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Nº 3091 du vendredi 6 juillet 2018

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Musique (86)

Il fêtait à Baalbeck l’an dernier ses dix ans de live et d’album. Ibrahim Maalouf est de retour cet été au Liban et se produira le 11 août à Batroun. Retour, en sa compagnie, sur une actualité musicale prolifique.

Vous venez souvent jouer au Liban. C’est votre première fois à Batroun?
Oui. Je viens très fréquemment en visite au Liban, et j’essaie de jouer au moins une fois par an, ou une fois tous les deux ans. J’ai joué dans de gros festivals comme à Beiteddine, ou à Baalbeck l’année dernière, mais c’est la première fois que je joue à Batroun. La notoriété des festivals dans lesquels je me produis m’importe peu, je suis content de jouer pour un public qui a envie de m’écouter.

 

Vous tournez beaucoup dans le monde arabe. À quoi ressemble votre public ici?
Il y a un peu de tout. Il y a des gens qui aiment le jazz, d’autres la musique underground, ceux qui m’ont connu lorsque je tournais avec Marcel Khalifé, etc. Il y a des jeunes, des moins jeunes, alors qu’en France il y a beaucoup de familles. Au Liban, c’est surtout un public jeune, sensible au milieu underground.

Vous collaborez avec beaucoup d’artistes, mais avec peu de musiciens arabes.
Je l’ai fait beaucoup, notamment avec des musiciens libanais. Mais il se trouve que mon travail va dans une direction où ma libanité est déjà très présente. Ce que j’exprime dans ma musique est extrêmement oriental et arabe. Si je rajoute encore quelque chose, ça risque d’être trop. Si j’invite des gens à manger en disant que je prépare un repas international et que le plat principal est un poulet au riz à la libanaise, je ne vais pas en plus proposer des mezzés en entrée! Je vais plutôt tenter de trouver d’autres recettes.

Votre musique présente des facettes multiples. Ces rencontres musicales transforment-elles votre rapport à la musique?
Bien sûr. Toutes les rencontres inspirent – des rencontres avec d’autres musiciens, des réalisateurs, des journalistes… Peu d’artistes en parlent mais les journalistes sont très inspirants. Ils sont, en tout cas dans mon cas, comme des thérapeutes, qui posent des questions que je ne m’étais jamais posées et qui agissent sur mon rapport à la musique.

Tout en la classant dans le jazz, on qualifie beaucoup votre musique à partir de son hybridité. Peut-on définir le jazz, et si oui, faites-vous du jazz?
Je pense que le jazz est définissable en disant qu’il est indéfinissable; et ma musique est peut-être indéfinissable aussi, mais n’est pas forcément du jazz. Limiter le jazz à un style ou à une époque, c’est ce que l’on pourrait faire de pire pour la culture jazz dans l’histoire. C’est ce que parfois les amoureux du jazz font pourtant sans s’en rendre compte. Sous prétexte de protéger une culture, on la limite. Je suis contre cette école-là. Le jazz avait souffert de cela à une époque mais avait su aussi s’émanciper grâce à Archie Sheep et les débuts du freejazz, qui se sont imposés en rompant violemment avec les catégories. La musique classique a bénéficié de la même chose avec l’émergence de la musique contemporaine. Dans les deux cas, ils ont su sortir des codes. Malgré tout, il y a toujours des gens pour refuser de s’extraire de ces catégories et pour venir définir les principes du jazz. Pour ceux-là, je ne fais pas de jazz.

Votre travail est pourtant basé sur le principe de l’improvisation.
Le jazz n’a pas l’exclusivité de l’improvisation. L’improvisation est la base de toutes les musiques du monde. C’était déjà le cas de la musique classique: Beethoven, Haydn ou Bach étaient de grands improvisateurs. La musique classique a perdu cette spécificité lorsqu’elle a commencé à être enseignée et qu’elle est tombée dans le piège du code.

