Lifehaus. Un projet pilote qui célèbre la terre
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Nº 3093 du vendredi 7 septembre 2018

Lifehaus. Un projet pilote qui célèbre la terre

 
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Il est jeune, il a une chevelure de lion et l’envie de faire les choses comme il l’entend, c’est-à-dire en ligne avec le vivant et le respect de la planète. Nizar Haddad, la trentaine, diplômé de l’ALBA il y a sept ans environ, se positionne par  son projet pilote, baptisé Lifehaus -  clin d’œil au Bauhaus -  comme précurseur au Liban d’un courant d’architecture durable.

A travers cette initiative inédite au Liban, Nizar Haddad espère intéresser d’autres architectes et éventuellement promoteurs. Sur 130 mètres carrés, ce passionné de nature construit sa maison complètement écolo sur un terrain difficile, en terrasses, à Baskinta, au cœur d’un paysage riche et dense. Apres avoir travaillé sur différents projets pour le compte de promoteurs, pour la plupart insensibles aux arguments écologiques, les notions de coût et de rentabilité immédiats continuant à primer, il choisit de lancer sa propre initiative pour y montrer sa façon de voir les choses et de les vivre. Il n’a pas envie d’être en «mode survie, comme tout le monde au Liban»; il ambitionne un autre mode et il se projette. Le Lifehaus, qui devrait être achevé vers fin octobre, en est l’incarnation. La demeure, qui ressemble à une maison de Schtroumpf avec son toit arrondi en chaume blanche et sa vitre circulaire, offre une perspective autre.
Le projet se veut auto-suffisant. Conçu pour réduire la consommation en carbone, il fait appel à des matériaux locaux, naturels et récupérés, et à des techniques ancestrales, tout en procurant un niveau de confort moderne. Et le coût n’est pas plus cher que pour une maison conventionnelle, explique le bâtisseur visionnaire. «Ce n’est pas un truc de hippies, ni de bobos, ça fonctionne et ça concerne toutes les classes sociales», fait-il remarquer. Lifehaus est une alternative non conventionnelle à ce qui se fait actuellement, jalouse de la préservation de l’environnement et invitant à un mode de vie conscient.

Travail d’adaptation
L’industrie de la construction est très polluante, les lois parfois obsolètes comme celles qui imposent les revêtements en pierres et toits rouges;  car les pierres viennent de carrières et les tuiles rouges doivent passer dans un four à haute énergie. «L’idée serait donc de s’inspirer de l’existant de l’environnement et de faire avec subtilité plutôt que de juste répliquer sans réfléchir ou d’appliquer des recettes», fait observer M. Haddad. «Il s’agit de s’adapter aux différents climats et environnements, mais aussi aux différentes cultures. Au Liban par exemple, nous ne disposons pas de bois, il faut l’importer; et les  ouvriers ne savent pas bien le travailler; il faut faire aussi avec ce qu’ils savent faire.» C’est ainsi que Lifehaus utilise principalement les pneus à la suite d’un apprentissage auprès de Earthship en Indonésie, un organisme global qui promeut des méthodes d’architecture et de construction durable. Le projet utilise aussi  des briques d’adobe et d’autres techniques de construction en terre. Le roseau, plante abondante localement, est adopté comme isolant thermique. Des pneus récupérés constituent les murs de soutènement et structuraux de la maison, ils sont recouverts d’un enduit en terre crue peints avec de la chaux. Des bouteilles en verre sont recyclées en briques de verre. La maçonnerie est en pierre massive, les partitions en cob. La terre vient du site lui-même et la pierre de la localité, pour une économie de transport aussi et donc moins de pollution également. 

