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Nº 3095 du vendredi 2 novembre 2018

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Sept mois se sont écoulés depuis la tenue de la conférence CEDRE sans que rien ne bouge dans le pays. Une brève visite de suivi de Pierre Duquesne, ambassadeur délégué interministériel à la Méditerranée, mission que s’était assignée la France, initiatrice de la conférence, a paru nécessaire pour rappeler aux dirigeants libanais qu’il ne fallait pas rater la dernière occasion de bénéficier des aides internationales pour sortir le pays de la crise économique. Est-ce déjà trop tard?
 


La visite de Pierre Duquesne à Beyrouth était d’autant plus nécessaire que le président français Emmanuel Macron entend perpétuer la tradition de la politique traditionnelle de France, celle d’un réel soutien et de relations privilégiées avec le Liban. Il l’a d’ailleurs réaffirmé lors de sa rencontre avec le président Michel Aoun à Erevan, le 12 octobre. A cette occasion, il a encouragé indirectement son homologue libanais à faire le nécessaire pour que le gouvernement libanais voie rapidement le jour, afin que les engagements pris à la conférence CEDRE puissent commencer à être concrétisés.
Car si la France est fermement décidée à rester engagée auprès du Liban quelle que soit l’évolution de la situation, les autres bailleurs de fonds ne seraient pas forcément dans les mêmes dispositions. Il y aurait de véritables craintes que les participants à cette conférrence soient séduits par d’autres pays, foyers de difficultés économiques, ayant autant besoin d’aides que le Liban et qui seraient prêts dans l’immédiat à les accueillir. Ajoutons à cela que leurs engagements seraient relégués aux calendes grecques car ils pourraient être compromis, entretemps, par des crises régionales et internationales, ainsi qu’à l’interne dans certains pays européens. Il y aurait donc un réel danger que le Liban soit privé de ses fonds s’il ne met pas les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu.
Les mois qui ont précédé la tenue de CEDRE n’avaient pas été une sinécure pour la France, qui a déployé des efforts soutenus pendant la phase préparatoire afin de convaincre les pays amis à participer à la conférence au titre de bailleurs de fonds. L’ambassadeur délégué Pierre Duquesne avait dû faire face à des réserves exprimées par les entités sondées sur le pouvoir au Liban et sa gestion de la chose publique. Des entités ont justifié leur réticence par le fait que le Liban est un pays «irréformable» compte tenu de leurs expériences passées lors des conférences Paris I, Paris II et Paris III. D’autres acteurs ont évoqué le caractère confessionnel du système politique, tandis que certains interlocuteurs n’approuvaient pas la tenue de CEDRE avant les élections législatives libanaises de peur que les résultats de la conférence ne soient désavoués par les prochains élus.

L’équilibre subtil
Toutefois, la nuance sur laquelle la France a joué pour obtenir gain de cause et convaincre ses partenaires internationaux à participer à l’aide au Liban, est que CEDRE, acronyme de la Conférence économique et de développement par les réformes et les entreprises, reflète une équation à trois piliers, projets, financements et réformes, représentant un équilibre subtil. Il s’agit de l’équilibre entre les projets à exécuter, leurs financements et les réformes qu’ils induisent.
Les circonstances aujourd’hui ne sont pas les mêmes que celles qui avaient prévalu lors des rassemblements des amis du Liban dans le cadre de Paris I, Pari II et Paris III. A ces différentes époques, des circonstances exceptionnelles géopolitiques avaient poussé les bailleurs de fonds à accorder au Liban des dons et prêts bonifiés comme, à titre indicatif à la conférence Paris III, en 2007, tenue au lendemain de l’agression israélienne contre le Liban en 2006, qui a détruit une partie importante de son infrastructure. A présent, la donne a changé et le pays du cèdre n’a pas d’excuses pour ne pas mettre en œuvre des réformes radicales. Le creusement du budget d’année en année a commencé bien avant l’arrivée des réfugiés syriens au Liban. Les études sur les réformes à mettre en place sont nombreuses et suffisantes. Ce qui amène à dire clairement que le pouvoir issu des dernières élections législatives devrait bien commencer quelque part, en initiant un processus dynamique d’actions.   
CEDRE n’est pas une convention internationale ni un traité, mais un accord de confiance entre le Liban et la communauté internationale. Par conséquent, il ne peut jamais être déclaré mort. Encore faut-il souligner que les conjonctures dans le cadre desquelles sont conclues des engagements d’ordre international ne sont jamais les mêmes.

