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Nº 3091 du vendredi 6 juillet 2018

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Le Pavillon du Liban à la Biennale Architettura 2018, est la première participation nationale du Liban à l’exposition internationale d’architecture - la Biennale di Venezia, sous le titre: The place that remains recounting the unbuilt territory. L’inauguration du pavillon s’est déroulée à Venise en présence du ministre de l’Information, Melhem Riachy, l’ambassadeur du Liban en Italie, Mira Daher, l’ambassadeur de France au Liban, Bruno Foucher, le directeur des Affaires géographiques de l’armée libanaise Général Moustapha Messelmani, le Président de l’Ordre des Ingénieurs et Architectes Jad Tabet, la représentante du ministre de la Culture, Lynn Tehini Kassatly, le Président de la LAU Dr. Joseph Jabra, le Doyen de la Faculté des Beaux-Arts à l’UL Dr. Mohammad Hosni El Hajj, et des représentants de l’ALBA et de l ’USJ. Le projet a été élaboré par Hala Younès, commissaire du Pavillon, et professeur assistant à la LAU. Ce premier Pavillon est un état des lieux du territoire, une identification de ce qui reste, une réflexion sur l’environnement bâti à travers un inventaire des espaces non bâtis.

Jenny Saleh

Le Meref - CCI France Liban a organisé son dîner de gala annuel célébrant ses 10 ans en présence d’un grand nombre de dirigeants français et libanais. Sur le thème de 10 chefs pour les 10 ans, ce dîner s’est tenu dans les jardins de la Résidence des Pins, signe fort de l’engagement de l’Ambassade de France et de ses services en faveur du développement économique. Le Meref - CCI France Liban, (www.meref-ccifl.org), a pour vocation de regrouper les entreprises françaises et libanaises qui souhaitent contribuer au renforcement des liens commerciaux entre la France et le Liban, et au-delà du Liban, dans toute la région. Son réseau prospère ainsi grâce à l’échange de connaissances et d’expériences de ses membres. Il fait partie du réseau des Chambres de commerce françaises à l’international, 1er réseau français d’entreprises avec 35 000 sociétés, réparties sur 90 pays à travers 120 implantations.

Liliane Mokbel

La consule honoraire d’Islande, Carla Jabre Vann, a organisé une réception à son domicile de Fanar pour célébrer le centenaire de l’autonomie du pays qu’elle représente. De nombreux officiels et amis ont répondu présents pour rendre hommage à cette nation qui a débuté comme une petite colonie de Vikings à la fin du IXe siècle et qui n’obtint son autonomie du Danemark qu’au début du XXe siècle. Mme Jabre a relevé que «le sentiment qu’ont les Islandais que ce qui les unit est beaucoup  plus fort que ce qui les divise», appelant le Liban à s’en inspirer. Parmi les invités de marque, figuraient Alain Aoun, Roula Jaroudi et Hagop Pakradounian, l’ancien président Amine Gemayel, Nayla Moawad, Chamel Roukoz, Farès Boueiz, Ali Osseirane, Sejean Azzi ou encore Joseph Habis. 

Jenny Saleh

Sous le haut patronage du Premier Ministre Sheikh Saad El Hariri et en présence du ministre des Télécoms Jamal Jarrah, un timbre à l’effigie de Riad Salamé a été dévoilé. Une façon d’ancrer dans le temps et dans l’histoire du Liban, 25 années durant lesquelles et contre vents et marées, le premier gouverneur a maintenu la stabilité économique du pays et protégé la valeur de la livre libanaise. Pour célébrer cet événement, LibanPost son Pdg Khalil Daoud et les actionnaires de l’institution au grand complet ont organisé une cérémonie au musée de la Banque centrale pour honorer et fêter le gouverneur Riad Salamé. Nommé par Global Finance Magazine, meilleur gouverneur de banques centrales de Classe A, de par le monde il n’a cessé de rassurer les Libanais, la diaspora et tous les déposants, que la monnaie nationale est en sécurité et que tout autre propos ne serait qu’exagération politique. A noter que le timbre est tiré à 50 000 exemplaires et sera vendu à 25 000 L.L.

Rania Chiniara

Rédactrice en chef du journal télévisé à Télé Liban, Nada Saliba Chouéiri revient sur sa longue carrière dans la chaîne étatique et lance un cri du cœur: «Sauvez Télé Liban!».

