Jean-Pierre Lafon. Mémoires d’un ambassadeur amoureux du Liban
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Nº 3088 du vendredi 6 avril 2018

Jean-Pierre Lafon. Mémoires d’un ambassadeur amoureux du Liban

 
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«Au Liban, la vie l’emporte sur la mort». Ces quelques mots résument la vision de Jean-Pierre Lafon sur le pays où il a servi et qu’il a si bien servi en tant qu’ambassadeur de France. Ce grand diplomate, à l’origine de la fondation de l’Esa, de la rénovation de la Résidence des pins, de l’élargissement du réseau des lycées français, confie à Magazine ses souvenirs. Aujourd’hui ambassadeur dignitaire de la République, cet amoureux du Liban n’exclut pas les pires scénarios mais il reste confiant dans la capacité du pays à se relever.

Vous avez été ambassadeur au Liban entre 1994 et 1997, l’époque de la reconstruction mais aussi de la présence syrienne. Dans quelle condition s’est déroulée votre mission?
Je suis arrivé au Liban un peu par hasard, l’ambassadeur précédent a eu un cancer et a été rapatrié d’urgence et moi-même, j’étais directeur des Nations unies,  avais eu des décès dans la famille qui m’empêchaient de bouger. Le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Alain Juppé, et son directeur de cabinet Dominique De Villepin, m’ont demandé, avec 12 heures pour dire oui ou non, de prendre la relève de M. Chatelet. Je venais de perdre mes parents et je souhaitais tourner la page. Je ne connaissais rien au Liban. J’ai pris le dossier presque à froid. Je me suis fait, à Paris, avant même d’arriver à Beyrouth, quelques principes. Comme disait le général De Gaulle dans ses Mémoires de guerre, «vers l’Orient compliqué, j’allais avec des idées simples». Moi aussi je me suis fait quelques idées simples. La première idée, je me suis dit: nous sommes à la fin de la guerre, ça va être la reconstruction, je serais l’ambassadeur de la reconstruction. Deuxième idée simple: je suis l’ambassadeur de la France au Liban mais aussi des Libanais. Donc, je ne m’intéresse pas à la Syrie, il y a un ambassadeur à Damas pour cela. Je ne m’intéresse pas non plus à la Palestine, il y a un consul général à Jérusalem. Troisième idée simple: l’unité du Liban. La France ne doit pas être assimilée à telle ou telle communauté. Je dois être en relation avec toutes les communautés parce que ce qui fait le caractère extraordinaire du Liban, c’est justement cette convivialité et cette osmose entre toutes ses composantes religieuses. C’est la diversité du Liban. Aujourd’hui, ce n’est peut-être pas très original comme approche, mais à l’époque, on sortait de 15 ans de guerre, ça l’était. Le fait de ne pas avoir connu la guerre du Liban, d’arriver en homme neuf avec un regard nouveau sur ce pays, m’a beaucoup servi.

Ces «idées simples», comme vous dites, vous ont-elles aidé à mieux accomplir votre mission?
Je peux vous dire que j’ai été mis à l’épreuve dès le début. A mon arrivée à l’aéroport, dans la voiture, j’avais appris que l’ambassadeur de France avait une résidence à Sofar. J’avais alors décidé que le premier week-end, je le passerai là-haut, car j’adore la montagne. Aucun ambassadeur de France n’était allé à Sofar en 15 ans. Le responsable de la sécurité me dit alors: «Monsieur l’ambassadeur, ce n’est pas possible». J’ai réfléchi trois secondes et je me suis dit: «C’est un test, si tu cales, c’est fini». Je lui ai répondu: «Mon lieutenant, vous ne me connaissez pas, mais quand je prends une décision, je l’applique. Donc, le premier week-end nous sommes allés à Sofar et contrairement à ce qu’on me racontait, il n’y avait aucun problème. Ensuite, j’y ai passé toutes mes fins de semaines.

