Hussein Ayoub. Discrétion et professionnalisme
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Nº 3107 du vendredi 1er novembre 2019

Hussein Ayoub. Discrétion et professionnalisme

 
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    Hussein Ayoub. Discrétion et professionnalisme
    Après une brillante carrière au quotidien as-Safir, Hussein Ayoub est aujourd’hui l’un des fondateurs de la nouvelle revue et du site électronique 180. Magazine l’a rencontré dans les nouveaux locaux...
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Après une brillante carrière au quotidien as-Safir, Hussein Ayoub est aujourd’hui l’un des fondateurs de la nouvelle revue et du site électronique 180. Magazine l’a rencontré dans les nouveaux locaux de la publication.

Hussein Ayoub est un homme réservé et discret. Contrairement à beaucoup de journalistes, il n’a aucune présence sur les réseaux sociaux et préfère de loin la discrétion et l’anonymat aux lumières des projecteurs. Professionnel jusqu’au bout, il fait partie de ceux qui laissent leur travail parler pour eux. Originaire du Sud, du village d’Aïnata, le journaliste appartient à une famille fortement politisée. En 1972, son père est le premier martyr du parti communiste, alors qu’il n’est âgé que de 7 ans.
Il fréquente un pensionnat privé à Saïda jusqu’en 1977, avant d’habiter Beyrouth. Avec l’invasion du Liban-sud par Israël en 1978, il vient en aide aux refugiés du sud dans le stade municipal de Tarik Jdidé. «A partir de ce jour, j’ai commencé à m’intéresser à la politique, même si au début c’était davantage sur un plan humanitaire. Par la suite, j’ai publié des poèmes ou des textes dans le journal du parti communiste al-Nida’», confie le journaliste. Au cours de la deuxième invasion israélienne de 1982, il est blessé au pied dans la région de Wata el-Moussaitbé durant les bombardements. «Lorsque Bachir Gemayel a été élu, j’ai décidé de quitter le Liban. J’avais obtenu une bourse pour l’Union soviétique pour faire des études de laboratoires. Je sentais que je n’avais plus ma place dans le pays. Mais après son assassinat, j’ai déchiré mon passeport et pris la décision de rester».
 
Un éminent professeur
Il commence simultanément des études en Information, Droit et Sciences politiques qu’il laisse tomber en deuxième année pour se consacrer à l’information. «Je me souviens de cette époque où l’on occupait notre temps plus par la politique que par les études. Nous avions un éminent professeur, Edouard Boustany, qui à chacun de ses passages d’un secteur à l’autre de la capitale se faisait kidnapper».
Hussein Ayoub commence sa carrière de journaliste auprès du quotidien al-Diyar, qui était à la recherche de rédacteurs situés dans ce qu’on appelait à l’époque Beyrouth-ouest. Sa collaboration est de très courte durée. Elle ne dure que 3 mois, au bout desquels il intègre en 1990 la radio du parti communiste, Sawt el-chaab. «C’était une expérience importante dans ma vie. A cette époque, il n’y avait que deux grandes stations, La Voix du Liban et Sawt el-Chaab. J’étais très actif. Je faisais du desk, des interviews, des reportages». Il devient par la suite responsable du bureau de Beyrouth du quotidien koweitien al-Watan en 1993 et ce jusqu’en 1996, date à laquelle il rejoint as-Safir, jusqu’à la fermeture du journal, en 2016.
Les moments forts vécus par Hussein Ayoub sont nombreux, notamment la libération du Liban-sud en 2000. «Je couvrais les événements pour as-Safir. Cette libération représentait beaucoup pour moi. C’était la première fois que je me rendais dans mon village depuis 1978. J’étais le premier à arriver sur les lieux. Ma mère était au village. Ce sont des instants empreints d’émotion que je n’oublierai jamais sur le plan personnel et sur le plan professionnel».

