Aéroport international de Beyrouth. Est-il à l’abri d’un attentat?
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Nº 3063 du vendredi 22 juillet 2016

Aéroport international de Beyrouth. Est-il à l’abri d’un attentat?

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Un terrorisme aveugle frappe partout, sans distinction. Aucun endroit au monde ne semble à l’abri et la menace est omniprésente, dans les villes tout comme dans les aéroports, qui ont subi leur lot d’attentats. Après l’aéroport de Zaventem en Belgique, celui d’Atatürk à Istanbul, des questions s’imposent sur les conditions de sécurité de l’Aéroport international de Beyrouth. Magazine a mené l’enquête.


Revenons d’abord sur les faits. Tout avait commencé il y a quelques mois avec la menace de deux compagnies d’aviation (British Airways et Air France) de suspendre leurs vols pour Beyrouth si de sérieuses mesures concernant la sécurité n’étaient pas prises. Est venue s’ajouter ensuite la bombe lancée par Wiam Wahhab via Twitter, affirmant que Daech préparait un plan visant à faire exploser un avion de la ligne Air France sur le tarmac de l’Aéroport international de Beyrouth-Rafic Hariri. Evidemment, cette information avait été vivement démentie par le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, mais cette affaire avait révélé les brèches sécuritaires de l’aéroport.
Dans un entretien avec Magazine, l’ancien ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, affirme qu’«aucun endroit au monde peut ne pas être la cible d’un attentat terroriste». Pour Magazine, il revient sur une expérience qu’il avait tentée, alors qu’il était toujours ministre de l’Intérieur, pour tester l’efficacité des moyens de sécurité utilisés à l’aéroport. Il n’en avait pas parlé à l’époque par souci de discrétion et pour ne pas effrayer les gens et semer la panique. «J’ai envoyé l’un de mes hommes, muni de deux bombes, se balader à l’intérieur de l’aéroport. Cet homme était suivi par un autre agent de sécurité chargé de gérer la situation au cas où le premier serait pris. Malheureusement, le faux terroriste a réussi à entrer dans l’aéroport, s’est promené dans les diverses salles sans être inquiété à aucun moment».

 