Comment vous est venue l’idée de fonder l’Esa?
Je me suis mis à visiter les terrains et les biens appartenant à la France, sans a priori. Je vois donc le terrain de Clémenceau, avec ses mauvaises herbes et les mines posées partout. Je me suis dit: est-ce qu’on a besoin de tous ces hectares pour construire des bureaux pour une ambassade? Non, il faut faire autre chose là! J’ai commencé à en parler à l’Université Saint-Joseph (USJ), où j’avais constaté qu’il n’y avait pas de faculté de Management. Faute de réaction de la part de l’USJ, j’ai appelé la Chambre de commerce de Paris, qui est venue dans les 48 heures. J’ai proposé au Premier ministre Rafic Hariri de créer une grande école de management. Je suis parti de projets pour valoriser la présence de la France, tout ça s’est inscrit dans un plan systématique.

 

Vous étiez à l’origine de l’élargissement du réseau des lycées français au Liban…
Oui, je suis allé visiter les écoles. J’ai revu le Petit lycée de Verdun, il y a quelques jours, il est formidable. Mais à l’époque, le bâtiment scolaire était criblé de balles. Je me suis dit qu’il fallait élargir le Grand Lycée et restaurer tous les autres. J’ai pensé qu’il fallait absolument avoir un lycée dans le sud d’une part parce que cette région est importante et d’autre part parce que la communauté chiite est très bien implantée en Afrique francophone. Il a presque fallu que j’impose l’ouverture d’un lycée français dans cette partie du pays, jugée «très dangereuse». L’idée, derrière cette démarche, c’est l’unité du Liban. La France est partout, elle n’a pas d’exclusive, elle n’est assimilée à personne en particulier. L’unité, le renouveau, la reconstruction et voir l’avenir. Parce que le Liban, et c’est ma conviction, est un potentiel formidable. Parce qu’il y a une qualité humaine exceptionnelle sur le Levant, qui date de millénaires. Je suis parti au Liban avec quelques idées simples, j’ai essayé de les concrétiser sur le terrain.

C’est donc le rêve d’un homme, vous-même en l’occurrence, et non pas la politique d’un Etat, la France?
C’est le rêve d’une région, d’un homme, d’une correspondance entre ce que je suis, c’est-à-dire un animal d’action, qui essaie toujours de voir le coup d’après, toujours loin, volontaire, et un pays. C’est aussi le résultat de lectures, d’expériences. C’est très mal de parler de la colonisation mais il y a quand même eu de très grands hommes dans la colonisation, notamment quelqu’un dont j’avais lu les écrits, qui est Hubert Lyautey*, qui disait: «On ne fait rien de grand sans une parcelle d’amour». Il faut donc qu’il y ait une correspondance entre un pays, une population, des êtres humains, et ce que l’on est soi-même.

Si je comprends bien, tout ce que vous avez accompli, ici au Liban, était le fruit d’une initiative personnelle et non pas le résultat de directives ou de consignes venant de Paris…
C’est plus compliqué que cela! Quand je suis arrivé au Liban, le président, qui était François Mitterrand, M. Edouard Balladur, le Premier ministre, et M. Alain Juppé, le ministre des Affaires étrangères, avaient un intérêt personnel pour le Liban. Il y avait aussi, et c’est évident, un intérêt personnel de Jacques Chirac, qui était maire de Paris. Beaucoup d’hommes, de personnes, avaient un intérêt pour le Liban mais avaient des avis différents pour le pays. De mon expérience personnelle, j’ai appris que le problème c’est que les gens parlent beaucoup mais quand on ne connaît pas la situation du terrain, on n’exploite pas les vraies possibilités. Dans ce métier de diplomate, connaître le terrain est essentiel. Entre ce que l’on vous dit et la réalité du terrain, il y a un fossé colossal. Quand vous connaissez les Libanais, ils vous flattent toujours. Mais entre ce qu’ils vous disent et ce que vous voyez, c’est toujours différent. Ce qu’il y a d’extraordinaire dans ce pays c’est que vous prenez une initiative, vous montrez une détermination et vous trouvez toujours plein de volonté pour l’esprit d’entreprise, qui est inhérent à la population libanaise. Le général de Gaulle disait dans Le Fil de l’épée: «L’esprit d’entreprise en soi n’est jamais un défaut». Je crois profondément qu’il existe au Liban un potentiel d’entreprise qui est extraordinaire. C’est millénaire…

