Viviane Eddé. Témoin du Beyrouth mondain

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Nº 3097 du vendredi 4 janvier 2019

Viviane Eddé. Témoin du Beyrouth mondain

 
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    Viviane Eddé. Témoin du Beyrouth mondain
    Reine incontestée de toutes les mondanités, Viviane Eddé est une grande figure de la vie nocturne de Beyrouth. Après 20 ans de chroniques mondaines avec La vie en rose, elle...
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Reine incontestée de toutes les mondanités, Viviane Eddé est une grande figure de la vie nocturne de Beyrouth. Après 20 ans de chroniques mondaines avec La vie en rose, elle a tiré sa révérence en novembre dernier, pour se consacrer à l’écriture d’un livre. Retour sur sa carrière.

Elle est devenue journaliste un peu par hasard. Son père souhaitait qu’elle travaille avec lui, dans sa compagnie, mais déjà, à l’école, ses professeurs lui prédisaient une carrière de journaliste tellement elle avait la plume facile et agréable. «On ne te met pas un 20/20 pour que cela ne te monte pas à la tête», lui disait-on.
C’est à Magazine que Viviane Eddé fait ses débuts en 1974. Alors qu’elle est de toutes les mondanités, un jour, le journaliste Lucien Georges lui propose d’écrire pour Magazine, un petit papier sur une soirée à laquelle elle avait assisté. «On ne m’a pas corrigé un seul mot. C’est ainsi qu’il m’a fait l’offre de collaborer à la revue puisque de toute façon je sortais beaucoup». Submergée par les cartons d’invitation, ne sachant plus où donner de la tête, Viviane Eddé veut renoncer. «Lucien Georges me propose alors une augmentation de salaire et la possibilité de répondre aux invitations que je souhaitais».
Au départ, son père est récalcitrant. «Mais face au succès enregistré, il en tire de la fierté. On me demandait même si j’avais des liens de parenté avec Raymond Eddé. D’ailleurs, il lui arrivait souvent d’appeler mon père pour lui dire, en plaisantant s’il pouvait «m’emprunter pour la soirée», raconte Viviane Eddé.

De nombreux déboires
Avec son style ironique et mordant Viviane Eddé se fait rapidement une place dans le paysage mondain et ses chroniques sont suivies par le tout Beyrouth. Elle introduit également la rubrique Le célibataire du mois, qui n’est pas sans lui causer de nombreux déboires. «Une fois, j’ai fini au commissariat pour interrogatoire après avoir brossé le portrait d’un officier de l’armée. Cet incident avait bouleversé tout Magazine». Elle se souvient particulièrement du jour où l’épouse de Joseph Skaff l’avait menacée de lui jeter du vitriol au visage pour l’avoir critiquée dans ses colonnes pour s’être rendue chez sa manucure avec une heure de retard.
Viviane Eddé part pour la France au courant de l’été 1975. C’est George McMurtrie Godley, ancien ambassadeur américain à Beyrouth, qui lui avait conseillé de quitter le Liban le plus tôt, alors qu’elle avait l’habitude de se rendre à Paris en octobre. «C’est ainsi que je me suis installée pendant deux ans à Paris, où je connaissais beaucoup de monde».
Dans la Ville lumière, Viviane Eddé fait de nombreuses rencontres. «J’ai eu le coup de foudre pour Serge Vaissière, qui était président de l’Excellence européenne. J’ai passé deux ans avec lui au cours desquels j’ai connu le Tout-Paris. J’ai été formée par des aristocrates et des grandes dames de la société française qui m’ont appris à m’habiller et me maquiller».  
L’évènement qui l’a le plus marquée, c’est son enlèvement, le jour de son anniversaire, le 4 avril 1984 avec Philippe Tabet et Georges Abou Maachar, à Tayyouné. «Nous nous rendions tous les trois pour présenter une demande de visa auprès de l’ambassade des Etats-Unis. Nous avons été kidnappés au hasard, tout simplement car on passait par là et on nous a emmenés du côté de Damour. Je ne sais pas comment j’ai retrouvé mes mots en arabe. Je leur ai dit que j’étais la petite cousine de Raymond Eddé et s’il apprenait que j’étais kidnappée il sera furieux. Lorsqu’ils ont voulu me relâcher, j’ai refusé, préférant rester avec les autres. Le lendemain, on nous a emmenés chez Nabih Berry. Je me souviens encore de l’un des kidnappeurs qui me tenait un petit miroir pour m’arranger avant de me présenter devant M. Berry», se souvient-elle avec le sourire.

