Georges Kordahi. Des convictions aussi fortes que sa notoriété
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Nº 3092 du vendredi 3 août 2018

Georges Kordahi. Des convictions aussi fortes que sa notoriété

 
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On ne présente plus Georges Kordahi dont la notoriété a depuis longtemps dépassé les frontières du Liban. La version arabe de l’émission Qui veut gagner des millions a fait de lui une véritable star. Et malgré la célébrité et la gloire, il a réussi à garder les pieds sur terre.

C’est dans les hauteurs du Kesrouan, dans le village de Feytroun, que Georges Kordahi est né et a passé son enfance et son adolescence. Il est l’aîné d’une famille modeste, composée de quatre enfants, deux frères et deux sœurs. Jusqu’en 1984 et pendant 40 ans, son père est le mokhtar du village. «Feytroun m’a inculqué les valeurs religieuses, familiales et humaines. Ce village a eu une forte influence sur ma conception et ma vision du monde et de la vie. C’est là que j’ai appris comment me comporter avec les gens: avec confiance, amour et dans le respect de l’autre», nous confie Georges Kordahi. Le paysage de Feytroun a laissé son empreinte sur le journaliste. «Je suis le fils de cette région rocheuse, où la beauté est l’expression d’une union entre la force du roc et la magie de la nature verte, de ces arbres majestueux qui poussent parmi des rochers vieux de plus de 150 millions d’années».
Georges Kordahi réussit son baccalauréat, série philosophie, avec une mention excellente et commence à travailler, parallèlement à ses études universitaires, dans le quotidien Lissan al-Hal. «J’avais moins de 20 ans et j’étais correcteur. Je connaissais parfaitement la langue arabe et j’avais besoin d’argent pour aider mon père». Les quatre années passées dans ce quotidien constituent son baptême de feu. «Lissan al-Hal était une porte ouverte sur un monde dont je ne connaissais rien, moi qui avais passé toute ma vie dans un village. J’y ai découvert le monde de la politique, de l’économie et de la finance». Très tôt, il commence à rencontrer les personnalités politiques comme Camille Chamoun, Pierre Gemayel, Sleiman Frangié, Raymond Eddé, Saëb Salam, Salim Hoss et bien d’autres.

Présentateur du JT de TL
Par la suite, il devient présentateur du journal télévisé à Télé Liban, où il côtoie les grands noms qui ont fait la gloire de la télévision nationale: Jean Khoury, «une des plus belles personnes que j’ai connues», Adel Malek, Elie Salibi, Arafat Hijazi, Fouad el-Khansa, Souad Karout el-Achi. «Tous des gens exceptionnels et purs, dont je me souviens avec beaucoup d’affection et de respect». Télé Liban représente pour Georges Kordahi une école qui lui a permis de s’adresser au public libanais et d’apparaître à la télévision, qui a le plus fait impact sur l’opinion publique. «C’est elle qui a planté en moi les germes de la célébrité et le contact direct avec les gens», dit-il.
Malgré l’importance de son passage à Télé Liban, c’est son expérience à RMC (Radio Monte-Carlo) qui constitue incontestablement l’une des plus importantes étapes de sa vie. «RMC était la véritable université où j’ai tout appris: l’information, la diversité des cultures arabes. Elle m’a amené également à connaître plus profondément l’islam, à travers les personnalités musulmanes que je côtoyais à Paris, se souvient-il. J’estime aujourd’hui que c’est cette période de ma vie qui m’a permis de devenir le célèbre présentateur de Qui veut gagner des millions».

RMC lui permet aussi de découvrir la liberté de la presse française. «La radio m’a également donné l’occasion de rencontrer des jeunes, venant des différents pays arabes, qui étudiaient en France. J’ai appris à connaître leur culture, leur histoire, leur géographie, leur situation économique et sociale. C’est pour cette raison que j’ai pu comprendre et m’adapter à tous les accents en présentant Qui veut gagner des millions, même si quelquefois le public n’y comprenait rien». C’est aussi une opportunité pour parfaire la langue française.
Après Paris, cap sur Londres, où Georges Kordahi fait son entrée à la Mbc. «Ma première tâche était de restructurer Spectrum, radio locale appartenant au groupe Mbc, diffusant en langue arabe». A la suite de son succès, il devient conseiller auprès de la radio Mbc FM. «J’ai conçu une nouvelle grille de programme qui a trouvé un écho positif chez les auditeurs dans la région du Golfe». Les revenus de la station explosent et le conseil d’administration de Mbc le nomme directeur général de la radio en 1996. Sous sa houlette, les bénéfices dépassent les millions de dollars.

