dans son œuvre, pas d’intérêt non plus dans l’idéologie et les slogans, c’est l’homme qui le porte. D’ailleurs, face à la pensée extrémiste, il a placé un homme de la rue, un escroc, un être humain au-delà de tout. «J’ai travaillé sur le concept que chaque personnage est à la fois bourreau et victime, c’est la nature humaine». Même Sara, la kamikaze, est tout autant victime que bourreau.
Pourtant au départ, ça n’était pas le cas. «Dans les premières moutures du film, j’étais sévère envers la femme kamikaze, comme si c’était une revanche», jusqu’en 2011, où il a eu l’occasion d’entrer dans la prison des femmes terroristes. «J’en ai rencontré quelques-unes, dont l’une très belle et qui ne cillait pas; alors que les autres avaient le regard fuyant, elle, elle regardait droit dans les yeux, et elle me parlait de son expérience. J’ai été étonné, elle pouvait tout aussi bien être une amie, une sœur. Je pensais qu’elle était dépourvue de toute humanité, qu’elle était juste une machine à tuer, à force de les voir comme tels en Irak».

A Bagdad, le cinéma renaît
The journey est le premier film irakien à jouir d’une sortie commerciale en Irak, depuis plus de 27 ans que les salles de cinéma étaient fermées. Avec à son actif six longs-métrages, Mohamad el-Daradji est un des réalisateurs irakiens les plus connus sur la scène internationale, un des pionniers de la renaissance du cinéma irakien. Après 2003, le cinéma irakien connaît ses premiers balbutiements grâce à des initiatives privées, menée par Mohamad el-Daradji et des collègues cinéastes, jusqu’à la création en 2009, de l’Iraqi Independent Film Center, qui s’occupe de l’apprentissage cinématographique des jeunes, du développement du cinéma, de la production et même de la création d’un fonds dédié au cinéma. Loin d’être encore une véritable industrie, le cinéma irakien continue à se développer progressivement, se préoccupant essentiellement de sujets relatifs à l’histoire du pays, l’invasion, la guerre, le règne de Saddam, Daech…

NAYLA RACHED

Invité par Persona Production, l’écrivain Eric-Emmanuel Schmidt sera sur scène du 7 au 10 juin, pour présenter Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran. Par nayla rached

Paris, rue Bleue, dans les années 60. Moïse, onze ans, mal aimé, supporte comme il peut de vivre seul avec son père. Monsieur Ibrahim, le vieux sage, tient l’épicerie arabe et contemple le monde depuis son tabouret. Un jour, le regard de Monsieur Ibrahim rencontre celui de Momo. De conversation en conversation, la vie devient plus souriante et les choses ordinaires extraordinaires…
Cette histoire, on la connaît presque tous, qu’on ait lu le roman d’Eric-Emmanuel Schmidt ou non, qu’on ait vu le film éponyme avec Omar Sharif ou non. Cette histoire, c’est l’un des plus grands succès de Schmidt, traduite en 38 langues, à tel point, comme il le dit, qu’il est devenu désormais, dans beaucoup de pays, «l’auteur de Monsieur Ibrahim».
Récit initiatique, drôle et émouvant, véritable hymne à la tolérance, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est le deuxième volet du Cycle de l’invisible, 6 récits sur l’enfance et la spiritualité, dont font également partie Milarepa, Oscar et la dame rose, L’Enfant de Noé, Le sumo qui ne pouvait pas grossir et Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus.
Paru aux Editions Albin Michel en 2001, le livre est la biographie romancée de son ami Bruno Abraham-Kremer. «Ecrit en quelques jours sur un coin de table pour faire plaisir à un ami», ce monologue fut mis en scène et interprété, durant 600 représentations, en 2001, par Bruno Abraham-Kremer. En 2012, Francis Lalanne interprète le monologue, dans une mise en scène d’Anne Bourgeois, au Théâtre Rive Gauche, à Paris. C’est par un concours de circonstances qu’Eric-Emmanuel Schmidt devient l’acteur de son monologue: en raison d’un engagement préalable, Lalanne était dans l’impossibilité d’assurer neuf représentations. Les amis de Schmidt le poussèrent alors à monter sur scène. Ce baptême terrorisa l’auteur mais obtint une standing ovation du public. Depuis, Eric-Emmanuel Schmidt a interprété son œuvre en France, en Suisse, en Belgique, au Canada, en Italie, aux Etats-Unis…
Avec ce dernier spectacle dans la programmation 2018 de Persona Productions, sa fondatrice Joëlle Zraick, relève cette expérience autre qui attend le public. «Eric-Emmanuel Schmidt est auteur avant tout. On vient le voir dire son propre texte, il y a quelque chose de très touchant dans sa manière de le transmettre au public. C’est une autre expérience sur scène». L’Express, relève un «bijou d’écriture, d’émotion, d’humour». «C’est très drôle et très déchirant», écrit Le Figaro. Et pour Télérama, l’histoire de l’écrivain français est «belle et généreuse, pleine de lumière et de tolérance».
«Lorsqu’il récupérera son vieil exemplaire, affirme Schmidt en 2004, Momo découvrira ce qu’il y avait dans le Coran de Monsieur Ibrahim: des fleurs séchées. Son Coran, c’est autant le texte que ce que Monsieur Ibrahim y a lui-même déposé, sa vie, sa façon de lire, son interprétation. (…) La spiritualité vraie ne vaut que par un mélange d’obéissance et de liberté. Voici donc enfin l’explication qu’on me demande toujours, l’explication de ce mystérieux titre, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran».