N’est-ce pas là un mythe? Vous, qui connaissez de par votre expérience beaucoup de pays, croyez-vous vraiment que le Liban dispose de ressources humaines exceptionnelles qui lui permettent de surmonter les plus difficiles des situations?
Oui, j’en suis convaincu. Je pense que c’est dû, sans doute, à ses ressources propres mais aussi à son histoire. Je vais vous donner un exemple concret, comment le Liban a survécu au milieu de ces 15 ans de guerre, à ces combats fratricides, parfois au sein de la même communauté. Je roulais dans Beyrouth en 1996, lorsqu’en avril, après la visite du président Chirac, Israël déclenche l’opération Les raisins de la colère. Tout d’un coup, les avions arrivent et larguent leurs bombes contre les centrales électriques qui alimentaient la capitale. Les colonnes de fumée s’élèvent dans le ciel. La circulation s’arrête. Ça n’a duré que quelques secondes. Puis dès que les avions repartent, la circulation reprend, comme si rien ne s’était passé. Je me suis dit: là, j’ai compris quelque chose du Liban que je n’aurais jamais perçu si je ne l’avais pas vécu. La vie surmonte tout, la vie surmonte la mort. Tout ce qui encourage la vie est bon. Il y’a quelque chose dans la vitalité, dans l’amour de la vie, qui est aussi dans la fête, chez la population libanaise. C’est dans le sang des Libanais mais c’est aussi le fait qu’ils ont subi tellement d’épreuves, toujours surmontées. Ils ont subi aussi de nombreuses occupations, romaine, ottomane, y compris, disons-le, celle des Français. Le Libanais a toujours su utiliser l’occupant à son service.

Il est donc collabo dans le sang?
Attendez! Collabo pour exploiter l’occupant. Même avec un ambassadeur. Les Libanais viendront me dire: Monsieur l’ambassadeur nous sommes très attachés à ceci, à cela. Ils iront voir l’ambassadeur de Russie et lui diront la même chose! Il faut être lucide. Qui aime le Liban pour lui-même? Très peu de gens, et notamment la France et peut-être aussi le Saint-Siège. La France parce qu’il y a une tradition historique qui remonte à plusieurs siècles. Mais aussi, le Liban est une terre de cohabitation pacifique des chrétiens, des musulmans, sunnites et chiites, des druzes. Il y a eu des affrontements, certes, mais ça reste unique à l’heure actuelle dans ce Moyen-Orient. Les Français y trouvent aussi leur intérêt parce que le Liban intéresse tout le monde arabe et le rôle de la France dans ce pays rayonne dans l’ensemble de la région.

Avec l’émergence de Dubaï, pensez-vous que le Liban peut toujours prétendre à ce rôle?
Vous connaissez le rôle des Libanais, au XIXème siècle, dans la Nahda, la renaissance. A l’heure actuelle, il y a des Libanais aussi bien au Caire, à Dubaï, et partout ailleurs. Vous pouvez être sûr que l’intervention du président Emmanuel Macron sur le Liban a relevé le prestige de la France dans le monde arabe. Le Liban est donc un levier et Jacques Chirac l’avait remarquablement compris.
Quand je suis arrivé au Liban, il n’y avait pas d’ambassadeur des Etats-Unis, seulement un chargé d’affaires, sous prétexte que le pays était trop dangereux. Au bout d’un an et demi, arrive l’ambassadeur, un homme fort sympathique, qui me propose d’aller le voir chez lui. Je dis «non». Finalement, c’est lui qui vient me voir à ma résidence. Je lui demande très directement: Quel rôle a le Liban pour vous, parce que Henry Kissinger voulait le partager en deux? Il a eu réponse remarquable de sincérité: «Le Liban nous intéresse car c’est un voisin d’Israël.» Tout était dit!

Vingt ans après, la vision qu’ont la France et les Etats-Unis du Liban a-t-elle évolué?
Pour la France, elle n’a pas changé. Le Liban a une importance capitale dans le monde compliqué. Je sais que pour le président Macron, qui croit dans la pluralité, la convivialité, la multiplicité des communautés, il faut protéger le Liban de tous les risques.

