Ibrahim el-Amine. Une seule constante: la résistance
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Nº 3088 du vendredi 6 avril 2018

Ibrahim el-Amine. Une seule constante: la résistance

 
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Il voulait devenir ingénieur mais les circonstances, ou plutôt la guerre, en ont décidé autrement. Dans son bureau, où trône en bonne place un portrait de l’ancien chef militaire du Hezbollah, Imad Moghnié, le rédacteur en chef et président du conseil d’administration du quotidien al-Akhbar, Ibrahim el-Amine, nous reçoit.

Dans un entretien à bâtons rompus, il revient sur son riche parcours. La brillante carrière d’Ibrahim el-Amine dans le monde de la presse est due au hasard. Trois quotidiens, al-Nida’, as-Safir, al-Akhbar, trois étapes dans la vie du journaliste. Fervent communiste, il s’était destiné à devenir ingénieur, mais avec la bataille de Beyrouth entre le PSP et le mouvement Amal, en 1986-1987, «dernier round de la guerre avant l’entrée des Syriens dans la capitale» et la dégradation de la situation sécuritaire, il est détaché par le parti au siège du quotidien al-Nida’ (organe de presse du parti communiste), à Qantari. «Je dormais au journal. Je me suis intéressé au métier de journaliste. En 1988, j’ai arrêté mes études. J’aurais souhaité poursuivre et devenir ingénieur. J’aimais bien cette idée et aussi l'esprit scientifique. Mais je me suis alors consacré au journalisme jusqu’à la fermeture du quotidien en janvier 1992», se souvient Ibrahim el-Amine.
C’est l’époque de l’invasion du Koweït par Saddam Hussein et de la guerre du Golfe. Après l’expulsion des Irakiens du Koweït, l’émirat recrutait des journalistes. «J’étais en pleine négociation et sur le point de partir lorsque mon visa a été refusé car, dans le temps, mon père avait été éloigné du Koweït pour des raisons politiques». Ibrahim el-Amine rejoint alors le quotidien as-Safir. Il y travaille de 1993 à 2005, couvre des sujets relatifs à la Résistance: les grandes batailles, les négociations avec Israël, la Libération en 2000, la ligne bleue. Autant de sujets où Ibrahim el-Amine devient une autorité de référence. «En raison de ma relation avec le Hezbollah, j’avais des informations sûres et confirmées», se souvient-il.
Selon lui, il n’y a pas de journaliste indépendant. «Il y a objectivité et neutralité. Peut-on parler d’indépendance quand il s’agit d’occupation? Peut-on être à égale distance de l’occupant et de l’occupé? Ce n’est pas possible. Il n’y a pas de journaliste neutre. Tout dépend du style que l’on adopte et si l’on met des gants ou pas pour dire certaines vérités. Est-ce de l’objectivité que de passer sous silence les massacres au Yémen? Il n’y a pas de neutralité. Il y a ceux qui assument leurs positions et les autres». Il s’agit toujours de traiter l’information de manière professionnelle. «La force du Akhbar, c’est d’avoir une position claire. Nous ne sommes pas neutres et nous ne pouvons pas l’être. Même dans ma vie je ne le suis pas. Je ne mène pas toutes les batailles avec le même enthousiasme».

