Ghassan Shami. Un journaliste amoureux de l’histoire
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Nº 3089 du vendredi 4 mai 2018

Ghassan Shami. Un journaliste amoureux de l’histoire

 
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Ghassan Shami ne porte pas de gants pour parler et exprimer son opinion. Franc et direct, il nomme les choses par leur nom et décrit la situation telle quelle, sans décor ni fioriture. Journaliste de métier, cet amoureux d’histoire et d’archéologie a mis au jour en mai 2000, le tombeau de Saint-Maron à Brad, près d’Alep en Syrie.


«Le journalisme est un virus qui vous vient à la naissance ou que vous contractez plus tard. Cette curiosité qui vous pousse continuellement à vous poser des questions et  vous interroger sur le comment et le pourquoi… Certains cachent les réponses et d’autres, au contraire, les dévoilent», confie Ghassan Shami.
Avant de devenir journaliste, il fait des études en littérature française et en sciences politiques. Pendant deux ans, il se consacre à l’étude de l’histoire de l’art, notamment l’art islamique. Très tôt, il commence à travailler dans le monde de la presse. «J’ai fait mes premiers pas dans le journalisme. Au début, j’aimais les enquêtes à caractère culturel, surtout celles qui portaient sur les antiquités».
Ghassan Shami n’aime pas la presse politique. A mes débuts, je me suis rendu en Syrie, un pays au riche patrimoine. Entre deux enquêtes, j’écrivais sur toutes ces richesses». Pourtant, cette passion ne l’empêche pas d’occuper plusieurs postes dans le monde du journalisme politique. Il travaille pour des quotidiens comme al-Ittihad à Abou Dhabi, al-Ahram en Egypte et occupe le poste de rédacteur en chef d’al-Bina’ (l’organe de presse du Parti syrien national social) et de secrétaire de rédaction d’al-Feker. «Par la suite, j’ai travaillé avec des agences d’information et je suis devenu le rédacteur en chef de l’agence United Press International (UPI) au Moyen-Orient».

Les chrétiens d’Orient
Après la visite du pape Jean-Paul II au Liban et en Syrie en 2000, Ghassan Shami commence à plancher sur des documentaires historiques. Il réalise six films portant sur l’histoire des premiers chrétiens: Saint-Paul et Damas, Saint-Simon, Saidnaya et Maaloula, un film portant sur le premier autel édifié pour la Vierge Marie ainsi qu’un autre portant sur le couvent Saint-Georges dans la vallée des chrétiens (Wadi al-Nasara, en Syrie). «En mai 2000, j’ai découvert le tombeau de Saint-Maron, l’ermite du nord de la Syrie. Ça a provoqué un grand tapage».
Ghassan Shami se tourne ensuite vers l’audiovisuel et réalise plusieurs films, notamment en 2004 un documentaire intitulé Fi diyar Mar Maroun sur Saint-Maron. «Dans ce film, j’ai suivi les traces du saint et des maronites, en partant de la Syrie pour arriver au Liban. Ce film d’une heure est devenu une œuvre de référence», dit-il modestement. En 2010, il organise la fameuse visite du président Michel Aoun à Brad et la visite du tombeau de Saint-Maron.
Depuis 2012, Ghassan Shami prépare et présente l’émission Ajrass el-Machrek  sur la chaîne panarabe al-Mayadeen qui met l’éclairage sur la civilisation chrétienne en Orient. «Aujourd’hui, cette émission parle de la renaissance arabe, de l’histoire orientale ainsi que du rôle des chrétiens d’Orient».
Membre du syndicat des écrivains libanais, il a à son actif deux recueils de poèmes en langue arabe. En 2013, il publie son livre Fi al machrek wal machrikiyah. Ghassan Shami figure parmi les 100 plus influentes personnalités du monde arabe en 2014. Il a reçu également la médaille de l’Institut espagnol royal pour la politique étrangère.
C’est bien dans la culture que Ghassan Shami se retrouve. «Je méprise la politique et la qualité des relations politiques. Je considère que nous sommes dans un cirque, car la plupart des hommes politiques ne possèdent aucune culture. C’est pour cette raison que nous vivons une ère que je qualifie d’époque des poignards, en référence aux trahisons auxquelles on assiste». Et d’enchaîner: «Après tous les événements tragiques au Levant, le problème principal est celui du manque de connaissance et de culture. C’est pour cette raison que j’ai basé mes recherches sur la situation de l’Orient d’un point de vue culturel». 
Laïc «jusqu’au bout des orteils», comme il se décrit, Ghassan Shami affirme que cela ne veut pas dire non-croyant. «La religion est une culture. Celui qui croit que la religion est une question de pratique tombe dans l’extrémisme et le fanatisme. C’est à travers ce prisme que je la comprends». Avec son émission Ajrass el-Machrek, c’est ce message qu’il transmet, à savoir: la religion est une culture, qui joue un rôle principal dans la société. «Il faut dissocier la religion de la politique».
Parmi tous les saints de l’Eglise, c’est Saint-Maron qui a attiré le grec-catholique Ghassan Shami. «Il m’a intéressé car son approche de l’ermitage était différente. Alors qu’un ermite s’éloigne du monde et des gens, Saint-Maron, bien au contraire, s’en rapprochait et vivait parmi eux. Pourtant, il y a des saints beaucoup plus importants que lui comme Saint-Georges ou Mar Sarkis, qui n’ont pas donné leur nom à des Eglises. En revanche, Saint-Maron est le seul à avoir donné son nom à une Eglise et à une communauté entière, les maronites».
La découverte du tombeau de Saint-Maron est le fruit d’un grand travail de recherche scientifique et de nombreuses lectures, notamment les travaux de l’université de Princeton réalisés à la fin du XXème siècle, des livres d’archéologie, des visites de terrain. «Lorsqu’on a découvert le tombeau de Saint-Maron, j’ai ressenti une exultation incomparable, se souvient-il. J’avais installé des caméras autour du site et le tombeau apparaissait au fur et à mesure. Quand j’ai eu fini de nettoyer et mis à jour la tombe, j’ai dit aux personnes présentes: ‘Et maintenant, allons boire un verre à la santé de Saint-Maron!’».
Passionné d’histoire et de culture, Ghassan Shami se dit «chrétien». «Mais pour moi, Jésus-Christ est l’un des meilleurs poètes de l’histoire et le plus grand révolutionnaire du monde, précise-t-il. Avec cinq lettres qui composent le mot amour, il a pu conquérir le monde. C’est ce que représente pour moi le Christ. Je suis amoureux de Jésus». Pourtant, les rituels et les traditions ne représentent rien pour lui. Il a sa propre manière de communiquer avec le Créateur.

