Les chrétiens du Liban, de Patrick Baz. Le témoignage visuel d’une communauté
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Nº 3085 du vendredi 5 janvier 2018

Les chrétiens du Liban, de Patrick Baz. Le témoignage visuel d’une communauté

 
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    Les chrétiens du Liban, de Patrick Baz. Le témoignage visuel d’une communauté
    Après avoir mis fin à sa carrière de photographe de guerre, Patrick Baz rentre au Liban, alors que la région est ensanglantée par les massacres de chrétiens. C’est le point...
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Après avoir mis fin à sa carrière de photographe de guerre, Patrick Baz rentre au Liban, alors que la région est ensanglantée par les massacres de chrétiens. C’est le point de départ des Chrétiens du Liban, Rites et rituels, publié aux Editions Tamyras.

Avant même toute question, Patrick Baz tient à le préciser : «Ce n’est pas un livre pour les chrétiens, mais sur les chrétiens. Il ne s’agit pas d’une approche religieuse, mais d’une approche documentaire». L’ouvrage est le fruit d’une aventure qui a commencé il y a quelques années, aux abords de 2015, d’abord comme sujet d’enquête pour l’AFP. D’ailleurs, 90% environ des photos du livre appartiennent à l’Agence France Presse, aux côtés de quelques autres photos personnelles et des images de la visite du pape. Plus d’une centaine de photos ont été sélectionnées, avec l’aide d’Aline Manoukian, sur les milliers de clichés qu’il a pris. Dans la ville, dans les endroits reculés du pays, dans la montagne, dans des appartements et des endroits fermés, car on lui a ouvert des portes, dans le nord, dans le sud, dans le centre, dans la Békaa, grâce parfois à des «fixeurs». Le contact a été très facile. «Si j’avais un autre prénom, je ne sais pas si l’approche aurait été différente. Et puis rien que de mentionner l’AFP, dans la montagne, il y a encore ce rapport très particulier entre cette communauté et la «mère protectrice»». D’ailleurs, il espère bien que d’autres communautés lui ouvriront leurs portes. «Ce serait un rêve, de surcroît pour un photographe, de pouvoir capturer toutes les communautés. Mais reste à savoir si elles ont envie, parce qu’en islam, il n’y a pas la même approche de l’image que le christianisme».
Au départ, il n’y avait aucune intention d’en faire un livre. Progressivement, il commence à se rendre compte de l’ampleur de cette aventure, une fois sorti de «notre cocon laïc vivant à Beyrouth, ce qu’on découvre est absolument impressionnant. Et croire que cette communauté ne représente que 30%, et d’autres 30%. Au final, on est tous minoritaires».

Sa vérité
Deux ans à tourner dans le pays, à explorer, chaque matin, «un des aspects du vivre chrétien au Liban aujourd’hui». Sur les pistes de neiges, sur les plages, dans les places publiques, dans les forêts, dans les villages, dans les rues de la ville, dans les églises, dans des grottes, en procession, en prière, en représentation, la caméra de Patrick Baz capture les multiples rites et rituels d’une communauté, ses coutumes, ses croyances, ses croix, ses statues, ses effigies, ses saints, tous les signes ostentatoires, de plus en plus visibles, d’une identité réactionnaire. Et les photographies se déclinent, d’impression en perception, d’approche en vision, «chacun va lire la photo à sa manière. Je n’ai fait que montrer ce que je vois, ajoute Patrick Baz. Et du moment que j’ai une vision, c’est subjectif, ce n’est que ma vérité, la vérité de mon objectif, de ma lumière, de mon cadre».
C’est un pays que Patrick Baz a découvert, un des nombreux pays dans le pays, «une communauté à laquelle j’appartiens techniquement et culturellement et que je ne connaissais pas du tout». Il y a découvert beaucoup de foi, une foi tellement extrême que parfois il avait l’impression que l’Eglise ne leur suffisait pas, que les chrétiens se devaient d’exercer leur foi dans des appartements privés. «Quand il n’y a plus de confiance dans les politiques, on se tourne vers le religieux, et c’est ce qui est marquant, cette délimitation des frontières. Pour moi, un extrême entraîne un autre, comme un effet boule de neige». Il y a découvert également des choses exceptionnelles, qui l’ont touché, comme les petites sœurs qui vivent dans des communautés non-chrétiennes, qui aident ces populations, qui ont leurs portes ouvertes, qui travaillent pour payer le loyer.
«Je suis revenu de ce voyage, écrit-il dans sa note d’intention, avec des convictions, des affirmations, des étonnements, des bouleversements». Parmi ces convictions, certaines semblent tonner comme un début de réponse à sa quête initiale: «il n’y a rien qui va réussir à déraciner cette communauté, affirme-t-il. Ce ne sont ni les chrétiens d’Irak, ni les chrétiens de Syrie, ni les Yazidis, ni des communautés éparpillées. Ce sont des gens qui ont des politiques, des milices, des armes, qui sont géographiquement délimités, et qui le montrent en affichant des croix à la frontière du «pays» chrétien. C’est vraiment un pays. Et il y a la montagne; cette communauté doit son existence à la montagne, qui l’a protégée pendant des années, des millénaires».

