En Couverture
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Nº 3094 du vendredi 5 octobre 2018

En Couverture

Un vent d’affolement gagne le pays. Les milieux d’affaires sont inquiets, les gens ordinaires aussi craignent pour leur épargne et leur pouvoir d’achat. Certains prévoient un effondrement imminent de l’économie, des finances et de la livre. Mais ce scénario du pire n’est pas pour demain. Voilà pourquoi!
 

Les rumeurs sur une prochaine faillite de l’Etat et un effondrement de la livre foisonnent. Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles, assaisonnées de «fake news», comme celle portant sur l’intention présumée du gouverneur de la Banque du Liban (BDL), Riad Salamé, de démissionner de son poste qu’il occupe depuis 24 ans. Ce climat d’incertitude et d’angoisse n’aurait pas été aussi pesant si The Economist n’avait pas abondé dans ce sens. Le 30 août, le magazine britannique publiait un long article particulièrement alarmiste, évoquant «une crise bancaire qui menacerait la monnaie» nationale. «L’économie libanaise repose sur le tourisme, l’immobilier et les finances pour sa croissance. Les trois (secteurs) semblent prospérer. Mais cela n’est qu’une illusion», écrit le prestigieux hebdomadaire.
La situation semble assez inquiétante, en tout cas, pour que le président de la République, Michel Aoun, se voie contraint, le 19 septembre, d’assurer que le Liban «n’est pas au bord de la faillite». «La livre libanaise n’est pas en danger», a-t-il martelé devant ses visiteurs, mettant en garde contre les rumeurs qui circulent au sujet de la situation économique. Le chef de l’Etat est d’ailleurs en partie responsable du climat de crainte ambiant puisqu’il a été l’un des premiers à parler de «la faillite financière du pays» dans une déclaration surprenante, en mars, à la veille de la Conférence CEDRE. Le choc provoqué par les propos présidentiels avait été si fort que Riad Salamé s’était époumoné, pendant des semaines, pour assurer que le Liban n’était pas en banqueroute.
Le retard pris dans la formation du gouvernement a sapé davantage la confiance, à l’heure où les échéances économiques et financières s’accumulent, et que les bailleurs de fond internationaux – étatiques et institutionnels – attendent les réformes promises dans le sillage de CEDRE. La situation est jugée suffisamment grave pour que patronat et syndicats réclament à l’unisson, le 25 septembre, lors d’une conférence de presse conjointe, la formation rapide d’un gouvernement. L’immobilier, le tourisme, l’industrie, le commerce de détail, aucun secteur n’est épargné, ont déploré les partenaires sociaux.
Le même jour, au Parlement, le Premier ministre désigné, Saad Hariri, dénonçait une «campagne» contre la livre, affirmant que le Liban n’est pas en faillite.

Indicateurs dans le rouge
Les nouvelles ne sont pas bonnes, c’est un fait indiscutable. Les «histoires» entendues ici et là sur les difficultés rencontrées par les entreprises, contraintes par dizaines de mettre la clé sous la porte ou de prendre des mesures douloureuses (licenciements massifs, gel ou baisse des salaires etc.) pour éviter la faillite sont corroborées par les chiffres. «Au niveau de l’économie réelle, la croissance est de moins de 2%, comparée à une moyenne de 5% longtemps observée au Liban, et aux 9% par an, connus lors du boom de la seconde moitié de la décennie précédente», affirme à Magazine Marwan Barakat, économiste en chef de Bank Audi. L’expert ajoute que les «investissements se contractent et les investisseurs reportent leurs grandes décisions. Celui qui veut construire un hôtel, ouvrir un restaurant ou lancer un business ajourne son projet, comme le montre le recul du volume des crédits bancaires accordés au secteur privé». Les chiffres de Kafalat, l’organisme qui garantit les prêts pour les PME, confirment ces propos. «En 2016, 117 projets touristiques ont été traités, soit un recul de 6% par rapport à 2016. En 2018, la baisse pourrait être de 18%, selon les projections faites à partir des données déjà disponibles», écrit The Economist. 
L’inflation, proche de zéro en 2016, atteindrait 8% cette année, presque le double qu’en 2017 (4,5%), à cause des effets de l’échelle des salaires dans le secteur public et des taxes et impôts qui l’ont accompagnée. «Nous sommes proches de la stagflation», précise Marwan Barakat, car le ralentissement de la croissance s’accompagne d’une hausse des prix et des salaires.
«Le chômage a doublé ces cinq dernières années, atteignant 20%, et presque aucun nouvel emploi n’est créé pour les 30000 Libanais qui débarquent chaque année sur le marché du travail», souligne le chef du département de la recherche à Bank Audi.