Duquesne relève le défi
La présence de l’ambassadeur interministériel français à Beyrouth prouve qu’il a fait le pari de la possibilité d’opérer des réformes au Liban. Citant des sources proches du diplomate français, M. Duquesne aurait entendu le même son de cloche de la part de toutes les parties rencontrées au pays du cèdre. Elles auraient exprimé leur volonté et leur disposition à mener des réformes structurelles dans le pays. Dans la foulée, on citera l’amélioration de la collecte des taxes fiscales, la transparence fiscale via l’approbation par le Liban de la convention d’échange automatique des données fiscales, la prise en charge de l’Inspection centrale et de la Fonction publique sur recommandation de la Commission parlementaire de l’Administration et de la Justice d’un recensement des emplois déguisés au sein du secteur public. Par ailleurs, dans un conseil amical, M. Duquesne aurait plaidé auprès du chef du Législatif, Nabih Berry, de voter une seule loi de financement englobant tous les projets prêts à être exécutés dans l’objectif de gagner du temps. Il aurait insisté sur la nécessité d’avoir un bras opérationnel pour légiférer, à savoir le Parlement, et un autre bras opérationnel pour exécuter, à savoir un gouvernement.
Sur un autre plan, des observateurs qui suivent le dossier ont souligné que le rapport de McKinsey ne contredit en rien la conférence CEDRE. La conférence de Paris est un exercice national libano-libanais, alors que McKinsey représente une réflexion stratégique à caractère économique étalée sur une vingtaine d’années, les deux exercices ayant pour plateforme commune des projets de réformes dans les secteurs de l’énergie, de l’eau, du transport et de la gestion des déchets. Dans ce même esprit, M. Duquesne se serait félicité du fait que CEDRE a été porté dans le débat public et toutes les parties s’en revendiquent. Cetains officiels l’auraient entendu dire que le Liban n’est pas dans la catastrophe et dans la crise, il est plutôt dans le déconfort et l’urgence, et qu’il fallait déjà bâtir sur ce qui a été accompli de bien à ce jour, faisant allusion à la loi sur l’énergie votée en 2002.         
Des sources proches du dossier ont rapporté que les agents du secteur privé rencontrés lors de la brève visite de M. Duquesne à Beyrouth n’ont pas semblé intéressés par une participation au grand chantier de la réhabilitation des infrastructures dans le pays, pilier d’une croissance économique potentielle. L’ambiance générale dans le pays n’inspire pas confiance vu que le Liban est sujet à des secousses politiques et sécuritaires intermittentes. Ce qui aurait amené le délégué du président français Emmanuel Macron à préconiser le pourvoi des postes vacants au sein des autorités de régulation des secteurs économiques ainsi qu’au sein du Haut conseil de la privatisation.  