Economies à tous les niveaux
Un des points forts de cette construction est d’avoir intégré plusieurs technologies bioclimatiques en même temps, selon l’architecte. Les concepts majeurs sont: le comportement passif de la maison, grâce à la conception bioclimatique qui permet un confort thermique toute l’année; nul besoin de chauffage ou de climatisation –ce qui réduit en même temps le coût de l’installation solaire–, et la technique du «puits canadien». Celle-ci permet de profiter de la masse thermique du sol pour rafraîchir et réchauffer l’air et aérer sans pertes calorifiques. Le confort thermique de la maison vient du concept du stockage thermique passif saisonnier, qui permet d’utiliser l’inertie thermique de la terre pour stocker puis restituer la chaleur dans un temps décalé. De la même manière, la consommation en eau est divisée par quatre: l’eau de la pluie est récupérée et utilisée pour la douche, l’évier et le lavabo, pour ensuite servir à irriguer un bac à plantes qui la filtre et la renvoie vers la chasse d’eau, pour finalement irriguer les arbres fruitiers après avoir été traitée dans une station d’épuration.
Soucieux de précision, l’architecte explicite que «quand on dit écolo, c’est que l’on économise au moins 50% en énergie grise ou en consommation, ce n’est pas zéro énergie grise ou consommation.» Dans le Lifehaus, ce ratio est de 70%. «L’étanchéité polymère, ce n’est pas 100% écolo; la plomberie en PVC, non plus; nous ne pouvons pas être super-puristes.» Malgré cela, Nizar Haddad pense la globalité et la continuité. Pour lui, l’intérieur est aussi complémentaire de l’architecture: des éléments et des installations qui complètent le concept, qui garantissent encore une fois le confort et le côté sain. Il vise ainsi à travailler avec des matériaux qui sont traités le moins possible et à les maîtriser afin qu’ils soient esthétiques. Il signale que les matériaux sont dans ce sens plus accessibles au Liban maintenant qu’il y a une dizaine d’années; et que l’on peut les trouver ici; soulignant au passage qu’«il faudrait que les gens comprennent que ce n’est pas facultatif que de vivre sainement.»
L’architecte éclairé sait bien qu’il ne peut répliquer la même expérience dans les villes, l’environnement n’étant pas le même; il reste néanmoins possible de capitaliser sur cette expérience surtout au niveau des matériaux par exemple. «En ville on pourrait intégrer des matériaux recyclés, faire les cloisons de la salle de bains avec des bouteilles en verre, enduire toute la maison en terre, construire les cloisons en brique d’adobe, faire des roof garden… La plupart des gens sont inconscients de la toxicité de l’environnement dans lequel ils vivent, selon la façon dont l’immeuble a été construit et ce que les matériaux utilisés exhalent.»
Averti et complètement engagé dans sa vision, Nizar Haddad –qui a fait son projet de diplôme sur les prisons écolo auto-suffisantes et de nombreuses formations en lien avec l’écologie– fait un parallèle avec la permaculture à laquelle il est tout particulièrement sensible: «Je ne suis pas en train de combattre la nature; j’utilise ses ressources  pour mon intérêt. Je m’adapte à la puissance de la nature.» Dans cet esprit qui s’inscrit dans une mouvance mondiale, il a mobilisé autour du projet des volontaires recrutés grâce aux réseaux sociaux, lesquels viennent donner un coup de main sérieux aux ouvriers et qui sont logés et nourris en échange. Il poste des annonces sur Facebook, sur workaway.com, le site du projet. Il reçoit des Australiens, Anglais, Egyptiens, Français et même quelques Libanais… des jeunes qui souhaitent sortir de leurs routines urbaines et faire du tourisme autrement. Autant des jeunes femmes que des hommes viennent travailler avec leurs mains. La proximité avec la terre et l’activité manuelle ont le vent en poupe, comme l’atteste dernièrement le boom du «woofing», ces fermes organiques qui reçoivent des volontaires. Le Liban épouse la tendance. Nizar Haddad a d’autres projets de collaboration dans ce sens. Au-delà de la construction de sa maison, son idée est de relier des individus qui ont les mêmes centres d’intérêt et de sensibiliser de plus en plus de monde à l’architecture durable et a une certaine façon de vivre qui va avec.

Nicole Hamouche

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Éditorial
Diplomatie à la hussarde

Gebran Bassil a parfaitement raison de mettre en garde dans les termes les plus directs des dangers qui se cachent derrière l’«accord du siècle» proposé par Donald Trump pour en finir une fois pour toute avec le conflit israélo-arabe. Proposer n’est d’ailleurs pas le verbe adéquat. Le président américain veut imposer sa vision aux Palestiniens en usant de pressions, d’intimidations, de sanctions économiques et autres mesures coercitives, avec l’accord ou le silence complice de pays arabes.La décision de Washington de ne plus participer au financement de l’UNRWA est un nouveau jalon posé sur la voie de ce plan. Le transfert, en mai dernier, de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem en était un autre. Ces mesures viennent compléter la loi sur l’Etat-Nation juif, votée par la Knesset le 19 juillet, qui enlève la dernière feuille de vigne de la «seule démocratie du Proche-Orient», où les Arabes, chrétiens et musulmans, ne pourront plus prétendre aux mêmes droits que les juifs.Pour faire avaler ce cocktail nauséabond aux Palestiniens, Trump use d’une diplomatie à la hussarde. Il a déjà suspendu une grande partie de l’aide financière octroyée à l’Autorité palestinienne. La fin du financement de l’UNRWA était prévisible, car le plan américain enterre le droit au retour des 5 millions de réfugiés palestiniens des territoires de 1948 et de leur descendance, installés au Liban, en Jordanie, en Syrie, en Cisjordanie et à Gaza.Le ministre des Affaires étrangères s’interroge, dans un tweet émis dimanche 2 septembre, sur «ce que cache l’accord du siècle». «Transfert (de population), exode, implantation etc…?». Ses craintes sont confirmées par le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a révélé, le jour même, que le plan américain consistait en une Confédération jordano-palestinienne. Cette nouvelle entité serait donc appelée à accueillir les Arabes toujours installés en Israël, afin que le caractère juif de l’Etat puisse être consacré.L’énormité de ce que propose Donald Trump n’a d’équivalent que le silence complice des dirigeants arabes. Le plan américain est purement et simplement un remodelage géographique et démographique du Proche-Orient, avec ce que cela implique comme nouvelles complications.Le Liban ne saurait être à l’abri de ce séisme annoncé. Et une fois de plus, une partie de la classe politique montre qu’elle n’est pas à la hauteur des défis qui se profilent à l’horizon. Sinon, comment expliquer l’absence de réaction face à ce qui est en train de se mettre en place? Au lieu de décréter l’état d’urgence politique pour examiner les moyens de mettre le pays à l’abri de ce qui se prépare, ils traînent les pieds dans l’affaire du retour des déplacés syriens, un autre dossier encore plus dangereux que celui des réfugiés palestiniens. En prenant leur temps dans la formation du gouvernement, ils rendent le Liban encore plus vulnérable.Face à ces comportements douteux, nous sommes en droit de nous demander si une partie de la classe politique ne voit pas dans le plan de Trump et ses implications l’occasion rêvée de modifier les rapports de force internes.


 Paul Khalifeh
   

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