Déséquilibres fondamentaux
Le tableau économique brossé par Hassan Moukalled n’est guère plus reluisant. Le Liban importe pour 20 milliards de dollars de produits manufacturés ou autres par an et n’en exporte que 2 milliards. Avec un service de la dette qui pompe entre 4,5 et 7 milliards de dollars annuellement, le pays a besoin, tous les ans, de 10 à 12 milliards de dollars pour payer ses factures. C’est là que réside le cœur du problème, selon l’expert économique. «Avant 2011, nous importions pour 11 milliards et exportions pour 4,6 milliards de dollars. Entre 20 et 25% de nos besoins étaient produits au Liban, dit-il. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Pour pallier le manque de dollars, nous avons été contraints d’inventer des ingénieries financières.»
Selon M. Moukalled, le modèle économique basé sur les services plutôt que sur les secteurs productifs, prôné par l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, est à l’origine de la situation actuelle et a provoqué les grands déséquilibres que connaît le Liban.
La situation a empiré à partir de 2011 avec la fermeture des marchés syriens et égyptiens pour l’écoulement des produits libanais ou les activités de transit. Résultat: moins de dollars entrent dans le pays. L’afflux de centaines de milliers de réfugiés, qui pèse sur les factures, y compris celle des importations, a aggravé les choses. Enfin, poursuit Hassan Moukalled, la détention de Saad Hariri en Arabie saoudite, en novembre 2017, a donné le coup d’envoi à une «grande guerre économique» contre le Liban. «On se souvient des déclarations de Adel al-Jubeir sur le secteur bancaire libanais qui financerait le terrorisme, selon lui, précise l’expert. Dans le même temps, les Saoudiens et leurs alliés du Golfe ont imposé de sérieuses restrictions aux transferts et ont demandé aux milieux d’affaires qui gravitent dans leur orbite de retirer leur argent du Liban».
A ce schéma sombre et ses indicateurs peu encourageants, il faut ajouter les sanctions américaines contre des personnes et des entités proches du Hezbollah ou du régime syrien, qui gênent le développement du secteur bancaire. Ce même secteur a d’autre part commis une erreur d’appréciation, selon M. Moukalled, en décidant, au début de la crise en Syrie, de ne pas accueillir dans les banques libanaises des dépôts syriens. Résultat: 5 milliards de dollars sont allés en Turquie, 4 milliards à Dubaï et 3 milliards en Egypte, au lieu de venir au Liban. «Les banquiers pensaient que le régime allait tomber très vite, ils se sont trompés, comme beaucoup d’autres», déclare-t-il.
Solides lignes de défense. Malgré ce tableau inquiétant, Marwan Barakat et Hassan Moukalled, comme d’autres experts interrogés par Magazine, assurent qu’il n y a aucun risque d’effondrement financier et monétaire imminent. Car si de nombreux indicateurs sont dans le rouge, d’autres se portent bien. «La croissance des dépôts bancaires (200 milliards de dollars, ndlr) s’est poursuivie cette année et atteindra 5% selon les performances enregistrées les 7 premiers mois, indique le Dr Barakat. Cela est suffisant pour financer les besoins des secteurs public et privé.» Autre bonne nouvelle, la part des livres libanaises dans les dépôts bancaires, qui a atteint presque 40% cette année, ce qui suggère que malgré le climat de crainte, les mauvaises performances économiques et les incertitudes politiques, les Libanais n’ont pas perdu confiance dans leur monnaie nationale et ne cherchent pas à s’en débarrasser. «De plus, ajoute l’économiste en chef de Bank Audi, la part des non-résidents dans la croissance des dépôts bancaires est de 34% cette année, comparé à presque zéro à la même période l’an dernier».
