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Nº 3088 du vendredi 6 avril 2018

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À l’occasion de la fête des Mères, l’association grecque-catholique de Beyrouth a donné, en collaboration avec le Club Lion Sunrise – Aïn Saadé – un déjeuner en l’honneur des personnes âgées, dans ses locaux de Achrafieh. Le repas s’est déroulé en présence de l’archevêque grec-catholique de Beyrouth, Mgr Salim Bustros, du président de l’association, Roger Nasnas, du gouverneur et du premier vice-gouverneur des clubs Lions au Liban district 351, respectivement Nasrallah Borji et Élie Zeinoun, de la présidente du Club Sunrise, Gaby el-Hajj, et des membres. A cette occasion, le club a offert à près de 100 personnes âgées de la literie ainsi que d’autres cadeaux.
Dans une allocution, Mgr Bustros a affirmé son soutien aux œuvres de l’association. De son côté, M. Nasnas a remercié le Club Sunrise  d’avoir offert ce déjeuner «devenu une tradition pour rendre hommage à près de 100 personnes du 3ème âge issus des différentes communautés». Il a souligné que cette coopération avec le Lions Club «renforce l’esprit de solidarité sociale dont nous avons besoin». Roger Nasnas a également annoncé à cette occasion que le centre médical Oasis de vie-Fondation Marie Hebbe, destiné à accueillir des patients en convalescence, sera inauguré fin 2018. Quant à Gaby el-Hajj, elle a mis l’accent sur les rôles de la mère et des clubs Lions au sein de la société. Enfin, Nasrallah  Borji a espéré que «les prochaines fêtes soient une occasion de rencontre et de coopération».

L’ambassade du Japon, le Syndicat des restaurants, cafés, boîtes de nuits et pâtisseries ainsi que toute la direction générale de la société BUMC, sponsors exclusifs de l’événement, se sont retrouvés au Pavillon du Biel pour un Washoku traditionnel.
Au son d’une musique japonaise zen et relaxante, les invités ont dégusté une grande variété de plats riches issus d’environnements maritimes, de montagne et de campagne enracinés dans la culture nippone. Les goûts et les couleurs de chaque assiette se combinaient en un ravissement total pour les pupilles et les papilles. Le Washoku, illustration d’une culture culinaire toute en raffinement, est inscrit au patrimoine immatériel et culturel de l’humanité depuis 2013.

Rania Chiniara

L’Agence italienne pour le commerce et l’Ambassade d’Italie au Liban ont organisé, le 7 mars dernier, un atelier de dégustation de vins italiens animé par le sommelier et œnologue italien Paolo Peira. Au cours de cette soirée, qui se tenait à l’hôtel Four Seasons, les participants ont pu découvrir et apprécier les vins de plus de 100 producteurs italiens et de 16 importateurs et distributeurs libanais de vins, liqueurs et boissons en provenance des régions transalpines. Rappelons que l’Italie est le plus grand producteur de vins dans le monde et dispose d’une grande variété de raisins et de plus de 500 appellations. Cette soirée a été aussi l’occasion de resserrer encore les liens entre l’Italie et le Liban, tant au niveau commercial qu’amical.

Jenny Saleh

Pour la 3ème année consécutive, l’ambassadeur de Belgique, Alex Lenaerts, a célébré la Journée internationale des droits de la femme, le 7 mars dernier dans sa résidence à Yarzé. En souhaitant un Ahlan wa Sahlan, les premiers mots qu’il a appris en arrivant au Liban, l’ambassadeur Lenaerts a souligné que «les femmes sont le réservoir le plus inexploité». Pour l’occasion,le diplomate a donné la parole à cinq femmes, chacune revenant sur son expérience et son combat. Claudine Aoun Roukoz s’est exprimée sur son action à la tête de la Commission nationale de la femme. La journaliste Raghida Dargham, candidate aux élections parlementaires, a pris le relais, suivie par Rita Rhayem, première femme à occuper le poste de directrice générale de Caritas Liban. Ce fut ensuite au tour de l’avocate Patricia Elias Smida, également candidate aux législatives et de la journaliste Dima Sadek de prendre la parole. En les présentant, l’ambassadeur Alex Lenaerts leur a lancé: « Mesdames, vous êtes un modèle par votre engagement et les valeurs que vous défendez».

Joëlle Seif

Il voulait devenir ingénieur mais les circonstances, ou plutôt la guerre, en ont décidé autrement. Dans son bureau, où trône en bonne place un portrait de l’ancien chef militaire du Hezbollah, Imad Moghnié, le rédacteur en chef et président du conseil d’administration du quotidien al-Akhbar, Ibrahim el-Amine, nous reçoit.

