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Nº 3100 du vendredi 5 avril 2019

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Ses éditoriaux incendiaires et ses petites phrases lapidaires ont fait d’elle une journaliste redoutable et redoutée. Mariam el-Bassam est la directrice de l’information et responsable des programmes politiques de la chaîne al-Jadeed. Son parcours est atypique.

De ses débuts à Sawt el-Chaab, en passant par ses années à Reuters, jusqu’à son poste actuel dans al-Jadeed, Mariam el-Bassam est restée la même. «Après 25 ans de carrière, je n’ai pas changé. Je suis toujours la même personne qui, à cause de sa franchise, a souvent des problèmes. Il m’arrive de blesser les gens sans en avoir l’intention. Je suis dure, têtue, directe et je n’ai pas d’amis. Dès que j’ai un problème, les gens disparaissent brusquement. Ma personnalité et mes idées se développent au cours des années, mais je refuse que cette évolution transforme mes principes et mes convictions qui sont inchangés dans toutes les étapes de mon parcours. Pour moi, la famille reste l’école la plus importante de la vie. C’est de ma mère que j’ai appris à distinguer le bien du mal et je reste toujours attachée à mes convictions, quels que soient les enjeux».  
C’est par ces mots que débute notre entrevue avec Mariam el-Bassam. Cette femme appartient à la génération de la guerre. «Je fais partie de ceux qui ont gravement souffert de la guerre. Ma famille a été détruite par celle-ci. Mon père a été kidnappé alors que j’avais à peine neuf ans». Rien ne la prédisposait à devenir journaliste, elle qui déteste la politique qui l’a privée de son père et de nombreux êtres chers. «Je n’écoutais jamais les nouvelles. Je me suis toujours réfugiée, dès mon plus jeune âge, dans la musique et l’art. J’écoutais la voix de Feyrouz pour oublier le fracas des obus et le bruit des bombes». Réfugiée dans une petite bicoque du côté de Jnah-Saint Simon après le kidnapping de son père, elle apprend un jour que l’antenne qui se dressait devant leur modeste habitation est en réalité une station de radio qui relevait de l’ancien député Zaher el-Khatib et où travaillait Nasser Kandil et des membres de sa famille. Mariam el-Bassam a 16 ans et c’est sur l’incitation de son ami le poète et journaliste Zahi Wehbé qu’elle présente une demande d’emploi dans le département de l’ingénierie du son.

Les beaux-arts
Son bac en poche, c’est vers la Faculté des Beaux-arts qu’elle se tourne. «Je n’ai pas fait d’études de journalisme. Je me suis imprégnée de l’ambiance artistique et culturelle de l’université. Il y avait des metteurs en scène, des acteurs, tout un monde qui me fascinait». La radio Sawt el-Chaab (La Voix du peuple, du Parti communiste libanais) faisait ses premiers pas. «C’était la seule chaîne qui concurrençait la Voix du Liban. Zahi Wehbé m’a encouragée de nouveau, nous étions plus de 150 personnes à présenter des demandes d’emploi.» Alors qu’elle avait postulé pour tous les types d’emploi, à l’exception des bulletins d’information politique, quelle ne fut sa surprise de se voir recrutée dans la section de l’information. Sans aucune notion politique, Mariam el-Bassam se retrouve donc à la rédaction. «C’était un défi que j’ai décidé de relever. Je n’avais pas un sou et j’avais besoin de travailler pour aider ma famille. Je me suis mise à lire assidûment les journaux et à écouter les nouvelles. J’ai engagé deux professeurs pour m’apprendre à écrire correctement l’arabe. Jusqu’à aujourd’hui, j’apprends quelque chose de nouveau au quotidien».
Dans la newsroom, Mariam el-Bassam cherche à innover. «Je voulais rédiger les nouvelles de manière différente, simple, utiliser un langage facile, introduire des citations. Il ne faut pas compliquer les choses. La radio est différente de la presse écrite. Lorsque j’écris, j’ai l’impression de composer une partition musicale».
Son sens développé des responsabilités attire rapidement l’attention de ses chefs. «On a vu en moi quelqu’un sur qui on pouvait compter. J’ai réussi à amorcer un changement en douceur, sans le proclamer, en présentant l’information d’une manière plus légère tout en introduisant des éléments intéressants pour l’auditeur». A Sawt el-Chaab, Mariam el-Bassam côtoie Nada Abdel Samad, Hussein Ayoub, Zaven Kouyoumdjian et d’autres. «Ces gens-là ont posé les bases du journalisme. J’ai grandi avec eux».
Auprès de Reuters qu’elle rejoint en 1993, elle apprend la rigueur, la précision et le recoupement de l’information. Elle est la première journaliste à annoncer avec 7 minutes d’avance la condamnation de Samir Geagea par la cour de justice dans l’assassinat de Dany Chamoun. Elle est également la première à annoncer le décès de Bassel Hafez el-Assad dans un accident de voiture. «C’est une période très riche sur le plan professionnel au cours de laquelle j’ai appris à la dure les fondements du métier. C’est une époque où on comptait sur la plume et le labeur pour réussir». Entretemps, elle poursuit son ascension à la radio et devient rédactrice en chef de Sawt el-Chaab.