Marwan Barakat affirme que les deux principales «lignes de défense» de la stabilité monétaire «n’ont jamais été aussi solides». Il explique dans ce contexte: «La première ligne de défense sont les réserves de la BDL en devises étrangères, soit environ 45 milliards de dollars (sans compter la valeur de l’or, estimée à 11 milliards de dollars, ndlr), ce qui représente 82% de la masse monétaire en livres libanaises. Il faut garder en tête que lors des graves crises qui ont secoué le pays, comme l’assassinat de Rafic Hariri, en 2005, et l’agression israélienne de 2006, seuls 30% de cette masse ont été convertis en dollars. Aujourd’hui, le Liban couvre en devises fortes 82% de sa masse monétaire nationale, ce qui constitue le double de la moyenne de pays ayant les mêmes notations et classements. La seconde ligne de défense, ce sont les liquidités en devises fortes des banques, qui représentent la moitié de leurs dépôts. Ce qui signifie que si la moitié des déposants décidaient de transférer leurs capitaux à l’étranger, les banques disposent de liquidités suffisantes pour répondre à leurs besoins. Sachant que lors des crises de 2005 et 2006, 4% seulement des dépôts ont été transférés. Si le Liban était appelé à vivre des circonstances similaires, le secteur financier serait en sécurité». 
Hassan Moukalled propose une lecture sensiblement similaire. «Le Liban a besoin pour les 18 prochains mois de 22 milliards de dollars pour financer ses importations, le service de la dette et le secteur public, dit-il. La BDL dispose de 45 milliards de dollars. Il reste donc 20 milliards de dollars avec lesquels nous pouvons nous battre aisément après avoir payé toutes nos factures». «La situation économique est certes difficile, la conjoncture financière et monétaire de même, mais il n’y a pas d’effondrement imminent, souligne M. Moukalled. Sans aucune nouvelle mesure, nous pouvons honorer tous nos engagements pour les 18 premiers mois. Sachant que les flux de dollars continuent d’arriver. Selon la BDL, entre 7,5 et 10 milliards de dollars sont entrés au Liban en 2017. Le même montant est attendu en 2018, bien que les dépenses publiques aient augmenté d’un milliard de dollars».
Dans ce contexte, l’expert déplore la poursuite du recrutement dans les administrations publiques, y compris les forces armées. «Depuis l’adoption de l’échelle des salaires, 20000 personnes ont été embauchées. L’Etat continue de dépenser comme si le pays n’était pas confronté à de graves difficultés», dit-il.
Nous sommes certes loin du miracle libanais tant vanté depuis des décennies. Mais il faut reconnaître que d’autres pays, confrontés à des difficultés moins graves, ne sont pas parvenus à garder la tête hors de l’eau. Cette résilience est due à une multitude de facteurs, dont la capacité des Libanais à supporter les pressions et à imaginer des solutions. Elle est due, aussi, à la gestion de Riad Salamé, qui, tout en encourageant le développement du secteur bancaire ces 20 dernières années, n’a pas hésité à utiliser ces mêmes banques comme rempart pour défendre la stabilité de la livre, en adoptant des mesures strictes assorties de lourdes pénalités pour freiner la fuite des capitaux et la conversion massive des livres en dollars. Il l’a fait à deux reprises, depuis 2006: lors de la dernière semaine de la guerre de juillet et pendant la détention de Saad Hariri en Arabie saoudite. Riad Salamé a aussi géré avec doigté le dossier des sanctions américaines qui, comme une épée de Damoclès, menace le secteur bancaire. Il a encore du pain sur la planche, surtout si les informations faisant état de la publication, vers la fin de l’année, par les Etats-Unis, d’une liste comportant entre 300 et 1000 noms de Libanais supposés «financer le terrorisme», se confirmaient.

