Entrepreneuriat social. D’une pierre deux coups
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Nº 3086 du vendredi 2 février 2018

Entrepreneuriat social. D’une pierre deux coups

 
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    Entrepreneuriat social. D’une pierre deux coups
    Crise des déchets, manque d’électricité, pauvreté, au Liban, les défis sociaux ne manquent pas! C’est justement sur ces problèmes que mise une toute nouvelle génération d’innovateurs. On les appelle les...
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Crise des déchets, manque d’électricité, pauvreté, au Liban, les défis sociaux ne manquent pas! C’est justement sur ces problèmes que mise une toute nouvelle génération d’innovateurs. On les appelle les entrepreneurs sociaux. Coup de projecteur sur un secteur encore méconnu du grand public mais qui pourrait pourtant bien sauver le Liban.


«Les entrepreneurs sociaux sont avant tout des citoyens qui cherchent à améliorer la société dans laquelle nous vivons, explique Elsa Abi Khalil, responsable à MakeSense Moyen-Orient, une organisation française qui aide les entrepreneurs sociaux dans le monde à développer leurs projets. Ce sont des citoyens qui veulent résoudre des problèmes comme la crise des réfugiés, celle des poubelles, de l’électricité, et choisissent le modèle de l’entrepreneuriat pour cela».
Si dans le monde entier, cette tendance a déjà le vent en poupe, au Liban, l’enjeu est d’autant plus majeur dans un pays où les défis sociaux vont croissant.
Michelle Mouracadé est directrice du bureau beyrouthin d’Alfanar, un fonds philanthropique qui aide les entreprises sociales à se développer. Elle est persuadée que l’entrepreneuriat social pourrait sortir durablement le Liban de la crise et pourrait même bien sauver le pays.
Aujourd’hui, 3,3 millions de personnes sont «dans le besoin» au Liban. Le taux de pauvreté a augmenté de 110% depuis 2011. 1,5 millions de Libanais vivent en dessous du seuil de pauvreté. Les institutions publiques sont faibles et l’aide internationale ne permet d’assurer que la moitié des besoins requis sur le terrain. 

Création d’emplois
«Face à cette situation, la création d’emplois pour les plus vulnérables est un des meilleurs moyens pour résoudre ces problèmes et l’entrepreneuriat social est la solution la plus adaptée pour cela, explique-t-elle. Les initiatives prises par la Banque Du Liban (BDL), notamment via la circulaire 331 pour soutenir les start-up, créent des emplois qualifiés mais n’aident pas les populations les plus vulnérables, ce sont les entreprises sociales qui le feront».
Pour Alfanar, l’entreprise sociale est une organisation qui applique les mêmes principes d’opération qu’une entreprise privée mais dont la mission est d’impacter positivement la société ou l’environnement tout en visant des objectifs de viabilité économique.
«Les revenus que l’entreprise sociale génère doivent être suffisants pour être rentable un jour, contrairement à une ONG qui n’a qu’occasionnellement des rentrées, explique Michelle Mouracadé. En même temps, les profits, du moins une grande partie des bénéfices de l’entreprise sociale, doivent être réinvestis pour la réalisation de l’impact social de l’entreprise.
Alfanar repère, forme et accompagne les entreprises sociales qui sont déjà à un stade avancé de leur développement vers la viabilité économique et sociale.
Au Liban, le fonds octroie 600 000 dollars chaque année à des entreprises sociales et dit avoir impacté la vie de 40 000 personnes. «Notre objectif est d’aider les entreprises sociales à se libérer des donateurs pour pouvoir devenir autonomes financièrement, précise la directrice d’Alfanar. Notre particularité est que nous ne travaillons qu’avec des entreprises sociales qui ont pour but d’élargir leur impact sur la société. Nous sélectionnons celles d’entre elles qui ont la capacité d’avoir un effet sur une communauté entière et non seulement sur quelques personnes».

Un phénomène ancien

Si le terme est nouveau et de plus en plus employé, c’est aussi parce que les donateurs et investisseurs  internationaux commencent à s’intéresser au sujet. En réalité, cela fait bien longtemps que le concept existe au Liban. C’est par exemple le cas de L’Artisan du Liban qui, depuis 40 ans, a pour objectif d’aider les artisans libanais à conserver leurs emplois et générer des revenus. «En aidant les artisans libanais à vendre leurs produits dans des régions marginalisées, nous souhaitons aider au développement social et économique du pays et en même temps préserver l’héritage libanais», explique Roula Haidar, directrice de l’enseigne. Si la mission est bien sociale, le modèle de revenu, lui, est celui de n’importe quelle entreprise privée: la commercialisation d’objets. «Nous avons aidé presqu’un millier d’artisans à conserver leur emploi. Nous avons sauvé au moins quatre métiers artisanaux de la disparition: le souffleur de verre de Sarafand, la vannerie, le tissage de la paille et le travail du fil».
L’Artisan du Liban appartient à l’ONG le Mouvement Social et les revenus générés par l’entreprise sont reversés pour la réalisation de cet impact social.
Ce n’est pas la seule organisation à fonctionner sur ce modèle. C’est aussi le cas d’arcenciel, qui a pour mission d’aider les populations marginalisées, de promouvoir l’intégration et le développement durable. Cette institution a réussi à combiner impact social et viabilité économique. En 2016, 65% de son financement provenait des ventes (principalement de fauteuils roulants et du service de traitement des déchets hospitaliers), 28% des subventions et 7% des dons. L’objectif d’arcenciel, comme de n’importe quelle entreprise sociale est d’arriver à une complète autonomie financière.

