L’expansion à l’étranger continue. Le savoir-faire libanais s’exporte bien
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Nº 2998 du vendredi 24 avril 2015

L’expansion à l’étranger continue. Le savoir-faire libanais s’exporte bien

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    L’expansion à l’étranger continue. Le savoir-faire libanais s’exporte bien
    Année après année, les banques libanaises poursuivent leur expansion à l’étranger. Une nécessité pour contourner l’étroitesse du marché libanais, entre autres. S’il participe à leur croissance, ce développement à l’international...
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Année après année, les banques libanaises poursuivent leur expansion à l’étranger. Une nécessité pour contourner l’étroitesse du marché libanais, entre autres. S’il participe à leur croissance, ce développement à l’international n’est pas sans risque.

Pilier de l’économie libanaise, le secteur bancaire se développe à l’intérieur du territoire, avec un maillage de plus en plus large dans l’ensemble des régions, mais s’exporte aussi à l’étranger. Les deux dernières décennies ont ainsi été témoins d’une expansion des banques libanaises, dans la région, bien sûr, mais pas seulement.
A tel point, qu’aujourd’hui, seize banques libanaises − qui constituent selon l’Association des banques près de 86% de la taille du secteur − sont présentes, sous différentes formes, dans plus de trente pays. Bien évidemment, les marchés naturels que sont les pays arabes figurent parmi les cibles phares des établissements libanais. La Syrie, la Jordanie, l’Egypte, le Soudan, l’Algérie, mais aussi du côté du Golfe, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar ou encore Oman témoignent d’une activité bancaire made in Lebanon. Sans oublier le marché turc et le continent européen, qui demeure à maints égards, important pour les banques libanaises. La Suisse, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, le Luxembourg, Monaco, la Biélorussie, l’Arménie, la Belgique, la Roumanie ou encore Chypre ont vu se déployer les banques libanaises sur leur sol.
Avec une nouveauté, ces dernières années, la conquête du continent africain où vit une importante diaspora libanaise. La Côte d’Ivoire, le Nigeria, la République démocratique du Congo ou encore le Sénégal sont apparus comme des marchés naturels et à fort potentiel d’affaires.

 

