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Nº 3089 du vendredi 4 mai 2018

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Quelle sera l’image du Liban au lendemain des prochaines législatives?  Faut-il s’attendre à de grands changements ou va-t-on prendre les mêmes et recommencer? Michel Aoun parviendra-t-il à donner une nouvelle impulsion à son mandat? Eléments de réponse.   

C’est à partir du 7 mai, que le mandat du président Michel Aoun commencera réellement, assure-t-on dans les milieux proches du chef de l’Etat. Les dix-huit premiers mois du sexennat ont été consacrés à un listing des problèmes de la République, une sorte d’état des lieux politique et économique. Un inventaire qui n’était pas de tout repos, ponctué de foires d’empoigne et de bras de fer pour voter à l’arraché des textes législatifs essentiels, la loi électorale et les décrets relatifs à l’exploitation des ressources offshore d’hydrocarbures n’étant pas les plus difficiles.
Le président Aoun parviendra-t-il à donner une nouvelle impulsion à son mandat? Il est évident que cela dépendra autant de la configuration du nouveau Parlement, de la personne du prochain Premier ministre et de la forme de son gouvernement, que de la propre volonté du chef de l’Etat. Dans le cercle très restreint des décideurs, on essaie d’imaginer déjà, avant même le début des opérations de vote et l’annonce des résultats, ce que sera le Liban post-élections. Ceux qui affectionnent les grands bouleversements devront ravaler leurs rêves et les partisans de la rigidité seront contraints d’accepter quelques changements, parfois notables, mais qui ne remettront pas en cause les équilibres fondamentaux régissant la vie politique libanaise depuis la fin de la guerre civile.

Berry indétrônable
N’en déplaise au Courant patriotique libre (CPL) qui mène campagne depuis des années contre le président sortant du Parlement, qu’il considère comme l’un des symboles de la corruption, il n’y a aucune possibilité, sauf cas de force majeure, de voir une autre personne que Nabih Berry s’installer au perchoir. Les informations qui ont circulé ces dernières semaines sur la volonté de Damas de remplacer M. Berry n’ont aucune consistance, même si certains analystes de pacotille ont cru déceler dans les soudains élans de sympathie de M. Berry et de ses proches vis-à-vis du pouvoir syrien une tentative de «se racheter». Il s’agit plus de vœux pieux que d’analyses basées sur des faits solides. D’abord, la Syrie, qui a pour le moment ses propres soucis, ne dispose plus des leviers nécessaires au Liban non pas pour imposer un président du Parlement, mais même pour nommer un ministre ou un directeur général. Ensuite, le régime syrien est parfaitement convaincu que Nabih Berry reste, sur le long terme, un allié de taille, qui contribue activement à la définition des équilibres politiques stratégiques au Liban. Damas n’a donc aucune raison pour souhaiter son remplacement. Le signe le plus révélateur est cependant  venu du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui a étouffé dans l’œuf tout débat sur l’identité du prochain chef du Législatif en réaffirmant son soutien sans failles à Nabih Berry. «La présence du président Berry (à la tête du Parlement) a protégé la Résistance toutes ces années», a-t-il dit dans l’un de ses discours, en avril. Le leader du mouvement Amal, qui trône sur le perchoir depuis 26 ans, pourra ainsi entamer sans trop de soucis un nouveau mandat de quatre ans, qui lui permettra de consolider un record probablement imbattable dans les annales de la vie parlementaire libanaise.
Le CPL marquera le coup en s’abstenant de voter pour Nabih Berry dans l’espoir d’égratigner sa légitimité. Le président du Parlement s’accommodera sans problème de ce choix. Le contraire l’aurait étonné vu que lui-même et son bloc n’ont pas voté pour le général Michel Aoun lors de l’élection présidentielle, le 31 octobre 2016.

