Salaires. Un SMIC à 1 000 $ est-il réaliste?
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Nº 3086 du vendredi 2 février 2018

Salaires. Un SMIC à 1 000 $ est-il réaliste?

 
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    Salaires. Un SMIC à 1 000 $ est-il réaliste?
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Qu’est-ce qui est légitime et qu’est-ce qui est réaliste? Une problématique qui doit guider la réflexion sur la demande de relèvement du smic de 675 000L.L. à 1 500 000L.L.

Le président de la Confédération générale des travailleurs du Liban (CGTL) a réclamé une augmentation du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) de 675 000 L.L. à 1 500 000 L.L. (1 000 $). S’agit-il d’un bluff ou d’une mauvaise blague? Quel que soit le cas de figure, la réclamation est mal venue, du moins en ce moment.
Le Smic est le salaire minimum devant permettre de gagner suffisamment d’argent pour se nourrir et se loger, en d’autres termes, accéder à des conditions de vie décentes et bénéficier, par conséquent, d’une participation au développement économique de la nation. Cette approche est d’ailleurs conforme à la recommandation de l’Organisation internationale du travail (OIT). Le Smic a été créé pour limiter la pauvreté des personnes qui travaillent. Selon la loi, il est interdit de rémunérer un salarié en-dessous de celui-ci. En effet, la fixation des salaires minima  devrait constituer l’un des éléments de toute politique socioéconomique nationale. Aujourd’hui au Liban, la revendication d’une hausse du Smic représente un des symptômes d’un système économique défaillant qui enferme les plus vulnérables dans la pauvreté et porte atteinte à la prospérité économique. Tout confirme qu’il y a urgence en la matière!

Hausse arbitraire en 2012
La spirale infernale d’inégalités se poursuit depuis 2012, malgré qu’un réajustement du Smic et des autres tranches du salaire ait été consenti par le gouvernement dans une proportion arbitraire. A l’époque, les membres du comité de l’indice de cherté de vie n’avaient pas pu s’accorder. Depuis, plus personne n’a entendu parler de ce comité puisqu’il n’a plus tenu aucune réunion, abandonnant à eux-mêmes employés et employeurs. Ainsi, on se demande sur quelle donnée économique la CGTL s’est-elle basée pour réclamer un Smic à 1 000 dollars? Les salariés dont les rémunérations sont les plus basses s’appauvrissent, un grand nombre de postes de dépenses auxquels ils ne peuvent échapper ayant connu une hausse. A titre indicatif, l’augmentation des anciens loyers, avec l’entrée en vigueur de la nouvelle loi, ou la hausse graduelle depuis juin dernier des dérivés pétroliers liée à une progression du prix du baril sur les marchés internationaux. Aussi, le fossé entre le pouvoir d’achat minimum nominal et le pouvoir d’achat réel se creuse-t-il de semaine en semaine. Selon l’Administration centrale des statistiques, l’inflation moyenne a enregistré une progression de 4,4% sur un an en 2017 contre un taux de déflation en 2016 de 0,78%. Les subdivisions qui sous-tendent l’indice des prix à la consommation ont toutes accusé une hausse en rythme annuel, en l’occurrence l’alimentation et les boissons non alcoolisées (+3,64%); le logement (+3,84%); l’eau, l’électricité et autres dérivés pétroliers (+10,84%).

Tous pénalisés
Ceci dit, un réajustement du montant du Smic n’est pas une opération neutre et banale sur le double plan macro et micro économique. Ce n’est pas une mesure isolée puisqu’a priori elle entraîne une dynamique de revalorisation de l’ensemble des salaires et des indemnités de fin de service. Tous les coûts fixes et variables des entreprises augmentent. D’ores et déjà, patrons et salariés ont été pénalisés par de nouveaux impôts et taxes. D’abord, les cotisations à la CNSS tant des patrons que des employés ont été majorées de 1% (voir tableau II) avec effet rétroactif à septembre 2017. Le relèvement du Smic à 1 500 000 L.L. ferait peser une charge sociale mensuelle sur le patronat pour chaque employé recruté sur base du Smic d’un montant de 337 500 L.L. soit une charge supplémentaire de l’ordre de 185 625 L.L. et une charge supplémentaire du salarié par mois de près de 24 750 L.L.. Le paysage est clair pour le président du Rassemblement des Chefs d’entreprises libanais (RDCL), Fouad Rahmé. Il est persuadé que «la bataille que mène la CGTL pour la satisfaction de ses revendications est faussée puisqu’elle est dirigée contre le patronat au lieu d’être livrée contre le gouvernement», ajoutant que «la centrale syndicale se trompe sur l’identité de son protagoniste». Il évoque le déficit budgétaire qui se creuse de plus en plus alors que les politiques se disputent sur de nouvelles dépenses, faisant référence au décret de promotions d’anciens officiers de l’armée. «Pas de croissance, pas de hausse de salaires, patrons et salariés subissant le contrecoup du manque d’agrandissement du PIB», dit-il. Fouad Rahmé ne prend pas de pincettes pour dénoncer la progression de la dette qui totaliserait fin 2018 près de 86 milliards $, alors que la reconstruction de la Syrie est estimée à 65 milliards $.

