Crise diplomatique au Qatar. Accélèrera-t-elle la chute de l’immobilier?
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Nº 3080 du vendredi 4 août 2017

Crise diplomatique au Qatar. Accélèrera-t-elle la chute de l’immobilier?

 
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    Alors que le secteur immobilier est en pleine régression, la crise au Qatar, où de nombreux Libanais travaillent, aura-t-elle pour effet d’accélérer la tendance ou, au contraire, fait-elle espérer un...
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Alors que le secteur immobilier est en pleine régression, la crise au Qatar, où de nombreux Libanais travaillent, aura-t-elle pour effet d’accélérer la tendance ou, au contraire, fait-elle espérer un retour des investissements au Liban?


«Le marché immobilier va mal, très mal et la crise diplomatique entre les pays du Golfe et le Qatar ne va pratiquement rien changer. En réalité, seul un miracle économique pourrait améliorer le marché. Même si le pays se mettait à vendre du pétrole à 80 dollars le baril, il faudrait au moins deux ans avant que les prix se redressent légèrement». C’est ce qu’a confié un professionnel de l’immobilier à Magazine, concernant les éventuelles conséquences économiques de la crise diplomatique au Qatar sur le marché local.
Un avis partagé par Jihad Hokayem, analyste en finances des marchés. Pour lui, la crise diplomatique au Qatar n’est qu’un élément supplémentaire s’ajoutant à une multitude de facteurs qui provoquent la chute des prix sur le marché immobilier. Si les prix d’achat affichés ont à peine évolué, en réalité, «les prix négociés sont en baisse de 30 à 35% et vont continuer de plonger pour atteindre 50 à 55% de rabais en 2018», prévient l’économiste.

Manque de transparence
Jihad Hokayem dénonce un manque de transparence des banques et des promoteurs immobiliers pour «camoufler la réalité du marché». «Il existe aujourd’hui 400 projets en construction à Beyrouth, soit 2,2 millions de m2 à vendre répartis entre 6 000 à 7 000 nouveaux appartements», explique-t-il. La plupart des promoteurs essaient de faire croire qu’ils ne sont pas pressés de vendre car ils n’auraient pas de crédits bancaires, mais c’est inexact».
Selon un rapport du FMI publié en janvier, les prêts bancaires au secteur privé se sont élevés à 94% du PIB alors que 37% de ces prêts sont directement liés à l’activité immobilière. L’étude souligne aussi que 90% du portfolio du secteur bancaire se trouve exposé au secteur immobilier directement, via les crédits à l’habitat et les prêts aux développeurs.
Un constat confirmé par un professionnel de l’immobilier, qui indique sous couvert d’anonymat. «La plupart des promoteurs immobiliers que je connais travaillent avec les banques et ont obtenu des crédits, surtout récemment car ils ont été séduits par la réduction des taux d’intérêts et ont ainsi souscrit de nombreux prêts».

A double tranchant
Par ailleurs, force est de constater que la baisse des prix ne s’est pas traduite par une reprise de la demande. La raison est simple, la demande immobilière est composée de trois catégories: la diaspora libanaise, les locaux et les ressortissants du Golfe. «Ces derniers sont en train de liquider leurs biens, même si c’est dur à prouver, justement à cause de ce manque de transparence», ajoute Hokayem.
La demande issue des expatriés libanais, qui constituait autrefois un tiers du total, affiche aussi une baisse proportionnelle à la chute des prix du pétrole, selon les professionnels interrogés.
«Il faut ajouter à cela, la dépréciation de la monnaie dans les pays d’Afrique Noire, le ralentissement de l’économie en Arabie saoudite et dans les pays du Golfe. Quant à la crise diplomatique avec le Qatar, elle ne va que miner davantage la confiance des investisseurs et mettre dans une situation de crainte, non seulement les Libanais du Qatar, mais aussi ceux de toute la région qui ont des affaires avec ce pays», poursuit l’analyste.
Pour Marwan Mikhael, chef du département de recherches de la Blom Invest, les effets de la crise du Qatar sur le marché immobilier libanais peuvent être plus mitigés. Ils peuvent être à double tranchant», explique-t-il.  «Je pense qu’elle va être ressentie faiblement au niveau des investisseurs du Golfe qui se retirent déjà du marché libanais. Pour la diaspora libanaise en difficulté au Qatar, on peut se demander si elle ne serait pas tentée de retirer ses investissements dans l’émirat pour revenir au Liban, mais c’est encore trop tôt pour en être certain. Cela peut aussi créer un climat d’incertitude, l’effet sera minime pour le Liban et dépend de tous les autres facteurs».

Problème de liquidités
Crise diplomatique au Qatar ou pas, les professionnels s’accordent à dire que le marché immobilier subit une chute, difficile à enrayer, et qu’il n’est pas près de se redresser. Aujourd’hui, il ne repose pratiquement plus que sur les Libanais résidant au Liban, lesquels ne disposent pas de liquidités pour s’offrir les grands appartements en stock sur le marché libanais. «Les résidents locaux n’ont tout simplement pas les moyens d’acquérir des biens à ce prix là. Quant à l’élite qui peut se le permettre, elle ne le fait pas, car elle sait que les prix vont poursuivre leur chute, à mon avis encore indéfiniment, à moins qu’un miracle économique ne se produise au Liban», répète le professionnel de l’immobilier.

Soraya Hamdan

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 Paul Khalifeh
   

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