Hariri au Grand Sérail
Pas de changement non plus au Grand Sérail, où le retour de Saad Hariri est pratiquement acquis – sauf accident de parcours peu probable pendant les élections – même si le Hezbollah, par la bouche de son secrétaire général adjoint, Naïm Kassem, a déclaré qu’il est encore trop tôt pour évoquer le nom du prochain Premier ministre. Cette question sera examinée après les élections, a-t-il dit. En plus de son bloc parlementaire, estimé entre 22 et 24 membres, le chef du gouvernement sortant jouit de l’appui des blocs du CPL, du mouvement Amal, du Parti socialiste progressiste (PSP), des Forces libanaises et du Tachnag, soit 85 députés au moins. Aucun autre candidat ne peut rassembler autant de voix, la bataille est donc gagnée d’avance pour Saad Hariri.
Si la partie semble facile pour la désignation du Premier ministre, elle le sera nettement moins pour la formation du prochain gouvernement. C’est là que l’appétit des différentes forces politiques va se manifester dans toute sa splendeur. Dans les cercles des décideurs, on avance, à ce stade, quelques certitudes:
● La composition du futur gouvernement reflètera les rapports de force au sein du nouveau Parlement.  
● Saad Hariri, qui perdra entre 7 et 10 sièges à la Chambre, verra sa part réduite au gouvernement.
● Le CPL conservera sans doute le même nombre de portefeuilles.
● Les Forces libanaises resteront au gouvernement.
● Le bloc du 8-Mars (Amal, Hezbollah, PSNS, Marada) détiendra le tiers de blocage dans l’exécutif.
● Le Hezbollah ne nommera probablement pas Saad Hariri lors des consultations parlementaires contraignantes pour le choix du Premier ministre.   

3 mois pour le gouvernement
Le président Aoun donne trois mois aux contacts pour la formation du gouvernement. Passé ce délai, il envisagerait des «solutions constitutionnelles» afin d’éviter la paralysie de l’exécutif, ce qui porterait un coup dur à la suite de son mandat.
En dépit des pressions saoudiennes et américaines, Saad Hariri n’envisage  pas de s’engager sur la voie de l’isolement politique du Hezbollah. Il aurait même réussi à convaincre Washington et Riyad de la nécessité de préserver la stabilité du Liban. Ces deux capitales auraient opté pour un autre terrain de confrontation avec l’Iran. Il s’agit de l’Afghanistan, où les débris de l’Etat islamique en Syrie et en Irak sont envoyés, dans l’espoir de créer un foyer de tensions susceptible de déstabiliser la République islamique. D’ailleurs, dans la plupart de ses discours et de ses déclarations ces dernières semaines, Saad Hariri a réaffirmé ses constantes qui s’articulent autour de «la stabilité du pays» et du «dialogue».      
Cependant, les négociations seront ardues, d’autant que le Hezbollah semble être passé du statut de facilitateur à celui de demandeur. En effet, lors de la formation des gouvernements par le passé, le parti de la Résistance consentait des «sacrifices» pour faciliter le processus. Il a  même offert à Fayçal Karamé un des sièges réservés aux chiites et qui lui revenait dans le cabinet de Najib Mikati, en 2011, renonçant ainsi au sacro-saint principe de la parité entre sunnites et chiites au gouvernement. Les temps ont changé depuis. Pour la première fois depuis son entrée au pouvoir exécutif, en 2005, le Hezbollah a présenté l’ébauche d’une vision économique. Il a fait de la lutte contre la corruption son thème central et compte s’investir pleinement dans les décisions économiques. Le commandement du Hezbollah pense que l’appauvrissement des couches les plus défavorisées touche en premier lieu ses viviers traditionnels dans la Békaa et au Liban-sud. A la faveur des élections législatives, il a perçu l’ampleur du ressentiment des gens, même à l’égard des députés du Hezbollah. Améliorer les conditions de vie des classes démunies et moyennes inférieures constitue donc un objectif stratégique, indispensable pour renforcer le «front interne». C’est dans cette optique qu’il faut comprendre l’intérêt soudain manifesté par le Hezbollah pour les questions sociales et économiques.
Partant de là, le Hezbollah sera moins conciliant au sujet des ministères qui lui seront proposés et souhaitera détenir des portefeuilles à caractère économique et social, comme l’Economie, les Affaires sociales, l’Industrie, l’Agriculture et, éventuellement, le ministère d’Etat chargé de la Lutte contre la corruption.