Directrice à 34 ans
Face au succès enregistré par la radio, le parti communiste fonde al-Jadeed TV dont les locaux se situent dans le même immeuble que Sawt el-Chaab. «Par la suite, avec la chute de l’URSS et le recul du communisme, le parti a vendu la station à Tahsin Khayat qui n’est pas communiste mais un arabisant qui croit en la cause palestinienne». Petit à petit, Mariam el-Bassam intègre la télévision et devient responsable du service local. Malgré la présence de 7 supérieurs hiérarchiques, elle assume de grandes responsabilités. A la suite de sa décision de repasser un documentaire diffusé la veille mais interrompu par une retransmission en direct, sans avertir ses supérieurs, Tahsin Khayat décide de la nommer directrice de l’information. Elle a 34 ans et l’ampleur de la tâche la terrorise. «C’était trop de responsabilités pour moi. J’ai demandé à être nommée 3 mois par intérim puis je me suis totalement intégrée».
Mariam el-Bassam est la seule femme au Liban à occuper un tel poste. C’est elle qui a introduit les éditoriaux du bulletin télévisé dans le paysage médiatique libanais. «C’est une fonction qui requiert de la patience, un sens des responsabilités, de la création et de la créativité, d’être à la page, de ne pas refuser le progrès et surtout, de posséder une grande faculté d’adaptation». Douée pour l’écriture, Mariam el-Bassam l’est certainement. D’ailleurs, ses rédactions en langue arabe étaient régulièrement accrochées sur le tableau d’honneur de l’école. Avec amusement, elle confie: «Dans le temps, on disait de quelqu’un qu’il a une jolie plume, aujourd’hui je dis qu’il a un beau ‘keyboard’». La jeune femme est convaincue qu’elle doit vivre sa propre expérience. «La jalousie est très importante car elle me pousse à aller de l’avant et à m’améliorer. Je suis très jalouse lorsque quelqu’un écrit mieux que moi. Celui dont j’étais jalouse, c’est Georges Ghanem. Il était le seul à me faire concurrence. Depuis son départ de la LBC, j’estime que je n’ai plus de concurrent dans l’éditorial du bulletin télévisé. Je suis opposée à ceux qui veulent éliminer les éditos. Au contraire, on se défie d’une manière positive. Ce sont ceux qui ne savent pas écrire qui doivent se retirer». La journaliste confie que les documentaires de Georges Ghanem sont une véritable école. «J’ai beaucoup de respect pour son parcours et j’ai énormément appris de lui. A son époque, la LBC était une véritable concurrente». Selon elle, al-Jadeed «ressemble au Liban: elle comporte plusieurs courants et opinions politiques».

Pas d’amis politiques
Partisane du développement et des réseaux sociaux, elle a adopté Twitter sur lequel elle est très active et où elle exprime ses opinions. «Twitter me ressemble». Parmi la classe politique Mariam el-Bassam n’a pas d’amis. «Je respecte ceux qui acceptent mes critiques. Pourquoi se fâcher si je ne fais que dire la vérité? Répondez-moi par des preuves et non pas en me lançant des bombes et en me tirant des balles. Nous sommes un pays confessionnel et nos dirigeants ne font rien pour devenir un Etat laïc».
Les attaques dont elle fait constamment l’objet l’effrait-elle? «Si on a peur, on ne peut plus rien faire. On doit affronter la peur sinon elle prend le dessus et vous paralyse. Non, je ne connais pas ce sentiment. On ne peut pas m’emprisonner dans la crainte. Pour tous ceux qui croient en moi, pour mes filles, je dois être forte et ne rien craindre. C’est cela que j’essaie de leur inculquer».
Mariam el-Bassam estime que le quota féminin est en lui-même une insulte pour les femmes. «La femme a un rôle plus important à jouer que celui de récolter des donations pour des œuvres caritatives». Lorsqu’on lui demande où elle se situe politiquement, après réflexion elle répond: «Je prendrai un peu de chaque parti et j’en créerai le mien. Je suis contre Israël et avec chaque personne qui se bat contre lui mais si celle-ci est corrompue je la combats. Je suis avec les Forces libanaises dans leur guerre contre la corruption, avec la performance de Gebran Bassil sur le plan international mais contre son entêtement et ses ambitions qui n’ont plus de plafond sur le plan interne. Je suis avec la sagesse de Nabih Berry mais contre la couverture de toute corruption pouvant impliquer un de ses ministres. Avec la sympathie et la culture de Walid Joumblatt mais contre le féodalisme. Il y a des personnalités qu’on ne peut pas ne pas aimer même si nous ne sommes pas du même bord. Je respecte l’intelligence de l’autre. Elle me stimule».

Joëlle Seif

 

L’association des épouses des diplomates au Liban a célébré la femme à l’occasion de sa Journée internationale. Margarita Madrazo, présidente de l’association et épouse de l’ambassadeur du Mexique, a loué «les réussites de la femme dans les domaines de la politique, de l’économie et de la société», déplorant cependant la violence exercée contre la femme, notamment la privation de l’enseignement.
En présence d’invités du corps diplomatique, d’organisations non-gouvernementales et de figures féminines libanaises et internationales, l’association a fêté cette journée à l’hôtel Le Gray le 7 mars dernier.
Dans une intervention, Patricia J. Elias, avocate et activiste pour les droits de la femme, a donné des exemples vivants sur l’injustice des lois civiles au Liban envers les femmes qu’elle a invitées à militer pour un Liban plus juste.
L’association a attribué un prix spécial à Léa Baroud, présidente de l’association Marsh. Des ONG principalement actives dans l’autonomisation des femmes (palestiniennes, libanaises et syriennes) ont promu leur travail et vendu leurs articles.
Les chanteurs de la Demeure des Muses ont ravi les convives en interprétant des chansons choisies spécialement pour l’occasion, qui mettent en avant les femmes, comme la chanson de Zaz, Je veux ou encore, This girl is on fire de Alicia Keys.