Dans un entretien à bâtons rompus, il revient sur son riche parcours. La brillante carrière d’Ibrahim el-Amine dans le monde de la presse est due au hasard. Trois quotidiens, al-Nida’, as-Safir, al-Akhbar, trois étapes dans la vie du journaliste. Fervent communiste, il s’était destiné à devenir ingénieur, mais avec la bataille de Beyrouth entre le PSP et le mouvement Amal, en 1986-1987, «dernier round de la guerre avant l’entrée des Syriens dans la capitale» et la dégradation de la situation sécuritaire, il est détaché par le parti au siège du quotidien al-Nida’ (organe de presse du parti communiste), à Qantari. «Je dormais au journal. Je me suis intéressé au métier de journaliste. En 1988, j’ai arrêté mes études. J’aurais souhaité poursuivre et devenir ingénieur. J’aimais bien cette idée et aussi l'esprit scientifique. Mais je me suis alors consacré au journalisme jusqu’à la fermeture du quotidien en janvier 1992», se souvient Ibrahim el-Amine.
C’est l’époque de l’invasion du Koweït par Saddam Hussein et de la guerre du Golfe. Après l’expulsion des Irakiens du Koweït, l’émirat recrutait des journalistes. «J’étais en pleine négociation et sur le point de partir lorsque mon visa a été refusé car, dans le temps, mon père avait été éloigné du Koweït pour des raisons politiques». Ibrahim el-Amine rejoint alors le quotidien as-Safir. Il y travaille de 1993 à 2005, couvre des sujets relatifs à la Résistance: les grandes batailles, les négociations avec Israël, la Libération en 2000, la ligne bleue. Autant de sujets où Ibrahim el-Amine devient une autorité de référence. «En raison de ma relation avec le Hezbollah, j’avais des informations sûres et confirmées», se souvient-il.
Selon lui, il n’y a pas de journaliste indépendant. «Il y a objectivité et neutralité. Peut-on parler d’indépendance quand il s’agit d’occupation? Peut-on être à égale distance de l’occupant et de l’occupé? Ce n’est pas possible. Il n’y a pas de journaliste neutre. Tout dépend du style que l’on adopte et si l’on met des gants ou pas pour dire certaines vérités. Est-ce de l’objectivité que de passer sous silence les massacres au Yémen? Il n’y a pas de neutralité. Il y a ceux qui assument leurs positions et les autres». Il s’agit toujours de traiter l’information de manière professionnelle. «La force du Akhbar, c’est d’avoir une position claire. Nous ne sommes pas neutres et nous ne pouvons pas l’être. Même dans ma vie je ne le suis pas. Je ne mène pas toutes les batailles avec le même enthousiasme».

Liens forts avec le Hezbollah
Revenant sur son parcours, il confie: «Le Nida’ était un journal partisan où j’ai beaucoup appris. Le Safir était une expérience très riche. Il avait une position politique mais laissait la voie libre à une diversité, loin de toute contrainte politique. Mais avec le temps, le quotidien avait perdu de sa combativité et c’est pour cette raison qu’al-Akhbar a été fondé. Joseph Samaha a mené ce projet. Il avait vécu toutes les transformations de la presse et cela lui a permis de créer un concept qui a donné al-Akhbar en 2006».
La relation entre le journaliste et le Hezbollah remonte aux années 1980. «Cette relation n’est pas idéologique car je reste un communiste mais elle est basée sur le fait que c’est une résistance, indépendamment de ceux qui y participent. J’avais beaucoup d’admiration pour ces résistants qui consentaient tellement de sacrifices. J’étais convaincu qu’ils étaient capables de libérer le pays». A l’université, Ibrahim el-Amine est responsable de la section estudiantine du parti communiste alors que le responsable de la section du Hezbollah est un ami à lui. «Quand j’étais au quotidien al-Nida’, j’ai approfondi ma relation avec le parti de Dieu surtout qu’il était à ce moment là en conflit avec le mouvement Amal». Au fil des années, il suit de près la progression  et l’évolution du parti. «A la fin des années 80, début 90 j’ai renforcé ma relation avec des cadres du parti. C’est une organisation secrète et on ne sait jamais ce que chacun fait. L’essentiel pour moi était d’obtenir des informations en tant que journaliste». Ainsi, il fait la connaissance des trois secrétaires généraux qui se sont succédé, cheikh Sobhi Toufaily, sayyed Abbas Moussaoui et sayyed Hassan Nasrallah. «J’ai également renforcé ma relation avec les cadres militaires, tels que Moustapha Badreddine et Imad Moghnié. Je passais du temps avec les résistants, je visitais leurs positions et j’assistais à leurs réunions. J’ai connu des cadres qui sont tombés en martyr. J’ai tenté de développer leur image médiatique».
Dans le documentaire Femmes de Hezbollah qu’il produit, le journaliste tente de montrer à l’Occident le Hezbollah à travers le regard d’une femme, qui est l’épouse d’un résistant. Avec des journalistes étrangers, il organise des rencontres avec des combattants. «En 2006, j’ai produit un film sur la guerre secrète entre le Hezbollah et Israël».
Ibrahim el-Amine entretient également des relations avec les mouvements de résistance palestiniens. Sa connaissance approfondie et ses relations avec ces milieux font de lui une référence. Sollicité de partout, il donne des conférences et des interviews. «J’ai rencontré des dizaines de reporters étrangers mais qui n’étaient en définitive que des hommes des renseignements. «Je devais expliquer la nature de l’action de la Résistance tout en restant prudent».
Pour le journaliste, cet engagement a un prix. «Je ne menais pas de batailles en l’air. On a déformé mon image et on m’a accusé d’être un terroriste. Israël me traite de terroriste parce que j’écris sur la Résistance. Les adversaires du Hezbollah me dénigrent mais cela m’indiffère. Je suis tout à fait conscient des conséquences de mon engagement et du prix à payer».  

