Culture
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Nº 3088 du vendredi 6 avril 2018

Culture

C’est au Couvent Saint-Roch (Mar Roukoz) à Dekwané que peintures, icônes, ciboires, croix, ouvrages, etc., racontent toute une histoire. Celle des pères antonins, qui, au fil des années, ont réussi à conserver leur patrimoine religieux.

C’est en 1998 que l’idée de fonder un musée rassemblant le patrimoine artistique, cultuel et culturel de l’Ordre antonin maronite a germé. C’est durant la période des préparatifs du jubilé tricentenaire de l’OAM que le P. Abbé Hanna Slim, Supérieur général de l’Ordre à l’époque, manifeste sa demande explicitement. Entre 1998 et 1999, deux religieux antonins, Frère Saliba et Père Germanos se sont attelés à rassembler, à partir des couvents et archives de l’Ordre, les pièces significatives susceptibles d’intégrer la collection du musée antonin. Au cours de l’été 1999, le musée en question est installé dans les caves du Couvent Saint-Roch – Dekwané, qui ont été aménagées à cet effet. En 2008, les caves-locaux ont été transformées en un grand réfectoire et en un salon. Les responsables ont donc été obligés de déménager le musée vers les sous-sols du couvent où une grande galerie en forme de L ainsi qu’une salle-dépôt ont été équipées pour accueillir, dans les meilleures conditions, la collection du musée.
Depuis 2011, le musée est entretenu, avec l’arrivée de nouvelles acquisitions, qui bien que limitées, sont d’une très grande valeur. On peut ainsi y trouver une collection d’une soixantaine d’icônes russes, une chapelle entière, composée de deux croix d’autel, un ostensoir, un ciboire, un calice et une patène en or et en argent massif, en plus de quelques legs d’objets en provenance de plusieurs couvents.

Profil et type de collections
«Depuis sa fondation, le musée a pour mission la préservation et la mise en relief du patrimoine antonin qui prend son identité de celle de l’Ordre, fondé en 1700. Il ne s’agit ni d’une collection d’antiquités disparate, ni d’un dépôt de conservation, ni d’une galerie de curiosités», explique le Père Germanos Germanos, que Magazine a rencontré. Ce dernier indique que les pièces qui constituent la collection du musée appartiennent majoritairement à la catégorie de l’art sacré et des objets de culte et d’ornements liturgiques. Y figurent aussi des anciens manuscrits, livres et documents liturgiques et/ou bibliques. Une autre partie de cette collection témoigne de la production artistique et/ou littéraire des Antonins. S’y ajoutent une collection d’icônes byzantines, russes et syriennes, un ensemble de toiles représentant des saints et des scènes bibliques ou des portraits de religieux antonins ainsi que des objets archéologiques divers. «L’identité commune à tous ces objets historiques est leur passage entre les mains des Antonins ainsi que leur utilisation dans les maisons et couvents de la congrégation, principalement pour la liturgie, la dévotion et la prière. Si le musée est évidemment un lieu d’exposition, il demeure un lieu marqué par le sacré. Il ne prête pas seulement à voir et à apprécier la beauté des pièces exposées et mises en valeur, mais surtout à méditer, prier, approfondir son identité antonine et chrétienne et à entrer en communion avec ceux qui nous ont devancés dans le cheminement de la foi», ajoute le prêtre.

Ouverture au public
La majorité des pièces formant la collection muséale remonte principalement aux XXème, XIXème, XVIIIème siècles et – rarement – au XVIIème. Ce patrimoine précieusement conservé dans les couvents, le musée et les archives est soigneusement répertorié. Le lieu renferme également une copie des rares exemplaires sauvegardés jusqu’à nos jours de l’Evangilium arabicum, premier évangile imprimé à Rome en langue et caractères arabes en 1590-1591 par l’imprimerie des Médicis à Rome. En collaboration avec l’université Antonine et les imprimeries Chemaly & Chemali, cet évangile a été reproduit en 300 exemplaires fac simile numérotés avec couverture fait-main en cuir véritable, incrustée d’une plaque d’émail exécutée manuellement par l’atelier Chéhab. Le musée connaît une remise en état en vue de son ouverture au public. Une vraie richesse à découvrir sous tous ses aspects…

Natasha Metni Torbey
 

«La vie nous fait à l’aube, une promesse qu’elle ne tient jamais». Les mots éternels de La promesse de l’aube de Romain Gary sont transposés à l’écran dans une adaptation française réalisée par Eric Barnier et mettant à l’affiche Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg.


