Salem Zahran. Le journaliste qui en sait trop
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Nº 3101 du vendredi 3 mai 2019

Salem Zahran. Le journaliste qui en sait trop

 
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Avec plus de 600 interviews télévisées réalisées en l’espace de quelques années, Salem Zahran est devenu la coqueluche des médias et l’un des journalistes les plus suivis par le grand public. Magazine l’a rencontré.
 

Il est né dans une famille modeste, d’une mère ne sachant ni lire ni écrire et d’un père qui avait à peine réussi à obtenir son certificat. «A 10 ans, j’étais le petit homme de la famille, avec un père malade, et j’étais obligé de travailler en été pour payer mes études», confie Salem Zahran. Les Scouts des Makassed, dont il était membre dès son plus jeune âge, ainsi que les Scouts d'Al Nahda, font partie intégrante de sa vie et représentent une étape importante de son cheminement. «J’ai gravi peu à peu les échelons pour atteindre finalement le plus haut grade, celui de responsable de l’information des Scouts d'Al Nahda à l’âge de 28 ans». En 2008, Salem Zahran fait alors partie des trois Libanais sélectionnés par les Scouts du Liban pour suivre une formation à l’Institut régional de l’information du Caire sur le thème L’information et la communication des Scouts.
«Ainsi, je suis passé du stade de journaliste amateur doué à celui de journaliste professionnel diplômé». A cette époque, Salem Zahran travaille simultanément pour le quotidien as-Safir dans la rubrique Sawt w Soura (Voix et image) et pour la radio Sawt el-Horriya (Voix de la liberté) où il présente une émission intitulée Kharej el-Kayd. «Pourtant, le journalisme n’était pas véritablement mon principal métier. Je suis diplômé de l’Université libanaise en psychologie éducative et j’enseignais cette matière dans plusieurs instituts et établissements». Il se retrouve brusquement impliqué dans la presse aux dépens de l’enseignement et devient en 2010 directeur des programmes et directeur général par intérim de la radio Sawt el-Horriya. «J’ai alors commencé à réduire mes heures d’enseignement pour me consacrer au journalisme».  

Sous les feux des projecteurs
Avec l’avènement de ce qui fut appelé le printemps arabe, Wassim Zouheiri, le correspondant de France 24, lui demande de lui recommander un invité pour l’émission du soir. «Je lui avais proposé le général Moustapha Hamdan mais celui-ci s’est désisté une heure avant l’émission. Zouheiri me dit alors: ‘Tu es le seul capable de passer à l’antenne et d’expliquer la situation au lieu de te cacher à la radio et au journal’. J’ai d’abord refusé car j’avais choisi de rester dans les coulisses». Avant cette première apparition sur France 24, qui marque son entrée sur la scène médiatique et politique, Salem Zahran était souvent l’invité d’émissions matinales sur la chaîne al-Manar en tant que spécialiste en psychologie éducative.
L’interview sur France 24 représente un tournant dans la carrière de Salem Zahran. «Toutes les télévisions me réclamaient des interviews. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé dans une nouvelle vie, étroitement liée aux positions politiques et aux dangers sécuritaires. J’ai constaté que mes étudiants ne se concentraient plus sur la matière que j’enseignais et qu’ils étaient plus intéressés par l’émission où j’étais apparu la veille. J’ai présenté ma démission pour me consacrer exclusivement à la presse». Au cours de la même année, il fonde le Media Focal Center et le website Rassed News. «J’étais convaincu que la presse écrite allait disparaître et que les sites électroniques représentaient l’avenir. Pourtant, j’ai davantage réussi en tant qu’invité des médias qu’en tant qu’auteur et propriétaire d’un centre».  
Avec l’intervention russe en Syrie, Salem Zahran est convié à des congrès en Russie portant sur la sécurité internationale, auxquels participent chaque année plus d’une cinquantaine de ministres de la Défense dans le monde. «Mon horizon s’est élargi. J’ai alors commencé à donner des séminaires, plus de 500, au Liban, en Syrie, en Suède, en Grèce, à Paris, à Londres et autres».
Aujourd’hui, sa vie professionnelle est partagée entre des articles publiés dans al-Joumhouriya et la direction du site Rassed News et du Media Focal Center qui donne des formations. En outre, il est constamment l’invité des plateaux télévisés. «En 2019, j’ai amorcé un nouveau virage dans ma carrière en entrant dans le monde des documentaires. A ce jour, j’en ai déjà réalisé deux: La chute de l’Emirat (Soukout al-imara) qui porte sur la chute de Daech et un second qui a pour titre CEDRE: Aide ou tutelle?, tous les deux diffusés sur la chaîne al-Mayadeen. Le trending et l’audimat ne représentent plus rien pour moi. Je préfère me concentrer sur des œuvres qui laissent une trace dans les archives comme les documentaires. J’ai aussi commencé la rédaction de deux livres».
Lorsqu’on lui demande quelles sont les raisons de son succès, Salem Zahran les ramène au cumul de savoirs et d’informations qu’il possède. «Aujourd’hui, on ne peut plus dissocier l’information des relations publiques. Il ne suffit plus au journaliste de parler ou d’écrire correctement. Celui-ci a besoin d’un contenu qui, à son tour, a besoin d’informations, et qui nécessite l’accès à des sources. Entre le journaliste et ses sources, il existe une relation controversée». Pour le journaliste, ces sources sont de trois ordres: les sources officielles qui sont les ministres, députés et hommes politiques, les sources semi-officielles qui sont les fonctionnaires et les sources privées qu’il cultive. «Vous seriez surpris si je vous dis que les gens représentent une source importante d’information».

