Kibarouna, Dialogue avec nos aînés de Gisèle Kayata Eid «On vieillit dans le regard des autres»

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    Kibarouna, Dialogue avec nos aînés de Gisèle Kayata Eid «On vieillit dans le regard des autres»
    Journaliste, écrivaine, chargée de cours, Gisèle Kayata Eid vient de publier, aux Editions Tamyras, Kibarouna, Dialogue avec nos aînés, après deux essais, Accommodante Montréal (Ed. Humanitas) et Cris…se de femmes...
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Journaliste, écrivaine, chargée de cours, Gisèle Kayata Eid vient de publier, aux Editions Tamyras, Kibarouna, Dialogue avec nos aînés, après deux essais, Accommodante Montréal (Ed. Humanitas) et Cris…se de femmes (Ed. Fides). Quand elle évoque «nos aînés», la tension devient tangible. Rencontre.


«On vieillit dans le regard des autres. C’est quand les autres nous considèrent vieux qu’on l’est». Cette phrase, Gisèle Kayata Eid l’a entendue à plusieurs reprises, à chacune des interviews qu’elle a effectuées avec la quarantaine de personnes âgées de plus de 75 ans qui constituent, en quelque sorte, les personnages de Kibarouna, Dialogue avec nos aînés.
Dans l’ouvrage, publié aux Editions Tamyras, Kayata Eid se penche sur la question de la vieillesse. Ce qu’elle enclenche comme impressions, conséquences, sentiments chez les vieux, préférant à ce dernier terme, qu’elle n’aime pas et qu’elle utilise rarement d’ailleurs, le mot «senior».
Depuis des années, Gisèle Kayata Eid porte un intérêt à ce sujet. Depuis qu’elle a été au Canada sans pouvoir rester aux côtés de ses parents «pour accompagner cet état de vieillesse». Sa mère, atteinte d’Alzheimer, a connu, comme elle l’explique, toutes les affres de la décrépitude. Inconsciemment, elle assimile cet état à la vieillesse. Pourtant, ajoute-t-elle, «je voyais autour de moi que les gens continuaient à vivre, à sortir, à voir leurs petits-enfants, à avoir le goût de vivre. Chaque fois que je m’approchais d’une personne âgée, je l’admirais. Je me rendais compte à quel point ces personnes-là avaient des choses à nous raconter, qu’elles allaient bientôt disparaître et qu’on n’allait pas savoir». Si cet intérêt remonte à des années, ce qui a réellement déclenché l’envie imminente d’écrire un livre à ce sujet c’est une publicité aperçue au Canada: Liberté 55 qui prônait des prêts pour la retraite dès cet âge. «Cette pub était choquante. Mais au Canada, c’est vrai, dès que les gens sont à la retraite, c’est comme s’ils n’existaient plus, ils sont mis de côté, ils sont considérés à part. Là-bas, quand on n’est plus productif, on ne fait plus partie de la société, car on n’est plus rentable, donc on est mis de côté».

Une leçon de vie
La décision est donc prise. Durant trois ans, Gisèle Kayata Eid, effectue des recherches, se documente sur le sujet, rencontre des seniors, les interviewe, avant de passer à la phase d’analyse, d’écriture, de synthèse. Elle aura ainsi interrogé une quarantaine de personnes, des citoyens lambda et des personnalités libanaises. Parmi elles, le patriarche Mar Nasrallah Boutros Sfeir, Wadih el-Safi, May Arida, Ghassan Tuéni, Antoine Messara… «Ces personnes qui vivent intensément, qui ont été sous les feux de la rampe, je voulais savoir comment est-ce qu’ils ‘‘finissent’’. Est-ce qu’on arrive à être déçu, à se dire qu’on a tellement lutté et puis voilà on est vieux?».
Avec un sourire qui suggère la richesse de cette expérience, elle continue sur sa lancée. «J’ai découvert que tout le monde est quelqu’un. Tout le monde garde la même flamme, même quand il vieillit».
Des découvertes, elle en a cumulé plusieurs. Et les préjugés sont tombés, beaucoup de préjugés. Gisèle Kayata Eid s’est rendu compte par exemple, qu’il n’y a aucune différence entre la manière dont les hommes et les femmes abordent la vieillesse. Alors est-il vrai, comme on dit, qu’on tient-on davantage à la vie quand on se rapproche de plus en plus de la mort? «Non. Toutes les personnes que j’ai interrogées étaient prêtes intellectuellement déjà à accepter l’idée qu’on va mourir et rejoindre l’au-delà pour lequel nous sommes destinés. Mais je crois que c’est un effet de génération. La plupart d’entre elles, pour ne pas dire la majorité, ont une foi très forte. Elles sont prêtes intellectuellement déjà à accepter l’idée qu’elles allaient mourir et rejoindre l’au-delà pour lequel nous sommes destinés. Il y a beaucoup de sagesse qui leur fait accepter le cours de la vie. Et surtout beaucoup de foi. Souvent on n’en fait pas cas. Mais c’est comme des béquilles qui font avancer dans la vie et continuer malgré les difficultés, les maladies, les amis qui s’en vont, la solitude».
Au fil de la discussion, son visage ne cesse de s’éclairer, son regard de pétiller, son corps de s’exprimer. Elle estime que cette expérience a été « une leçon de vie. Ça m’a apaisée», ajoute-t-elle. Justement, dans la préface de l’ouvrage, elle affirme qu’elle a voulu écrire ce livre pour comprendre. Comprendre comment et quand on vieillit et ce que l’on ressent. A-t-elle atteint son but? «On ne comprend jamais assez. Mais le fait d’écouter des gens âgés m’a rapprochée de cet âge et j’ai trouvé que ce n’est pas aussi barbare. Il suffit de rester éveillé, vigilant avec soi-même, de faire attention à rester avec les autres, à se maintenir en santé, à rester ouvert, à lutter contre les petits bobos, à ne pas se laisser facilement glisser. Parce qu’au fond, on est toujours soi-même, avec un peu plus d’âge, un peu plus d’années».