Son moteur, c’est une curiosité professionnelle, centrée sur un besoin d’aller au-delà des faits, de poser des questions et de comprendre les tenants et les aboutissants de chaque événement. Enfant, elle aimait discuter avec acharnement, «comme un avocat ou un journaliste». Nada Saliba Chouéiri a longtemps hésité entre ces deux métiers avant d’opter pour le second.
Pour la jeune femme, le journalisme est un message à transmettre de manière objective. «Aujourd’hui, la presse ne me ressemble plus. Quand j’ai commencé, c’était différent. La conception du journalisme n’était pas ce qu’elle est actuellement. On peinait pour trouver une information, s’assurer de sa crédibilité. Les réseaux sociaux n’existaient pas».
Nada Saliba fait ses premiers pas dans l’écriture dans le palmarès de son école, où chaque année elle rédigeait un article. «Mes professeurs m’ont encouragée dans cette voie», se souvient-elle. Elle se classe parmi les premiers au concours d’entrée de la Faculté d’information de l’Université libanaise (UL), où elle se familiarise avec les techniques et les principes de la profession. «Je n’avais jamais pensé travailler à la télévision ou à la radio.  J’avais choisi la presse écrite. J’étais convaincue que j’allais travailler dans un quotidien». Elle intègre le journal al-Amal, organe du parti Kataëb, an-Nahar puis Dar al-Sayyad et collabore en free lance avec des revues et des quotidiens.

Sélectionnée par la VDL
Lorsque la Voix du Liban commence à recruter, ils sont 400 à se présenter. «Trois candidaes et moi-même avons été sélectionnés. A l’époque la VDL était une école. J’ai fait 6 mois de stage avec Omar el-Zein avant d’accéder à l’antenne. Mon premier passage pour les nouvelles avait lieu entre 3h15 et 4h15 du matin. Maguy Farah estimait qu’une speakerine de la VDL n’avait pas droit à l’erreur. Même le bulletin de 5h15 nous était interdit car il y avait une chance que ceux qui se rendent très tôt à leur travail puissent nous écouter».  
Avec le début de la guerre entre l’armée et les Forces libanaises et pour des raisons de logistique, Nada Saliba quitte la radio. De son passage à la VDL, elle tire beaucoup de fierté. «Cette radio était une école où j’ai acquis les bases du métier. Je me vantais d’en être sortie et cela m’a donné une grande expérience». Après la réunification des deux stations de Télé Liban (Hazmieh et Tallet el-Khayat), Nada Saliba, présente aussi sa candidature, à la Mbc, qui venait d’être lancée à Londres. «Je me suis rendue en Grande-Bretagne mais finalement j’ai choisi de rentrer à Télé Liban, à Beyrouth. Je pensais que ma présence était plus utile à mon pays». Des désillusions, elle affirme en avoir connu dans sa vie. «Toutes ces déceptions m’ont rendu plus forte. J’ai donné plus à Télé Liban que je n’en ai reçu. J’ai toujours espéré que les autorités finiraient par redresser cette chaîne qui mérite de survivre».  
Lorsqu’elle y débute, Fouad Naïm en est le Pdg. «C’était l’âge d’or de la chaîne». Durant cette période, elle est de nouveau sollicitée par la Mbc qui avait déjà commencé à diffuser ses programmes depuis Londres. «Lorsque j’ai demandé conseil à Fouad Naïm, il m’a dit qu’à la Mbc tu seras juste un numéro. J’étais impressionnée par leur news room et par l’idée qu’on était regardé partout dans le monde. C’était mieux payé et on pouvait y faire carrière. La priorité était ma vie familiale. L’argent et la gloire ne durent pas. J’ai reçu plusieurs offres mais ce n’était pas la vie que je souhaitais. J’ai finalement décidé de rentrer pour de bon au Liban et d’y fonder une famille». A ce moment, Télé Liban réussissait encore à faire la concurrence aux autres chaînes. «Des séries dramatiques étaient même produites et avaient beaucoup de succès tels que Al Assifa tahoub marratayn. J’avais au Liban tout ce que je souhaitais».