En 1960, vingt ans avant qu’il ne se donne la mort, Romain Gary publie La promesse de l’aube, roman phare de sa biographie, aux côtés des Racines du ciel (Goncourt 1956) et La vie devant soi, publié sous le pseudonyme d’Emile Ajar (Goncourt 1975). Cinquante-sept ans plus tard, Eric Barbier l’adapte au cinéma avec Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg. Il s’agit là de la deuxième adaptation cinématographique du roman, après celle de Jules Dassin, en 1971, interprétée par Assi Dayan et Mélina Mercouri.
En quelques secondes, la bande-annonce donne le ton: un souffle épique, une impression de saga grandiose, luxueuse, effets spéciaux à l’appui. Avec un budget de 24 millions d’euros – fait très rare dans le cinéma français–, et un tournage de 14 semaines effectué dans cinq pays, La promesse de l’aube s’annonce comme un blockbuster en devenir, à l’adresse de tout public, comme dans une volonté de débarrasser le roman de son cadre élitiste.
Et tant mieux, car cela ne peut que donner envie de se jeter sur le livre, de le découvrir, ou de le relire. Relativement peu connu, le réalisateur Eric Barbier s’est vu confier cette adaptation par le producteur Eric Jehelmann. Un double défi d’un côté comme de l’autre, avec tous les risques que l’adaptation d’un roman culte peut impliquer: face à un public qui s’attend à y retrouver l’esprit originel de l’œuvre, et dans la réalisation du projet lui-même. Avec ce roman initiatique qui retrace 30 ans de la vie de Romain Gary, Eric Barbier et Marie Eynard ont été confrontés à une multitude de difficultés dans leur travail d’adaptation, pour conserver l’essence du roman, tout en le réduisant des deux tiers. Prenant comme exemple Little Big Man d’Arthur Penn, Eric Barbier a décidé de suivre le fil conducteur de l’œuvre, «le lien entre (Romain Gary) et sa mère, cette espèce d’amour dévorant qu’elle a pour lui, et que lui a pour elle».

Hommage à L’amour maternel
Le spectateur suit ainsi l’enfance de Romain Gary, en Pologne, en passant par sa jeunesse sous le soleil de Nice jusqu’à ses exploits d’aviateur pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet acharnement à vivre mille vies, à devenir un grand homme et un écrivain célèbre, c’est à Nina, sa mère, qu’il le doit. C’est l’amour fou de cette mère attachante et excentrique qui fera de lui l’un des romanciers majeurs du XXe siècle, avec une vie pleine de rebondissements, de passions et de mystères. Un amour maternel sans bornes qui sera aussi son fardeau pour la vie.
Dans le rôle de l’écrivain, Pierre Niney affiche son excitation à incarner «un personnage extrêmement attachant», au «parcours hallucinant», au cœur d’un film qui est «un hommage à ce roman, à cette vie et à l’amour maternel en général». Face à lui, Charlotte Gainsbourg, s’est glissée dans la peau de Nina, «mère assez monstrueuse, possessive, mais folle de son fils», sans «une once d’hésitation».
Le film divise la critique qui lui reproche essentiellement un manque d’émotion. Le journal Le Monde évoque une version «qui souffre de tous les maux trop souvent vus dans le cinéma français populaire, et nous fait l’effet d’un énième blockbuster délavé qui coûte trop cher pour ce qu’il est, à savoir une illustration du roman, ni plus ni moins, sans supplément d’âme, sinon celui de ses deux acteurs-stars». D’autres critiques préfèrent temporiser. Les Fiches du cinéma relèvent «une adaptation sage mais réussie». Libération met en avant un «scénario (qui) a l’intelligence de ne jamais perdre de vue le fait que le roman de Romain Gary relève autant de l’affabulation que de l’autobiographie». Pour Paris-Match, «la promesse est tenue». Le meilleur moyen de se forger son propre avis, maintenant que toutes les cartes sont sur la table, sera d’aller voir le film.

Circuit Empire

Nayla Rached

Convié par l’Institut français du Liban, Michel Ocelot revient pour présenter des séquences de son prochain film d’animation, Dilili à Paris, au cinéma Montaigne. Il sera aussi l’invité d’honneur de My Youth Film Festival, organisé par Metropolis.

Comment vous est venu Dilili à Paris?
Je m’applique à explorer tous les aspects passionnants de la planète. La France est un de ces endroits, en particulier Paris. Et comme j’y habite, la célébration était particulièrement facile. Parallèlement à une civilisation intéressante, créatrice et prenant en compte hommes et femmes ensemble, j’ai montré l’inverse: les hommes se tenant mal avec femmes et filles, phénomène grave et mondial.