Pas d’ambitions politiques
Contrairement à beaucoup de journalistes, Ibrahim el-Amine n’a jamais eu l’intention de faire de la politique ou de présenter sa candidature aux élections législatives. «La politique au Liban a éliminé le concept de député. Ceux qui ont un complexe ou ne se sentent pas suffisamment reconnus tentent de devenir député. Dans un pays comme le Liban, le Parlement est impuissant et ne peut pas changer les choses. Son rôle est très limité. L’idée de devenir député me fait rire. Une personne normale ne cherche pas à le devenir. Pourquoi faire? Dans quel but? Je n’en ai pas besoin en tant que personne. Etre journaliste est pour moi plus important. Un journaliste a plus de pouvoir et plus d’impact. Rares sont ceux qui entrent au Parlement en ayant une identité. Plus de 95% sont des personnes qui ont renoncé à beaucoup de choses pour devenir député. Ceux qui ont réussi à introduire des changements sont ceux qui se battent ailleurs, en dehors du Parlement». Pour le rédacteur en chef d’al-Akhbar, le système confessionnel est un véritable échec. «Pourtant, ni les chrétiens ni les musulmans ne le reconnaissent».
Face à la crise qui frappe la presse écrite, Ibrahim el-Amine reste confiant. «Le principal défi auquel la presse papier doit faire face, c’est son propre rôle. Il faut qu’elle soit le reflet de la rue. Si son but se limite à informer, c’est raté avec tous les nouveaux moyens de communications. Son rôle est de montrer ce qu’il y a derrière les faits apparents et d’exercer un véritable contrôle sur le pouvoir». Pour le journaliste, la presse n’est pas un exposé d’idées ou de propos. «Ce n’est pas une agence d’information. Le journal doit avoir une position claire, sinon ce n’est pas la peine qu'il existe». Malgré tout, la presse écrite reste la source principale d’information. «Les informations principales sont tirées des quotidiens et les journaux télévisés y puisent leurs nouvelles dans une proportion de 40%. On ne peut pas se passer des journaux». Même sur le plan économique et financier, les revenus de la presse écrite sont plus élevés que ceux des sites électroniques. Si l’imprimé dans le monde arabe traverse une crise, Ibrahim el-Amine en attribue la raison principale aux pays du Golfe qui ont poussé les journalistes à écrire des articles de complaisance et
qui aujourd’hui ont retiré leur soutien financier. Au Liban, certains journaux survivent faute de concurrents. «Le quotidien al-Akhbar est une nécessité même pour ceux qui ne partagent pas son point de vue».
Parmi toutes les figures politiques et apolitiques, Salim Hoss reste la personnalité qui l'a le plus marqué. «Salim Hoss est un homme qui possède une grande échelle de valeurs. C’est quelqu’un à qui on peut confier le pays sans hésitation. Des hommes de cette trempe, il n’en existe plus au Liban». El-Amine n’est pas en accord avec la politique interne du Hezbollah, qui a placé ses priorités ailleurs. «J’estime que le Hezbollah peut faire quelque chose sur le plan interne. De même, les priorités du président Michel Aoun ne s’appliquent pas au quotidien. C’est un homme sérieux, honnête, ferme, qui connaît la juste valeur du pays. C’est quelqu’un qui dessine les grandes politiques».
Les nombreuses attaques dont Ibrahim el-Amine est la cible le laissent totalement indifférent. «Ce ne sont en définitive que des tests pour me montrer à quel point j’assume mes positions. C'est le prix à payer».


En chiffres
3: Durant sa carrière Ibrahim el-Amine a travaillé dans trois quotidiens.
12: Le quotidien al-Akhbar a été fondé il y a 12 ans.
30: Sa relation avec le Hezbollah remonte à plus de trente ans.

Joëlle Seif

«Au Liban, la vie l’emporte sur la mort». Ces quelques mots résument la vision de Jean-Pierre Lafon sur le pays où il a servi et qu’il a si bien servi en tant qu’ambassadeur de France. Ce grand diplomate, à l’origine de la fondation de l’Esa, de la rénovation de la Résidence des pins, de l’élargissement du réseau des lycées français, confie à Magazine ses souvenirs. Aujourd’hui ambassadeur dignitaire de la République, cet amoureux du Liban n’exclut pas les pires scénarios mais il reste confiant dans la capacité du pays à se relever.

