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Nº 3088 du vendredi 6 avril 2018

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Jeudi, 05 Avril 2018 01:33

Législatives 2018. Quels pronostics

A un mois des élections, Magazine vous propose un manuel d’explication de A à  Z du scrutin et de ses enjeux, ainsi que des pronostics par circonscription et par parti. 
 

 

ALLIANCES
Une analyse approfondie montre que les alliances électorales conclues en prévision des législatives 2018 sont moins incohérentes que ce que l’on pourrait croire. Les bonnes vieilles «habitudes» ont été globalement respectées dans le sens où les ennemis invétérés ne se sont alliés nulle part. C’est le cas pour le Courant du Futur et le Hezbollah, pour les Forces libanaises et le Hezbollah, ou encore pour le Courant patriotique libre (CPL) et les FL. La seule nouveauté de ces élections est l’alliance entre le CPL et le Moustaqbal à Beyrouth I, Zahlé, et Liban-nord III.  

BATAILLES
Si, dans certaines circonscriptions –comme celles du Liban-sud et de Baalbeck-Hermel – les résultats sont connus avant le début des opérations de vote, de féroces batailles auront lieu dans d’autres. C’est notamment le cas de Beyrouth I et II, du Liban-nord II et III, du Metn, de Saïda-Jezzine, de Zahlé et de la Békaa-ouest.    

COURANT PATRIOTIQUE LIBRE
Selon les pronostics de Magazine, préparés en collaboration avec le président du Centre d’information et d’études de Beyrouth, Abdo Saad, le CPL, sans le Tachnag, obtiendrait 22 sièges dans le prochain Parlement. 1 au Akkar; 3 au Liban-nord III: 5 à Jbeil-Kesrouan; 3 au Metn; 2 à Beyrouth I; 2 à Baabda; 2 au Chouf-Aley; 2 à Jezzine; 1 à Zahlé, 1 dans la Békaa-ouest.

 

DECOMPTE
Plus de deux millions de bulletins seraient déposés dans les urnes le 6 mai, soit une participation tournant aux alentours de 56%. En raison de la loi basée sur le mode proportionnel, les experts s’attendent à une légère hausse du taux de participation, qui était de 54,8% lors des dernières élections, en 2009.  

EVIDENCES
Plusieurs évidences se dégagent de ces élections:
● Les batailles se déroulent à deux niveaux. Entre les listes adverses pour le coefficient électoral d’abord; au sein de chaque liste pour le vote préférentiel ensuite.
● A l’exception des chiites, qui présentent un front uni, les autres grandes communautés, notamment les sunnites et les maronites, connaissent des batailles intestines assez dures.   

FORCES LIBANAISES
Les projections montrent que les Forces libanaises formeraient un groupe parlementaire de 10 membres. 3 au Liban-nord III; 1 à Jbeil-Kesrouan; 1 au Metn; 1 à Baabda; 2 au Chouf-Aley; 1 à Beyrouth I; 1 à Zahlé.

GROSSES FORTUNES
L’argent saoudien, qatari et iranien, qui coulait à flots lors des précédentes élections, est pratiquement inexistant en 2018. C’est la raison pour laquelle les grands partis, notamment le CPL, le Moustaqbal, les Forces libanaises et le mouvement Amal, ont intégré dans leurs listes des candidats fortunés. Leur générosité est la bienvenue, et si elle ne vient pas, elle est exigée pour financer la campagne. Si ces personnes sont élues, on pourra dire, sans peur de se tromper, qu’elles ont acheté leur siège.   

HEZBOLLAH
Le bloc de la Résistance compterait 14 députés. 12 des 13 candidats chiites du Hezbollah seraient élus. Le candidat du parti à Jbeil, Hussein Zéaïter, ou celui de Zahlé, Anouar Jomaa, seraient battus. Un sunnite et le maronite de Baalbeck-Hermel, Emile Rahmé, rejoindraient le bloc.