Détruire les chrétiens
Spécialiste et autorité de référence sur  les chrétiens d’Orient, Ghassan Shami estime qu’il existe une sérieuse tentative de détruire l’héritage chrétien, orchestrée par les Etats-Unis, Israël et la Turquie. Celle-ci a commencé par la destruction de leur présence en Irak, à Bagdad, Mossoul et dans la plaine de Ninive. «Istanbul est au cœur de cette activité et essaie de voler les antiquités chrétiennes d’Irak et de Syrie. J’ai recensé jusqu’à ce jour plus de 194 églises détruites en Syrie et dans la région. Les églises et les couvents sont délibérément démolis. Ils veulent vider le Levant de la présence chrétienne, afin que cette région devienne exclusivement musulmane, partagée entre sunnites et chiites qui se livreront une guerre sans merci, commencée il y a plus de 1 400 ans. L’avenir est sombre. Dans 50 ans, les chrétiens d’Orient deviendront comme les Peaux-Rouges d’Amérique. Leurs couvents deviendront des musées en plein air comme c’est le cas en Turquie, qui a détruit tous les vestiges chrétiens et transformé les églises en musées et lieux de visite. Pourtant, je travaille chaque jour pour le maintien des chrétiens en Orient car leur présence est le sel de la terre».
La politique n’intéresse nullement Ghassan Shami. «J’ai encore la tête sur les épaules. Je regarde droit devant, jamais en bas. La politique c’est le bas. Je ne regarde la politique qu’à travers un œil culturel. Il faut se dresser contre le mensonge et l’hypocrisie, sinon nous ne pourrons jamais sauver la région».
Trois personnages ont marqué Ghassan Shami: Antoun Saadé dans sa vision de la vie, Zorba le Grec dans son amour de la vie et le Chevalier de Pardaillan, écrit par Michel Zevaco. «Je me suis ensuite créé ma propre voie», ajoute-t-il. Il se dit amoureux de la musique de Assi Rahbani, de Zaki Nassif et «du patrimoine populaire de cette région dont la musique et les airs remontent aux syriaques et à Antioche». Il estime que les chansons de Assi, Mansour et Fairouz sont le summum d’un romantisme qui n’existe plus de nos jours. Ghassan Shami est également fan de jazz et de Léo Ferré. «Nous sommes une nation qui ne lit pas, et si elle lit elle ne comprend pas, et si elle comprend elle n’exécute pas ce qu’elle a compris…». Triste constat mais très réaliste pour décrire le désert culturel dans lequel est plongée aujourd’hui notre région.