Priorités présidentielles
Le président Michel Aoun, lui, place la suite de son sexennat sous le titre de l’économie et du retour des réfugiés syriens. Dans le domaine économique, le chef de l’Etat souhaite réunir les conditions indispensables à la concrétisation des promesses d’aides et de dons formulées par la communauté internationale lors de la conférence Cèdre I. Il s’agit là d’un chantier de titan nécessitant le vote de nouvelles lois et la modernisation de textes actuellement en vigueur. Il exige aussi de réduire les réticences de certaines forces politiques, notamment le Hezbollah, qui ne voit pas d’un bon œil l’endettement supplémentaire de l’Etat.
La mise en œuvre de Cèdre I passe par une coopération avec le Premier ministre. Dans ce contexte, Gebran Bassil compte préserver et renforcer son alliance avec Saad Hariri, qui constitue pour lui un acquis stratégique pour ses ambitions futures. Ce rapprochement politique et économique avec le Moustaqbal va sans doute provoquer des malentendus entre le CPL et le Hezbollah. Certains milieux politiques pensent que l’entente conclue entre les deux partis en février 2006 risque d’être mise à mal. Elle ne le sera pas plus qu’elle ne l’a été ces derniers mois. Une entente minimale sera maintenue, surtout sur les questions de politique étrangère et régionale, d’autant que les deux parties ont besoin l’une de l’autre et n’ont aucun intérêt à renoncer au document d’entente. C’est dans la gestion de la politique interne et des affaires de l’Etat que les chemins risquent de se séparer. Gebran Bassil a salué la décision du Hezbollah de s’investir dans la lutte contre la corruption, mais espère toujours le convaincre de ne plus couvrir le «système Berry», ce qui semble peu probable.
Le parti, lui, a mis sur pied une cellule composée de députés, de ministres, de chercheurs et de professeurs d’université, spécifiquement chargée du dossier de la corruption. Sa mission est d’identifier les mécanismes de la corruption institutionnelle et de proposer des solutions, sous forme de textes de loi ou d’autres mesures.        
Le président de la République place aussi en tête de ses priorités la question des réfugiés syriens. L’objectif est de trouver des solutions pour accélérer le retour de la plus grande partie d’entre eux, avec ou sans l’aide de la communauté internationale. L’entourage du président Aoun pense qu’après les élections, Saad Hariri sera plus réceptif à ce dossier qu’il évitait d’aborder de peur de froisser une partie de l’électorat sunnite. Le Liban espère organiser le retour chez eux, avant la fin de l’année, de 100 000 réfugiés. En 2019, il souhaite doubler ce nombre.
Sur un plan politique plus général, le Hezbollah s’est fixé comme objectif, après les élections, d’aider ses alliés à consolider leur présence au sein de l’Etat et à redynamiser l’alliance du 8-Mars. Celle-ci sera étoffée des personnalités sunnites fraîchement élues, ce qui confèrerait au parti une précieuse couverture transcommunautaire.
Telle sera l’image du Liban au lendemain des élections. Seuls des impondérables seraient susceptibles de bouleverser les équilibres qui vont se mettre en place. Une guerre israélienne contre le Hezbollah ou un conflit régional en font partie.

Paul Khalifeh

Entre Baabda et Rabié, malgré les dernières éclaircies, les nuages ne semblent pas devoir se dissiper. Le chef du Courant patriotique libre et le président de la République ne sont pas sur la même longueur d’onde en ce qui concerne l’intérêt supérieur de la nation. Le premier se retranche derrière sa légitimité populaire pour asseoir ses idées, et le second derrière son statut légal et ses prérogatives de chef d’Etat.Le dialogue national proposé par Michel Sleiman aidera-t-il à assainir l’ambiance?
Le différend n’est pas récent. Il défraie la chronique depuis plusieurs mois, il génère une ambiance malsaine en Conseil des ministres et sème une méfiance accrue entre les différents pôles du pouvoir. Que ce soit en ce qui concerne les dépenses publiques, la nomination d’un président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), ou encore la légitimité populaire, les points de discorde sont nombreux entre le président Michel Sleiman et le député Michel Aoun. S’agit-il simplement de divergences portant sur l’intérêt général du pays, ou faut-il y voir une lutte de pouvoir et un déclenchement prématuré de la campagne législative?

