Présidentielle. Le scrutin verrouillé
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Nº 2946 du vendredi 25 avril 2014

Présidentielle. Le scrutin verrouillé

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    Présidentielle. Le scrutin verrouillé
    Après s’être neutralisés lors de la première séance de l’élection présidentielle, les blocs parlementaires préparent le second tour en s’observant et avec plusieurs atouts dans leur manche. Entre le consensus...
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Après s’être neutralisés lors de la première séance de l’élection présidentielle, les blocs parlementaires préparent le second tour en s’observant et avec plusieurs atouts dans leur manche. Entre le consensus et le vide, cette course d’attente ouvre une multitude de scénarios auxquels tous sont préparés.

Face aux 48 voix de la coalition du 14 mars, rassemblée au pas de charge derrière la candidature de Samir Geagea, leurs opposants ont sorti l’artillerie lourde. 52 bulletins blancs auxquels s’ajoutent sept bulletins nuls sur lesquels étaient inscrits les noms de victimes présumées du chef des Forces libanaises. Un camouflet feutré mais violent, mis en place la veille, dont l’objectif évident était de démonétiser la construction de l’image présidentielle de Geagea. A l’affût, Henri Hélou, poussé à se déclarer par Walid Joumblatt, a obtenu 16 voix, celles du Bloc de la Rencontre démocratique, à nouveau réunifié, dont il est issu s’ajoutant à celles des représentants de la mouvance centriste. Lorsque Nabih Berry annonce les résultats du vote, le Parlement est déjà à moitié vide. L’un après l’autre, les députés du Hezbollah, du CPL et de leurs alliés ont déserté les bancs de l’Assemblée pour provoquer le report du second tour, par défaut de quorum, à mercredi prochain. Une semaine donnée à chacun, le temps de dresser le bilan, guetter l’adversaire et préparer les parades.
 

Geagea jusqu’au bout
Après la séance, la députée Sethrida Geagea a expliqué que le 14 mars avait réussi le pari de se présenter uni au scrutin présidentiel, remerciant ses alliés et l’engagement de Saad Hariri. Son coup de fil à l’occasion de la fête de Pâques, au cours duquel il a intronisé le chef des FL, venait couronner un travail de longue haleine. Convaincre Robert Ghanem et Boutros Harb, dont les profils similaires correspondent à une phase de l’élection qui n’a pas encore eu lieu, de soutenir Geagea ne fut pas difficile. Leur tour viendra peut-être. Pour Amine Gemayel et ses troupes, la pilule a eu plus du mal à passer. Mercredi, un député s’est d’ailleurs aventuré à déposer un bulletin portant le nom du leader des Kataëb. Une piqûre de rappel et un investissement pour la suite. Avant la séance, Sejaan Azzi s’est empressé d’annoncer que l’ancien président était candidat au second tour de l’élection.
«Gemayel est candidat depuis des mois. Les discussions tournent autour des moyens d’assurer sa victoire. La phase suivante déterminera quand il prendra part à la course à la présidence», ajoutant que «le vote en faveur de Samir Geagea au premier tour souligne l’unité du 14 mars».
Une déclaration à relier à celle de Sethrida Geagea - «Nous reviendrons encore plus forts mercredi prochain». Pour le 14 mars, le bilan de la candidature de Samir Geagea est contrasté. L’unification de ses rangs est contrebalancée par la difficulté à rassembler au-delà de son camp. Au premier tour, il lui manquait 38 voix. Avec les mêmes rapports de force, il lui en manquerait 17 au second. Où peut-il les puiser? Une conclusion qu’ont certainement tirée les autres candidats qui se sont déclarés au sein de la coalition. En abattant sa carte-maîtresse dès le départ, le 14 mars a voulu placer le combat présidentiel sur le terrain des principes qu’elle défend. Les députés de l’autre camp lui ont sèchement répondu: Geagea, c’est non. L’entrée de Gemayel dans la course modifie la donne. Derrière le leader des FL, intronisé candidat fort de défi, il apparaît comme le candidat de la main tendue, susceptible d’attirer à lui les suffrages de l’autre camp.