Animatrice d’émissions
Elle présente des émissions notamment 5/7 avec Zaven Kouyoumjian et Massikon bel kheir, un magazine. Malheureusement, les conflits politiques ont éclaté dans le pays. «Télé Liban en a fait les frais et la station était de plus en plus délaissée. Malgré de légères améliorations, il reste encore beaucoup à faire pour devenir compétitifs». Y a-t-il des espoirs pour redresser la chaîne? «S’il y a une décision politique dans ce sens, il est possible d’améliorer la situation. Nous avons beaucoup de gens qualifiés. Mais il faut d’abord la mettre à l’abri des frictions politiques. Aujourd’hui, la télévision nationale est en train de mourir. Sauvez-la!».  
Des personnages politiques, Nada Saliba en a rencontré durant sa longue carrière. Chaque personne croisée a laissé un impact dans sa vie. «En 1993, alors que le sida était encore un sujet tabou, j’ai interviewé Robert, un malade qui m’a beaucoup marquée». Elle se souvient également de Rafic Hariri, qui «aimait beaucoup écouter les gens et savoir ce qu’on disait de lui». Il l’a aussi encouragée à rester au Liban. «J’étais reporter au Grand Sérail et un jour où il faisait son briefing quotidien, il m’a dit: Nada, ne quitte pas le pays».


En chiffres
30
Elle passe à la VDL trente mois.  

27
Le nombre d’années passées à Télé Liban.

6 000
A son actif, plus de 6 000 heures d’antenne.

Joëlle Seif

Hagop Pakradounian refuse de donner des leçons de patriotisme mais aussi d’en recevoir. Sa loyauté et celle de sa communauté envers le Liban n’est plus à prouver, dit-il. Portrait d’un militant de base devenu chef de parti.

Il y a une leçon à retenir de l’exceptionnel parcours de Hagop Pakradounian, c’est qu’au Liban, pays des fonctions politiques transmises de père en fils et des statuts sociaux hérités de génération en génération, il est possible d’arriver en partant de rien, ou presque. Lorsqu’il débarque au Liban, en 1921, à l’âge de huit ans, fuyant le génocide perpétré par les Ottomans, son père, qui se prénomme aussi Hagop, n’imaginait pas que son fils deviendrait, des décennies plus tard, le secrétaire général du Tachnag, et l’un des représentants de la communauté arménienne au Parlement. Une grande partie des membres de la famille, originaire de Diyarbakir, dont le grand-père paternel du député, ont péri dans les massacres et les déportations. Les rares rescapés s’installent dans le quartier populaire de Zeitouné et le jeune Hagop devient cireur de chaussures sur les quais du port de Beyrouth. Un jour, excédé par les railleries et les propos racistes à l’encontre des Arméniens proférés par un indélicat, le garçon se débarrasse de sa boîte à cirage. Il se rend chez un homme de la famille Baz, qui lui apprend à réparer les lampes à kérosène (les fameux Lux), et après avoir économisé cinq livres en or, il ouvre, à Gemmayzé, un magasin dédié à son nouveau métier. Il a 19 ans à peine.
«A l’origine, notre nom de famille était Pakradouni, se souvient le député. Mais mon père a inscrit en grande lettre ‘Hagop Pakradounian’ sur sa devanture, pour bien montrer qu’un Arménien peut, tout aussi bien qu’un autre, travailler et entreprendre». Très pieux, le père fréquente les églises du quartier, propose son aide aux prêtres et aux curés, sans distinction de rites. C’est dans ce milieu croyant et pratiquant qu’il rencontre sa future épouse, avec qui il partage, entre autres, une foi solide. Et lorsque le métier de réparateur de lampe à kérosène devient de moins en moins rentable, il se met à vendre du matériel électrique et des objets liturgiques de la messe.

