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Nº 3094 du vendredi 5 octobre 2018

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Sélectionnée par le fameux DJane Mag pour figurer parmi les 100 meilleures DJ du monde, Chloé Kteily est la seule Libanaise à faire partie de la compétition dont les résultats seront connus début décembre.

Une tête bien remplie, un joli minois, à 22 ans Chloé Kteily est une DJ confirmée qui a déjà derrière elle 7 ans de métier. Elle a 15 ans lorsque pour la première fois elle réussit à convaincre son père de l’emmener dans un club. «Je me suis maquillée pour paraître plus âgée. Mon ami Rodd était DJ mais je ne savais même pas que ça existait et que c’était un métier. J’ai mis le casque, j’ai pris une photo avec lui et j’ai tout de suite été séduite. Rodd a proposé de m’aider et m’a appris les bases du métier, la technique, la mesure, comment mixer les chansons et il m’a surtout fourni la musique».
Détentrice d’une licence en Relations publiques et Publicité, Chloé Kteily prépare sa deuxième année de master et songe sérieusement à poursuivre ses études en vue d’obtenir un doctorat. Mais sa passion reste incontestablement la musique. Enfant, elle fréquentait déjà le Conservatoire national. «J’étais tellement petite que je devais grimper pour m’installer sur le tabouret pour jouer au piano», confie la jeune femme en souriant. Au bout de quatre ans, elle laisse tomber le piano pour le chant et le oud. «Mes études scolaires étaient ma priorité et j’ai dû arrêter le conservatoire car les examens de chant tombaient au même moment q
ue les examens de fin d’année à l’école».   
A 16 ans, Chloé Kteily fait ses premiers pas en tant que DJ et anime des soirées privées, des mariages et des événements «Au début, j’avais un peu peur car je n’étais pas majeure mais par la suite je me suis affirmée et à 21 ans j’ai commencé à jouer dans les clubs les plus renommés. J’ai appris à me comporter avec les gens, à lire l’ambiance, deviner le genre de musique qu’ils apprécient, comprendre leur mood et leur jouer les chansons qu’ils apprécient».

La belle surprise
Elle joue de la musique au Seven Sisters du Biel et depuis un an, anime les samedis soirs du club Raw à Dbayé, où elle est aussi partenaire. «Au Seven Sisters, je jouais principalement de la musique anglo-saxonne, du Deep house, alors
qu’au Raw, c’est surtout de la musique orientale. Le public a beaucoup aimé». Son succès est tellement grand qu’elle est sélectionnée par le site électronique britannique DJane Mag pour figurer dans la compétition des 100 meilleurs DJ du monde. Elle se souvient de sa surprise en recevant cette nouvelle. «Je ne m’y attendais pas du tout. Lorsque j’ai reçu le mail m’annonçant ma sélection, je n’en croyais pas mes yeux. J’ai d’abord cru à une farce. Je suis la première Libanaise à être nominée dans ce magazine. C’était un rêve d’enfant qui se réalise. Je disais toujours à mes parents que mon ambition était d’être un jour dans ce magazine où figurent les DJ  les plus renommés. Armin Van Buuren et David Guetta ne sont pas les DJ les plus importants du monde par hasard. Ils ont participé à des compétitions, fait un travail sur eux-mêmes et sont devenus producteurs». Les votes pour la compétition seront arrêtés le 1er décembre. «Ceux qui désirent voter peuvent aller sur ma page Facebook ou Instagram et cliquer sur le lien».
Cette nomination est une sorte de consécration pour la jeune femme. «Cela m’a rendue très heureuse car elle a changé la perception négative que les gens peuvent avoir de ce métier surtout pour une fille, qui travaille la nuit. Mes études m’ont servi à montrer aux gens que je ne faisais rien de mal. J’ai décidé de mettre la caméra de mon téléphone devant moi et de me filmer en train de travailler pour que les gens comprennent ce que je fais. Cette démarche a changé leur vision du métier. Tous les DJ m’ont supportée. J’ai fait des mixages de musique anglo-saxonne et arabe en direct».

