Marie Darrieussecq. «La littérature imminente»
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Nº 3085 du vendredi 5 janvier 2018

Marie Darrieussecq. «La littérature imminente»

 
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De passage au Salon du livre de Montréal pour présenter son dernier roman, Notre vie dans les forêts, (éditions P.O.L.), Magazine a rencontré Marie Darrieussecq, une femme qui n’a pas peur de forcer les mots et l’imagination pour faire réfléchir.
Notre vie dans les forêts. Un titre somme toute assez paisible. On penserait à une promenade bucolique, un paysage serein et une histoire entre amour et tension. Mais pas du tout. Dès les premières lignes du dernier ouvrage de Marie Darrieussecq, on est déstabilisé. On penserait ne rien comprendre avant que les événements ne prennent place et que l’effroi ne s’installe. «Le personnage ne sait pas vraiment ce qui lui arrive. Je fais confiance aux lecteurs et aux lectrices pour comprendre et imaginer ce qui lui arrive». Et c’est un peu le cas dans son roman Truismes (vendu à un million d’exemplaires et traduit dans une trentaine de langues).
Marie, l’héroïne au corps disloqué, vit avec son double, son clone, qu’elle appelle Viviane, qui lui garde jalousement ses membres de «rechange». Elle évolue dans un environnement sordide, mené par des «cliqueurs», ces personnages qui enseignent au robot à faire des associations. Pour échapper à ce monde déshumanisé, Marie et un groupe de résistants se réfugient dans la forêt d’où elle écrit, d’une façon saccadée, dans l’urgence, comme si la fin du monde était pour demain.
fable amusante. À la lecture du roman, ponctué de touches d’humour, un malaise s’installe. C’est le but recherché par celle que l’avenir de la planète inquiète. «Un roman, c’est une question posée, d’une façon si possible neuve, dans un récit qui soulève des questions. Qu’est-ce qui arrive à nos corps? Comment est-on surveillé? Pourquoi se laisse-t-on surveiller? Comment peut-on échapper à la surveillance? Qu’arrive-t-il à la planète? Aux forêts? Comment se déplace-t-on dans ce monde?». L’écriture de cette dystopie qui décrit un monde abject, n’a pas été sombre pour son auteure. Elle avoue même avec un rire sonore qu’elle s’est beaucoup amusée à écrire ce livre qu’elle a rédigé d’un trait, sans plan pré-établi. «C’est un livre très énergique, assez comique par moments. Cela m’a rendu euphorique. C’est une fable amusante. Un peu sinistre, mais c’est parce que le monde lui-même est sinistre et que notre avenir est là. C’est imminent. C’était pour moi un moyen de lutter contre mon angoisse».
Pas de leçon de morale, ni de conclusion péremptoire chez cette ancienne psychanalyste, auteure d’une vingtaine de livres, qui met non seulement ses pensées, mais aussi son imagination au service de sa plume et qui affirme avec bonheur: «J’adore l’âme humaine. Je ne m’en lasse pas. Mais ce qui me fascinait le plus dans la psychanalyse, c’étaient les rêves des gens. Tous les rêves se ressemblent mais chacun a une singularité inouïe. Les gens se ressemblent tous mais sont aussi absolument singuliers et ça je ne m’en lasse pas. Je le savais déjà, mais le fait d’être psychanalyste me l’a confirmé avec émerveillement. On a tous des chagrins d’amour, mais chacun a eu le sien, et ça, c’est merveilleux. La littérature peut arriver à rendre universel le chagrin d’amour, à essayer en tout cas, de parler à tous. C’est assez difficile, mais c’est vers ça qu’il faut tendre».

Gisèle Kayata Eid

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Éditorial
Deux priorités en 2018

L'heure n’est pas aux bilans mais aux perspectives d’avenir. 2018 est une année charnière pour la stabilité politique du Liban et le sauvetage de son économie. La réanimation des institutions, fin 2016, après deux ans et demi de coma, avec l’élection d’un président de la République, la désignation d’un Premier ministre et la formation d’un gouvernement, reste incomplète. Elle ne sera menée à terme qu’avec le renouvellement du Parlement, dont le mandat aurait dû s’achever en juin 2013, mais qui s’est maintenu en vie en auto-prorogeant sa législature à trois reprises. Les élections parlementaires de mai 2018 sont donc une étape cruciale dans le processus de normalisation de la vie politique nationale. Ces élections sont d’autant plus importantes que la prochaine Chambre promet d’être un brin plus représentative que les précédentes, grâce notamment au mode de scrutin proportionnel, appliqué au Liban pour la première fois. Certes, la classe politique a trouvé le moyen de transformer cette avancée de géant en modeste petit pas. Elle a, par exemple, introduit le concept du vote préférentiel restrictif – dans les grandes circonscriptions les électeurs sont ainsi contraints de «préférer» un candidat uniquement originaire de leur caza, ce qui limite leur choix. Malgré cela, la nouvelle loi électorale devrait permettre de briser, partiellement sans doute, les monopoles et autres exclusivités communautaires, exercées par les mêmes partis ou figures depuis des décennies. De gros investisseurs privés ou institutionnels attendent cette échéance capitale pour arrêter leurs plans et faire connaître leurs intentions à moyen et long termes.  Les investisseurs observent aussi avec un intérêt marqué l’avancement du processus d’exploitation, par le Liban, de ses ressources en hydrocarbures. Il s’agit, là, de la seconde priorité nationale en 2018, dont dépendra, peut-être, la stabilité de la livre libanaise, et, par conséquent, la préservation de l’ordre social. Avec une dette et un service de la dette qui atteindront des sommets inégalés cette année et un ratio dette/PIB qui va encore augmenter, l’Etat aura besoin soit de recettes supplémentaires soit d’un miracle. Certes, si les forages commencent en 2019, le Liban devra attendre cinq ans avant de toucher des dividendes. Mais le seul fait que le processus soit solidement mis sur les rails est susceptible de déclencher un cercle vertueux qui permettrait, par exemple, à l’Etat libanais d’emprunter sur les marchés financiers internationaux à des taux préférentiels. Le Liban doit relever ces deux défis dans un contexte régional pas très avantageux, il est vrai, mais moins dangereux que les années précédentes, surtout en Syrie, où la guerre semble toucher à sa fin. Quoi qu’il en soit, les Libanais peuvent capitaliser sur les réalisations accomplies l’année dernière. Car, quoi qu’en disent les plus sceptiques et les gens de mauvaise foi, 2017 a été plutôt positive: une stabilité politique qui s’est manifestée dans l’affaire Hariri, une stabilité sécuritaire qui s’est concrétisée dans la victoire contre les takfiristes, et une résilience économique qui a fait ses preuves également lors de la crise de la démission du Premier ministre.


 Paul Khalifeh
   

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