CEDRE n’est pas un luxe
«Le Liban a un besoin réel, nécessaire et pressant des fonds de CEDRE. Ce n’est pas un luxe», souligne à Magazine Samir Hammoud, président de la Commission de contrôle des banques au Liban (CCDL), ajoutant que «les propos du gouverneur de la BDL relatifs à un ratio de liquidités élevés des banques est vrai. Néanmoins, le coût d’emprunt de ces liquidités est élevé. Le Liban n’est pas en mesure de s’endetter à de tels taux.» Il a insisté sur l’impossibilité de baisser les taux débiteurs à moyen terme au Liban, vu que ces taux sont à des niveaux record dans la région, avoisinant 30% en Turquie et 20% en Egypte. Le Liban a besoin de relever ses taux pour continuer à attirer des transferts de fonds vers ses banques, assurant ainsi leur capacité à financer les besoins des secteurs public et privé. «La réhabilitation et la reconstruction des infrastructures du Liban, non entretenues depuis des décennies, nécessite un financement à long terme et à des taux d’intérêts bonifiés, c’est-à-dire le type de prêts et d’avances que propose CEDRE», dit-il. Il ajoute par ailleurs que le secteur bancaire libanais ne peut fournir des prêts à long terme puisque la durée moyenne de ses dépôts bloqués n’excède pas 100 jours, ce qui crée une inadéquation entre les échéances des différents postes des bilans des établissements de crédit. Le président de la CCBL insiste sur le fait que «les amis bailleurs de fonds honorent leurs engagements dans la mesure où le Liban conserve des avantages compétitifs et non seulement parce qu’il a besoin de financement». Ce qui l’amène à réclamer la formation d’un gouvernement d’union nationale et le renforcement d’une ambiance de stabilité afin de pouvoir entamer des réformes sérieuses pour l’obtention d’avances de la part des participants à CEDRE. Samir Hammoud est catégorique: «Pas d’entente nationale, pas de réformes, pas de fonds». Il est clair pour le haut cadre de la BDL que l’entente nationale est le prélude à des réformes structurelles et sectorielles. Le cas échéant, le Liban ne ferait que s’enfoncer davantage dans l’endettement, d’autant que CEDRE ne prévoit pas des dons mais seulement des prêts. Et les bailleurs de fonds ne seraient que complices dans l’acheminement du Liban vers la faillite inéluctable. Théoriquement, pour qu’un pays puisse s’endetter davantage, il faut que le volume de son économie s’accroisse. Au Liban, le volume de la dette équivaut à celui du PIB. En deux mots, Samir Hammoud recommande à l’establishment politique débité de s’endetter et de dépenser sans une stabilité dans le pays. Le cas échéant, le pouvoir serait en train de dépenser les fonds qu’il emprunte. Une situation qui mène droit au gouffre.
Pour le pdg du groupe Blom Bank, Saad Azhari, le Liban bénéficie de tous les fondamentaux qui lui permettent  d’être un pays florissant sur le plan économique mais il existe une mauvaise gestion de la chose publique.  Les fonds que CEDRE est en passe de consentir au Liban sous certaines conditions dynamiserait l’activité économique dans le pays et lui donnerait un nouvel élan. «Nous ne réclamons pas une administration publique exemplaire mais plus efficiente», dit-il à Magazine, ajoutant qu’il n’est pas pessimiste pour l’avenir d’autant que le nouveau Parlement semble plus sérieux en dévoilant des chiffres plus clairs sur l’état de l’économie et des finances publiques. «Le Liban fort de certaines réformes telles une meilleure collecte des taxes et des impôts – sans avoir recours à de nouvelles impositions- peut facilement et rapidement améliorer ses indicateurs économiques à la lumière aussi des ressources pétrolières à venir avec des chiffres qui avoisinent les 300 milliards de dollars», conclut-il.
 