De sagesse et de ferveur
Gisèle Kayata Eid a été particulièrement touchée par toutes les personnes qu’elle a interrogées. «Chacun mérite un livre. Je suis tombée amoureuse de tous mes personnages ». Entre l’entrevue, le décryptage du discours, l’analyse, les citations retenues, l’écriture… elle aura passé trois ans avec eux, «comme s’ils étaient de vrais amis», ces Kibarouna. Un titre qu’elle a tenu à garder en dialecte libanais, parce qu’elle n’a pas pu trouver un terme qui reprenne exactement le contenu de ce Kibarouna, «nos aînés, nos sages».
Kibarouna, Dialogue avec nos aînés s’adresse à «tous ceux qui se regardent dans le miroir et s’étonnent de l’image renvoyée qui ne leur ressemble pas. Mais aussi à ceux qui sont intéressés par connaître les personnalités interviewées. En les interrogeant sur le phénomène de l’âge, j’ai écouté ce qu’ils ont réalisé et la ferveur qu’ils y ont mise. Ce sont des géants, des gens extraordinaires qui ont bâti le Liban, à tous points de vue, religieux, artistique, politique… Ce sont vraiment des héros. Et ce qui est beau c’est que l’image qu’ils ont d’eux ne change pas, c’est le regard des autres qui change et qui peut les faire changer».
Le regard des autres. Le regard de la société. C’est pour cette raison qu’au Canada on est vieux avant de l’être. C’est pour cette raison que, contrairement à sa volonté de départ, elle n’a pas rédigé un ouvrage comparatif basé sur des seniors canadiens et libanais, «car ce n’est pas le même creuset. Ce qu’on leur assure au Canada on ne le leur assure pas ici. La conjoncture familiale sociale n’est pas la même», même si «la constitution de la famille traditionnelle libanaise commence à changer, un peu plus orientée vers l’Occident, surtout dans les villes. Mais n’empêche, nous avons toujours la même mentalité: la personne âgée est importante, c’est une valeur pour nous. On prend son avis, on l’écoute, on la respecte. C’est encore vivace, mais je ne sais pas dans quelle mesure cela va rester avec les habitudes de vie qui sont en train de changer».

 

Nayla Rached
 

Gisèle Kayata Eid signera son ouvrage dans le cadre du Salon du livre de Beyrouth, le 1er novembre, à 18h, au stand Tamyras.


Extraits
«On peut ne pas vieillir, tout est une question de bon moral. L’homme est né pour mourir, mais s’il a un but tout change». – Wadih el Safi
«La vieillesse, c’est d’abord un manque de confiance en soi, dans ses capacités physiques, mentales». – Fouad Boutros
«Un jeune homme peut rêver. A 90 ans on attend la fin. C’est normal». – Patriarche Mar Nasrallah Boutros Sfeir



 

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Éditorial
Sot dans l’inconnu

