Léa Salamé. Le parcours fulgurant d’une femme assumée
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Nº 3098 du vendredi 1er février 2019

Léa Salamé. Le parcours fulgurant d’une femme assumée

 
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    Léa Salamé. Le parcours fulgurant d’une femme assumée
    Critiquée, prise à partie, Léa Salamé ne s’est jamais départie de son caractère bien trempé, et son ascension dans les médias français n’en fut pas moins fulgurante. Elle s’occupe de...
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Critiquée, prise à partie, Léa Salamé ne s’est jamais départie de son caractère bien trempé, et son ascension dans les médias français n’en fut pas moins fulgurante. Elle s’occupe de la matinale de France Inter, et sur France 2, de L’Emission politique, ainsi que du magazine culturel Stupéfiant. Travailleuse acharnée, Léa sait aussi surprendre, séduire, ou dérouter…
Léa Salamé, qu’avez-vous de Libanais? Sa réponse fuse spontanément. «Le fait de parler avec les mains, le fait d’être excessive, un peu, une certaine sensibilité… Les Français, quand ils me connaissent et qu’ils m’aiment bien, disent que j’ai le charme libanais, le charme de l’Orient. Ça fait pas mal de choses!».
Star de la radio et du petit écran en France, la plus Libanaise des Parisiennes trouve toujours le temps, malgré un agenda surchargé, de maintenir le lien avec son pays natal en revenant aux sources au moins une fois par an. «C’est mon minimum. J’y ai des attaches d’abord familiales, mes oncles, tantes, cousines sont là. En dix jours de vacances de Noël, j’ai vu toute la famille. Il est aussi important pour moi de ressentir la terre où est enterrée ma grand-mère qui, je crois, me porte. Et puis je ne sais pas comment le dire, à la seconde où je sors de l’aéroport, je me prends un shoot d’air qui m’est familier, quelque chose qui remue les tripes. J’ai un rapport assez apaisé avec mes origines, avec le Liban. C’est-à-dire, j’en suis fière. J’ai besoin de revenir et en même temps, je suis bien en France!».
Pourtant, à l’âge de l’adolescence, cette double appartenance l’avait quelque peu déroutée. «Je suis quoi? Je suis Libanaise? Française? Chrétienne? Ajoutez l’Arménie dont ma mère est originaire». Mais l’un de ses oncles a recours à la métaphore du millefeuille pour la rassurer. Cela la porte plus tard à prendre conscience que «toutes ces identités sont les multiples feuilles qui me composent et elles ne sont pas forcément en conflit!».

BOURREAU DE TRAVAIL ASSUMéE
A-t-elle été orientée au départ par son père, l’ex-ministre libanais de la Culture et professeur à Sciences Po Paris, dans son parcours d’étudiante et de journaliste? «Pas du tout», dit-elle d’un ton ferme. S’il est vrai que Ghassan Salamé a été très exigeant avec ses deux filles Léa et Louma en matière d’éducation, «dur même, et il l’assume!», il leur a, d’un autre côté, laissé l’entière liberté de faire chacune ses propres choix. «Il ne nous a orientées en rien. Mais il nous a endoctrinées quasiment sur l’importance du travail, dès notre plus jeune âge. Il voulait que l’on soit des femmes qui s’assument financièrement». La journaliste souligne une certaine forme de contradiction entre une éducation à l’orientale, et cette vision moderne et occidentale que son père a de la femme qui prend son destin en main.
Sujette à controverse à cause de son style direct, la vedette du petit écran et de la radio qui continue à collectionner les prix – élue meilleure intervieweuse en 2015, elle serait selon un sondage récent la voix féminine préférée des Français – se défend d’avoir la baraka.
«Il est vrai que jusque-là, ma carrière suit une courbe ascendante, mais je suis quelqu’un d’inquiet. Je ne pense pas être quelqu’un qui est arrivé et que ça ne va jamais s’arrêter! Il y a la peur que le bonheur t’échappe, que la baraka te quitte, se barre… Le succès apaise un peu, je ne vais pas mentir. Il apaise les failles, les doutes, mais à presque 40 ans, je les ai toujours».
À ceux qui disent que la montée en flèche de sa carrière lui monte à la tête, la rend agressive, elle répond sans hésiter. «Montée à la tête? Je ne sais pas qui dit ça! Ça veut dire se prendre pour la reine du monde! Je ne crois vraiment pas. Mes amis d’enfance trouvent que je n’ai pas changé, je suis la même, voire plus cool. Sur l’agressivité, il s’agit de critiques que je me prenais il y a trois/quatre ans, je m’en prends beaucoup moins maintenant, parce que j’ai entendu les critiques et que j’ai arrondi les angles… Je montre moins les dents là, c’est plus en douceur».
Léa reconnaît être workaholic, mais ajoute sur un ton badin: «J’essaie de me soigner! Je pensais que l’arrivée de mon bébé – Gabriel, 18 mois – me calmerait, mais ça va venir!». Debout à 5h00 du matin pour être à France Inter à 6h00, à l’antenne de 7h à 9h, elle réalise deux interviews, participe à des réunions pour la préparation de la grande émission politique sur France 2, et enchaîne avec deux tournages hebdomadaires pour l’émission culturelle Stupéfiant. «C’est non stop, assez dur comme rythme mais je ne vais pas me plaindre, parce que j’ai choisi».
Entre politique et culturel, sa préférence est variable. «Tout dépend de l’actualité. L’année présidentielle, je prenais plus de plaisir à la politique, l’année suivante, avec la domination d’Emmanuel Macron, il n’y avait plus aucun intérêt à la politique française. Depuis cet été, avec la succession des affaires, l’affaire Benalla, les démissions de Nicolas Hulot, de Gérard Collomb, les gilets jaunes… la politique de nouveau me passionne».
Quant à l’actualité au Liban, elle dit la suivre comme tout Libanais de la diaspora, et qualifie l’imbroglio politico-confessionnel de «triste». «Je suis évidemment très attentive aux grands mouvements régionaux en Syrie, en Irak, en Arabie, au Liban etc., tout l’aspect géostratégique, mais pour ce qui est de la politique libanaise inside, je connais les problèmes et observe les mouvements de la société civile, je m’étonne et me demande pourquoi elle n’arrive pas à marquer plus de points…».