 

Aoun ou le défaut de quorum
Le CPL et ses alliés ont, eux, utilisé deux cartes-maîtresse à la première séance et avec elles, ils iront jusqu’à ce qu’ils obtiennent gain de cause. D’abord, le bulletin blanc pour marquer leur opposition à tous les candidats que présentera le 14 mars. Pas besoin, estiment-ils, de brûler le nom d’un candidat potentiel - comme celui d’Emile Rahmé dont il n’a en réalité jamais été question. La coalition, réunie autour du Hezbollah, a deux candidats non déclarés mais évidents: Michel Aoun et le leader des Marada, Sleiman Frangié. L’affiche entre le leader du CPL et son opposant de toujours, Samir Geagea, était alléchante. Mais le maître de Rabié est dans une stratégie inverse. Le 14 mars vise ses opposants, Aoun la présidence. Ses déclarations qui ont suivi la séance sont à prendre au deuxième degré. Lorsqu’il explique qu’aucun candidat de consensus ne s’est dégagé (voir encadré page 22) pour justifier le fait que lui, et ses députés, quittent la séance, il se dédouane des critiques, tout en parlant de lui-même en filigrane. Faire consensus prend du temps et les prochains jours seront consacrés à consolider cette image-là.
En bougeant en premier avec Samir Geagea, le 14 mars a donné à l’autre camp l’avantage de la riposte. Le Hezbollah et le CPL n’auront qu’à coller à la stratégie de leurs adversaires. Face à l’unité affichée du 14 mars, les premiers ont répondu du tac au tac. A la tournée des ducs de la délégation des Forces libanaises destinée à distribuer le programme de leur chef, le CPL a répondu en s’ouvrant, il y a plusieurs mois, au Courant du futur ou au PSP, dernièrement, avec la visite remarquée de Gebran Bassil à Clemenceau. Walid Joumblatt a, lui aussi, mis un pied en travers de la porte. Le leader druze se sait courtisé. Avec une majorité numérique abaissée à 65 pour le second tour, les voix de ses onze députés valent de l’or. Avec la candidature d’Henri Hélou, Joumblatt a clairement opté pour le choix d’un candidat de consensus. A défaut de pouvoir les faire, les majorités futures se feront avec lui. Henri Hélou l’a annoncé, il poursuit l’aventure. Sa voix continuera de se faire entendre. Quels enseignements tirer alors du deuxième tour qui se dessine depuis mercredi après-midi?
Pour la séance de la semaine prochaine, trois candidats se sont déclarés dès la fin du premier tour: Samir Geagea, Henri Hélou et, peut-être, Amine Gemayel. La candidature du leader des Kataëb pourrait signifier que le 14 mars a décidé de laisser les pôles chrétiens de la coalition, au profil plus rond, s’étalonner. Par effet de levier, avec les 16 voix de Hélou, aucun candidat ne serait susceptible de l’emporter au deuxième tour. Le tableau sera-t-il sensiblement le même? Plus concrètement, les alliés du Hezbollah abandonneront-ils la stratégie des bulletins blancs? Face à l’éparpillement des voix au sein du 14 mars, induit par la candidature de Gemayel, ils ont sur la table plusieurs options à leur disposition. Une hypothèse semble se dégager: jusqu’à la fin du délai imparti pour les élections le 25 mai, le CPL n’inscrira que le nom de Michel Aoun, à moins qu’une autre candidature ne mette tout le monde d’accord.
Avec un quorum à 86 députés et une élection à 65 voix, les comptages sont plus ténus, donc plus risqués. La sérénité et la détermination affichées par le Hezbollah et ses alliés rendent hypothétique tout mouvement précipité en proposant, par exemple, la candidature de Sleiman Frangié face à celle de Gemayel. Lui, comme Aoun, attend patiemment son heure, tous deux convaincus que dans le «dernier quart d’heure», les grandes puissances pourraient finir par apposer leur accord à l’accession au pouvoir de l’un ou l’autre. Autrement, le vide, que le blocage politique dont a fait montre le Parlement au premier tour, pourrait bien s’installer et projeter la présidentielle dans une autre dimension, celle des petits arrangements concoctés par Berry et Joumblatt qui, comme tous les autres, suivent attentivement les uns et les autres à la recherche du milieu. 


