La production de films libanais explose. Croissance de 675% en dix ans
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Nº 3063 du vendredi 22 juillet 2016

La production de films libanais explose. Croissance de 675% en dix ans

 
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    La production de films libanais explose. Croissance de 675% en dix ans
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Un secteur qui prend son élan et rétablit l’espoir de création de nouveaux emplois et d’ouverture de nouveaux horizons pour les jeunes diplômés. Tel est le cas de la production cinématographique libanaise, d’autant que les métiers dans ce domaine se professionnalisent.

Avec douze longs métrages produits en 2012, contre un à deux par an jusqu’au début des années 2000, l’embellie ne saurait cacher les difficultés d’un secteur qui peine à se structurer face au manque de financement conventionnel ou non conventionnel et aux problèmes de diffusion.
La croissance de la production de films a enregistré un record significatif de 675% de 2004 à 2015. Les quatre dernières années, la croissance mesurée par le nombre de films produits et le montant total investi s’est traduit par près de 31 nouveaux films et une valeur de l’investissement de l’ordre de 32,4 millions de dollars. Ce qui correspond, en rythme annuel, à une moyenne de 8 productions cinématographiques et une moyenne de placement de 8,8 millions de dollars. En 2014, un millier de personnes travaillant d’une manière directe dans le domaine de la production cinématographique a été répertorié, selon les données de l’Autorité de développement des investissements au Liban (Idal).
Dans le prolongement de sa politique visant à doper la croissance économique par l’injection de capitaux sur le marché et, par conséquent, l’encouragement de prêts bancaires bien encadrés afin d’éviter les défauts de paiement, la Banque du Liban (BDL) a émis, en avril dernier, une circulaire intermédiaire No 416 – qui représente un amendement de la circulaire No 6116 – habilitant les producteurs de films de cinéma et de séries télévisées, de documentaires, de films pédagogiques et de théâtre, à bénéficier de prêts bancaires subventionnés à un taux de 1%. Ce prêt pourrait s’étaler sur 16 ans, dont deux ans de période de grâce. Le montant maximal est fixé à 4,5 milliards de livres (soit près 3 millions de dollars) et peut inclure les coûts liés à la propriété intellectuelle. Les projets sélectionnés doivent opérer à 90% sur le territoire libanais et créer des opportunités de travail sur le marché domestique, augmenter la richesse nationale libanaise et soutenir l’innovation.
Alain Brenas, directeur de l’Ecole de cinéma, de réalisation et d’audiovisuel à l’Académie libanaise des beaux-arts (Alba) - Université de Balamand, se félicite de l’initiative de la BDL, «a priori innovatrice puisqu’aucun autre organisme étatique n’avait, jusqu’à ce jour, avancé des facilités financières autant importantes au domaine des arts et, particulièrement, au secteur du cinéma». Il considère que cette avance sur projet tombe au bon moment, son timing coïncidant avec «un mouvement de renouveau cinématographique traduit par une augmentation du nombre de producteurs, une nouvelle génération formée dans des universités locales et, par conséquent, de productions libanaises notoires plus proches du vécu et du ressenti de leurs concitoyens».
Certes, cette avance représente plus qu’un accompagnement, c’est une adhésion au projet de l’œuvre avant même que celle-ci ne se concrétise et ne génère une seule piastre. Aussi est-il impératif, relève Brenas dans un entretien avec Magazine, que la sélection du dossier de postproduction éligible au prêt soit entreprise par une entité ayant les compétences techniques et artistiques requises pour que justice soit faite aux demandeurs d’avances financières. «L’affaire est délicate parce qu’au final, le montant du prêt devrait être remboursé par le bénéficiaire. Il faut donc éviter des ratages qui déboucheraient sur des situations d’insolvabilité du producteur».

