Messa di Requiem de Donizetti. Quand la musique se fait curiosité
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Nº 3048 du vendredi 8 avril 2016

Messa di Requiem de Donizetti. Quand la musique se fait curiosité

 
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    Messa di Requiem de Donizetti. Quand la musique se fait curiosité
    Le Conservatoire national supérieur de musique, en collaboration avec l’Institut culturel italien et l’Université Antonine, a offert, le 1er avril, une judicieuse interprétation de la Messa di Requiem de Donizetti. Grande...
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Le Conservatoire national supérieur de musique, en collaboration avec l’Institut culturel italien et l’Université Antonine, a offert, le 1er avril, une judicieuse interprétation de la Messa di Requiem de Donizetti.

Grande foule ce vendredi 1er avril à l’église Saint-Joseph des Pères jésuites. Le concert hebdomadaire du Conservatoire avait pris une autre teinte: un concert de Pâques en collaboration avec les solistes Caterina Di Tonno (soprano), Rosa Bove (mezzo-soprano), Bechara Moufarrej (ténor), Shady Torbey (baryton-basse), Marco Vinco (basse) et la Chorale de l’Université Antonine sous la direction du père Toufic Maatouk. Au programme: Messa di Requiem de Donizetti.
Direction tout en sensibilité et en maîtrise, le père Toufic Maatouk se glisse à merveille dans la peau du chef d’orchestre, pour faire résonner, tour à tour, les différentes sections de l’orchestre philharmonique du Liban, violons, violas, violoncelles, flûtes, clarinettes, trombones, trompettes… donner souffle à la chorale de l’Université Antonine et créer l’écrin adéquat pour que se posent les voix des cinq solistes, les voix masculines ayant une plus grande part, au détriment des voix soprano, comme l’a voulu son compositeur Gaetano Donizetti.
C’est peut-être initialement même dans le choix du programme que résident l’intérêt particulier et le défi de ce concert. Œuvre inachevée, à laquelle manquent le sanctus, le benedictus et l’agnus dei, elle a été écrite en hommage à Vincenzo Bellini, un des autres principaux compositeurs italiens, ami et rival à la fois, mort très jeune dans des circonstances demeurées mystérieuses. Les nouvelles parviennent à Donizetti, alors qu’il était à Paris, en 1935, où, frénétique, il mettait les touches finales aux répétitions de son plus célèbre opéra Lucia di Lammermoor, chef-d’œuvre du bel canto. Une performance avait été sans doute prévue, mais elle ne fut jamais exécutée du vivant du compositeur, mort en 1848, après avoir sombré dans la folie. Exécutée pour la première fois en 1870 à Bergame, elle est, en dehors de ses opéras, l’une de ses plus importantes compositions. Après avoir été le compositeur italien le plus joué de son temps, ses œuvres tombèrent progressivement dans l’oubli, au détriment de celles de Verdi, avant d’être remises au goût du jour, dès la seconde moitié du XXe siècle, aiguisant la curiosité des musicologues et des interprètes.
Si Donizetti avait eu le temps d’entendre jouer sa Messa di Requiem, y aurait-il apporté des modifications? Probablement l’aurait-il fait, pour y ajouter ce brin d’intensité dramatique qui manque à l’ensemble. Dès le début, l’auditeur même peu rodé à la musique classique, mais les sens et la perception aiguisés, ressent, à son insu, l’écho d’une composition inégale. Quand intervient la première note opératique, du côté des voix soprano, comme surgie précisément d’une ambiance autre, elle se reçoit de manière étrange, le sourcil levé, le regard interrogateur. Mais rapidement, l’atmosphère se stabilise à nouveau, pour passer sans accroc mais sans grande accroche non plus.
Une Messe de Requiem presque calme, sobre, sombre et éclairée à la fois, avec quelques mouvements plus allègres que d’autres, et fort heureusement, habitée par des moments de puissance indéniable qui font tendre l’oreille, l’attention et le corps. Avant de glisser à nouveau au fond du calme roulement de l’œuvre. La tempête aura été de courte durée, mais le voyage très agréable, même s’il lui manque cette irrépressible montée d’adrénaline qui aurait pu, pour reprendre les mots d’Arvo Pärt, rendre le «silence si assourdissant que les gens avaient presque peur de respirer».

Nayla Rached

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Éditorial
Le monstre levantin

«L’homme est un loup pour l’homme»Thomas HobbesEn plus des morts, des destructions et des souffrances qu’elles provoquent, les guerres ont des conséquences encore plus pernicieuses, du fait qu’elles engendrent une faillite morale qui peut conduire à la déchéance absolue. L’homme néglige, oublie ou abandonne la compassion, la solidarité, la fraternité, la justice, la sagesse, autant de valeurs qui le différencient du monde animal. Mus par la cupidité et l’égoïsme, certains se transforment en vautours, en tortionnaires ou carrément en assassins. Ils profitent de la souffrance des plus exposés, exploitent la détresse des plus démunis, pour réaliser des gains matériels rapides. Ils piétinent les plus faibles pour grimper un échelon, écrasent les moins protégés pour voler quelques miettes.  La faim, la santé, la sécurité, les sentiments, les rêves, on les retrouve partout où il est possible de faire quelques sous. Ils stockent les denrées alimentaires pour faire monter les prix, vendent de la nourriture avariée aux affamés, se livrent au trafic de carburant et de médicaments, fournissent de faux visas contre une fortune. Voraces, assoiffés d’argent, ils passeront rapidement à une étape de bestialité supérieure. Ils deviendront kidnappeurs, trafiquants d’organes humains, passeurs d’immigrés clandestins, tortionnaires, cannibales…Proxénètes, ils enlèveront des jeunes filles en route pour l’université ou en visite chez une amie, ils les séquestreront et les obligeront à se prostituer. Si elles sont vierges, ils les défloreront à l’aide d’une bouteille en verre ou d’un manche en bois. Si elles résistent, ils les battront sauvagement, les affameront, écraseront des mégots brûlants sur l’intimité de leurs corps. Si elles tombent enceintes, elles seront avortées, et le fœtus jeté aux chiens. Si elles osent se plaindre, elles seront mutilées.Ce sont des tueurs d’espoir.Cela se passe chez nous, entre deux stations balnéaires «in», sans que l’on s’en rende compte, ou en faisant semblant de ne rien savoir. Sait-on quelles autres monstruosités se cachent dans les ruelles obscures de nos quartiers?La faillite morale ne touche pas seulement ceux qui commettent ces crimes, mais aussi ceux qui restent indifférents ou insensibles devant tant de souffrances. Ces brutes qui font des blagues sur la détresse des autres ou qui y trouvent des sujets de commérage dans un salon mondain. Du moment que cela n’arrive qu’aux autres, il ne faut pas s’en émouvoir, s’amusent-ils. Mais le jour où ils seront eux-mêmes frappés, trouveront-ils une épaule pour se reposer ou une oreille pour les écouter?Nous sommes en plein dans le chaos primitif, Le Léviathan, ce monstre de la mythologie phénicienne que Thomas Hobbes a si bien décrit.Nos ancêtres levantins savaient-ils que la limite entre l’humanité et la bestialité n’est qu’un fil ténu, que beaucoup n’hésiteront pas à franchir, parfois allègrement, à la première épreuve?Cependant, en offrant tant de contributions à la civilisation universelle, les Phéniciens voulaient-ils prouver que notre face humaine peut, malgré tout, dominer nos pulsions animales? Nous devons y croire, sinon, la seule perspective qui s’offre à nous est la guerre, interminable, de tous contre tous.      


 Paul Khalifeh
   

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