Last seen de Bélinda Ibrahim. Le pouvoir du mot
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Nº 3098 du vendredi 1er février 2019

Last seen de Bélinda Ibrahim. Le pouvoir du mot

 
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Publié aux Éditions Noir blanc etc…, Last seen de Bélinda Ibrahim est un livre atypique, qui prend aux tripes, à l’image d’une écriture comme un cri du cœur qu’on ne peut plus retenir. Un récit qu’on lit d’une seule traite, l’émotion tout près du cœur.
 

«Le jour où (Bélinda Ibrahim) a appris que l’homme que le destin a éloigné (d’elle) était atteint d’un cancer métastasé, cela (lui) a fait l’effet d’un poignard planté en plein cœur». Ne voulant pas laisser le dernier mot à la mort, elle écrit, comme un hommage à un être qui fut «l’un des murs porteurs de (sa) vie». Last seen est l’histoire d’un amour qui s’est avéré être impossible en raison des tours et détours du destin, de «l’impitoyable arrogance d’une jeunesse qui se pensait éternelle». Last seen est, comme le dit son auteure, «un jet de mots spontanés livré au gré des aller-retour des souvenirs d’une femme qui observe, à l’aune de sa vie désormais crépusculaire, le déroulement de ce qu’elle fut, il y a quelques décennies».
On pénètre dans la lecture de Last seen sans savoir à quoi s’attendre, entre plongée dans l’intime et portée universelle. Très rapidement, le lecteur, à son insu, est emporté dans le tourbillon des mots et des sentiments, dévorant d’une seule traite la centaine de pages qui composent l’ouvrage. On est en 1981. Sur fond d’une «guerre incivile» qui fait rage au Liban, les deux protagonistes se rencontrent. Il a fallu «une fraction de seconde. Pas plus», pour que le coup de foudre fut. On pourrait se croire dans un conte de fées, mais la blessure est bien profonde, elle se suit dans chaque mot, chaque silence, dans l’absence de l’être aimé. Elle est chevillée à même l’écriture, jaillie des tripes, du plus profond de soi, de là où la déchirure est encore béante. Composé de 17 chapitres courts, auréolé chacun d’un titre d’une police différente en italique, (dont on découvrira le mystère à la fin du livre), Last seen est d’une force poignante, bouleversant par son authenticité et par l’audace de son auteure.

UN CRI INTIME

Qu’il les connaisse ou non, dans la vie, dans la ville, le lecteur se sent proche des protagonistes. C’est ce que l’auteure a réussi à faire: transposer la réalité des personnes pour en faire des personnages de roman, qui se meuvent indépendamment de toute réalité, de toute correspondance avec la vie d’ici, comme pris dans un tourbillon de fièvre créatrice et illuminée. On guette le moindre soubresaut, la moindre éraflure, émotion, déchirure, séparation, retrouvaille. On rit avec eux, et on pleure avec eux, de cette blessure béante qui ne se referme pas, qui s’appelle l’amour et le pardon, la rédemption et l’éternité. Tranchant avec le reste des chapitres, la postface, tel un éclat de soleil, de sable et de galets, fait un pied de nez à la mort, dans un geste cathartique et rédempteur inhérent à l’écriture.
Last seen est un magnifique hommage au pouvoir du mot, de l’écrit. Un écrit né du plus profond de soi, qui tonne comme un cri qu’on ne peut plus retenir, parce qu’il est trop tard. Pour que justement, ce ne soit plus trop tard. Parce que le mot est éternel, qu’il ouvre le monde des possibles, et que devant lui, rien n’est finalement irréversible. Ni le temps, ni la réalité, ni le vécu. Ni même la mort.

Nayla Rached

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Éditorial
En route pour l’âge de pierre

Dans ses mémoires publiés en 2010, le vice-président de l’Etat des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, évoque un rêve qu’il dit avoir souvent fait, celui «de voir un jour Dubaï devenir un Beyrouth». Les Libanais sont-ils conscients que leur capitale a inspiré cet homme visionnaire et ambitieux, qui a réussi à faire émerger des sables du désert un émirat au rayonnement planétaire? Un centre d’affaires qui s’est réservé une place parmi les grands, tels Hong Kong, Shanghai, Londres et New York? Un bouillon de culture qui a transposé la Sorbonne, le Louvre, et bien d’autres noms et lieux prestigieux dans la Péninsule arabique? Une cité médiatique qui a attiré les titres et les plumes les plus convoités?Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de Dubaï aujourd’hui, force est de reconnaître que cette ville sous-peuplée, sans patrimoine, ou si peu, sans beauté sinon celle des dunes dorées, propre à toutes les cités du Golfe, est devenue l’une des destinations les plus prisées du monde. Voilà un prince qui a réussi son pari, qui a concrétisé son rêve! Certes, l’atout des pétrodollars, qui n’est pas des moindres, lui a facilité la tâche. Mais les pétrodollars, qui coulent aussi à flot en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar, n’ont pas fait bourgeonner d’autres Eldorados dans ces pays immensément riches.    Pendant que Dubaï entrait à pas sûrs dans l’avenir, Beyrouth, lui, sombrait dans les précipices du passé. Les Libanais ont réussi le tour de force de plonger leur ville dans les affres de la guerre, puis une fois la paix revenue, de reconstruire la pierre sans y insuffler l’âme qui lui donnait ce cachet unique. La gloire d’antan n’est plus qu’un vieux souvenir, la culture se raréfie, la beauté ressemble à celle d’une femme (ou d’un homme) toute refaite, la joie de vivre n’est plus qu’amertume et aigreur, la satisfaction apportée par le travail plus qu’un dur et insupportable labeur. Avec une insouciance couplée à une affligeante ignorance et une criminelle irresponsabilité, les Libanais, peuple et dirigeants, ont perdu un à un les atouts qui faisaient de leur capitale le phare de la région. Fut un jour où Beyrouth était l’université, la maison d’édition, la cité médiatique, du monde arabe, une oasis de liberté pour les opprimés et les oppressés, un havre de tolérance. Il n’est plus qu’une ville sévère et peu hospitalière de par la cherté de la vie et l’absence des services les plus élémentaires. A vouloir cloner bêtement l’émirat du désert, les Libanais ont perdu ce qui faisait la gloire et la beauté de leur ville, sans pour autant gagner les atouts qui font la force de Dubaï. Beyrouth s’enfonce dans le passé. A ce rythme, et si rien n’est fait pour stopper la chute, l’âge de pierre n’est plus très loin.


 Paul Khalifeh
   

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