Vous avez passé votre enfance à Conakry avant de vous installer à Angers, y-a-t-il un peu de vous dans cette petite fille?
Bien sûr! Il est rare qu’un héros ne soit pas une variation sur l’auteur lui-même —un héros ou plusieurs en même temps. Je suis aussi Orel, le grand garçon livreur en tricycle.

Pourquoi avoir choisi la Belle époque comme cadre temporel à votre récit?
Pour une raison assez frivole, les dernières robes longues en Occident, c’est si beau. En étudiant l’époque, j’ai constaté qu’on buttait dans un grand personnage à tous les coins de rue, Picasso, Marie Curie, Proust, Eiffel, Toulouse-Lautrec, Rodin, Renoir, Zola, Isadora Duncan, les frères Lumière…

Comment envisagez-vous les nouvelles techniques de réalisation dans l’animation?
J’y suis plutôt à l’aise, même si parfois je les maudis, comme toutes les techniques par lesquelles je suis passé… La 3D informatique est lourde, nécessite trop de corps de métiers différents. Elle fait regretter la simplicité et le bricolage du papier découpé. Mais elle permet bien des perfectionnements impossibles en dessin animé traditionnel.

Qu’est-ce qui vous attire dans l’univers du conte et de l’enfance?
Je ne cherche pas particulièrement l’enfance, c’est une étiquette qu’on me met. J’ai trouvé mon langage avec le conte, j’y tiens et je continue. Le conte répond à mes deux désirs. D’un côté je veux faire du beau, de l’agréable. Avec le conte, c’est facile. D’un autre côté, je veux traiter tous les sujets. Avec le conte, tout est possible et net. On va droit où il faut aller, sans se prendre les pieds dans les câbles de la vraisemblance qui n’a rien à voir avec le message voulu. Dans la forme «contes», je suis comme un poisson dans l’eau.

Quel souvenir gardez-vous de vos deux derniers voyages au Liban?
Je me suis senti rempli à ras-bord d’impressions. La beauté des lieux et des paysages, les délices de la cuisine… Une fascination pour un pays à à la complexité exceptionnelle. De l’admiration et aussi de l’embarras à la vision, la première fois, de traces terribles de l’interminable guerre civile. J’ai été séduit pas les gens, par leur aisance dans les langues. Je me souviens avoir rencontré une jeunesse séduisante au possible. Cette fois, je vais me laisser aller et goûter tranquillement tout ce qui s’offre à moi.

Philippine de Clermont-Tonnerre

Jeudi, 05 Avril 2018 20:41

Bipod 2018. Une ode à la femme

Du 11 au 27 avril, la 14e édition de Bipod accueille au Liban 11 performances internationales, et 8 performances d’artistes arabes, dans le cadre de Moultaka Leymoun. Au centre de cette effervescence, la femme.

La 14e édition de Bipod (Beirut International Platform of Dance) célèbre la femme. «Les femmes chorégraphes, mais aussi toutes les femmes qui se battent chaque jour, dans l’espace public ou dans l’espace privé, et qui continuent à traverser la vie de manière remarquable. A toutes les femmes qui le sont, et à toutes les femmes en devenir, ce festival vous est dédié»,  affirme Mia Habis, directrice artistique du festival. Le ton est donné: une grande partie des performances internationales qui seront présentées au public libanais sont l’œuvre de chorégraphes et de danseuses femmes. «Mais il y a des hommes aussi», ajoute Omar Rajeh, fondateur de Bipod et de Maqamat.
Onze performances internationales sont au programme, d’Italie, avec un focus italien cette année, d’Espagne, d’Allemagne, d’Islande, de Norvège et des Etats-Unis. Pour la première fois, en effet, l’ambassade américaine au Liban s’est joint à la longue liste des fidèles partenaires de Bipod, au moment où cette 14e édition marque l’absence du British Council et de l’Institut Français du Liban.
Dans le cadre de Bipod également, la 7e édition de Moultaka Leymoun, cette plateforme dédié à la promotion des artistes, danseurs et chorégraphes, du monde arabe. Du Liban, de Palestine, de Syrie, d’Iraq, mais aussi d’Iran. Une vingtaine d’artistes auront l’occasion, non seulement de présenter leurs performances, mais aussi de rencontrer des professionnels internationaux afin d’établir des collaborations.
Au sein des performances, projections de films, ateliers de travail, conférences, débats, expositions, notons le débat, prévu le 14 avril, à 15h: We women, the inside story, modéré par Nayla Tamraz, avec Asma Andraos, Hania Mroué, Taghreed Darghout, Georgette Gebara, Nayla de Freige et Nadine Touma. Après l’hommage rendu l’an dernier à Abdel Halim Caracalla, cette année c’est à Georgette Gebara, figure pionnière de la danse au Liban, que sera consacré le Takreem de Bipod, le 15 avril, à 11h. Bipod 2018 sera clôturé par une exposition de clichés de Myriam Boulos qui accompagnera, équipée de son appareil, tout le festival, des coulisses aux représentations jusqu’au mouvement des spectateurs.
La plus grande partie des événements et des performances auront lieu à D Beirut, à la Quarantaine, en attendant l’inauguration de Citerne Beirut, en septembre, dans son emplacement permanent.


