Nabil de Freige. Gentleman farmer
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Nº 2895 du vendredi 03 Mai 2013

Nabil de Freige. Gentleman farmer

 
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Entre le monde hippique et le monde de la politique son cœur balance. Il est aussi à l’aise dans les cercles beyrouthins et sur les pistes de ski à Faraya que parmi les Bédouins et les agriculteurs de la Békaa. Depuis 2000, il est député représentant les minorités et allié du Courant du futur. Portrait de Nabil de Freige.

Il n’appartient pas à une famille politique traditionnelle mais son père, Moussa de Freige, était député bien avant sa naissance et alors que Nabil n’a que quatre ans, il renonce à la députation. «Nous ne sommes pas une famille politique au vrai sens du terme. Toutefois, nous sommes proches de ce monde car, Michel Chiha était l’oncle de mon père, lequel était son fils spirituel. Nous avons toujours tenu un discours modéré, en harmonie avec les idées de Chiha», confie le député.

Jusqu’en 1958, sa famille a vécu dans le quartier de Zokak el-Blat, puis s’est déplacée vers d’autres quartiers de la capitale. Il étudie jusqu’à la classe de huitième à l’Institut moderne et poursuit sa scolarité à Notre-Dame de Jamhour. Il s’inscrit à l’Ecole de commerce et d’administration de Paris. C’est le début des événements qui secouent le Liban et, malgré tout, Nabil de Freige reste attaché à sa famille et au pays. «Pour chaque vacance, même courte, je rentrais au Liban. Je n’ai jamais pris le temps de visiter les régions de France», souligne-t-il. Si, à l’école, Nabil de Freige n’était pas un élève brillant, au point d’être qualifié par le préfet de «charmant paresseux», il réussit à l’université. «On réussit toujours ce qu’on aime», dit-il. A la fin de ses études, en 1979, il a le choix entre trouver du travail dans le domaine des études faites en France ou rentrer au Liban. Malgré les découragements de son père, il décide de revenir et de s’occuper de la propriété agricole de la famille.    

Hoch el-Sneid
«Un grand faible et un attachement viscéral». C’est en ces termes que Nabil de Freige parle de la propriété familiale dans la Békaa, Hoch el-Sneid, un village à cinq kilomètres de Baalbek. La menace des enlèvements et les dangers qui guettent un jeune de 23 ans ne font pas reculer Nabil de Freige, qui décide de rester avec son père dans la Békaa. «Je n’ai pas eu de regrets car j’ai vécu une expérience unique. A cette époque, tous les chrétiens vivaient dans le ghetto Achrafié-Faraya-Kaslik et parlaient de partition, alors que je vivais quelque chose de totalement différent. Je passais quatre nuits par semaine dans la Békaa et trois autres dans les zones chrétiennes». Il est aussi bien l’un ou l’autre de ces deux mondes, mais se sent plus à l’aise en compagnie des paysans et des agriculteurs. «C’est à Hoch el-Sneid que j’ai appris à parler et à communiquer avec les gens. J’appréciais la compagnie des Bédouins et leur hospitalité. Je m’installais avec eux sous la tente, je passais souvent les soirées, jusqu’à une heure du matin, à la belle étoile».

C’est de la Békaa, du toit de la maison, qu’il assiste à l’invasion israélienne en 1982. «J’ai vu les 81 avions syriens tomber et j’ai toujours l’aile d’un Mig qui s’est écrasé dans la propriété». Il se souvient aussi d’un char syrien détruit tout près de chez lui et des cinq Syriens morts et toujours enterrés sur place. «En 2006, autour de la table du dialogue, nous avons évoqué le problème des disparus. Le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, tout en reconnaissant le problème des disparus libanais en Syrie, a relevé qu’il y avait également au Liban des disparus syriens. Je leur avais parlé des cinq Syriens enterrés chez nous que jusqu’à présent nul n’a réclamé».
Nabil de Freige se souvient des années 80, de l’époque où toutes les routes menant à la Békaa étaient coupées. «Je devais me lever à trois heures du matin, aller d’Achrafié à Tripoli, passer la frontière syrienne à Abboudiyyé, puis le crack des chevaliers, Homs, la frontière du Kaa et rouler 85 kilomètres pour arriver jusqu’à Baalbek. J’arrivais vers les huit heures du matin et certains jours je faisais deux fois ce trajet». En dépit de tous les événements que le Liban a traversés, la guerre de la Montagne, la bataille de Zahlé et bien d’autres, il n’a jamais cessé de se rendre à la Békaa. Aucune des routes qui y mènent n’a de secret pour lui et il changeait souvent l’itinéraire en fonction des saisons et des incidents. «Le plus difficile c’était le chemin. Une fois sur place, tout était magnifique. Dans ces mondes totalement différents, j’étais aussi bien dans l’un que dans l’autre. C’est ainsi que j’ai compris que cela n’a jamais été une guerre entre Libanais mais la guerre des autres au Liban. Chaque conflit a ses répercussions chez nous».


