Oublier Alep, de Paola Salwan Daher. De combat et d’espoir
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Nº 2877 du vendredi 28 décembre 2012

Oublier Alep, de Paola Salwan Daher. De combat et d’espoir

 
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    Oublier Alep, de Paola Salwan Daher. De combat et d’espoir
    Publié aux Editions Tamyras, Oublier Alep est le deuxième roman de Paola Salwan Daher après Café noir Café blanc. Un roman poignant entre le Liban, la Syrie et la Palestine. Paola...
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Publié aux Editions Tamyras, Oublier Alep est le deuxième roman de Paola Salwan Daher après Café noir Café blanc. Un roman poignant entre le Liban, la Syrie et la Palestine.


Paola Salwan Daher plonge le lecteur au cœur d’une Alep au bord de la révolution où trois destins vont se côtoyer, ceux de Noha, Shirine et Abou Nouwâs. La première est syrienne, la deuxième libanaise et le troisième palestinien. Trois pays que l’auteure a choisis «tout d’abord, par affection personnelle pour chacun d’entre eux. Ensuite, parce que leurs destins sont intimement connectés comme ceux des personnages principaux». Sous le regard d’Abou Nouwâs qui surplombe la ville, le cœur mélancolique encore coincé dans sa Palestine rêvée, Shirine et Noha se regardent vivre à travers leurs balcons respectifs. Chacune porte le poids d’une existence dont elle ne veut plus. La relation qui se noue entre elles est tissée de solidarité, de conflits, d’envie, de répulsion, d’espoir, de volonté. La femme et son combat occupent une place très importante dans le roman, alors que l’image de l’homme se dissout, malgré la présence d’Abou Nouwâs. C’est que Paola Salwan Daher aime «donner la parole aux groupes opprimés que l’on a moins tendance à entendre et écouter. Je suis une féministe convaincue. Je travaille, depuis des années, dans les droits de l’homme et les droits de la femme. Ma conscience politique et sociale s’est construite en recueillant et écoutant les témoignages des femmes. J’ai donc recréé ceci dans mon roman», explique-t-elle.
Au fil des pages qui défilent, le lecteur pénètre à chaque nouveau chapitre au cœur de l’un des personnages, son histoire, ses pensées. C’est que chaque chapitre est consacré à un personnage dont il porte le titre d’ailleurs. L’auteure a choisi cette présentation parce qu’elle voulait que «le rythme de la narration suive les pensées des personnages qui se réalisent par à coup». Elle voulait également créer «un temps de pause pour le lecteur entre chaque histoire, pour qu’il puisse y penser. Cette forme permet aussi d’avoir plusieurs points de vue d’une même situation, d’établir des liens entre les personnages avant même qu’ils ne se rencontrent».
C’est à Alep, «ville de tous les mélanges, là où toutes les routes se croisent» que chacun des personnages «tente d’oublier quelque chose qu’il a laissé quelque part, que ce soit en Palestine, en Syrie ou au Liban, sans qu’aucun y parvienne. A la fin, ils cherchent tous à oublier leur réalité». «Je n’ai plus d’âme, dit Shirine, ça fait très longtemps que je l’ai perdue, qu’elle ne me sert plus à rien. J’ai vécu trop de choses pour avoir une âme». Pour Noha également, c’est une autre forme de souffrance. «Maintenant je n’ai même plus de larmes pour pleurer, mes yeux se sont desséchés et je suis tout simplement … morte».
Noha, Shirine et Abou Nouwâs semblent plongés dans les souvenirs, dans l’inaction, en attendant l’éclatement de leur révolution personnelle. A l’image de l’actualité dans les pays arabes? Paola Salwan Daher précise qu’ils sont moins dans l’inaction que «dans l’introspection. Ces personnages ont vécu et vivent encore trop de choses tumultueuses. Ils recherchent un calme qu’ils ont perdu il y a bien longtemps et qu’ils ne retrouveront plus. Les pays arabes ont, à tort, été taxés d’inaction avant l’éclatement des processus révolutionnaires, comme si les révoltes de Sidi Bouzid et de Gafsa en Tunisie et les émeutes du pain n’avaient jamais eu lieu auparavant. Ces révolutions sont le résultat d’années d’organisation, de mobilisation et de politiques oppressives, l’élément tunisien a créé une vague».
«Des yeux se ferment et d’autres s’ouvrent. Abou Nouwâs ne verra plus ce qu’il a déjà vu, ce que d’autres yeux verront, les nouveaux bains de sang, la cruauté. La barbarie. Des yeux se ferment et d’autres s’ouvrent, armés du même courage, de la même rage». Un même combat pour trois pays différents. «Oui, répond Paola Salwan. L’actualité à Gaza, en Syrie et au Liban le montre bien. La souffrance des populations civiles est la même, les peuples sont un, nonobstant les divisions fabriquées par les gouvernements pour asseoir leur autorité de plus en plus contestée».

