Elissar Naddaf Geagea. L’éthique, règle d’or du journalisme
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Nº 3095 du vendredi 2 novembre 2018

Elissar Naddaf Geagea. L’éthique, règle d’or du journalisme

 
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C’est sur un fond de musique de jazz, dans les locaux de Radio Liban (96.2), que Magazine a rencontré la conseillère du ministre de l’Information pour les médias francophones, Elissar Naddaf Geagea.
 

Entre la littérature française et le journalisme, le cœur d’Elissar Naddaf Geagea balançait. «J’aimais beaucoup la littérature française surtout que mon père enseignait cette matière et en même temps, j’étais très attirée par le journalisme». Au lieu de choisir l’un ou l’autre, elle opte pour une double licence et obtient les deux diplômes en même temps. Elle est toujours en deuxième année lorsqu’elle commence à écrire pour la Revue du Liban. «J’étais responsable d’une page socioculturelle qui couvrait surtout les activités de la Békaa dont je suis originaire. Je me souviens du jour de la publication de mon premier article, j’avais acheté plusieurs numéros de la revue que j’avais distribués à mes amis et à mes proches».
Ses deux diplômes en poche, Elissar Naddaf Geagea se marie. Son époux, propriétaire de la maison d’édition et de la revue économique Bacharia, lui confie le poste de rédacteur en chef du supplément français de la revue. Deux ans plus tard, Elissar Naddaf Geagea décide de reprendre ses études et entame un master et un DEA en Littérature française qu’elle obtient au bout de trois ans. Actuellement, elle prépare son doctorat en Littérature française qui porte sur le discours politique et le pragmatisme.

Médias publics
La jeune femme se consacre à sa famille mais vit un conflit intérieur, partagée entre ses responsabilités familiales et sa passion pour le journalisme et la littérature. «Un jour, j’ai rencontré Laure Sleiman, la directrice de l’Agence nationale de l’Information qui me propose de travailler dans le Département des langues étrangères de l’ANI, qu’elle venait d’inaugurer». Elissar Naddaf Geagea accepte et rejoint ce département jusqu’à l’arrivée du ministre Walid Daouk à l’Information, qui lui confie les archives de Télé Liban et la nomme conseillère. Par la suite, elle est désignée par le Directeur général de l’Information représentante du ministère auprès du Fonds de solidarité prioritaire, relevant de l’Organisation mondiale de la francophonie. Dans ce cadre, elle participe à de multiples réunions et réclame des formations pour les journalistes de la radio et de la télévision. «J’ai déclenché une série de formations parrainées par l’ambassade de France et l’Académie France Média Monde pour tous les journalistes au ministère de l’Information».
Arrivé au ministère de l’Information, Melhem Riachi la nomme conseillère pour les médias francophones et lui confie la direction de Radio Liban 96.2 FM, un projet déjà proposé par l’ancien ministre Ramzi Jreije. Une mission qui porte pratiquement sur plusieurs volets et où de nombreux projets sont en cours. «Concernant Télé Liban, nous pensons relancer Canal 9 et les bulletins d’information en langue française. Au niveau de Radio Liban, une radio de qualité, essentiellement culturelle, qui n’est pas commerciale nous y avons apporté des améliorations. Cette station a un grand nombre d’auditeurs et offre des programmes incluant tous genres de musique: jazz, rock, classique». La station propose aussi des émissions culturelles matinales portant sur des sujets variés, le cinéma, bulletin d’information en langue française ainsi que 12 heures de diffusion directe de Radio France Internationale (RFI) dans le cadre d’un partenariat. «Radio Liban 96.2 souffrait d’un problème de diffusion en raison des émetteurs. Il a été réglé. Nous avons procédé à un changement au niveau de la grille des programmes en introduisant de nouveaux animateurs qui répondent aux goûts des jeunes». Sous l’impulsion d’Elissar Naddaf Geagea, Radio Liban investit les réseaux sociaux avec des pages sur Facebook et sur Instagram. «Auparavant, les programmes n’étaient pas diffusés en ligne. Nous avons également établi plusieurs partenariats notamment avec le Festival du film libanais, le Salon du livre, La nuit des idées et Le mois de la francophonie. Nous avons aussi une coopération avec France Media Monde au niveau des échanges de programme».

La crise de la presse
Avec l’ère du numérique, c’est une nouvelle étape qui s’ouvre pour la presse écrite, selon la conseillère pour les médias francophones. «Le passage au numérique a changé la façon de travailler. Aujourd’hui, tous les médias sont en ligne et on souffre au Liban à un double niveau, celui de la crise économique ainsi que celle du papier dans le monde. Cela me fait mal au cœur de voir la presse écrite en voie de disparition. L’odeur et le toucher du papier sont uniques, ainsi que la manière de tenir et de lire un journal. Malheureusement, ceci devient une réalité: le papier est en voie de disparition et le numérique le remplace, malgré tous les efforts entrepris par le ministre Riachi pour aider la presse écrite». Il y a plus d’un an, le ministre Riachi a présenté au gouvernement six textes portant sur des mesures concrètes susceptibles de réduire les coûts des quotidiens libanais. «Pourtant, ces textes n’ont jamais été mis à l’ordre du jour des séances gouvernementales. Ils portent essentiellement sur diverses propositions, notamment l’exemption fiscale et douanière sur l’importation de papier, des réductions sur les factures de téléphone et d’Internet, des facilités au niveau des cotisations de la Sécurité Sociale et, surtout, un soutien équivalent à 500 L.L par numéro vendu».
Pour Elissar Naddaf Geagea, un journaliste doit conserver sa neutralité et son objectivité. «C’est ce que nous ont appris les grands journalistes. Il faut respecter le lecteur et ne pas lui imposer mes idées, qui peuvent tout à fait être contraires aux siennes. Il faut simplement montrer la réalité des choses». A chacun ses choix politiques, mais pour elle le journaliste ne doit pas imposer ses propres vues au public. L’éthique reste la règle d’or de cette profession. «L’éthique entre journalistes, l’éthique entre les journalistes et les hommes politiques et surtout lors de la rédaction d’un article ou d’une information. Toutes ces photos de cadavres que l’on publie dans les revues et sur les sites électroniques. Il ne faut pas oublier les valeurs humaines qu’il faut toujours respecter. C’est ce qui distingue un journaliste d’un autre».