Dans le cadre de sa visite au Liban, la Haute représentante de l’Union européenne à la Politique extérieure et sécuritaire, Federica Mogherini, a entamé une série de visites qui l’ont conduite à rencontrer les trois présidents Michel Aoun, Nabih Berry et Saad Hariri. L’occasion pour la diplomate européenne de réaffirmer à maintes reprises la disposition de l’Union «à coopérer avec le Liban sur le plan des réformes et de l’économie, une priorité, à la suite des projets liés à CEDRE». Des propos également tenus lors de l’inauguration des nouveaux locaux de l’Union européenne à Zokak el-Blatt.
«Je salue la longue histoire d’amitié entre l’UE et le Liban, probablement le plus européen des pays arabes». Des propos affirmés en présence du Premier ministre Saad Hariri, de la cheffe de la Délégation européenne au Liban, Christina Lassen, des nouveaux membres du gouvernement, des députés, des ambassadeurs ainsi que d’un grand nombre de représentants de la presse et des secteurs actifs de la société libanaise.

Rania Chiniara

Mardi, 02 Avril 2019 13:28

Skoun. Les donateurs au rendez-vous

Le dîner de gala de collecte de fonds organisé par Skoun, a été un grand succès, réunissant plus de 500 invités à l’occasion d’une soirée au Old Chevrolet Showroom Building. La collecte de fonds représente 35% du budget annuel de Skoun, ce qui lui permet de maintenir ses centres de traitement des problèmes d’addiction à la drogue et à l’alcool ainsi que ses programmes de prévention. Nadya Mikdashi, directrice exécutive et cofondatrice de Skoun, a déclaré que la générosité des donateurs a permis que l’année 2018 soit animée et fructueuse. Sarah Trad, présidente et cofondatrice de Skoun, a ajouté que le dîner de gala annuel était essentiel dans la levée de fonds et la générosité des présents ne saurait être surestimée.

Si le plan de réhabilitation du secteur électrique de Nada Boustani se déroule comme prévu, les Libanais constateront fin 2019 une nette amélioration de tous les services relatifs à l’électricité. Encore faut-il que les politiciens se décident enfin à placer l’intérêt du pays devant leurs petitesses et leurs mesquineries.
 

Nada Boustani ne cherche pas à s’approprier le mérite du plan global de réhabilitation du secteur de l’électricité dont les grandes lignes ont été élaborées par Gebran Bassil en 2010, alors qu’il était ministre de l’Energie. Mais entretemps, de nouveaux facteurs sont apparus, la présence au Liban de plus d’un million de réfugiés syriens n’étant pas des moindres. Cette population consomme le quart de la production d’électricité du pays, soit 550 MW (l’équivalent d’une centrale électrique), mais n’en paie que la moitié, une perte de 425 millions de dollars par an, explique la ministre à Magazine. Le plan de l’électricité porte l’empreinte de Nada Boustani, qui y travaille depuis presque dix ans, même si elle évite de trop se mettre en avant.    
Le plan Boustani propose donc des solutions à l’un des problèmes les plus complexes du Liban. Bien qu’ambitieux, il n’en reste pas moins réaliste et réalisable, si la volonté politique existe. «Dans le domaine de l’électricité, on n’invente rien. C’est purement technique et scientifique», affirme, sûre d’elle, la ministre de l’Energie et de l’Eau.
Dans ce plan à plusieurs volets, la première étape consiste à améliorer la collecte des factures et à réduire les pertes non techniques. «Dans le monde, les pertes techniques et non techniques (branchements illégaux) sont de l’ordre de 7 à 15%. Au Liban, nous sommes à 34%: 16,5% pour les pertes techniques et 21% pour celles non techniques, explique Mme Boustani. Le plan a deux objectifs principaux: réduire le déficit de l’EDL et améliorer le service et l’alimentation en électricité pour le consommateur. «Pour atteindre ces objectifs, nous prévoyons de passer par trois étapes, ajoute la ministre. Premièrement, la réduction des pertes techniques et non techniques et l’amélioration de la collecte des factures. Il s’agit essentiellement de collecter des factures non perçues à cause des manifestations des journaliers de l’EDL et du retard dans certaines décisions gouvernementales. Ces factures accumulées s’élèvent à 555 milliards de livres. Il faut y ajouter de 273 milliards de L.L. de retard de paiement d’un certain nombre d’abonnés. Nous espérons récupérer les 555 milliards d’ici 2020 alors que les 273 milliards ont été échelonnés jusqu’à 2025 pour ne pas alourdir la facture des consommateurs».

Pertes non techniques
Une autre mesure consiste à réduire les pertes non techniques en intensifiant notamment la lutte contre les branchements illicites sur le réseau électrique. «Il y a certes des zones difficiles mais, dans mon plan, je sollicite auprès du Conseil des ministres une protection assurée par les ministères de la Défense et de l’Intérieur aux employés de l’EDL, poursuite Mme Boustani. Si le plan est mis en œuvre selon le calendrier prévu, la combinaison de toutes ces mesures nous permettra de réduire le déficit de 400 milliards de livres d’ici la fin de l’année. Nous avons déjà commencé à les appliquer tout doucement. Ces chiffres ont été vérifiés par la Banque mondiale».  
La troisième étape est l’augmentation de la capacité de production avec l’utilisation du gaz. «L’évaluation technique est enclenchée pour la construction des unités de regazéification de stocks flottants, qui donnent du gaz naturel liquéfié (GNL), dit-elle. Après avoir obtenu l’accord du Conseil des ministres, il faudra compter entre un an et demi et deux ans pour obtenir le GNL».
La production devrait augmenter à court terme de 1 450 MW et de 3 100 MW à long terme. Et Mme Boustani d’expliquer: «Aujourd’hui, la production se situe aux environs de 2 000 MW. Le court terme, c’est la solution temporaire et le long terme c’est la solution permanente. Pourquoi une solution temporaire? La construction d’une nouvelle centrale électrique nécessite 3 à 4 ans, y compris toute la procédure administrative. Entretemps, il fallait réduire le déficit et permettre aux consommateurs de ne plus payer deux factures d’électricité, à l’EDL et aux générateurs privés. Pour atteindre cet objectif, il fallait ajouter 1 450 MW. La nouveauté, c’est qu’un seul appel d’offre combinera les solutions temporaire et permanente. Cela permettra de gagner du temps et d’économiser de l’argent, car c’est la même entreprise qui exécutera l’ensemble du projet, par conséquent, le risque du court terme sera assumé par le long terme. Ce n’est pas une démarche habituelle, nous pensons qu’elle donnera de très bons résultats».