 

Concours de circonstances
«Avec une économie basée à 90% sur l’importation, il faudrait «une imprimerie de dollars ou un secteur touristique 5 fois plus important pour rester debout», affirme Hassan Moukalled. Ce à quoi le Liban est confronté aujourd’hui est le résultat de choix économiques datant de 25 ans, initiés par Rafic Hariri. «Déjà en 2001, nous étions au bord de la faillite, nous avions besoin de l’entrée dans le pays de 3 milliards de dollars pour financer nos besoins, se souvient-il. La conférence Paris I avait justement été décidée car nous n’arrivions pas à trouver cette somme. Mais avec l’accord du secteur bancaire, Riad Salamé a emprunté aux banques 4 milliards de dollars à 0%. Cette mesure a fait baisser les taux d’intérêt de 12 à 8%, ce qui a eu un impact positif sur l’ensemble des secteurs.»
«Le Liban a profité d’un concours de circonstances heureuses, ajoute M. Moukalled avant d’expliquer: «Après le 11 septembre 2001, ce ne sont pas 3 milliards mais 11 milliards qui sont entrés au Liban. Il s’agissait de l’argent des Arabes qui fuyait les Etats-Unis. Le même scénario s’est reproduit après la crise financière internationale de 2008, qui a vu affluer au Liban des milliards de dollars. Nous ne voyions plus la crise bien qu’elle était bien là. Le pays a besoin de réformes radicales. Nous pouvons changer entièrement le visage du pays en trois ans si nous passons de l’économie de rente à l’économie productive.»

Paul Khalifeh
 

Entre Baabda et Rabié, malgré les dernières éclaircies, les nuages ne semblent pas devoir se dissiper. Le chef du Courant patriotique libre et le président de la République ne sont pas sur la même longueur d’onde en ce qui concerne l’intérêt supérieur de la nation. Le premier se retranche derrière sa légitimité populaire pour asseoir ses idées, et le second derrière son statut légal et ses prérogatives de chef d’Etat.Le dialogue national proposé par Michel Sleiman aidera-t-il à assainir l’ambiance?
Le différend n’est pas récent. Il défraie la chronique depuis plusieurs mois, il génère une ambiance malsaine en Conseil des ministres et sème une méfiance accrue entre les différents pôles du pouvoir. Que ce soit en ce qui concerne les dépenses publiques, la nomination d’un président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), ou encore la légitimité populaire, les points de discorde sont nombreux entre le président Michel Sleiman et le député Michel Aoun. S’agit-il simplement de divergences portant sur l’intérêt général du pays, ou faut-il y voir une lutte de pouvoir et un déclenchement prématuré de la campagne législative?