Vous avez été ambassadeur au Liban entre 1994 et 1997, l’époque de la reconstruction mais aussi de la présence syrienne. Dans quelle condition s’est déroulée votre mission?
Je suis arrivé au Liban un peu par hasard, l’ambassadeur précédent a eu un cancer et a été rapatrié d’urgence et moi-même, j’étais directeur des Nations unies,  avais eu des décès dans la famille qui m’empêchaient de bouger. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Alain Juppé, et son directeur de cabinet Dominique De Villepin, m’ont demandé, avec 12 heures pour dire oui ou non, de prendre la relève de M. Chatelet. Je venais de perdre mes parents et je souhaitais tourner la page. Je ne connaissais rien au Liban. J’ai pris le dossier presque à froid. Je me suis fait, à Paris, avant même d’arriver à Beyrouth, quelques principes. Comme disait le général De Gaulle dans ses Mémoires de guerre, «vers l’Orient compliqué, j’allais avec des idées simples». Moi aussi je me suis fait quelques idées simples. La première idée, je me suis dit: nous sommes à la fin de la guerre, ça va être la reconstruction, je serais l’ambassadeur de la reconstruction. Deuxième idée simple: je suis l’ambassadeur de la France au Liban mais aussi des Libanais. Donc, je ne m’intéresse pas à la Syrie, il y a un ambassadeur à Damas pour cela. Je ne m’intéresse pas non plus à la Palestine, il y a un consul général à Jérusalem. Troisième idée simple: l’unité du Liban. La France ne doit pas être assimilée à telle ou telle communauté. Je dois être en relation avec toutes les communautés parce que ce qui fait le caractère extraordinaire du Liban, c’est justement cette convivialité et cette osmose entre toutes ses composantes religieuses. C’est la diversité du Liban. Aujourd’hui, ce n’est peut-être pas très original comme approche, mais à l’époque, on sortait de 15 ans de guerre, ça l’était. Le fait de ne pas avoir connu la guerre du Liban, d’arriver en homme neuf avec un regard nouveau sur ce pays, m’a beaucoup servi.

Ces «idées simples», comme vous dites, vous ont-elles aidé à mieux accomplir votre mission?
Je peux vous dire que j’ai été mis à l’épreuve dès le début. A mon arrivée à l’aéroport, dans la voiture, j’avais appris que l’ambassadeur de France avait une résidence à Sofar. J’avais alors décidé que le premier week-end, je le passerai là-haut, car j’adore la montagne. Aucun ambassadeur de France n’était allé à Sofar en 15 ans. Le responsable de la sécurité me dit alors: «Monsieur l’ambassadeur, ce n’est pas possible». J’ai réfléchi trois secondes et je me suis dit: «C’est un test, si tu cales, c’est fini». Je lui ai répondu: «Mon lieutenant, vous ne me connaissez pas, mais quand je prends une décision, je l’applique. Donc, le premier week-end nous sommes allés à Sofar et contrairement à ce qu’on me racontait, il n’y avait aucun problème. Ensuite, j’y ai passé toutes mes fins de semaines.

Comment vous est venue l’idée de fonder l’Esa?
Je me suis mis à visiter les terrains et les biens appartenant à la France, sans a priori. Je vois donc le terrain de Clémenceau, avec ses mauvaises herbes et les mines posées partout. Je me suis dit: est-ce qu’on a besoin de tous ces hectares pour construire des bureaux pour une ambassade? Non, il faut faire autre chose là! J’ai commencé à en parler à l’Université Saint-Joseph (USJ), où j’avais constaté qu’il n’y avait pas de faculté de Management. Faute de réaction de la part de l’USJ, j’ai appelé la Chambre de commerce de Paris, qui est venue dans les 48 heures. J’ai proposé au Premier ministre Rafic Hariri de créer une grande école de management. Je suis parti de projets pour valoriser la présence de la France, tout ça s’est inscrit dans un plan systématique.

 

Vous étiez à l’origine de l’élargissement du réseau des lycées français au Liban…
Oui, je suis allé visiter les écoles. J’ai revu le Petit lycée de Verdun, il y a quelques jours, il est formidable. Mais à l’époque, le bâtiment scolaire était criblé de balles. Je me suis dit qu’il fallait élargir le Grand Lycée et restaurer tous les autres. J’ai pensé qu’il fallait absolument avoir un lycée dans le sud d’une part parce que cette région est importante et d’autre part parce que la communauté chiite est très bien implantée en Afrique francophone. Il a presque fallu que j’impose l’ouverture d’un lycée français dans cette partie du pays, jugée «très dangereuse». L’idée, derrière cette démarche, c’est l’unité du Liban. La France est partout, elle n’a pas d’exclusive, elle n’est assimilée à personne en particulier. L’unité, le renouveau, la reconstruction et voir l’avenir. Parce que le Liban, et c’est ma conviction, est un potentiel formidable. Parce qu’il y a une qualité humaine exceptionnelle sur le Levant, qui date de millénaires. Je suis parti au Liban avec quelques idées simples, j’ai essayé de les concrétiser sur le terrain.

