Gaz et pétrole. Entre fantasme et réalité
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Nº 2994 du vendredi 27 mars 2015

Gaz et pétrole. Entre fantasme et réalité

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L’exploitation des gisements, situés dans les eaux territoriales du Liban, pourrait rapporter plusieurs milliards de dollars à l’Etat. Mais la mise en place des structures juridiques, administratives et financières qui doivent l’encadrer a pris un retard considérable, principalement en raison d’intérêts politiques guidés par l’appât du gain.

Dans le courant du mois de janvier, l’unité de recherche économique du Crédit libanais publiait un rapport qui quantifie «les répercussions de l’exploitation du pétrole et du gaz libanais sur les indicateurs macroéconomiques du pays». Les résultats de ses projections font saliver d’envie. Dès la première année de production, les revenus pétrolifères et gaziers s’élèveraient à huit milliards de dollars. Un véritable coup de fouet pour le produit intérieur brut (PIB) du pays qui serait ainsi réévalué à 77,60 milliards, contre un PIB calculé sans les revenus du pétrole et du gaz de 69,59 milliards. Conséquence, dès cette première année d’exploitation, le solde de la balance des paiements passerait d’un déficit de 4,39 milliards à un excédent de 420 millions. Au bout de vingt ans de production, l’excédent grimperait à 2,87 milliards. Sans elle, le déficit se serait creusé à 8,12 milliards. En deux décennies, l’exploitation du pétrole et du gaz libanais pourrait rapporter 113,18 milliards de dollars à l’Etat. Une manne qui permettrait notamment de ralentir la hausse de la dette publique.
 

Quantifier le trésor sous-marin
Ces chiffres sont jugés réalistes, par l’ensemble des suiveurs du dossier, car ils se basent sur des données rendues publiques. Mais ces séduisantes projections sont à relativiser par le simple fait qu’elles se basent… sur d’autres projections. Depuis la découverte par l’opérateur énergétique américain Noble Energy de nouveaux gisements de pétrole et de gaz sous le bassin du Levant en décembre 2009, ces études ont été complétées par des données géologiques et sismiques relevées par des sociétés étrangères, au large des côtes libanaises. Après analyse des relevés des ressources gazières, la société britannique Spectrum estime que les réserves en gaz s’étalonnent entre 340 000 milliards et 700 000 milliards de mètres cubes. Chargées, elles, du relevé des ressources en pétrole, l’entreprise française Beicip Franlab et l’américaine Petroleum Geo-Services, ont estimé que les ressources disponibles pouvaient s’étalonner entre 440 millions et 675 millions de barils. Une fourchette extrêmement large qui ouvre la porte à de mauvaises surprises.
En 2013, Total a sondé les fonds marins des blocs 10 et 11 dessinés par les autorités chypriotes dans leurs eaux territoriales. Malgré des relevés prometteurs sur la zone, le géant français du pétrole devait abandonner la prospection de ces blocs. «Nous n’avons pas pu identifier de cibles de forage potentielles», a expliqué Total dans un communiqué au mois de février. En d’autres termes, les relevés peuvent être trompeurs.
L’épisode chypriote doit servir de leçon aux autorités libanaises. Beyrouth a pris connaissance des données en même temps que Nicosie, Ankara ou Tel-Aviv. Pourtant, les géants du pétrole – Total, ici en l’occurrence – n’ont toujours pas sondé les eaux libanaises. Raison principale? L’absence de structures juridiques et administratives encadrant la prospection de cette toute nouvelle ressource. Les textes sont pourtant prêts depuis deux ans, ils n’attendent que leur vote par le Parlement et le gouvernement. Les blocages les plus importants se situent dans le bras de fer que se livrent les partis politiques sur les bénéfices mirobolants de cette manne.