Le monde à portée de main

Viviane Eddé se rend de nouveau en Europe, où elle vit entre la France et l’Espagne. «On m’appelle de Paris pour me proposer de prendre en charge la partie sociale de Yasmine, (l’Officiel de Mode en langue arabe). Je rédigeais les interviews, racontais la vie sociale en français et j’étais traduite en arabe». C’était une période riche en rencontres durant laquelle elle a connu de nombreuses personnalités, notamment Jean-Marie Le Pen, Jacques et Bernadette Chirac, Danielle Mitterrand. A Washington, elle fait la connaissance de l’épouse du secrétaire général des Nations unies de l’époque Javier Pérez De Cuellar. Elle est fascinée par la modestie de la danseuse étoile Ludmilla Tchérina. «La plus émouvante était Danielle Mitterrand. C’était une femme très sensible et timide. L’épouse de Valéry Giscard d’Estaing, Anne-Aymone, est une femme de grande classe. Celui qui m’a le plus marquée est Jean-Marie Le Pen, que j’ai interviewé trois fois, dont deux pour Yasmine et une fois pour Mondanité. Il me fait penser à Raymond Eddé par sa droiture. Marine Le Pen, quant à elle, comme toute la famille Le Pen, est brillante et possède une grande culture».
Viviane Eddé s’installe en Espagne, où elle rencontre son mari et y reste jusqu’à son décès. «En 1998, je suis rentrée au Liban pour rester auprès de mon père qui avait eu une attaque cardiaque. En deux ans, j’ai perdu les deux hommes les plus importants de ma vie, mon mari et mon père. Je vivais entre Paris, Beyrouth et l’Espagne jusqu’au jour où Nanette Ziadé me propose de travailler à Mondanité».
Elle commence alors sa fameuse rubrique La vie en rose, qui connaît un énorme succès. «J’ai créé un Etat dans l’Etat avec ces pages. On y retrouvait le nouveau Beyrouth, un Beyrouth que je ne connaissais pas. Les gens qui m’invitaient y figuraient. Les personnes que j’avais connues en 1975 étaient devenues âgées et n’avaient plus les moyens qu’elles avaient avant la guerre. Elles avaient perdu leur panache. J’ai découvert une nouvelle société, d’éducation anglaise, qui s’habillait, ou plutôt qui se déshabillait. Un monde bling bling avec lequel je suis devenue amie». Pour Viviane Eddé, cette société était plus gentille et moins critique que celle qu’elle avait connue avant la guerre. «C’était une société qui voulait s’exposer. Un mélange de chrétiens, de musulmans, de druzes qui constituaient un microcosme de culture et de religion et qui représentaient le nouveau visage du Liban. Même leur manière de parler était drôle, le mélange de français, d’anglais et d’arabe. Il fallait jongler entre les langues et les religions».