Nayla Rached


 

365 jours pour rester positif au Liban
Comme chaque année, les Editions Tamyras publient le nouvel agenda, au Salon du livre de Beyrouth. L’agenda 2013 s’intitule tout simplement 365 jours pour rester positif au Liban, au moment où, comme le mentionne Tania Hadjithomas Mhanna, «notre doux pays n’est pas idyllique». Alors rester positif? Tel est le défi de Tamyras. Chaque jour, vous êtes invité à découvrir une citation, un site, un blog, une association, un livre, une information, un souvenir… tous «made in Lebanon». A vos agendas!

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Éditorial
Il faut sauver Ras Beyrouth!

Les Libanais d’un certain âge, dont la mémoire n’est pas encore défaillante, peinent sans doute à reconnaître, dans le Liban d’aujourd’hui, le pays ouvert, pluraliste, généreux, tolérant et cosmopolite, qu’ils ont connu. Cloisonné actuellement aux niveaux horizontal et vertical, le pays est compartimenté sur les plans communautaire, social, culturel et économique. Les Libanais ne vivent plus ensemble, mais côte à côte, parfois sans jamais se rencontrer. Toutes ces mini-entités, même additionnées, ne forment pas le Liban dans lequel nos pères et nos grands-pères ont vécu et qu’ils ont tant aimé. Chaque entité évolue dans un espace géographique qui lui est propre, avec ses particularités, ses exceptions et ses anomalies, qui ne se mélangent pas à celles des autres, comme dans un vase clos. La symbiose, souvent source de richesse et d’épanouissement, n’est plus qu’un lointain souvenir, une notion barbare, pour ceux qui ne la comprennent pas. Une hérésie qu’il faut extirper, un mal qu’il faut éradiquer. La situation aurait pu être désespérante si des Libanais n’avaient pas affirmé, contre vents et marées, leur attachement au Liban authentique. Ce Liban-là, c’est à Ras Beyrouth que l’on peut encore le vivre et le pratiquer. Dans ce secteur, on reconnaît tous les attributs et les qualités du vrai Liban. A Hamra et dans les rues adjacentes, la femme voilée et la jeune fille au décolleté généreux font du lèche-vitrine bras dessus bras dessous. Le barbu à la jallabiya croise, en allant faire la prière de l’aube, des jeunes gens éméchés, qui ont tiré un peu trop sur la bouteille pour célébrer un joyeux événement. Le sunnite, le chiite, le druze, le chrétien, l’Arménien, vivent et travaillent dans les mêmes immeubles, en parfaite intelligence. Leurs mosquées et leurs églises sont à chaque coin de rue. Les riches et les moins riches fréquentent les mêmes lieux. Libanais, Syriens, Européens et Américains sirotent un verre dans les mêmes cafés-trottoirs, étudient sur les mêmes bancs d’université. Le tout dans une ambiance sereine et conviviale. Ras Beyrouth est le dernier endroit du Liban où autant de communautés religieuses, de nationalités et de cultures différentes se croisent à chaque instant du jour et de la nuit. C’est ce brassage, où chacun a l’opportunité de connaître l’autre sans perdre sa propre identité, qui constitue la véritable marque de fabrique du Liban. En renaissant de ses cendres, après une traversée du désert de plusieurs années, Ras Beyrouth offre la preuve que le Liban n’est pas mort. Mais les pulsions maléfiques sont là, à l’affût de la moindre occasion pour détruire ce modèle et empêcher qu’il ne fasse tache d’huile. De vieilles bâtisses sont démolies pour céder la place à des tours anonymes; d’anciennes enseignes disparaissent pour être remplacées par les marques de la consommation effrénée et maladive; des chantres de la pensée unique et de l’exclusion religieuse et culturelle pointent le bout du nez. Pour sauver le Liban, il faut préserver Ras Beyrouth.


 Paul Khalifeh
   

Santé

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