C’est donc le rêve d’un homme, vous-même en l’occurrence, et non pas la politique d’un Etat, la France?
C’est le rêve d’une région, d’un homme, d’une correspondance entre ce que je suis, c’est-à-dire un animal d’action, qui essaie toujours de voir le coup d’après, toujours loin, volontaire, et un pays. C’est aussi le résultat de lectures, d’expériences. C’est très mal de parler de la colonisation mais il y a quand même eu de très grands hommes dans la colonisation, notamment quelqu’un dont j’avais lu les écrits, qui est Hubert Lyautey*, qui disait: «On ne fait rien de grand sans une parcelle d’amour». Il faut donc qu’il y ait une correspondance entre un pays, une population, des êtres humains, et ce que l’on est soi-même.

Si je comprends bien, tout ce que vous avez accompli, ici au Liban, était le fruit d’une initiative personnelle et non pas le résultat de directives ou de consignes venant de Paris…
C’est plus compliqué que cela! Quand je suis arrivé au Liban, le président, qui était François Mitterrand, M. Edouard Balladur, le Premier ministre, et M. Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères, avaient un intérêt personnel pour le Liban. Il y avait aussi, et c’est évident, un intérêt personnel de Jacques Chirac, qui était maire de Paris. Beaucoup d’hommes, de personnes, avaient un intérêt pour le Liban mais avaient des avis différents pour le pays. De mon expérience personnelle, j’ai appris que le problème c’est que les gens parlent beaucoup mais quand on ne connaît pas la situation du terrain, on n’exploite pas les vraies possibilités. Dans ce métier de diplomate, connaître le terrain est essentiel. Entre ce que l’on vous dit et la réalité du terrain, il y a un fossé colossal. Quand vous connaissez les Libanais, ils vous flattent toujours. Mais entre ce qu’ils vous disent et ce que vous voyez, c’est toujours différent. Ce qu’il y a d’extraordinaire dans ce pays c’est que vous prenez une initiative, vous montrez une détermination et vous trouvez toujours plein de volonté pour l’esprit d’entreprise, qui est inhérent à la population libanaise. Le général de Gaulle disait dans Le Fil de l’épée: «L’esprit d’entreprise en soi n’est jamais un défaut». Je crois profondément qu’il existe au Liban un potentiel d’entreprise qui est extraordinaire. C’est millénaire…

N’est-ce pas là un mythe? Vous, qui connaissez de par votre expérience beaucoup de pays, croyez-vous vraiment que le Liban dispose de ressources humaines exceptionnelles qui lui permettent de surmonter les plus difficiles des situations?
Oui, j’en suis convaincu. Je pense que c’est dû, sans doute, à ses ressources propres mais aussi à son histoire. Je vais vous donner un exemple concret, comment le Liban a survécu au milieu de ces 15 ans de guerre, à ces combats fratricides, parfois au sein de la même communauté. Je roulais dans Beyrouth en 1996, lorsqu’en avril, après la visite du président Chirac, Israël déclenche l’opération Les raisins de la colère. Tout d’un coup, les avions arrivent et larguent leurs bombes contre les centrales électriques qui alimentaient la capitale. Les colonnes de fumée s’élèvent dans le ciel. La circulation s’arrête. Ça n’a duré que quelques secondes. Puis dès que les avions repartent, la circulation reprend, comme si rien ne s’était passé. Je me suis dit: là, j’ai compris quelque chose du Liban que je n’aurais jamais perçu si je ne l’avais pas vécu. La vie surmonte tout, la vie surmonte la mort. Tout ce qui encourage la vie est bon. Il y’a quelque chose dans la vitalité, dans l’amour de la vie, qui est aussi dans la fête, chez la population libanaise. C’est dans le sang des Libanais mais c’est aussi le fait qu’ils ont subi tellement d’épreuves, toujours surmontées. Ils ont subi aussi de nombreuses occupations, romaine, ottomane, y compris, disons-le, celle des Français. Le Libanais a toujours su utiliser l’occupant à son service.

Il est donc collabo dans le sang?
Attendez! Collabo pour exploiter l’occupant. Même avec un ambassadeur. Les Libanais viendront me dire: Monsieur l’ambassadeur nous sommes très attachés à ceci, à cela. Ils iront voir l’ambassadeur de Russie et lui diront la même chose! Il faut être lucide. Qui aime le Liban pour lui-même? Très peu de gens, et notamment la France et peut-être aussi le Saint-Siège. La France parce qu’il y a une tradition historique qui remonte à plusieurs siècles. Mais aussi, le Liban est une terre de cohabitation pacifique des chrétiens, des musulmans, sunnites et chiites, des druzes. Il y a eu des affrontements, certes, mais ça reste unique à l’heure actuelle dans ce Moyen-Orient. Les Français y trouvent aussi leur intérêt parce que le Liban intéresse tout le monde arabe et le rôle de la France dans ce pays rayonne dans l’ensemble de la région.