Un père protecteur
Alors que sa mère a toujours été son plus fervent support, au début son père était quelque peu réticent à l’idée et l’accompagnait partout. «De toute manière, je tenais à ce qu’il soit présent pour voir que je ne faisais rien d’autre que d’exercer une passion et un talent qui sont devenus par la suite une carrière. J’arrivais, je faisais mon boulot et je m’en allais.» Contrairement aux pratiques courantes dans ce milieu, Chloé Kteily ne bois pas d’alcool et ne fume pas. «Ni cigarette ni narguilé». Même la caféine n’est pas appréciée par la DJ. «Je n’ai pas besoin de la stimulation de l’alcool. Je suis guidée par ma passion pour la musique. En plus, j’étais tout à fait consciente du fait que j’ai commencé ce métier très jeune et je ne voulais pas me laisser entraîner sur cette voie alors que je n’avais même pas 18 ans. Je travaillais souvent très tard le soir et le lendemain très tôt j’arrivais à l’école puis plus tard à l’université. Mes profs étaient sidérés de me voir aussi matinale».  
La jeune femme est parfaitement organisée et gère son temps entre sa passion et ses études. «C’est un mode de vie un peu difficile mais j’aime ce que je fais. Si j’arrive à m’en sortir entre le travail et les études, en revanche je sacrifie beaucoup de choses sur le plan personnel. Je n’assiste pas à de nombreux événements familiaux, je ne vois pas mes amis. Alors que eux sortent en week-end, moi je travaille». Très sérieuse en matière d’études, Chloé Kteily estime que celles-ci lui ont beaucoup servi pour planifier sa promotion, négocier ses contrats et surtout «faire du business avec son talent». «Il faut aimer ce métier et être passionné pour réussir. C’est une grande responsabilité. Le public est exigeant, je ne peux pas me permettre de le décevoir. Les gens viennent m’écouter pour passer un moment agréable et s’amuser. Il faut être à la hauteur. Je ne peux pas tomber malade ou m’absenter».

Au Beirut marathon
Chloé Kteily anime des soirées et des mariages partout dans le monde: Doha, Dubaï, Jordanie, Egypte. «Je me rends là où on fait appel à moi. Je sais m’adapter et je ressens tout de suite ce que les gens aiment écouter». En tant que femme, exerçant un métier la nuit, elle n’a pas connu de mauvaise expérience. «Il y a toujours un dispositif de sécurité autour de moi. En outre je ne voyage jamais seule. Je suis toujours accompagnée par mon père ou ma mère».
Avec la notoriété, on devient mieux payé, dit Chloé Kteily mais ce n’est pas un métier stable. Le 11 novembre, elle sera sur la ligne d’arrivée du Beirut Marathon où elle jouera sa musique. Son ambition est de devenir connue mondialement et de produire sa propre musique. «Je souhaite, surtout, rendre les gens heureux et contribuer à leur donner de merveilleux souvenirs».

Joëlle Seif

Le vernissage de l’exposition Eyes Recently Seen de l’artiste Basir Mahmood s’est tenu à la Letitia Gallery en présence de l’ambassadeur du Pakistan, S.E.M. Najeeb Durrani et de l’artiste, venu spécialement pour l’occasion et de nombreux invités. Eyes Recently Seen regroupe des œuvres réalisées par Basir Mahmood au cours de ces cinq dernières années; ses recherches sur les pêcheurs (Message to the Sea, 2012) et l’eau bénite (Holy water from Mecca, 2015), ainsi que de nouvelles pièces questionnant l’aspect communautaire de la consommation humaine. Prises dans leur ensemble, ces œuvres témoignent de la position de l’artiste par rapport aux différentes structures sociales dont elles sont le reflet. Les œuvres présentées ont été sélectionnées par la commissaire Lauren Wetmore.

J.S.