Le prix des convictions
C’est vers la fin de l’année 1999, avec le début de la version arabe de l’émission Qui veut gagner des millions, que la vie de Georges Kordahi connaît un véritable tournant. Les enregistrements se font en France et le tiennent éloigné de la radio, à une époque délicate où sa présence était nécessaire. «C’est pour cette raison que j’ai démissionné de la radio fin 2001». Commence alors la longue histoire d’un succès fulgurant auquel il ne s’attendait pas. «Cette émission a changé ma vie et représente un virage total dans ma carrière. Elle a fait de moi une célébrité enviée par des acteurs et des personnalités connues». Pourtant, ce succès ne lui est jamais monté à la tête et Georges Kordahi est resté égal à lui-même. «Peut-être parce que je n’étais pas très jeune lorsque j’ai connu ce succès et surtout grâce à mon éducation familiale et religieuse qui m’ont appris la modestie. Je n’oublie jamais que nous sommes poussière et nous redeviendrons poussière».
Une nouvelle page s’ouvre devant Georges Kordahi. Son triomphe s’accompagne de nombreux avantages. En plus d’un cachet qui dépasse le million de dollars par an, il est le premier présentateur à tourner des publicités dont les rétributions atteignent 750 000 dollars. Il est l’invité d’honneur de plusieurs événements et de nombreuses conférences.
La relation privilégiée qu’entretient Georges Kordahi avec la Mbc et ses dirigeants dure jusqu’en 2011. Mais avec le début de la guerre en Syrie, la vedette paiera très cher le prix de ses opinions politiques. «On m’a demandé mon avis sur le conflit syrien. J’avais mis en garde contre la conspiration visant ce pays et j’ai appelé toutes les parties syriennes à trouver une solution pacifique, afin que le pays ne soit pas entraîné dans une guerre civile, destructrice. J’ai tenu ces propos car j’ai peur pour les Syriens que j’aime, tous, sans exception. J’ai peur pour le Liban qui est mon pays et qui représente le maillon le plus faible dans la tension qui existe entre sunnites et chiites dans la région. J’ai des craintes également pour la Palestine car si la Syrie tombe, la cause palestinienne tombera avec elle et les rêves du peuple palestinien seront anéantis. Pour la Jordanie, je crains une guerre entre Palestiniens et Jordaniens si la Syrie tombe et que le royaume devienne une patrie de rechange pour les Palestiniens de l’intérieur et de la diaspora. Si la Jordanie tombe, les feux atteindront le Golfe. Mes propos ont été interprétés comme une manière indirecte de défendre le régime syrien. J’ai été sévèrement critiqué et blâmé pour cette prise de position. Même mes amis saoudiens et ceux du Golfe l’ont interprété de cette façon et ont demandé à la Mbc de me sanctionner et de mettre un terme à mon contrat». Georges Kordahi paie ainsi un lourd tribut pour le courage de ses opinions. «Mon contrat avec la Mbc a été résilié d’une manière qui a fortement porté atteinte à ma dignité et a causé un grand tort à ma carrière, me montrant sous le jour d’un ennemi du peuple syrien». Depuis, Georges Kordahi est boycotté par tous les pays du Golfe. «J’ai compris par la suite que plusieurs pays m’étaient interdits. Cependant, après tout ce qui s’est passé en Syrie, ainsi que la montée de Daech et du terrorisme, les choses ont changé. Aujourd’hui, certains responsables du Golfe reconnaissent que j’avais raison». Le plus blessant pour Kordahi, c’est de savoir que ce sont des parties libanaises, appartenant à ce qu’on appelait le 14-Mars, qui ont incité la Mbc à prendre ses mesures à son encontre. «Mes prises de positions concernant la Syrie et la Résistance durant la guerre de juillet 2006 ne plaisaient pas à certaines parties libanaises».