Au Programme
11 avril: Sol Picó, We Women (Espagne).
12 avril: Erna Ómarsdóttir, IBM 1401, a User ́s Manual (in memoriam) (Islande).
17 avril: Cristina Morganti, Jessica & Me (Italie).
18 avril: Soirée «double bill»: Annamaria Ajmone, Trigger – Jacopo Jenna, Choregraphing Rappers (Italie) – 19h*.
18 avril: Silvia Gribaudi, ROSA (Italie), 21h*.
19 avril: Scarlett’s Ruth Childs, Pastime/Carnation/Museum Piece by Lucinda Childs (Etats-Unis/Switzerland).
20 avril: Aldes/Roberto Castello, In Girum Imus Nocte Et Consumimur Igni (Italie).
22 avril: Wee/Francesco Scavetta, Lost Accidentally (Norvège).
24 avril: Anna Konjetsky, Wah Wah (Allemagne).
27 avril: Israel Galván, FLA.CO.MEN (Espagne).
*D Beirut, 20h30, sauf mention contraire.

Les performances de Moultaka Leymoun:
13 avril
19h: Charlie Prince et Hoor Malas, Taraneem (Liban/Syrie).
20h30: Hamdi Dridi, Tu meurs de terre (Turquie) – Yara Boustany, ēvolvō (Liban).

14 avril:
19h: Bassam Abou Diab, Of what I remember (Liban)
20h30: Mitra Ziae Kia et Hiva Sedaghat, Through the skin (Iran)
21h30: Sarah Gabr, Rebound (EG) – Musée Sursock (en plein air)*.

15 avril:
20h30: Hamdi Dridi, I listen (you) see (Turquie) – Yazan Iwidat,
Running away (Palestine).
*D Beirut, sauf mention contraire.

Plus d’infos sur: www.maqamat.org
Billets en vente à la Librairie Antoine
et en ligne: www.antoineticketing.com

Nayla Rached

 

Chorégraphe et danseur, Ali Chahrour a percé sur la scène locale et internationale à travers sa trilogie sur la mort, dont le dernier volet sera présenté en juillet au Festival d’Avignon. Parce que le corps est porteur d’un héritage, d’une mémoire, d’un inconscient contextualisé, Ali Chahrour dessine les contours du corps libanais.


Pourquoi faire de la danse à Beyrouth? Pourquoi faut-il nécessairement exporter des techniques occidentales de danse contemporaine et essayer de les adapter à des concepts locaux? Comment extraire les particularités du corps arabe, libanais plus particulièrement? Autant d’interrogations que Ali Chahrour s’est posées, ne cesse de se poser, et qui furent  le point de départ se sa trilogie sur la mort: Fatmeh, Leila se meurt et May he rise and smell the fragrance. Une trilogie dont le succès a dépassé les frontières du pays, à la plus grande surprise du principal concerné. Depuis cinq ans que Fatmeh a été présenté pour
la première fois à Beyrouth, Ali Chahrour tourne encore de par le monde: Budapest, Dublin, Naples et en juillet, May he rise sera présenté au Festival d’Avignon, là où en 2016, il avait déjà présenté les deux premiers volets.
La seule mention de ce festival prestigieux sur son CV suffit à booster sa visibilité sur la mappemonde. Mais Ali Chahrour garde les pieds sur terre, bien ancrés dans son sol natal, conscient des petits dangers que pourrait représenter une telle visibilité, des filets d’un tel système bien établi qui pourrait le happer. «J’essaie de faire en sorte que cela n’influe pas sur mon travail quand je me penche sur une nouvelle création au Liban». Penser au préalable que la pièce va tourner dans le monde pourrait en effet impacter sa manière de travailler, sa technique, ses collaborations, le public auquel il s’adresse. Non, Ali Chahrour tient à garder l’authenticité, la liberté et la créativité de son travail, ici, «où tout est différent».

