The Journey de Mohamad al-Daradji. Qui se cache derrière le terroriste?
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Nº 3095 du vendredi 2 novembre 2018

The Journey de Mohamad al-Daradji. Qui se cache derrière le terroriste?

 
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    The Journey de Mohamad al-Daradji. Qui se cache derrière le terroriste?
    Représentant l’Irak aux Oscars, The Journey, le troisième long-métrage de Mohamad al-Daradji, emmène le spectateur derrière la réalité d’une jeune femme terroriste, vers l’Homme loin de toute idéologie ou politique....
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Représentant l’Irak aux Oscars, The Journey, le troisième long-métrage de Mohamad al-Daradji, emmène le spectateur derrière la réalité d’une jeune femme terroriste, vers l’Homme loin de toute idéologie ou politique. Rencontre.
 

Alors qu’il tournait à Bagdad son deuxième long-métrage de fiction, en 2007-2008, Mohamad al-Daradji tombe dans le journal sur l’histoire d’une jeune femme qui avait voulu se faire exploser dans un centre de police, avant de changer d’avis au dernier moment. Sur l’image accompagnant l’article, la jeune femme  apparaît nue, attachée sur la vitrine du centre de police alors qu’un policier tente de désamorcer l’explosif. «J’ai vu la peur dans ses yeux, et dans ceux du policier, ajoute Mohamad al-Daradji. L’image m’est restée en tête. Comment une femme, victime de la guerre, devient-elle bourreau?» C’est le point de départ du film The Journey.

Porté par l’Homme
Bagdad, décembre 2006. Dans la gare de la ville, se déploie un microcosme de l’Irak, et même «un microcosme du Proche-Orient», ajoute Mohamad al-Daradji. Tous les personnages se révèlent à mesure que Sara entre en contact avec eux. Sara qui est venue dans cette gare, ceinturée d’explosifs en vue de commettre un attentat suicide. Au moment où un homme de la rue, Salam, escroc, voleur et charmeur, dévoile son plan funeste, il est entraîné malgré lui dans une quête d’humanité. L’humain, l’Homme est d’ailleurs le seul parti pris de Mohamad al-Daradji dans sa démarche cinématographique. «En Irak, en raison de toute la violence qu’on a vécue, l’homme est devenu l’équivalent d’un chiffre, tout comme aujourd’hui en Syrie. Mais cet homme encerclé, ce réfugié, qui est-il?».
Pas de dimension politique dans son œuvre, pas d’intérêt non plus dans l’idéologie et les slogans, c’est l’homme qui le porte. D’ailleurs, face à la pensée extrémiste, il a placé un homme de la rue, un escroc, un être humain au-delà de tout. «J’ai travaillé sur le concept que chaque personnage est à la fois bourreau et victime, c’est la nature humaine». Même Sara, la kamikaze, est tout autant victime que bourreau.
Pourtant au départ, ça n’était pas le cas. «Dans les premières moutures du film, j’étais sévère envers la femme kamikaze, comme si c’était une revanche», jusqu’en 2011, où il a eu l’occasion d’entrer dans la prison des femmes terroristes. «J’en ai rencontré quelques-unes, dont l’une très belle et qui ne cillait pas; alors que les autres avaient le regard fuyant, elle, elle regardait droit dans les yeux, et elle me parlait de son expérience. J’ai été étonné, elle pouvait tout aussi bien être une amie, une sœur. Je pensais qu’elle était dépourvue de toute humanité, qu’elle était juste une machine à tuer, à force de les voir comme tels en Irak».