CORRUPTION ET JUSTICE
A chaque époque ces sources. Lorsque le pays a traversé une période sécuritaire instable, les sources de Salem Zahran étaient le commandement de l’armée, les services de renseignement de l’armée et la Sûreté générale. «Je suis un ami de l’ancien commandant en chef Jean Kahwaji et je ne m’en cache pas, ainsi que de l’ancien chef des renseignements Camille Daher et du directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim. Aujourd’hui, alors qu’on parle de crise économique et de corruption, ma relation avec le ministre des Finances Ali Hassan Khalil me permet d’avoir accès à l’information. Par ailleurs, chaque source a toujours besoin d’une personne capable de transmettre clairement l’information. Nous avons besoin l’un de l’autre». Pourtant, il reconnaît que cela ne suffit pas. «J’ai besoin de l’autre avec qui j’ai également établi des relations. Que celui qui n’est pas d’accord avec vous soit amené à vous écouter et à vous suivre est en lui-même un tour de force. Depuis 2018, je me suis débarrassé de tout sentiment haineux et de tout complexe. Je ne diabolise plus les Forces libanaises et les Kataeb. Je les considère aujourd’hui comme des Libanais qui ont leurs qualités et leurs défauts. Lorsque je rencontre Sami Gemayel, je ne me considère pas en présence d’un étranger mais d’une personne avec qui je peux avoir plus de points communs, que quelqu’un qui appartient à ma ligne politique».
A l’heure où la corruption est devenue le souci premier de la République, Salem Zahran estime que la justice est le seul moyen de lutter contre ce fléau. «Pourtant, j’ai l’impression aujourd’hui que la lutte contre la corruption s’est transformée en combat entre les services de sécurité et les services judiciaires. Tant que cela dure, cela signifie que cette bataille n’est pas sérieuse. Il ne suffit pas d’avoir un journaliste courageux, nous avons aussi besoin de juges intègres».
On s’interroge souvent sur le financement de Salem Zahran que certains attribuent au Hezbollah. «Je n’ai jamais arrêté de travailler. Entre mes articles et l’enseignement d’une part, les documentaires, le centre et les rentrées publicitaires du website d’autre part. Le Hezbollah ne distribue pas de l’argent mais en revanche, des hommes d’affaires proches de lui et du régime syrien font de la publicité sur Rassed News».  

SES AMITIéS POLITIQUES
Si certains sont surpris que ce sunnite soit proche du Hezbollah, Salem Zahran estime que ce rapprochement est plus idéologique que politique. «Dès mon plus jeune âge, j’ai toujours été contre le wahhabisme et les Frères musulmans. J’appartiens à la tradition du soufisme qui est plus proche des chiites que des wahhabites. Il y a 10 ans, quand j’ai nommé mon fils Ali, je ne connaissais pas le Hezbollah».
Si Salem Zahran a fortement appuyé la candidature de Sleiman Frangié à la présidence, il n’en demeure pas moins qu’il se dit proche du ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil. «Je suis peut-être l’un des rares journalistes qui discutent le plus sur WhatsApp avec Gebran Bassil. Nous nous rencontrons souvent. Au moment de l’échéance présidentielle, je savais parfaitement que Sleiman Frangié ne serait pas élu. Je l’ai dit sur la chaîne OTV et je le répète aujourd’hui, si Sleiman Frangié était élu et qu’il pratique des vexations contre Gebran Bassil, je serais le premier à prendre la défense de Bassil. Entre Aoun et Frangié, je n’ai jamais caché ma préférence pour Frangié alors que de nombreuses personnes du 8-Mars pensaient la même chose tout bas sans le dire tout haut. Je suis fidèle en amitié. Je suis plus proche de Sleiman Frangié sur le plan sentimental mais je dois reconnaître que ces sept  dernières années, Bassil s’est beaucoup
amélioré même s’il lui reste encore un problème de communication.  L’intelligence de Gebran Bassil force le respect, sans pour autant l’aimer. En revanche, Frangié vous pousse à l’aimer bien qu’on puisse avoir des réserves sur sa paresse politique et son manque de dynamisme. Je respecte le dynamisme de Bassil mais il n’a pas réussi à transformer ce respect en sympathie. J’ai de la sympathie pour Frangié mais il n’a pas réussi à transformer celle-ci en conviction. Bassil a conquis ma raison alors que Frangié a conquis mon cœur».
Salem Zahran estime que chaque personne, surtout un journaliste, évolue et se développe durant les différentes étapes de sa vie. «Mon souhait est que les téléspectateurs et les lecteurs ne s’arrêtent pas à une étape précise de ma carrière et continuent à évoluer avec moi. La vie tourne et il faut tourner avec elle».