CEDRE: 11,5 milliards $
La communauté internationale s’est engagée à fournir au Liban un financement de 11,5 milliards $ dans le cadre de CEDRE. Les 51 participants à cette conférence réunie à Paris ont validé le plan d’investissement proposé par le Liban, plus connu sous le nom de Capital Investment Plan (CIP).
Celui-ci a été divisé en trois phases:
● La phase I s’étale sur une durée de 4 à 5 ans alors que les crédits qui lui seraient alloués représenteraient 10,5 milliards $.
● La phase II s’étend sur une période de 4 à 5 ans tandis que les fonds qui lui seraient consacrés seraient de 7 milliards $.
● La phase III serait consacrée aux projets considérés comme ayant besoin d’études et d’examens plus approfondis.
La Banque mondiale (BM) a agréé ce plan d’investissement et a jugé que tous les projets présentés sont vitaux et modifieraient les niveaux des services publics dans le pays.
Les projets à exécuter portent sur l’eau (3 milliards$); le traitement des eaux usées (2,5 milliards$), et celui des déchets solides (1,5 milliard$); sur le transport (5,5 milliard$). Celui-ci inclut les ports, les aéroports, les voies ferrées ainsi que toutes les artères reliant les grands axes routiers; l’Electricité du Liban, les générateurs électriques et la distribution (3,5 milliards $), un projet sur une des composantes des télécoms (700 millions $), dont le financement devrait être trouvé, l’infrastructure pour le tourisme et l’industrie (350 millions $).

Liliane Mokbel

Entre Baabda et Rabié, malgré les dernières éclaircies, les nuages ne semblent pas devoir se dissiper. Le chef du Courant patriotique libre et le président de la République ne sont pas sur la même longueur d’onde en ce qui concerne l’intérêt supérieur de la nation. Le premier se retranche derrière sa légitimité populaire pour asseoir ses idées, et le second derrière son statut légal et ses prérogatives de chef d’Etat.Le dialogue national proposé par Michel Sleiman aidera-t-il à assainir l’ambiance?
Le différend n’est pas récent. Il défraie la chronique depuis plusieurs mois, il génère une ambiance malsaine en Conseil des ministres et sème une méfiance accrue entre les différents pôles du pouvoir. Que ce soit en ce qui concerne les dépenses publiques, la nomination d’un président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), ou encore la légitimité populaire, les points de discorde sont nombreux entre le président Michel Sleiman et le député Michel Aoun. S’agit-il simplement de divergences portant sur l’intérêt général du pays, ou faut-il y voir une lutte de pouvoir et un déclenchement prématuré de la campagne législative?

Un président non consensuel?
L’ambiance avait commencé à se dégrader entre le général Aoun et le chef de l’Etat avant même que le poste de président du Conseil supérieur de la magistrature ne se soit retrouvé vacant à la suite du départ à la retraite du juge Ghaleb Ghanem. Le chef de l’Etat a proposé le nom de la juge Alice Chabtini, mais le chef du Courant patriotique libre s’y est opposé, et le ministre Chakib Cortbaoui a soumis le nom d’un autre magistrat, Tannous Mechleb. Ce n’est pas tant la qualité des deux magistrats qui est remise en question par l’un ou l’autre des deux hommes, mais c’est bien plutôt histoire de défendre des prérogatives que chacun estime être exclusivement siennes. Le général Aoun avance que c’est à lui que revient ce choix, à tout le moins par le biais du ministre de la Justice, puisque le CPL représenterait, selon lui, la majeure partie des chrétiens libanais. Or, le magistrat qui préside le CSM est traditionnellement choisi parmi les chrétiens maronites… Chasse gardée pour le général Aoun, fort de son poids dans le gouvernement actuel et de sa représentativité auprès des chrétiens?Ou plutôt prérogative du président de la République, lequel affirme se fonder exclusivement sur le critère de la compétence pour son choix?
Les deux versions sont défendues de part et d’autre, cependant que le parti du général Aoun n’hésite pas à affirmer que le chef de l’Etat aurait cessé d’être un président consensuel, et qu’il agirait, non pas dans l’objectif de servir la nation, mais les intérêts du camp opposé.
Michel Sleiman aurait-il viré au 14 mars? Pour le CPL, c’est une évidence, d’autant plus que le chef de l’Etat s’est refusé à signer le décret des dépenses publiques de 8900 milliards de livres. Un refus justifié, du côté de Sleiman, par le fait que, suite aux consultations juridiques qu’il a effectuées, il lui est apparu comme anticonstitutionnel de signer un tel décret en l’absence d’un budget annuel voté par la Chambre. Autre son de cloche chez Aoun, pour qui le chef de l’Etat est responsable du blocage gouvernemental, en plus de prendre parti avec le 14 mars.

