3 000 nuits de Mai Masri. Entre la réalité et la fiction, une femme
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Nº 3053 du vendredi 13 mai 2016

3 000 nuits de Mai Masri. Entre la réalité et la fiction, une femme

 
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    3 000 nuits de Mai Masri. Entre la réalité et la fiction, une femme
    Le Cinéma Métropolis projette, dès le 12 mai, le premier long métrage de fiction de la réalisatrice d’origine palestinienne Mai Masri. 3 000 nuits ou la vie d’une Palestinienne dans une...
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Le Cinéma Métropolis projette, dès le 12 mai, le premier long métrage de fiction de la réalisatrice d’origine palestinienne Mai Masri. 3 000 nuits ou la vie d’une Palestinienne dans une geôle israélienne.

3 000, c’est le nombre de nuits que passe Layal dans une prison israélienne hautement sécurisée. Layal est une jeune Palestinienne arrêtée par les forces d’occupation parce qu’elle a transporté dans sa voiture un jeune Palestinien, adolescent, qu’elle a croisé, ensanglanté, sur son chemin. Elle est accusée d’avoir collaboré à un acte terroriste et incarcérée. Là, dans cet espace entre quatre murs, où les prisonnières palestiniennes et israéliennes se toisent et se côtoient, sous le regard placide des geôlières, elle donne naissance à un bébé garçon. Tout au long de ces 3 000 nuits d’incarcération, elle construit sa vie de mère, sa vie de femme.
Pour son premier long métrage de fiction, Mai Masri ne s’éloigne pas des thèmes qu’elle traite dans ses documentaires: la Palestine, la cause palestinienne, l’homme. C’est après avoir recueilli plusieurs témoignages d’anciennes prisonnières que Mai Masri compose ce film qui se lit effectivement comme un vrai travail de composition. Composition de l’image, du son, de la musique. Composition d’une réalité imaginée. Et comment justement imaginer, mettre en image, la prison et l’état de prisonnier? De prisonnier politique. Comment éviter de tomber dans le piège du mélodrame qui peut être inhérent au sujet ou de la bravoure de l’acte de résistance?
Revient ainsi à l’esprit ce dilemme esquissé par Cosette Ibrahim, ancienne détenue à Khiam, dans la préface du livre La fenêtre, où elle retranscrit les souvenirs de Soha Béchara. «En réalité, dit-elle, je n’aime pas les histoires de détenus. Je me sens oppressée à l’écoute de ces chroniques narrées soit avec tristesse et abattement, soit avec une fierté insolite». C’est justement ce piège-là que Mai Masri évite dans son premier long métrage de fiction, où elle tisse l’un à l’autre ces deux états, filmés tout près du visage de Layal, merveilleusement interprétée par Maisa Abd Elhadi. Avec beaucoup d’innocence, de candeur, voire de naïveté, elle plonge progressivement dans sa vie de détenue, comme une victime jetée en pleine fosse des lions. Une innocence qu’elle gardera tout au long du film comme un gage de son humanité face aux agressions qu’elle subit, à la torture, aux menaces de délation et de collaboration. Rester femme, ou plutôt devenir femme, dans un espace clos où le combat principal est de garder son humanité.

 

Délation ou quotidien assuré?
Un combat d’autant plus ardue, plus difficile, que Layal devient mère en prison même. Dans une des plus belles scènes du film, le spectateur assiste à son accouchement, le regard et la caméra braqués sur ses mains menottées au lit alors qu’elle donne naissance à la vie. Et qu’elle fera face par la suite à la plus grande peur des mères: se voir arracher leurs enfants. En face, il y a les prisonnières israéliennes, prêtes à tout pour une insulte. De l’autre côté du mur, il y a le mari, la mère, la société qui font pression pour s’innocenter de l’accusation de terrorisme. A quelques pas, il y a la prison des hommes, comment communiquer avec eux, des frères, des fils? Et puis il y a une timide histoire d’amour qui éclot dans l’hôpital de la prison. Et au loin, invisible, accessible seulement par ce bout de lumière qui filtre entre les murs, par l’horizon à peine perceptible de la fenêtre, il y a le monde, l’extérieur, la lumière, la liberté.
On peut peut-être reprocher au film de ne pas braquer l’attention sur les dilemmes intérieurs qui torturent le prisonnier: collaborer ou non? Préserver la cause ou refuser un quotidien plus facile? Parce qu’en prison, il y a avant tout un quotidien à gérer, un quotidien fait de petits tracas et de petits soucis, inhérents à la condition physique de l’homme. Il y a aussi un temps à gérer, ces 3 000 nuits qui s’écoulent…

Leila Rihani

Casting
Maisa Abd Elhadi, Nadira Omran, Raida Adon, Karim Saleh, Abeer Haddad, Haifa Al Agha, Anahid Fayad, Rakeen Saad et Hana Chamoun.