Une sécurité «à 75%»
Malgré cette triste expérience, l’ancien ministre de l’Intérieur reconnaît que les normes sécuritaires correspondent à 75% aux standards internationaux. Des efforts énormes sont déployés en vue de préserver la sécurité de l’aéroport et celle des voyageurs. Selon Marwan Charbel, pour correspondre aux normes internationales, une protection externe et interne est requise. S’agissant de la protection externe, en dehors de l’enceinte même du bâtiment de l’aéroport mais en faisant toujours partie de celui-ci, entendre le lieu où les voyageurs sont installés et où sont faits les adieux, ainsi que les comptoirs et les pistes. «Parmi les points délicats, il faut réussir à contrôler la personne qui prend en charge les valises. Il faut s’assurer qu’elle ne puisse pas les ouvrir et y déposer des explosifs. Il faut protéger aussi bien les gens qui viennent faire leurs adieux aux voyageurs que ceux qui viennent les accueillir. Avec des appareils performants, nous pouvons régler 75% des problèmes». De même, la grande clôture qui devrait être construite pourrait régler un tas de menaces et réduire les risques. «Si un chien errant réussit à s’introduire sur le tarmac de l’aéroport, il peut faire exploser un avion», s’indigne l’ancien ministre.
Pour Marwan Charbel, le Liban est fragilisé aujourd’hui et il faut, à tout prix, améliorer les conditions sécuritaires de l’aéroport. «Quoi qu’on fasse, il y aura toujours des brèches, mais il existe des mesures préventives qui doivent impérativement être prises. Il faut adopter des normes de sécurité dans l’enceinte extérieure de l’aéroport, protéger les personnes qui s’y trouvent, assurer la sécurité des voyageurs après le check-in, assurer la protection de l’avion et des passagers en emballant les valises avec du nylon de manière à ce qu’elles ne puissent pas être ouvertes, etc».
Interrogée par Magazine, une source sécuritaire affirme que la sécurité de l’aéroport était bien contrôlée et qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter. Rassurante, cette source confie que tout le nécessaire était en train d’être fait pour assurer la protection de l’aéroport et celle des voyageurs. «De nouvelles machines et de nouveaux scanners seront bientôt mis en service. Le dossier pour la construction d’un mur d’enceinte autour de l’aéroport a eu l’approbation de la Cour des comptes et les travaux commenceront incessamment».
La sécurité de l’aéroport est une affaire prise au sérieux par le ministre de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, qui avait réclamé la formation d’une commission pour déterminer les besoins de ce site vital. Cette commission a estimé leur coût à 28 millions de dollars, comprenant le financement de la construction de la muraille autour de l’aéroport, l’installation de caméras de surveillance interne et externe, les scanners et les machines qui détectent les explosifs installés au niveau du barrage de l’armée.
De son côté, le ministre des Travaux publics, Ghazi Zeaiter, l’autorité dont relève l’aéroport, a affirmé: «Nous allons faire tout ce qui est possible pour assurer la sécurité de l’aéroport le plus tôt possible». Il a également indiqué que de nouvelles mesures, concernant les parkings situés à l’extérieur de l’aéroport, seront prises prochainement et de nouvelles machines y seront introduites. Désormais, les voitures entrant dans l’enceinte de l’aéroport seront soumises à un contrôle d’appareils très performants permettant d’enregistrer les caractéristiques de la voiture et l’identité de son conducteur. Ultérieurement, d’autres mesures seront appliquées aux machines transportant les bagages: de nouveaux tapis roulants ont également remplacé les anciens qui datent de plus de vingt ans.
Selon un responsable sécuritaire à la retraite, les moyens utilisés pour l’inspection à l’AIB ne sont pas inférieurs à ceux employés dans les autres aéroports du monde. En revanche, c’est le hall extérieur de l’aéroport qui n’est pas sécurisé. La salle intérieure, elle, correspond parfaitement aux normes de sécurité internationales. Toutefois, dans la plupart des aéroports, le hall extérieur n’est soumis à aucun contrôle. Rappelons qu’au lendemain de l’attentat contre l’aéroport de Zaventem à Bruxelles, qui a eu lieu dans le hall d’entrée de l’aéroport, l’ambassadeur de Belgique au Liban, Alex Lenaerts, avait confié à Magazine que «la sécurité de l’aéroport avait été renforcée, mais les attentats ont eu lieu dans le hall d’entrée, où il n’y a pas de contrôle, et qui est fréquenté par des milliers de personnes. Le contrôle se fait au check-in». Cette situation est presque la même dans la plupart des aéroports où les contrôles commencent à se faire au niveau du check-in et où la circulation dans le hall est tout à fait libre.
Toujours selon la même source, les halls d’arrivée et de départ ne sont soumis à aucune surveillance et leur accès est libre. «Aucune surveillance n’est exercée pour protéger les voyageurs et ceux qui viennent les accueillir ou leur dire au revoir et ceux-là peuvent être facilement la cible d’une attaque». Même le barrage de l’armée sur la route de l’aéroport est totalement inefficace s’il ne dispose pas d’informations et d’instructions claires pour arrêter telle ou telle voiture. De toute manière, les mesures de sécurité prises à l’aéroport de Beyrouth sont bonnes et équivalentes à celles adoptées dans d’autres aéroports. Pourtant, cette source assure que quel que soit le niveau de la sécurité et malgré l’utilisation des caméras et des scanners les plus performants, rien ne peut arrêter un terroriste prêt à se faire exploser ou à mourir dans le cadre d’une attaque suicide.