Nayla Rached
 

Depuis le 25 février, les planches du théâtre Gemmayzé accueillent la pièce Liaisons dangereuses, adaptée, mise en scène et produite par Joe Kodeih.

On s’est tellement habitués à Joe Kodeih comme un «one man show» qu’on en est venu à oublier presque qu’il est, avant tout, un metteur en scène, un homme de théâtre, ce «concentré de vie», comme il le décrit, cet espace-lieu où «la vie devient meilleure, où elle prend forme comme notre fantasme le souhaite». A la question de savoir si ce théâtre-là lui a manqué, sa réponse fuse aussitôt: «Oui, sûrement, mais je n’ai pas lâché prise entre-temps», travaillant, rappelle-t-il, sur la pièce Rima et sur la mise en scène de Michel et Samir, même si ces deux spectacles s’inscrivent toujours dans le registre de la comédie.
En décidant d’adapter les Liaisons dangereuses, il a fait face à cette même réaction: pourquoi changer une formule gagnante, celle du «one man show», qui était une rémunération à tous les niveaux? Mais Joe Kodeih est retourné à son amour premier, le théâtre, et une pièce en particulier, la première qu’il a jouée de sa vie, en 1993: une adaptation estudiantine des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos dans laquelle il a interprété le rôle de Valmont. C’est donc tout simplement là que réside le pourquoi du comment de l’actuelle adaptation.

 

Un casting solide
Joe Kodeih passe ainsi à un autre registre, une pièce dramatique, même si elle contient des «étincelles de comédie», et même… des pas de danse dans une chorégraphie signée Mazen Kiwan. Merteuil, Valmont, Tourvel, Volanges, Danceny, interprétés respectivement par Bernadette Houdeib, Joe Kodeih, Solange Trak, Patricia Smayra et Bruno Tabbal effectuent cinq danses sur la scène du théâtre Gemmayzé, les personnages mythiques de l’un des plus célèbres romans épistolaires, devenus des symboles, et qui se présentent là dans une adaptation à la fois libanisée et fidèle à l’esprit littéraire du texte, pour en garder intacte son âme, comme l’a voulu Kodeih, plaçant ainsi l’action dans un contexte atemporel, puisqu’il n’y ait pas fait mention du lieu où ça se passe, en France ou au Liban. Dans cette adaptation, un vrai travail de réécriture, le livre garde son titre original, devenu Gharam wa intikam en arabe. Idem en ce qui concerne les noms des personnages qui restent le point central de l’œuvre, puisque Kodeih et son équipe ont effectué une étude développée de leurs personnages, à tous les niveaux, tout aussi bien psychologique que sémiologique et autres.
Joe Kodeih compte sur son casting qu’il estime «très solide» pour tenir le spectacle de bout en bout et tenir, par-là, la concentration du spectateur, pour que ce dernier ne perde pas le fil conducteur de la pièce. A savoir, d’une certaine manière, le rôle de Danceny, puisque tout se passe dans la tête de l’amoureux de Cécile de Volanges, celui qui, au final, a tué Valmont. C’est que le plus important pour Kodeih est que «le spectateur puisse théâtralement suivre et comprendre jusqu’à la fin ce qui se passe sur scène, qu’il parvienne à se concentrer sur la trame et à garder le fil conducteur des événements. Cela n’est pas facile puisqu’il y a une quinzaine de tableaux, il faut donc que je l’aide un peu». Est-ce donc une pièce difficile? «Très accessible, précise-t-il, mais très juteuse. Chaque scène, même si on pourrait croire qu’elle n’est qu’une sorte de lien entre deux grands moments, eh bien non, le moindre détail a été étudié».