A Bagdad, le cinéma renaît
The journey est le premier film irakien à jouir d’une sortie commerciale en Irak, depuis plus de 27 ans que les salles de cinéma étaient fermées. Avec à son actif six longs-métrages, Mohamad el-Daradji est un des réalisateurs irakiens les plus connus sur la scène internationale, un des pionniers de la renaissance du cinéma irakien. Après 2003, le cinéma irakien connaît ses premiers balbutiements grâce à des initiatives privées, menée par Mohamad el-Daradji et des collègues cinéastes, jusqu’à la création en 2009, de l’Iraqi Independent Film Center, qui s’occupe de l’apprentissage cinématographique des jeunes, du développement du cinéma, de la production et même de la création d’un fonds dédié au cinéma. Loin d’être encore une véritable industrie, le cinéma irakien continue à se développer progressivement, se préoccupant essentiellement de sujets relatifs à l’histoire du pays, l’invasion, la guerre, le règne de Saddam, Daech…

NAYLA RACHED

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Éditorial
Le réflexe de Samson

La guerre menée par les Etats-Unis et ses alliés contre le Hezbollah est entrée dans une nouvelle phase. C’est l’impression qu’ont eue des diplomates européens et des hommes politiques libanais après avoir rencontré des responsables américains ces dernières semaines. Washington durcit progressivement les sanctions contre le Hezbollah dans le but de «l’affamer». Le président Donald Trump a signé, jeudi 25 octobre, un projet de loi élargissant la liste des personnes pouvant être sanctionnées pour avoir fait affaire avec le parti chiite. «Nous allons cibler, déstabiliser et démanteler leurs réseaux opérationnels et financiers, qui étaient nombreux, et qui le sont beaucoup moins maintenant», a-t-il déclaré. Quelques jours plus tôt, le secrétaire américain à la Justice, Jeff Sessions, avait désigné le Hezbollah comme étant une «organisation transnationale criminelle contre laquelle les Etats-Unis vont mener des enquêtes approfondies et engager des poursuites». «Une équipe spéciale de procureurs expérimentés dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogue, le terrorisme, le crime organisé et le blanchiment d’argent va enquêter sur des individus et réseaux soutenant le Hezbollah», a affirmé Jeff Sessions. Le durcissement des sanctions américaines n’est pas une surprise. Dans une interview publiée par le quotidien israélien The Jerusalem Post à la mi-août, un ancien chef du Mossad, Tamir Pardo, avait reconnu qu’il n’était plus possible de vaincre militairement le Hezbollah mais qu’il fallait imposer des sanctions au Liban pour en venir à bout. Cette nouvelle stratégie mise au point entre Washington et ses proches alliés n’a pas échappé au commandement du parti, qui les prend très au sérieux. «Le Hezbollah fait l’objet de pressions, a déclaré Sayyed Hassan Nasrallah dans un de ses discours de Achoura. C’est plutôt une menace psychologique qu’une véritable menace. Ceux qui conspirent contre notre région, comme Israël, les Etats-Unis et leurs alliés, ne reconnaîtront pas notre victoire. Ils ont échoué dans la guerre militaire contre nous, alors ils essaient de nous frapper de l’intérieur».   Le Hezbollah pense que le véritable objectif des mesures américaines est de l’isoler sur le plan interne en le coupant de sa base populaire et de ses soutiens au sein des autres communautés. C’est ce qui expliquerait le fait que les sanctions pourraient être progressivement élargies pour englober des noms et des entités qui ne sont pas forcément liés au parti mais qui appartiennent à des alliés de différentes communautés. Des sources informées affirment, qu’à terme, entre 300 et 1 000 noms seraient inscrits sur les listes américaines. Si elle est prise, une telle mesure risquerait d’avoir de sérieuses répercussions sur l’économie. C’est cela qui a inquiété les diplomates européens et les hommes politiques libanais, qui ont senti que Washington ne se souciait plus de la stabilité du Liban et avait développé un réflexe de Samson, qui a détruit le temple sur sa tête et sur celles de ses ennemis philistins. Le Hezbollah ne reste pas les bras croisés face à ce changement de tactique. Il a lui aussi entamé une nouvelle étape de son parcours politique. La première étape, en 1992, a été son entrée sur la scène politique libanaise avec sa participation aux élections législatives. La deuxième, en 2005, a marqué sa participation au pouvoir exécutif, avec, pour la première fois, des ministres nommés au gouvernement. En 2018, le Hezbollah entame la troisième étape: la conquête de l’administration publique.


 Paul Khalifeh
   

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