INDEPENDANTS
Les dix-huit indépendants» qui seront élus seront divisés en trois catégories: les centristes, les pro 14-Mars et les proches du 8-Mars. Dans la première catégorie, on compte Myriam Skaff (Zahlé), Farid Haykal el-Khazen (Kesrouan), Michel Murr (Metn), Fouad Makhzoumi (Beyrouth), Nagib Mikati et deux de ses colistiers (Tripoli).
Dans la catégorie des pro 14-Mars, on compte Achraf Rifi et l’un de ses colistiers à Tripoli, Michel Pharaon (Beyrouth I), Boutros Harb (Liban-nord III). Dans ceux qui sont proches du 8-Mars, on peut placer Abdel Rahim Mrad (Békaa-ouest), Oussama Saad (Saïda-Jezzine), Nicolas Fattouche (Zahlé), Jihad al-Samad (Denniyé), Adnane Traboulsi (Ahbache, Beyrouth II) et les deux alaouites de Tripoli et du Akkar, élus grâce au vote préférentiel.
 
JAMAA ISLAMIYA
La branche libanaise des Frères musulmans n’a pu caser aucun de ses candidats avec le Courant du Futur. Isolée, elle s’est rabattue sur le Courant patriotique libre – qui, du coup, a oublié «l’invasion d’Achrafié» du 5 février 2006. Les deux formations se sont alliées à Saïda-Jezzine et au Akkar. Mais aucun candidat de la Jamaa ne parviendra à percer.

KATAEB
Le parti fondé par Pierre Gemayel sera l’un des grands perdants des élections. Il verra son bloc passer de 5 membres dans la chambre actuelle à 3 dans le Parlement 2018. Sami Gemayel au Metn, Nadim Gemayel à Achrafié et Elie Marouni à Zahlé.  

LISTES
77 listes ont été enregistrées au ministère de l’Intérieur à l’expiration du délai, lundi 26 mars. Beyrouth II occupe la tête du classement avec 9 listes et Tyr-Zahrani la queue du peloton avec 2 listes seulement. 7 listes s’affronteront à Zahlé et autant à Tripoli, 5 à Jbeil-Kesrouan, 5 à Baalbeck-Hermel.

MARADA
Avec trois députés seulement (2 à Zghorta et 1 au Koura), les Marada ne parviendraient pas à former un bloc parlementaire… Sauf si l’émir Talal Arslan décide de se joindre à eux.

NABIH BERRY
Le mouvement Amal du président du Parlement a de fortes chances de voir les 13 candidats chiites qu’il aligne tous élus. Le seul échec possible est candidat de la Békaa-ouest. Siègeront aussi au sein du bloc Berry, qui comptera 15 membres, le député grec-catholique de Zahrani, Michel Moussa, et le maronite de Jezzine, Ibrahim Azar.   

OSMOSE
44 députés, appartenant aux différentes composantes de ce qui était appelé le 8-Mars, seront en parfaite osmose au Parlement, sur pratiquement toutes les questions politiques stratégiques. Le 8-Mars contrôlera donc plus du tiers de l’Assemblée, mais aucune coalition ne sera en mesure de réunir les deux tiers des députés, qui constituent le quorum pour la première séance de l’élection présidentielle.  

PSNS
Le Parti syrien national social pourrait constituer une des surprises de ce scrutin, avec 4 députés élus, ce qui lui permettrait de constituer son propre bloc parlementaire. L'ancien ministre de la Défense Albert Mansour, candidat au siège grec-catholique à Baalbeck-Hermel, s’est engagé à siéger au sein du bloc du PSNS, bien qu’il ne soit  pas membre du Parti. Assaad Hardan devrait être élu sans difficulté à Marjeyoun. Ghassan Achkar, dans le Metn, part avec une avance confortable de 7500 voix (5000 voix du PSNS et 2500 voix chiites). Salim Saadé est à l’aise dans le Koura, fief historique du PSNS.

QUID DU PERCHOIR?
Le président Nabih Berry, qui dirige le Parlement depuis 26 ans, sera sans aucun doute réélu pour un nouveau mandat de quatre ans. Toutes les analyses sur la fin de carrière du renard de la politique libanaise ne valent pas l’encre avec laquelle elles ont été écrites.

RISQUES DE GUERRE
Il y a des bruits de bottes au Moyen-Orient, amplifiés par les changements effectués au sein de son admninistration par Donald Trump, qui s’est entouré de faucons et de va-t’en-guerre en les personnes de Mike Pompeo, nommé secrétaire d’Etat, John Bolton, conseiller à la Sécurité nationale et Gina Haspel, à la tête de la CIA. Mais les experts pensent que rien ne devrait se produire avant le 6 mai… Les élections auront donc lieu normalement.

