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Nº 3097 du vendredi 4 janvier 2019

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Spectacle (110)

Du 24 au 27 janvier, Ali Chahrour présente au théâtre al-Madina la première partie de sa deuxième trilogie, Leil, un concert de danse centré sur l’amour et le lexique de l’amour. Magazine a rencontré le chorégraphe et danseur.

Après une première trilogie sur la mort, une deuxième trilogie sur l’amour. Ali Chahrour ne voulait pas créer un fossé entre les deux mais effectuer une transition en douceur. «L’amour, dit-il, est toujours relié à la séparation, à la douleur, surtout dans la mémoire arabe». Ses recherches l’amènent, en effet, à se rendre compte que les mythes de l’amour dans la mémoire arabe et leur rapport avec la société contemporaine sont tous reliés à la mort. Cette mémoire, cet héritage arabe qui est à la base même de tout son travail de chorégraphe et de danseur et de tous les questionnements que le corps et le mouvement soulèvent.
Sa trilogie sur l’amour, Ali Chahrour l’a pensé dans ses multiples couches: une première partie axée sur l’amour hérité au fil de l’histoire et sa relation avec la société contemporaine, une deuxième partie qui sera consacrée à l’amour au niveau de la famille avec des familles réelles sur scène. Quant à la troisième partie, «il est encore trop tôt pour en parler», dit-il dans un sourire. De recherches en recherches, Ali Chahrour axe son travail sur deux références essentielles: Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes et Morts des amants (Massare3 el-3ouchak) de Siraj el-Kare’, qui recense les histoires d’amour de la période abbasside, racontées par les amants eux-mêmes avant leur chute et après que le temps se soit écoulé sur leur histoire d’amour.
Leil, Nuit, dépourvue de la délimitation du pronom personnel, se rapporte à l’amour et au lexique de l’amour dans la société contemporaine en comparaison à l’amour et à son lexique dans la mémoire collective, autour de destins d’amants qui ont transgressé les systèmes sociaux et religieux et dont le corps a été châtié, vivant entre la déchirure de la séparation et l’espoir de l’impossible rencontre. Des histoires provenant du Levant et de la Mésopotamie, Syrie, Irak, Palestine, Liban. Comment ce lexique, et comment cet amour-même a évolué au fil du temps. Parti-pris – même si cela pourrait comporter quelques difficultés – la pièce est ancrée dans le registre arabe. «Le spectacle, explique Ali Chahrour, tourne beaucoup autour des noms de l’amour dans la langue arabe».
Au-delà de cette partie introductive sur l’amour et son lexique, Leil aborde la fin de ces histoires, les métamorphoses des amants, leurs résistances, leurs chutes et leurs disparitions. Un moment où le corps épuisé s’écroule, entraînant la naissance d’une nouvelle histoire.

Se dévoiler sur scène
Fidèle à son modus operandi, Ali Chahrour ne collabore pas avec des danseurs professionnels, soucieux de préserver là-aussi l’authenticité de la mémoire du corps de ses artistes. Pour Leil, il s’est associé avec Hala Omran, Aya Metwalli, Simona Abdallah et Sharif Sehnaoui. En parlant des particularités de chacun de ses collaborateurs, et de la valeur ajoutée que chacun d’eux apporte à la performance, Ali Chahrour s’enflamme en cherchant les mots et les sensations justes. Hala Omran, actrice syrienne, a déjà collaboré avec lui dans May he rise and smell the fragrance, dernière partie de sa première trilogie. «Je trouve qu’elle a une forte présence, qu’elle a un geste qui lui est particulier. Son corps a une histoire, et elle a une forte connaissance de la langue et de la poésie arabe». L’Egyptienne Aya Metwalli a fait deux ans de danse puis a décidé de devenir musicienne autodidacte. Simona Abdallah est une percussionniste d’origine palestinienne, «une des rares femmes à jouer de la darbouka dans le monde arabe. Et elle joue de la musique avec son corps, son sang, ses sensations, et non selon des techniques et des codes formatés. Cette musique populaire baladi se complète avec la musique plus expérimentale, plus contemporaine de Sharif Sahnaoui. «Simona et Sharif, poursuit Ali, viennent de deux backgrounds complètement différents, mais, décision effrayante, j’ai senti que ce clash pouvait être intéressant».
Après s’être interrogé de savoir s’il rejoignait lui aussi ses artistes sur scène ou s’il se suffisait de sa casquette de chorégraphe et metteur en scène, Ali Chahrour a tranché pour la première option, d’abord par enthousiasme, puis pour rétablir la balance vu la dynamique des performers, ensuite pour accorder plus de présence au corps.
Dans cet étrange mélange où chacun des artistes vient d’un background différent, où tous sont prêts à se dévoiler sur scène, à dévoiler leurs outils, «la transparence de chacun est vitale». «L’esthétique vient de leur faiblesse, de leur fragilité», du risque qu’ils prennent, de l’intensité qu’ils mettent dans leur voix, dans leur geste, puisqu’ils n’ont pas l’armature de la technique.
Ali Chahrour est curieux et anxieux de savoir comment le public libanais va recevoir Leil, car elle est différente de sa première trilogie. «Il y a une prise de décision plus radicale, des scènes figées qui s’étalent, des défis dans l’intensité du son et du corps, dans le fait qu’il y a autant de choix musicaux dans une performance de danse, qui est d’ailleurs présentée comme un concert de danse». Comme avant chaque tournée à l’étranger, Leil sera présentée pour la première fois à Beyrouth. Ali Chahrour y tient, sinon dit-il, «moi-même, je ne comprendrais pas ce que j’aurais fait».