Nayla Rached

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Éditorial
Deux priorités en 2018

L'heure n’est pas aux bilans mais aux perspectives d’avenir. 2018 est une année charnière pour la stabilité politique du Liban et le sauvetage de son économie. La réanimation des institutions, fin 2016, après deux ans et demi de coma, avec l’élection d’un président de la République, la désignation d’un Premier ministre et la formation d’un gouvernement, reste incomplète. Elle ne sera menée à terme qu’avec le renouvellement du Parlement, dont le mandat aurait dû s’achever en juin 2013, mais qui s’est maintenu en vie en auto-prorogeant sa législature à trois reprises. Les élections parlementaires de mai 2018 sont donc une étape cruciale dans le processus de normalisation de la vie politique nationale. Ces élections sont d’autant plus importantes que la prochaine Chambre promet d’être un brin plus représentative que les précédentes, grâce notamment au mode de scrutin proportionnel, appliqué au Liban pour la première fois. Certes, la classe politique a trouvé le moyen de transformer cette avancée de géant en modeste petit pas. Elle a, par exemple, introduit le concept du vote préférentiel restrictif – dans les grandes circonscriptions les électeurs sont ainsi contraints de «préférer» un candidat uniquement originaire de leur caza, ce qui limite leur choix. Malgré cela, la nouvelle loi électorale devrait permettre de briser, partiellement sans doute, les monopoles et autres exclusivités communautaires, exercées par les mêmes partis ou figures depuis des décennies. De gros investisseurs privés ou institutionnels attendent cette échéance capitale pour arrêter leurs plans et faire connaître leurs intentions à moyen et long termes.  Les investisseurs observent aussi avec un intérêt marqué l’avancement du processus d’exploitation, par le Liban, de ses ressources en hydrocarbures. Il s’agit, là, de la seconde priorité nationale en 2018, dont dépendra, peut-être, la stabilité de la livre libanaise, et, par conséquent, la préservation de l’ordre social. Avec une dette et un service de la dette qui atteindront des sommets inégalés cette année et un ratio dette/PIB qui va encore augmenter, l’Etat aura besoin soit de recettes supplémentaires soit d’un miracle. Certes, si les forages commencent en 2019, le Liban devra attendre cinq ans avant de toucher des dividendes. Mais le seul fait que le processus soit solidement mis sur les rails est susceptible de déclencher un cercle vertueux qui permettrait, par exemple, à l’Etat libanais d’emprunter sur les marchés financiers internationaux à des taux préférentiels. Le Liban doit relever ces deux défis dans un contexte régional pas très avantageux, il est vrai, mais moins dangereux que les années précédentes, surtout en Syrie, où la guerre semble toucher à sa fin. Quoi qu’il en soit, les Libanais peuvent capitaliser sur les réalisations accomplies l’année dernière. Car, quoi qu’en disent les plus sceptiques et les gens de mauvaise foi, 2017 a été plutôt positive: une stabilité politique qui s’est manifestée dans l’affaire Hariri, une stabilité sécuritaire qui s’est concrétisée dans la victoire contre les takfiristes, et une résilience économique qui a fait ses preuves également lors de la crise de la démission du Premier ministre.


 Paul Khalifeh
   

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