Comment fait-on pour passer d’un tel processus à une musique très écrite qui est celle de la musique de film par exemple, qui répond à un code narratif très strict?
Improviser ne veut pas dire faire n’importe quoi! Quand on improvise, on dit spontanément des choses qui sont structurées; lorsqu’on improvise avec le cinéma, on structure beaucoup plus, c’est tout. Appliquer un produit sur un film, moi je n’y crois pas, ou alors il s’agit de commandes: à Hollywood ou à Bollywood, on sait comment ça marche, on connaît les codes du  cinéma et on sait quelle musique appliquer. Ce n’est pas de la création. Quand on veut vraiment inventer des choses, il faut discuter avec les réalisateurs, jusqu’à ce qu’on trouve la bonne tonalité, le bon ton, la bonne fibre qui va faire qu’on va comprendre le discours intérieur des personnages, et qu’on ne va pas juste suivre les dialogues, le fil narratif.

Quels sont vos projets?
Je travaille sur quatre musiques de film. Deux comédies pour Mohamed Hamidi, avec lequel j’avais déjà travaillé pour le film La Vache. Je retravaille aussi le réalisateur Safy Nebbou avec qui j’avais déjà travaillé pour Dans les forêts de Sibérie. Son nouveau film est une adaptation d’un livre de Camille Laurens qui s’appelle Celle que vous croyez.

Mathilde Rouxel

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Éditorial
La paix de Trump

Donald Trump a donné un coup d’accélérateur aux démarches visant à faire avancer son mystérieux «plan de paix» au Proche-Orient. Le président américain dépêche ses émissaires à droite et à gauche pour essayer de mettre sur les rails le fameux «accord du siècle», dont on ne connaît presque rien à part qu’il évoque un «Etat» palestinien avec comme capitale, Abou Dis, une banlieue de Jérusalem, selon les rumeurs. Jared Kushner, l’envoyé spécial de Trump, a pris son bâton de pèlerin à la mi-juin et a rencontré plusieurs dirigeants de la région, dans le cadre d’une tournée effectuée en compagnie de l’émissaire spécial du président américain pour le Moyen-Orient, Jason Greenblatt. Il a organisé à Amman une rencontre entre le roi Abdallah II et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, à laquelle aurait participé le prince héritier saoudien Mohammad ben Salman. Le site français Intelligenceonline a rapporté que des chefs d’agence de renseignements d’Israël, d’Arabie saoudite, d’Egypte, de Jordanie et de l’Autorité palestinienne se seraient rencontrés, après ce sommet, toujours à Amman, pour discuter des moyens pratiques de «faire avancer le processus de paix». C’est aussi dans ce cadre que certains observateurs placent la rencontre à Moscou entre le président Vladimir Poutine et le conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, venu préparer le sommet du 16 juillet à Helsinki, entre les chefs d’Etats américain et russe. Des sources citées par la presse croient savoir que Trump a proposé de reconnaître la primauté de l’influence russe en Syrie en contrepartie d’une aide de Moscou pour faire avancer «l’accord du siècle». La médiation de la Russie est souhaitée pour convaincre l’Autorité palestinienne, qui refuse de recevoir des représentants américains depuis que Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, à s’engager sérieusement dans le processus de paix. Ces sources croient voir dans l’invitation adressée par Vladimir Poutine à Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahu pour assister à la cérémonie de clôture du Mondial 2018, les prémices de ce rôle d’intermédiaire. Bien qu’il nous semble peu vraisemblable que les ambitions de Moscou se limitent au rôle de go between adoubé par Washington, surtout que la Russie a arraché son influence en Syrie grâce à ses Sukhoï et aux ressources qu’elle a investies pour réorganiser et rééquiper l’armée syrienne.   Il est possible que les Etats-Unis pensent que le moment est propice pour un forcing au niveau du processus de paix. Les sanctions contre l’Iran commencent à donner des résultats, avec la dépréciation du rial et les troubles politiques et sociaux sporadiques qui ont lieu dans le pays. Si cette analyse est vraie, alors il ne faut plus s’étonner que la formation du gouvernement libanais ait pris tellement de temps, car la constitution du pouvoir exécutif au Liban est aussi un champ où des pressions pourraient être éventuellement exercées dans le but d’affaiblir les alliés de l’Iran et de renforcer la position des amis de Washington et de Riyad.


 Paul Khalifeh
   

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