Harmonie communautaire
Entretemps, la famille s’installe, en 1936, dans un appartement place Riad el-Solh, dans un quartier modeste, appelé la rue des cafés ou, encore, la région des manifestations. C’est là où Hagop fils, qui voit le jour en 1956, grandit. C’est là, surtout, où se forge la personnalité de l’homme qu’il deviendra. «Tous les matins, dès mon plus jeune âge, je ressentais la même fascination devant la statue de Riad el-Solh, raconte le député du Metn, un brin nostalgique. J’ai ensuite appris que cet illustre personnage a joué un rôle important dans l’histoire contemporaine du Liban. Nous vivions, chrétiens et musulmans, en harmonie dans ce lieu. Le confessionnalisme n’existait pas, ou si peu. Nous ne savions pas qui était sunnite, chiite, maronite ou autre, sauf lorsque son nom l’indiquait. Les gens se respectaient. Cette époque m’a beaucoup marqué et je reste très attaché à la région qui m’a vu grandir.»
La bouillonnante vie politique libanaise des années 50 et 60 s’exprimait dans toutes ses dimensions place Riad el-Solh. Il arrivait au jeune Hagop, encore écolier, de se faufiler parmi les manifestants défilant pour soutenir la cause palestinienne, où pour revendiquer un acquis social. «Un jour, j’ai reçu un coup de crosse à l’épaule. Malgré la forte douleur ressentie, je n’avais pas osé en parler à ma mère», se souvient-il.
C’est dans ce Liban convivial, tourné vers les causes arabes et celles des peuples assoiffés de liberté et d’indépendance que Hagop Pakradounian voit défiler les années de son enfance. A l’âge de 13 ans, il intègre l’organisation de la jeunesse du Tachnag et lorsqu’il est admis à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), en 1975, il devient membre de l’association estudiantine Zavarian, relevant du parti arménien. Cinq ans plus tard, il décroche un diplôme de Sciences politiques et devient, à 23 ans, directeur de l’école secondaire Khanamérian, près du Grand sérail, l’établissement où il a passé ses années de scolarité. «90% des enseignants étaient mes professeurs. J’ai dirigé cette école pendant 20 ans, avant d’être chargé de l’école Sofia Hagopian, à Bourj Hammoud», dit-il.

Ascension au Tachnag
Entretemps, Hagop Pakradounian gravit les échelons dans les instances dirigeantes du plus grand parti arménien. Après avoir dirigé l’association Zavarian, il est élu, en 1986, au bureau politique puis au comité central. Il sera membre de la rédaction du journal Aztag et responsable de la communication du Tachnag jusqu’en 2000, date à laquelle il est candidat malheureux aux élections législatives à Beyrouth. En 2005, il est élu député du Metn et sera réélu en 2009 et 2018. Depuis 2015, il est secrétaire général du parti au Liban.
Cette ascension de la base au sommet, Hagop Pakradounian ne la doit pas uniquement à ses qualités de militant discipliné et dévoué à sa communauté et à son parti. Le fait d’avoir partagé avec les autres Libanais leurs soucis et leurs traditions, d’avoir vécu des moments intenses de leur vie politique et sociale et de bien connaître la langue arabe, ont constitué autant d’atouts qui l’ont sans doute aidé à mieux tracer son chemin. D’ailleurs, de par ses propos et ses actes, le député apporte un franc démenti à l’image accolée aux Arméniens par d’autres Libanais, l’image d’une communauté ghettoïsée, réticente à s’intégrer au tissu national, arc-boutée sur son identité et sa langue. «Le fait d’être attachés à nos traditions ne fait pas de nous des citoyens moins libanais que d’autres, se défend Hagop Pakradounian. Nous sommes venus au Liban en tant que réfugiés pendant la Première guerre mondiale, à l’époque où le Liban n’existait pas dans ses frontières actuelles. Lorsque le Grand Liban a été proclamé, tous ceux qui habitaient cette terre sont devenus Libanais. J’ai toujours dit que mon père, Pierre Gemayel et Camille Chamoun, ont été «naturalisés» le même jour».
De toute façon, si la majorité des Arméniens sont arrivés après le génocide, la présence de cette communauté au Liban remonte loin dans l’histoire. Les Arméniens-catholiques sont là depuis le XVIIIème siècle et d’autres ont habité cette terre dès le Moyen-âge et bien avant. «Nous pouvons revenir au règne du roi Tigran, qui a occupé le Levant avant le Christ, où à l’époque des Croisades, lorsque beaucoup d’Arméniens sont venus au Liban, notamment au nord, et y sont restés, explique le secrétaire général du Tachnag. A Zghorta et à Bécharré, nous trouvons de nombreuses familles qui ont des origines arméniennes, comme les Bayeh, Bayan, Jokhadar, Najjar, Khlat, Kharrat, Rizkallah, et même une des branches des Frangié».
Hagop Pakradounian affirme avoir souffert d’une «discrimination politique» et non pas «relationnelle», car «personne ne peut faire de la surenchère à mon identité libanaise». «Notre loyauté va au Liban, qui est notre patrie et notre terre», martèle-t-il.