Liens forts avec le Hezbollah
Revenant sur son parcours, il confie: «Le Nida’ était un journal partisan où j’ai beaucoup appris. Le Safir était une expérience très riche. Il avait une position politique mais laissait la voie libre à une diversité, loin de toute contrainte politique. Mais avec le temps, le quotidien avait perdu de sa combativité et c’est pour cette raison qu’al-Akhbar a été fondé. Joseph Samaha a mené ce projet. Il avait vécu toutes les transformations de la presse et cela lui a permis de créer un concept qui a donné al-Akhbar en 2006».
La relation entre le journaliste et le Hezbollah remonte aux années 1980. «Cette relation n’est pas idéologique car je reste un communiste mais elle est basée sur le fait que c’est une résistance, indépendamment de ceux qui y participent. J’avais beaucoup d’admiration pour ces résistants qui consentaient tellement de sacrifices. J’étais convaincu qu’ils étaient capables de libérer le pays». A l’université, Ibrahim el-Amine est responsable de la section estudiantine du parti communiste alors que le responsable de la section du Hezbollah est un ami à lui. «Quand j’étais au quotidien al-Nida’, j’ai approfondi ma relation avec le parti de Dieu surtout qu’il était à ce moment là en conflit avec le mouvement Amal». Au fil des années, il suit de près la progression  et l’évolution du parti. «A la fin des années 80, début 90 j’ai renforcé ma relation avec des cadres du parti. C’est une organisation secrète et on ne sait jamais ce que chacun fait. L’essentiel pour moi était d’obtenir des informations en tant que journaliste». Ainsi, il fait la connaissance des trois secrétaires généraux qui se sont succédé, cheikh Sobhi Toufaily, sayyed Abbas Moussaoui et sayyed Hassan Nasrallah. «J’ai également renforcé ma relation avec les cadres militaires, tels que Moustapha Badreddine et Imad Moghnié. Je passais du temps avec les résistants, je visitais leurs positions et j’assistais à leurs réunions. J’ai connu des cadres qui sont tombés en martyr. J’ai tenté de développer leur image médiatique».
Dans le documentaire Femmes de Hezbollah qu’il produit, le journaliste tente de montrer à l’Occident le Hezbollah à travers le regard d’une femme, qui est l’épouse d’un résistant. Avec des journalistes étrangers, il organise des rencontres avec des combattants. «En 2006, j’ai produit un film sur la guerre secrète entre le Hezbollah et Israël».
Ibrahim el-Amine entretient également des relations avec les mouvements de résistance palestiniens. Sa connaissance approfondie et ses relations avec ces milieux font de lui une référence. Sollicité de partout, il donne des conférences et des interviews. «J’ai rencontré des dizaines de reporters étrangers mais qui n’étaient en définitive que des hommes des renseignements. «Je devais expliquer la nature de l’action de la Résistance tout en restant prudent».
Pour le journaliste, cet engagement a un prix. «Je ne menais pas de batailles en l’air. On a déformé mon image et on m’a accusé d’être un terroriste. Israël me traite de terroriste parce que j’écris sur la Résistance. Les adversaires du Hezbollah me dénigrent mais cela m’indiffère. Je suis tout à fait conscient des conséquences de mon engagement et du prix à payer».  

Pas d’ambitions politiques
Contrairement à beaucoup de journalistes, Ibrahim el-Amine n’a jamais eu l’intention de faire de la politique ou de présenter sa candidature aux élections législatives. «La politique au Liban a éliminé le concept de député. Ceux qui ont un complexe ou ne se sentent pas suffisamment reconnus tentent de devenir député. Dans un pays comme le Liban, le Parlement est impuissant et ne peut pas changer les choses. Son rôle est très limité. L’idée de devenir député me fait rire. Une personne normale ne cherche pas à le devenir. Pourquoi faire? Dans quel but? Je n’en ai pas besoin en tant que personne. Etre journaliste est pour moi plus important. Un journaliste a plus de pouvoir et plus d’impact. Rares sont ceux qui entrent au Parlement en ayant une identité. Plus de 95% sont des personnes qui ont renoncé à beaucoup de choses pour devenir député. Ceux qui ont réussi à introduire des changements sont ceux qui se battent ailleurs, en dehors du Parlement». Pour le rédacteur en chef d’al-Akhbar, le système confessionnel est un véritable échec. «Pourtant, ni les chrétiens ni les musulmans ne le reconnaissent».
Face à la crise qui frappe la presse écrite, Ibrahim el-Amine reste confiant. «Le principal défi auquel la presse papier doit faire face, c’est son propre rôle. Il faut qu’elle soit le reflet de la rue. Si son but se limite à informer, c’est raté avec tous les nouveaux moyens de communications. Son rôle est de montrer ce qu’il y a derrière les faits apparents et d’exercer un véritable contrôle sur le pouvoir». Pour le journaliste, la presse n’est pas un exposé d’idées ou de propos. «Ce n’est pas une agence d’information. Le journal doit avoir une position claire, sinon ce n’est pas la peine qu'il existe». Malgré tout, la presse écrite reste la source principale d’information. «Les informations principales sont tirées des quotidiens et les journaux télévisés y puisent leurs nouvelles dans une proportion de 40%. On ne peut pas se passer des journaux». Même sur le plan économique et financier, les revenus de la presse écrite sont plus élevés que ceux des sites électroniques. Si l’imprimé dans le monde arabe traverse une crise, Ibrahim el-Amine en attribue la raison principale aux pays du Golfe qui ont poussé les journalistes à écrire des articles de complaisance et
qui aujourd’hui ont retiré leur soutien financier. Au Liban, certains journaux survivent faute de concurrents. «Le quotidien al-Akhbar est une nécessité même pour ceux qui ne partagent pas son point de vue».
Parmi toutes les figures politiques et apolitiques, Salim Hoss reste la personnalité qui l'a le plus marqué. «Salim Hoss est un homme qui possède une grande échelle de valeurs. C’est quelqu’un à qui on peut confier le pays sans hésitation. Des hommes de cette trempe, il n’en existe plus au Liban». El-Amine n’est pas en accord avec la politique interne du Hezbollah, qui a placé ses priorités ailleurs. «J’estime que le Hezbollah peut faire quelque chose sur le plan interne. De même, les priorités du président Michel Aoun ne s’appliquent pas au quotidien. C’est un homme sérieux, honnête, ferme, qui connaît la juste valeur du pays. C’est quelqu’un qui dessine les grandes politiques».
Les nombreuses attaques dont Ibrahim el-Amine est la cible le laissent totalement indifférent. «Ce ne sont en définitive que des tests pour me montrer à quel point j’assume mes positions. C'est le prix à payer».


