Regards sur le cinéma libanais d’Elie Yazbek. Le cinéma, «un théâtre en conserve»
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Nº 2909 du vendredi 9 août 2013

Regards sur le cinéma libanais d’Elie Yazbek. Le cinéma, «un théâtre en conserve»

 
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    Regards sur le cinéma libanais d’Elie Yazbek. Le cinéma, «un théâtre en conserve»
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Dans Regards sur le cinéma libanais, Ed. L’Harmattan, Elie Yazbek met l’accent sur la période de l’après-guerre au cours de laquelle le cinéma libanais a réussi à se développer, «se forgeant une identité et une cohérence malgré la diversité des cinéastes, des genres et des sujets traités».


Le cinéma libanais de l’après-guerre reflète un état d’esprit en relation avec le passé récent du pays, selon Elie Yazbek. «La guerre qui a divisé le pays durant de longues années, dit-il, a empêché la formation d’une mémoire collective et a favorisé l’émergence de mémoires sélectives et partielles. Certains films font état de cette partition de la mémoire, comme par exemple des longs métrages de Ghassan Salhab ou de Bourhane Alaouié». Se demandant si le cinéma pourra jouer le rôle de catalyseur dans la formation d’une mémoire collective, Yazbek exprime la nécessité d’édifier, avant toute chose, une histoire commune à tous les Libanais. Ainsi, pour comprendre le rôle du cinéma, l’auteur précise qu’«il ne faut pas demander aux films d’être plus que ce qu’ils ne sont: un film peut aider à une prise de conscience d’une certaine réalité, mais ne peut résoudre des conflits. Le cinéma n’est pas divinatoire, le cinéaste n’est pas un mage». Dans Que vienne la pluie de Bahige Hojeij, il est question des disparus durant la guerre. «Sujet brûlant depuis de longues années, ce film témoigne et met le doigt sur la plaie sans avoir la fausse prétention de résoudre le problème», affirme Yazbek. Confronté toutefois à «un manque de structures de production et d’exploitation, à une censure aux décisions parfois laxistes, d’autres fois inexplicables [et] à un désintérêt de la part de l’Etat», le Liban présente, comme le note un journaliste français, «le paradoxe d’être reconnu sur la scène internationale à travers l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes». Réponse de Yazbek: «Au Liban, nous avons des cinéastes mais pas de cinéma», comme l’a dit une fois le réalisateur libanais Bourhane Alaouié,
Le cinéma n’a pas une existence propre et définie en dehors de ces quelques personnes qui luttent pour faire des films. «Il n’y a aucune structure étatique qui s’intéresse sérieusement au cinéma, qui le finance ou qui le soutienne que ce soit dans le cadre de la production ou de la diffusion des films», déclare Yazbek. Le Liban «officiel», selon l’auteur, ne croit pas dans le cinéma et les expériences sont le plus souvent individuelles. Se désolant quant au succès au box-office libanais et international de quelques films libanais qui n’a malheureusement pas suffi à provoquer un certain changement à ce niveau, Yazbek énumère certaines initiatives privées qui permettent toujours de croire que «la mise en place d’une structure professionnelle institutionnelle et solide peut être possible dans le futur».
Bien que le cinéma ait toujours été tiraillé entre deux visions, l’une commerciale et l’autre «auteuriste», rien n’empêche, selon Elie Yazbek, que des films fassent rejoindre ces deux visions. «Les films libanais ne dérogent pas à cette règle. La période qui va de 1975 à 1990 a connu un foisonnement de films commerciaux, sans doute le nombre le plus élevé de productions dans l’histoire du cinéma libanais. Dans mon livre, j’ai refusé cette démarcation entre le commercial et l’auteurisme, distinction que je trouve réductrice». L’auteur estime aussi que l’imaginaire cinématographique libanais constitue une grande richesse. «Il est au-delà des clivages confessionnels qui minent la société libanaise. C’est paradoxalement cela qui fait que ce cinéma semble, pour certains, en décalage avec la réalité». Le cinéma libanais s’inscrit dans une démarche allant de la plus classique à la plus innovante, malgré le nombre réduit de longs métrages chaque année. Le public au Liban ne se déplace pas en masse pour les films libanais, leur préférant «les grosses productions occidentales, garantes d’une certaine qualité qu’il croit, souvent à tort, absente des productions locales». «Le nombre réduit de films n’aide pas à la promotion du cinéma libanais». Le cliché suprême concernant les films libanais est de dire: «Ah! encore un film sur la guerre…», confie Elie Yazbek. «Il y a des centaines de films sur la Seconde Guerre mondiale et cela n’empêche pas de grands réalisateurs de continuer à en faire sur cette période. Il ne faut pas confondre cliché et sujet. «L’inventivité et l’originalité sont les meilleures parades contre le cliché», conclut-il.