Elections dans la ligne de mire
Du côté du CPL, on soutient que le président de la République, encouragé par l’opposition, se refuse à signer le décret relatif aux dépenses publiques pour faire pendant avec celles, non avalisées, des gouvernements précédents… Le général Aoun avait été jusqu’à affirmer que l’expérience de la présidence consensuelle avait montré ses limites, et qu’un vrai chef d’Etat devrait avoir son propre bloc parlementaire et, seulement à partir de là, des ministres qui le représentent. Ces propos ont provoqué l’ire de Michel Sleiman qui a rétorqué, par médias interposés, qu’un président consensuel, comme lui-même, n’avait pas à rougir de sa légitimité puisqu’il n’a pas besoin de «mendier» la présidence. Le débat est donc désormais clair. Au-delà d’une différence de vision politique ou même d’une attitude présidentielle, ce sont bien des intérêts électoraux qui se profilent.

Même terrain de chasse
Les législatives de 2013, et même l’expectative de la présidentielle de 2014, sont dorénavant dans la ligne de mire. D’aucuns estiment que le chef de l’Etat devrait désormais asseoir sa légitimité sur un vote populaire. Il ne s’agit pas de repenser le système, mais plutôt de conforter le choix de la première magistrature sur le terrain, par le biais d’une représentation conséquente dans l’hémicycle. En 2009, c’est un exercice auquel Sleiman s’était défendu de jouer, du moins officiellement. Bénéficiera-t-il d’une assise populaire aux élections de mai 2013?
En tout cas, du côté du général Aoun, le temps est à la préparation active du terrain pour la prochaine échéance législative. Au Kesrouan, on voit déjà des affiches géantes, remodelées dans un orange moins marqué, sur lesquelles on peut lire des slogans directement électoraux: «un Kesrouan encore plus fort». Pour le CPL, pas de doute, la campagne est lancée. Rien de tel dans l’entourage proche du chef de l’Etat, en tout cas pas officiellement. Mais nul n’ignore qu’en réalité, Michel Sleiman a tout intérêt à conforter son statut en le renforçant à l’aide d’un bloc parlementaire qui ajouterait à sa légitimité, et justifierait du même coup la nomination de ministres qui le représentent au sein du gouvernement. Or, il se trouve que les terrains sur lesquels il devrait «chasser» sont sensiblement les mêmes que ceux du CPL, à savoir le Kesrouan, Jbeil et le Metn. Voilà qui expliquerait sans doute mieux l’ambiance très tendue entre les deux hommes, d’autant que le général Aoun n’a jamais caché son ambition présidentielle.
Reste à savoir si le dialogue national auquel a fait appel Michel Sleiman, pour le lundi prochain, portera ses fruits, et pourra se tenir dans une ambiance saine, loin des récentes tensions et autres échanges acerbes.

 

Une Assemblée constituante?
La proposition du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, de procéder à une Assemblée constituante à l’occasion de la reprise du dialogue national a suscité des craintes sérieuses du côté du 14 mars, dont l’un des ténors, le Dr Samir Geagea, a même évoqué le piège. Il est vrai cependant que les divisions sont aujourd’hui assez profondes pour que les différents protagonistes de la scène politique libanaise se réunissent non seulement pour en discuter, mais aussi pour voir plus loin. Il est clair que l’arrangement de Doha n’a pas exactement porté ses fruits, mais qu’il a seulement permis une période de calme relatif, ponctuée d’un usage d’armes que l’Etat ne semble pas pouvoir contrôler.