Accord de PPA
Tous ces projets seront réalisés dans le cadre d’un accord d’achat par l’Etat d’énergie appelé PPA (Power purchase agreement). «L’Etat ne dépensera rien dans l’investissement, assure la ministre. Une fois que les projets seront achevés et que la production commencera, il achètera l’électricité selon un prix fixé au cent par kWH. Le fait d’avoir combiné les appels d’offre permettra d’accorder le PPA sur 20 ou 25 au terme desquels l’Etat récupèrera les installations. En revanche, le réseau de transport de l’électricité sera remis à l’Etat dès sa construction. Cette procédure sera appliquée à toutes les nouvelles centrales».
Le plan comporte aussi le remplacement des anciennes centrales de Hreiché en 2020, Jiyé en 2021 et Zouk en 2022, par des installations construites selon les nouvelles technologies dans le respect des normes environnementales. «Le démantèlement des anciens sites sera financé par l’Etat, sauf si nous trouvons des entreprises capables de combiner la déconstruction et la construction. Les navires-générateurs qui produisent aujourd’hui 370 MW seront déconnectés du réseau début 2022».      

Réduire la facture
«Fin 2019, nous pouvons dire aux Libanais que l’alimentation en électricité va s’améliorer sensiblement et que leur facture totale sera réduite même si nous augmentons les tarifs, assure Mme Boustani. Aujourd’hui, les consommateurs paient deux factures, une pour l’EDL et l’autre pour les générateurs. Ils paieront une seule facture avec un montant total inférieur à l’addition des deux dont ils s’acquittent actuellement. L’augmentation des tarifs et l’amélioration de l’alimentation en électricité se feront en parallèle afin que l’augmentation des factures payées à l’EDL soit compensée par la baisse de celles payées aux générateurs privés».
Les tarifs augmenteront graduellement et lorsque les 1 450 MW seront atteints, le prix du kilowatt/heure passera d’une moyenne de 9,2 cents à 14,38 cents. Pour la première catégorie de tarification (la plus basse), qui concerne 375 690 usagers consommant en moyenne 510 kWh/mois, la facture mensuelle d’EDL sera en moyenne de 110 744 livres (environ 74 $) en 2020, soit une baisse de 14,5 % par rapport à la facture totale actuelle (incluant celle des générateurs). Quant à la cinquième catégorie (la plus haute), qui concerne 38 843 usagers consommant en moyenne 2 150 kWh/mois, la facture mensuelle d’EDL sera en moyenne de 466 863 livres (environ 310 $) en 2020, soit une baisse de 10,7 % par rapport à la facture totale actuelle.

La seule promesse
La seule promesse de Mme Boustani aux Libanais est de faire tout son possible pour obtenir un consensus de toutes les forces politiques autour de son plan, une condition essentielle pour garantir sa réussite. «Pour le moment, je pense que tout le monde est conscient de la nécessite de réformer le secteur de l’électricité, dit-elle. Je souhaite rester positive. Ils ont adopté les grandes lignes du plan. J’ai tenu des réunions avant de l’envoyer au Conseil des ministres. Cela fait des mois que je travaille avec la Banque mondiale avant même d’être nommée ministre. Tous sont au courant de ce plan. Ils avaient tenu des réunions avec moi et la BM et ils avaient posé des questions».
Les principales forces politiques connaissent les grandes lignes du plan mais cela ne les empêche pas de continuer à le critiquer dans ce qui semble être plus un règlement de compte qu’une volonté de faire des propositions constructives. «Les attaques destructrices contre le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité par certaines parties visent à en donner une image négative et erronée à l’opinion publique, réplique la ministre. Il serait préférable que ceux qui ont des commentaires à exprimer ou des explications à demander le fassent dans le cadre de la commission ministérielle au lieu de fanfaronner. Notre main reste tendue pour une coopération constructive pour trouver des solutions qui satisfassent tous les Libanais».


Gaz: pas de retour en arrière
Concernant l’exploitation des ressources en hydrocarbure, Nada Boustani explique: «Deux blocs, le 4 et le 9, ont été attribués à un consortium de trois compagnies, Total, Eni et Novatek. Le premier puits au bloc 4 sera opérationnel avant fin 2019 et celui du bloc 9 en mai 2020. Depuis la mi-mars, les équipes de ces compagnies sont à l’œuvre en pleine mer pour prélever des échantillons jusqu’à 1 800 mètres de profondeur pour vérifier que les normes environnementales sont respectées. Cette première étape de l’exploitation a déjà commencé. Rien ne peut l’arrêter. La chance de trouver des réserves exploitables est assez élevée vu l’intérêt porté par ces trois compagnies d’être présentes au Liban».   
 