Nayla Rached

Invité par Persona Production, l’écrivain Eric-Emmanuel Schmidt sera sur scène du 7 au 10 juin, pour présenter Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran. Par nayla rached

Paris, rue Bleue, dans les années 60. Moïse, onze ans, mal aimé, supporte comme il peut de vivre seul avec son père. Monsieur Ibrahim, le vieux sage, tient l’épicerie arabe et contemple le monde depuis son tabouret. Un jour, le regard de Monsieur Ibrahim rencontre celui de Momo. De conversation en conversation, la vie devient plus souriante et les choses ordinaires extraordinaires…
Cette histoire, on la connaît presque tous, qu’on ait lu le roman d’Eric-Emmanuel Schmidt ou non, qu’on ait vu le film éponyme avec Omar Sharif ou non. Cette histoire, c’est l’un des plus grands succès de Schmidt, traduite en 38 langues, à tel point, comme il le dit, qu’il est devenu désormais, dans beaucoup de pays, «l’auteur de Monsieur Ibrahim».
Récit initiatique, drôle et émouvant, véritable hymne à la tolérance, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran est le deuxième volet du Cycle de l’invisible, 6 récits sur l’enfance et la spiritualité, dont font également partie Milarepa, Oscar et la dame rose, L’Enfant de Noé, Le sumo qui ne pouvait pas grossir et Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus.
Paru aux Editions Albin Michel en 2001, le livre est la biographie romancée de son ami Bruno Abraham-Kremer. «Ecrit en quelques jours sur un coin de table pour faire plaisir à un ami», ce monologue fut mis en scène et interprété, durant 600 représentations, en 2001, par Bruno Abraham-Kremer. En 2012, Francis Lalanne interprète le monologue, dans une mise en scène d’Anne Bourgeois, au Théâtre Rive Gauche, à Paris. C’est par un concours de circonstances qu’Eric-Emmanuel Schmidt devient l’acteur de son monologue: en raison d’un engagement préalable, Lalanne était dans l’impossibilité d’assurer neuf représentations. Les amis de Schmidt le poussèrent alors à monter sur scène. Ce baptême terrorisa l’auteur mais obtint une standing ovation du public. Depuis, Eric-Emmanuel Schmidt a interprété son œuvre en France, en Suisse, en Belgique, au Canada, en Italie, aux Etats-Unis…
Avec ce dernier spectacle dans la programmation 2018 de Persona Productions, sa fondatrice Joëlle Zraick, relève cette expérience autre qui attend le public. «Eric-Emmanuel Schmidt est auteur avant tout. On vient le voir dire son propre texte, il y a quelque chose de très touchant dans sa manière de le transmettre au public. C’est une autre expérience sur scène». L’Express, relève un «bijou d’écriture, d’émotion, d’humour». «C’est très drôle et très déchirant», écrit Le Figaro. Et pour Télérama, l’histoire de l’écrivain français est «belle et généreuse, pleine de lumière et de tolérance».
«Lorsqu’il récupérera son vieil exemplaire, affirme Schmidt en 2004, Momo découvrira ce qu’il y avait dans le Coran de Monsieur Ibrahim: des fleurs séchées. Son Coran, c’est autant le texte que ce que Monsieur Ibrahim y a lui-même déposé, sa vie, sa façon de lire, son interprétation. (…) La spiritualité vraie ne vaut que par un mélange d’obéissance et de liberté. Voici donc enfin l’explication qu’on me demande toujours, l’explication de ce mystérieux titre, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran».