 

Montage financier complexe
Entre l’Etat, qui possède les ressources, et les compagnies privées qui souhaitent les exploiter, chaque partie cherche à se tailler la part du lion. L’Etat libanais a prévu trois types de rentrées d’argent. En premier lieu, il percevra une redevance d’exploitation, payée par les compagnies pétrolières qui exploitent les blocs. Elle représentera 4% de la production de pétrole et de gaz. Le gouvernement percevra ensuite sa part des revenus de production − 4% pour les extracteurs de pétrole, entre 5 et 12% pour les producteurs de gaz − puis ponctionnera l’impôt de 15% sur les sociétés. Tout ceci sans compter le loyer que devront payer les compagnies – de 350 à 400 dollars par km2, soit entre 6 millions et 7 millions de dollars par bloc et par an – et d’autres taxes qui pourraient être ajoutées. Au total, l’Etat cherche à engranger 60% des profits, contre 40% pour les contractuels.
Pour le financement de la production, plusieurs sources possibles: des prêts auprès de banques et l’achat d’obligations comme structures classiques. Des fonds communs de créances peuvent également être mis en place, tout comme l’Etat pourrait débloquer des aides. Sur le terrain de l’économie réelle, la première conséquence de production de pétrole et de gaz est évidemment la baisse drastique du prix de ses ressources. Sur le plan de l’emploi, l’ancien ministre de l’Energie a prévu que 80% des emplois de ces nouveaux secteurs seraient occupés par des ressortissants libanais. Mais certains économistes mettent en garde contre des possibilités d’inflation et de réévaluation de la monnaie, conséquences indirectes de très grosses rentrées d’argent.

 

Retards de procédure
La livraison de pétrole constitue plus d’un tiers des importations du pays. Elle a coûté à l’Etat libanais 5,9 milliards de dollars en 2012. Une situation qui rend le pays ultra-dépendant du cours du baril. Lorsqu’il baisse, comme en ce moment, le prix de l’essence à la pompe chute, mais il suffit que la tendance s’inverse pour que les prix repartent à la hausse. Autre statistique, le Liban est le pays de la région qui consomme le plus de pétrole par habitant. L’exploitation de ces gisements devrait être un enjeu national qui dépasse les antagonismes politiques. Il n’en est rien.
Quelques semaines après la publication des résultats transmis par Noble Energy en décembre 2009 et l’étude complémentaire menée par l’US Geological Survey (USGS), le ministère de l’Energie a fait passer, le 17 août 2010, la loi 132 sur les ressources pétrolières offshore, comprenant 77 articles. Elle définit les droits de l’Etat libanais sur l’exploitation des réserves situées dans les 22 730 km2 de la zone économique exclusive (ZEE) du pays dessinée en 1982. Elle prévoyait notamment la création d’une Autorité du pétrole (AP), formée en décembre 2012 et chargée de gérer toutes les procédures. Une structure indépendante dans ses statuts, mais pourtant placée sous la tutelle du ministère. Premier problème. Dans les faits, c’est le ministère, donc le ministre, qui dirige l’AP, cantonnée à un rôle consultatif et d’accompagnement. C’est pour cela qu’elle attire les convoitises. Les membres de l’AP voudraient avoir plus de marges de manœuvre.
Il a fallu attendre février 2013 pour ouvrir les appels d’offres à l’exploration. Douze géants du pétrole, ou ayants droit opérateurs, ont été présélectionnés pour effectuer les opérations et 34 autres entreprises, ou ayants droit non-opérateurs, pour gérer, réguler et financer le projet. Les résultats définitifs de ces appels d’offres doivent être rendus publics dans le courant de l’année. Le retard déjà pris est considérable. Pendant que les partis politiques s’écharpent, les pays voisins avancent.