En chiffres
320
Le nombre d’épisodes de son émission Ajrass al-Machrek.
7
Il a réalisé 7 films et documentaires.
60
Le nombre de conférences qu’il a données sur l’histoire et l’architecture chrétiennes.
4
Livres publiés et un autre en cours de préparation qui portera sur le Christ poète.

Joëlle Seif

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Éditorial
La bombe des réfugiés

Un faisceau d’indices montre que la question des réfugiés syriens sera, dans les mois à venir, une source de tensions entre le Liban et la «communauté internationale». Chaque partie a abattu ses cartes et celles dévoilées par les Nations unies, l’Union européenne et autres «organisations internationales», ne sont pas de bon augure pour les Libanais. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) a mal réagi au retour de 500 Syriens réfugiés à Chébaa dans leur village de Beit Jin. D’un autre côté, la conférence de Bruxelles II, organisée le 25 avril, appelle les pays hôtes à accorder aux réfugiés syriens un statut juridique, une résidence légale et un permis de travail au sein des pays d’accueil.Le chef de l’Etat Michel Aoun a dénoncé les résultats de cette rencontre dont les conclusions mettent «en danger le Liban en proposant une naturalisation voilée des réfugiés syriens», selon un communiqué présidentiel. Le Premier ministre Saad Hariri avait déclaré, dans son intervention, à Bruxelles, que le Liban s’était transformé en un immense camp de réfugiés syriens. «Les tensions entre réfugiés syriens et communautés hôtes se sont accrues, notamment en raison d’une compétition pour les ressources et les emplois», a-t-il dit.Le Liban plaide pour un retour «digne et sûr» des réfugiés syriens, alors que l’Onu et l’UE évoquent un retour «digne, sûr et volontaire». Ce dernier mot de trop traduit un différend fondamental dans l’approche des deux parties. En effet, lorsqu’ils auront obtenu des droits juridiques, légaux, sociaux et économiques, y compris un emploi, l’éducation gratuite (comme c’est actuellement le cas) et des soins de santé, il est fort probable qu’une bonne partie des réfugiés, surtout les plus jeunes qui n’ont pas ou plus d’attaches affectives avec la Syrie, n’envisageront pas de retourner «volontairement» dans leur pays. Cela nous amène à dire que l’approche prônée par la «communauté internationale» est soit irresponsable, soit suspecte. Le Liban accueille, selon les sources de la présidence de la République libanaise, 1,8 millions de Syriens, dont un million enregistré en tant que réfugiés. Nous retiendrons ce dernier chiffre. A l’échelle de la France, c’est l’équivalent de 16 millions de réfugiés, à celle des Etats-Unis, on arrive à 80 millions d’individus. De plus, les pays occidentaux connaissent parfaitement la fragilité des équilibres communautaires sur lesquels repose le système politique libanais et combien il est délicat de maintenir dans de telles conditions un minimum de paix sociale et civile.Le Liban n’a vraiment pas de leçons d’hospitalité et de bienséance à recevoir d’une communauté internationale hypocrite, qui n’a versé jusqu’à présent que 11% de l’aide promise pour le soutenir dans l’accueil des réfugiés, selon Saad Hariri. Il n’a pas non plus d’enseignements à tirer de pays censés être riches et développés, prônant les droits de l’homme, et qui font tout un drame parce qu’ils accueillent chez eux, au compte-goutte et après maints filtres, quelques petits milliers de migrants. Le Liban refuse de trouver une source d’inspiration dans ces pays où se développe un discours raciste et xénophobe qui n’a pas trouvé racine chez nous malgré le gigantisme des problèmes engendrés par la présence d’un nombre effrayant de réfugiés. Le plus grave serait de découvrir, un jour, que l’attitude de la «communauté internationale» s’inscrit en fait dans le cadre d’un plan machiavélique, destiné à modifier la démographie du pays dans l’espoir de changer les rapports de force. Qu’elle soit irresponsable ou suspecte, naïve ou réfléchie, la position des pays occidentaux constitue une menace existentielle pour le Liban. Elle n’est pas la bienvenue et ne le sera jamais. Le chantage au racisme ou à l’aide internationale conditionnée n’y changera rien.                                                                                                                                    


 Paul Khalifeh
   

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