Une foule nombreuse s’est réunie au musée Sursock le 7 septembre dernier pour célébrer la fête nationale du Brésil à l’invitation de l’ambassadeur Jorge Geraldo Kadri et de son épouse. Une réception particulière puisqu’il s’agissait aussi de la dernière donnée par le diplomate dont la mission au Liban touche à son terme. Jorge Geraldo Kadri a d’ailleurs remercié les Libanais pour leur accueil et leur hospitalité. C’est Paulo Cordeiro de Andrade Pinto qui prend ses fonctions au sein de la représentation brésilienne.

J.S.

Tous les amis de l’association libanaise pour la sclérose latérale amyotrophique (ALS) se sont retrouvés le 26 août dernier dans une ambiance de fête au Bois de Roses à Feytroun. Pour les 600 convives, la journée a commencé par une messe au cours de laquelle Amale Tomb accompagnée à la guitare par le Dr Ramy Ghobril, a interprété des cantiques.  Le groupe de musiciens, médecins amis du fondateur de l’association Dr Jamil Zogheib, ont fait danser les convives avant que l’artiste Nader Khoury ne prenne la relève et rassemble les invités dans une dabké spontanée. Le déjeuner a été suivi d’une tombola qui a clôturé l’événement. Plus de 100 heureux gagnants sont repartis avec des lots de valeur. Les fonds récoltés serviront à faciliter la vie des personnes atteintes de cette maladie, dont les conséquences sont une paralysie progressive à l’issue fatale. La paralysie affecte également la phonation, la respiration et la déglutition.

J.S.

Il est l’homme de l’ombre, celui qui travaille dans les coulisses, loin des projecteurs. Discret, modeste, Ghayath Yazbeck est le directeur de l’information et des programmes politiques sur la chaîne MTV. Retour sur une longue carrière.
 

«Pour être un bon journaliste, il faut être farfelu, spontané, non conformiste et ne ressembler à personne. Un journaliste doit montrer au public ce que ce dernier ne voit pas. Il faut qu’il soit ouvert d’esprit. Je ne peux pas supporter les idées préconçues».
A 7 ans, Ghayath Yazbeck «est tombé dans la marmite» comme il dit. «Mon père et mon oncle, Nassim et Michel, étaient des pionniers dans le monde de la presse dans les années 1930 et 1950. Par la suite, mon père s’est reconverti dans la littérature pour devenir enseignant». Il se souvient de la bibliothèque où son père s’installait pour lire son journal en sirotant son café. Le petit garçon est influencé par cette ambiance. «A 7 ans, je lisais les journaux. J’ai suivi jour après jour à partir de 1967-68 le conflit du Vietnam, la guerre des Six-jours ainsi que tous les faits divers».
Ghayath Yazbeck revient sur ses souvenirs. «J’ai assisté à la chute de l’Etat au Liban, à la montée de l’OLP de Yasser Arafat. Vers l’âge de 10 ans, j’ai été choqué par l’accord du Caire. Je me souviens même d’avoir eu les larmes aux yeux à sa conclusion.
Mon père voyait clairement que nous avions emprunté un chemin qui mène directement à la guerre. Tout cela a éveillé en moi le futur journaliste».