Un président non consensuel?
L’ambiance avait commencé à se dégrader entre le général Aoun et le chef de l’Etat avant même que le poste de président du Conseil supérieur de la magistrature ne se soit retrouvé vacant à la suite du départ à la retraite du juge Ghaleb Ghanem. Le chef de l’Etat a proposé le nom de la juge Alice Chabtini, mais le chef du Courant patriotique libre s’y est opposé, et le ministre Chakib Cortbaoui a soumis le nom d’un autre magistrat, Tannous Mechleb. Ce n’est pas tant la qualité des deux magistrats qui est remise en question par l’un ou l’autre des deux hommes, mais c’est bien plutôt histoire de défendre des prérogatives que chacun estime être exclusivement siennes. Le général Aoun avance que c’est à lui que revient ce choix, à tout le moins par le biais du ministre de la Justice, puisque le CPL représenterait, selon lui, la majeure partie des chrétiens libanais. Or, le magistrat qui préside le CSM est traditionnellement choisi parmi les chrétiens maronites… Chasse gardée pour le général Aoun, fort de son poids dans le gouvernement actuel et de sa représentativité auprès des chrétiens?Ou plutôt prérogative du président de la République, lequel affirme se fonder exclusivement sur le critère de la compétence pour son choix?
Les deux versions sont défendues de part et d’autre, cependant que le parti du général Aoun n’hésite pas à affirmer que le chef de l’Etat aurait cessé d’être un président consensuel, et qu’il agirait, non pas dans l’objectif de servir la nation, mais les intérêts du camp opposé.
Michel Sleiman aurait-il viré au 14 mars? Pour le CPL, c’est une évidence, d’autant plus que le chef de l’Etat s’est refusé à signer le décret des dépenses publiques de 8900 milliards de livres. Un refus justifié, du côté de Sleiman, par le fait que, suite aux consultations juridiques qu’il a effectuées, il lui est apparu comme anticonstitutionnel de signer un tel décret en l’absence d’un budget annuel voté par la Chambre. Autre son de cloche chez Aoun, pour qui le chef de l’Etat est responsable du blocage gouvernemental, en plus de prendre parti avec le 14 mars.

Elections dans la ligne de mire
Du côté du CPL, on soutient que le président de la République, encouragé par l’opposition, se refuse à signer le décret relatif aux dépenses publiques pour faire pendant avec celles, non avalisées, des gouvernements précédents… Le général Aoun avait été jusqu’à affirmer que l’expérience de la présidence consensuelle avait montré ses limites, et qu’un vrai chef d’Etat devrait avoir son propre bloc parlementaire et, seulement à partir de là, des ministres qui le représentent. Ces propos ont provoqué l’ire de Michel Sleiman qui a rétorqué, par médias interposés, qu’un président consensuel, comme lui-même, n’avait pas à rougir de sa légitimité puisqu’il n’a pas besoin de «mendier» la présidence. Le débat est donc désormais clair. Au-delà d’une différence de vision politique ou même d’une attitude présidentielle, ce sont bien des intérêts électoraux qui se profilent.

Même terrain de chasse
Les législatives de 2013, et même l’expectative de la présidentielle de 2014, sont dorénavant dans la ligne de mire. D’aucuns estiment que le chef de l’Etat devrait désormais asseoir sa légitimité sur un vote populaire. Il ne s’agit pas de repenser le système, mais plutôt de conforter le choix de la première magistrature sur le terrain, par le biais d’une représentation conséquente dans l’hémicycle. En 2009, c’est un exercice auquel Sleiman s’était défendu de jouer, du moins officiellement. Bénéficiera-t-il d’une assise populaire aux élections de mai 2013?
En tout cas, du côté du général Aoun, le temps est à la préparation active du terrain pour la prochaine échéance législative. Au Kesrouan, on voit déjà des affiches géantes, remodelées dans un orange moins marqué, sur lesquelles on peut lire des slogans directement électoraux: «un Kesrouan encore plus fort». Pour le CPL, pas de doute, la campagne est lancée. Rien de tel dans l’entourage proche du chef de l’Etat, en tout cas pas officiellement. Mais nul n’ignore qu’en réalité, Michel Sleiman a tout intérêt à conforter son statut en le renforçant à l’aide d’un bloc parlementaire qui ajouterait à sa légitimité, et justifierait du même coup la nomination de ministres qui le représentent au sein du gouvernement. Or, il se trouve que les terrains sur lesquels il devrait «chasser» sont sensiblement les mêmes que ceux du CPL, à savoir le Kesrouan, Jbeil et le Metn. Voilà qui expliquerait sans doute mieux l’ambiance très tendue entre les deux hommes, d’autant que le général Aoun n’a jamais caché son ambition présidentielle.
Reste à savoir si le dialogue national auquel a fait appel Michel Sleiman, pour le lundi prochain, portera ses fruits, et pourra se tenir dans une ambiance saine, loin des récentes tensions et autres échanges acerbes.