Neutralité engagée
Cette loyauté envers le Liban, le Tachnag affirme l’avoir traduite par des actes. «Nous sommes le seul parti libanais à avoir interdit à ses membres d’émigrer pendant la guerre, explique le député. Nous avons pris la décision, lors d’un congrès mondial du Tachnag, que tout partisan ayant quitté le Liban pendant les événements ne pouvait pas être admis au sein d’une branche du parti dans un autre pays, déclare Hagop Pakradounian. C’est aussi au nom de la loyauté pour ce pays que nous avons refusé de participer à la guerre, aux destructions, aux kidnappings et aux vols».
Pourtant, cette attitude, louable de prime abord, a été parfois mal interprétée et leur a valu les foudres d’autres Libanais. Bachir Gemayel n’a-t-il pas essayé, au prix de combats meurtriers, de ramener les Arméniens dans le rang au nom de «l’unification du fusil»? Hagop Pakradounian se souvient de cet épisode tragique: «Au début de la guerre, nous avons convenu avec les autres partis arméniens d’adopter une neutralité positive. Nous avons très vite compris que la guerre n’apportera pas de solution aux problèmes et provoquera de terribles destructions au niveau humain, des institutions et de l’économie, et encouragera les interventions étrangères. Melkon Ebléghatian, qui était le chef du bloc des députés arméniens de 1972 à 1992, disait qu’il ne s’agissait pas d’un conflit civil mais de la guerre des autres au Liban. Les Kataëb et les Forces libanaises ont investi nos permanences, estimant que nous devrions être de leur côté. Lors de la bataille de Bourj Hammoud (qui a fait 16 morts dans les rangs du Tachnag, ndlr), la communauté arménienne dans le monde s’est mobilisée et les affrontements ont cessé. Cheikh Bachir a réalisé son erreur et par la suite nous sommes devenus amis. Les organisations palestiniennes et le Mouvement national nous adressaient les mêmes reproches. Ils estimaient qu’en tant que peuple ayant perdu sa terre, nous devrions nous battre à leurs côtés pour la Palestine. Certes, nous soutenons la cause palestinienne mais cela ne voulait pas dire que nous aurions dû participer aux combats internes».
C’est lorsqu’un peuple perd sa terre qu’il réalise combien la patrie est précieuse. Les Arméniens l’ont compris très tôt et, à défaut de pouvoir rapprocher les belligérants, ils se sont tenus à l’écart du conflit. Mais ils n’ont eu de cesse d’appeler au dialogue, comme lors des mois qui ont précédé les incidents du 7 mai 2008. «Nous avons tiré la sonnette d’alarme et prévenu que nous nous dirigeons vers une discorde, affirme le député du Metn. Nous avons rappelé qu’en fin de compte, les Libanais devront s’asseoir à la table du dialogue. Alors pourquoi ne pas le faire dès le départ et éviter que les étrangers nous poussent à dialoguer et à conclure des accords qui ne reflètent pas forcément nos convictions?».
Pour Hagop Pakradounian, neutralité et attachement au dialogue ne signifient pas désengagement ou éloignement des questions politiques internes, même celles qui divisent les Libanais. C’est ainsi que le député du Metn exprime sans ambages son soutien «à la Résistance, qu’elle soit le fait du Hezbollah ou de tout autre parti». «Résister à l’occupant pour libérer la terre est pour nous un principe fondamental, dit-il. Avant même que le Hezbollah ne soit fondé et qu’il devienne un parti puissant et influent, nous soutenions la résistance anti-israélienne. C’est sur ces principes que j’ai été élevé. Des Arméniens ont combattu dans les rangs des organisations palestiniennes au nom de cet idéal. Il y a des Arméniens en Palestine et à Jérusalem qui luttent contre l’occupation israélienne, car c’est leur terre».
Le secrétaire général du Tachnag affirme que cette position est parfois mal comprise par des camarades de la branche du parti aux Etats-Unis, où le Hezbollah est inscrit sur la liste des organisations terroristes. «Nous sommes un parti décentralisé sur le plan politique et chaque branche prend les décisions qui servent au mieux ses intérêts nationaux», explique-t-il.  
M. Pakradounian ne cache pas non plus que le parti entretient de bons rapports avec les dirigeants de Syrie et d’Iran, où la communauté arménienne est bien implantée. Cette relation est basée sur le respect mutuel, et à cet égard, le député rappelle que lors de la présence syrienne au Liban, les dirigeants du Tachnag n’avaient pas le pli de se rendre régulièrement au siège des moukhabarat, à Anjar, à l’instar de nombreux responsables politiques, devenus aujourd’hui viscéralement anti-syriens.   