Maîtrise de l’arabe
Lorsque sa mère l’envoyait faire quelques courses pour la maison, il s’attardait en route pour lire les bouts de journaux éparpillés par le vent sur son chemin. «J’étais toujours frustré car je ne connaissais jamais le fin mot de l’histoire». Sa parfaite connaissance de la langue arabe, Ghayath Yazbeck la doit à son père. «Il nous répétait souvent: ‘Je ne veux pas vous laisser de l’argent. Le seul héritage que je voudrais vous léguer, c’est le savoir. C’est cela votre passeport dans la vie’». Très tôt, il découvre les auteurs libanais du XIXème et XXème siècles comme Gebran Khalil Gebran, Gergi Zeidan et bien d’autres. Il s’intéresse à la littérature, à l’histoire ainsi qu’aux faits divers.
Parallèlement à ses études en Information, Ghayath Yazbeck fait ses débuts à la télévision. «Je n’ai jamais travaillé dans la presse écrite car dès le départ, j’étais convaincu que l’audiovisuel était l’avenir». Il est encore étudiant lorsqu’il participe à la fondation de la LBC sous le patronage de Bachir Gemayel, avant que la station ne passe à l’antenne. En 1984, il travaille à Télé-Liban pendant trois années. «En 1988, ce fut le début de ce que j’appelle le schisme dans les régions chrétiennes. J’ai prédit qu’on allait vers un cataclysme. J’ai présenté ma démission de Télé-Liban et j’ai ouvert avec ma femme un mini-market à Beit-Mery. Ghassan Tuéni passait souvent me voir et nous avons transformé la mezzanine située au dessus du magasin en salon littéraire où on échangeait nos idées». Avec humour, Ghayath Yazbeck se souvient de cette période où en coupant le jambon, il discutait avec des étudiants et les aidait dans leurs thèses. En 1990, la guerre éclate entre l’armée et les Forces libanaises. Avec l’entrée des Syriens dans les régions chrétiennes, le mini-market est pillé. «Je me suis retrouvé sans travail. Mes dettes s’accumulaient. Je me suis alors lancé dans la traduction de films et d’ouvrages de tout genre».