Julien Abi Ramia
 

Réactions à chaud
Le leader des Forces libanaises (FL) et candidat à la présidence, Samir Geagea, a évoqué, mercredi, une «grande victoire pour la démocratie» à l’issue du premier tour de la présidentielle libanaise. «Certains ont essayé de porter atteinte à cette victoire par des actes irresponsables», ajoute-t-il, en référence aux voix attribuées à Rachid Karamé, Elias Zayek, la fille de Tony Frangié, Jihane, Dany Chamoun et son fils Tarek.
Le député Henri Hélou, candidat à la présidentielle au nom de la Rencontre démocratique, a estimé que le scrutin était «démocratique dans tout le sens du terme», avant d’affirmer qu’il poursuivait sa «course à la présidence». «La seule solution aux crises au Liban est l’élection d’un candidat modéré qui rassemblerait tout le monde», ajoute-t-il.
Le chef du Bloc du Changement et de la Réforme, Michel Aoun, a affirmé, mercredi, que son bloc s’était retiré de l’hémicycle après la fin du premier tour «faute de consensus sur un candidat».

Dans les couloirs du Parlement

En entrant dans l’enceinte du Parlement, en compagnie d’Akram Chéhayeb, Henri Hélou a été accueilli par le député FL, Antoine Zahra, qui l’a chaleureusement salué et les applaudissements malicieux de quelques députés CPL. Réaction amusée de Zahra: «Ne l’applaudissez pas, votez pour lui!».
Au début de la séance, Nabih Berry interroge la Chambre: «Qui présente sa candidature?». Sur le balcon qui surplombe l’hémicycle, deux femmes se lèvent: l’avocate Nadine Moussa, qui s’était déclarée quelques jours plus tôt, et Tracy Chamoun, la fille de Dany Chamoun, tout de noir vêtue, venue symboliquement témoigner de son opposition à la candidature de Samir Geagea.
Une délégation d’élus français s’est rendue mercredi au Parlement, à sa tête l’ambassadeur Patrice Paoli et le député UMP Christian Kert qui a salué quelques-uns de ses homologues d’un signe de la main. Tout au long de la séance, le premier a dû répondre aux interrogations du second sur son déroulement.

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Éditorial
A l’épreuve de la démocratie