La synthèse parfaite
Les Arméniens pensent être parvenus à une synthèse parfaite, qui leur a permis de préserver leur langue, leur culture et leurs traditions, tout en étant une composante essentielle du tissu national libanais. «Le Liban est basé sur le pluralisme, explique Hagop Pakradounian. L’intégration nationale doit se faire selon le principe de l’échange et du partage et non pas de la perte de l’identité. C’est beaucoup plus riche et enrichissant». Toutefois, cette formule libanaise ne supporte en aucun cas le partage du pays en cantons, comme c’est le cas en Suisse, par exemple. «Après 100 ans de guerre, les Suisses ont choisi la voie des cantons. Au Liban, il est impossible de reproduire ce modèle, affirme le député. Nous n’acceptons pas le partage car il existe dans notre pays de nombreuses régions mixtes, ou chrétiens et musulmans vivent en parfaite harmonie.»
Le chef du Tachnag est conscient des faiblesses et des imperfections du pays. «Le problème, c’est que la loyauté du Libanais va d’abord à son leader, puis à sa communauté, ensuite à sa région et, enfin, à sa patrie, alors que c’est le chemin inverse qui devrait être vrai», fait-il remarquer.
Cette loyauté pour la patrie ne se construit pas forcément avec la loi électorale mais plutôt à travers la culture, l’éducation dans les écoles, le manuel d’histoire unifiée, une vision commune et un accord sur les mots. «Malheureusement, tout cela fait défaut aujourd’hui, déplore le député du Metn. Le criminel est un martyr aux yeux des autres, le corrompu, un homme à succès».
Ce discours n’est pas tout à fait en phase avec celui du camp présidentiel, qui qualifie la loi électorale, basée sur la proportionnelle, de réforme majeure. «Ce n’est pas le mode de scrutin proportionnel qui nous a permis d’améliorer la représentation arménienne, mais le découpage électoral, explique-t-il. Avec ces mêmes circonscriptions appliquées au mode de scrutin majoritaire, nous aurions eu en tant que Tachnag (3 députés, ndlr) un meilleur résultat. Ce n’est pas logique qu’un candidat ayant obtenu 77 voix soit élu député (en allusion au candidat arménien de Zahlé).»
Hagop Pakradounian critique le discours tendu qui accompagne le processus de formation du gouvernement, pratiqué par certaines forces politiques dans le but d’améliorer leurs parts ou la qualité des portefeuilles qui leur sont attribués. «Si le ministère qui nous est réservé ne nous convient pas, faut-il pour autant détruire le pays?». Selon lui, il faut donner le temps nécessaire pour former un gouvernement homogène et efficace, afin d’éviter les risques de blocage lors de la rédaction de la déclaration ministérielle ou du vote de la confiance au Parlement.

Equilibre de la terreur
Malgré la montée des tensions et du discours belliqueux, le député du Metn ne croit pas au scénario d’une guerre régionale. «Israël a-t-il intérêt à lancer une guerre, et contre qui? Les Arabes? s’interroge-t-il? Ils sont en train de s’autodétruire, ils font le boulot à sa place. Certes, les pressions vont s’accroître contre l’Iran et le Hezbollah, mais nous n’arriverons pas à la guerre. Il y a un équilibre de la terreur. La légende de l’armée israélienne invincible a été brisée en 2000 et enterrée en 2006. Ce qui se passe aussi en ce moment à Gaza est significatif. Lorsque l’on voit le soldat israélien armé jusqu’aux dents, caché derrière des fortifications, et tremblant de peur, comment peut-on imaginer qu’une telle armée puisse encore mener des guerres victorieuses? En revanche, le résistant libanais a brisé le mur de la peur. J’ai toujours dit que le printemps arabe a réellement commencé en l’an 2000, avec la libération du Liban-sud», conclut Hagop Pakradounian.

Little Lebanon à Bourj Hammoud
Le Conseil municipal de Bourj Hammoud est composé 21 membres, dont 14 Arméniens. La ville compte des habitants de toutes les confessions, y compris des chiites (Nabaa), et de diverses tendances politiques. «Le Hezbollah, Amal, les différentes formations chrétiennes, les partis arméniens, sont tous présents dans la région, en plus des Arméniens venus de Syrie, des Kurdes et d’autres Syriens. La situation est bien gérée, malgré les tensions. Contrairement à d’autres localités, la municipalité n’a pas émis un arrêté interdisant aux étrangers de circuler la nuit», déclare Hagop Pakradounian. Pour préserver la présence arménienne dans cette région, la municipalité est en train de construire 190 appartements dans le quartier connu sous le nom du «camp». La priorité ira aux habitants de Bourj Hammoud.
L’exode des Arméniens a atteint son pic en 1975-1976 et pendant la guerre entre l’armée et les Forces libanaises, en 1989. Lorsque l’Arménie a obtenu son indépendance, une vingtaine de familles y ont émigré.
En revanche, quelque 6 000 Arméniens de Syrie, qui avaient trouvé refuge à Bourj Hammoud, sont allés en Arménie. Mais selon M. Pakradounian, ils n’ont pas pu s’adapter et la plupart ont mis le cap sur les Etats-Unis. 