RIGUEUR ET INDéPENDANCE
Si la problématique des fake news constitue une vraie question pour Léa qui défend avec fougue les journalistes qui font des enquêtes en profondeur, elle avoue cependant ne pas savoir si l’adoption d’une loi pourra changer la donne. «Quand je vois l’impact des «conneries» relayées sur les réseaux comme des vérités vraies! C’est la première fois que l’information et l’actualité sont à ce point menacées par certains qui s’arrogent le droit d’informer, qui peuvent mentir et présenter le mensonge avec une telle conviction que tu peux croire que c’est la vérité».
Cette redoutable intervieweuse respecte une ligne de conduite rigoureuse du point de vue professionnel. «Je ne déjeune jamais avec des hommes ou femmes politiques, je ne prends pas de café avec eux et du coup, je n’ai aucun ami dans la classe politique, je ne veux pas en avoir et je tiens ces gens à distance au maximum. J’essaie d’observer une certaine neutralité. Il y a des éditorialistes qui donnent leur opinion, c’est un métier. Le mien consiste à poser des questions», et pour cela elle jouit d’une pleine liberté, «à 1 500%!».
Confrontée à toutes sortes de réactions de la part du public, Léa Salamé a appris à gérer lorsque certains commentaires se font déstabilisants ou hargneux. Quand elle officiait dans On n’est pas couché, l’émission du samedi soir de Laurent Ruquier, la jeune chroniqueuse se sentait touchée au plus profond d’elle-même par les tweets malveillants ou agressifs. «Sous couvert d’anonymat, vous pouvez ouvrir votre ordinateur et insulter les gens».
C’est Ruquier qui l’a rassurée en lui disant qu’il ne fallait pas s’en faire, c’est marginal, ce sont souvent des militants. «Mais, poursuit- elle, Twitter est aussi mon réseau social parce que c’est aussi une source d’informations».
Le monde actuel, selon Léa Salamé, fait face à trois fléaux majeurs, le réchauffement climatique étant le premier, «ça va nous péter à la gueule, selon le Giec, d’ici 12 à 30 ans. Je suis une récente convertie à l’écologie. Pour avoir beaucoup lu sur le sujet, je sais, aujourd’hui que c’est gravissime!». Le deuxième problème concerne l’immigration, si difficile à traiter et qui touche beaucoup l’Europe. La montée des populismes constitue le troisième danger auquel il faut faire face. En Europe et ailleurs. Léa cite les cas du Brésil, de la Pologne, de l’Italie… «La montée des populismes et le repli identitaire nationaliste sont, je ne dirais pas un nouveau danger, mais ils peuvent représenter un aspect inquiétant. Il faut donc traiter la question de l’émigration qui encourage les populismes dans la mesure où l’un des facteurs de cette montée est la crise identitaire que traverse l’Europe, où on note une peur généralisée de l’autre. Gérer cette peur va être le grand défi pour les gouvernements dans les années à venir».
En 15 ans de carrière, Léa Salamé a eu et a toujours l’occasion de rencontrer des stars, des personnalités politiques, des présidents… Quels sont ceux qui l’ont le plus impressionnée? «Impressionnée, je ne sais pas! Qui m’a touchée le plus?, c’est Alain Delon quand je l’ai emmené pour mon émission Stupéfiant à Palerme, revoir le palais où il avait tourné Le Guépard, 56 ans plus tôt, et où il n’était jamais revenu. Il était extrêmement ému… Récemment, j’ai été impressionnée par ce moment où Nicolas Hulot a démissionné en direct à la radio. Il n’en avait pas parlé en entrant au studio, et il m’a sorti ça! La surprise est tellement immense à ce moment, que vous ne savez plus comment réagir! J’ai d’ailleurs réagi en disant: «mais vous êtes sérieux?», comme s’il était venu pour faire une blague. C’était un peu bête, mais on était déstabilisés». Par ailleurs, la voix préférée des Français apprécie Fabrice Luchini qui a «cet art de parler, ce talent merveilleux d’exprimer et de transmettre la note juste d’un texte littéraire. L’homme est sympathique aussi, difficile à apprivoiser, mais comme je l’ai interviewé plusieurs fois, j’ai fini par bien le connaître. Notez que je n’ai cité aucun homme politique!», ajoute-t-elle amusée.
De quoi peut-on encore rêver, quand on s’appelle Léa Salamé? «Je savais ce que je voulais et je suis allée le chercher, je suis quelqu’un qui était beaucoup dans le contrôle de soi, dans la planification… Depuis que j’ai eu mon fils, que je vais sur mes 40 ans, j’ai envie de ne plus planifier. Si vous voulez me souhaiter quelque chose, souhaitez-moi des surprises. Je veux me laisser surprendre et que la vie décide».