Joëlle Seif
 

Les mesures nécessaires
Des sources sécuritaires ont suggéré l’adoption des mesures suivantes pour l’amélioration de la protection de l’aéroport de Beyrouth:
Construire la muraille extérieure pour empêcher toute violation de l’espace de l’aéroport, installation de caméras de surveillance et poste d’observation pour l’armée et les forces de sécurité sur les quatre côtés en dehors de la muraille afin d’empêcher toute tentative d’infiltration.
Emballer tous les bagages avec du nylon pour savoir s’ils ont été ouverts surtout à l’étape du transport manuel jusqu’à l’avion après avoir passé celle du scanner.
Déléguer des contrôleurs de la part des compagnies d’aviation pour superviser le transport des bagages jusqu’à leur embarquement.
Procéder à une rotation des fonctionnaires dans les postes délicats.
Confier les services techniques (scanners, machines, etc.) aux civils et militaires ayant subi une formation dans le Centre de renforcement de la sûreté de l’aéroport, qui a été fondé par l’ancien ministre de l’Intérieur, Marwan Charbel, en collaboration avec les Français et dont le coût a atteint un million et demi d’euros.
Renforcer le rôle du barrage de l’armée situé à l’entrée de l’aéroport.
Mettre en place des unités de renseignement en civil dans les salles intérieures et dans les parkings et leur fournir un équipement sophistiqué pour détecter tout indice suspect.

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Éditorial
Le cerveau dans l’orteil

Le coup d’Etat manqué en Turquie – et tous les mystères qui l’entourent – a été une occasion de mesurer la vulnérabilité du Liban et de vérifier, une fois de plus, à quel point notre pays est travaillé par des courants d’influence extérieurs. Les manifestations de joie après l’échec de la tentative de putsch, et les commentaires jubilatoires dans les médias et les réseaux sociaux saluant la déchéance annoncée, un peu trop hâtivement, de Recep Tayyip Erdogan, ont suivi la ligne de fracture confessionnelle traditionnelle. Ce sont essentiellement – pour ne pas dire exclusivement – des sunnites qui ont exprimé, parfois bruyamment, leur satisfaction après l’échec du coup militaire. A l’opposé, les chiites, et ceux qui s’identifient à eux politiquement, sans pour autant appartenir à leur communauté, n’ont pas caché leur joie dès l’annonce du coup d’Etat. Il fallait voir, sur les écrans de télévision, ces soi-disant «experts» se fendant de pompeuses analyses sur les implications stratégiques et géopolitiques de la chute d’Erdogan sur les rapports de force régionaux. Certains ont persisté à dire que le putsch avait réussi, alors que des soldats turcs se faisaient piétiner en direct par des manifestants en colère sur les ponts du Bosphore.La réaction des Libanais est primaire, car elle est surtout motivée par des pulsions confessionnelles qui sont tout sauf rationnelles. Erdogan a-t-il été sacré leader des sunnites pour que les fils de cette communauté au Liban se croient obligés de le défendre? Les chiites sont-ils de fervents partisans de la laïcité, s’il s’avère que le putsch a été organisé par des militaires soucieux de défendre l’héritage d’Atatürk? Sont-ils devenus des «Gulénistes», s’il apparaît que le coup a été fomenté, comme le soutient le gouvernement turc, par Fethullah Gülen, qui est, il faut le rappeler, un prédicateur sunnite?Les sunnites, qui ont salué la survie d’Erdogan, ne se rendent-ils pas compte qu’ils sont plus proches des positions de l’Iran et de la Russie plutôt que de celles de l’Arabie saoudite? En effet, Téhéran et Moscou ont fait preuve, dès les premiers instants, d’une très grande circonspection vis-à-vis des événements du 15-16 juillet, alors que Riyad s’est muré dans un silence suspect. A l’inverse, les chiites, qui ont applaudi au putsch, ne réalisent-ils pas que les Etats-Unis et l’Union européenne ont tardé à inonder les médias de leurs ritournelles sur le respect des droits de l’homme et du processus démocratique? En bons opportunistes, ils ne l’ont fait que lorsqu’il est devenu clair que le putsch avait échoué et qu’Erdogan resterait le maître de la Turquie.Les sunnites continueront-ils à considérer Erdogan leur héros si le virage qu’il a amorcé timidement en Syrie, sous l’impulsion de la Russie, se confirmait? Que feraient les chiites si les soupçons sur un rôle de la CIA dans le putsch étaient avérés? Il ne faut pas oublier que Gülen vit depuis 2009 aux Etats-Unis et ses relations avec Langley ne sont pas un secret.Probablement que rien ne changerait, car ceux qui ont remplacé leur cerveau par des réactions épidermiques et confessionnelles ont perdu toute capacité de réfléchir.


 Paul Khalifeh
   

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