Le la est donné à la présidentielle. Ce serait de bon augure, si cela devait nous mener vers une élection démocratique. Hélas, l’incrédulité fait loi et l’homme du 25 mai, tant est qu’il y en ait un, sera-t-il l’homme miracle qui, d’une baguette magique, résoudra la crise aiguë financière et sécuritaire que connaît le pays? Qui ramènera la confiance des citoyens et rendra leur patrie à ceux qui, forcés, ont dû s’expatrier avec femme et enfants? La poignée de main, que le président sortant est censé échanger, en ce jour béni, avec celui qu’il recevra sur le perron du palais présidentiel, opèrera-t-elle le miracle espéré auquel même les plus optimistes n’y croient pas? N’attendra-t-on pas une fois de plus un signe de l’étranger tel, par exemple, un rapprochement saoudo-iranien dont on parle dans les salons politiques? Le président Michel Sleiman, en cédant la place à son successeur, lui transmettra-t-il son sens de la nation qui, pour certains, ne suffit pourtant pas? Ils lui reprochent, disent-ils, son inaction, oubliant les miettes de prérogatives que lui a laissées l’accord de Taëf, si mal appliqué par ailleurs. Il a cependant l’un des rares privilèges, celui de pouvoir rendre au Parlement les lois iniques que le gouvernement Mikati a déposées dans la corbeille de l’équipe Salam confrontée à ce cadeau empoisonné. A titre d’exemple, l’inextricable affaire de la grille des salaires qui aurait pu, avant d’être promise, faire l’objet d’une étude en profondeur par des économistes chevronnés, connus pour leur compétence comme pour leur intégrité dont le Liban, heureusement, ne manque pas. Pourquoi avoir attendu de longs mois jonchés de grèves, d’activités paralysées, de négociations stériles entre syndicats et patronats, avant de faire appel au gouverneur de la Banque centrale le mieux placé pour rendre son verdict? Il n’a pas hésité à semoncer les responsables et à les mettre en garde contre une faillite financière inévitable de l’Etat et désastreuse sur le plan social pour toutes les catégories sociales. Les mesures envisagées, disent les décideurs, pour colmater les brèches, ne font qu’aggraver une situation déjà dramatique. Augmenter l’impôt sur les intérêts bancaires dont souffrent en priorité les classes moyennes, les retraités et les petits épargnants, les autres ont déjà, depuis belle lurette, mis leurs fortunes à l’abri. On dit, à juste titre, que les capitaux sont lâches, mais en l’occurrence il est difficile de critiquer ceux qui, tout en continuant à œuvrer au Liban et à créer de l’emploi, envers et contre tout, cherchent à garantir leur avenir et celui de leurs descendants. Les salariés et les enseignants qui réclament à cor et à cri leurs droits, certes justifiés et surtout promis, ne réalisent-ils pas que la réponse à leurs revendications est une croissance galopante du coût de la vie? Il en a toujours été ainsi. Dès que la rumeur d’une éventuelle hausse des salaires est envisagée, les prix des denrées courantes flambent. Ce n’est évidemment pas la faute des salariés mais celle d’une commission de contrôle des prix, rattachée au ministère de l’Economie, dont on a rarement, pour ne pas dire jamais, vu le fruit du travail. Les établissements scolaires privés, eux, n’ont-ils pas déjà alourdi les écolages? Les parents qui ont déjà subi lourdement le poids des scolarités appellent à un gel de leurs paiements. Alors que nos universités ont toujours été connues pour le haut niveau de leur enseignement et la qualité de leurs professeurs, les parents qui peuvent ou qui se sacrifient pour le faire, envoient leurs jeunes à l’étranger, poursuivre leur formation professionnelle à un coût plus abordable, au risque de leur enlever tout désir de rentrer au bercail. Il ne faut pas non plus oublier, dans les projets de renflouement des finances publiques, la hausse de la TVA. Une mesure qui touche tout le monde. On ne parle même pas du problème des anciens locataires qui, s’ils étaient dans le besoin ce qui ne manquera pas, auraient droit, dit-on, à une aide financière, celle-ci devrait tomber du ciel et non des caisses de l’Etat qui sonnent creux. Les principales sources d’économie sont occultées. Si les biens maritimes reviennent timidement à la surface, nul n’ose parler du coût des escortes officielles des personnalités publiques, des corps de garde qui protègent les bâtiments de l’Etat et qui fourniraient des économies substantielles. Peut-on encore espérer sauver le Pays du Cèdre dont les dirigeants balaient d’un tour de main tous les atouts? Que reste-t-il de ce qui était jadis le lien entre l’Orient et l’Occident? Celui qui, après avoir été le pays du tourisme historique et religieux parmi les plus célèbres, n’est plus évoqué dans les chroniques étrangères que pour son accointance avec les crises régionales dans lesquelles il prend, sans cesse, sa part des dommages collatéraux.


 Mouna Béchara
   
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