Un spectacle surréaliste
La décision de Talal Salman (propriétaire du quotidien) de fermer définitivement le Safir constitue un choc pour le journaliste. «Rien ne présageait une décision pareille qui n’était aucunement justifiée. Après la première fermeture, les fonds récoltés assuraient au journal une survie de 2 à 3 ans. J’ai beaucoup protesté. Nous étions en train d’établir de nouvelles stratégies et de voir comment faire évoluer le journal. Mais finalement nous nous sommes inclinés devant la décision de Talal Salman qui a voulu, selon ses propres termes, éteindre lui-même la lumière».
Avec beaucoup de nostalgie, Hussein Ayoub se souvient de la dernière nuit au quotidien as-Safir. «C’était un mélange de joie et de tristesse, une ambiance de fête. Les couloirs étaient bondés, des amis qui venaient, des artistes qui entonnaient des chansons de Marcel Khalifé. L’alcool coulait à flots. Je pense que j’étais la seule personne sobre car je devais préparer la manchette du lendemain. C’était un spectacle surréaliste».
Une brève aventure à al-Ittihad, le quotidien qui n’a pas fait long feu, un passage de quelques mois à al-Akhbar, entre février 2018 et septembre 2018, quand il présente sa démission, avant de se lancer dans le nouveau projet qui est la revue mensuelle et le site électronique 180. «J’ai eu des difficultés pour trouver le financement puis des amis koweitiens m’ont apporté leur aide. Ils ont assuré les frais de la création et de la première année.
Talal Salman nous a offert pour 5 ans la licence du al-jihad. J’ai alors contacté Sami Kleib, Amine Amouriyé, Wissam Matta et Ali Chehab pour se joindre à l’équipe. Aucun d’entre nous n’est rémunéré. C’est une aventure qui comprend des risques calculés.
Il y a beaucoup de volontariat mais si nous assurons des abonnements nous pourrons aller de l’avant». Pour le journaliste, 180 comble un vide qui existe dans le paysage médiatique et correspond à l’identité professionnelle de ses fondateurs. «C’est un endroit qui nous ressemble où l’on fait ce que l’on aime». «Notre but est de présenter au lecteur des faits et nous le laissons tirer ses propres conclusions. Nous sommes un groupe de journalistes qui croit profondément que le journalisme est une mission humanitaire et morale par excellence. Nous sommes en dehors de tout alignement, par contre, nous défendons la cause palestinienne. Nous aspirons à être un pont entre le Machrek et le Maghreb et nous ne faisons aucun compromis en ce qui concerne la liberté, la souveraineté et la justice sociale. Nous sommes des journalistes engagés, pas des porte-paroles d’un régime ou d’un parti». 
Réinventer la presse écrite. Alors que la presse écrite connaît une grave crise et que de nombreuse revues et des quotidiens ferment leurs portes, 180 apporte la preuve que la presse écrite a toujours sa place et a un rôle à jouer. Selon Hussein Ayoub, rien ne justifie la fermeture de certains organes de presse qui auraient dû agir d’une manière différente en revoyant leurs priorités et leurs dépenses. «A travers 180, nous voulons aussi dire que la presse écrite n’est pas morte mais qu’elle a besoin de se réinventer». La revue comporte des signatures du monde entier ainsi que des signatures locales. «Talal Salman, Fadl Chalak, Bahige Tabbara, Mona Succariyé, Zahi Wehbé et d’autres». La revue est politique et économique. Les photos ont laissé la place à des tableaux, des images, des dessins et des croquis. «Nous avons prévu d’atteindre le nombre de 1 000 abonnements en 2021 mais je pense que ce chiffre sera atteint au milieu de 2020 car avec le deuxième numéro nous sommes déjà à 400 abonnements».
Si l’édition papier a ses adeptes, il n’en demeure pas moins que la première source de financement reste la publicité traditionnelle car au Liban, la publicité digitale n’est pas encore entrée dans les mœurs. «Le site enregistre jusqu’à présent plus de 25 000 entrées et nous estimons qu’elles atteindront 50 000 à la fin du mois mais le site web n’assure pas de rentrées car il est gratuit. C’est l’édition écrite qui rapporte avec les abonnements et les publicités». Pourquoi 180? «Parce que 180 degrés donne une vision d’ensemble et tel est notre but et notre mission. En outre, la région que nous couvrons englobe l’Egypte, la Palestine, la Jordanie, le Liban, la Syrie et l’Irak et elle représente un angle de 180 degrés».
Deux personnes ont fortement influencé Hussein Ayoub dans sa carrière: Souheil Abboud et Joseph Samaha. «Souheil Abboud a été un exemple pour moi. Je lisais ses écrits depuis que j’étais petit et par la suite j’ai été en contact avec lui. C’est lui qui m’a encouragé à entrer au Safir et à y assumer plus de responsabilité après le départ d’Ibrahim el-Amine. Quant à Joseph Samaha, il était une véritable encyclopédie ambulante. Je passais des heures à discuter avec lui. C’est lui qui m’a introduit à l’écriture sociale et politique».