Son entrée en politique
En 1991, le Conseil des ministres décide la construction d’un palais présidentiel sur le site de l’hippodrome de Beyrouth. «Je suis devenu complètement fou et j’ai tout fait pour le sauver. J’ai organisé un sit-in sur place. Tous les éleveurs ont répondu à mon appel et sont arrivés avec leurs chevaux. J’ai fait une conférence de presse au cours de laquelle j’ai critiqué Rafic Hariri que je croyais être l’instigateur de cette décision». Finalement, l’hippodrome fut sauvé lorsque le président Elias Hraoui trouva des fonds pour restaurer le palais de Baabda. Mais Nabil de Freige a toujours la même idée en tête et ne porte pas Rafic Hariri dans son cœur «jusqu’au jour où j’ai eu la chance de le connaître. Il m’a alors affirmé qu’il n’avait rien à voir avec cette décision malgré quelques différences de point de vue entre nous sur la manière dont l’hippodrome devrait être géré». Après quatre ans de vives discussions, Rafic Hariri reconnaît avoir eu tort. «J’ai trouvé extraordinaire de la part d’un homme politique de cette envergure de reconnaître son erreur. Il m’a aussi indiqué qu’il était dommage que nous ayons perdu quatre ans inutilement».

Député depuis 2000
En 1998, Rafic Hariri lui propose de participer aux élections municipales de Beyrouth. «Après avoir demandé conseil à Fouad Boutros j’ai refusé, car les élections ont pris une tournure politique». En 2000, Hariri lui propose de se présenter aux élections législatives. Ironie du sort, la liste concurrente était présidée par Tammam Salam. «Ça me faisait quelque chose de me présenter contre Tammam Salam, mon ami et dont j’étais socialement plus proche que de Rafic Hariri. De plus, mon père et Saëb Salam avaient été partenaires en politique et menaient leurs campagnes électorales ensemble». Malgré les menaces et les pressions qu’il subit, il s’allie à Hariri. «J’étais convaincu de sa vision du Liban et de son programme économique et social». Il est élu député pour la première fois sur la liste de Hariri. «Je n’oublierai jamais que la première personne à m’appeler pour me féliciter fut Tammam Salam».

Selon Nabil de Freige, sa vie politique se divise en deux périodes: avant 2005 et après 2005. «J’ai beaucoup appris de Rafic Hariri. Je n’oublierai jamais le jour de l’inauguration du pont de Mdeirej. J’étais en sa compagnie et celle de Najib Mikati, alors ministre des Travaux publics. Nous nous sommes arrêtés sur le pont et nous sommes descendus de voiture. Hariri s’est adressé à Mikati et lui a dit: S’il y a une guerre avec Israël, ce pont sera sûrement détruit. Mikati lui a demandé; que ferons-nous alors? Il lui a répondu: Nous le reconstruirons. C’est cela la véritable résistance».
Marié à Maya Barakat, très active dans le domaine culturel et journalistique, ils sont parents de deux enfants, Makram (27 ans) et Jehane (25 ans). Malgré ses multiples occupations, Nabil de Freige essaie de passer un maximum de temps auprès de sa famille. Sa grande passion c’est l’élevage des chevaux de course arabes, une tradition qui se transmet en famille, de génération en génération. Nabil de Freige est aussi président de la Sparco (Société pour la protection et l’amélioration de la race chevaline arabe) qui gère l’hippodrome de Beyrouth pour le compte de la municipalité. Il pratiquait l’équitation mais à cause d’une prise de poids, il a dû y renoncer. Avec humour, il raconte que son père lui a déconseillé l’équitation dans cette situation. «Ce sera le cheval qui fera du sport, pas toi».

 

Joëlle Seif
 

Ce qu’il en pense
-Social Networking: «J’ai un compte personnel sur Facebook, mais je n’ai pas de page. Dans ce cas, il faut avoir une équipe qui gère celle-ci pour éviter les fausses informations. Je ne suis pas sur Twitter faute de temps».
-Ses loisirs: «Les chevaux, la natation et la chasse. C’est mon père et mon cousin Bernard Fattal qui m’ont transmis le goût de la chasse. J’aime la chasse dans le sens du contact avec la nature, passer la nuit chez l’habitant. Depuis le décès de Bernard Fattal, je continue à aller à la chasse avec ses amis mais beaucoup moins qu’avant».
-Sa devise: «Un seul mot: la modération. C’est ce que j’applique dans ma vie personnelle, dans ma vie politique et dans ma façon de vivre. J’estime aussi que la survie du Liban ne se fait que dans la modération».     