Evolution du style
Du style mordant et percutant qui la caractérisait à ses débuts, Viviane Eddé a appris durant ses années passées à Paris à être plus «gentille» et «mielleuse», sans toutefois s’empêcher de lancer des pointes de temps à autre. «J’ai eu pitié des Libanais car ils ont tous été meurtris par la guerre. Chacun d’entre eux à perdu quelque chose, un membre de la famille, une fortune. Le Libanais est formidable et j’ai beaucoup d’admiration pour lui, pour son côté sociable, humain, accueillant. Je suis devenue plus indulgente et tolérante». 
Mais aujourd’hui, malgré le succès que sa rubrique enregistre, Viviane Eddé a décidé d’y mettre un terme. «En 20 ans, j’ai réalisé que je n’avais plus de vie privée. Je m’occupais plus de la vie des autres que de la mienne. Il est temps de prendre du recul. Aujourd’hui, j’ai envie de m’occuper de moi-même et de revenir sur ce que j’ai fait». En feuilletant d’anciennes revues, avec le sourire elle souligne: «J’ai assisté ces dernières années à des soirées caricaturales au Liban, digne d’une ambiance de Fellini». Pour elle, la société au Liban n’existe nulle part ailleurs. «C’est comme si les Libanais vivaient dans une bulle… une bulle de champagne». Elle a l’intention d’écrire un livre qui portera sur tous les personnages rencontrés au cours de sa vie et les évènements vécus. Viviane Eddé projette aussi de lancer son propre website où elle continuera à écrire ses chroniques mondaines. «J’ai fait ce que j’aimais dans la vie, connu tant de personnes. J’ai réalisé que sans le vouloir, un peu en m’amusant, j’ai réussi à joindre l’utile à l’agréable».

Joëlle Seif
 

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Éditorial
En retard… comme toujours

Le retrait américain de Syrie et le début de la normalisation des relations avec un régime que la moitié de la planète voulait voir disparaitre marquent la naissance d’un nouveau Moyen-Orient, bien différent de celui qu’annonçait Condoleezza Rice en 2006. Au Levant, la Russie est une puissance de premier plan et l’Iran un acteur incontournable. Sans se soucier d’expliquer à leur opinion publique les raisons de leur brusque revirement, des Etats arabes qui ont dépensé des dizaines de milliards de dollars pour faire tomber le régime du président Bachar al-Assad se bousculent aux portes de Damas pour rouvrir leurs ambassades. Les Emirats arabes unis seront suivis, dans les semaines à venir, par d’autres pays arabes et européens. L’heure est au pragmatisme. Le retournement des pires ennemis de la Syrie s’explique par le souci de ne pas laisser le terrain libre à la Turquie et à l’Iran. Mais ce retour est celui des vaincus, même s’ils espèrent engranger quelques dividendes politiques en participant à la reconstruction du pays. Il est cependant peu probable qu’ils obtiennent en contrepartie des milliards qu’ils feront miroiter ce qu’ils n’ont pas réussi à arracher par la force des armes. Le retour des Arabes à Damas permettra tout au plus au régime syrien d’élargir ses marges de manœuvres vis-à-vis de ses alliés. Mais il ne les lâchera jamais, et ceux qui ne l’ont pas encore compris se fourvoient.Dans ces changements dramatiques qui s’accélèrent, le Liban est, une nouvelle fois, à la traîne. Pourtant, il est le mieux placé pour cueillir les fruits de l’après-guerre. Le consensus politique interne nécessaire pour entamer une normalisation avec Damas fait défaut et l’absence d’un tel accord freine toute initiative. Au lieu de miser sur sa position privilégiée, aussi bien sur les plans politique que géographique, pour jouer le rôle d’intermédiaire entre la Syrie et les pays arabes, il se mure dans un attentisme stérile. Beyrouth finira par normaliser ses relations avec Damas lorsque tous les Arabes l’auront fait. Il arrivera alors en retard et n’obtiendra que les miettes d’un immense marché estimé à des centaines de milliards de dollars.L’attitude d’une partie de la classe politique est incompréhensible. Au lieu de faire primer l’intérêt national, certains adoptent des postures idéologiques d’un autre âge, au risque de laisser échapper une occasion que le monde des affaires attend avec impatience. Les banques libanaises sont les seuls établissements bancaires étrangers présents en Syrie; le savoir-faire libanais est très apprécié et recherché au pays des Omeyyades; les relations des Libanais avec le monde entier sont demandées; les ports du Liban peuvent jouer le rôle de hub pour un marché syro-irakien de 60 millions de personnes, sans compter la Jordanie et les pays du Golfe. Sur un plan politique, le retour des réfugiés syriens sera plus facile et plus rapide s’il est organisé, sans complexes, avec les autorités syriennes.Il n’est pas nécessaire d’être un génie de la politique ou un grand stratège pour comprendre ces vérités de la Palice. Il faut juste être libre d’esprit et réellement indépendant.


 Paul Khalifeh
   

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