Après Thanatos, Eros
C’est donc à Beyrouth que Ali Chahrour a récemment entamé sa nouvelle création, par une résidence de trois semaines aux studios Zoukak. «Quand je me lance sur un nouveau projet, je ne peux le faire qu’à Beyrouth, les premières semaines du moins. C’est ici que l’équipe doit se rencontrer, répéter. Que ce soit basé sur l’énergie locale». Et c’est toujours au public libanais en premier que s’adressera la performance, plus précisément en janvier 2019. Elle est pensée comme la première partie d’une trilogie, axée cette fois sur l’amour.
Tout comme pour ses précédentes créations, Ali Chahrour ne travaille pas avec des danseurs professionnels. Ses collaborateurs aujourd’hui, Hala Omran, Sharif Sahnaoui, Aya Metwalli et Simona Abdallah, oscillent entre la performance et la musique. «J’ai envie d’expérimenter avec le corps qui n’est pas entraîné à la danse. Un danseur professionnel trouve les solutions faciles et techniques dans son corps. Mais ce qui m’intéresse c’est justement comment un corps qui vit au Liban, qui a tout cet héritage, qui n’est pas habitué à bouger dans un certain mouvement, va trouver d’autres solutions: il va aller vers quelque chose d’instinctif, d’organique. Les interprètes m’intéressent aussi en tant qu’individus. Je sens qu’ils ont quelque chose de très fort à dire sur scène».
A Beyrouth, les rencontres deviennent, des collaborations. Ali Chahrour aime prendre son temps avant d’approcher les gens avec une idée de projet. Ici, on se croise au détour des événements culturels, d’une rencontre, d’un café, d’une discussion, Ali Chahrour parle de son projet pour voir à quel point son interlocuteur est intéressé. Les discussions s’intensifient avant d’aboutir à une collaboration, parce que l’engagement que cela implique est intense, de longue durée. Parfois il peut s’étaler sur 3 ou 4 ans. «J’ai été très chanceux de ce côté-là; les personnes avec qui j’ai collaboré ont porté plus loin ma proposition originale. Il faut de la confiance, une grande confiance. Parce que les sujets qu’on traite sont difficiles à gérer, à digérer, très sensibles. Emotionnellement, parfois, les interprètes ont été blessés, mais ils ont continué jusqu’au bout».
Le chorégraphe est conscient que ce qu’il propose à ses collaborateurs est loin d’être de tout repos, que cela implique de leur part de se mettre à nu, corps et cœur, d’être authentiques. «Je traite avec des êtres humains qui deviennent tellement fragiles sur scène. C’est très beau mais en même temps difficile à porter. Chaque performance est un combat émotionnel, technique, créatif et au niveau de la production aussi».
Le monde avec son corps. Pour pouvoir gérer toutes ces responsabilités, Ali Chahrour réalise qu’il ne peut pas toujours être danseur dans ses propres chorégraphies. Il l’a fait à deux reprises, et ça a été éprouvant, fatigant. Dans sa nouvelle création, pour le moment, il ne compte pas être sur scène. Mais la tentation est toujours là. «Je préfère davantage être danseur que chorégraphe. Cela me permet d’expérimenter et d’approcher le monde différemment, de manière physique, organique, avec mon corps, et non intellectuellement. Cela s’imprègne davantage dans la mémoire».
Aujourd’hui, la danse est inscrite dans l’ADN de Ali Chahrour. C’est son métier, sa passion, son centre d’intérêt, sa reconnaissance. Pourtant, ce fut presque un hasard. On aimerait penser que c’était une passion d’enfance, une détermination à réaliser un rêve, à affronter toutes les difficultés que cela aurait pu poser dans le pays dans lequel on vit. Dans sa manière de se raconter, il semble anticiper toute idée préconçue, le sourire toujours doucement posé sur ses lèvres, les mots s’agençant en images. Après ses études scolaires, il s’inscrit en théâtre à l’Université libanaise, juste parce qu’il aime les planches, sans trop savoir exactement ce que c’est. Une passion dans laquelle il s’est lancé. «Et comme je suis le gâté de la famille, on m’a laissé faire ce que je veux. Ce n’est pas plus profond que cela», ajoute-t-il en riant doucement. En 2e année de fac, il prend des cours de danse et d’expression corporelle avec Omar Rajeh, cours auxquels il adhère immédiatement, inconscient alors de sa flexibilité.
A partir de là, les choses commencent à devenir plus claires. Il collabore avec Omar Rajeh dans plusieurs spectacles, et dans le cadre des tournées à l’étranger, Ali Chahrour reste quelque temps dans le pays où la troupe a atterri pour suivre cours et formations. «Là où il y avait un workshop, ici ou ailleurs, je me jetais. J’essayais tout, surtout de la danse contemporaine». A partir d’un certain moment, on ne peut plus être dilettante, il faut assumer son choix, être à la hauteur de cette responsabilité, faire ses preuves dans ce métier de scène qui, dit-on souvent, ne nourrit pas son homme.
Parallèlement, son approche de la danse commence à changer. Entre deux duos avec Emilie Thomas, dans le cadre de Maqamat, (On the lips snow et Danas), il rencontre la compagnie Zoukak et collabore avec eux. Une riche expérience, porteuse d’espoir, contagieuse de par la passion que cette compagnie voue au théâtre, combinant plaisir et sérieux. Il arrête de travailler avec Omar Rajeh, son intérêt se portant ailleurs, là où justement se fait plus urgente la question de la contextualisation du corps. Et Fatmeh fut, en 2013. Une de ses meilleures expériences, qui a marqué un virage dans son parcours. «Oui, je peux continuer tout seul dans ce domaine et créer quelque chose dans ce pays».