Un appel d’offre innovant
Dans un souci de réduire le déficit de l’EDL et d’améliorer l’alimentation en électricité sans augmenter la facture du consommateur, l’appel d’offre combinera les projets du court terme et du long terme. C’est-à-dire que le candidat qui remporte les projets du long terme devra aussi prendre à sa charge la solution du court terme. Cet appel d’offre s’articule autour de trois composantes: le prix de la production: si un des candidats pour l’appel d’offre peut assurer le gaz tout de suite, il peut être retenu jusqu’à ce que les unités de regazéification de stocks flottants soient prêtes. Tous les genres de fuels sont acceptés. Enfin, l’appel d’offre comporte la composante du transport de l’électricité. L’opérateur privé peut construire le réseau de transport dans des délais plus courts que le gouvernement bien ce secteur reste la propriété de l’Etat.


L’électricité en quelques chiffres
● Le déficit d’EDL en 2018 est estimé à 1,8 milliard de dollars, tandis que son déficit cumulé atteint les 30 milliards de dollars.
● La baisse du déficit est l’un des principaux engagements pris par le Liban à CEDRE pour bénéficier des 11 milliards de dollars de prêts bonifiés promis par la communauté internationale.
● La solution à long terme prévoit la construction de nouvelles centrales à Selaata (550 MW en 2023), Zahrani 2 (550 MW en 2023) et Hraiché (300 MW en 2024).
● Une des solutions envisagées à court terme serait l’installation, dans un délai de 3 et 6 mois, de 14 à 16 petites unités de production de gaz butane (180 MW chacune) dans différentes régions du Liban.

Paul Khalifeh

Ses éditoriaux incendiaires et ses petites phrases lapidaires ont fait d’elle une journaliste redoutable et redoutée. Mariam el-Bassam est la directrice de l’information et responsable des programmes politiques de la chaîne al-Jadeed. Son parcours est atypique.

De ses débuts à Sawt el-Chaab, en passant par ses années à Reuters, jusqu’à son poste actuel dans al-Jadeed, Mariam el-Bassam est restée la même. «Après 25 ans de carrière, je n’ai pas changé. Je suis toujours la même personne qui, à cause de sa franchise, a souvent des problèmes. Il m’arrive de blesser les gens sans en avoir l’intention. Je suis dure, têtue, directe et je n’ai pas d’amis. Dès que j’ai un problème, les gens disparaissent brusquement. Ma personnalité et mes idées se développent au cours des années, mais je refuse que cette évolution transforme mes principes et mes convictions qui sont inchangés dans toutes les étapes de mon parcours. Pour moi, la famille reste l’école la plus importante de la vie. C’est de ma mère que j’ai appris à distinguer le bien du mal et je reste toujours attachée à mes convictions, quels que soient les enjeux».  
C’est par ces mots que débute notre entrevue avec Mariam el-Bassam. Cette femme appartient à la génération de la guerre. «Je fais partie de ceux qui ont gravement souffert de la guerre. Ma famille a été détruite par celle-ci. Mon père a été kidnappé alors que j’avais à peine neuf ans». Rien ne la prédisposait à devenir journaliste, elle qui déteste la politique qui l’a privée de son père et de nombreux êtres chers. «Je n’écoutais jamais les nouvelles. Je me suis toujours réfugiée, dès mon plus jeune âge, dans la musique et l’art. J’écoutais la voix de Feyrouz pour oublier le fracas des obus et le bruit des bombes». Réfugiée dans une petite bicoque du côté de Jnah-Saint Simon après le kidnapping de son père, elle apprend un jour que l’antenne qui se dressait devant leur modeste habitation est en réalité une station de radio qui relevait de l’ancien député Zaher el-Khatib et où travaillait Nasser Kandil et des membres de sa famille. Mariam el-Bassam a 16 ans et c’est sur l’incitation de son ami le poète et journaliste Zahi Wehbé qu’elle présente une demande d’emploi dans le département de l’ingénierie du son.

Les beaux-arts
Son bac en poche, c’est vers la Faculté des Beaux-arts qu’elle se tourne. «Je n’ai pas fait d’études de journalisme. Je me suis imprégnée de l’ambiance artistique et culturelle de l’université. Il y avait des metteurs en scène, des acteurs, tout un monde qui me fascinait». La radio Sawt el-Chaab (La Voix du peuple, du Parti communiste libanais) faisait ses premiers pas. «C’était la seule chaîne qui concurrençait la Voix du Liban. Zahi Wehbé m’a encouragée de nouveau, nous étions plus de 150 personnes à présenter des demandes d’emploi.» Alors qu’elle avait postulé pour tous les types d’emploi, à l’exception des bulletins d’information politique, quelle ne fut sa surprise de se voir recrutée dans la section de l’information. Sans aucune notion politique, Mariam el-Bassam se retrouve donc à la rédaction. «C’était un défi que j’ai décidé de relever. Je n’avais pas un sou et j’avais besoin de travailler pour aider ma famille. Je me suis mise à lire assidûment les journaux et à écouter les nouvelles. J’ai engagé deux professeurs pour m’apprendre à écrire correctement l’arabe. Jusqu’à aujourd’hui, j’apprends quelque chose de nouveau au quotidien».
Dans la newsroom, Mariam el-Bassam cherche à innover. «Je voulais rédiger les nouvelles de manière différente, simple, utiliser un langage facile, introduire des citations. Il ne faut pas compliquer les choses. La radio est différente de la presse écrite. Lorsque j’écris, j’ai l’impression de composer une partition musicale».
Son sens développé des responsabilités attire rapidement l’attention de ses chefs. «On a vu en moi quelqu’un sur qui on pouvait compter. J’ai réussi à amorcer un changement en douceur, sans le proclamer, en présentant l’information d’une manière plus légère tout en introduisant des éléments intéressants pour l’auditeur». A Sawt el-Chaab, Mariam el-Bassam côtoie Nada Abdel Samad, Hussein Ayoub, Zaven Kouyoumdjian et d’autres. «Ces gens-là ont posé les bases du journalisme. J’ai grandi avec eux».
Auprès de Reuters qu’elle rejoint en 1993, elle apprend la rigueur, la précision et le recoupement de l’information. Elle est la première journaliste à annoncer avec 7 minutes d’avance la condamnation de Samir Geagea par la cour de justice dans l’assassinat de Dany Chamoun. Elle est également la première à annoncer le décès de Bassel Hafez el-Assad dans un accident de voiture. «C’est une période très riche sur le plan professionnel au cours de laquelle j’ai appris à la dure les fondements du métier. C’est une époque où on comptait sur la plume et le labeur pour réussir». Entretemps, elle poursuit son ascension à la radio et devient rédactrice en chef de Sawt el-Chaab.