En chiffres
600
Salem Zahran a donné plus de 600 interviews de 2012 à ce jour.

500
Le nombre de séminaires donnés au Liban et partout dans le monde.

6
Il a travaillé dans 6 organes de presse entre télévision, radios et quotidiens.

Joëlle Seif

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Éditorial
Un budget en deçà des ambitions

Le projet de budget 2019 proposé par le ministre Ali Hassan Khalil prévoit une réduction du déficit à travers une compression des dépenses de l’Etat. Toutefois, les mesures envisagées semblent plus motivées par le souci de répondre aux attentes de la communauté internationale afin de débloquer les fonds de la conférence Paris IV que par une réelle volonté d’assainir sérieusement les finances publiques et de jeter les bases d’une réforme sur le long terme. Le texte initial examiné par le Conseil des ministres mardi, et qui sera revu à maintes reprises avant d’être voté par le Parlement, prévoit des dépenses de 26 031 milliards de livres et des recettes de 18 256 milliards, soit un déficit de 5 352 milliards de livres, ou 3,55 milliards de dollars. Conformément à ces chiffres, le déficit s’élèverait à 5,95% du Produit intérieur brut (PIB). Mais c’est sans compter les avances octroyées à l’Electricité du Liban (EDL) pour acheter le fuel, qui seraient de 1,13 milliard de dollars, ce qui signifie que le déficit réel avoisinerait les 8% du PIB. Cette tentative d’enjoliver les chiffres prouve que les préposés à la gestion des deniers publics n’ont pas rompu avec cette fâcheuse manie d’user de mesures cosmétiques pour maquiller la réalité. Mais ce n’est pas la seule tare du projet. Une première lecture montre que les autorités financières tablent plus sur une réduction des dépenses que sur une amélioration des recettes. La tentative de revoir à la baisse les gros budgets et de combattre le gaspillage est certes louable, elle semble cependant sinon arbitraire du moins sélective. Sur les 500 milliards de livres d’économies faites sur les fonds alloués à certains ministères et administrations, la moitié (252 milliards de L.L.) est supportée par le ministère de la Défense, qui voit son budget passer de 3 199 milliards à 2 946 milliards de livres. Le ministère de l’Intérieur, lui, est amputé de seulement 17 milliards de livres (1 652 au lieu de 1 670 milliards); celui du Travail de 24 milliards (365 au lieu de 389 milliards); les Travaux publics perdent 73,6 milliards (368 au lieu de 441 milliards) etc.D’autres ministères voient leurs budgets augmenter, comme celui de l’Energie et de l’Eau, qui passe de 328 milliards à 400 milliards de L.L.; celui des Affaires sociales s’élève à 340 milliards au lieu de 228 milliards. Le plus frappant est l’augmentation du budget de la présidence du Conseil (qui passe de 1 523 à 1 592 milliards de L.L.), alors que les fonds alloués à la présidence de la République et au Parlement baissent respectivement de 2,1 milliards et 5,6 milliards de livres. Cela montre que la «mentalité» des préposés à la gestion des finances publiques n’a pas changé sinon comment expliquer le fait que le Grand Sérail continue de gérer une multitude de caisses et de fonds pour lesquels sont alloués plus d’un milliard de dollars, sans véritable audit et sans qu’aucune coupe ne soit opérée dans ces généreux budgets.La principale augmentation des recettes proviendrait de la hausse de l’impôt sur les dépôts bancaires qui passerait de 7 à 10%, et qui drainerait plus de 900 milliards de livres. Sinon, il y a peu de mesures pour pénaliser ceux qui ont fait des centaines de millions de dollars dans l’illégalité, comme les empiètements sur le domaine public maritime: les exemptions douanières qui permettent aux institutions religieuses d’user et d’abuser de leurs privilèges en important des produits pour le compte de commerçants, qui le revendent sur le marché en faisant du dumping des prix etc…Et évidemment, il n’est nulle part question de récupérer ne serait-ce qu’une infime partie des milliards de dollars détournés ou volés par les pontes du système.  


 Paul Khalifeh
   

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