Il est toujours plus facile, lorsque l’on n’assume pas des responsabilités, et que, par conséquent, l’on n’a pas de comptes à rendre, de s’ériger en donneur de leçons. Il est plus aisé de se livrer à la surenchère quand on n’est pas aux commandes que lorsque l’on est appelé à prendre, tous les jours, des décisions qui engagent le destin d’un pays et qui influent sur l’avenir de millions de personnes. Il faut avoir ces réalités en tête en écoutant Mitt Romney disserter sur la politique étrangère des Etats-Unis et accuser son rival démocrate d’être mollasson. Face à la «passivité» du président sortant, le candidat républicain promet des solutions miracle, basées sur les muscles et les super-budgets militaires. Une bonne partie de son discours électoral est construite autour de la fausse accusation que Barack Obama a «laissé tomber» Israël, oubliant que l’aide militaire, le soutien financier et l’assistance technologique, fournis par l’actuel président à l’Etat hébreu, n’ont jamais été égalés par ses prédécesseurs. En fait, Mitt Romney reproche au locataire de la Maison-Blanche de résister aux pressions -qui frôlent les injonctions- de Benjamin Netanyahu, pour le pousser à couvrir et participer à une attaque préventive contre l’Iran. Accepterait-il, s’il siégeait au Bureau ovale, de s’engager dans une guerre dont les objectifs et les conséquences ne serviraient pas nécessairement les intérêts des Etats-Unis? Mitt Romney plaide donc pour un alignement total de la politique étrangère américaine sur celle d’Israël, même au détriment des intérêts nationaux des Etats-Unis. Un phénomène mis en évidence dès 2006 par les chercheurs John Mearsheimer et Stephen Walt, dans leur remarquable ouvrage sur l’influence du lobby israélien dans les orientations de la politique étrangère américaine. Un travail qui leur a coûté leur emploi, il faut le rappeler. Mitt Romney n’est pas en reste sur le dossier du processus de paix au Proche-Orient. Il affiche un mépris absolu pour les Palestiniens, avec qui la paix «est impensable», peut-on l’entendre dire dans une vidéo filmée à son insu. En d’autres termes, Israël n’a pas l’obligation de rendre les terres qu’il a volées et la situation de conflit et de guerre avec les Palestiniens est appelée à durer ad vitam æternam.    Mitt Romney a exploité à fond l’attaque du consulat américain de Benghazi, au cours de laquelle l’ambassadeur Christopher Stevens a été tué. Il estime que «les attaques contre l’Amérique, le mois dernier, ne doivent pas être prises pour des actes isolés. Elles illustrent la lutte plus large qui traverse tout le Moyen-Orient, une région qui vit son bouleversement le plus profond depuis un siècle.» Le camp républicain a dénoncé la réaction de l’Administration Obama après l’attaque de Benghazi, et le fait d’avoir attendu plusieurs jours avant de la qualifier de «terroriste» et de sous-estimer les menaces anti-américaines. Ces propos sont destinés à la consommation interne car ils n’apportent aucune idée constructive et nouvelle. Pas plus d’ailleurs que ses critiques contre ce qu’il appelle la stratégie d’«espoir» de Barack Obama. Là, le candidat républicain se fend d’une esquisse de stratégie: «Nous ne pouvons pas aider nos amis et battre nos ennemis si nos paroles ne sont pas appuyées par des actes et si la perception de notre stratégie n’est pas celle d’un partenariat mais celle d’une passivité». Traduit en realpolitik, cela ne veut absolument rien dire. Partenariat avec qui? Contre qui? Comment? S’il est élu président, Mitt Romney promet de renforcer les sanctions contre l’Iran pour l’empêcher de développer des capacités nucléaires militaires. Il subordonnerait l’aide financière à l’Egypte au respect du traité de paix avec Israël, augmenterait le budget américain de la Défense. Et, cerise sur le gâteau, il fournirait des armes aux rebelles syriens. Sur ce dernier point, l’actuelle Administration l’a devancé. Car les livraisons d’armes via l’Arabie saoudite et le Qatar –en plus de tous les autres pays qui ne l’ont pas reconnu officiellement- n’auraient jamais pu se faire sans le feu vert des Américains. Concernant l’augmentation du budget militaire, Mitt Romney ne semble pas connaître les chiffres des déficits américains. Sauf s’il compte sur les bons du trésor achetés par la Chine pour financer la dette américaine. Sur l’Iran, l’actuelle Administration a développé le régime des «sanctions intelligentes», douloureuses et efficaces, et qui commencent à donner leur fruit. Mais il n’est pas sûr qu’elles feront plier Téhéran. C’est d’ailleurs fortement improbable.    
Mitt Romney est à cours d’idées. Son discours veut se donner des semblants d’une force qui n’est qu’illusoire, car avec des muscles ramollis et des caisses vides, il ne peut plus mener le monde avec le bâton et la carotte.


 Paul Khalifeh
   

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