Ghada Baraghid

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Éditorial
En route pour l’âge de pierre

Dans ses mémoires publiés en 2010, le vice-président de l’Etat des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, évoque un rêve qu’il dit avoir souvent fait, celui «de voir un jour Dubaï devenir un Beyrouth». Les Libanais sont-ils conscients que leur capitale a inspiré cet homme visionnaire et ambitieux, qui a réussi à faire émerger des sables du désert un émirat au rayonnement planétaire? Un centre d’affaires qui s’est réservé une place parmi les grands, tels Hong Kong, Shanghai, Londres et New York? Un bouillon de culture qui a transposé la Sorbonne, le Louvre, et bien d’autres noms et lieux prestigieux dans la Péninsule arabique? Une cité médiatique qui a attiré les titres et les plumes les plus convoités?Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de Dubaï aujourd’hui, force est de reconnaître que cette ville sous-peuplée, sans patrimoine, ou si peu, sans beauté sinon celle des dunes dorées, propre à toutes les cités du Golfe, est devenue l’une des destinations les plus prisées du monde. Voilà un prince qui a réussi son pari, qui a concrétisé son rêve! Certes, l’atout des pétrodollars, qui n’est pas des moindres, lui a facilité la tâche. Mais les pétrodollars, qui coulent aussi à flot en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar, n’ont pas fait bourgeonner d’autres Eldorados dans ces pays immensément riches.    Pendant que Dubaï entrait à pas sûrs dans l’avenir, Beyrouth, lui, sombrait dans les précipices du passé. Les Libanais ont réussi le tour de force de plonger leur ville dans les affres de la guerre, puis une fois la paix revenue, de reconstruire la pierre sans y insuffler l’âme qui lui donnait ce cachet unique. La gloire d’antan n’est plus qu’un vieux souvenir, la culture se raréfie, la beauté ressemble à celle d’une femme (ou d’un homme) toute refaite, la joie de vivre n’est plus qu’amertume et aigreur, la satisfaction apportée par le travail plus qu’un dur et insupportable labeur. Avec une insouciance couplée à une affligeante ignorance et une criminelle irresponsabilité, les Libanais, peuple et dirigeants, ont perdu un à un les atouts qui faisaient de leur capitale le phare de la région. Fut un jour où Beyrouth était l’université, la maison d’édition, la cité médiatique, du monde arabe, une oasis de liberté pour les opprimés et les oppressés, un havre de tolérance. Il n’est plus qu’une ville sévère et peu hospitalière de par la cherté de la vie et l’absence des services les plus élémentaires. A vouloir cloner bêtement l’émirat du désert, les Libanais ont perdu ce qui faisait la gloire et la beauté de leur ville, sans pour autant gagner les atouts qui font la force de Dubaï. Beyrouth s’enfonce dans le passé. A ce rythme, et si rien n’est fait pour stopper la chute, l’âge de pierre n’est plus très loin.


 Paul Khalifeh
   
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