Un président non consensuel?
L’ambiance avait commencé à se dégrader entre le général Aoun et le chef de l’Etat avant même que le poste de président du Conseil supérieur de la magistrature ne se soit retrouvé vacant à la suite du départ à la retraite du juge Ghaleb Ghanem. Le chef de l’Etat a proposé le nom de la juge Alice Chabtini, mais le chef du Courant patriotique libre s’y est opposé, et le ministre Chakib Cortbaoui a soumis le nom d’un autre magistrat, Tannous Mechleb. Ce n’est pas tant la qualité des deux magistrats qui est remise en question par l’un ou l’autre des deux hommes, mais c’est bien plutôt histoire de défendre des prérogatives que chacun estime être exclusivement siennes. Le général Aoun avance que c’est à lui que revient ce choix, à tout le moins par le biais du ministre de la Justice, puisque le CPL représenterait, selon lui, la majeure partie des chrétiens libanais. Or, le magistrat qui préside le CSM est traditionnellement choisi parmi les chrétiens maronites… Chasse gardée pour le général Aoun, fort de son poids dans le gouvernement actuel et de sa représentativité auprès des chrétiens?Ou plutôt prérogative du président de la République, lequel affirme se fonder exclusivement sur le critère de la compétence pour son choix?
Les deux versions sont défendues de part et d’autre, cependant que le parti du général Aoun n’hésite pas à affirmer que le chef de l’Etat aurait cessé d’être un président consensuel, et qu’il agirait, non pas dans l’objectif de servir la nation, mais les intérêts du camp opposé.
Michel Sleiman aurait-il viré au 14 mars? Pour le CPL, c’est une évidence, d’autant plus que le chef de l’Etat s’est refusé à signer le décret des dépenses publiques de 8900 milliards de livres. Un refus justifié, du côté de Sleiman, par le fait que, suite aux consultations juridiques qu’il a effectuées, il lui est apparu comme anticonstitutionnel de signer un tel décret en l’absence d’un budget annuel voté par la Chambre. Autre son de cloche chez Aoun, pour qui le chef de l’Etat est responsable du blocage gouvernemental, en plus de prendre parti avec le 14 mars.

Elections dans la ligne de mire
Du côté du CPL, on soutient que le président de la République, encouragé par l’opposition, se refuse à signer le décret relatif aux dépenses publiques pour faire pendant avec celles, non avalisées, des gouvernements précédents… Le général Aoun avait été jusqu’à affirmer que l’expérience de la présidence consensuelle avait montré ses limites, et qu’un vrai chef d’Etat devrait avoir son propre bloc parlementaire et, seulement à partir de là, des ministres qui le représentent. Ces propos ont provoqué l’ire de Michel Sleiman qui a rétorqué, par médias interposés, qu’un président consensuel, comme lui-même, n’avait pas à rougir de sa légitimité puisqu’il n’a pas besoin de «mendier» la présidence. Le débat est donc désormais clair. Au-delà d’une différence de vision politique ou même d’une attitude présidentielle, ce sont bien des intérêts électoraux qui se profilent.

Même terrain de chasse
Les législatives de 2013, et même l’expectative de la présidentielle de 2014, sont dorénavant dans la ligne de mire. D’aucuns estiment que le chef de l’Etat devrait désormais asseoir sa légitimité sur un vote populaire. Il ne s’agit pas de repenser le système, mais plutôt de conforter le choix de la première magistrature sur le terrain, par le biais d’une représentation conséquente dans l’hémicycle. En 2009, c’est un exercice auquel Sleiman s’était défendu de jouer, du moins officiellement. Bénéficiera-t-il d’une assise populaire aux élections de mai 2013?
En tout cas, du côté du général Aoun, le temps est à la préparation active du terrain pour la prochaine échéance législative. Au Kesrouan, on voit déjà des affiches géantes, remodelées dans un orange moins marqué, sur lesquelles on peut lire des slogans directement électoraux: «un Kesrouan encore plus fort». Pour le CPL, pas de doute, la campagne est lancée. Rien de tel dans l’entourage proche du chef de l’Etat, en tout cas pas officiellement. Mais nul n’ignore qu’en réalité, Michel Sleiman a tout intérêt à conforter son statut en le renforçant à l’aide d’un bloc parlementaire qui ajouterait à sa légitimité, et justifierait du même coup la nomination de ministres qui le représentent au sein du gouvernement. Or, il se trouve que les terrains sur lesquels il devrait «chasser» sont sensiblement les mêmes que ceux du CPL, à savoir le Kesrouan, Jbeil et le Metn. Voilà qui expliquerait sans doute mieux l’ambiance très tendue entre les deux hommes, d’autant que le général Aoun n’a jamais caché son ambition présidentielle.
Reste à savoir si le dialogue national auquel a fait appel Michel Sleiman, pour le lundi prochain, portera ses fruits, et pourra se tenir dans une ambiance saine, loin des récentes tensions et autres échanges acerbes.