Les proches de Nasrallah et les forces de la majorité actuelle avancent que c’est sans tabous qu’une Assemblée constituante doit être envisagée, pour justement trouver des solutions institutionnelles et durables aux différends qui opposent les Libanais.

Or, les responsables politiques du 14 mars ont rejeté en bloc cette idée, la considérant comme extrêmement dangereuse, puisqu’elle remet en question l’accord de Taëf, avant même qu’il n’ait eu la chance d’être appliqué correctement. D’autres personnalités de l’opposition ont ajouté qu’une telle assemblée ne peut pas se tenir «sous la menace des armes», en l’occurrence celles du Hezbollah, pour forcer leur main à un accord qui serait inéquitable.

En tout état de cause, le président de la République a très vite opposé une fin de non-recevoir à la proposition du secrétaire général du Hezbollah, se positionnant ainsi, probablement sans le vouloir, du même côté que le camp du 14 mars. De quoi (ré)alimenter la crise?

 

 

Trois questions à Nazem el-Khoury

 

Le ministre de l’Environnement, proche du président Michel Sleiman, répond aux questions de Magazine.

 

On reproche au président de la République de se refuser obstinément à entériner le décret relatif aux dépenses publiques de l’actuel gouvernement…

 

Quand le président de la République prend une décision, il a en tête l’intérêt du pays. Il a procédé à des consultations sur cette question. Il a demandé l’avis de juristes intègres qui ne dépendent d’aucun groupe politique… Il s’avère qu’une telle signature serait certainement sujette à un recours en invalidation. Malheureusement au Liban, toute question juridique prend forcément une tournure politique! Puisque le général Aoun s’emploie à défendre les prérogatives présidentielles, ce n’est certes pas la bonne façon de les garantir que de donner des «directives» au chef de l’Etat…

 

Qu’en est-il de la nomination d’un magistrat à la tête du CSM?

 

C’est le président de la République qui suggère traditionnellement ce nom. Bien entendu, il consulte ensuite le ministre de la Justice, qui propose un nom au cabinet. Or, ne perdons pas de vue qu’il s’agit d’une fonction juridique! En vertu du principe de la séparation des pouvoirs, on ne peut accepter que cette nomination passe par un parti politique, quel qu’il soit.

 

Où en est le contentieux entre les deux hommes?

 

C’est un contentieux unilatéral! Le président de la République n’a de contentieux à régler avec quiconque. Ce n’est pas le cas du général Aoun…

 

 

Ce qu’en dit Alain Aoun

 

Alain Aoun, député de Baabda et membre du CPL, expose le point de vue de son parti.

«Il faut bien garder en tête que le différend entre le général Aoun et le chef de l’Etat n’est pas du tout d’ordre personnel. Il s’agit d’un différend conjoncturel, dû à certaines attitudes bien précises. Nous considérons que le comportement du président de la République nuit à la bonne marche du gouvernement et constitue un blocage inacceptable. Nous ne comprenons pas ses prises de position en ce qui concerne le dossier des dépenses publiques ou celui de la nomination du président du CSM. C’est tout de même normal, selon nous, que ce soit le ministre de la Justice qui avance ce nom! Il n’est ni logique ni sain de paralyser toute une institution juridique sans avancer d’excuse qui tienne. Nous avons la nette impression qu’il ne s’agit pas simplement d’une volonté de blocage dans l’absolu, mais plutôt d’une volonté de bloquer tout ce que notre parti propose. Bien sûr, je crois tout de même aux vertus du dialogue, parce que je suis convaincu que c’est la seule issue possible dans un pays qui comporte autant de contradictions. Nous n’avons pas d’autre choix. Il est cependant clair que malgré la bonne volonté de certains, et depuis que nous avons la possibilité de discuter entre Libanais exclusivement, nous nous sommes heurtés à des failles importantes, fussent-elles constitutionnelles ou idéologiques. Il est essentiel de se réunir pour exposer les différentes visions des choses. Il ne devrait pas y avoir de tabou à admettre que les divisions ne sont pas simplement d’ordre politique. Elles vont au-delà…