SAAD HARIRI
Il conservera le plus grand bloc parlementaire de l’Assemblée (24 membres), même s’il perd en volume. Selon Abdo Saad, le Courant du Futur remportera 7 sièges à Beyrouth II, 1 (parti Hanchag) à Beyrouth I, 1 au Chouf-Aley, I (Imad al-Khatib) au Liban-sud III, 1 à Saïda-Jezzine (Bahia Hariri), 3 dans la Békaa-ouest, 1 à Zahlé, 1 à Baalbeck-Hermel (Bakr al-Houjairy), 4 au Liban-nord II, 4 au Akkar.

TACHNAG
Autre surprise de taille de ce scrutin, le plus grand parti arménien, longtemps marginalisé, et dont la représentation parlementaire était accaparée par le Courant du futur, reviendrait en force au Parlement avec 5 sièges: trois à Beyrouth I, 1 au Metn et 1 à Zahlé.

 

URNES
Près de 160 urnes seront installées dans des ambassades et des consulats du Liban dans 40 pays pour le vote des Libanais de l’étranger. Près de 83 000 émigrés se sont inscrits dans les pays de la diaspora pour exercer leur droit de vote. Lors du prochain scrutin, en 2022, ils pourront élire 6 députés qui les représenteront, alors que pour les élections de 2018, ils votent pour des candidats représentant leurs circonscriptions d’origine au Liban même.         

VOTE PREFERENTIEL
Le vote préférentiel est l’un des enjeux de ce scrutin. Il provoquera des tensions entre alliés et pourrait même conduire à l’implosion des listes. Les grandes formations qui disposent de plusieurs partisans dans une même circonscription seront obligées soit de répartir leurs voix, soit de sacrifier certains candidats. Autre bizarrerie du vote préférentiel, des candidats qui auraient obtenu largement moins de voix que leurs adversaires dans d’autres listes pourraient quand même être élus. «C’est une invention terrible», avait dit Walid Joumblatt au sujet de la voix préférentielle.

WALID JOUMBLATT
Grâce à la réunification de Aley et du Chouf au sein d’une seule circonscription, le seigneur de Moukhtara tire son épingle du jeu. Son bloc sera composé de 10 membres: 7 au Chouf-Aley; 1 à Beyrouth; 1 à Baabda; 1 à Beyrouth II.

UN PARLEMNET MASCULIN
Le Parlement 2018, comme tous ceux qui l’ont précédé depuis la proclamation du Grand Liban, sera résolument masculin. Quatre femmes seulement seront élues sur 128 députés: Bahia Hariri, Sethrida Geagea, Myriam Skaff et Inaya Ezzeddine. Le Liban a décidément un long chemin à faire avant de voir les femmes jouer un rôle reconnu dans la vie politique.

ZUT
Au vu de tout ce qui précède, on réalise que le changement que tant de Libanais appelaient de leurs vœux ne sera pas au rendez-vous le 6 mai. Machiavélique, la classe politique a réussi à vider la loi électorale de son sens et à la retourner à son avantage pour se refaire une jeunesse. On prend les mêmes et on recommence…

Paul Khalifeh

Entre Baabda et Rabié, malgré les dernières éclaircies, les nuages ne semblent pas devoir se dissiper. Le chef du Courant patriotique libre et le président de la République ne sont pas sur la même longueur d’onde en ce qui concerne l’intérêt supérieur de la nation. Le premier se retranche derrière sa légitimité populaire pour asseoir ses idées, et le second derrière son statut légal et ses prérogatives de chef d’Etat.Le dialogue national proposé par Michel Sleiman aidera-t-il à assainir l’ambiance?
Le différend n’est pas récent. Il défraie la chronique depuis plusieurs mois, il génère une ambiance malsaine en Conseil des ministres et sème une méfiance accrue entre les différents pôles du pouvoir. Que ce soit en ce qui concerne les dépenses publiques, la nomination d’un président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), ou encore la légitimité populaire, les points de discorde sont nombreux entre le président Michel Sleiman et le député Michel Aoun. S’agit-il simplement de divergences portant sur l’intérêt général du pays, ou faut-il y voir une lutte de pouvoir et un déclenchement prématuré de la campagne législative?