Autocensure
Son doctorat est axé sur le discours politique. «J’aime travailler dans ce domaine, favoriser les réconciliations et les rapprochements, engager le dialogue entre les partis politiques ainsi qu’entre les différentes confessions. C’est un sujet qui m’importe beaucoup, surtout que j’ai vécu la guerre. Je suis fatiguée du confessionnalisme et du discours politique. Cela ressemble un peu au travail effectué par Melhem Riachi qui, avec le député Ibrahim Kanaan, est l’artisan de la réconciliation interchrétienne. D’ailleurs, mon travail avec Riachi m’a appris beaucoup de choses, en particulier qu’on peut être au pouvoir tout en gardant un côté humain, un trait de caractère devenu presque inexistant chez les personneshaut placées. J’ai également appris qu’il faut toujours opter pour le dialogue».
En conclusion, la journaliste appelle à garder un minimum de respect et d’éthique sur les réseaux sociaux. «C’est un monde ouvert, où il n’y a aucune censure. Chacun doit faire sa propre autocensure. J’appelle à une prise de conscience avant de poster quoi que ce soit, car ceci est une grande responsabilité».

 

En chiffres

3
Le nombre de ministres avec lesquels elle a travaillé: Walid Daouk, Ramzi Jreije et Melhem Riachi.

4
Elle est la mère de 4 enfants dont l’aînée a 23 ans et le plus jeune 9 ans.

6
Les années passées à l’Agence nationale d’information.

10
Le nombre d’années passées au poste de conseillère auprès du ministre de l’Information.

Joëlle Seif
 

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Éditorial
Le réflexe de Samson

La guerre menée par les Etats-Unis et ses alliés contre le Hezbollah est entrée dans une nouvelle phase. C’est l’impression qu’ont eue des diplomates européens et des hommes politiques libanais après avoir rencontré des responsables américains ces dernières semaines. Washington durcit progressivement les sanctions contre le Hezbollah dans le but de «l’affamer». Le président Donald Trump a signé, jeudi 25 octobre, un projet de loi élargissant la liste des personnes pouvant être sanctionnées pour avoir fait affaire avec le parti chiite. «Nous allons cibler, déstabiliser et démanteler leurs réseaux opérationnels et financiers, qui étaient nombreux, et qui le sont beaucoup moins maintenant», a-t-il déclaré. Quelques jours plus tôt, le secrétaire américain à la Justice, Jeff Sessions, avait désigné le Hezbollah comme étant une «organisation transnationale criminelle contre laquelle les Etats-Unis vont mener des enquêtes approfondies et engager des poursuites». «Une équipe spéciale de procureurs expérimentés dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogue, le terrorisme, le crime organisé et le blanchiment d’argent va enquêter sur des individus et réseaux soutenant le Hezbollah», a affirmé Jeff Sessions. Le durcissement des sanctions américaines n’est pas une surprise. Dans une interview publiée par le quotidien israélien The Jerusalem Post à la mi-août, un ancien chef du Mossad, Tamir Pardo, avait reconnu qu’il n’était plus possible de vaincre militairement le Hezbollah mais qu’il fallait imposer des sanctions au Liban pour en venir à bout. Cette nouvelle stratégie mise au point entre Washington et ses proches alliés n’a pas échappé au commandement du parti, qui les prend très au sérieux. «Le Hezbollah fait l’objet de pressions, a déclaré Sayyed Hassan Nasrallah dans un de ses discours de Achoura. C’est plutôt une menace psychologique qu’une véritable menace. Ceux qui conspirent contre notre région, comme Israël, les Etats-Unis et leurs alliés, ne reconnaîtront pas notre victoire. Ils ont échoué dans la guerre militaire contre nous, alors ils essaient de nous frapper de l’intérieur».   Le Hezbollah pense que le véritable objectif des mesures américaines est de l’isoler sur le plan interne en le coupant de sa base populaire et de ses soutiens au sein des autres communautés. C’est ce qui expliquerait le fait que les sanctions pourraient être progressivement élargies pour englober des noms et des entités qui ne sont pas forcément liés au parti mais qui appartiennent à des alliés de différentes communautés. Des sources informées affirment, qu’à terme, entre 300 et 1 000 noms seraient inscrits sur les listes américaines. Si elle est prise, une telle mesure risquerait d’avoir de sérieuses répercussions sur l’économie. C’est cela qui a inquiété les diplomates européens et les hommes politiques libanais, qui ont senti que Washington ne se souciait plus de la stabilité du Liban et avait développé un réflexe de Samson, qui a détruit le temple sur sa tête et sur celles de ses ennemis philistins. Le Hezbollah ne reste pas les bras croisés face à ce changement de tactique. Il a lui aussi entamé une nouvelle étape de son parcours politique. La première étape, en 1992, a été son entrée sur la scène politique libanaise avec sa participation aux élections législatives. La deuxième, en 2005, a marqué sa participation au pouvoir exécutif, avec, pour la première fois, des ministres nommés au gouvernement. En 2018, le Hezbollah entame la troisième étape: la conquête de l’administration publique.


 Paul Khalifeh
   

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