 

Joumana Nahas

 

 

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Éditorial
Le réflexe de Samson

La guerre menée par les Etats-Unis et ses alliés contre le Hezbollah est entrée dans une nouvelle phase. C’est l’impression qu’ont eue des diplomates européens et des hommes politiques libanais après avoir rencontré des responsables américains ces dernières semaines. Washington durcit progressivement les sanctions contre le Hezbollah dans le but de «l’affamer». Le président Donald Trump a signé, jeudi 25 octobre, un projet de loi élargissant la liste des personnes pouvant être sanctionnées pour avoir fait affaire avec le parti chiite. «Nous allons cibler, déstabiliser et démanteler leurs réseaux opérationnels et financiers, qui étaient nombreux, et qui le sont beaucoup moins maintenant», a-t-il déclaré. Quelques jours plus tôt, le secrétaire américain à la Justice, Jeff Sessions, avait désigné le Hezbollah comme étant une «organisation transnationale criminelle contre laquelle les Etats-Unis vont mener des enquêtes approfondies et engager des poursuites». «Une équipe spéciale de procureurs expérimentés dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogue, le terrorisme, le crime organisé et le blanchiment d’argent va enquêter sur des individus et réseaux soutenant le Hezbollah», a affirmé Jeff Sessions. Le durcissement des sanctions américaines n’est pas une surprise. Dans une interview publiée par le quotidien israélien The Jerusalem Post à la mi-août, un ancien chef du Mossad, Tamir Pardo, avait reconnu qu’il n’était plus possible de vaincre militairement le Hezbollah mais qu’il fallait imposer des sanctions au Liban pour en venir à bout. Cette nouvelle stratégie mise au point entre Washington et ses proches alliés n’a pas échappé au commandement du parti, qui les prend très au sérieux. «Le Hezbollah fait l’objet de pressions, a déclaré Sayyed Hassan Nasrallah dans un de ses discours de Achoura. C’est plutôt une menace psychologique qu’une véritable menace. Ceux qui conspirent contre notre région, comme Israël, les Etats-Unis et leurs alliés, ne reconnaîtront pas notre victoire. Ils ont échoué dans la guerre militaire contre nous, alors ils essaient de nous frapper de l’intérieur».   Le Hezbollah pense que le véritable objectif des mesures américaines est de l’isoler sur le plan interne en le coupant de sa base populaire et de ses soutiens au sein des autres communautés. C’est ce qui expliquerait le fait que les sanctions pourraient être progressivement élargies pour englober des noms et des entités qui ne sont pas forcément liés au parti mais qui appartiennent à des alliés de différentes communautés. Des sources informées affirment, qu’à terme, entre 300 et 1 000 noms seraient inscrits sur les listes américaines. Si elle est prise, une telle mesure risquerait d’avoir de sérieuses répercussions sur l’économie. C’est cela qui a inquiété les diplomates européens et les hommes politiques libanais, qui ont senti que Washington ne se souciait plus de la stabilité du Liban et avait développé un réflexe de Samson, qui a détruit le temple sur sa tête et sur celles de ses ennemis philistins. Le Hezbollah ne reste pas les bras croisés face à ce changement de tactique. Il a lui aussi entamé une nouvelle étape de son parcours politique. La première étape, en 1992, a été son entrée sur la scène politique libanaise avec sa participation aux élections législatives. La deuxième, en 2005, a marqué sa participation au pouvoir exécutif, avec, pour la première fois, des ministres nommés au gouvernement. En 2018, le Hezbollah entame la troisième étape: la conquête de l’administration publique.


 Paul Khalifeh
   

Santé

Le diabète au Liban. Presque un demi-million de cas
Avec 425 millions1 de personnes qui en sont atteintes dans le monde et 464000 au Liban, le diabète est, avec l’hypertension…

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