Nayla Rached
 

Depuis le 25 février, les planches du théâtre Gemmayzé accueillent la pièce Liaisons dangereuses, adaptée, mise en scène et produite par Joe Kodeih.

On s’est tellement habitués à Joe Kodeih comme un «one man show» qu’on en est venu à oublier presque qu’il est, avant tout, un metteur en scène, un homme de théâtre, ce «concentré de vie», comme il le décrit, cet espace-lieu où «la vie devient meilleure, où elle prend forme comme notre fantasme le souhaite». A la question de savoir si ce théâtre-là lui a manqué, sa réponse fuse aussitôt: «Oui, sûrement, mais je n’ai pas lâché prise entre-temps», travaillant, rappelle-t-il, sur la pièce Rima et sur la mise en scène de Michel et Samir, même si ces deux spectacles s’inscrivent toujours dans le registre de la comédie.
En décidant d’adapter les Liaisons dangereuses, il a fait face à cette même réaction: pourquoi changer une formule gagnante, celle du «one man show», qui était une rémunération à tous les niveaux? Mais Joe Kodeih est retourné à son amour premier, le théâtre, et une pièce en particulier, la première qu’il a jouée de sa vie, en 1993: une adaptation estudiantine des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos dans laquelle il a interprété le rôle de Valmont. C’est donc tout simplement là que réside le pourquoi du comment de l’actuelle adaptation.

 

Un casting solide
Joe Kodeih passe ainsi à un autre registre, une pièce dramatique, même si elle contient des «étincelles de comédie», et même… des pas de danse dans une chorégraphie signée Mazen Kiwan. Merteuil, Valmont, Tourvel, Volanges, Danceny, interprétés respectivement par Bernadette Houdeib, Joe Kodeih, Solange Trak, Patricia Smayra et Bruno Tabbal effectuent cinq danses sur la scène du théâtre Gemmayzé, les personnages mythiques de l’un des plus célèbres romans épistolaires, devenus des symboles, et qui se présentent là dans une adaptation à la fois libanisée et fidèle à l’esprit littéraire du texte, pour en garder intacte son âme, comme l’a voulu Kodeih, plaçant ainsi l’action dans un contexte atemporel, puisqu’il n’y ait pas fait mention du lieu où ça se passe, en France ou au Liban. Dans cette adaptation, un vrai travail de réécriture, le livre garde son titre original, devenu Gharam wa intikam en arabe. Idem en ce qui concerne les noms des personnages qui restent le point central de l’œuvre, puisque Kodeih et son équipe ont effectué une étude développée de leurs personnages, à tous les niveaux, tout aussi bien psychologique que sémiologique et autres.
Joe Kodeih compte sur son casting qu’il estime «très solide» pour tenir le spectacle de bout en bout et tenir, par-là, la concentration du spectateur, pour que ce dernier ne perde pas le fil conducteur de la pièce. A savoir, d’une certaine manière, le rôle de Danceny, puisque tout se passe dans la tête de l’amoureux de Cécile de Volanges, celui qui, au final, a tué Valmont. C’est que le plus important pour Kodeih est que «le spectateur puisse théâtralement suivre et comprendre jusqu’à la fin ce qui se passe sur scène, qu’il parvienne à se concentrer sur la trame et à garder le fil conducteur des événements. Cela n’est pas facile puisqu’il y a une quinzaine de tableaux, il faut donc que je l’aide un peu». Est-ce donc une pièce difficile? «Très accessible, précise-t-il, mais très juteuse. Chaque scène, même si on pourrait croire qu’elle n’est qu’une sorte de lien entre deux grands moments, eh bien non, le moindre détail a été étudié».