Entre la ICN et la MTV
Au bout d’un an, il rejoint la chaîne de télévision ICN où il travaille pendant deux ans. «J’ai réussi à faire passer la station de 2 heures d’antenne à 20 heures sans coût supplémentaire. J’ai été celui qui a inventé le système de la séquence matinale avec le programme Good morning Lebanon. Nous avons aussi lancé les bulletins d’information dans la journée et introduit les programmes politiques, qui ont pavé la voie à ce qui a été appelé plus tard l’opposition à l’occupation syrienne». Les tentatives de museler la chaîne sont nombreuses et un véritable étau politique, économique et sécuritaire est déployé autour de la ICN. «L’émission Parlement el-Chabeb présentée par Elie Nacouzi a montré que les Libanais pouvaient se retrouver sur plusieurs thèmes pour reconstruire l’Etat. J’ai réussi ainsi à briser le concept de canton et les ghettos confessionnels en recevant des personnes de tout bord dans ce programme».  
Indépendant de nature, rebelle, Ghayath Yazbeck ne fait pas partie de ceux qui se fondent dans un moule. «Je ne peux pas me transformer en simple employé. Deux ans après, j’ai présenté ma démission».
C’est en 1995 que commence son aventure avec la MTV. «J’ai de l’admiration pour les Murr qui sont anticonformistes et qui rejettent l’état de fait. A la MTV, nous avons commencé à donner la parole à tous ceux qui étaient en exil: Michel Aoun, Amine Gemayel, Dory Chamoun. Sethrida Geagea a eu aussi l’occasion de s’exprimer sur la situation de son mari qui était en prison. Notre action a provoqué un tollé et la chaîne s’est retrouvée dans le collimateur du pouvoir. C’est un parcours ponctué de larmes et de sang. Le paroxysme fut le fameux 7 août, très mal vu par ce qui était appelé le régime sécuritaire syro-libanais». Lorsque les militants descendus dans les rues ce jour-là ont été arrêtés et accusés de fomenter un coup d’Etat, la réaction de la MTV ne se fait pas attendre. «J’ai rédigé un bulletin d’information très violent ce jour-là et à partir de 20h30 nous avons reçu dans les studios toutes les personnalités de la Rencontre de Qornet Chehwane et leur avons donné la parole jusqu’après minuit». Ghayath Yazbeck permet également à une agence de presse étrangère de recueillir le témoignage des participants. «Nous avons réussi à déjouer ce complot et l’Etat a battu en retraite. Nous avons fait pression à travers le petit écran pour faire libérer les personnes arrêtées, jusqu’à ce que la station soit réduite au silence en 2002».
Parenthèse koweitienne. En revenant sur cette période, la voix de Ghayath Yazbeck est animée par la passion mais à l’évocation de Gebran Tuéni et Samir Kassir, sa voix se brise et les larmes lui montent aux yeux. «Gebran me recommandait constamment la prudence. Aucun de nous n’a été épargné. Gebran a payé de sa vie et moi j’ai été frappé dans mon travail et dans ma carrière.» Pour ce battant, les hommes qui choisissent cette voie ne meurent pas par hasard. «On marche vers son destin. On est juste surpris par le timing». Les guerres et le danger lui ont appris à vivre dans une sorte de déni. «Il y a eu tellement de martyrs et de victimes que j’ai l’impression que nous avons creusé avec une aiguille la montagne pour faire sortir les Syriens du Liban. Aujourd’hui, on ne peut pas revenir en arrière. De nombreuses personnes ont prêché la révolution mais ils ne l’ont jamais vue. On assiste actuellement aux derniers soubresauts de ce qu’on appelait le régime syro-libanais car ils avancent à contre-courant. Ceux qui portent le flambeau ne doivent pas baisser les bras».  
Malgré la fermeture de la MTV, Ghayath Yazbeck ne chôme pas un jour. «Durant un an, je me levais tous les matins et je me rendais à mon bureau à la MTV. J’ai dépensé toutes mes économies et j’ai même retiré mes indemnités de la Sécurité sociale». Alors qu’une dizaine d’offres d’emploi sommeillent dans ses tiroirs, il finit par accepter la proposition d’al-Raï, première chaîne de télévision privée au Koweït. Il y restera moins d’un an et perdra au bout de trois mois 18 kg. De retour au Liban en 2004, il contribue à l’ouverture de la chaîne ANB. Il y travaillera jusqu’en 2009, date de la réouverture de la MTV, où il prend la direction de l’information et des programmes politiques.
Pour Ghayath Yazbeck, le Liban n’a pas su profiter du boom télévisuel dans le monde arabe entre 1990 et 2005. «Nous avons beaucoup perdu et on a terni l’image du Liban en tant que bastion de la presse et de la liberté d’expression». Est-il toujours en accord avec la politique de la famille Murr, propriétaire de la chaîne? «La politique des Murr n’a pas changé. Ce sont des gens politiquement débridés. Ils connaissaient parfaitement le risque de fermeture après le 7 août et ils ont poursuivi dans la même voie. Ils auraient pu refuser la réouverture de la MTV car la télé ne fait pas gagner de l’argent, mais face à la crise des institutions et l’assujettissement général, le paysage médiatique avait besoin d’un coup d’éperon, que seule la MTV était capable de donner». Pour le directeur de l’information, les journalistes libres au Liban sont aujourd’hui acculés à trois choix: rester chez eux, voyager ou se plier à une institution politique ou religieuse. La réalité de la presse au Liban, c’est que le propriétaire d’un journal ne peut pas protéger et sauvegarder les droits des journalistes. «C’est un homme d’affaires dont le but est de gagner de l’argent, ce qui est parfaitement son droit, mais il ne peut pas préserver les intérêts des journalistes. Rares sont ceux qui peuvent le faire et je considère les Murr comme une exception».
Son avis concernant la presse aujourd’hui, il le voudrait comme un électrochoc. «Le niveau a baissé et la profession est envahie de toute part. La détérioration se ressent à tous les niveaux: langage, écriture, savoir-faire, etc.». Ceci, selon Ghayath Yazbeck, serait dû à l’absence dans les universités d’une politique destinée à réduire le nombre de diplômés ainsi que le manque d’orientation professionnelle dans les classes complémentaires.

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub - DR

Le samedi 5 mars, en l’espace de quelques heures, les émissions télévisées The Voice Kids, version arabe, et The Voice version française, étaient le sujet de toutes les «conversations» et «monologues» virtuels: le Liban porté aux nues grâce à ses talents vocaux, Lynn el-Hayek et Marc Hatem.
 