 

Au public de décider
Mis à part cet espoir précis, qui ne peut être que le résultat d’un travail rigoureux, Joe Kodeih n’a pas d’attentes particulières de la part du public libanais. «J’ai fait des succès fous et j’ai joué à guichets fermés pendant des mois. Certes, c’est le but de chaque acteur, metteur en scène, producteur, mais je n’ai jamais travaillé de sorte à attirer le public. Si j’ai dix spectateurs ou des salles combles, la qualité de mon travail ne va pas changer. Et à dire vrai, j’ai écrit dans le passé des pièces qui, à mon sens, avaient une valeur dramaturgique, avec seulement une vingtaine de spectateurs dans la soirée, alors que des pièces, que j’estimais être plus légères, ont cartonné. Récemment, on voit sur le marché au Liban l’effet du marketing sur le succès de tel ou tel spectacle. Je respecte cela, mais je suis loin de jouer le jeu. Je fais mon marketing, certes, je travaille d’une manière très agressive, mais avec beaucoup d’amour. Mon but est de faire du théâtre et c’est au public de décider s’il va venir ou pas. Dans le temps, il n’y avait pas Facebook, c’était juste le bouche à oreille; la première semaine, il n’y avait presque personne et puis on jouait durant des mois, et le public s’asseyait par terre».

Nayla Rached

Informations et réservations: Librairie Antoine ou au (76) 409 109.

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Éditorial
Le réflexe de Samson

La guerre menée par les Etats-Unis et ses alliés contre le Hezbollah est entrée dans une nouvelle phase. C’est l’impression qu’ont eue des diplomates européens et des hommes politiques libanais après avoir rencontré des responsables américains ces dernières semaines. Washington durcit progressivement les sanctions contre le Hezbollah dans le but de «l’affamer». Le président Donald Trump a signé, jeudi 25 octobre, un projet de loi élargissant la liste des personnes pouvant être sanctionnées pour avoir fait affaire avec le parti chiite. «Nous allons cibler, déstabiliser et démanteler leurs réseaux opérationnels et financiers, qui étaient nombreux, et qui le sont beaucoup moins maintenant», a-t-il déclaré. Quelques jours plus tôt, le secrétaire américain à la Justice, Jeff Sessions, avait désigné le Hezbollah comme étant une «organisation transnationale criminelle contre laquelle les Etats-Unis vont mener des enquêtes approfondies et engager des poursuites». «Une équipe spéciale de procureurs expérimentés dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogue, le terrorisme, le crime organisé et le blanchiment d’argent va enquêter sur des individus et réseaux soutenant le Hezbollah», a affirmé Jeff Sessions. Le durcissement des sanctions américaines n’est pas une surprise. Dans une interview publiée par le quotidien israélien The Jerusalem Post à la mi-août, un ancien chef du Mossad, Tamir Pardo, avait reconnu qu’il n’était plus possible de vaincre militairement le Hezbollah mais qu’il fallait imposer des sanctions au Liban pour en venir à bout. Cette nouvelle stratégie mise au point entre Washington et ses proches alliés n’a pas échappé au commandement du parti, qui les prend très au sérieux. «Le Hezbollah fait l’objet de pressions, a déclaré Sayyed Hassan Nasrallah dans un de ses discours de Achoura. C’est plutôt une menace psychologique qu’une véritable menace. Ceux qui conspirent contre notre région, comme Israël, les Etats-Unis et leurs alliés, ne reconnaîtront pas notre victoire. Ils ont échoué dans la guerre militaire contre nous, alors ils essaient de nous frapper de l’intérieur».   Le Hezbollah pense que le véritable objectif des mesures américaines est de l’isoler sur le plan interne en le coupant de sa base populaire et de ses soutiens au sein des autres communautés. C’est ce qui expliquerait le fait que les sanctions pourraient être progressivement élargies pour englober des noms et des entités qui ne sont pas forcément liés au parti mais qui appartiennent à des alliés de différentes communautés. Des sources informées affirment, qu’à terme, entre 300 et 1 000 noms seraient inscrits sur les listes américaines. Si elle est prise, une telle mesure risquerait d’avoir de sérieuses répercussions sur l’économie. C’est cela qui a inquiété les diplomates européens et les hommes politiques libanais, qui ont senti que Washington ne se souciait plus de la stabilité du Liban et avait développé un réflexe de Samson, qui a détruit le temple sur sa tête et sur celles de ses ennemis philistins. Le Hezbollah ne reste pas les bras croisés face à ce changement de tactique. Il a lui aussi entamé une nouvelle étape de son parcours politique. La première étape, en 1992, a été son entrée sur la scène politique libanaise avec sa participation aux élections législatives. La deuxième, en 2005, a marqué sa participation au pouvoir exécutif, avec, pour la première fois, des ministres nommés au gouvernement. En 2018, le Hezbollah entame la troisième étape: la conquête de l’administration publique.


 Paul Khalifeh
   

Santé

Le diabète au Liban. Presque un demi-million de cas
Avec 425 millions1 de personnes qui en sont atteintes dans le monde et 464000 au Liban, le diabète est, avec l’hypertension…

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