Paula Yacoubian: La complice du téléspectateur
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Nº 3082 du vendredi 6 octobre 2017

Paula Yacoubian: La complice du téléspectateur

 
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Entre le journalisme et le media training, le cœur de Paula Yacoubian balance mais sa grande passion reste incontestablement l’association Dafa, qu’elle a fondée il y a trois ans. Journaliste, media trainer, depuis dix ans, elle anime le talk-show politique de la Future TV, Inter-views.   

C’est par pur hasard que Paula Yacoubian est devenue journa-liste. Au cours d’une visite à la chaîne ICN, qui cherchait une speakerine pour son journal télévisé, on lui demande de faire un «screen test», qui s’avère concluant. Elle n’a que 17 ans. Qu’à cela ne tienne. Avec aplomb, elle ment sur son âge et affirme avoir 21 ans. «Ils ont aimé ma voix et je faisais plus que 17 ans», confie Paula Yacoubian. C'est un défi qu’elle relève brillamment. Elle commence des études en Sciences politiques et perfectionne son arabe auprès du grand maître, Omar el-Zein. Pendant trois ans, elle travaille à la ICN jusqu’à la fermeture de la chaîne. Une nouvelle page s’ouvre alors pour elle à la LBCI, où elle devient responsable du service régional et international. Elle anime l’émission Nharkom said ainsi que le journal télévisé sur la chaîne satellite de la LBCI. Elle travaille également avec Simon Asmar et présente les grandes soirées. Elle y reste deux ans et rejoint la chaîne Art/Mtv. Elle n’a que 23 ans, ce qui ne l’empêche pas de faire une première interview du colonel Mouammar Kadhafi. Après un bref passage à la station al-Horra, elle présente depuis 10 ans, l’émission politique de la Future TV, Inter-views.

Naturelle à l’écran
Toujours courtoise et polie dans ses questions, Paula Yacoubian est aussi pleine d’audace. Elle n’hésite pas à se faire l’avocat du diable pour offrir au téléspectateur la meilleure version de la vérité. «J’essaie de jouer à l’avocat du diable, tout en sachant que ce pays c’est l’enfer», dit-elle ironiquement. Son principal souci, c’est le téléspectateur. C’est à lui qu’elle s’adresse. «Ce que je ne perds jamais de vue dans mes émissions, c’est de rester la complice du téléspectateur. Je rejette la logique de certains présentateurs de talk-shows qui se font les complices de l’invité aux dépens de ceux qui les regardent. Beaucoup de journalistes sont de connivence avec les personnalités reçues. Ces dernières savent exactement à quoi s’attendre et c’est la raison pour laquelle certains politiques n’acceptent d'être interviewés qu’avec un journaliste spécifique. J’essaie autant que possible de faire comprendre à ceux qui m’écoutent quand l’invité ment, là où il déforme la réalité ou fait tout simplement de la propagande. Je ne laisse rien passer. C’est un droit qu’ont les gens et mon devoir est de les respecter». Pour elle, la relation entre l’invité et l'animateur doit être basée sur un manque de confiance mutuelle. «Lui doit craindre des questions du journaliste et le journaliste doit être aux aguets».

Anti-confessionnelle
Très naturelle à l’écran comme dans son quotidien, Paula Yacoubian rejette l’idée du journaliste-star. «Je ne fais pas partie de ce système. Même les photos que je poste sur les réseaux sociaux sont naturelles. Je m’affiche sans maquillage, en train de me faire coiffer les cheveux, en tenue de sport. Je n’aime pas cette perfection que tout le monde exhibe dans les photos. Un journaliste doit ressembler aux gens ordinaires, garder le contact avec la réalité. Notre métier est en relation directe avec les gens. Il faut leur ressembler afin qu’ils puissent continuer à s’identifier à nous».
Ce qui la met hors d’elle, c’est lorsque l’invité se met à jouer sur la fibre confessionnelle, alors que ce sujet a suffisamment porté préjudice au pays. «Les véritables démons de la politique sont ces personnes qui caressent les instincts, élargissant encore plus le fossé qui existe entre les citoyens. Cette attitude me révolte parce qu’elle jette les bases d’une nouvelle guerre et malheureusement cette attitude est le dénominateur commun de toute la classe politique».
Totalement consciente que le journalisme est «un métier ingrat, qui donne beaucoup mais prend aussi beaucoup en contrepartie», sa recherche de la sécurité la pousse à fonder il y a dix ans, sa société de coaching baptisée Integrated Communication. «Je suis ambitieuse. J’aime bien vivre et aider les gens autour de moi. Le métier de journaliste est très précaire. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu avoir ma propre boîte».
Pour Paula Yacoubian, c’est une grande satisfaction de voir quelqu’un ne sachant pas s’exprimer, repartir en bon orateur, capable de formuler clairement sa pensée.
Paula Yacoubian consacre son énergie débordante à sa passion, son action dans l’association Dafa qu’elle a fondée. «L’an dernier, nous avons aidé à peu près 50 000 familles. Nous soutenons les communautés qui accueillent les réfugiés car elles sont les plus démunies.
A leur tour, elles aident les réfugiés syriens. Nous évitons les conflits». Les aides fournies sont composées de couvertures, matelas, vêtements, lait, farine, etc. «Nous ne prenons pas d’argent. Nous n’acceptons que des donations en nature». Cette année, le but est d'aider 100 000 familles. «Le rassemblement aura lieu à la place des Martyrs le dernier dimanche de novembre avec la participation de 400 volontaires.
On reçoit, on trie et on redistribue ce jour-là les aides».
C’est pour son fils Paul, afin qu’il puisse vivre dans un pays sain, où «la corruption non seulement nous vole, mais nous tue», que Paula Yacoubian a des ambitions politiques et songe sérieusement à présenter sa candidature aux élections législatives. «Mon discours politique sera différent. Si je me présente à Achrafié, mon discours ne sera pas confessionnel. Il sera semblable aux principes auxquels je crois: le droit des gens à une véritable citoyenneté, à l’égalité entre eux sans distinction entre les tendances sexuelles ou encore leurs modes de vie. L'essentiel est de construire un Etat rassembleur et de combattre la corruption à tous les niveaux». 