Avec l’émergence de Dubaï, pensez-vous que le Liban peut toujours prétendre à ce rôle?
Vous connaissez le rôle des Libanais, au XIXème siècle, dans la Nahda, la renaissance. A l’heure actuelle, il y a des Libanais aussi bien au Caire, à Dubaï, et partout ailleurs. Vous pouvez être sûr que l’intervention du président Emmanuel Macron sur le Liban a relevé le prestige de la France dans le monde arabe. Le Liban est donc un levier et Jacques Chirac l’avait remarquablement compris.
Quand je suis arrivé au Liban, il n’y avait pas d’ambassadeur des Etats-Unis, seulement un chargé d’affaires, sous prétexte que le pays était trop dangereux. Au bout d’un an et demi, arrive l’ambassadeur, un homme fort sympathique, qui me propose d’aller le voir chez lui. Je dis «non». Finalement, c’est lui qui vient me voir à ma résidence. Je lui demande très directement: Quel rôle a le Liban pour vous, parce que Henry Kissinger voulait le partager en deux? Il a eu réponse remarquable de sincérité: «Le Liban nous intéresse car c’est un voisin d’Israël.» Tout était dit!

Vingt ans après, la vision qu’ont la France et les Etats-Unis du Liban a-t-elle évolué?
Pour la France, elle n’a pas changé. Le Liban a une importance capitale dans le monde compliqué. Je sais que pour le président Macron, qui croit dans la pluralité, la convivialité, la multiplicité des communautés, il faut protéger le Liban de tous les risques.

Lors de votre mission au Liban, vous avez rencontré de nombreux hommes politiques et dirigeants libanais. Prenaient-ils, selon vous, leurs décisions librement ou agissaient-ils sous influence syrienne?
Le général de Gaulle disait: «la première chose c’est l’indépendance». Mais on n’est jamais totalement indépendant car nous sommes dans un contexte régional, qui est, pour le Liban, celui du Proche-Orient, que nous connaissons tous. Pour la France, c’est le contexte de l’Europe. Depuis 1950, la France a joué la carte de l’Europe. Certes, elle a son ambition universelle, mais celle-ci passe par l’Europe… contrairement à la Grande-Bretagne. Le Liban est un pays arabe, un Etat du Moyen-Orient, donc il n’est pas totalement indépendant, comme nous, nous dépendons aussi de l’Europe. La deuxième chose, c’est que nous sommes dans un monde globalisé, avec ses règles dans l’économie et la finance. Vous savez combien c’est important pour le Liban. Vous avez quand même traversé la crise de 2008 grâce à une gestion financière remarquable de la Banque centrale, sans être exposés à des dangers. A l’époque où j’étais en poste, il y avait un contexte syrien dont la France a tenu compte. On se souvient que le président Chirac avait été reçu en visite officielle par le président Hafez el-Assad et je pense qu’il avait dans le collimateur le souci de protéger le Liban. Pour cela, il fallait avoir de bonnes relations avec la Syrie et avec l’Arabie saoudite. Il y a aussi l’Iran. Le Liban sait jouer les intermédiaires. Forcément, il est dans une certaine dépendance, mais il ne doit pas être dépendant d’un seul, sinon il devient son esclave. Il faut être dépendant de plusieurs. Dans le schéma global, le Liban est aussi dépendant de l’Europe. C’est ça la force du Liban: vous êtes un carrefour, un pays intermédiaire et vous jouez là-dessus. L’indépendance totale n’existe plus dans ce monde globalisé. Pour personne!

Des hommes politiques avec lesquels vous avez travaillé ici au Liban, lequel vous aura le plus marqué?
J’ai vu beaucoup de monde, certains ont disparu depuis. Je rencontrais souvent le Premier ministre Rafic Hariri. C’était un homme qui avait un projet et comme disait Sartre, «le projet fait l’Etre». Il avait une ambition, restaurer et renouveler le Liban et nous avons participé à ce projet, dans les domaines de la scolarité et de la formation, avec l’ouverture de l’Esa, le soutien à l’USJ, du lycée au Liban-Sud. J’ai eu aussi d’excellentes relations avec Walid Joumblatt qui, pourtant, la première fois où je l’ai vu, a commencé par m’engueuler en me disant que la politique de la France au Liban était nulle etc… Ça s’est bien passé aussi avec Nabih Berry, qui était très satisfait de l’ouverture du Lycée de Nabatiyé. Et lors de sa visite au Liban, le président Chirac a prononcé son grand discours au Parlement puis il est allé à Naqoura. Je connaissais tout le monde, dans tout le Liban (…) J’ai même fait à pied les gorges du Litani.   

22 ans après votre mission, comment avez-vous trouvé le Liban? S’est-il amélioré, est-il figé ou, au contraire, a-t-il régressé?
Aujourd’hui, ça va mieux qu’il y a quelques années. Il y a des institutions, un président de la République, un Premier ministre, un président de l’Assemblée et il va y avoir des élections. Par ailleurs, Beyrouth est une ville vivante et sûre, peut-être plus que Paris. Le troisième point est le million et demi de réfugiés syriens. Ils constituent un poids énorme et il faudrait une solidarité internationale pour l’aider. C’est une fragilité qui n’existait pas il y a dix ans. Quatrièmement, la vitalité est intacte.     
 