 

Photos: L. Philippe - D. Houcmant - Z. Ceblany - H. Hote -T. Mokadem.

Nayla Rached

Depuis le 25 février, les planches du théâtre Gemmayzé accueillent la pièce Liaisons dangereuses, adaptée, mise en scène et produite par Joe Kodeih.

On s’est tellement habitués à Joe Kodeih comme un «one man show» qu’on en est venu à oublier presque qu’il est, avant tout, un metteur en scène, un homme de théâtre, ce «concentré de vie», comme il le décrit, cet espace-lieu où «la vie devient meilleure, où elle prend forme comme notre fantasme le souhaite». A la question de savoir si ce théâtre-là lui a manqué, sa réponse fuse aussitôt: «Oui, sûrement, mais je n’ai pas lâché prise entre-temps», travaillant, rappelle-t-il, sur la pièce Rima et sur la mise en scène de Michel et Samir, même si ces deux spectacles s’inscrivent toujours dans le registre de la comédie.
En décidant d’adapter les Liaisons dangereuses, il a fait face à cette même réaction: pourquoi changer une formule gagnante, celle du «one man show», qui était une rémunération à tous les niveaux? Mais Joe Kodeih est retourné à son amour premier, le théâtre, et une pièce en particulier, la première qu’il a jouée de sa vie, en 1993: une adaptation estudiantine des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos dans laquelle il a interprété le rôle de Valmont. C’est donc tout simplement là que réside le pourquoi du comment de l’actuelle adaptation.

 

Un casting solide
Joe Kodeih passe ainsi à un autre registre, une pièce dramatique, même si elle contient des «étincelles de comédie», et même… des pas de danse dans une chorégraphie signée Mazen Kiwan. Merteuil, Valmont, Tourvel, Volanges, Danceny, interprétés respectivement par Bernadette Houdeib, Joe Kodeih, Solange Trak, Patricia Smayra et Bruno Tabbal effectuent cinq danses sur la scène du théâtre Gemmayzé, les personnages mythiques de l’un des plus célèbres romans épistolaires, devenus des symboles, et qui se présentent là dans une adaptation à la fois libanisée et fidèle à l’esprit littéraire du texte, pour en garder intacte son âme, comme l’a voulu Kodeih, plaçant ainsi l’action dans un contexte atemporel, puisqu’il n’y ait pas fait mention du lieu où ça se passe, en France ou au Liban. Dans cette adaptation, un vrai travail de réécriture, le livre garde son titre original, devenu Gharam wa intikam en arabe. Idem en ce qui concerne les noms des personnages qui restent le point central de l’œuvre, puisque Kodeih et son équipe ont effectué une étude développée de leurs personnages, à tous les niveaux, tout aussi bien psychologique que sémiologique et autres.
Joe Kodeih compte sur son casting qu’il estime «très solide» pour tenir le spectacle de bout en bout et tenir, par-là, la concentration du spectateur, pour que ce dernier ne perde pas le fil conducteur de la pièce. A savoir, d’une certaine manière, le rôle de Danceny, puisque tout se passe dans la tête de l’amoureux de Cécile de Volanges, celui qui, au final, a tué Valmont. C’est que le plus important pour Kodeih est que «le spectateur puisse théâtralement suivre et comprendre jusqu’à la fin ce qui se passe sur scène, qu’il parvienne à se concentrer sur la trame et à garder le fil conducteur des événements. Cela n’est pas facile puisqu’il y a une quinzaine de tableaux, il faut donc que je l’aide un peu». Est-ce donc une pièce difficile? «Très accessible, précise-t-il, mais très juteuse. Chaque scène, même si on pourrait croire qu’elle n’est qu’une sorte de lien entre deux grands moments, eh bien non, le moindre détail a été étudié».