Directrice à 34 ans
Face au succès enregistré par la radio, le parti communiste fonde al-Jadeed TV dont les locaux se situent dans le même immeuble que Sawt el-Chaab. «Par la suite, avec la chute de l’URSS et le recul du communisme, le parti a vendu la station à Tahsin Khayat qui n’est pas communiste mais un arabisant qui croit en la cause palestinienne». Petit à petit, Mariam el-Bassam intègre la télévision et devient responsable du service local. Malgré la présence de 7 supérieurs hiérarchiques, elle assume de grandes responsabilités. A la suite de sa décision de repasser un documentaire diffusé la veille mais interrompu par une retransmission en direct, sans avertir ses supérieurs, Tahsin Khayat décide de la nommer directrice de l’information. Elle a 34 ans et l’ampleur de la tâche la terrorise. «C’était trop de responsabilités pour moi. J’ai demandé à être nommée 3 mois par intérim puis je me suis totalement intégrée».
Mariam el-Bassam est la seule femme au Liban à occuper un tel poste. C’est elle qui a introduit les éditoriaux du bulletin télévisé dans le paysage médiatique libanais. «C’est une fonction qui requiert de la patience, un sens des responsabilités, de la création et de la créativité, d’être à la page, de ne pas refuser le progrès et surtout, de posséder une grande faculté d’adaptation». Douée pour l’écriture, Mariam el-Bassam l’est certainement. D’ailleurs, ses rédactions en langue arabe étaient régulièrement accrochées sur le tableau d’honneur de l’école. Avec amusement, elle confie: «Dans le temps, on disait de quelqu’un qu’il a une jolie plume, aujourd’hui je dis qu’il a un beau ‘keyboard’». La jeune femme est convaincue qu’elle doit vivre sa propre expérience. «La jalousie est très importante car elle me pousse à aller de l’avant et à m’améliorer. Je suis très jalouse lorsque quelqu’un écrit mieux que moi. Celui dont j’étais jalouse, c’est Georges Ghanem. Il était le seul à me faire concurrence. Depuis son départ de la LBC, j’estime que je n’ai plus de concurrent dans l’éditorial du bulletin télévisé. Je suis opposée à ceux qui veulent éliminer les éditos. Au contraire, on se défie d’une manière positive. Ce sont ceux qui ne savent pas écrire qui doivent se retirer». La journaliste confie que les documentaires de Georges Ghanem sont une véritable école. «J’ai beaucoup de respect pour son parcours et j’ai énormément appris de lui. A son époque, la LBC était une véritable concurrente». Selon elle, al-Jadeed «ressemble au Liban: elle comporte plusieurs courants et opinions politiques».

Pas d’amis politiques
Partisane du développement et des réseaux sociaux, elle a adopté Twitter sur lequel elle est très active et où elle exprime ses opinions. «Twitter me ressemble». Parmi la classe politique Mariam el-Bassam n’a pas d’amis. «Je respecte ceux qui acceptent mes critiques. Pourquoi se fâcher si je ne fais que dire la vérité? Répondez-moi par des preuves et non pas en me lançant des bombes et en me tirant des balles. Nous sommes un pays confessionnel et nos dirigeants ne font rien pour devenir un Etat laïc».
Les attaques dont elle fait constamment l’objet l’effrait-elle? «Si on a peur, on ne peut plus rien faire. On doit affronter la peur sinon elle prend le dessus et vous paralyse. Non, je ne connais pas ce sentiment. On ne peut pas m’emprisonner dans la crainte. Pour tous ceux qui croient en moi, pour mes filles, je dois être forte et ne rien craindre. C’est cela que j’essaie de leur inculquer».
Mariam el-Bassam estime que le quota féminin est en lui-même une insulte pour les femmes. «La femme a un rôle plus important à jouer que celui de récolter des donations pour des œuvres caritatives». Lorsqu’on lui demande où elle se situe politiquement, après réflexion elle répond: «Je prendrai un peu de chaque parti et j’en créerai le mien. Je suis contre Israël et avec chaque personne qui se bat contre lui mais si celle-ci est corrompue je la combats. Je suis avec les Forces libanaises dans leur guerre contre la corruption, avec la performance de Gebran Bassil sur le plan international mais contre son entêtement et ses ambitions qui n’ont plus de plafond sur le plan interne. Je suis avec la sagesse de Nabih Berry mais contre la couverture de toute corruption pouvant impliquer un de ses ministres. Avec la sympathie et la culture de Walid Joumblatt mais contre le féodalisme. Il y a des personnalités qu’on ne peut pas ne pas aimer même si nous ne sommes pas du même bord. Je respecte l’intelligence de l’autre. Elle me stimule».

Joëlle Seif

 

L’équipe de Magazine Le Mensuel a accueilli les étudiants de l’ESCP Europe et leurs professeurs, venus à Beyrouth pour un voyage d’études sur les industries culturelles et créatives. L’occasion d’échanges pertinents.
 