Lors de votre mission au Liban, vous avez rencontré de nombreux hommes politiques et dirigeants libanais. Prenaient-ils, selon vous, leurs décisions librement ou agissaient-ils sous influence syrienne?
Le général de Gaulle disait: «la première chose c’est l’indépendance». Mais on n’est jamais totalement indépendant car nous sommes dans un contexte régional, qui est, pour le Liban, celui du Proche-Orient, que nous connaissons tous. Pour la France, c’est le contexte de l’Europe. Depuis 1950, la France a joué la carte de l’Europe. Certes, elle a son ambition universelle, mais celle-ci passe par l’Europe… contrairement à la Grande-Bretagne. Le Liban est un pays arabe, un Etat du Moyen-Orient, donc il n’est pas totalement indépendant, comme nous, nous dépendons aussi de l’Europe. La deuxième chose, c’est que nous sommes dans un monde globalisé, avec ses règles dans l’économie et la finance. Vous savez combien c’est important pour le Liban. Vous avez quand même traversé la crise de 2008 grâce à une gestion financière remarquable de la Banque centrale, sans être exposés à des dangers. A l’époque où j’étais en poste, il y avait un contexte syrien dont la France a tenu compte. On se souvient que le président Chirac avait été reçu en visite officielle par le président Hafez el-Assad et je pense qu’il avait dans le collimateur le souci de protéger le Liban. Pour cela, il fallait avoir de bonnes relations avec la Syrie et avec l’Arabie saoudite. Il y a aussi l’Iran. Le Liban sait jouer les intermédiaires. Forcément, il est dans une certaine dépendance, mais il ne doit pas être dépendant d’un seul, sinon il devient son esclave. Il faut être dépendant de plusieurs. Dans le schéma global, le Liban est aussi dépendant de l’Europe. C’est ça la force du Liban: vous êtes un carrefour, un pays intermédiaire et vous jouez là-dessus. L’indépendance totale n’existe plus dans ce monde globalisé. Pour personne!

Des hommes politiques avec lesquels vous avez travaillé ici au Liban, lequel vous aura le plus marqué?
J’ai vu beaucoup de monde, certains ont disparu depuis. Je rencontrais souvent le Premier ministre Rafic Hariri. C’était un homme qui avait un projet et comme disait Sartre, «le projet fait l’Etre». Il avait une ambition, restaurer et renouveler le Liban et nous avons participé à ce projet, dans les domaines de la scolarité et de la formation, avec l’ouverture de l’Esa, le soutien à l’USJ, du lycée au Liban-Sud. J’ai eu aussi d’excellentes relations avec Walid Joumblatt qui, pourtant, la première fois où je l’ai vu, a commencé par m’engueuler en me disant que la politique de la France au Liban était nulle etc… Ça s’est bien passé aussi avec Nabih Berry, qui était très satisfait de l’ouverture du Lycée de Nabatiyé. Et lors de sa visite au Liban, le président Chirac a prononcé son grand discours au Parlement puis il est allé à Naqoura. Je connaissais tout le monde, dans tout le Liban (…) J’ai même fait à pied les gorges du Litani.   

22 ans après votre mission, comment avez-vous trouvé le Liban? S’est-il amélioré, est-il figé ou, au contraire, a-t-il régressé?
Aujourd’hui, ça va mieux qu’il y a quelques années. Il y a des institutions, un président de la République, un Premier ministre, un président de l’Assemblée et il va y avoir des élections. Par ailleurs, Beyrouth est une ville vivante et sûre, peut-être plus que Paris. Le troisième point est le million et demi de réfugiés syriens. Ils constituent un poids énorme et il faudrait une solidarité internationale pour l’aider. C’est une fragilité qui n’existait pas il y a dix ans. Quatrièmement, la vitalité est intacte.     
 