Le Liban pourrait-il être confronté, selon vous, dans un proche avenir, à l’un des trois scénarios effrayants: une guerre israélienne, un conflit interne ou l’effondrement de son économie?
Un diplomate doit envisager toutes les hypothèses et à partir de là je vous répondrai que tout est possible. J’ai été bien formé là-dessus et lorsque je suis arrivé en Iran, en 1977, comme chef de la mission culturelle et de la coopération technique, personne n’imaginait que deux ans après le Chah ne serait plus là. J’étais avec un très grand ambassadeur, Raoul Delaye, qui l’avait vu à l’avance. Mais personne à Paris ne le croyait. Mais si dans la vie, on ne voit que les hypothèses négatives, on ne fait plus rien. Au Proche-Orient plus qu’ailleurs, tout est possible parce que nous sommes dans une région où tout est mouvant, tout le temps. Regardez la Syrie aujourd’hui, qui l’aurait imaginé il y a 20 ans? Il existe un risque de conflit, notamment à la frontière sud. Benyamin Netanyahu a des problèmes sur le plan intérieur, donc ça peut l’arranger de détourner l’attention. Tout est possible. L’Arabie saoudite elle-même connaît des changements que l’on n’aurait pas imaginés il y a 4 ou 5 ans. Mais ce qui fait le caractère extraordinaire du Liban, c’est que malgré tout la vie l’emporte sur la mort. C’est, au fond, la grande leçon du Liban.

Paul Khalifeh
Photos Milad Ayoub-DR

Le samedi 5 mars, en l’espace de quelques heures, les émissions télévisées The Voice Kids, version arabe, et The Voice version française, étaient le sujet de toutes les «conversations» et «monologues» virtuels: le Liban porté aux nues grâce à ses talents vocaux, Lynn el-Hayek et Marc Hatem.
 

Samedi 5 mars, dès 20h, la voix du Liban se taille une place de choix à travers la victoire de la très jeune Lynn el-Hayek à la première saison de The Voice Kids dans sa version arabe, diffusée sur la chaîne MBC. Lors de cette grande finale, six participants se sont disputé le titre, en deux mouvements, puisque chacun des membres du jury, Nancy Ajram, Kazem el-Saher et Tamer Hosni avait deux finalistes. Dans une première partie donc, Lynn el-Hayek, membre de l’équipe de Kazem el-Saher, a concouru contre Mirna Hanna (Irak), Ghady Béchara (Liban), Zein Obeid (Syrie), Jowayriya Hamdy (Egypte) et Amir Amuri (Syrie). A la suite de son interprétation d’Abaad kuntum de Mohammad Abdou, elle remporte la manche et se fait sélectionner pour la deuxième phase de la finale qu’elle dispute aux deux autres finalistes, tous deux d’origine syrienne, Zein Obeid  et Amir Amuri. Elle est la seule Libanaise à rester encore sur le plateau de The Voice Kids. Et elle l’emporte, grâce à son talent tout empreint de fraîcheur quand elle interprète la chanson de Zikra, Kol li lamouny.
 

Dans la cour des grands
Dans la dernière phase de l’émission, selon les règles du jeu, c’est le public qui tranche. C’est donc grâce aux votes massifs que le Liban se glisse en tête de la compétition à travers la victoire de Lynn el-Hayek. A l’annonce des résultats, c’est un visage surpris et souriant qu’elle affiche, avant de faire preuve d’une grande modestie et humilité, tenant à embrasser et à saluer tous les autres finalistes. Le pays, en particulier Tripoli dont elle est originaire, et les réseaux sociaux de s’enflammer aussitôt pour saluer cette victoire du Liban, cet espoir placé dans la jeunesse, non seulement du pays, mais de toute une région croulant autrement sous la pression, l’oppression, les catastrophes et les désastres. La première saison arabe de The Voice Kids, grâce à son professionnalisme et surtout grâce à la fraîcheur, l’authenticité et le talent de nos jeunes, très jeunes participants, a pu fidéliser un large public, par-delà les frontières, distillant un brin d’espoir et affirmant la culture et les arts comme le seul espace encore possible d’échange.