La tentation de la politique
Nombreux s’attendaient à voir Georges Kordahi présenter sa candidature aux élections législatives en mai dernier. «Je n’ai jamais eu l’intention de faire de la politique et je me consacrais à mon métier, mais c’est le président Michel Aoun qui m’en a parlé une première fois en 2013, me demandant de me présenter sur sa liste. Il m’a dit: ‘nous avons fait des sondages et tout le monde t’aime dans le Kesrouan’». Kordahi répond qu’il a un métier dans lequel il a réussi, qui lui fait bien gagner sa vie et qu’il sert son pays à sa manière, dans son domaine. Le général Aoun insiste: «On a besoin de toi». Kordahi entreprend alors les démarches nécessaires et présente sa candidature mais les élections sont alors reportées. Avec la nouvelle loi électorale et l’adoption du vote préférentiel, Georges Kordahi n’est pas approché par le Courant patriotique libre. Bien au contraire, le CPL s’alliait à des personnalités qui n’étaient pas tout à fait du même bord politique. «J’aurais pu me présenter sur d’autres listes mais je ne l’ai pas fait pour conserver mon indépendance. Dès novembre dernier, j’ai déclaré que je n’étais pas candidat. Cette politique politicienne ne correspond ni à mes valeurs ni à mes principes. Je ne suis pas de ceux qui attendent à la porte de qui que ce soit». Pour le journaliste, cette nouvelle loi électorale a révélé chacun sous son véritable jour, «une classe politique qui a parfaitement saisi les idées de Machiavel et pour qui la fin justifie les moyens. Je n’attends plus rien d’elle et je ne lui demande rien. Je reprends les paroles de Gibran Khalil Gibran: ‘Vous avez votre Liban et j’ai le mien’».  
Prochainement, la star de la télévision participera au lancement du projet Lottery Arab Millionnaire, une loterie à but caritatif créée par un groupe de jeunes arabes. «Chaque billet acheté permet de gagner le gros lot dont une partie sera versée à des associations caritatives». Georges Kordahi est le président de la commission chargée de distribuer les aides aux associations arabes. Il participe également à de multiples rencontres et conférences. Il est de nouveau approché pour des programmes par des chaînes en Egypte et dans le Golfe. «Je suppose que le véto qui me frappait est tombé», dit-il avec un sourire amusé.
Lorsqu’il n’est pas pris dans le tourbillon des engagements, c’est à Feytroun qu’il se ressource. «J’aime m’occuper de la terre, un art que mes ancêtres m’ont transmis. Chaque lever de soleil derrière le mont Sannine vaut tout l’or du monde».


 

En chiffres
13
Le nombre d’années passées à RMC.

6
Six années à la tête de Mbc FM à Londres.

1 000
Plus de 1 000 épisodes de Qui veut gagner des millions.

1 000 000
Un million de dollars par an, c’est son cachet pour présenter Qui veut gagner des millions.

Joëlle Seif

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Éditorial
Gouvernement: ce que cachent les apparences

En apparence, les écueils qui retardent la formation du gouvernement sont de nature interne, liés aux demandes des uns et des autres concernant le nombre de ministres et la répartition des portefeuilles. Le président de la République, Michel Aoun, et le Courant patriotique libre (CPL) exigent au moins 11 ministres, ce qui leur permettra d’assurer le tiers de blocage au gouvernement. Il s’agit pour eux de restaurer, d’une manière contournée, une partie des prérogatives retirées au chef de l’Etat par l’accord de Taëf, notamment la compétence de dissolution du Parlement. Les Forces libanaises (FL) réclament, pour leur part, quatre ministres dans un Cabinet de 30 membres, dont un portefeuille régalien. Une demande que la formation de Samir Geagea juge raisonnable vu le bloc de 14 députés qu’elle a obtenu aux élections législatives. Walid Joumblatt exige que les trois ministères revenant aux druzes lui soient attribués, arguant du fait que 6 des 8 députés de cette communauté appartiennent à son bloc parlementaire. Le seigneur de Moukhtara veut, en fait, retrouver le rôle de balancier qu’il affectionne tant et qu’il a perdu à la Chambre. Saad Hariri, enfin, ne souhaite pas que l’un des sièges sunnites soit octroyé à une personnalité proche du 8-mars ayant, de surcroît, des ambitions de devenir Premier ministre.Cependant, la réalité est que les conditions posées par les différents acteurs cachent des enjeux bien plus importants que le nombre de ministres et la nature des portefeuilles attribués à tel ou tel parti. En effet, la formation de ce gouvernement intervient à un moment-clé de l’histoire de la région, marqué par la victoire de Bachar al-Assad et de ses alliés en Syrie, et par la décision de l’administration américaine d’essayer de mettre sur les rails l’«accord du siècle» pour un règlement du conflit israélo-palestinien, que d’autres appelleraient «la liquidation de la cause palestinienne». On comprend mieux, dès lors, que les puissances régionales et internationales se livrent à un bras de fer au Liban afin que leurs alliés respectifs conservent assez d’influence pour peser dans la balance lorsque viendra le moment des grandes décisions. La partie est cruciale, surtout pour les Etats-Unis et l’Arabie saoudite, dont les amis au Liban ont perdu la majorité des deux tiers au Parlement. S’ils sont également mis en minorité au gouvernement, Washington et Riyad ne disposeront plus de leviers politiques assez efficaces pour influer sur le processus de prise de décision. Le Hezbollah et ses alliés auront alors les coudées franches pour exécuter leur agenda sur lesquels figurent des points allant de la normalisation des relations avec Damas, au renforcement des liens avec l’Iran, en passant par l’obstruction au plan de Donald Trump. Il ne faut plus s’étonner que la formation du gouvernement traîne autant. La surprise aurait été qu’il voit le jour rapidement.


 Paul Khalifeh
   

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