Le Liban pourrait-il être confronté, selon vous, dans un proche avenir, à l’un des trois scénarios effrayants: une guerre israélienne, un conflit interne ou l’effondrement de son économie?
Un diplomate doit envisager toutes les hypothèses et à partir de là je vous répondrai que tout est possible. J’ai été bien formé là-dessus et lorsque je suis arrivé en Iran, en 1977, comme chef de la mission culturelle et de la coopération technique, personne n’imaginait que deux ans après le Chah ne serait plus là. J’étais avec un très grand ambassadeur, Raoul Delaye, qui l’avait vu à l’avance. Mais personne à Paris ne le croyait. Mais si dans la vie, on ne voit que les hypothèses négatives, on ne fait plus rien. Au Proche-Orient plus qu’ailleurs, tout est possible parce que nous sommes dans une région où tout est mouvant, tout le temps. Regardez la Syrie aujourd’hui, qui l’aurait imaginé il y a 20 ans? Il existe un risque de conflit, notamment à la frontière sud. Benyamin Netanyahu a des problèmes sur le plan intérieur, donc ça peut l’arranger de détourner l’attention. Tout est possible. L’Arabie saoudite elle-même connaît des changements que l’on n’aurait pas imaginés il y a 4 ou 5 ans. Mais ce qui fait le caractère extraordinaire du Liban, c’est que malgré tout la vie l’emporte sur la mort. C’est, au fond, la grande leçon du Liban.

Paul Khalifeh
Photos Milad Ayoub-DR

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Éditorial
Déficit de confiance

Les Libanais n’attendaient pas la mise en garde du président Michel Aoun sur le danger de la faillite de l’Etat pour se rendre compte de la gravité de la situation. Un vent de panique, encore contenu, bruisse dans le pays. Des rumeurs mais aussi des informations vraies sur la fragilité des finances publiques foisonnent. On chuchote au sujet de la fuite de capitaux; d’un infléchissement de la politique monétaire de la Banque du Liban, suffisamment important pour provoquer l’effondrement du cours de la monnaie nationale d’ici la fin de l’année; on murmure que la banque centrale cherche, désespérément et difficilement, à acquérir des dollars pour renforcer ses réserves. Les analyses prévoyant un conflit régional d’envergure, dont une attaque israélienne contre le Liban ne serait que l’une des facettes, n’arrangent pas les choses. Les menaces israéliennes d’une «guerre destructrice» contre le Hezbollah, proférées lundi, les confirment. Les craintes sont tellement tenaces que même la «positive attitude» des plus optimistes ne parvient plus à les atténuer… ni les «bonnes nouvelles» attendues de la conférence Cèdre I.      Un déficit de confiance fondamental semble s’être installé dans le pays. Tous les jours, la méfiance grandit et enfouit ses racines plus profondément. Le plus grave, c’est que lesdites «mesures d’austérité» adoptées par le gouvernement dans le cadre du projet de budget 2018 ne sont perçues, par une majorité de Libanais, que comme de la poudre aux yeux. Ce n’est pas en réduisant de 20% les dépenses des ministères que l’on règlera le problème. Un telle démarche est non seulement insuffisante mais aussi contre-productive, car les coupes touchent indistinctement tous les ministères, y compris, par exemple, celui des Affaires sociales, qui apporte une aide modeste mais salutaire à des milliers de familles qui peinent à remplir leur panier de la ménagère.Une fois de plus, le gouvernement ne regarde que la partie visible de l’iceberg. Il ignore le vrai problème, celui de la corruption institutionnalisée, de ces minces mais intarissables filets de gaspillage, qui pompent des milliards tous les jours. Une fois de plus, l’Etat ponctionne le portefeuille déjà vide des classes les plus démunies, et ferme les yeux face aux abus des plus puissants. Qu’en est-il des biens maritimes exploités illégalement? Des évasions fiscales? Des catégories de privilégiés ou de protégés qui inondent le marché de biens manufacturés importés sans payer un sou à la douane? Des milliards dépensés par les officiels en voyages, aux frais du contribuable? Des commissions payées et perçues dans le cadre de contrats de gré à gré? La liste est interminable…Le déficit des finances est, désormais, couplé à un défaut de confiance. Les soins palliatifs ne sont plus utiles. Un traitement lourd est nécessaire. Y a-t-il un médecin dans la salle?    


 Paul Khalifeh
   

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