 

Sur l’autre versant de la langue
21h55, pour les plus francophones c’est l’heure de hausser le volume de l’écran télévisé, bloqué sur TF1 en toile de fond. The Voice: la plus belle voix avait une saveur particulière ce soir-là: on attendait le passage du candidat libanais Marc Hatem. Voilà l’écran qui s’illumine de son visage assuré et ultra-confiant.
Devant les quatre fauteuils tournés, Marc Hatem entonne son interprétation très personnelle du tube de 2014 de Hozier, Take me to church. Dès la première note, voix grave, caverneuse, la caméra enregistre l’expression agréablement surprise de Mika. Et les réactions à l’avenant s’enchaînent de la part des quatre membres du jury qui ne tardent pas à se retourner l’un après l’autre, Garou, Mika, Florent Pagny et Zazie affichent leur «Je vous veux», selon les règles du jeu.
Les compliments des quatre coachs de s’enchaîner. Garou relève une interprétation qui a apporté «plus de rage qu’on n’a jamais eue», soulignant cette «décharge électrique» sur scène. Zazie va même jusqu’à avouer préférer cette version à celle originale de Hozier, relevant au passage l’absence de tout cliché dans ce que le jeune Libanais, architecte de profession, a présenté. Entre la «colère» et la «force», le «gospel» et le «rock», «pour nous, affirme Florent Pagny, c’est du caviar, des talents comme vous».
C’est à Marc Hatem de décider lequel des quatre membres du jury sera son coach. Et c’est Garou qu’il estime être le meilleur choix pour lui; un choix qui, d’emblée, semble tonner juste au vu de son potentiel effectivement très rock au timbre cassé. Une voix qui, pourtant, a pris du temps pour s’affirmer, la présence présomptueuse du chanteur éclaboussant l’écran, de quoi pousser à saisir l’importance de ces auditions à l’aveugle. Sans oublier que sa voix, à plusieurs reprises, semblait effectuer une mauvaise note, mais sans jamais le faire, et c’est en cela que réside sa puissance. Retourné en loges, sa famille l’accueille à bras grands ouverts, sa mère le gratifiant même d’un «habibi mama!». A 25 ans, l’aventure du Libanais Marc Hatem ne fait que commencer. Il y a du travail à faire dans l’espoir d’un long chemin d’interprète à entreprendre, puisqu’il ne suffit pas d’avoir une voix qui sort de l’ordinaire, il y a une présence sur scène, humble et généreuse, à maîtriser.

Leila Rihani

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Éditorial
Déficit de confiance

Les Libanais n’attendaient pas la mise en garde du président Michel Aoun sur le danger de la faillite de l’Etat pour se rendre compte de la gravité de la situation. Un vent de panique, encore contenu, bruisse dans le pays. Des rumeurs mais aussi des informations vraies sur la fragilité des finances publiques foisonnent. On chuchote au sujet de la fuite de capitaux; d’un infléchissement de la politique monétaire de la Banque du Liban, suffisamment important pour provoquer l’effondrement du cours de la monnaie nationale d’ici la fin de l’année; on murmure que la banque centrale cherche, désespérément et difficilement, à acquérir des dollars pour renforcer ses réserves. Les analyses prévoyant un conflit régional d’envergure, dont une attaque israélienne contre le Liban ne serait que l’une des facettes, n’arrangent pas les choses. Les menaces israéliennes d’une «guerre destructrice» contre le Hezbollah, proférées lundi, les confirment. Les craintes sont tellement tenaces que même la «positive attitude» des plus optimistes ne parvient plus à les atténuer… ni les «bonnes nouvelles» attendues de la conférence Cèdre I.      Un déficit de confiance fondamental semble s’être installé dans le pays. Tous les jours, la méfiance grandit et enfouit ses racines plus profondément. Le plus grave, c’est que lesdites «mesures d’austérité» adoptées par le gouvernement dans le cadre du projet de budget 2018 ne sont perçues, par une majorité de Libanais, que comme de la poudre aux yeux. Ce n’est pas en réduisant de 20% les dépenses des ministères que l’on règlera le problème. Un telle démarche est non seulement insuffisante mais aussi contre-productive, car les coupes touchent indistinctement tous les ministères, y compris, par exemple, celui des Affaires sociales, qui apporte une aide modeste mais salutaire à des milliers de familles qui peinent à remplir leur panier de la ménagère.Une fois de plus, le gouvernement ne regarde que la partie visible de l’iceberg. Il ignore le vrai problème, celui de la corruption institutionnalisée, de ces minces mais intarissables filets de gaspillage, qui pompent des milliards tous les jours. Une fois de plus, l’Etat ponctionne le portefeuille déjà vide des classes les plus démunies, et ferme les yeux face aux abus des plus puissants. Qu’en est-il des biens maritimes exploités illégalement? Des évasions fiscales? Des catégories de privilégiés ou de protégés qui inondent le marché de biens manufacturés importés sans payer un sou à la douane? Des milliards dépensés par les officiels en voyages, aux frais du contribuable? Des commissions payées et perçues dans le cadre de contrats de gré à gré? La liste est interminable…Le déficit des finances est, désormais, couplé à un défaut de confiance. Les soins palliatifs ne sont plus utiles. Un traitement lourd est nécessaire. Y a-t-il un médecin dans la salle?    


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Un passeport biométrique?
Le passeport biométrique est disponible au Liban depuis le 1er août 2016. Toutefois, la remise de titres de voyage relevant de l’ancien «régime» a toujours été permise pour les Libanais…

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