C’est avec enthousiasme et une grande curiosité que 26 étudiants de l’ESCP Europe se sont rendus au Liban début mars, pour un voyage d’études portant sur les industries culturelles créatives. L’occasion pour eux de rencontrer pendant une semaine des professionnels des médias, de la communication, des industries culturelles et créatives.
Le groupe Magazine les a accueillis à cette occasion dans la salle de conférence prêtée gracieusement par l’hôtel Sofitel Le Gabriel afin de présenter l’histoire de ses publications et d’évoquer les nombreux défis qui frappent le monde des médias en général, et de la presse écrite en particulier ces dernières années. Les étudiants étaient accompagnés de deux de leurs enseignants, Ghislain Deslandes, le directeur du mastère, et Jocelyn Maixent, professeur agrégé. Après une présentation en images du groupe depuis sa création, avec les explications
de Rania Chiniara, responsable de la Communication du groupe Magazine, le Président-directeur général Charles Abou Adal et le rédacteur en chef de Magazine Le Mensuel, Paul Khalifeh, se sont prêtés au jeu des questions-réponses.
Aux interrogations des étudiants portant sur l’indépendance de la presse et la censure éventuelle, Charles Abou Adal, qui dirige le groupe Magazine depuis 1978, a souligné que les publications n’ont aucun tabou concernant les sujets à traiter, qu’ils soient de nature politique ou sociétale. D’autant que le groupe est toujours demeuré indépendant de tout parti politique, mais aussi sur les plans financier et moral, contrairement à d’autres acteurs libanais du marché. Le Pdg a par ailleurs rappelé que par le passé, à la fin des années 70, la revue Ousbou el-Arabi, diffusée dans les pays arabes, faisait l’objet d’une «censure a posteriori», tout comme Mar’a, une adaptation arabophone de la revue Marie-Claire «qui a dû être arrêtée en 2002, à cause d’une censure extrêmement forte dans les pays du Golfe».
Le thème de la transition numérique a aussi été beaucoup évoqué par les étudiants, dont la plupart seront appelé à faire carrière dans le domaine des médias, après la fin de leur Mastère. «Nous essayons de nous adapter dans un marché extrêmement difficile», a indiqué Charles Abou Adal, pointant les difficultés que traverse le secteur de la presse en général, avec la chute des revenus publicitaires. «La presse est passée de 15% de l’ensemble du marché publicitaire à 3% en l’espace de quelques années. La crise est extrêmement forte. Il faut être réaliste», a-t-il affirmé.
Paul Khalifeh a rebondi sur ces propos, estimant qu’il n’était pas question «d’abandonner le papier, tout en étant conscient qu’il doit y avoir un support digital, qui constitue un chantier difficile pour une périodicité mensuelle».
Autre sujet abordé, celui de la francophonie. Charles Abou Adal a souligné que «l’usage du français offre la possibilité de mener plus d’enquêtes dans tous les domaines, du fait du nombre inférieur de lecteurs francophones par rapport à la presse arabophone». Paul Khalifeh a de son côté estimé que l’on assiste à une mutation de la francophonie au Liban, désormais portée par la diaspora libanaise installée notamment en Afrique de l’ouest.

Jenny Saleh

Le samedi 5 mars, en l’espace de quelques heures, les émissions télévisées The Voice Kids, version arabe, et The Voice version française, étaient le sujet de toutes les «conversations» et «monologues» virtuels: le Liban porté aux nues grâce à ses talents vocaux, Lynn el-Hayek et Marc Hatem.
 

Samedi 5 mars, dès 20h, la voix du Liban se taille une place de choix à travers la victoire de la très jeune Lynn el-Hayek à la première saison de The Voice Kids dans sa version arabe, diffusée sur la chaîne MBC. Lors de cette grande finale, six participants se sont disputé le titre, en deux mouvements, puisque chacun des membres du jury, Nancy Ajram, Kazem el-Saher et Tamer Hosni avait deux finalistes. Dans une première partie donc, Lynn el-Hayek, membre de l’équipe de Kazem el-Saher, a concouru contre Mirna Hanna (Irak), Ghady Béchara (Liban), Zein Obeid (Syrie), Jowayriya Hamdy (Egypte) et Amir Amuri (Syrie). A la suite de son interprétation d’Abaad kuntum de Mohammad Abdou, elle remporte la manche et se fait sélectionner pour la deuxième phase de la finale qu’elle dispute aux deux autres finalistes, tous deux d’origine syrienne, Zein Obeid  et Amir Amuri. Elle est la seule Libanaise à rester encore sur le plateau de The Voice Kids. Et elle l’emporte, grâce à son talent tout empreint de fraîcheur quand elle interprète la chanson de Zikra, Kol li lamouny.
 

Dans la cour des grands
Dans la dernière phase de l’émission, selon les règles du jeu, c’est le public qui tranche. C’est donc grâce aux votes massifs que le Liban se glisse en tête de la compétition à travers la victoire de Lynn el-Hayek. A l’annonce des résultats, c’est un visage surpris et souriant qu’elle affiche, avant de faire preuve d’une grande modestie et humilité, tenant à embrasser et à saluer tous les autres finalistes. Le pays, en particulier Tripoli dont elle est originaire, et les réseaux sociaux de s’enflammer aussitôt pour saluer cette victoire du Liban, cet espoir placé dans la jeunesse, non seulement du pays, mais de toute une région croulant autrement sous la pression, l’oppression, les catastrophes et les désastres. La première saison arabe de The Voice Kids, grâce à son professionnalisme et surtout grâce à la fraîcheur, l’authenticité et le talent de nos jeunes, très jeunes participants, a pu fidéliser un large public, par-delà les frontières, distillant un brin d’espoir et affirmant la culture et les arts comme le seul espace encore possible d’échange.