Plusieurs options
Pour procéder à cette expansion à l’international, les banques libanaises ont misé sur différentes formes d’implantation. Dans certains cas, on parle de filiales, de banques associées ou de banques sœurs, qui constituent 39 entités, alors que dans d’autres, il s’agit de branches, estimées à 240. Parfois, l’option choisie consiste en un bureau de représentation, destiné à assurer une présence dans le pays, afin de drainer des opportunités d’affaires pour les clients libanais. Selon un édito de Makram Sader de l’Association des banques du Liban, datant du 31 janvier 2014, le volume d’activité des seize banques libanaises à l’étranger «a atteint 17% de leur total des actifs consolidés».
Parmi les raisons qui poussent les banques libanaises à s’exporter à l’étranger, l’étroitesse du territoire libanais. L’économie nationale est de petite taille, tout comme la population libanaise, poussant les banques à chercher d’autres clients à l’étranger. A cela se greffent d’autres raisons. Les tensions politiques persistantes et le contexte sécuritaire incertain ont pour effet de générer une instabilité quasi permanente, facteur d’émigration chez les jeunes. Selon Makram Sader, «l’instabilité politique et sécuritaire amène la rétraction de nouveaux investissements et, par conséquent, la régression du taux de croissance, du revenu des ménages et des bénéfices des entreprises. Les causes à effets affectent l’activité bancaire interne côté ressources et avoirs. En raison de ces développements conjoncturels qui tendent à être structurels, nos banques cherchent à développer leurs activités dans les pays arabes et étrangers, à suivre la communauté libanaise dans ces pays ou à surmonter la taille réduite du marché interne».
Cela leur permet, en outre, de gagner des clients au profil de Libanais non résidants dans le pays, mais aussi des étrangers, souvent des entreprises.
Les banques libanaises poursuivent donc, au fil des années, leur quête de marchés à l’étranger. Malgré les risques. Car ces dernières années, la région et ses crises successives auraient pu dissuader les banques libanaises de s’y investir.
Certains économistes, entre autres, ne se sont pas privés, alors que les «printemps arabes» battaient leur plein, de critiquer le déploiement des banques libanaises à l’étranger. Car selon eux, les risques ne sont pas anodins ni sans répercussions sur l’économie. Dans son éditorial, Makram Sader balaie ces inquiétudes. Pour lui, «l’expérience des banques libanaises auprès des marchés étrangers ne doit pas être sous-estimée». «Elle remonte dans le temps à plus de quarante ans, elle est très profonde et vaste en connaissances».
De tout temps, le secteur bancaire a été confronté à l’étroitesse du territoire et de son économie, avec une propension naturelle d’ouverture sur le monde. Par ailleurs, dit Sader, «le succès libanais à l’échelle mondiale est évident pour tous». En outre, il rappelle qu’il est «important de prendre en compte lors de l’évaluation de la présence bancaire libanaise à l’étranger qu’il y a seize banques libanaises concernées et que leur part dans l’ensemble des actifs et des fonds propres dépasse 86%, tandis que la taille de leur activité totale à l’étranger n’atteint pas 17% des actifs consolidés». Ce qui signifie que les risques ne sont pas concentrés sur une ou deux banques, mais bien répartis. Enfin, Makram Sader attire l’attention «sur le fait que les investissements de nos banques à l’étranger se situent essentiellement dans les pays dont la note souveraine des risques est à un niveau plus élevé que celui d’‘Investment Grade’. Par exemple, la Turquie a la plus grande économie de la région et est membre du G20. Sa note souveraine des risques (BBB-) est bien meilleure que celle du Liban, pour ne pas mentionner également les notes souveraines plus avantageuses des pays européens et de l’Australie (AAA et AA), où nos banques sont présentes, ainsi que celles des pays du Golfe (A+, A-)».
En revanche, les pays comme la Syrie ou l’Irak, ainsi que le Soudan, à risque du fait des conflits qui les tiraillent, représentent des risques plus élevés que le Liban. Sader se veut toutefois rassurant, estimant que «la part de nos banques dans ces pays, respectivement par rapport à leur activité globale à l’étranger et au total de leurs bilans consolidés, reste dérisoire». Malgré les risques, ces pays-là restent des marchés d’avenir, au potentiel certain. D’où l’importance d’y conserver une présence. Cela permettra aux banques libanaises, dès que la situation en Irak et en Syrie s’apaisera, de participer en tant qu’acteurs de premier plan à la reconstruction de ces pays, tout en saisissant les opportunités de croissance.
Pour s’assurer que l’activité bancaire à l’étranger n’impacte pas l’économie libanaise, la Banque du Liban (BDL) veille au grain. Les établissements libanais qui détiennent des succursales à l’étranger sont soumis à un ensemble de réglementations aux normes internationales. La BDL a mis en place des systèmes de contrôle − qui ont aussi pour objectif de lutter contre le blanchiment d’argent − afin d’éviter tout problème. Une circulaire émise en 2012 impose ainsi aux banques libanaises de rester informées des lois et règlements qui régissent leurs correspondants à l’étranger.
Et depuis le 27 octobre 2014, une nouvelle circulaire a été émise par l’institution. Le texte oblige désormais les banques libanaises qui souhaiteraient prendre des participations financières dans des banques, institutions financières, entreprises de courtage ou compagnies d’assurances, à obtenir le feu vert, au préalable, de la Banque du Liban. Idem pour les opérations directes ou indirectes. Auparavant, les banques pouvaient s’impliquer dans de telles opérations dans la limite de 25% de leur capital.

Jenny Saleh

Les implantations possibles
Selon le pays et les opportunités financières et économiques qu’il propose, les banques ont différentes options pour s’y installer.
Elles peuvent par exemple choisir d’y implanter une filiale, qui aura sa propre personnalité juridique et qui sera complètement distincte de la banque mère. Dans ce cas, elle disposera d’un patrimoine propre et aura plus de facilité pour augmenter son capital et l’ouvrir à d’autres associés. La filiale dépendra du droit local dans le pays d’implantation.
Dans d’autres pays, déjà très bancarisés, comme dans les Emirats arabes unis, les banques décident de n’ouvrir qu’un bureau de représentation, qui leur permet de rayonner sur place et de saisir tout de même les opportunités financières et de satisfaire les besoins de leur clientèle.