 

Une Assemblée constituante?
La proposition du secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, de procéder à une Assemblée constituante à l’occasion de la reprise du dialogue national a suscité des craintes sérieuses du côté du 14 mars, dont l’un des ténors, le Dr Samir Geagea, a même évoqué le piège. Il est vrai cependant que les divisions sont aujourd’hui assez profondes pour que les différents protagonistes de la scène politique libanaise se réunissent non seulement pour en discuter, mais aussi pour voir plus loin. Il est clair que l’arrangement de Doha n’a pas exactement porté ses fruits, mais qu’il a seulement permis une période de calme relatif, ponctuée d’un usage d’armes que l’Etat ne semble pas pouvoir contrôler.

Les proches de Nasrallah et les forces de la majorité actuelle avancent que c’est sans tabous qu’une Assemblée constituante doit être envisagée, pour justement trouver des solutions institutionnelles et durables aux différends qui opposent les Libanais.

Or, les responsables politiques du 14 mars ont rejeté en bloc cette idée, la considérant comme extrêmement dangereuse, puisqu’elle remet en question l’accord de Taëf, avant même qu’il n’ait eu la chance d’être appliqué correctement. D’autres personnalités de l’opposition ont ajouté qu’une telle assemblée ne peut pas se tenir «sous la menace des armes», en l’occurrence celles du Hezbollah, pour forcer leur main à un accord qui serait inéquitable.

En tout état de cause, le président de la République a très vite opposé une fin de non-recevoir à la proposition du secrétaire général du Hezbollah, se positionnant ainsi, probablement sans le vouloir, du même côté que le camp du 14 mars. De quoi (ré)alimenter la crise?

 

 

Trois questions à Nazem el-Khoury

 

Le ministre de l’Environnement, proche du président Michel Sleiman, répond aux questions de Magazine.

 

On reproche au président de la République de se refuser obstinément à entériner le décret relatif aux dépenses publiques de l’actuel gouvernement…

 

Quand le président de la République prend une décision, il a en tête l’intérêt du pays. Il a procédé à des consultations sur cette question. Il a demandé l’avis de juristes intègres qui ne dépendent d’aucun groupe politique… Il s’avère qu’une telle signature serait certainement sujette à un recours en invalidation. Malheureusement au Liban, toute question juridique prend forcément une tournure politique! Puisque le général Aoun s’emploie à défendre les prérogatives présidentielles, ce n’est certes pas la bonne façon de les garantir que de donner des «directives» au chef de l’Etat…

 

Qu’en est-il de la nomination d’un magistrat à la tête du CSM?

 

C’est le président de la République qui suggère traditionnellement ce nom. Bien entendu, il consulte ensuite le ministre de la Justice, qui propose un nom au cabinet. Or, ne perdons pas de vue qu’il s’agit d’une fonction juridique! En vertu du principe de la séparation des pouvoirs, on ne peut accepter que cette nomination passe par un parti politique, quel qu’il soit.

 

Où en est le contentieux entre les deux hommes?

 

C’est un contentieux unilatéral! Le président de la République n’a de contentieux à régler avec quiconque. Ce n’est pas le cas du général Aoun…

 

 

Ce qu’en dit Alain Aoun

 

Alain Aoun, député de Baabda et membre du CPL, expose le point de vue de son parti.