 

Une Assemblée constituante?
La proposition du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, de procéder à une Assemblée constituante à l’occasion de la reprise du dialogue national a suscité des craintes sérieuses du côté du 14 mars, dont l’un des ténors, le Dr Samir Geagea, a même évoqué le piège. Il est vrai cependant que les divisions sont aujourd’hui assez profondes pour que les différents protagonistes de la scène politique libanaise se réunissent non seulement pour en discuter, mais aussi pour voir plus loin. Il est clair que l’arrangement de Doha n’a pas exactement porté ses fruits, mais qu’il a seulement permis une période de calme relatif, ponctuée d’un usage d’armes que l’Etat ne semble pas pouvoir contrôler.

Les proches de Nasrallah et les forces de la majorité actuelle avancent que c’est sans tabous qu’une Assemblée constituante doit être envisagée, pour justement trouver des solutions institutionnelles et durables aux différends qui opposent les Libanais.

Or, les responsables politiques du 14 mars ont rejeté en bloc cette idée, la considérant comme extrêmement dangereuse, puisqu’elle remet en question l’accord de Taëf, avant même qu’il n’ait eu la chance d’être appliqué correctement. D’autres personnalités de l’opposition ont ajouté qu’une telle assemblée ne peut pas se tenir «sous la menace des armes», en l’occurrence celles du Hezbollah, pour forcer leur main à un accord qui serait inéquitable.

En tout état de cause, le président de la République a très vite opposé une fin de non-recevoir à la proposition du secrétaire général du Hezbollah, se positionnant ainsi, probablement sans le vouloir, du même côté que le camp du 14 mars. De quoi (ré)alimenter la crise?

 

 

Trois questions à Nazem el-Khoury

 

Le ministre de l’Environnement, proche du président Michel Sleiman, répond aux questions de Magazine.

 

On reproche au président de la République de se refuser obstinément à entériner le décret relatif aux dépenses publiques de l’actuel gouvernement…

 

Quand le président de la République prend une décision, il a en tête l’intérêt du pays. Il a procédé à des consultations sur cette question. Il a demandé l’avis de juristes intègres qui ne dépendent d’aucun groupe politique… Il s’avère qu’une telle signature serait certainement sujette à un recours en invalidation. Malheureusement au Liban, toute question juridique prend forcément une tournure politique! Puisque le général Aoun s’emploie à défendre les prérogatives présidentielles, ce n’est certes pas la bonne façon de les garantir que de donner des «directives» au chef de l’Etat…

 

Qu’en est-il de la nomination d’un magistrat à la tête du CSM?

 

C’est le président de la République qui suggère traditionnellement ce nom. Bien entendu, il consulte ensuite le ministre de la Justice, qui propose un nom au cabinet. Or, ne perdons pas de vue qu’il s’agit d’une fonction juridique! En vertu du principe de la séparation des pouvoirs, on ne peut accepter que cette nomination passe par un parti politique, quel qu’il soit.

 

Où en est le contentieux entre les deux hommes?

 

C’est un contentieux unilatéral! Le président de la République n’a de contentieux à régler avec quiconque. Ce n’est pas le cas du général Aoun…

 

 

Ce qu’en dit Alain Aoun

 

Alain Aoun, député de Baabda et membre du CPL, expose le point de vue de son parti.

«Il faut bien garder en tête que le différend entre le général Aoun et le chef de l’Etat n’est pas du tout d’ordre personnel. Il s’agit d’un différend conjoncturel, dû à certaines attitudes bien précises. Nous considérons que le comportement du président de la République nuit à la bonne marche du gouvernement et constitue un blocage inacceptable. Nous ne comprenons pas ses prises de position en ce qui concerne le dossier des dépenses publiques ou celui de la nomination du président du CSM. C’est tout de même normal, selon nous, que ce soit le ministre de la Justice qui avance ce nom! Il n’est ni logique ni sain de paralyser toute une institution juridique sans avancer d’excuse qui tienne. Nous avons la nette impression qu’il ne s’agit pas simplement d’une volonté de blocage dans l’absolu, mais plutôt d’une volonté de bloquer tout ce que notre parti propose. Bien sûr, je crois tout de même aux vertus du dialogue, parce que je suis convaincu que c’est la seule issue possible dans un pays qui comporte autant de contradictions. Nous n’avons pas d’autre choix. Il est cependant clair que malgré la bonne volonté de certains, et depuis que nous avons la possibilité de discuter entre Libanais exclusivement, nous nous sommes heurtés à des failles importantes, fussent-elles constitutionnelles ou idéologiques. Il est essentiel de se réunir pour exposer les différentes visions des choses. Il ne devrait pas y avoir de tabou à admettre que les divisions ne sont pas simplement d’ordre politique. Elles vont au-delà…