 

Au public de décider
Mis à part cet espoir précis, qui ne peut être que le résultat d’un travail rigoureux, Joe Kodeih n’a pas d’attentes particulières de la part du public libanais. «J’ai fait des succès fous et j’ai joué à guichets fermés pendant des mois. Certes, c’est le but de chaque acteur, metteur en scène, producteur, mais je n’ai jamais travaillé de sorte à attirer le public. Si j’ai dix spectateurs ou des salles combles, la qualité de mon travail ne va pas changer. Et à dire vrai, j’ai écrit dans le passé des pièces qui, à mon sens, avaient une valeur dramaturgique, avec seulement une vingtaine de spectateurs dans la soirée, alors que des pièces, que j’estimais être plus légères, ont cartonné. Récemment, on voit sur le marché au Liban l’effet du marketing sur le succès de tel ou tel spectacle. Je respecte cela, mais je suis loin de jouer le jeu. Je fais mon marketing, certes, je travaille d’une manière très agressive, mais avec beaucoup d’amour. Mon but est de faire du théâtre et c’est au public de décider s’il va venir ou pas. Dans le temps, il n’y avait pas Facebook, c’était juste le bouche à oreille; la première semaine, il n’y avait presque personne et puis on jouait durant des mois, et le public s’asseyait par terre».

Nayla Rached

Informations et réservations: Librairie Antoine ou au (76) 409 109.

Vendredi, 15 Janvier 2016 03:13

Semaine du 15 au 21 janvier

L’affaire SK1
Samedi 16 à 21h55, C+
de Frédéric Tellier
Raphaël Personnaz, Nathalie Baye, Olivier Gourmet et Michel Vuillermoz
En 1991, Franck Magne est un jeune inspecteur du Quai des Orfèvres qui subit le baptême du feu avec l’enquête sur l’assassinat d’une jeune fille. Très vite, d’autres cas semblables (meurtres, viols et tortures) s’accumulent. Magne comprend vite que c’est l’œuvre d’une seule et même personne. Bougon, son supérieur, lui conseille de ne pas trop s’impliquer. Trop tard: Magne n’a de cesse de débusquer l’assassin, jusqu’à mettre à mal sa vie de famille. D’énormes effectifs sont déployés pour traquer le monstre qui est finalement arrêté. Magne croise sur sa route Frédérique Pons, une avocate passionnée, décidée à comprendre la personnalité du meurtrier… (120’, 2014)

 

Les gamins
Dimanche 17 à 21h55, TF1

d’Anthony Marciano
Alain Chabat, Max Boublil, Sandrine Kiberlain, Mélanie Bernier et Alban Lenoir
Très amoureux, Thomas et Lola projettent de se marier. La jeune femme décide de présenter son fiancé à ses parents, Suzanne et Gilbert. Mais ce dernier est en pleine crise: il est convaincu d’avoir raté sa vie à cause de sa femme et de sa fille. Après l’annonce du prochain mariage de cette dernière avec Thomas, il prend le jeune homme sous son aile et lui met en tête de renoncer au mariage pour préserver sa liberté. Il réussit d’ailleurs à le convaincre de tout quitter. Les deux nouveaux amis partent ensemble à l’aventure. Le duo mène dorénavant une vie de gamins, sans horaires et sans contraintes, rythmée par de nombreuses péripéties… (115’, 2013)

 

Les trois prochains jours
Mardi 19 à 22h00, D8

de Paul Haggis
Russell Crowe, Elizabeth Banks, Liam Neeson et Olivia Wilde
A Pittsburgh, John Brennan et sa femme Lara filent le parfait amour et sont les parents d’un adorable petit Luke. Mais un matin, la police débarque chez le couple et arrête Lara qu’elle soupçonne du meurtre de sa patronne. Trois ans plus tard, Lara est toujours en prison et ne voit plus son mari et son fils que lors des visites. Luke se montre de plus en plus distant vis-à-vis de sa mère. John, de son côté, n’a jamais douté de l’innocence de sa femme. Lorsque son dernier appel est rejeté, Lara tente de se suicider. Pour John, il n’y a maintenant plus qu’une solution: faire évader sa femme. Il demande de l’aide au célèbre roi de l’évasion, Damon Pennington... (145’, 2010)

 