En chiffres
3: Durant sa carrière Ibrahim el-Amine a travaillé dans trois quotidiens.
12: Le quotidien al-Akhbar a été fondé il y a 12 ans.
30: Sa relation avec le Hezbollah remonte à plus de trente ans.

Joëlle Seif

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Éditorial
Déficit de confiance

Les Libanais n’attendaient pas la mise en garde du président Michel Aoun sur le danger de la faillite de l’Etat pour se rendre compte de la gravité de la situation. Un vent de panique, encore contenu, bruisse dans le pays. Des rumeurs mais aussi des informations vraies sur la fragilité des finances publiques foisonnent. On chuchote au sujet de la fuite de capitaux; d’un infléchissement de la politique monétaire de la Banque du Liban, suffisamment important pour provoquer l’effondrement du cours de la monnaie nationale d’ici la fin de l’année; on murmure que la banque centrale cherche, désespérément et difficilement, à acquérir des dollars pour renforcer ses réserves. Les analyses prévoyant un conflit régional d’envergure, dont une attaque israélienne contre le Liban ne serait que l’une des facettes, n’arrangent pas les choses. Les menaces israéliennes d’une «guerre destructrice» contre le Hezbollah, proférées lundi, les confirment. Les craintes sont tellement tenaces que même la «positive attitude» des plus optimistes ne parvient plus à les atténuer… ni les «bonnes nouvelles» attendues de la conférence Cèdre I.      Un déficit de confiance fondamental semble s’être installé dans le pays. Tous les jours, la méfiance grandit et enfouit ses racines plus profondément. Le plus grave, c’est que lesdites «mesures d’austérité» adoptées par le gouvernement dans le cadre du projet de budget 2018 ne sont perçues, par une majorité de Libanais, que comme de la poudre aux yeux. Ce n’est pas en réduisant de 20% les dépenses des ministères que l’on règlera le problème. Un telle démarche est non seulement insuffisante mais aussi contre-productive, car les coupes touchent indistinctement tous les ministères, y compris, par exemple, celui des Affaires sociales, qui apporte une aide modeste mais salutaire à des milliers de familles qui peinent à remplir leur panier de la ménagère.Une fois de plus, le gouvernement ne regarde que la partie visible de l’iceberg. Il ignore le vrai problème, celui de la corruption institutionnalisée, de ces minces mais intarissables filets de gaspillage, qui pompent des milliards tous les jours. Une fois de plus, l’Etat ponctionne le portefeuille déjà vide des classes les plus démunies, et ferme les yeux face aux abus des plus puissants. Qu’en est-il des biens maritimes exploités illégalement? Des évasions fiscales? Des catégories de privilégiés ou de protégés qui inondent le marché de biens manufacturés importés sans payer un sou à la douane? Des milliards dépensés par les officiels en voyages, aux frais du contribuable? Des commissions payées et perçues dans le cadre de contrats de gré à gré? La liste est interminable…Le déficit des finances est, désormais, couplé à un défaut de confiance. Les soins palliatifs ne sont plus utiles. Un traitement lourd est nécessaire. Y a-t-il un médecin dans la salle?    


 Paul Khalifeh
   

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Le passeport biométrique est disponible au Liban depuis le 1er août 2016. Toutefois, la remise de titres de voyage relevant de l’ancien «régime» a toujours été permise pour les Libanais…

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