Un président non consensuel?
L’ambiance avait commencé à se dégrader entre le général Aoun et le chef de l’Etat avant même que le poste de président du Conseil supérieur de la magistrature ne se soit retrouvé vacant à la suite du départ à la retraite du juge Ghaleb Ghanem. Le chef de l’Etat a proposé le nom de la juge Alice Chabtini, mais le chef du Courant patriotique libre s’y est opposé, et le ministre Chakib Cortbaoui a soumis le nom d’un autre magistrat, Tannous Mechleb. Ce n’est pas tant la qualité des deux magistrats qui est remise en question par l’un ou l’autre des deux hommes, mais c’est bien plutôt histoire de défendre des prérogatives que chacun estime être exclusivement siennes. Le général Aoun avance que c’est à lui que revient ce choix, à tout le moins par le biais du ministre de la Justice, puisque le CPL représenterait, selon lui, la majeure partie des chrétiens libanais. Or, le magistrat qui préside le CSM est traditionnellement choisi parmi les chrétiens maronites… Chasse gardée pour le général Aoun, fort de son poids dans le gouvernement actuel et de sa représentativité auprès des chrétiens?Ou plutôt prérogative du président de la République, lequel affirme se fonder exclusivement sur le critère de la compétence pour son choix?
Les deux versions sont défendues de part et d’autre, cependant que le parti du général Aoun n’hésite pas à affirmer que le chef de l’Etat aurait cessé d’être un président consensuel, et qu’il agirait, non pas dans l’objectif de servir la nation, mais les intérêts du camp opposé.
Michel Sleiman aurait-il viré au 14 mars? Pour le CPL, c’est une évidence, d’autant plus que le chef de l’Etat s’est refusé à signer le décret des dépenses publiques de 8900 milliards de livres. Un refus justifié, du côté de Sleiman, par le fait que, suite aux consultations juridiques qu’il a effectuées, il lui est apparu comme anticonstitutionnel de signer un tel décret en l’absence d’un budget annuel voté par la Chambre. Autre son de cloche chez Aoun, pour qui le chef de l’Etat est responsable du blocage gouvernemental, en plus de prendre parti avec le 14 mars.

Elections dans la ligne de mire
Du côté du CPL, on soutient que le président de la République, encouragé par l’opposition, se refuse à signer le décret relatif aux dépenses publiques pour faire pendant avec celles, non avalisées, des gouvernements précédents… Le général Aoun avait été jusqu’à affirmer que l’expérience de la présidence consensuelle avait montré ses limites, et qu’un vrai chef d’Etat devrait avoir son propre bloc parlementaire et, seulement à partir de là, des ministres qui le représentent. Ces propos ont provoqué l’ire de Michel Sleiman qui a rétorqué, par médias interposés, qu’un président consensuel, comme lui-même, n’avait pas à rougir de sa légitimité puisqu’il n’a pas besoin de «mendier» la présidence. Le débat est donc désormais clair. Au-delà d’une différence de vision politique ou même d’une attitude présidentielle, ce sont bien des intérêts électoraux qui se profilent.

Même terrain de chasse
Les législatives de 2013, et même l’expectative de la présidentielle de 2014, sont dorénavant dans la ligne de mire. D’aucuns estiment que le chef de l’Etat devrait désormais asseoir sa légitimité sur un vote populaire. Il ne s’agit pas de repenser le système, mais plutôt de conforter le choix de la première magistrature sur le terrain, par le biais d’une représentation conséquente dans l’hémicycle. En 2009, c’est un exercice auquel Sleiman s’était défendu de jouer, du moins officiellement. Bénéficiera-t-il d’une assise populaire aux élections de mai 2013?
En tout cas, du côté du général Aoun, le temps est à la préparation active du terrain pour la prochaine échéance législative. Au Kesrouan, on voit déjà des affiches géantes, remodelées dans un orange moins marqué, sur lesquelles on peut lire des slogans directement électoraux: «un Kesrouan encore plus fort». Pour le CPL, pas de doute, la campagne est lancée. Rien de tel dans l’entourage proche du chef de l’Etat, en tout cas pas officiellement. Mais nul n’ignore qu’en réalité, Michel Sleiman a tout intérêt à conforter son statut en le renforçant à l’aide d’un bloc parlementaire qui ajouterait à sa légitimité, et justifierait du même coup la nomination de ministres qui le représentent au sein du gouvernement. Or, il se trouve que les terrains sur lesquels il devrait «chasser» sont sensiblement les mêmes que ceux du CPL, à savoir le Kesrouan, Jbeil et le Metn. Voilà qui expliquerait sans doute mieux l’ambiance très tendue entre les deux hommes, d’autant que le général Aoun n’a jamais caché son ambition présidentielle.
Reste à savoir si le dialogue national auquel a fait appel Michel Sleiman, pour le lundi prochain, portera ses fruits, et pourra se tenir dans une ambiance saine, loin des récentes tensions et autres échanges acerbes.