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Éditorial
La gloire du vaincu

Il y a parfois, dans l’histoire, des batailles qui couvrent le vaincu de gloire et le vainqueur de honte. C’est exactement ce qui s’est passé lors des municipales de Beyrouth. Cette consultation populaire s’est terminée par l’élection de tous les membres de la liste parrainée par Saad Hariri, et supposée être soutenue par la quasi-totalité des partis politiques traditionnels, et la chute de tous les membres de Beirut Madinati, appuyée par l’omniprésente mais insaisissable société civile. Pourtant, cette victoire a, pour l’ancien Premier ministre, le goût amer de la déception, et dégage pour les vaincus un doux mélange de fierté et d’espoir.La réflexion autour des événements de ce dimanche 8 mai, à Beyrouth, permet de dégager un certain nombre d’observations qui devraient servir d’enseignements pour les prochaines échéances. Le premier constat est que le changement est possible par la voie des urnes, en dépit des obstacles, des blocages et autres verrous installés par la caste dirigeante depuis des décennies pour empêcher non seulement une véritable alternance du pouvoir mais aussi tout partage.Cependant, le changement ne vient pas tout seul. Il a besoin de femmes et d’hommes prêts à s’investir concrètement et disposés à consentir quelques petits sacrifices, qui apparaîtront bien dérisoires devant les immenses bénéfices qu’ils pourront en tirer. Malgré cela, un grand nombre de personnes sont restées passives, par désillusion, par paresse ou par bêtise.L’engouement provoqué par le phénomène Beirut Madinati a touché divers milieux politiques, sociaux et professionnels. Certains ont retroussé les manches, en apportant une petite contribution à cette aventure. Mais d’autres n’ont pas jugé bon de changer leurs vilaines habitudes. Du haut de leurs tours d’ivoire ou dans leurs salons feutrés, d’où ils promènent un regard condescendant sur tout ce (et ceux) qui les entourent, ils se sont réjouis d’avoir trouvé, enfin, un nouveau sujet de commérage. On échangeait des anecdotes sur tel membre de la liste, on racontait des blagues sur le père de tel autre, parfois on ironisait sur les motivations d’Untel, ou on se moquait des ambitions d’un autre. Ce ramassis de cyniques répand en ville un sentiment d’aigreur et une culture du défaitisme qui étouffent toute initiative susceptible de bouleverser l’ordre ambiant. Ces gens-là ne doivent plus être écoutés lorsqu’ils se plaignent de leurs conditions ou quand ils prétendent donner aux autres des leçons de civisme, de patriotisme ou de citoyenneté. L’occasion leur était offerte de changer - aussi bien leur mentalité que la situation ambiante - mais ils ont été incapables de la saisir, par ignorance, par arrogance, par fainéantise, ou les trois en même temps!L’autre constat que l’on peut établir est d’ordre politique. Les alliances qui ont rythmé la vie publique, ces dix dernières années, n’existent pratiquement plus, il n’en reste que des débris, de vagues réminiscences. Certes, les «Partis» se sont coalisés pour verrouiller le système, grâce auquel ils perpétuent leur hégémonie sur le pays pour mieux piller ses ressources. Mais ils se tendent des pièges, se poignardent dans le dos, se dénigrent mutuellement. Ce paysage recomposé aura certainement des répercussions lors des prochaines élections législatives qui ne peuvent plus être reportées sous aucun prétexte.Autre observation, découlant de ce même constat, les «Partis» ne sont parvenus à mobiliser que 10% de l’électorat de Beyrouth - les 10% restants ayant voté pour les autres listes -, ce qui porte un coup fatal à leur représentativité réelle dans la société. Cette élection peut sonner le glas de la domination des partis traditionnels sur la vie politique. 80% des habitants de la capitale, inscrits sur les listes électorales, sont, théoriquement, libérés de l’emprise des «Partis» et sont prêts à écouter et à adhérer à d’autres discours.Il y a une place à prendre avec une magnifique vue sur l’avenir. Y a-t-il des preneurs? 



 Paul Khalifeh
   

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