Paul Khalifeh
Photos Milad Ayoub-DR

Le samedi 5 mars, en l’espace de quelques heures, les émissions télévisées The Voice Kids, version arabe, et The Voice version française, étaient le sujet de toutes les «conversations» et «monologues» virtuels: le Liban porté aux nues grâce à ses talents vocaux, Lynn el-Hayek et Marc Hatem.
 

Samedi 5 mars, dès 20h, la voix du Liban se taille une place de choix à travers la victoire de la très jeune Lynn el-Hayek à la première saison de The Voice Kids dans sa version arabe, diffusée sur la chaîne MBC. Lors de cette grande finale, six participants se sont disputé le titre, en deux mouvements, puisque chacun des membres du jury, Nancy Ajram, Kazem el-Saher et Tamer Hosni avait deux finalistes. Dans une première partie donc, Lynn el-Hayek, membre de l’équipe de Kazem el-Saher, a concouru contre Mirna Hanna (Irak), Ghady Béchara (Liban), Zein Obeid (Syrie), Jowayriya Hamdy (Egypte) et Amir Amuri (Syrie). A la suite de son interprétation d’Abaad kuntum de Mohammad Abdou, elle remporte la manche et se fait sélectionner pour la deuxième phase de la finale qu’elle dispute aux deux autres finalistes, tous deux d’origine syrienne, Zein Obeid  et Amir Amuri. Elle est la seule Libanaise à rester encore sur le plateau de The Voice Kids. Et elle l’emporte, grâce à son talent tout empreint de fraîcheur quand elle interprète la chanson de Zikra, Kol li lamouny.
 

Dans la cour des grands
Dans la dernière phase de l’émission, selon les règles du jeu, c’est le public qui tranche. C’est donc grâce aux votes massifs que le Liban se glisse en tête de la compétition à travers la victoire de Lynn el-Hayek. A l’annonce des résultats, c’est un visage surpris et souriant qu’elle affiche, avant de faire preuve d’une grande modestie et humilité, tenant à embrasser et à saluer tous les autres finalistes. Le pays, en particulier Tripoli dont elle est originaire, et les réseaux sociaux de s’enflammer aussitôt pour saluer cette victoire du Liban, cet espoir placé dans la jeunesse, non seulement du pays, mais de toute une région croulant autrement sous la pression, l’oppression, les catastrophes et les désastres. La première saison arabe de The Voice Kids, grâce à son professionnalisme et surtout grâce à la fraîcheur, l’authenticité et le talent de nos jeunes, très jeunes participants, a pu fidéliser un large public, par-delà les frontières, distillant un brin d’espoir et affirmant la culture et les arts comme le seul espace encore possible d’échange.

 