 

Sources de financement
A la base des sciences économiques, il y a le concept de l’inexistence d’une rentabilité à la clé assurée, quel que soit le produit proposé à la consommation ou à la vente. D’où l’importance d’une attribution des prêts à des projets de films viables. Les budgets des films libanais n’ont pas dépassé, à ce jour, une moyenne d’un million et demi de dollars. Ce qui signifie que le montant d’un prêt subventionné par la BDL constituerait un bon départ pour des productions libanaises de qualité. Le pays du Cèdre serait sur la voie proche de l’émergence d’une industrie cinématographique et la création d’un vivier de ressources humaines qualifiées pour pourvoir à des postes techniques autant que de la création destinée au monde arabe. Une industrie requiert un important chiffre d’affaires annuel, un nombre non négligeable de producteurs et, surtout, quelques centaines d’emplois directs liés au secteur.
L’année 2016 est marquée par un intérêt accru porté par les institutions financières au secteur de la production artistique. En plus des prêts subventionnés par la Banque centrale, il existe des incitations fiscales attribuées par Idal. Cette autorité accorde une exemption de taxes de 100% sur les revenus des sociétés opérant dans le secteur des médias (sociétés de postproduction, de production, de médias numériques, de maisons d’édition et de production musicale). Conformément à la loi No 360, cette exemption peut s’étendre sur une durée de plus de dix ans. Parallèlement, le programme Kafalat Plus accorde aux PME et aux start-up opérant dans le secteur des médias des prêts. Le crédit consenti par ce programme plafonne à 600 millions de livres, sachant que Kafalat apporte une garantie de 85% de la créance à la banque.
Aussi la holding IM Capital, une filiale entièrement détenue par la fondation Berytech, attribue un soutien financier aux projets dans le secteur de la créativité, et ceci sous trois formes: apport en capital, fonds propres et assistance technique. Enfin, le ministère de la Culture contribue annuellement avec une assistance de 10 000 dollars à chacun des dix projets de production cinématographique. A ce niveau, des sources du monde du cinéma local expriment des réserves sur le mécanisme adopté par la partie concernée par l’attribution d’assistance, vu que des considérations d’ordre confessionnel sont prises en compte au moment de l’opération de sélection des postulants.
Il est évident qu’au Liban, les revenus provenant de la vente des billets d’entrée aux salles de cinéma ne suffisent pas à couvrir les frais de la production que dans des cas vraiment exceptionnels. Le marché est petit, le nombre d’habitants étant de près de 4 millions, les cinéphiles ne représenteraient pas plus de 10% des Libanais dans le meilleur des scénarios. En réponse à une question, Alain Brenas considère que l’internationalisation d’un quelconque film commence par son succès à un niveau national. «Un cinéma international doit être, au départ, un cinéma national à succès. Il s’agit de savoir raconter avec talent sa petite histoire humaine», dit-il, ajoutant que les Américains, en produisant des films western, racontaient leur propre vécu et ne savaient pas que le succès serait un succès mondial. «Raconté avec talent, le mainstream américain continue de plaire», souligne Alain Brenas. Chaque année, près de 250 étudiants sont diplômés en audiovisuel. Ils sont formés dans une des six universités du pays délivrant une telle spécialité. C’est un vivier de créateurs et de techniciens pour la région du Proche-Orient. Parallèlement, les données montrent que la demande des ménages en matière de production de mass-média dans les pays de la région est considérablement élevée par rapport à la plupart des marchés développés, y compris les Etats-Unis, le Japon et l’Union européenne. Sa moyenne de croissance en rythme annuel est de 22,9%. Le marché est prometteur en termes de demande, la population est relativement jeune, 24,02% des Libanais ayant moins de 15 ans et 42,4% moins de 24 ans. De même pour le marché du monde arabe où 52% de la population est âgée de moins de 25 ans.

Liliane Mokbel

Une success-story
Le producteur et réalisateur Philippe Aractinji est compté parmi les histoires à succès. Deux de ses films intitulés Bosta et Héritages ont généré des profits. Le financement du film Bosta a été assuré grâce à un montage financier agencé par Philippe Aractinji lui-même, qui aurait fait appel, entre autres, à des investisseurs privés.  

