Toni Geitani. Questionner l’état des choses
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Nº 3091 du vendredi 6 juillet 2018

Toni Geitani. Questionner l’état des choses

 
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Toni Geitani est un jeune artiste libanais qui a déjà parcouru les festivals avec The Leaves Will Bury. Il présentera son nouveau film réalisé avec Ashkal Alwan, projeté en première mondiale en compétition au FID Marseille.


Artiste pluridisciplinaire, Toni Geitani est aussi musicien. Lui, pour qui le son est l’instrument premier de l’endoctrinement politique, a choisi de concentrer sa recherche sur la création de sons nouveaux. Principalement autoproduit, son premier album est composé électroniquement. Intitulé al Roujoou Ilal Qamar, celui-ci a été dévoilé le 29 juin dernier à Zoukak. L’occasion pour Toni Geitani, seul avec ses machines, de présenter sur scène ses compositions.
La musique comme le cinéma sont des moyens pour Toni Geitani d’exprimer son malaise face à un monde qui ne cesse de s’effondrer. Dans le vrombissement de sons qui ouvre l’album de ce jeune artiste s’élève une voix rocailleuse questionnant l’état du monde, et le rôle de l’art face à cette crise de civilisation dans laquelle se trouve plongée l’époque contemporaine. C’est comme un manifeste, tant sur le plan sonore que sur le plan politique, qui ouvre la voie à un univers où s’enchevêtre une myriade de sons méticuleusement produits.
Les voix qui s’élèvent au cœur de ce paysage expérimental s’expriment en arabe. Elles sont multiples, et pourtant ne sont souvent qu’une, celle de Toni Geitani lui-même. Une voix dont l’émouvante tension, parfaitement maîtrisée, participe d’une narration aux teintes rituelles qui transporte son auditeur d’un bout à l’autre d’un album alternant des compositions pleinement expérimentales (Bidaya , Layla Fi Tichrin) et des morceaux plus mélodiques (Raboukom, La Tabki).
L’atmosphère brumeuse, née de l’angoisse d’un monde sans espoir de sortie, est aussi celle qui habite The Disappearence of Goya. Toni Geitani, cinéaste, refuse de se laisser prendre au jeu de l’illusion – et, pour ne pas trahir une parole rapportée, présente comme réflexe premier celui de prendre lui-même la parole et la lumière devant la caméra qu’il met en place dans des espaces dépeuplés d’un Liban déchiré. Les personnages de son film, s’ils ne sont pas des allégories avançant masquées, sont les membres de son équipe de tournage, qui entrent dans le champ et s’y installent, pour poser des questions. Ces questions sont celles qui occupent toute leur génération, mise au monde après la guerre civile et dont l’univers est pourtant hanté par son fantôme insaisissable. Devant et derrière la caméra, Toni Geitani présente la guerre comme une chimère, un simulacre dont l’omniprésence impose un statu quo devenu intolérable pour ces jeunes gens qui tentent de se construire un monde. La guerre, invisible, n’apparaît pas, sinon dans les nappes sonores qui rythment des plans et des séquences étudiés avec minutie. En explorant les possibilités narratives offertes par l’image surréaliste, l’artifice de l’archive, mais aussi par un usage riche de références picturales et cinématographiques, Toni Geitani met en scène l’illusion, pour mieux la dévoiler et tenter, finalement, de la contourner.

MATHILDE ROUXEL
 

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Éditorial
La paix de Trump

Donald Trump a donné un coup d’accélérateur aux démarches visant à faire avancer son mystérieux «plan de paix» au Proche-Orient. Le président américain dépêche ses émissaires à droite et à gauche pour essayer de mettre sur les rails le fameux «accord du siècle», dont on ne connaît presque rien à part qu’il évoque un «Etat» palestinien avec comme capitale, Abou Dis, une banlieue de Jérusalem, selon les rumeurs. Jared Kushner, l’envoyé spécial de Trump, a pris son bâton de pèlerin à la mi-juin et a rencontré plusieurs dirigeants de la région, dans le cadre d’une tournée effectuée en compagnie de l’émissaire spécial du président américain pour le Moyen-Orient, Jason Greenblatt. Il a organisé à Amman une rencontre entre le roi Abdallah II et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, à laquelle aurait participé le prince héritier saoudien Mohammad ben Salman. Le site français Intelligenceonline a rapporté que des chefs d’agence de renseignements d’Israël, d’Arabie saoudite, d’Egypte, de Jordanie et de l’Autorité palestinienne se seraient rencontrés, après ce sommet, toujours à Amman, pour discuter des moyens pratiques de «faire avancer le processus de paix». C’est aussi dans ce cadre que certains observateurs placent la rencontre à Moscou entre le président Vladimir Poutine et le conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, venu préparer le sommet du 16 juillet à Helsinki, entre les chefs d’Etats américain et russe. Des sources citées par la presse croient savoir que Trump a proposé de reconnaître la primauté de l’influence russe en Syrie en contrepartie d’une aide de Moscou pour faire avancer «l’accord du siècle». La médiation de la Russie est souhaitée pour convaincre l’Autorité palestinienne, qui refuse de recevoir des représentants américains depuis que Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, à s’engager sérieusement dans le processus de paix. Ces sources croient voir dans l’invitation adressée par Vladimir Poutine à Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahu pour assister à la cérémonie de clôture du Mondial 2018, les prémices de ce rôle d’intermédiaire. Bien qu’il nous semble peu vraisemblable que les ambitions de Moscou se limitent au rôle de go between adoubé par Washington, surtout que la Russie a arraché son influence en Syrie grâce à ses Sukhoï et aux ressources qu’elle a investies pour réorganiser et rééquiper l’armée syrienne.   Il est possible que les Etats-Unis pensent que le moment est propice pour un forcing au niveau du processus de paix. Les sanctions contre l’Iran commencent à donner des résultats, avec la dépréciation du rial et les troubles politiques et sociaux sporadiques qui ont lieu dans le pays. Si cette analyse est vraie, alors il ne faut plus s’étonner que la formation du gouvernement libanais ait pris tellement de temps, car la constitution du pouvoir exécutif au Liban est aussi un champ où des pressions pourraient être éventuellement exercées dans le but d’affaiblir les alliés de l’Iran et de renforcer la position des amis de Washington et de Riyad.


 Paul Khalifeh
   

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