Les banques étrangères au Liban
Moins visibles que leurs consœurs libanaises, les banques étrangères sont pourtant bien présentes sur le territoire national. Selon l’Association des banques du Liban, douze banques étrangères opèrent encore au Liban. Toutefois, leur part n’excède pas 2% du marché libanais. Par ailleurs, onze bureaux de représentation de banques internationales renommées sont répertoriés dans le pays du Cèdre. La présence bancaire étrangère au Liban se symbolise aussi d’une autre façon, puisque quatorze banques étrangères détiennent un nombre important d’actions dans les grandes banques libanaises, dotées d’un management purement libanais.
Par ailleurs, il apparaît que les institutions bancaires opérant au Liban entretiennent des relations de correspondance avec 226 banques étrangères qui facilitent les opérations avec le monde financier.

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Éditorial
Des lois pour qui?

Comme pour combler les carences dans la gestion du pays, les lois pleuvent menaçantes. Mais même justifiées, elles n’en sont pas moins inapplicables. Certes, ce nouveau code, qui remplace une loi datant du siècle dernier, a reçu l’aval de nombreuses associations de la société civile. Il se propose de sanctionner sévèrement les conducteurs indisciplinés dans un pays où les accidents meurtriers sont si nombreux. Mais que dire de la dégradation de l’état du circuit routier, dont les conducteurs, aussi chauffards qu’ils soient, ne sont pas responsables? Que dire des croisements de rues où les feux de signalisation sont si souvent absents? Des trottoirs inutilisables à cause des piliers et autres obstacles que la municipalité a eu la «bonne» idée de poser, empêchant les piétons d’y avoir accès? Des agents préposés à l’application des lois, et qui sont souvent les premiers à les violer? D’ailleurs, les contrevenants ne semblent pas tenir compte des sanctions imposées, sachant qu’elles ne pouvaient pas être appliquées. La mise en œuvre de la nouvelle loi ayant été si souvent reportée, chaque jour apporte son lot de morts et de blessés, victimes de la route que recense la salle censée contrôler le trafic routier. Quant aux permis de conduire, ils sont délivrés au hasard ou en fonction des rejetons des «grands» du pays. Ce nouveau code a du bon. Reste encore à pouvoir le mettre en place et en assurer le suivi.Autre loi, jugée inique par les locataires et contestée par les propriétaires, celle des loyers, héritée d’un texte datant de la fin de la Deuxième Guerre mondiale et remis à jour en 1992, soit à la fin de la guerre civile. La loi gèle les contrats de location signés avant cette date, ne tenant compte d’aucun facteur social ni d’une inflation galopante qui frappe, en premier, les locataires. Toutefois, elle prend en considération une éventuelle revalorisation des grilles des salaires, qui attend toujours de ne plus être simplement éventuelle.Penser faire oublier le vide administratif tient de la gageure. Si les citoyens sont préoccupés par leurs problèmes quotidiens, ils n’en oublient pas pour autant toutes les possibilités qui peuvent renflouer les caisses de l’Etat sans toucher aux salaires, de plus en plus modestes, d’une classe moyenne qui, d’ailleurs, n’existe plus. Elle vit, de moins en moins, des rentrées que lui assurent les membres de la famille travaillant à l’étranger. Elle s’interroge, toujours sans pouvoir y répondre, sur les véritables raisons de laisser traîner ou même d’abandonner l’idée de profiter de la mine d’or noir que lui offre la Méditerranée. Un trésor à portée de main, mais toujours enfoui au fond de la mer. Pourtant, l’exploitation des ressources en hydrocarbure pourrait permettre au Liban de rejoindre le club des pays producteurs de pétrole, au moins dans quelques années. Mais qui s’en préoccupe pour le moment? Les spéculations pourraient se transformer en réalité, mais au lieu que des indices sérieux ne motivent les responsables libanais, ceux-ci ne réussissent toujours pas à s’affranchir d’une mentalité traditionnelle quelles qu’en soient les conséquences sur le présent et l’avenir du pays. Pendant ce temps, Israël progresse dans l’exploitation du pétrole abandonné par le Liban. Les entrepreneurs avertis annoncent depuis belle lurette que ce rêve se transformerait en réalité. Pour le moment, ce n’est hélas qu’un rêve qui, peu à peu, devient cauchemardesque.Dans ce contexte, les Libanais sont toujours à la recherche d’une idée rassembleuse qui ferait l’unanimité parmi toutes les franges de la société. La décision de donner congé à toutes les écoles et universités, le 24 avril, date de la commémoration du centenaire du génocide arménien, est un début. Mais il reste un long chemin à parcourir.


 Mouna Béchara
   
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