4,75% du PIB
L’industrie des médias a représenté près de 4,75% du PIB en 2013, générant une plus-value de près de 55,3%. Cette industrie prend en compte les domaines de la télévision, de la publicité, de la production et postproduction, les médias numériques, l’édition et la musique. Elle comprend plus de 450 sociétés et emploie environ 4,5% de la force active libanaise. Le pays du Cèdre vient en première position dans le classement de la communauté des publicistes au Levant. Il occupe également la tête du peloton en termes de part de contribution des industries créatives au PIB parmi les pays de la région Mena. Quant aux sociétés de production, elles sont au nombre de 92.

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Éditorial
Le cerveau dans l’orteil

Le coup d’Etat manqué en Turquie – et tous les mystères qui l’entourent – a été une occasion de mesurer la vulnérabilité du Liban et de vérifier, une fois de plus, à quel point notre pays est travaillé par des courants d’influence extérieurs. Les manifestations de joie après l’échec de la tentative de putsch, et les commentaires jubilatoires dans les médias et les réseaux sociaux saluant la déchéance annoncée, un peu trop hâtivement, de Recep Tayyip Erdogan, ont suivi la ligne de fracture confessionnelle traditionnelle. Ce sont essentiellement – pour ne pas dire exclusivement – des sunnites qui ont exprimé, parfois bruyamment, leur satisfaction après l’échec du coup militaire. A l’opposé, les chiites, et ceux qui s’identifient à eux politiquement, sans pour autant appartenir à leur communauté, n’ont pas caché leur joie dès l’annonce du coup d’Etat. Il fallait voir, sur les écrans de télévision, ces soi-disant «experts» se fendant de pompeuses analyses sur les implications stratégiques et géopolitiques de la chute d’Erdogan sur les rapports de force régionaux. Certains ont persisté à dire que le putsch avait réussi, alors que des soldats turcs se faisaient piétiner en direct par des manifestants en colère sur les ponts du Bosphore.La réaction des Libanais est primaire, car elle est surtout motivée par des pulsions confessionnelles qui sont tout sauf rationnelles. Erdogan a-t-il été sacré leader des sunnites pour que les fils de cette communauté au Liban se croient obligés de le défendre? Les chiites sont-ils de fervents partisans de la laïcité, s’il s’avère que le putsch a été organisé par des militaires soucieux de défendre l’héritage d’Atatürk? Sont-ils devenus des «Gulénistes», s’il apparaît que le coup a été fomenté, comme le soutient le gouvernement turc, par Fethullah Gülen, qui est, il faut le rappeler, un prédicateur sunnite?Les sunnites, qui ont salué la survie d’Erdogan, ne se rendent-ils pas compte qu’ils sont plus proches des positions de l’Iran et de la Russie plutôt que de celles de l’Arabie saoudite? En effet, Téhéran et Moscou ont fait preuve, dès les premiers instants, d’une très grande circonspection vis-à-vis des événements du 15-16 juillet, alors que Riyad s’est muré dans un silence suspect. A l’inverse, les chiites, qui ont applaudi au putsch, ne réalisent-ils pas que les Etats-Unis et l’Union européenne ont tardé à inonder les médias de leurs ritournelles sur le respect des droits de l’homme et du processus démocratique? En bons opportunistes, ils ne l’ont fait que lorsqu’il est devenu clair que le putsch avait échoué et qu’Erdogan resterait le maître de la Turquie.Les sunnites continueront-ils à considérer Erdogan leur héros si le virage qu’il a amorcé timidement en Syrie, sous l’impulsion de la Russie, se confirmait? Que feraient les chiites si les soupçons sur un rôle de la CIA dans le putsch étaient avérés? Il ne faut pas oublier que Gülen vit depuis 2009 aux Etats-Unis et ses relations avec Langley ne sont pas un secret.Probablement que rien ne changerait, car ceux qui ont remplacé leur cerveau par des réactions épidermiques et confessionnelles ont perdu toute capacité de réfléchir.


 Paul Khalifeh
   

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