Liban-Lait
C’est en 1995-1996 que l’idée de Liban-Lait est née. «Je me suis passionné pour ce projet d’un bout à l’autre et j’ai suivi son évolution pas à pas». Durant la guerre de juillet 2006, l’usine a été totalement détruite par un raid israélien. «Cela a eu lieu dans la nuit du 16 au 17 juillet à 2h34 du matin. J’ai retrouvé dans les décombres l’horloge qui s’était arrêtée à cet instant précis». En 2007, l’usine fut reconstruite et en 2008-2009, elle a repris ses activités.

     

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Éditorial
Libérez les deux évêques!

L’enlèvement de Youhanna Ibrahim, évêque syriaque orthodoxe d’Alep, et Boulos Yazigi, évêque de l’Eglise grecque-orthodoxe de la même ville, le 22 avril, est un crime répréhensible à tous les égards. Sur un plan général, la privation de liberté, pour des motifs injustifiés, par des groupes ne disposant d’aucun mandat pour le faire est un retour à la loi de la jungle. Humainement, ces deux prélats, de par leur fonction et leur vocation, sont des messagers de paix, d’amour et de dialogue, ils ne méritent certainement pas le mauvais traitement qui leur a été infligé. A un niveau religieux, ils ont été enlevés parce qu’ils sont chrétiens, ce qui constitue une atteinte inadmissible au principe de la liberté de culte. Vu du prisme de la crise syrienne, les deux évêques étaient en mission humanitaire, pour tenter d’obtenir la libération de deux prêtres kidnappés dans la même région, il y a deux mois. Leur enlèvement est une violation de tous les principes, y compris des règles de la guerre, qui interdisent de s’en prendre à des médiateurs et des messagers. Si deux éminents évêques, dont le frère du patriarche de la plus grande Eglise d’Orient, ont été traités avec autant de légèreté et de rudesse, quel sort sera-t-il réservé au commun de leurs ouailles. C’est sans doute l’un des principaux messages que les ravisseurs (des Tchétchènes paraît-il; mais qui croit qu’ils peuvent agir sans couverture locale?) veulent transmettre aux chrétiens de Syrie et de toute la région: «Même vos évêques ne jouissent d’aucune immunité, alors que dire de vos prêtres, vos diacres, vos bonnes sœurs et vos fidèles?». Malgré le caractère abject de cet acte, on constate avec tristesse et consternation qu’il n’a pas suscité la vague de réprobation qu’il mérite. Faut-il, à Dieu ne plaise, qu’ils soient torturés et leurs têtes plantées sur un clocher (comme le cheikh Saadeddine d’Alep, égorgé et décapité avant que sa tête ne soit exposée sur le minaret de sa mosquée), pour que l’on entende, enfin, quelques timides condamnations? Pourtant, pour bien moins que cela, nous avons vu, ces deux dernières années, des personnalités politiques et publiques et des dirigeants, monter sur leurs grands chevaux, pour dénoncer avec véhémence la «répression sauvage», «les crimes odieux», «les atteintes inacceptables aux libertés individuelles et collectives…». Nous avons vu des médias entrer en campagne pour défendre un blogueur interpellé, ou un militant arrêté, des ONG se mobiliser pour sensibiliser l’opinion publique… Mais pour les deux évêques, c’est le silence radio, tous ont perdu la voix… et la conscience. Cette triste affaire est un exemple vivant de la politique des deux poids deux mesures, qui n’est malheureusement plus l’apanage des grandes puissances, mais aussi de supports médiatiques censés informer les gens. On constate que l’information fait l’objet d’une sélection rigoureuse et d’une hiérarchisation répondant à une grille de lecture politique. Malgré toutes les tentatives destinées à minimiser la gravité de l’enlèvement des deux évêques et à le banaliser, en le traitant comme un fait divers ordinaire, cet acte constitue un développement extraordinaire. Il montre que plus personne n’est à l’abri, que certains groupes franchissent toutes les lignes rouges sans que personne ne leur demande de comptes et, plus grave encore, que les opposants syriens qui occupent le devant de la scène médiatique n’ont aucun pouvoir sur ceux qui tiennent le terrain. Si l’Occident n’est pas parvenu à obtenir la libération de deux évêques, quelles garanties peut-il encore fournir que les armes qu’il livre aux rebelles ne finiront pas entre les mains des coupeurs de têtes et autres barbares lâchés dans la nature… à deux pas de chez nous?


 Paul Khalifeh
   

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