Joëlle Seif
 

En chiffres

24
Du haut de ses 41 ans qu’elle affiche fièrement, Paula Yacoubian compte 24 ans de carrière.

10
Depuis 10 ans, elle présente Inter-views sur la Future TV.

50 000
Le nombre de familles que son association Dafa a aidé l’an dernier.

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Éditorial
Les aléas de la géopolitique

Toujours prompts à flairer les bonnes affaires, les Libanais ont été parmi les premiers entrepreneurs à débarquer au Kurdistan irakien, en 2006, au lendemain du vote par le Parlement de cette région autonome, d’une loi sur la libéralisation des investissements. Financiers, promoteurs immobiliers, opérateurs, conseillers, les Libanais étaient présents à tous les échelons et dans tous les domaines, à l’exception de l’industrie, où leur apport était plutôt modeste face au savoir-faire des Turcs et des Chinois. Une quarantaine de sociétés libanaises et autant de joint-ventures avec des partenaires locaux se sont implantées dans cette région, longtemps qualifiée d’«eldorado» par la presse régionale et internationale. Elles étaient présentes et parfois pionnières dans les domaines de l’hôtellerie, de la banque, de l’informatique, de la construction, du tourisme, du transport aérien, de la restauration, de l’éducation, de la distribution... C’est, par exemple, le Libanais Dar al-Handassa, qui avait été choisi pour établir un plan d’aménagement urbain de la ville d’Erbil à l’horizon 2030. Quelque 5 000 Libanais ont trouvé un emploi au Kurdistan au plus fort du boom économique, transférant au Liban plusieurs dizaines de millions de dollars par an.La situation économique a commencé à se détériorer avec la proclamation du califat de Daech, en juin 2014. De nombreuses entreprises libanaises ont réduit le volume de leurs affaires, d’autres, moins nombreuses, ont plié bagages. Mais toutes nourrissaient l’espoir de voir le marché redémarrer après la fin de la crise et de participer à la fondation d’un nouveau Dubaï.Le référendum organisé le 25 septembre porte un coup sérieux à leurs rêves. Le Kurdistan est un territoire totalement enclavé et encerclé par trois Etats qui sont farouchement hostiles à toute velléité d’indépendance: l’Irak, la Turquie et l’Iran. Ces pays peuvent, s’ils le souhaitent, isoler la région autonome du monde extérieur et une éventuelle fermeture totale des frontières aura des effets désastreux non seulement sur l’économie mais aussi sur l’approvisionnement des marchés avec les produits de bases.Une fois de plus, les Libanais sont victimes des aléas de la géopolitique. Même s’ils se consolent, en vantant leur extraordinaire capacité à renaître de leurs cendres, comme le phénix, ou à repousser toujours plus loin les frontières des affaires, comme les Phéniciens, le monde devient de plus en plus dangereux, risqué et compliqué pour eux. Certes, ils imagineront des solutions de rechange, comme celle d’aller investir à Chypre (voir page 32). Mais il s’agit opportunités ponctuelles susceptibles d’apporter des réponses sur le court terme. Seul le Liban peut leur offrir un refuge durable et sûr. Le temps est venu de lancer des réformes profondes pour moderniser l’économie, alléger les poids de la bureaucratie, limiter le gaspillage des deniers publics, améliorer le climat des affaires et lutter contre la corruption endémique.


 Paul Khalifeh
   

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