 

Une Assemblée constituante?
La proposition du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, de procéder à une Assemblée constituante à l’occasion de la reprise du dialogue national a suscité des craintes sérieuses du côté du 14 mars, dont l’un des ténors, le Dr Samir Geagea, a même évoqué le piège. Il est vrai cependant que les divisions sont aujourd’hui assez profondes pour que les différents protagonistes de la scène politique libanaise se réunissent non seulement pour en discuter, mais aussi pour voir plus loin. Il est clair que l’arrangement de Doha n’a pas exactement porté ses fruits, mais qu’il a seulement permis une période de calme relatif, ponctuée d’un usage d’armes que l’Etat ne semble pas pouvoir contrôler.

Les proches de Nasrallah et les forces de la majorité actuelle avancent que c’est sans tabous qu’une Assemblée constituante doit être envisagée, pour justement trouver des solutions institutionnelles et durables aux différends qui opposent les Libanais.

Or, les responsables politiques du 14 mars ont rejeté en bloc cette idée, la considérant comme extrêmement dangereuse, puisqu’elle remet en question l’accord de Taëf, avant même qu’il n’ait eu la chance d’être appliqué correctement. D’autres personnalités de l’opposition ont ajouté qu’une telle assemblée ne peut pas se tenir «sous la menace des armes», en l’occurrence celles du Hezbollah, pour forcer leur main à un accord qui serait inéquitable.

En tout état de cause, le président de la République a très vite opposé une fin de non-recevoir à la proposition du secrétaire général du Hezbollah, se positionnant ainsi, probablement sans le vouloir, du même côté que le camp du 14 mars. De quoi (ré)alimenter la crise?

 

 

Trois questions à Nazem el-Khoury

 

Le ministre de l’Environnement, proche du président Michel Sleiman, répond aux questions de Magazine.

 

On reproche au président de la République de se refuser obstinément à entériner le décret relatif aux dépenses publiques de l’actuel gouvernement…

 

Quand le président de la République prend une décision, il a en tête l’intérêt du pays. Il a procédé à des consultations sur cette question. Il a demandé l’avis de juristes intègres qui ne dépendent d’aucun groupe politique… Il s’avère qu’une telle signature serait certainement sujette à un recours en invalidation. Malheureusement au Liban, toute question juridique prend forcément une tournure politique! Puisque le général Aoun s’emploie à défendre les prérogatives présidentielles, ce n’est certes pas la bonne façon de les garantir que de donner des «directives» au chef de l’Etat…

 

Qu’en est-il de la nomination d’un magistrat à la tête du CSM?

 

C’est le président de la République qui suggère traditionnellement ce nom. Bien entendu, il consulte ensuite le ministre de la Justice, qui propose un nom au cabinet. Or, ne perdons pas de vue qu’il s’agit d’une fonction juridique! En vertu du principe de la séparation des pouvoirs, on ne peut accepter que cette nomination passe par un parti politique, quel qu’il soit.

 

Où en est le contentieux entre les deux hommes?

 

C’est un contentieux unilatéral! Le président de la République n’a de contentieux à régler avec quiconque. Ce n’est pas le cas du général Aoun…

 

 

Ce qu’en dit Alain Aoun

 

Alain Aoun, député de Baabda et membre du CPL, expose le point de vue de son parti.