Natasha Metni

Qui est Elie Yazbek?
Professeur de cinéma à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth, Elie Yazbek est l’auteur de plusieurs essais et articles sur le cinéma, dont Montage et idéologie dans le cinéma américain contemporain. Depuis quelques années, ses recherches s’orientent vers le cinéma libanais et moyen-oriental.

 

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Éditorial
Salade de discours

Les hommes politiques étaient particulièrement communicatifs la semaine dernière. Ils se sont fendus d’une littérature tellement abondante que les Libanais sont servis pour un bon bout de temps: trois discours en mets principal, une flopée de déclarations pour le dessert et, cerise sur le gâteau, un brin de prises de position, assaisonnées d’un zest de commentaires bien pressés. Ils ont néanmoins pu vérifier, une fois de plus, que la quantité et la qualité sont, souvent, inversement proportionnelles. Une partie de ce qu’ils ont entendu était, en effet, tout bonnement indigeste, une autre difficile à avaler, et une troisième plus ou moins raffinée. L’ennui c’est qu’après avoir séparé les belles pièces des morceaux infects, il ne restait plus grand-chose à se mettre sous la dent. Friands des nouveautés, il a fallu qu’ils goûtent à tout pour réaliser qu’il aurait été préférable pour eux de se mêler de leurs oignons... s’ils n’aiment pas qu’on leur raconte des salades. Le plat de résistance était offert par le secrétaire général du Hezbollah. Bien qu’il ait utilisé les ingrédients habituels, sayyed Hassan Nasrallah a un peu trop épicé la sauce, cette fois-ci. Son discours, presque exclusivement consacré aux questions régionales – la crise syrienne, le conflit israélo-arabe, la Palestine... – était plutôt destiné à une clientèle étrangère, car les Libanais restent attachés, en majorité, à la cuisine locale. Visiblement, le chef du Hezbollah trouve le marché domestique trop exigu et envisage d’investir au-delà des frontières, dans le cadre d’une stratégie d’expansion régionale. Cependant, dans le contexte actuel de crise, ce pari est risqué, surtout que le menu qu’il propose, bien que très en vogue entre les années 60 et 90 du siècle dernier, pourrait ne pas être du goût de la génération fast-food. Mais tel qu’on le connaît, Hassan Nasrallah n’est pas près de rendre le tablier... il continuera à servir le même plat jusqu’au bout. De son fourneau saoudien (il fait 41 degrés à Jeddah, température idéale pour cuire à feu doux), Saad Hariri a sorti la carte «menu pour enfant», une formule standard proposée dans toutes les branches de la chaîne 14 mars. Depuis 2005, c’est pratiquement la même salade qui est offerte. A toutes les sauces, on retrouve le Hezbollah et ses armes, responsables, selon l’ancien Premier ministre, de tous les maux dont souffre le Liban. Hariri a vendu sa marchandise à la criée, répétant 45 fois le mot «armes». Sans le savoir, il se fait le promoteur de la théorie de la relation dialectique entre la quantité et la qualité. Le chef du Courant du futur a une vision diamétralement opposée à celle de Hassan Nasrallah et propose le chemin inverse: un retour vers le marché domestique, car l’on n’obtiendra jamais un panier mieux garni que celui que l’on cueille dans son propre jardin. En outre, le marché régional est déjà occupé par ceux qui sont en train de cuisiner les Syriens, les Egyptiens, les Irakiens, les Tunisiens, les Libyens... Les petites bouchées de dessert ont été présentées – sous forme de honteuses surenchères – par les seconds couteaux des deux grands chefs. Gluantes et visqueuses, elles étaient tout simplement repoussantes. Nous ne citerons point les noms de ces assistants car ils ont la réputation de prendre mal les critiques... Avec un tel menu, on voit bien que le palais n’a pas été gâté. Heureusement que l’entrée a été offerte par le président Michel Sleiman. Bien qu’elle n’ait pas été du goût de tout le monde, une bonne partie des clients en a apprécié la saveur. Il a proposé un retour aux sources, aux racines, au bercail, car il n’y a de meilleure cuisine que celle du terroir. Tout compte fait, en cette ère des prorogations tous azimuts, une prolongation de quelques jours du mois du Ramadan aurait été la bienvenue. Car le menu proposé était tellement peu alléchant qu’il aurait mieux valu jeûner plutôt qu’ingurgiter du junk food.


 Paul Khalifeh
   

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