 

Un écosystème
Aux côtés de ces «success-stories» libanaises émerge aujourd’hui une toute nouvelle vague d’entrepreneurs sociaux, encouragés par la naissance d’un nouvel écosystème pour l’entreprise sociale dans le pays: la création d’accélérateurs, d’incubateurs et bientôt de fonds dédiés à ces hommes et femmes d’affaires d’un nouveau genre.
Elsa Abi Khalil a identifié au moins 200 entrepreneurs sociaux à travers tout le pays. «Il en existe certainement beaucoup plus, précise-t-elle, car les entrepreneurs sociaux sont parfois cachés. Cet été, 70 ont postulé à notre bootcamp, un programme d’accélération pour entreprises «à impact» et nous en avons sélectionné dix.»
Un nouveau programme pour aider les entreprises sociales vient aussi d’être lancé, Souk.lb, financé par l’ambassade de Grande-Bretagne au Liban et mis en place par Altcity, Alfanar et l’entreprise de développement global DAI. L’objectif de ce programme est d’aider 17 entreprises sociales grâce à du financement et de la formation.
«Nous voulons montrer que l’entrepreneuriat social permet de résoudre les problèmes d’une société tout en créant des opportunités économiques. Et le Liban regorge de défis, donc de solutions! insiste Elsa Abi Khalil. Nous, jeunes Libanais, adorerions rester au Liban mais la prochaine génération elle, doit en avoir les moyens.»
Or aujourd’hui, les entrepreneurs sociaux n’ont au Liban que les accélérateurs et donateurs internationaux pour financer leurs projets. «Actuellement, les entrepreneurs sociaux n’ont que les compétitions et accélérateurs pour démarrer, regrette Michelle Mouracadé. S’ils remportent des prix, ils peuvent se lancer mais le vrai défi est de réussir à s’inscrire dans la durée. Il faut des fonds pour les aider à atteindre leurs objectifs d’impact à long terme. Il n’existe malheureusement pas encore au Liban d’investisseurs sociaux. Dans ce domaine, les Libanais ne sont pas encore sensibilisés à la notion de placement responsable et c’est bien dommage.»
Autre défi, la définition d’un cadre légal. A l’étranger, les entrepreneurs sociaux bénéficient notamment d’avantages fiscaux. Au Liban, ce n’est pas le cas, beaucoup choisissent le statut d’ONG uniquement pour ne pas payer de taxes, mais ce cadre juridique limite aussi l’expansion de leurs activités.

Soraya Hamdan

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Éditorial
Des chiffres introuvables

La catégorie de Libanais qui peinent à boucler leurs fins de mois grossit à vue d’œil. Sciemment ou inconsciemment, de plus en plus de familles éliminent du panier de la ménagère des produits devenus trop coûteux. Avant d’en arriver là, elles ont réduit, progressivement, leur train de vie, reportant le remplacement d’une voiture, espaçant leurs voyages, ajournant le renouvellement d’un salon ou d’un appareil électroménager. Les gens consomment moins et moins cher. Tous les mois, des familles voient leur statut socioéconomique se détériorer, passant de la classe moyenne aux couches les plus défavorisées et démunies de la société.   Les acteurs économiques et sociaux se renvoient la balle et échangent les accusations. Chacun propose des solutions partielles, à travers le seul prisme de ses intérêts étroits et sectoriels. Les syndicats réclament une augmentation du Smic, sans s’interroger sur les possibles implications d’une telle mesure sur l’ensemble de l’économie (voir page 38). Le patronat ne se soucie que de ses marges de gains et du poids des charges sociales qui pèsent sur ses comptes. Tous rejettent la faute sur l’emploi de la main-d’œuvre syrienne, qualifiée ou sans qualifications, qui envahit des pans entiers de l’économie.L’Etat, premier concerné par les grands choix stratégiques, régulateur en chef et principal catalyseur de l’activité économique, aussi bien dans les secteurs public que privé, est inscrit aux abonnés absents. Il faut dire que les dirigeants ont d’autres chats à fouetter en ce moment. A quelques mois des élections législatives, ils sont occupés à s’écharper, tantôt pour un décret de promotion d’officiers, tantôt pour des réformes de la loi électorale. Ils sont surtout motivés par l’obsession de perdre un peu de leur influence.Mais à quoi sert cette influence sinon à protéger leurs intérêts immédiats, souvent au détriment de ceux de l’Etat et du bien général? Et même si les dirigeants étaient réellement soucieux de freiner la chute vers les abysses de la pauvreté d’une grande partie de la classe moyenne, ils n’ont ni les compétences ni les outils nécessaires pour le faire. Pour arrêter des choix stratégiques et établir des plans intégrés de relance de l’économie, il faudrait disposer de données précises et de chiffres exacts. Tous les Etats qui se respectent sont capables de fournir, en temps réel, le nombre de chômeurs. Ici au Liban, le pourcentage de personnes sans emploi est une «opinion». Qui est capable de nous dire combien de Libanais sont au chômage? Hier encore, le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, affirmait que 30% de la population active est sans travail. Si tel est le cas, nous sommes déjà au fond de l’abysse sans le savoir.La situation n’est guère plus reluisante pour toutes les autres données et chiffres fondamentaux et indispensables pour établir des plans. Ceux dont nous disposons, concernant notamment les comptes de l’Etat, remontent à 2015.Tout compte fait, avoir des chiffres exacts c’est peut-être trop demander à un Etat qui n’a pas procédé à un recensement de la population depuis 1932.


 Paul Khalifeh
   

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