«Il faut bien garder en tête que le différend entre le général Aoun et le chef de l’Etat n’est pas du tout d’ordre personnel. Il s’agit d’un différend conjoncturel, dû à certaines attitudes bien précises. Nous considérons que le comportement du président de la République nuit à la bonne marche du gouvernement et constitue un blocage inacceptable. Nous ne comprenons pas ses prises de position en ce qui concerne le dossier des dépenses publiques ou celui de la nomination du président du CSM. C’est tout de même normal, selon nous, que ce soit le ministre de la Justice qui avance ce nom! Il n’est ni logique ni sain de paralyser toute une institution juridique sans avancer d’excuse qui tienne. Nous avons la nette impression qu’il ne s’agit pas simplement d’une volonté de blocage dans l’absolu, mais plutôt d’une volonté de bloquer tout ce que notre parti propose. Bien sûr, je crois tout de même aux vertus du dialogue, parce que je suis convaincu que c’est la seule issue possible dans un pays qui comporte autant de contradictions. Nous n’avons pas d’autre choix. Il est cependant clair que malgré la bonne volonté de certains, et depuis que nous avons la possibilité de discuter entre Libanais exclusivement, nous nous sommes heurtés à des failles importantes, fussent-elles constitutionnelles ou idéologiques. Il est essentiel de se réunir pour exposer les différentes visions des choses. Il ne devrait pas y avoir de tabou à admettre que les divisions ne sont pas simplement d’ordre politique. Elles vont au-delà…

 

Joumana Nahas

 

 

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Éditorial
Déficit de confiance

Les Libanais n’attendaient pas la mise en garde du président Michel Aoun sur le danger de la faillite de l’Etat pour se rendre compte de la gravité de la situation. Un vent de panique, encore contenu, bruisse dans le pays. Des rumeurs mais aussi des informations vraies sur la fragilité des finances publiques foisonnent. On chuchote au sujet de la fuite de capitaux; d’un infléchissement de la politique monétaire de la Banque du Liban, suffisamment important pour provoquer l’effondrement du cours de la monnaie nationale d’ici la fin de l’année; on murmure que la banque centrale cherche, désespérément et difficilement, à acquérir des dollars pour renforcer ses réserves. Les analyses prévoyant un conflit régional d’envergure, dont une attaque israélienne contre le Liban ne serait que l’une des facettes, n’arrangent pas les choses. Les menaces israéliennes d’une «guerre destructrice» contre le Hezbollah, proférées lundi, les confirment. Les craintes sont tellement tenaces que même la «positive attitude» des plus optimistes ne parvient plus à les atténuer… ni les «bonnes nouvelles» attendues de la conférence Cèdre I.      Un déficit de confiance fondamental semble s’être installé dans le pays. Tous les jours, la méfiance grandit et enfouit ses racines plus profondément. Le plus grave, c’est que lesdites «mesures d’austérité» adoptées par le gouvernement dans le cadre du projet de budget 2018 ne sont perçues, par une majorité de Libanais, que comme de la poudre aux yeux. Ce n’est pas en réduisant de 20% les dépenses des ministères que l’on règlera le problème. Un telle démarche est non seulement insuffisante mais aussi contre-productive, car les coupes touchent indistinctement tous les ministères, y compris, par exemple, celui des Affaires sociales, qui apporte une aide modeste mais salutaire à des milliers de familles qui peinent à remplir leur panier de la ménagère.Une fois de plus, le gouvernement ne regarde que la partie visible de l’iceberg. Il ignore le vrai problème, celui de la corruption institutionnalisée, de ces minces mais intarissables filets de gaspillage, qui pompent des milliards tous les jours. Une fois de plus, l’Etat ponctionne le portefeuille déjà vide des classes les plus démunies, et ferme les yeux face aux abus des plus puissants. Qu’en est-il des biens maritimes exploités illégalement? Des évasions fiscales? Des catégories de privilégiés ou de protégés qui inondent le marché de biens manufacturés importés sans payer un sou à la douane? Des milliards dépensés par les officiels en voyages, aux frais du contribuable? Des commissions payées et perçues dans le cadre de contrats de gré à gré? La liste est interminable…Le déficit des finances est, désormais, couplé à un défaut de confiance. Les soins palliatifs ne sont plus utiles. Un traitement lourd est nécessaire. Y a-t-il un médecin dans la salle?    


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Un passeport biométrique?
Le passeport biométrique est disponible au Liban depuis le 1er août 2016. Toutefois, la remise de titres de voyage relevant de l’ancien «régime» a toujours été permise pour les Libanais…

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