Samedi 5 mars, dès 20h, la voix du Liban se taille une place de choix à travers la victoire de la très jeune Lynn el-Hayek à la première saison de The Voice Kids dans sa version arabe, diffusée sur la chaîne MBC. Lors de cette grande finale, six participants se sont disputé le titre, en deux mouvements, puisque chacun des membres du jury, Nancy Ajram, Kazem el-Saher et Tamer Hosni avait deux finalistes. Dans une première partie donc, Lynn el-Hayek, membre de l’équipe de Kazem el-Saher, a concouru contre Mirna Hanna (Irak), Ghady Béchara (Liban), Zein Obeid (Syrie), Jowayriya Hamdy (Egypte) et Amir Amuri (Syrie). A la suite de son interprétation d’Abaad kuntum de Mohammad Abdou, elle remporte la manche et se fait sélectionner pour la deuxième phase de la finale qu’elle dispute aux deux autres finalistes, tous deux d’origine syrienne, Zein Obeid  et Amir Amuri. Elle est la seule Libanaise à rester encore sur le plateau de The Voice Kids. Et elle l’emporte, grâce à son talent tout empreint de fraîcheur quand elle interprète la chanson de Zikra, Kol li lamouny.
 

Dans la cour des grands
Dans la dernière phase de l’émission, selon les règles du jeu, c’est le public qui tranche. C’est donc grâce aux votes massifs que le Liban se glisse en tête de la compétition à travers la victoire de Lynn el-Hayek. A l’annonce des résultats, c’est un visage surpris et souriant qu’elle affiche, avant de faire preuve d’une grande modestie et humilité, tenant à embrasser et à saluer tous les autres finalistes. Le pays, en particulier Tripoli dont elle est originaire, et les réseaux sociaux de s’enflammer aussitôt pour saluer cette victoire du Liban, cet espoir placé dans la jeunesse, non seulement du pays, mais de toute une région croulant autrement sous la pression, l’oppression, les catastrophes et les désastres. La première saison arabe de The Voice Kids, grâce à son professionnalisme et surtout grâce à la fraîcheur, l’authenticité et le talent de nos jeunes, très jeunes participants, a pu fidéliser un large public, par-delà les frontières, distillant un brin d’espoir et affirmant la culture et les arts comme le seul espace encore possible d’échange.

 

Sur l’autre versant de la langue
21h55, pour les plus francophones c’est l’heure de hausser le volume de l’écran télévisé, bloqué sur TF1 en toile de fond. The Voice: la plus belle voix avait une saveur particulière ce soir-là: on attendait le passage du candidat libanais Marc Hatem. Voilà l’écran qui s’illumine de son visage assuré et ultra-confiant.
Devant les quatre fauteuils tournés, Marc Hatem entonne son interprétation très personnelle du tube de 2014 de Hozier, Take me to church. Dès la première note, voix grave, caverneuse, la caméra enregistre l’expression agréablement surprise de Mika. Et les réactions à l’avenant s’enchaînent de la part des quatre membres du jury qui ne tardent pas à se retourner l’un après l’autre, Garou, Mika, Florent Pagny et Zazie affichent leur «Je vous veux», selon les règles du jeu.
Les compliments des quatre coachs de s’enchaîner. Garou relève une interprétation qui a apporté «plus de rage qu’on n’a jamais eue», soulignant cette «décharge électrique» sur scène. Zazie va même jusqu’à avouer préférer cette version à celle originale de Hozier, relevant au passage l’absence de tout cliché dans ce que le jeune Libanais, architecte de profession, a présenté. Entre la «colère» et la «force», le «gospel» et le «rock», «pour nous, affirme Florent Pagny, c’est du caviar, des talents comme vous».
C’est à Marc Hatem de décider lequel des quatre membres du jury sera son coach. Et c’est Garou qu’il estime être le meilleur choix pour lui; un choix qui, d’emblée, semble tonner juste au vu de son potentiel effectivement très rock au timbre cassé. Une voix qui, pourtant, a pris du temps pour s’affirmer, la présence présomptueuse du chanteur éclaboussant l’écran, de quoi pousser à saisir l’importance de ces auditions à l’aveugle. Sans oublier que sa voix, à plusieurs reprises, semblait effectuer une mauvaise note, mais sans jamais le faire, et c’est en cela que réside sa puissance. Retourné en loges, sa famille l’accueille à bras grands ouverts, sa mère le gratifiant même d’un «habibi mama!». A 25 ans, l’aventure du Libanais Marc Hatem ne fait que commencer. Il y a du travail à faire dans l’espoir d’un long chemin d’interprète à entreprendre, puisqu’il ne suffit pas d’avoir une voix qui sort de l’ordinaire, il y a une présence sur scène, humble et généreuse, à maîtriser.