 

Joumana Nahas

 

 

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Éditorial
La bombe des réfugiés

Un faisceau d’indices montre que la question des réfugiés syriens sera, dans les mois à venir, une source de tensions entre le Liban et la «communauté internationale». Chaque partie a abattu ses cartes et celles dévoilées par les Nations unies, l’Union européenne et autres «organisations internationales», ne sont pas de bon augure pour les Libanais. Le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) a mal réagi au retour de 500 Syriens réfugiés à Chébaa dans leur village de Beit Jin. D’un autre côté, la conférence de Bruxelles II, organisée le 25 avril, appelle les pays hôtes à accorder aux réfugiés syriens un statut juridique, une résidence légale et un permis de travail au sein des pays d’accueil.Le chef de l’Etat Michel Aoun a dénoncé les résultats de cette rencontre dont les conclusions mettent «en danger le Liban en proposant une naturalisation voilée des réfugiés syriens», selon un communiqué présidentiel. Le Premier ministre Saad Hariri avait déclaré, dans son intervention, à Bruxelles, que le Liban s’était transformé en un immense camp de réfugiés syriens. «Les tensions entre réfugiés syriens et communautés hôtes se sont accrues, notamment en raison d’une compétition pour les ressources et les emplois», a-t-il dit.Le Liban plaide pour un retour «digne et sûr» des réfugiés syriens, alors que l’Onu et l’UE évoquent un retour «digne, sûr et volontaire». Ce dernier mot de trop traduit un différend fondamental dans l’approche des deux parties. En effet, lorsqu’ils auront obtenu des droits juridiques, légaux, sociaux et économiques, y compris un emploi, l’éducation gratuite (comme c’est actuellement le cas) et des soins de santé, il est fort probable qu’une bonne partie des réfugiés, surtout les plus jeunes qui n’ont pas ou plus d’attaches affectives avec la Syrie, n’envisageront pas de retourner «volontairement» dans leur pays. Cela nous amène à dire que l’approche prônée par la «communauté internationale» est soit irresponsable, soit suspecte. Le Liban accueille, selon les sources de la présidence de la République libanaise, 1,8 millions de Syriens, dont un million enregistré en tant que réfugiés. Nous retiendrons ce dernier chiffre. A l’échelle de la France, c’est l’équivalent de 16 millions de réfugiés, à celle des Etats-Unis, on arrive à 80 millions d’individus. De plus, les pays occidentaux connaissent parfaitement la fragilité des équilibres communautaires sur lesquels repose le système politique libanais et combien il est délicat de maintenir dans de telles conditions un minimum de paix sociale et civile.Le Liban n’a vraiment pas de leçons d’hospitalité et de bienséance à recevoir d’une communauté internationale hypocrite, qui n’a versé jusqu’à présent que 11% de l’aide promise pour le soutenir dans l’accueil des réfugiés, selon Saad Hariri. Il n’a pas non plus d’enseignements à tirer de pays censés être riches et développés, prônant les droits de l’homme, et qui font tout un drame parce qu’ils accueillent chez eux, au compte-goutte et après maints filtres, quelques petits milliers de migrants. Le Liban refuse de trouver une source d’inspiration dans ces pays où se développe un discours raciste et xénophobe qui n’a pas trouvé racine chez nous malgré le gigantisme des problèmes engendrés par la présence d’un nombre effrayant de réfugiés. Le plus grave serait de découvrir, un jour, que l’attitude de la «communauté internationale» s’inscrit en fait dans le cadre d’un plan machiavélique, destiné à modifier la démographie du pays dans l’espoir de changer les rapports de force. Qu’elle soit irresponsable ou suspecte, naïve ou réfléchie, la position des pays occidentaux constitue une menace existentielle pour le Liban. Elle n’est pas la bienvenue et ne le sera jamais. Le chantage au racisme ou à l’aide internationale conditionnée n’y changera rien.                                                                                                                                    


 Paul Khalifeh
   

Santé

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