 

Sur l’autre versant de la langue
21h55, pour les plus francophones c’est l’heure de hausser le volume de l’écran télévisé, bloqué sur TF1 en toile de fond. The Voice: la plus belle voix avait une saveur particulière ce soir-là: on attendait le passage du candidat libanais Marc Hatem. Voilà l’écran qui s’illumine de son visage assuré et ultra-confiant.
Devant les quatre fauteuils tournés, Marc Hatem entonne son interprétation très personnelle du tube de 2014 de Hozier, Take me to church. Dès la première note, voix grave, caverneuse, la caméra enregistre l’expression agréablement surprise de Mika. Et les réactions à l’avenant s’enchaînent de la part des quatre membres du jury qui ne tardent pas à se retourner l’un après l’autre, Garou, Mika, Florent Pagny et Zazie affichent leur «Je vous veux», selon les règles du jeu.
Les compliments des quatre coachs de s’enchaîner. Garou relève une interprétation qui a apporté «plus de rage qu’on n’a jamais eue», soulignant cette «décharge électrique» sur scène. Zazie va même jusqu’à avouer préférer cette version à celle originale de Hozier, relevant au passage l’absence de tout cliché dans ce que le jeune Libanais, architecte de profession, a présenté. Entre la «colère» et la «force», le «gospel» et le «rock», «pour nous, affirme Florent Pagny, c’est du caviar, des talents comme vous».
C’est à Marc Hatem de décider lequel des quatre membres du jury sera son coach. Et c’est Garou qu’il estime être le meilleur choix pour lui; un choix qui, d’emblée, semble tonner juste au vu de son potentiel effectivement très rock au timbre cassé. Une voix qui, pourtant, a pris du temps pour s’affirmer, la présence présomptueuse du chanteur éclaboussant l’écran, de quoi pousser à saisir l’importance de ces auditions à l’aveugle. Sans oublier que sa voix, à plusieurs reprises, semblait effectuer une mauvaise note, mais sans jamais le faire, et c’est en cela que réside sa puissance. Retourné en loges, sa famille l’accueille à bras grands ouverts, sa mère le gratifiant même d’un «habibi mama!». A 25 ans, l’aventure du Libanais Marc Hatem ne fait que commencer. Il y a du travail à faire dans l’espoir d’un long chemin d’interprète à entreprendre, puisqu’il ne suffit pas d’avoir une voix qui sort de l’ordinaire, il y a une présence sur scène, humble et généreuse, à maîtriser.

Leila Rihani

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Éditorial
Ces mafias qui nous gouvernent

La situation économique et financière a atteint un tel bas-fond que l’édifice risque de s’écrouler sur tout le monde. Le cercle vicieux déficit/dette/hausse des taux d’intérêt/baisse de la consommation/chômage risque de se refermer durablement si des mesures d’urgence ne sont pas adoptées. Pour ne prendre que l’exemple de l’électricité, chaque mois qui s’écoule coûte au Trésor 160 millions de dollars. Le temps est compté, et pourtant, les dirigeants ne semblent pas pressés. Le gouvernement a été formé il y a maintenant plus de deux mois et il n’a encore pris aucune décision sérieuse susceptible de freiner la chute. Celle-ci sera tellement brutale que le pays aura du mal à s’en remettre. Ce n’est plus de l’incurie mais carrément de l’irresponsabilité qui s’apparente à une haute trahison. Tous savent que le pays n’a jamais traversé une situation économique et financière aussi mauvaise, même du temps de la guerre civile. Malgré cela, ils continuent à palabrer, à polémiquer, à se livrer à leur jeu favori de la surenchère stérile et destructrice. Ce n’est plus de l’insouciance mais une perverse complicité avec ces mafias sectorielles qui contrôlent des pans entiers de l’économie et du commerce, et qui font des milliards, dans l’illégalité et l’impunité les plus totales, au détriment du portefeuille et de la santé de centaines de milliers d’honnêtes citoyens, qui, malgré leur dur labeur, ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Sinon comment expliquer les tergiversations, les lenteurs, le laxisme et autres travers qui rythment l’action (ou faut-il dire l’inaction!) de ceux qui nous gouvernent? Pour ne parler que des générateurs privés, ceux-ci génèrent (en plus des particules hautement polluantes) entre un milliard et un milliard et demi de dollars par an. Cette manne providentielle est appelée à tarir progressivement puis à disparaître définitivement si le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité est mis en œuvre comme prévu. Les propriétaires sans scrupules de ces générateurs, qui n’ont pas hésité, il y a quelques mois, à plonger 4 millions de Libanais dans l’obscurité pour faire pression sur l’Etat, accepteront-ils candidement de fermer boutique? Certains d’entre eux n’ont-ils pas comme partenaires, ou comme complices ou protecteurs, des hommes politiques hauts placés? N’utiliseront-ils pas leur influence, achetée à coups de pots-de-vin et autres cadeaux pernicieux, pour saboter le plan de réhabilitation de l’électricité? Ce cas de figure, il faut le multiplier par cent, par mille peut-être, pour d’autres secteurs de l’économie, du commerce et des finances. Tant que les passerelles ne sont pas coupées entre les mafias et les dirigeants, tant que le tri n’est pas fait entre les affairistes et les hommes d’Etat, l’espoir de voir un véritable changement s’amorcer dans le pays reste mince.


 Paul Khalifeh
   
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Santé

Deuxième cas de rémission. Un nouvel espoir pour les malades du Sida?
Un second cas de rémission d’un patient infecté par le VIH a été annoncé début mars par la revue britannique…

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