Leila Rihani

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Éditorial
Gouvernement: le dernier sprint

Le processus de formation du gouvernement devrait être redynamisé à partir de cette semaine après un gel consécutif aux voyages du président Michel Aoun à Strasbourg et à New York, début et fin septembre. Les démarches en étaient restées, officiellement, à la mouture présentée le lundi 3 septembre par le Premier ministre désigné, Saad Hariri, et que le chef de l’Etat avait poliment déclinée. Mais les discussions s’étaient poursuivies loin des projecteurs entre MM. Aoun et Hariri, qui se seraient rencontrés à plusieurs reprises, discrètement, à la demande du chef du gouvernement sortant, afin de se soustraire aux pressions politiques et médiatiques. Aucun accord n’a été finalisé mais ces tête-à-tête ont montré une volonté des deux hommes de maintenir leur partenariat et d’essayer de surmonter les écueils qui ont retardé la naissance du Cabinet. Le plus sérieux obstacle est la répartition des quotas et des portefeuilles entre les deux principales formations chrétiennes: le Courant patriotique libre (CPL) et les Forces libanaises (FL). Cette question a été examinée lors de la rencontre à la Maison du centre, le 27 septembre, entre M. Hariri et le chef des FL, Samir Geagea. Des sources politiques informées affirment que des progrès ont été réalisés lors de cette réunion. Après le refus du camp présidentiel d’accorder quatre maroquins aux FL, comme le proposait M. Hariri, M. Geagea aurait accepté un compromis avancé par le Premier ministre désigné: quatre sièges ministériels dont la vice-présidence du Conseil (sans portefeuille) et les portefeuilles de l’Education, des Affaires sociales et de la Culture.   Lorsque la formule lui a été présentée avant son départ pour New York, le président Aoun ne s’est pas prononcé. Mais des milieux proches de la présidence ont laissé filtrer que la vice-présidence du Conseil pourrait être accordée aux FL, bien que le chef  de l’Etat considérait ce poste comme faisant partie de son quota, ainsi que trois autres ministères: la Culture, les Affaires sociales et un ministère d’Etat.Pour une bonne partie de l’opinion publique, toutes ces formules s’apparentent à des calculs de boutiquiers et à des querelles de puissants, qui se partagent le pouvoir entre eux. Quoi qu’il en soit, ces informations, confirmées par des sources diverses, dénotent une volonté de déblocage chez les principaux protagonistes, dont les revendications et les contre-revendications empêchent la formation d’un gouvernement depuis le mois de mai. Ce sursaut de conscience est surtout motivé par la crainte d’une détérioration irréversible de la situation économique et financière et par la conviction apparue chez les FL et le Parti socialiste progressiste (PSP) que le président Aoun ne cèdera pas aux revendications maximalistes de ces deux formations. Une fois l’écueil chrétien surmonté, les autres obstacles moins épineux de la représentation druze et des sunnites du 8-Mars seront rapidement réglés. C’est dans ces dispositions plutôt positives que les démarches pour la formation vont reprendre et s’accélérer dans les jours qui viennent.


 Paul Khalifeh
   

Santé

La lumière bleue. Que nous réservent nos écrans?
On le sait désormais, les écrans et leur fameuse lumière bleue, ne sont pas des plus inoffensifs. Nous y sommes…

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