Flic, tout simplement
Mercredi 20 à 21h55, F2

d’Yves Rénier
Mathilde Seigner, Philippe Torreton, Yves Rénier et Jean-Marie Winling
Première femme nommée à la tête de la prestigieuse Crim’, Martine Monteil s’est fixé comme priorité absolue de traquer le «tueur de l’Est parisien». Tout en combattant les préjugés, elle entreprend de faire collaborer des services parfois rivaux. Son but: imposer la création d’un fichier des empreintes ADN pour confondre Guy Georges… (95’, 2014)

Phénomène
Jeudi 21 à 21h55, NRJ 12

de Jon Turteltaub
John Travolta, Kyra Sedgwick, Forest Whitaker et Robert Duvall
George Malley, un mécanicien, est apprécié de tous. Il passe ses journées avec son ami Nate, un jeune Noir. Lace, une femme qui élève seule ses deux enfants, lui apporte des chaises de sa confection à vendre. Personne ne les achète, mais George les accepte malgré tout, car il a un faible pour la jeune femme. Le soir qui vient est particulièrement important: toute la ville s’apprête à célébrer le trente-septième anniversaire de George. Alors que la fête bat son plein, il sort seul prendre l’air quand une boule de feu, venue de nulle part, le heurte en plein visage. Mais lorsqu’il interroge ses amis, étrangement, ces derniers lui soutiennent n’avoir rien vu ni entendu. Puis, il rentre chez lui et se met à lire. Car George, dorénavant, est doté de pouvoirs extraordinaires... (140’, 1996)

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Éditorial
Déficit de confiance

Les Libanais n’attendaient pas la mise en garde du président Michel Aoun sur le danger de la faillite de l’Etat pour se rendre compte de la gravité de la situation. Un vent de panique, encore contenu, bruisse dans le pays. Des rumeurs mais aussi des informations vraies sur la fragilité des finances publiques foisonnent. On chuchote au sujet de la fuite de capitaux; d’un infléchissement de la politique monétaire de la Banque du Liban, suffisamment important pour provoquer l’effondrement du cours de la monnaie nationale d’ici la fin de l’année; on murmure que la banque centrale cherche, désespérément et difficilement, à acquérir des dollars pour renforcer ses réserves. Les analyses prévoyant un conflit régional d’envergure, dont une attaque israélienne contre le Liban ne serait que l’une des facettes, n’arrangent pas les choses. Les menaces israéliennes d’une «guerre destructrice» contre le Hezbollah, proférées lundi, les confirment. Les craintes sont tellement tenaces que même la «positive attitude» des plus optimistes ne parvient plus à les atténuer… ni les «bonnes nouvelles» attendues de la conférence Cèdre I.      Un déficit de confiance fondamental semble s’être installé dans le pays. Tous les jours, la méfiance grandit et enfouit ses racines plus profondément. Le plus grave, c’est que lesdites «mesures d’austérité» adoptées par le gouvernement dans le cadre du projet de budget 2018 ne sont perçues, par une majorité de Libanais, que comme de la poudre aux yeux. Ce n’est pas en réduisant de 20% les dépenses des ministères que l’on règlera le problème. Un telle démarche est non seulement insuffisante mais aussi contre-productive, car les coupes touchent indistinctement tous les ministères, y compris, par exemple, celui des Affaires sociales, qui apporte une aide modeste mais salutaire à des milliers de familles qui peinent à remplir leur panier de la ménagère.Une fois de plus, le gouvernement ne regarde que la partie visible de l’iceberg. Il ignore le vrai problème, celui de la corruption institutionnalisée, de ces minces mais intarissables filets de gaspillage, qui pompent des milliards tous les jours. Une fois de plus, l’Etat ponctionne le portefeuille déjà vide des classes les plus démunies, et ferme les yeux face aux abus des plus puissants. Qu’en est-il des biens maritimes exploités illégalement? Des évasions fiscales? Des catégories de privilégiés ou de protégés qui inondent le marché de biens manufacturés importés sans payer un sou à la douane? Des milliards dépensés par les officiels en voyages, aux frais du contribuable? Des commissions payées et perçues dans le cadre de contrats de gré à gré? La liste est interminable…Le déficit des finances est, désormais, couplé à un défaut de confiance. Les soins palliatifs ne sont plus utiles. Un traitement lourd est nécessaire. Y a-t-il un médecin dans la salle?    


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Un passeport biométrique?
Le passeport biométrique est disponible au Liban depuis le 1er août 2016. Toutefois, la remise de titres de voyage relevant de l’ancien «régime» a toujours été permise pour les Libanais…

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