 

Au public de décider
Mis à part cet espoir précis, qui ne peut être que le résultat d’un travail rigoureux, Joe Kodeih n’a pas d’attentes particulières de la part du public libanais. «J’ai fait des succès fous et j’ai joué à guichets fermés pendant des mois. Certes, c’est le but de chaque acteur, metteur en scène, producteur, mais je n’ai jamais travaillé de sorte à attirer le public. Si j’ai dix spectateurs ou des salles combles, la qualité de mon travail ne va pas changer. Et à dire vrai, j’ai écrit dans le passé des pièces qui, à mon sens, avaient une valeur dramaturgique, avec seulement une vingtaine de spectateurs dans la soirée, alors que des pièces, que j’estimais être plus légères, ont cartonné. Récemment, on voit sur le marché au Liban l’effet du marketing sur le succès de tel ou tel spectacle. Je respecte cela, mais je suis loin de jouer le jeu. Je fais mon marketing, certes, je travaille d’une manière très agressive, mais avec beaucoup d’amour. Mon but est de faire du théâtre et c’est au public de décider s’il va venir ou pas. Dans le temps, il n’y avait pas Facebook, c’était juste le bouche à oreille; la première semaine, il n’y avait presque personne et puis on jouait durant des mois, et le public s’asseyait par terre».

Nayla Rached

Informations et réservations: Librairie Antoine ou au (76) 409 109.

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Éditorial
En retard… comme toujours

Le retrait américain de Syrie et le début de la normalisation des relations avec un régime que la moitié de la planète voulait voir disparaitre marquent la naissance d’un nouveau Moyen-Orient, bien différent de celui qu’annonçait Condoleezza Rice en 2006. Au Levant, la Russie est une puissance de premier plan et l’Iran un acteur incontournable. Sans se soucier d’expliquer à leur opinion publique les raisons de leur brusque revirement, des Etats arabes qui ont dépensé des dizaines de milliards de dollars pour faire tomber le régime du président Bachar al-Assad se bousculent aux portes de Damas pour rouvrir leurs ambassades. Les Emirats arabes unis seront suivis, dans les semaines à venir, par d’autres pays arabes et européens. L’heure est au pragmatisme. Le retournement des pires ennemis de la Syrie s’explique par le souci de ne pas laisser le terrain libre à la Turquie et à l’Iran. Mais ce retour est celui des vaincus, même s’ils espèrent engranger quelques dividendes politiques en participant à la reconstruction du pays. Il est cependant peu probable qu’ils obtiennent en contrepartie des milliards qu’ils feront miroiter ce qu’ils n’ont pas réussi à arracher par la force des armes. Le retour des Arabes à Damas permettra tout au plus au régime syrien d’élargir ses marges de manœuvres vis-à-vis de ses alliés. Mais il ne les lâchera jamais, et ceux qui ne l’ont pas encore compris se fourvoient.Dans ces changements dramatiques qui s’accélèrent, le Liban est, une nouvelle fois, à la traîne. Pourtant, il est le mieux placé pour cueillir les fruits de l’après-guerre. Le consensus politique interne nécessaire pour entamer une normalisation avec Damas fait défaut et l’absence d’un tel accord freine toute initiative. Au lieu de miser sur sa position privilégiée, aussi bien sur les plans politique que géographique, pour jouer le rôle d’intermédiaire entre la Syrie et les pays arabes, il se mure dans un attentisme stérile. Beyrouth finira par normaliser ses relations avec Damas lorsque tous les Arabes l’auront fait. Il arrivera alors en retard et n’obtiendra que les miettes d’un immense marché estimé à des centaines de milliards de dollars.L’attitude d’une partie de la classe politique est incompréhensible. Au lieu de faire primer l’intérêt national, certains adoptent des postures idéologiques d’un autre âge, au risque de laisser échapper une occasion que le monde des affaires attend avec impatience. Les banques libanaises sont les seuls établissements bancaires étrangers présents en Syrie; le savoir-faire libanais est très apprécié et recherché au pays des Omeyyades; les relations des Libanais avec le monde entier sont demandées; les ports du Liban peuvent jouer le rôle de hub pour un marché syro-irakien de 60 millions de personnes, sans compter la Jordanie et les pays du Golfe. Sur un plan politique, le retour des réfugiés syriens sera plus facile et plus rapide s’il est organisé, sans complexes, avec les autorités syriennes.Il n’est pas nécessaire d’être un génie de la politique ou un grand stratège pour comprendre ces vérités de la Palice. Il faut juste être libre d’esprit et réellement indépendant.


 Paul Khalifeh
   

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