En chiffres
3
Hussein Ayoub a travaillé 3 mois au quotidien al-Diyar et 3 ans à Sawt el-Chaab.

20
Le journaliste a fait une carrière de 20 ans au quotidien as-Safir.

25 000
Depuis septembre, date du lancement, le site électronique 180 a enregistré plus de 25 000 entrées. 

Joëlle Seif
 

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Éditorial
La bête blessée reste dangereuse

Les pontes du système doivent trembler dans leurs fauteuils. Excédés par des décennies d’humiliation, qui a culminé avec une crise économique et financière sans précédent, les Libanais ont poussé un tonitruant cri de colère. Ça suffit!Le peuple libanais mérite mieux que cette classe parasitaire qui s’est enrichie d’une manière éhontée en pillant les biens de l’Etat et les ressources du pays. Une caste d’irresponsables et d’incapables qui ont mené le pays à sa ruine; une clique de corrompus qui éprouvent un tel mépris pour le peuple qu’ils étaient persuadés qu’ils pouvaient impunément continuer leurs pires excès sans que personne ne leur demande jamais de comptes; une bande de mafieux, qui ont détourné des dizaines de milliards de dollars empruntés à des taux improbables pour financer leurs palais, les mariages somptueux de leurs enfants, et autres indécences, au lieu de reconstruire une infrastructure détruite par leur interminable guerre, lorsque certains étaient miliciens et d’autres financiers de milices.En redistribuant une infime partie de ce qu’ils pillaient pour entretenir une clientèle plus ou moins importante, ils ont réussi à se régénérer, d’une campagne électorale à l’autre, en pensant pouvoir se reproduire à l’infini, rassurés que les murs du confessionnalisme qu’ils se gardaient bien d’abattre, empêcheront les Libanais de s’entendre, un jour, sur une cause unique. Mais ce système bien verrouillé a fini par rendre l’âme parce qu’il n’y avait plus rien à piller. Cupides, avares et mesquins, ils n’ont pas eu assez de courage ni d’intelligence pour puiser quelques miettes dans les fortunes colossales qu’ils ont amassées pour continuer à entretenir leur clientèle, si bien qu’une bonne partie de leur base, qui a sombré dans une grande pauvreté ou un désespoir extrême, s’est retournée contre eux.La révolte des Libanais est spontanée et authentique. Mais pour réussir à arracher au pouvoir des concessions durables et sérieuses, ils doivent rester focalisés sur la question sociale et économique qui transcende les communautés. Ceux qui essaient de les entraîner sur le terrain politique espèrent dissiper leur énergie et diviser leurs rangs. Chacun souhaite pour lui-même, pour ses enfants et pour ceux qu’il aime une meilleure justice sociale, davantage d’opportunités d’emploi, un avenir plus sûr. Mais lorsque des questions d’ordre politique sont abordées, il y aura autant d’avis qu’il y a de manifestants dans la rue. C’est là un piège dans lequel la classe politique veut précipiter le mouvement de contestation dans l’espoir de le torpiller.   Même blessée, surtout blessée, la classe politique reste très dangereuse. Comme elle a pillé l’Etat, elle n’hésitera pas à précipiter le pays dans les pires abîmes pour conserver ses privilèges. Il faut rester vigilant.


 Paul Khalifeh
   

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