«Il faut bien garder en tête que le différend entre le général Aoun et le chef de l’Etat n’est pas du tout d’ordre personnel. Il s’agit d’un différend conjoncturel, dû à certaines attitudes bien précises. Nous considérons que le comportement du président de la République nuit à la bonne marche du gouvernement et constitue un blocage inacceptable. Nous ne comprenons pas ses prises de position en ce qui concerne le dossier des dépenses publiques ou celui de la nomination du président du CSM. C’est tout de même normal, selon nous, que ce soit le ministre de la Justice qui avance ce nom! Il n’est ni logique ni sain de paralyser toute une institution juridique sans avancer d’excuse qui tienne. Nous avons la nette impression qu’il ne s’agit pas simplement d’une volonté de blocage dans l’absolu, mais plutôt d’une volonté de bloquer tout ce que notre parti propose. Bien sûr, je crois tout de même aux vertus du dialogue, parce que je suis convaincu que c’est la seule issue possible dans un pays qui comporte autant de contradictions. Nous n’avons pas d’autre choix. Il est cependant clair que malgré la bonne volonté de certains, et depuis que nous avons la possibilité de discuter entre Libanais exclusivement, nous nous sommes heurtés à des failles importantes, fussent-elles constitutionnelles ou idéologiques. Il est essentiel de se réunir pour exposer les différentes visions des choses. Il ne devrait pas y avoir de tabou à admettre que les divisions ne sont pas simplement d’ordre politique. Elles vont au-delà…

 

Joumana Nahas

 

 

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Éditorial
Gouvernement: le dernier sprint

Le processus de formation du gouvernement devrait être redynamisé à partir de cette semaine après un gel consécutif aux voyages du président Michel Aoun à Strasbourg et à New York, début et fin septembre. Les démarches en étaient restées, officiellement, à la mouture présentée le lundi 3 septembre par le Premier ministre désigné, Saad Hariri, et que le chef de l’Etat avait poliment déclinée. Mais les discussions s’étaient poursuivies loin des projecteurs entre MM. Aoun et Hariri, qui se seraient rencontrés à plusieurs reprises, discrètement, à la demande du chef du gouvernement sortant, afin de se soustraire aux pressions politiques et médiatiques. Aucun accord n’a été finalisé mais ces tête-à-tête ont montré une volonté des deux hommes de maintenir leur partenariat et d’essayer de surmonter les écueils qui ont retardé la naissance du Cabinet. Le plus sérieux obstacle est la répartition des quotas et des portefeuilles entre les deux principales formations chrétiennes: le Courant patriotique libre (CPL) et les Forces libanaises (FL). Cette question a été examinée lors de la rencontre à la Maison du centre, le 27 septembre, entre M. Hariri et le chef des FL, Samir Geagea. Des sources politiques informées affirment que des progrès ont été réalisés lors de cette réunion. Après le refus du camp présidentiel d’accorder quatre maroquins aux FL, comme le proposait M. Hariri, M. Geagea aurait accepté un compromis avancé par le Premier ministre désigné: quatre sièges ministériels dont la vice-présidence du Conseil (sans portefeuille) et les portefeuilles de l’Education, des Affaires sociales et de la Culture.   Lorsque la formule lui a été présentée avant son départ pour New York, le président Aoun ne s’est pas prononcé. Mais des milieux proches de la présidence ont laissé filtrer que la vice-présidence du Conseil pourrait être accordée aux FL, bien que le chef  de l’Etat considérait ce poste comme faisant partie de son quota, ainsi que trois autres ministères: la Culture, les Affaires sociales et un ministère d’Etat.Pour une bonne partie de l’opinion publique, toutes ces formules s’apparentent à des calculs de boutiquiers et à des querelles de puissants, qui se partagent le pouvoir entre eux. Quoi qu’il en soit, ces informations, confirmées par des sources diverses, dénotent une volonté de déblocage chez les principaux protagonistes, dont les revendications et les contre-revendications empêchent la formation d’un gouvernement depuis le mois de mai. Ce sursaut de conscience est surtout motivé par la crainte d’une détérioration irréversible de la situation économique et financière et par la conviction apparue chez les FL et le Parti socialiste progressiste (PSP) que le président Aoun ne cèdera pas aux revendications maximalistes de ces deux formations. Une fois l’écueil chrétien surmonté, les autres obstacles moins épineux de la représentation druze et des sunnites du 8-Mars seront rapidement réglés. C’est dans ces dispositions plutôt positives que les démarches pour la formation vont reprendre et s’accélérer dans les jours qui viennent.


 Paul Khalifeh
   

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