 

Concurrence et diplomatie
Le dessin des dix blocs de la ZEE du Liban est finalisé depuis trois ans, mais le décret qui doit les rendre effectifs n’a pas encore été approuvé. Une question d’ordre géostratégique? Petit retour sur l’éventuel abandon par Total de l’exploitation des ressources au large de Chypre. Pour que son voisin puisse bénéficier de la manne pétrolière et gazière, la Turquie pose en préambule à l’exploitation des gisements d’hydrocarbures par le gouvernement chypriote-grec de la République de Chypre la signature d’un accord de paix. En raison du dessin contesté des frontières de leurs zones maritimes, le même type de problèmes politiques se pose entre le Liban et Israël qui se battent sur les droits d’exploitation des blocs 8, 9 et 10, situés au large des côtes au sud du pays.
A l’heure actuelle, Israël est le seul Etat côtier qui exploite systématiquement ses réserves. La production a débuté en mars 2013 sur le gisement de gaz naturel de Tamar, et Tel-Aviv prévoit d’exploiter le champ gazier de Léviathan, beaucoup plus vaste; le projet a provoqué un tollé au Liban, qui revendique une partie de ces eaux.
Il faut ajouter aussi qu’aux yeux des investisseurs potentiels, l’instabilité politique, sécuritaire et économique de la région et du pays constitue aujourd’hui un véritable frein à l’investissement étranger. Sans oublier la chute des cours.
«Les grandes sociétés mondiales, opérant dans l’énergie, ne s’intéressent plus à l’exploration pétrolière et gazière dans les eaux continentales libanaises, en raison de la chute des cours du pétrole sur les marchés mondiaux», a indiqué Wissam Zahabi, membre du conseil d’administration de l’Autorité du secteur du pétrole dans une conférence de presse sur Le pétrole et le gaz au Liban: feuille de route et obstacles.
Contrairement à ce que peut laisser penser la puissante campagne médiatique menée à l’adresse de l’opinion publique, l’exploitation du pétrole et du gaz des gisements sous-marins au large du Liban est un horizon encore extrêmement nébuleux. La manne attire les convoitises de parties qui se livrent une bataille féroce pour se tailler la plus grosse part du lion.

Julien Abi Ramia

Les compagnies pré-qualifiées
Les plus grands opérateurs du monde ont déposé des dossiers pour l’exploitation des 10 blocs. Voici la liste des douze présélectionnés:
Anadarko Petroleum Corporation (USA), Petrobras (Brésil), Chevron (USA), Exxon Mobil (USA), Eni (Italie), Maersk (Danemark), Repsol (Espagne), Royal Dutch Shell (Pays-Bas et Royaume-Uni), Statoil (Norvège), Total (France), Inpex (Japon) et Petronas (Malaisie).
Dans la liste des 34 non-opérateurs, on retrouve notamment les Français de GDF Suez et surtout, deux sociétés libanaises, CC Energy Limited et Apex Gaz Ltd qui s’est alliée avec la compagnie émiratie Crescent Petroleum Company International Limited.
Pour prétendre à l’exploitation des blocs, trois ayants droit, dont un opérateur, doivent se regrouper selon les règlements de la loi sur le pétrole. L’Etat libanais attribue des concessions pour une période de cinq ans.

Le Liban à l’échelle du monde
Contrairement à ce qu’on a laissé croire à l’opinion publique, le Liban serait un plus grand producteur de gaz que de pétrole.
En estimant sa production de pétrole à 76 400 barils par jour, le Liban serait le 13e pays à l’échelle régionale, loin derrière les 334 000 barils/jour produits en Syrie et 52e sur les 102 pays producteurs dans le monde, très loin des 10 millions de barils/jour produits par la Russie et l’Arabie saoudite.
Sur le terrain du gaz, le Liban et ses 1 000 milliards de mètres cubes de production annuelle estimée se hissent au huitième rang régional, derrière Oman, quatre fois moins que le Qatar et cinq fois moins que l’Iran; et au 30e rang mondial, très loin derrière les 23 000 milliards de mètres cubes de la Russie et des Etats-Unis. 

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Éditorial
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 Mouna Béchara
   
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