Sur l’autre versant de la langue
21h55, pour les plus francophones c’est l’heure de hausser le volume de l’écran télévisé, bloqué sur TF1 en toile de fond. The Voice: la plus belle voix avait une saveur particulière ce soir-là: on attendait le passage du candidat libanais Marc Hatem. Voilà l’écran qui s’illumine de son visage assuré et ultra-confiant.
Devant les quatre fauteuils tournés, Marc Hatem entonne son interprétation très personnelle du tube de 2014 de Hozier, Take me to church. Dès la première note, voix grave, caverneuse, la caméra enregistre l’expression agréablement surprise de Mika. Et les réactions à l’avenant s’enchaînent de la part des quatre membres du jury qui ne tardent pas à se retourner l’un après l’autre, Garou, Mika, Florent Pagny et Zazie affichent leur «Je vous veux», selon les règles du jeu.
Les compliments des quatre coachs de s’enchaîner. Garou relève une interprétation qui a apporté «plus de rage qu’on n’a jamais eue», soulignant cette «décharge électrique» sur scène. Zazie va même jusqu’à avouer préférer cette version à celle originale de Hozier, relevant au passage l’absence de tout cliché dans ce que le jeune Libanais, architecte de profession, a présenté. Entre la «colère» et la «force», le «gospel» et le «rock», «pour nous, affirme Florent Pagny, c’est du caviar, des talents comme vous».
C’est à Marc Hatem de décider lequel des quatre membres du jury sera son coach. Et c’est Garou qu’il estime être le meilleur choix pour lui; un choix qui, d’emblée, semble tonner juste au vu de son potentiel effectivement très rock au timbre cassé. Une voix qui, pourtant, a pris du temps pour s’affirmer, la présence présomptueuse du chanteur éclaboussant l’écran, de quoi pousser à saisir l’importance de ces auditions à l’aveugle. Sans oublier que sa voix, à plusieurs reprises, semblait effectuer une mauvaise note, mais sans jamais le faire, et c’est en cela que réside sa puissance. Retourné en loges, sa famille l’accueille à bras grands ouverts, sa mère le gratifiant même d’un «habibi mama!». A 25 ans, l’aventure du Libanais Marc Hatem ne fait que commencer. Il y a du travail à faire dans l’espoir d’un long chemin d’interprète à entreprendre, puisqu’il ne suffit pas d’avoir une voix qui sort de l’ordinaire, il y a une présence sur scène, humble et généreuse, à maîtriser.

Leila Rihani

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Éditorial
La paix de Trump

Donald Trump a donné un coup d’accélérateur aux démarches visant à faire avancer son mystérieux «plan de paix» au Proche-Orient. Le président américain dépêche ses émissaires à droite et à gauche pour essayer de mettre sur les rails le fameux «accord du siècle», dont on ne connaît presque rien à part qu’il évoque un «Etat» palestinien avec comme capitale, Abou Dis, une banlieue de Jérusalem, selon les rumeurs. Jared Kushner, l’envoyé spécial de Trump, a pris son bâton de pèlerin à la mi-juin et a rencontré plusieurs dirigeants de la région, dans le cadre d’une tournée effectuée en compagnie de l’émissaire spécial du président américain pour le Moyen-Orient, Jason Greenblatt. Il a organisé à Amman une rencontre entre le roi Abdallah II et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, à laquelle aurait participé le prince héritier saoudien Mohammad ben Salman. Le site français Intelligenceonline a rapporté que des chefs d’agence de renseignements d’Israël, d’Arabie saoudite, d’Egypte, de Jordanie et de l’Autorité palestinienne se seraient rencontrés, après ce sommet, toujours à Amman, pour discuter des moyens pratiques de «faire avancer le processus de paix». C’est aussi dans ce cadre que certains observateurs placent la rencontre à Moscou entre le président Vladimir Poutine et le conseiller à la sécurité nationale de Trump, John Bolton, venu préparer le sommet du 16 juillet à Helsinki, entre les chefs d’Etats américain et russe. Des sources citées par la presse croient savoir que Trump a proposé de reconnaître la primauté de l’influence russe en Syrie en contrepartie d’une aide de Moscou pour faire avancer «l’accord du siècle». La médiation de la Russie est souhaitée pour convaincre l’Autorité palestinienne, qui refuse de recevoir des représentants américains depuis que Trump a reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, à s’engager sérieusement dans le processus de paix. Ces sources croient voir dans l’invitation adressée par Vladimir Poutine à Mahmoud Abbas et Benyamin Netanyahu pour assister à la cérémonie de clôture du Mondial 2018, les prémices de ce rôle d’intermédiaire. Bien qu’il nous semble peu vraisemblable que les ambitions de Moscou se limitent au rôle de go between adoubé par Washington, surtout que la Russie a arraché son influence en Syrie grâce à ses Sukhoï et aux ressources qu’elle a investies pour réorganiser et rééquiper l’armée syrienne.   Il est possible que les Etats-Unis pensent que le moment est propice pour un forcing au niveau du processus de paix. Les sanctions contre l’Iran commencent à donner des résultats, avec la dépréciation du rial et les troubles politiques et sociaux sporadiques qui ont lieu dans le pays. Si cette analyse est vraie, alors il ne faut plus s’étonner que la formation du gouvernement libanais ait pris tellement de temps, car la constitution du pouvoir exécutif au Liban est aussi un champ où des pressions pourraient être éventuellement exercées dans le but d’affaiblir les alliés de l’Iran et de renforcer la position des amis de Washington et de Riyad.


 Paul Khalifeh
   

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