Méritocratie
Dans le même temps, ne faudrait-il pas accepter que la situation de bas salaires et de précarité qui sévit dans notre pays et qui a été sensiblement aggravée ces dernières années, constitue un grave handicap pour la croissance, qui repose pour l’essentiel sur la consommation des salariés, et donc pour l’emploi. Un autre économiste qualifie de «destructeur d’emplois», le relèvement du Smic en ce moment et encourage la délocalisation des entreprises industrielles, au vu de la perte de compétitivité de production sur le marché local. «Il s’agirait d’un coup de grâce qui serait porté à une économie tirée au ralenti depuis environ sept ans», souligne la même source. Le rôle moteur de la hausse du pouvoir d’achat des salaires dans la croissance n’est pas de mise dans la conjoncture actuelle. Il ne s’agit pas de contester le montant du Smic réclamé mais de faire admettre ses limites, pour le moment.
Depuis la fin de la guerre, le patronat n’a pas cessé de contester ce qu’il appelle «l’ingérence des autorités politiques» dans la détermination du Smic et des autres tranches du salaire, arguant du fait que l’économie du pays est une économie de marché et donc libre. Il a constamment prétendu que les employés du privé bénéficient d’augmentation du salaire sur base de la performance de chacun, affirmant que la méritocratie est la méthode adoptée par le patronat pour une meilleure productivité.

Liliane Mokbel
 

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Éditorial
Des chiffres introuvables

La catégorie de Libanais qui peinent à boucler leurs fins de mois grossit à vue d’œil. Sciemment ou inconsciemment, de plus en plus de familles éliminent du panier de la ménagère des produits devenus trop coûteux. Avant d’en arriver là, elles ont réduit, progressivement, leur train de vie, reportant le remplacement d’une voiture, espaçant leurs voyages, ajournant le renouvellement d’un salon ou d’un appareil électroménager. Les gens consomment moins et moins cher. Tous les mois, des familles voient leur statut socioéconomique se détériorer, passant de la classe moyenne aux couches les plus défavorisées et démunies de la société.   Les acteurs économiques et sociaux se renvoient la balle et échangent les accusations. Chacun propose des solutions partielles, à travers le seul prisme de ses intérêts étroits et sectoriels. Les syndicats réclament une augmentation du Smic, sans s’interroger sur les possibles implications d’une telle mesure sur l’ensemble de l’économie (voir page 38). Le patronat ne se soucie que de ses marges de gains et du poids des charges sociales qui pèsent sur ses comptes. Tous rejettent la faute sur l’emploi de la main-d’œuvre syrienne, qualifiée ou sans qualifications, qui envahit des pans entiers de l’économie.L’Etat, premier concerné par les grands choix stratégiques, régulateur en chef et principal catalyseur de l’activité économique, aussi bien dans les secteurs public que privé, est inscrit aux abonnés absents. Il faut dire que les dirigeants ont d’autres chats à fouetter en ce moment. A quelques mois des élections législatives, ils sont occupés à s’écharper, tantôt pour un décret de promotion d’officiers, tantôt pour des réformes de la loi électorale. Ils sont surtout motivés par l’obsession de perdre un peu de leur influence.Mais à quoi sert cette influence sinon à protéger leurs intérêts immédiats, souvent au détriment de ceux de l’Etat et du bien général? Et même si les dirigeants étaient réellement soucieux de freiner la chute vers les abysses de la pauvreté d’une grande partie de la classe moyenne, ils n’ont ni les compétences ni les outils nécessaires pour le faire. Pour arrêter des choix stratégiques et établir des plans intégrés de relance de l’économie, il faudrait disposer de données précises et de chiffres exacts. Tous les Etats qui se respectent sont capables de fournir, en temps réel, le nombre de chômeurs. Ici au Liban, le pourcentage de personnes sans emploi est une «opinion». Qui est capable de nous dire combien de Libanais sont au chômage? Hier encore, le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, affirmait que 30% de la population active est sans travail. Si tel est le cas, nous sommes déjà au fond de l’abysse sans le savoir.La situation n’est guère plus reluisante pour toutes les autres données et chiffres fondamentaux et indispensables pour établir des plans. Ceux dont nous disposons, concernant notamment les comptes de l’Etat, remontent à 2015.Tout compte fait, avoir des chiffres exacts c’est peut-être trop demander à un Etat qui n’a pas procédé à un recensement de la population depuis 1932.


 Paul Khalifeh
   

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